‹ Institutions liturgiques (volume 2)Chapitre 22 sur 48 · MOITIÉ DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE. — PROJETS DE BRÉVIAIRE · texte numérisé non relu

MOITIÉ DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE. — PROJETS DE BRÉVIAIRE

a priori, — grancolas. foinard. — bréviaires de sens,

AUXERRE, ROUEN, ORLÉANS, LYON, ETC. — BRÉVIAIRE ET MISSEL DE PARIS, DU CARDINAL DE NOAILLES. — BRÉVIAIRE ET MISSEL DE PARIS, DE L'ARCHEVÊQUE VINT1MILLE. AU- TEURS DE CETTE LITURGIE. VICIER. MESENGUY. COFFIN. — SYSTÈME SUIVI DANS LES LIVRES DE VINTIMILLE. RÉCLA- MATIONS DU CLERGÉ. — VIOLENCES DU PARLEMENT DE PARIS. — TRIOMPHE DE LA LITURGIE DE VINTIMILLE.

Nous avons raconte , au chapitre précédent , les efforts des Jansénistes pour s'emparer ouvertement de la Liturgie; leurs tendances vers l'emploi de la langue vulgaire dans les Offices , vers le dépouillement des autels et les habitudes calvinistes dans le culte. Tant que la Cour de France montrerait la ferme volonté de soutenir les Constitutions Apostoliques contre Jansénius et Qucsnel, la secte ne pouvait espérer qu'à de rares intervalles et dans des localités très restreintes, ces moments de liberté dans lesquels il lui serait possible de faire, à son aise, l'essai de ses coupables théories. Il ne lui restait donc qu'une seule ressource ; celle de ruiner sourdement l'unité liturgique, et de tenter pour la France entière ce qu'elle avait déjà obtenu à Paris, sous François de Harlay. Que si elle parvenait à préparer un corps de Liturgie nationale , ou tout au moins à diviser le redoutable faisceau

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d'orthodoxie que formaient les cent trente Diocèses de l'Eglise de France , elle aurait lieu alors d'espérer avec fondement qu'on ne pourrait plus l'écraser à l'aide de ces formules liturgiques que , dans les grands périls de la foi , l'Eglise Romaine impose aux Eglises. Déjà, elle avait préparé cet isolement par des systèmes perfides sur la Constitution de l'Eglise , sur les prérogatives de notre Nation ; elle le consomma en flattant le mauvais goût littéraire du temps , en exagérant les reproches que la critique historique pouvait faire aux anciens livres , enfin , il faut bien le dire , en faisant ressortir les avantages d'un Office moins long à réciter, promettant d'abréger le temps de la prière du Prêtre, à cette époque où cependant l'Eglise était menacée des plus grands maux.

On vit donc s'accomplir , au sein de l'Eglise de France , une révolution sans exemple dans aucun des siècles précédents. Déjà le Bréviaire de François de Harlay, imité luimême en quelque chose de celui de Henri de Villars , Archevêque de Vienne , avait été imité avec plus ou moins de hardiesse dans les Eglises de Sens, de Narbonne , d'Orléans, etc.; mais, dans ces divers Diocèses, on se borna d'abord à réformer, suivant les idées modernes , l'ancienne Liturgie. On n'avait pas songé à régénérer le culte entier de l'Eglise Catholique ; l'exemple inoui donné par le Bréviaire de Cluny était jusqu'alors demeuré sans imitateurs. Cependant , il était naturel de penser que les envahissements de l'esprit de nouveauté pousseraient bientôt jusque-là , et d'autant plus que toute cette révolution avait été , dès son principe, un produit de l'esprit du Jansénisme.

Il fut aisé de juger de la distance qu'on avait franchie en quarante années , lorsqu'on vit paraître à Paris, en 1720> un ouvrage portant ce titre : Projet d'un nouveau Bréviaire,

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dans lequel V Office divin , sans en changer la forme ordinaire , serait particulièrement composé de l'Ecriture Sainte, instructif, édifiant, dans un ordre naturel, sans renvois, sans répétitions et très court, avec des observations sur les anciens et sur les nouveaux Bréviaires. L'auteur était Frédéric- Maurice Foinard, autrefois Curé de Calais, connu d'ailleurs par plusieurs ouvrages , entre autres par une Explication de la Genèse, qui fut supprimée à raison des idées hasardées et singulières qu'elle se trouva contenir. Foinard ne se contenta pas d'exposer sa théorie aux yeux du public ; il prit la peine de joindre l'exemple au précepte, et publia, en 1726, un Bréviaire exécuté d'après son plan , où toute la Liturgie des Offices divins avait été de nouveau élaborée et soumise au creuset de son génie particulier. Ne croit -on pas rêver, en lisant le récit d'une pareille témérité? et peut-on se défendre d'un sentiment de tristesse, quand on pense que beaucoup d'Eglises en France , après avoir expulsé les antiques prières , en sont réduites à emprunter dans les divins Offices la voix de Foinard en la place de celle de saint Grégoire? Car le Bréviaire de cet auteur forme, en grande partie, avec celui de Cluny, le magasin où l'on a puisé la plupart des matériaux employés dans la confection des Bréviaires du dix-huitième siècle. Ce livre , qui ne trouva d'imprimeur qu'à Amsterdam, était intitulé : Breviarium Ecclesiasticum , editi jam prospectus executionem exhibens , in gratiam Ecclesiarum in quibus facienda erit Breviariorum editio(%\o\. in-8°).

L'année suivante, 1727, le Docteur Grancolas, dans son Commentaire du Bréviaire Romain, dont nous avons parlé ailleurs, donna aussi, dans un chapitre spécial, le projet d'un nouveau Bréviaire (1). Mais le système liturgique déve-

(1) Tome I. ptgt J46-352

loppé dans ce chapitre avait déjà vu le jour en grande partie, en 1714, dans les cinq dernières pages d'un autre ouvrage du même auteur, intitulé : Traité de la Messe et de l'Office divin. Nous allons exposer les principes qui devaient, suivant ces deux personnages, Foinard et Grancolas, prévaloir dans la Liturgie renouvelée ; mais , auparavant , considérons la triste situation du culte Catholique , en France , livré ainsi à la merci de quelques Docteurs particuliers qui osent , au grand jour , se mettre ainsi à la place de la tradition , cet élément souverain, et si indispensable dans les institutions d'une Eglise de dix-huit siècles.

Il fallait, certes, que l'on eût étrangement travaillé les hommes de cette époque, pour leur faire digérer une pareille anomalie. Aujourd'hui, les gens sérieux déplorent, comme le principe de toutes nos perturbations sociales, l'imprudence de ces publicistes du siècle dernier, qui s'imaginèrent être les sauveurs de la société, parce qu'il leur plaisait de formuler, sur le papier, des Constitutions à l'usage des nations qui , disait-on , n'en avaient pas. Joseph de Maistre les a flétris pour jamais, ces hommes a priori, et l'Europe , ébranlée jusque dans ses fondements, atteste assez haut leur damnable présomption. Ici, c'est bien autre chose. Voici des hommes qui veulent persuader à l'Eglise Catholique , dans une de ses plus grandes et de ses plus illustres provinces , qu'elle manque d'une Liturgie conforme à ses besoins, qu'elle sait moins les choses de la prière que certains Docteurs de Sorbonne , que sa foi manque d'une expression convenable ; car la Liturgie est l'expression de la foi de l'Eglise. Bien plus, ces hommes présomptueux qui ont pesé l'Eglise, qui ont sondé ses nécessités , ne prononcent pas seulement que sa Liturgie pèche par défaut, ou par excès, dans quelques détails ; mais ils la montrent aux peuples comme dépourvue

d'un système convenable dans l'ensemble de son culte. Ils se mettent à. tracer un nouveau plan des Offices, nouveau pour les matériaux qui doivent entrer dans sa composition, nouveau pour les lignes générales et particulières. Les voici donc à l'œuvre : les livres de saint Pie V, .qui ne sont que ceux mêmes de saint Grégoire , ne valent même pas la peine d'être nommés désormais ; ceux de François de Harlay, malgré de graves innovations , sont trop Romains encore. Il faut que d'un cerveau particulier éclose un système complet qu'on fera imprimer, en faveur des Eglises ( in gratiam Ecclesiarum ) qui doivent faire une édition du Bréviaire !

Et ces hommes que cent cinquante ans plus tôt la Sorbonne eut condamnés , comme elle condamna les rédacteurs des Bréviaires de Soissons et d'Orléans , comme elle condamna le Cardinal Quignonez lui-même, bien que son œuvre eût momentanément obtenu l'agrément privé de Paul III , ré^ voqué bientôt par saint PieV; ces hommes sans caractère, qui ne peuvent être fondés dans leurs prétentions que dans le| cas où l'Eglise serait moins assurée qu'eux-mêmes de la voie où les fidèles doivent marcher, ces hommes ne furent point repoussés; on les écouta , on leur livra nos sanctuaires. En core Foinardet Grancolas valaient-ils mieux que plusieurs d« ceux qui vinrent après ; mais ils ont la triste gloire d'avoi les premiers intenté procès à l'Eglise leur Mère, d'avoir fai les premiers cette sanglante critique de tous les siècles ce tholiques , atteints et convaincus désormais d'avoir manqu d'intelligence dans la prière, d'avoir laissé durant tant d siècles les mystères sans expression convenable. Nous craignons pas de le dire , lorsque nos Eglises de France s^ ront revenues à l'unité, à l'universalité , à l'autorité dans 1 choses de la Liturgie, et Dieu leur fera quelque jour cet grâce, lorsque cette suspension des anciennes prières c

tholiques ne sera plus qu'un fait instructif dans l'histoire, on aura peine à se rendre compte des motifs qui purent amener une semblable révolution au sein d'une nation Chrétienne. On imaginera que quelques violentes persécutions enlevèrent alors toute liberté à nos Eglises, et qu'elles se séparèrent ainsi des prières du Siège Apostolique et de l'antiquité, pour échappera de plus grands dangers. Mais lorsque, éclairés sur les événements, les fidèles verront qu'aucune coaction ne fut employée pour produire un résultat si étrange, qu'au contraire on vota , de toutes parts , comme par acclamation , la refonte de la Liturgie sur un plan nouveau et tout humain, que cette œuvre fut confiée à des mains hérétiques; alors, ils admireront la miséricorde divine envers l'Eglise de France.

Certes, c'était une chose bien lamentable de voir ainsi se rompre la communion des prières catholiques, avec Rome, avec le reste de la Chrétienté , avec les siècles de la tradition ; mais ce qui n'était pas moins humiliant, ce qui n'accusait pas moins la triste déviation qui faillit ruiner pour jamais la foi catholique dans notre patrie , c'est le mesquin Presbytérianisme, dont toute l'œuvre des nouvelles Liturgies demeure à jamais entachée. La plupart de ces faiseurs étaient des hérétiques , comme nous l'avons dit , et comme nous le dirons encore en temps et lieu ; mais de plus , ils étaient de simples Prêtres, sans caractère pour enseigner, sans mission pour réformer l'Eglise , sans troupeau à gouverner en leur propre nom. Jusqu'ici nous avions vu la Liturgie, soit dans l'Eglise d'Orient, soit dans l'Eglise d'Occident, formulée , disposée , corrigée par des Evoques ; saint Léon , j saint Gélase , saint Grégoirc-le-Grand , saint Léon II , saint J Grégoire VII, Paul IV, dans l'Eglise de Rome ; saint Ambroise dans l'Eglise de Milan ; saint Paulin , dans l'Eglise de Noie ;

Maximien et Johannicius , dans l'Eglise de Ravenne ; Théodose , dans l'Eglise de Syracuse ; saint Paulin , dans celle d'Aquilée; Voconius, dans l'Eglise d'Afrique; saint Hilaire, saint Césaire d'Arles, saint Sidoine Apollinaire, saint Venantius Fortunat , saint Grégoire de Tours , saint Protadius de Besançon, saint Adelhelme de Séez, dans l'Eglise des Gaules; saint Léandre , saint Isidore, Conantius, Jean de Saragosse, Eugène II de Tolède, saint Udefonse, saint Julien de Tolède , dans l'Eglise Gothique d'Espagne ; saint Euslhate d'Antioche, saint Basile, saint Maruthas, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Jean Maron, saint André de Crète, Come de Maïuma, Joseph Studite, George de Nicomédie, etc., dans les Eglises d'Orient. La Liturgie est donc l'œuvre des Evêques ; ils l'ont rédigée , fixée en établissant les Eglises ; c'est d'eux qu'elle a tout reçu; c'est par eux qu'elle subsiste. Les diverses réformes de la Liturgie n'ont jamais été autre chose que le rétablissement de l'œuvre liturgique des Evêques dans son ancienne pureté ; de même que la réforme de la Discipline n'est que le retour aux Constitutions Apostoliques , et aux Décrets des Conciles. On doit se rapler que le soin donné par Grégoire IX aux Frères Mineurs ne regardait pas la composition de la Liturgie , mais une simple épuration , dans le genre de celle qu'accomplirent les Commissions Romaines nommées par saint Pie V, Clément VIII et Urbain VIII; encore ces dernières renfermaient-elles plusieurs membres revêtus de la pourpre Romaine, ou honorés du caractère épiscopal.

En France, au contraire, il ne s'agit point de corriger, de mettre dans un meilleur ordre la Liturgie Romaine-Française, ni de rétablir l'antique et vénérable rite Gallican ; il s'agit de donner de fond en comble une Liturgie à une Eglise qui n'en a pas, et aucun Evêque ne couvre de la

responsabilité de son travail personnel celte œuvre qui doit remplacer celle de tant d'Evêques des premiers siècles, de tant de Souverains Pontifes. Pour opérer cette grande et inouie révolution, les Evoques Français du dix-huitième siècle se constituent sous la dépendance de simples Prêtres qui se sont érigés en législateurs de la Liturgie. Les plus justes réclamations sont étouffées, comme on va le voir, et il faut que saint Grégoire disparaisse avec tout l'imposant cortège de ses Cantiques séculaires, pour faire place à des Prêtres comme Le Tourneux, de Vert, Foinard, Petitpied, Vigier, Robinet , Jacob ; bien plus , à des Diacres , comme J.-B. Santeul ; à des Acolytes, comme Le Brun des Marettes et Mesenguy ; à des Laïques , comme Coffin et Rondet !

Nous n'ignorons pas qu'il serait possible de montrer dans la Liturgie Romaine certaines pièces , des Hymnes principalement , qui ont eu pour auteurs non seulement de simples Prêtres , mais des laïques même , comme Prudence, Charlemagne, etc. C'est à Elpis, femme de Boëce, que FEgiise Romaine a emprunté les Hymnes de la fête de saint Pierre et de saint Paul. Mais d'abord, à l'Eglise appartient de choisir avec une souveraine autorité, parmi les œuvres de ses enfants, celles qu'elle juge dignes de servir d'expression à ses propres sentiments dans les divins Offices. Ajoutons encore que ces adoptions d'Hymnes ont eu rarement lieu du vivant des auteurs, mais souvent plusieurs siècles après leur mort; que l'esprit de parti et de coterie n'y ont été pour rien. Enfin, quand l'Eglise, pour orner le texte d'un de ses Offices, daigne emprunter quelque composition à un de ses enfants , elle ne déroge en rien à l'ensemble de sa Liturgie , qui n'en demeure pas moins invariable dans sa forme traditionnelle.

L'Eglise , on a dû le voir dans tout ce qui a précédé , ne renouvelle donc point su Liturgie, suivant les siècles. Elle la T. U, 18

corrige , elle l'enrichit ; mais le Missel Romain est encore aujourd'hui le composé de l'Antiphonaire et du Sacramentaire de saint Grégoire, comme le Bréviaire demeure toujours le Responsorial du même Pontife , qui n'avait guère fait autre chose que mettre en meilleur ordre l'œuvre des Papes ses prédécesseurs.

Nous avons raconté comment, pour la réforme du Bréviaire et du Missel par saint Pie V, on tint surtout à ce que les correcteurs de ces livres ne s'écartassent point des anciens Bréviaires conservés dans les plus illustres Eglises de Rome et dans la Bibliothèque Vaticane. C'est le témoignage rendu par le Pontife, dans les deux Bulles de publication; témoignage dont nous sommes à même de vérifier toute l'exactitude, sur les anciens Antiphonaires, Responsoriaux et Sacramentaires publiés par Pamelius, D. Hugues Ménard, D. Denys de Sainte-Marthe, leB. Tommasi, D. Gerbert, etc. 11 en devait être ainsi dans l'Eglise Romaine , dont la vie ci la force consistent uniquement dans les traditions. Foinard e Grancolas jugèrent , dans leur sagesse , qu'il en pouvait être autrement dans l'Eglise de France.

Ecoutons ces deux grands législateurs de nos sanctuaires Foinard est le plus explicite dans ses désirs. Le titre de soi livre mérite tout d'abord notre attention : Projet d'un nou veau Bréviaire; ainsi, le Bréviaire est, parmi les institution! de l'Eglise Catholique , la seule qui n'ait pas besoin d'anti quitéj qui puisse être refondue , après les siècles, sur le plai donné par un simple particulier. — d'un nouveau Bréviair dans lequel l'Office divin, sans en changer la forme; — onconsen donc à laisser, dans ce Bréviaire , les Matines , les Laudes les Petites Heures, Vêpres , Complies, avec le même nombr de Psaumes , d'Hymnes , etc. Il y aura encore un Psautier un Propre du Temps, un Propre et un Commun des Saints

— dans lequel V Office divin serait particulièrement composé de l'Ecriture Sainte ; — l'Eglise , jusqu'ici , employait sa propre voix à célébrer ses mystères; elle se croyait en droit de parier à son Epoux ; l'élément traditionnel lui semblait divin comme l'Ecriture; or, le Bréviaire, avec ses Antiennes, ses Répons et ses Versets, qu'était-ce autre chose que la Tradition? Le Docteur Foinard , qui sait bien qu'un simple particulier ne, fait pas de la Tradition , propose de farcir son œuvre de phrases bibliques qu'il choisira à son loisir et suivant les convenances. — Instructif; — ainsi, la Tradition n'apprend rien; l'Eglise, dans ses œuvres , ne sait pas nous instruire, elle qui a les paroles de la vie éternelle. Il nous faut pour cela avoir recours à certains Prêtres de doctrine suspecte , qui nous initieront à la doctrine. — Edifiant; — si l'Eglise instruit mal, elle ne peut guère édifier. Que ceux-là qui vont nous instruire daignent donc aussi nous édifier. — dans un ordre naturel , sans renvois ; — plus de ces Rubriques compliquées qui obligent le Prêtre à faire de l'Office divin une étude sérieuse ; au reste, ces Rubriques sont elles-mêmes des traditions, il est trop juste qu'elles disparaissent. — sans répétitions ; — il est pourtant malheureux que ceux qui prient Dieu ou les hommes soient ainsi faits, qu'ils éprouvent le besoin de répéter souvent leurs demandes. — Et très court; — voilà le grand moyen de succès ! C'est peu de tenter les hommes par la belle promesse de les éclairer et de les édifier ; c'est peu de les flatter par l'espérance que le livre qui contient la prière sera désormais réduit à un ordre naturel, sans renvois, que l'on ne perdra plus de temps à lire et étudier des Rubriques ; la somme des prières sera diminuée, et afin qu'on puisse désirer un nouveau Bréviaire avec connaissance de cause , l'engagement de le rendre très court est exprimé en toutes lettres sur le titre du livre destiné à propager en tous

lieux une si merveilleuse nouvelle ! On prétend donc faire rétrograder l'Eglise de France jusqu'au Bréviaire de Quignonez (1). Saint Pie V, les Conciles du seizième siècle, l'Assemblée du Clergé de 1605 et i606, tout est oublié, méprisé. On veut un Bréviaire composé d'Ecriture Sainte, et, par dessus tout, un Bréviaire court ; on l'aura; il se trouvera des Jansénistes, des hérétiques pour le rédiger.

Entrons maintenant dans le détail des moyens choisis par notre improvisateur liturgique, pour réaliser le plan qu'il a daigné concevoir, et qu'il rédigera bientôt à l'usage de l'Eglise. D'abord, son élément constituant, c'est l'Ecriture Sainte, ainsi qu'il l'a annoncé sur le titre de son livre. Mais, dit-il, il ne la prendra que dans des sens autorisés (2). Bien de plus rassurant qu'une pareille déclaration ; mais si l'esprit de secte vient à s'emparer de la rédaction liturgique, au milieu de l'ébranlement général que ces brillants systèmes vont causer dans l'Eglise de France, quelle sera la garantie? Les séné autorisés, aux yeux d'un Janséniste , sont tout différents des sens autorisés à ceux d'un Catholique. Encore, si, dans ce triomphe de l'Ecriture sur la Tradition, on voulait consentir à laisser dans nos Bréviaires les nombreuses pièces empruntées à l'Ecriture elle-même par saint Grégoire, nous n'au rions d'examen à faire que sur les nouvelles pièces substituées aux Antiennes, Versets et Bépons de style ecclésiastique. Mais cette retenue n'est pas du goût de Foinard , ni de ses successeurs. Les parties de l'Office Grégorien qui sont tirées de l'Ecriture Sainte pourraient ne pas s'harmoniser dans 1< plan d'Offices inventé au dix-huitième siècle, t II ne faudrai • donc pas, dit notre Docteur, se faire un scrupule de subs

(t) Encore le bréviaire de Quignonez était-il rempli de formule traditionnelles (-2) Projet d'un nouveau Bréviaire, pageQQ.

LÏTURGIOUES. . 277

» tïtuer certains textes de l'Ecriture Sainte à ceux qui sont

• employés dans les anciens Bréviaires, pour composer des i Antiennes, des Répons, des Capitules, etc. Il semble , en

• effet, que c'est une chose très indifférente en soi-même » qu'un Répons ou un Capitule soit pris d'un endroit de

• l'Ecriture Sainte plutôt que d'un autre, et que, quand un

• texte convient mieux qu'un autre dont on se servait anciennement, il est fort permis de le prendre (1). » On le voit, nous n'exagérons rien; au reste , depuis long-temps , en France, on n'en est plus aux théories. Les Bréviaires ont été produits et sont là pour attester le dédain avec lequel l'œuvre Grégorienne a été traitée sous tous les points.

Foinard dispose , avec une incroyable assurance , l'échelle de proportion qu'on devra suivre désormais entre les Fêtes du Christianisme. Ce qui existe à ce sujet dans l'Eglise n'a que l'autorité du fait; voici donc comme il entend régler pour l'avenir l'harmonie entre ces nobles parties de la Liturgie universelle. Former une classe supérieure de Fêtes de Notre- Seigneur, dans laquelle on ne puisse admettre aucune Fête de la Sainte Vierge , ni des Saints , ainsi que le pratique d'une manière si inconvenante le Bréviaire Romain. Telle est l'idée de Foinard (2), celle aussi de Grancolas (3), et tous deux , le croirait-on? si on ne le lisait de ses propres yeux , si plus d'un Bréviaire de France ne nous l'attestait encore ; ils osent refuser à la Fête du Saint-Sacrement une place parmi les grandes Fêtes de Notre-Seigneur ! Languet a-t-il donc si grand tort de signaler des instincts calvinistes dans toute cette révolution liturgique , révolution , nous le répétons ,

(1) Ibid. page 178.

(2) Ibid. page 15.

(3) Commentaire du Bréviaire Romain. Tome I. Projet d'un nouveau, Bréviaire, page 547.

venue d'en bas , entachée de presbytérianisme , et poussée par des hommes en rébellion contre le Siège Apostolique? Quant au refus d'admettre aucune fête de la Sainte Vierge ou des Saints dans la première classe, qu'est-ce autre chose, à part la leçon faite à l'Eglise Mère et Maîtresse, qu'une manière d'humilier la piété catholique sous le superbe prétexte de venger l'honneur de Dieu, comme si Jésus-Christ n'avait pas dit : Qui mihi ministrat me sequatur, et ubi sum ego, illlc sit et minister meus (])?

Foinard et Grancolas consentent néanmoins à ne pas faire descendre la Fête-Dieu, l'Assomption et la Fête du Patron, au-dessous de la seconde classe (2); mais, en retour, saint Jean-Baptiste , et saint Pierre et saint Paul , n'étant pas jugés dignes de s'arrêter encore à ce second degré, tombent au troisième qu'on appellera solennel majeur (5). Ainsi ces Docteurs voulaient-ils étendre à la France entière les auda cièuses réformes de Le Tourneux etdeDom de Vert. N'est-c< pas une chose profondément humiliante, et non moins déso lante pour la piété, que de voir qu'ils y ont réussi?

Toujours à la suitetles auteurs du Bréviaire de Cluny, nou voyons nos deux Docteurs s'imposer la tache de diminuer d'une manière encore plus efficace, le culte de la Sainte Vierg et des Saints, au moyen de certaines mesures liturgiques qt finirent par devenir propres à tous les nouveaux Bréviaires C'est d'abord leur grand principe de la sainteté du Dimanch qui ne permet pas qu'on dégrade ce jour jusqu'à le consacre au culte d'un Saint, ni même de la Sainte Vierge. Il ne pourr donc céder qu'à une solennité de Notre-Seigneur. Il sera dé sonnais privilégié à l'égard même de l'Assomption de la Saint

(1) Joan. XII. 26.

(2) Foinard. page 19. Tïrancolas. page 347.

(3) Foinard. page 20. Grancolas. Ibidem.

Vierge, de la Toussaint, etc. (1). A plus forte raison, les doubles majeurs, ou mineurs, qui diversifiaient si agréablement pour le peuple fidèle la monotonie des Dimanches , en lui rappelant les amis de Dieu , leurs vertus et leur protection , devaient-ils être pour jamais renvoyés à des jours de férié dans lesquels leur fête s'écoulerait silencieuse et inaperçue.

En outre, pour donner au temps du Carême une couleur sombre et conforme, pensait-il, au génie de l'Eglise primitive , Foinard proposait de retrancher toutes les fêtes des Saints qui tombent dans ce temps, même l'Annonciation (2). Grancolas, moins austère, daignait tolérer l'Annonciation et même saint Joseph (3), et n'admettait pas non plus l'idée qu'avait eue Foinard, de privilégier aussi contre les fêtes des Saints les fériés du temps Pascal. Cette dernière idée n'a été admise, que nous sachions, dans aucun Bréviaire : mais toutes les autres réductions du culte des Saints dont nous venons de parler, sont encore à l'ordre du jour dans la plupart des Eglises de France. Une autre manière de relever la primitive Eglise dans le nouveau Bréviaire, c'est la proposition que fait Foinard d'introduire de nouvelles fêtes de Martyrs, divisées suivant, les diverses persécutions. Nous allons bientôt voir cette idée en action. Pour achever ce qui a rapport au culte des Saints, nous citerons cette phrase naïve de Grancolas : « On devra abréger » l'Office des Dimanches et des fériés; car dès que l'Office de >la férié ne sera pas plus long que celui des fêtes, comme il >est plus diversifié et plus affectif que celui des Saints, il n'y a • personne qui n'aime mieux le dire que celui des fêtes (<4). » Quant aux fêtes des Saints, voici ce qu'on en fera. Saint Jean- Ci) Foioard. page 24. Grancolas. 346.

(2) Page 30.

(3) Page 351.

(4) Page 347.

Baptiste, saint Pierre et saint Paul, descendront au solennel mineur ; les autres Apôtres ne seront que doubles , les saints Docteurs semi-festifs, les Martyrs simples. « Les fêtes des > Confesseurs, ajoute notre Docteur, n'auraient qu'une seule

* mémoire dans l'Office férial, et on renverrait leur Office , » s'ils sont Evêques, dans leurs Diocèses; s'ils sont Moines,

• dans leur Ordre; et les autres Saints et Saintes, dans les » lieux où ils se sont sanctifiés; ne faisant aucune fêle d'In- » vention ou de Translation de Reliques, que dans les lieux >où l'on croit avoir de ces Reliques (1). » Le Calendrier sera désormais épuré, comme l'on voit, et puisque le but avoué de Craneolas et de ses complices, est de faire que le Clergé préfère l'Office de la féric à celui des Saints , on ne peut niei qu'il n'ait pris un excellent moyen d'assurer cette préférence en réduisant à des bornes si étroites cet Office des Saints Mais aussi, quel lamentable spectacle que de voir pénétrei dans nos Eglises des maximes entachées de calvinisme, et s grossièrement opposées à celles du Siège Apostolique, qu n'a cessé depuis deux siècles de fortifier le Calendrier d l'Eglise par l'accession de nouveaux protecteurs ! Nous n'a vons pas besoin de dire que les idées de Foinard se rap prochent totalement de celles de Grancolas. Il déclar expressément que l'Office sera de la même longueur au: fériés et aux fêtes, pour éviter l'ennui (2) , et qu'on devr diminuer autant que possible le nombre des fêtes à neuf le çons(3). Quant aux leçons des Saints, nos deux Docteur s'accordent à dire qu'elles ne devront renfermer que de histoires bien approuvées (4). Nous verrons bientôt ce qu'o doit entendre par ces paroles.

(1) Page 348.

(2) Page 83.

(3) Page 188.

(4) Foinard. page 114. Grancolas. page 348.

Le Bréviaire , ainsi réduit, n'est bientôt plus qu'un livre de lecture privée; il perd son caractère social. C'est pourquoi, rétrogradant toujours jusqu'à Quignonez, et jaloux d'enchérir sur les traditions de François de Harlay, Foinard ne se borne plus à retrancher de la récitation privée le salut au peuple Chrétien, Dominus vobiscum, il veut en exclure la répétition des Invitatoires, des Répons brefs; le Jubé, Domine, Benedicere, le Tu autem, Domine, miserere nobis, et même le Benedicamus , Domino, sans doute à cause du pluriel Benedicamus (1). Il faut pourtant avouer que Foinard n'a pas été suivi , dans nos Bréviaires , sur tous ces points : on s'est borné généralement à la suppression du Dominus vobiscum dans l'Office récité en particulier ; après tout, c'est accorder le principe et nier la conséquence. Foinard a été plus heureux dans la proposition de supprimer les Pater, Ave, Credo, qui précèdent les Heures de l'Office. On lui a, en grande partie , octroyé sa demande , en cessant de réciter ces prières en tête des différentes Heures quand on les chante, ou quand on les récite à la suite les unes des autres.

On voit dans cette dernière innovation, comme dans tout le reste, le grand désir d'abréger l'Office, la crainte de n'en pas venir à ses fins, si on n'offrait pour compensation cà la ruine de toutes les traditions l'appât d'un Bréviaire très court. C'est dans cette intention qu'un si grand enthousiaste de l'antiquité que prétend l'être Maurice Foinard , ne craint pas de proposer l'établissement d'Offices à six leçons pour les Fêtes auxquelles on voudra donner un rang médiocre. Nous ne « connaissons qu'un seul Bréviaire dans lequel cette étrange forme d'Office ait été admise.

Maintenant, si on se demande en vertu de quel droit nos

(1) Page 53.

faiseurs imaginaient rendre licite un pareil bouleversement du culte divin, Foinard nous répond, et cette réponse a été souvent donnée, de nos jours, avec tout autant d'irréflexion et d'un air tout aussi triomphant, Foinard nous répond que saint Grégoire écrivit, au sixième siècle, à saint Augustin, Apôtre d'Angleterre , qu'il le faisait libre d'admettre dans le service divin les coutumes, soit des Gaules, soit de toute autre Eglise, si leur fusion avec celles de l'Eglise Romaine pouvait faciliter et confirmer la conversion des Anglo-Saxons. C'est une bien étrange distraction que celle-là ; car, outre que, comme nous l'avons prouvé ailleurs, il ne s'agissait point de l'Office divin proprement dit, qui fut toujours celui de Rome dans l'Eglise Anglo-Saxonne (1), mais simplement de certains usages et observances d'une importance secondaire ; saint Grégoire donnait à saint Augustin un pouvoir légitime et spécial, non moins que personnel. En vertu de quelle extension aurait-on pu se l'attribuer en France, après tant de siècles, après la destruction du rite Gallican, après l'établissement du rite Romain, après le Concile de Trente et la Bulle de saint Pie V, après les Conciles de France pour accepter cette Bulle, etc.? Est-il raisonnable, en outre , d'assimiler les usages liturgiques des Gaules, et autres anciennes Eglises de fondation Apostolique, à ceux dont Foinard ou ses pareils ont pris l'idée dans leur cerveau? En un motT de ce que saint Augustin aurait pu licitement, d'après la permission expresse de saint Grégoire^le-Grand , unir les rites sacrés de l'Eglise Romaine avec quelques-uns de ceux, si vénérables, institués parle.' Pothin, les Irénée, les Hilaire et les Martin, s'ensuivait-i qu'on pouvait , onze siècles après , remplacer la plus grand* partie des formules sacrées de l'Office divin par d'autres for

(4) Tome I. page 174 et seq.

mules improvisées par de simples Prêtres ou laïques , les uns hérétiques , les autres suspects dans leurs relations et leurs tendances personnelles? Mais en voilà plus qu'il n'en faut sur la lettre de saint Grégoire à saint Augustin : nous y reviendrons cependant une dernière fois dans la partie de cet ouvrage où nous aurons à traiter du Droit de la Liturgie.

Les utopies liturgiques de Grancolas et de Foinard doivent aussi être considérées sous le rapport des conséquences qu'elles amenèrent. Non seulement elles accélérèrent le remaniement des Offices divins dans plusieurs Diocèses , et leur complet renouvellement en d'autres , mais , et ceci n'est pas moins grave, elles firent descendre la Liturgie au rang vulgaire des compositions du génie humain. Chacun se crut en droit de juger des convenances du Bréviaire, et pendant que de nombreux amateurs dissertaient sur ce qu'il y avait à faire pour donner enfin à l'Eglise une expression digue de ses mystères, des liturgistes de profession se formèrent de toutes parts. Jusque-là, on avait pensé que la Liturgie, c'était la Tradition , et que de même qu'on ne fait pas de la Tradition comme on veut , on ne fait pas non plus de la Liturgie à volonté, bien que la Tradition et la Liturgie reçoivent Tune et l'autre, par le cours des siècles , certains accroissements qui viennent se fondre dans la masse. Alors, car il faut toujours que des mots soient faits pour exprimer les idées , ou les nouvelles formes d'idées , alors on vit paraître ces expressions, faire un Bréviaire, l'auteur de tel Bréviaire : le Bréviaire de tel Diocèse est bien fait , cet autre est mal fait , celui-ci est mieux fait. Etrange renversement d'idées, mais qui trahissait bien les vues toutes humaines, toutes nationales , toutes personnelles qui avaient présidé à cette œuvre téméraire ! On ne réfléchissait pas que s'il était encore temps, que même s'il était devenu nécessaire , après tant de siècles,

de rédiger sur un nouveau plan la forme des prières et de la confession publique de l'Eglise, de deux choses Tune, ou le premier besoin de l'Eglise était demeuré si long-temps sans être satisfait et n'avait pu l'être que par quelques Prêtres et laïques Français, ou ces Prêtres, ces laïques, en contradiction avec l'Eglise qui dédaignait leur œuvre, avaient assumé sur eux la plus énorme responsabilité. Or, l'Eglise universelle n'a pas fait un pas vers ces hommes et leur œuvre. Le Siège Apostolique les a laissés dans leur isolement. Ils sont des hommes, ils ont fait une œuvre humaine; elle aura le sort des œuvres humaines.

C'était donc une nouvelle branche de littérature dont Foinard et Grancolas avaient doté le pays. Les auteurs du Bréviaire de Cluny avaient du moins gardé le secret de leurs théories; nos deux Docteurs les ébruitèrent , et un grand mouvement commença dans nos sanctuaires appelés à la régénération. Toutefois, les plus zélés partisans de cette œuvre sont bien obligés de convenir que le bienfait des nouvelles Liturgies n'a pas contribué à faire refleurir l'antique foi de nos pères : il leur faut même convenir, l'histoire en main, que celte foi antique a subi une décadence proportionnelle aux progrès de l'innovation. Après tout, il eût été difficile que le mauvais arbre produisît de bons fruits , que les conceptions des Jansénistes ou de leurs fauteurs donnassent parmi nous des fruits de piété et d'orthodoxie. Rien n'est plus commun et plus divertissant en même temps que d'entendre, comme on en est à même tous les jours , les partisans des nouveaux Bréviaires convenir ingénuement que h piété et Yonction ne forment pas le caractère de ces livres de prières qu'ils ont substitués à ceux de cette Eglise Romaine qui , fondée inébranlablement sur la foi et la charité , mue et conduite pai l'Esprit Saint dont elle est l'épouse , soupire , dans tous le

siècles, cet ineffable gémissement dont noire faible livre cherchera à faire sentir la merveilleuse douceur.

Après 1727, nous ne retrouvons plus Grancolas sur la scène liturgique. Le Commentaire du Bréviaire Romain , dont le Projet d'un nouveau Bréviaire forme un des chapitres, est son dernier ouvrage. C'était Tannée précédente, 1726, que Foinard, joignant l'exemple au précepte, avait fait imprimer son Breviarium ecclesiasticum, Le coup était hardi de la part d'un homme qui alors n'avait plus aucune juridiction, s'étant démis de sa Cure de Calais. Aussi, n'ayant ni Diocèse, ni Paroisse même à qui le destiner et dont il pût lui donner le nom , il jugea convenable d'en faire le Bréviaire de l'Eglise , et l'ouvrage parut sous ce titre : Breviarium ecclesiasticum , editi jarn prospectus executionem exhibens. Ainsi sa Liturgie, après avoir été à l'état de prospectus , existait enfin en réalité.

De si grands avantages émurent plusieurs diocèses , et on remarqua bientôt un nouveau mouvement dans la Liturgie. Les Bréviaires qu'on avait réformés dans les dernières années du dix-septième siècle et dans les premières du dix-huitième, tout en présentant de fâcheuses imitations de celui de François de Harlay , ne s'étaient pas cependant écartés d'une manière énorme de l'ancien fonds Grégorien de l'Office (1). On avait hésité à se lancer tout-à-fait dans la nouveauté : mais , après 1720 , on osa franchir le pas et embrasser dans toute son étendue la responsabilité d'une nouvelle création

(1) Parmi ces Bréviaires nous citerons ceux de Senez ( 1700 ) , de Lisieux (1704) , de Narbonne (1709) , de Meaux (1713), d'Angers (1716), deTroyes (1718) , etc. Il y a de mauvaises intentions dans plusieurs de ces Bréviaires. Généralement , celui de Cluny a trop influé sur leur rédaction ; mais ils sont loin d'être à la hauteur de ceux dont il nous reste a parler. . .

liturgique. Ainsi, le Diocèse de Sens qui avait reçu, en 1702, de son Evoque, Ilardouin de la Iloguette, un Bréviaire encore assez pur, fut obligé, dès 1725 , d'en accepter un autre des mains de Denys-François Bouthillier de Chavigny. Ce second Bréviaire, comme nous Pavoue Languet, successeur de Chavigny, dans sa controverse avec l'Evêque de Troycs , avait eu pour rédacteur un homme de parti qui s'était appliqué à y faire entrer, à l'aide de passages de l'Ecriture choisis dans un but suspect , les principes de la secte Janséniste (1).

Daniel-Charles-Gabriel de Caylus , Evoque d'Auxerre , le même qui, après avoir suivi pendant douze ans la doctrine Catholique contre le Jansénisme , se déclara pour cette hé résie, peu de jours après la mort de Louis XIV, et en fu jusqu'à la fin l'un des plus opiniâtres champions, ne man qua pas de doter son Diocèse d'une nouvelle Liturgie. L Bréviaire donné par le Prélat, en 1726, eut pour principa rédacteur Jean-André Mignot, Grand-Vicaire de Caylus, e son complice dans les mêmes doctrines.

En 1728, nous trouvons le Bréviaire de Bouen, publié pa l'Archevêque Louis de La Vergne de Tressan, et rédigé pa le Docteur Urbain Robinet, personnage de sentiments orthe doxes, il est vrai , et dont l'œuvre n'a rien qui tende , soit d rectement , soit indirectement , au dogme Janséniste pre prement dit , bien qu'elle n'en soit pas moins le produit d't amour effréné de la nouveauté. Comme nous devons parl< à loisir , dans un autre endroit, du Docteur Robinet, noi nous bornerons à mentionner ici son premier essai litu gique , et nous ferons observer en même temps combien était déplorable que l'Eglise de Rouen qui , dans le Conci Provincial de 1581 (2) , avait décrété si solennellement Y

(1) Voyez ci-dessus, page 223.

(2) Vid. tome I. page 460.

doption du Bréviaire de saint Pie V, et qui avait pris soin de s'y conformer dans les éditions de 1587, 1594 et 1626, se livrât désormais, pour la Liturgie, à la merci d'un simple particulier.

Le Diocèse d'Orléans participa au bienfait d'une Liturgie régénérée. Dès 1693 , il avait reçu du Cardinal Pierre du Cambout de Coislin , un Bréviaire déjà modernisé , mais qui gardait cependant !a plus grande partie des prières antiques. Louis Gaston Fleuriau d'Àrmenonville le dota, en 1751, d'un nouveau Bréviaire rédigé d'après les principes de Foinard et de Grancolas. L'auteur de ce travail était Jean-Baptiste Le Brun Desmarettes, fils d'un libraire de Rouen qui fut condamné aux galères pour avoir imprimé des livres en faveur de Port-Royal. Le fils élevé par les Solitaires de cette maison , garda toute sa vie un grand attachement pour ses anciens maîtres et pour leur doctrine ; attachement qui l'entraîna dans certaines démarches par suite desquelles il fut renfermé à la Bastille durant cinq ans : encore, n'en sortit-il qu'à la condition de signer le formulaire. Il est vrai qu'il rétracta cet acte d'orthodoxie, en 1717, et se porta appelant de la Bulle Unigenitus. Etant tombé malade et craignant un refus de Sacrements , il se traîna à l'Eglise pour faire ses Pâques, le dimanche des Rameaux 1731 , et mourut le lendemain. Il avait pris l'Ordre d'Acolythe et ne voulut jamais entrer dans les Ordres Sacrés (1). Ce fut d'un pareil homme que l'Eglise d'Orléans consentit à apprendre la manière de célébrer les louanges de Dieu (2). Il y avait en cela une humilité sans exemple. Dans tous les cas , c'est une chose

(1) Vid. Biographie universelle , Feller, Picot, etc.

(2) Dès 1729, Le Brun Desmarettes avait pu jouir du succès de son œuvre liturgique. Le Bréviaire de Nevers , publié cette année-là , était de sa rédaction.

bien curieuse , mais non pas unique , comme nous venons bientôt, que le Clergé d'Orléans pût se trouver en même temps obligé par ses devoirs de refuser les Sacrements à Le Brun Desmarettes, et d'autre part contraint d'emprunter la voix du même Le Brun Desmarettes pour satisfaire à l'obligation de la prière publique. Le Mandement de l'Evêquc d'Orléans, pour la publication du nouveau Bréviaire , était fort significatif dans le sens des nouvelles théories. On y faisait ressortir principalement les grands avantages d'un Bréviaire composé des paroles de l'Ecriture Sainte, c Dans cette réforme » du Bréviaire , y était-il dit , nous nous sommes proposé de

> faire choix des choses les plus propres à louer Dieu et à » l'apaiser, en même temps qu'à instruire les Clercs de leurs » devoirs. Comme rien ne nous a semblé plus capable d'at-

> teindre ce but que l'emploi des propres paroles des divines » Ecritures ( car, dit le saint Evêque et Martyr Cyprien , c'est » une prière amie et familière que celle qui s'adresse à Diet » comme venant de lui ) , nous avons jugé qu'il ne fallait rier » admettre dans les Antiennes , les Versets et les Répons qu » ne fut extrait des livres saints, en sorte que dans toute » ces pièces , ou Dieu nous parle, ou il nous fournit les pa » rôles que nous lui adressons. Et cette résolution n'a poin

> été chez nous une témérité ; car si , suivant saint Augustin » Dieu non seulement se loue lui-même dans les Ecritures, afi »que les hommes sachent comment il doit être loué, mais en i core s'il a préparé dans les mêmes Ecritures des remèdi » nombreux propres à guérir toutes les langueurs de notre aro< » et qui doivent être administrés par notre ministère , quan ton fait les divines lectures dans V Eglise; quoi de plus digr » de Dieu et de plus utile pour nous que de pouvoir empruj

> ter aux livres sacrés , c'est à dire à Dieu même tout ce qi

> notre bouche fait entendre , quand nous chantons 1

» louanges de Dieu ? Certes , ces choses ne déplairont point à »Dieu, puisqu'elles ont Dieu même pour auteur ; elles détruiiront l'aveuglement du cœur, elles guériront l'âme, puisque la i parole de Dieu guérit toutes choses, ayant été écrite pour illui miner les yeux et convertir les âmes (1).

Il était facile de répondre à ces belles paroles , d'abord , que Luther, Calvin etQuesnelse sont exprimés en des termes analogues sur la suffisance de la Bible ; que la Constitution Unigenitus, véritable palladium de la foi, au dix-huitième siècle, ne pouvait plus subsister du moment que les Evêques affecteraient ainsi l'éloge et l'emploi des Ecritures, sans recommander avec une égale force l'importance de la Tradition, qui est divine comme les Ecritures, qui seule constate leur autorité, seule les interprète; que si les paroles de la Bible, arrangées en formules liturgiques, ne peuvent dé-

(1) In hujus autem Brevïarii recognitîone hoc nobîs propositum est,

Mt ea, quae ad Deum laudandum simal et placandum, et ad Clericos

Officii admoaendos essent magis idonea, seligerentur. Cum vero ad id

assequendum nihil magis expedire videatur, quam si ipsametdivina-

rura Scripturarum verba adhibeantur ( arnica enim et familiaris est

oratio, inquit sanclus Martyr et Episcopus Cyprianus, Deum de suo

! rogare) , nihil Antiphonis, nihil Versiculis, et Responsoriis inserendum

esse duxinius , quod ex Scripturis Sacris non sit desumptum, ita ut iiîs

omnibus vel Deus ipse nos loquatur, vel verba suppeditet , quibus ip-

* sum alloquamur. ]Nec teinere ad id impulsi sumus. Nam si Deus juxta

sanctum Augustinum non solum in Scripturis se ipsum laudat, ut

sciant hommes, qiiomolo laudandus sit, sed etiam ut curet et sanet

omnem animœ languorcm, multa medicamenta de iisdem Scripturis

profert, quœ per ministerium nostrum adhibenda sunt , cum lectiones

dwinœ in Ecclesia legumur. Quid Deo dignius et nobis esse potest

utilius, quam si quidquid personamus, cum Dei laudes canimus,

quantum iieri potest , ex libris sacris, id est, ab ipso Deo mutuemur?

Quae Deo sine dubio non dispiicebunt, cum Deum autorem habent ; et

cœcitatem cordis avertent, animamque sanabunt; cum sermo Dei sanet

omnia, et ideo scriptus sit ut illuminet oculos, et animas convertat.

plaire à Dieu, auteur de l'Ecriture, il n'est pas également évident que Dieu , auteur de la Tradition , doive voir avec faveur qu'on efface cette Tradition , et, qui plus est, que d'innombrables passages des Ecritures choisis et employés depuis tant de siècles, et en tous lieux, dans les divins Offices par l'Eglise, seul juge et interprète de l'Ecriture, cèdent la place à d'autres passages choisis aujourd'hui ou hier, pour l'usage de l'Eglise d'Orléans, par un hérétique; que le Bré viaire d'Orléans, comme tous les autres, renferme un< grande quantité de passages de l'Ecriture , mis en Antienne et en Répons, et dans lesquelles le texte sacré n'exprim» ni un discours de Dieu à l'homme , ni une parole de l'homni à Dieu ; que la fameuse parole de saint Cyprien , arnica e faut iliaris oratio est Deum de suo rogare , parole vraie de tou point quand il s'agit de l'Oraison Dominicale, au sujet d laquelle il l'a dite ( 1 ) , est complètement sans applicatio quand il s'agit de la presque totalité des pièces liturgique empruntées à l'Ecriture par le Bréviaire d'Orléans et 1< autres ; outre que, Dieu étant l'auteur de la Tradition aus bien que de l'Ecriture, on peut dire dans un sens que c'e louer Dieu de suo que de lui adresser les prières que l'Egli: a composées avec son assistance, et que l'usage des siècles sanctifiées de plus en plus; enfin que, comme le dit avec u grande vérité l'Archevêque Languet, les centons bibliqu dont sont garnis les nouveaux Bréviaires, c ne peuvent av( • > d'autre autorité que celles d'un Evoque particulier, homi } » sujet à erreur, et d'autant plus sujet à erreur qu'il est se , » qu'il introduit des choses nouvelles, qu'il méprise l'an- >quité et l'universalité (2). > Nous aurons à revenir sur t<t

(1) Vid. tomel. page 78.

(2) Vid. ci-dessus, page 106.

ceci dans la partie de cet ouvrage où nous traiterons de l'autorité de la Liturgie : mais, notre rôle d'historien dans des matières si négligées depuis long-temps, nous oblige parfois d'introduire dans notre récit une sorte de polémique. Nous le faisons à regret , mais la crainte de n'être pas suffisamment compris nous contraint d'effleurer ainsi la partie doctrinale de cet ouvrage , avant d'être arrivé à la discussion théorique. Le lecteur voudra bien excuser ces anticipations que nous ne nous permettons que dans l'intérêt de plusieurs. De toutes les choses qu'on ignore aujourd'hui , l'histoire même contemporaine de la Liturgie est peut-être la plus ignorée. C'est un fait dont nous recueillons de toutes parts l'ingénue confession.

L'année 4736 est à jamais fameuse dans les fastes de la Liturgie, par l'apparition du Bréviaire de Paris publié par l'Archevêque Vintimille. Avant d'entamer le récit de la publication de ce livre célèbre , nous signalerons , en passant , un autre événement d'une importance majeure. En 1737, la sainte et vénérable Eglise de Lyon, qui jusqu'alors avait gardé religieusement la forme auguste de ses Offices , dans lesquels l'ani cien rite Romain se mariait à de vénérables réminiscences de i l'antique Liturgie Gallicane , voyait porter atteinte à ce précieux dépôt. L'Archevêque Charles-François de Châteauneuf de Rochebonne inaugurait un Bréviaire dans lequel une I chose aussi grave que la division du Psautier était sacrifiée , , malgré sa forme séculaire , à de nouvelles théories d'arran* gement , toujours dans le but d'abréger les Offices divins. Le i (nombre des formules traditionnelles était diminué , les légendes des Saints soumises à une critique exagérée; enfin, si l'Eglise de Lyon ne se voyait pas privée dans une proportion plus considérable du trésor de ses vénérables prières, c'est que, fort heureusement , le Prélat qui lui donnait le nouveau Bré-

viaire avait été retenu par l'inconvénient qu'il y aurait eu de déroger à cet usage de Lyon, en vertu duquel on chanlait encore sans livre les Heures Canoniales (1). Nous verrons bientôt un Archevêque de Lyon que cette considération n'arrêtera pas.

L'Eglise de Paris et son nouveau Bréviaire vont donc nous occuper maintenant, la même Eglise de Paris qui, au moyenàge, communiquait à un si grand nombre d'autres les poétiques et harmonieuses richesses de sa Liturgie Romaine- Française. Nous allons la voir recueillant, dans une œuvre trop fameuse, tout ce que renfermaient de nouveautés suspectes, de formes audacieuses, et le Bréviaire de François de Harlay, et celui de Cluny, et les Projets de Foinard ei Grancolas, et les essais tentés à Sens , à Auxerre, à Rouen. à Nevers, à Orléans, etc.

Toutefois, il y eut une transition de la Liturgie de Harlaj à celle de Vinlimille. Le Cardinal de Nouilles, le même qui durant sa longue occupation du Siège de Paris, fatigua 5 long-temps de sa mesquine et opiniâtre rébellion le Sicg Apostolique et la Cour de France, ne pouvait manquer d laisser dans les livres Parisiens quelques traces de son pas saçe. Nous trouvons deux éditions du Bréviaire de Par données par son autorité, celle de 1098 et celle de 1714, une du Missel, en 170(3. L'édition du Missel paraît avoir é dirigée par François Vivant, Pénitencier de Notre-Dame Grand-Vicaire du Cardinal, auquel on doit attribuer la pi part des Proses qui s'y trouvent (2). Les Lettres Pastoral

(1) Equidem prisca Ecclesiie nostrae lege coarctatis, juxta qu sine codice Officiuui noeturnum , diurnumque persolvi consnev nova Responsoria , novasque Antiphoms pluriuaasex Scriptura coin nandi nobis copia non fuit, ne totinutuionibus inter turbaretur( ciuoa, et ab aetate teiicrrinaa choro nostro addictis fieret inipo>sil sacroruui Canticorunrpraxis inexperta.

(2) Picot, dans l'article Vivant, en la Biographie uuiversolle.

placées en tête du Bréviaire et du Missel portent expressément que l'on n'a voulu faire aucuns changements graves aux livres de François de Harlay dont on vante la perfection , et, en effet, il y a très peu de différences entre les Bréviaires et Missels de ces deux Archevêques. -

Cependant, nous signalerons quelques traits fortement caractéristiques. François de Harlay avait répudié les traditions de l'Eglise Romaine et celles de l'Eglise de Paris, sur sainte Marie-Magdeleine, et dans l'Office de cette Sainte, il avait professé expressément la distinction de Marie , sœur de Lazare, et de Marthe, d'avec l'illustre pécheresse, amante du Christ. 11 y avait quelque chose de mieux à faire encore ; c'était, en continuant de céiébrer la fête de sainte Marie- Magdeleine, le 22 juillet, de consacrer un autre jour à la mémoire de Marie de Béthanie. Les fidèles ne seraient plus exposés à s'y méprendre et à retomber dans les préjugés insoutenables de l'Eglise Romaine. Il est vrai que si, pourtant, Marie de Béthanie et Marie-Magdeleine sont une seule et même personne , l'acte souverain de Louis-Antoine de Noailles, pour les scinder en deux, ne pouvait avoir d'effet que dans le Bréviaire; car Dieu même ne pourrait faire iqu'une personne unique durant sa vie , en puisse jamais former deux après sa mort. Toutefois, comme le Gallicanisme, qui refuse à l'Eglise le pouvoir sur les choses terrestres , n'a pas si généreusement renoncé à l'empire sur les choses célestes , comme nous le verrons encore ailleurs , le Bréviaire idu Cardinal portait, sur le Calendrier, au 4 9 janvier, ces mots : Mariœ Beihanidis, sororis Lazari et Marthœ, en même temps ju'au 22 juillet, ceux-ci : Mariœ Magdalenœ.

En si beau chemin, il était difficile de s'arrêter. François le Harlay, dans ses livres liturgiques, avait vilipendé les glorieuses traditions de l'Eglise de Paris sur l'Aréopagilisme

de son saint Apôtre ; mais il n'en était cependant pas venu jusqu'à inaugurer à un jour spécial la fête d'un saint Denys l'Aréopagite qui ne fut pas l'Evêque de Paris. Le Cardinal de IS'oailles le fit. Son Calendrier portait, au 3 octobre, ces mots: Dionysii Areopagitœ , Athenarum Episcopi et Martyris , et plus bas , au 9 du même mois , ceux-ci : Dionysii , primi Parisiorum Episcopi, et Sociorum ejus Martyrum. Il n'est pas nécessaire d'être profondément versé dans les antiquités ecclésiastiques pour savoir que plusieurs anciens Martyrologes portent en effet le nom de saint Denys au 3 octobre ; mais, outre que les partisans de l'Aréopagitisme de saint Denys de Paris satisfont à cette objection , était-ce au Bréviaire de Paris de rétracter et de flétrir d'une manière aussi humiliante ses propres traditions, tandis que la presque universaliti des Eglises t tant de l'Orient que de l'Occident , s'unit encor» pour la féliciter de ce qu'elle a reçu la foi par le ministère d l'illustre disciple de saint Paul? C'est une triste condition qu celle de ces Liturgies locales, et, par là même , mobiles d'être condamnées à ressentir le contre-coup des révolutior que la mode introduit et que le retour à des idées plus saine peut anéantir. L'un des oracles de la critique moderne dit : « L'opinion qui identifie saint Denys l'Aréopagite ave » saint Denys de Paris , née du temps de Louis-le-Débonnair* » est beaucoup moins ancienne que celle qui a rendu sai » Denys l'Aréopagite auteur de divers ouvrages qui ont coi » mencé à paraître sous son nom plus de quatre cents a: » après sa mort. Mais elle ne vivra point apparemment pi > long-temps , et l'on peut attribuer au siècle de Louis-1 i Grand la gloire de les avoir ensevelies dans le même toi >beau (1). » Ainsi parlait Adrien Baillet, en 1701 ; mais si

(1) Baillet. Fies des Saints. Tome X. au 3 octobre, page 72.

dix -neuvième siècle voit ressusciter ces deux opinions, qui sont du nombre des opinions de l'Eglise Romaine , que deviendra le Calendrier actuel de Paris ? Quels cartons ne faudra-t-il pas pour le Missel et le Bréviaire de cette Eglise?

Quoique les changements faits au Missel de Harlay par le Cardinal de Noailles fussent assez légers, on remarqua néanmoins qu'on avait fait quelques additions. Nous en signalerons une entre autres dans la fameuse Postcommunion de saint Damase , au 11 décembre , laquelle est entrée de plein pied au Missel de Vintimille , et de là dans la presque totalité des Missels français. La voici : Nullum primum nisi Christum sequentes , et Cathedrœ Pétri communione consociatos , da nos, Deus, Agnum semper in ea domo comedere in qua Beatus Damasus successor piscatoris et discipulus crucis meruit appellari.

Ceux de nos lecteurs qui connaissent la fameuse lettre de saint Jérôme au Pape saint Damase reconnaîtront tout d'abord que cette Postcommunion est entièrement composée de paroles tirées de cette lettre ; mais en quel sens ont-elles été détournées ! D'abord , ces mots Nullum primum nisi Christum sequentes , séparés du reste de cette magnifique Epître dans laquelle saint Jérôme célèbre si éloquemment la Principauté Apostolique, qu'expriment-ils, dans leur isolement du contexte , sinon que les fidèles n'ont point d'autre Chef que Jésus-Christ? Certes, si saint Jérôme eût vécu au temps de Luther ou de Jansénius, il eût marqué avec son énergie ordinaire que s'il n'entendait suivre d'autre Chef que Jésus- Christ, il ne voulait parler que du Chef invisible, sans préjudice de cet autre Premier, de ce Chef visible qui est le Pontife Romain. Et ces paroles Cathedrœ Pétri Communione consociatos signifiaient-elles uniquement dans la bouche de saint Jérôme un simple lien extérieur, sans dépendance sous le

double rapport de la foi et de la discipline ? C'est ainsi , on le sait, que l'entendent les Jansénistes, témoins lesEvêques de l'Eglise d'Utrecht et ceux de l'Eglise Constitutionnelle de France, leurs disciples. Mais ce n'est pas là le sens de saint Jérôme qui , dans la même Epître, inquiet de savoir s'il faut dire une hypostase ou trois hypostases, demande au Pape de décider souverainement sur celle question : Decernite, et non timebo très hypostases dicere; de saint Jérôme, disonsnous, qui ne se borne pas à dire qu'il est uni de Communion à la Chaire de Pierre, mais qui entend cette Communion d'un lien tellement fort, d'une union tellement intime, qu'il ne craint pas d'appliquer au Pape ces paroles que Jésus-Christ dit de lui-même : Qui tecum non colligit dispergit.

La dernière partie de la Poslcommunion, moins importante , il est vrai , offre encore matière à observation. On voit que l'auteur profite des paroles de saint Jérôme, pour flétrir à propos de l'humilité de saint Damase, ce que la secte appelle le faste et l'orgueil de la Cour Romaine. On y demande à Dieu la grâce de manger l'Agneau dans cette maison où Damase a mérité d'être appelé le successeur du pêcheur et le disciple de la Croix. Cependant on pourrait, avec vérité, faire observer à François Vivant que Clément XI fut le digne successeur du pêcheur, et un sincère disciple de la Croix , bien qu'il ait cru devoir écraser l'hydre Janséniste par la Bulle Unigenitus, et coni amner comme hérétiques ceux qui ne se soumettraient pas aux décisions [decernite) Apostoliques, malgré qu'on les entendît crier de toutes parts qu'ils étaient et voulaient être toujours unis de communion avec l'Eglise de Rome.

Mais il ne s'agit plus maintenant de quelques altérations faites aux livres liturgiques de Paris, qui, comme nous l'avons remarqué , sont encore demeurés conformes , pour la plus grande partie, à ceux de Rome, en dépit des innovations

de François de Harlay, et même de son successeur. L'Eglise de Paris va voir substituer en masse, aux Offices Grégoriens qu'elle chante depuis le huitième siècle , un corps d'Offices nouveaux, inconnus, inouis, fabriqués à neuf par de simples particuliers, un prêtre , un acolyte , un laïque , et cet événement va entraîner dans la plus grande partie de la France la ruine complète de l'œuvre de Charlemagne et des Pontifes Romains.

Vers l'année 1725, François-Nicolas Vigier, Prêtre de l'Oratoire et successeur de Duguet en la charge de Supérieur du Séminaire de Saint-Magloire , s'étant livré aussi à la composition d'un Bréviaire , suivant les idées nouvelles , se trouvait en mesure de faire jouir le public du fruit de ses labeurs. Ce personnage obscur devait être l'instrument de la plus grande révolution liturgique que l'Eglise de France ait vue depuis le huitième siècle. Il avait enfanté le Bréviaire de Paris. Cependant , ce n'était point à cette Eglise en particulier qu'il avait destiné son chef-d'œuvre. Le Cardinal de Noailles , qui mourut en 1728 , avait refusé de l'adopter. François Armand de Lorraine, Evêque de Bayeux, avait paru mieux disposé ; mais son Chapitre s'était retranché dans une si courageuse opposition , que le Prélat s'était vu contraint de se désister de son entreprise.

Il n'est pas difficile de comprendre les motifs de cette résistance; c'était le sentiment de la foi qui se révoltait contre une œuvre suspecte. On savait que le P. Vigier appartenait à un corps profondément gangrené par l'hérésie Janséniste , et , quant à lui-même , bien qu'il n'eût pas appelé de la Bulle , sa réputation n'en était pas moins celle d'un homme rebelle dans le fond de son cœur. Au reste , il le fit bien voir lorsque, ayant été élu Assistant de son Général , le P. de la Valette , en 1746, il composa, pour aider à la pacification des esprits

dans sa Congrégation, sur le sujet des controverses du temps, un Mémoire dans lequel il écartait de la Bulle le caractère et la dénomination de Règle de foi , la qualifiant simplement de règlement provisoire de police qui n'obligeait qu'à une soumission extérieure. Le Bréviaire du P. Vigier ne démentait pas trop , comme on va le voir, une pareille manière de penser dans son auteur : mais il fallait un patron à ce livre. Dieu permit , dans son impénétrable conduite , qu'il trouvât ce patron dans Charles-Gaspard de Vinlimille, qui venait de succéder au Cardinal de Noailles sur le siège de la capitale. Ce Prélat, qui avait occupé successivement les sièges de Marseille et d'Aix, parvint à celui de Paris vers sa soixantequinzième année. Homme de ménagements et de tolérance , il essaya de tenir le milieu entre les Appelants et les partisans de la Bulle. Toutefois» il fit fermer le cimetière de Saint- Médard, profané parles honteux miracles du Diacre Paris; il eut même l'honneur de voir condamné, par le Parlement de Paris, un Mandement qu'il avait publié contre les Nouvelles Ecclésiastiques ; mais , en même temps , on savait qu'il avait écrit, sous la date du 22 mai 1731 , au Cardinal de Fleury, une lettre fameuse ainsi conçue : « Ma foi, Mon- » seigneur, je perds la tête dans toutes ces malheureuses » affaires qui affligent l'Eglise. J'en ai le cœur flétri, et je ne » vois nul jour de soutenir cette Bulle en France , que par un »mojen qui est de nous dire, à la franquette, les uns aux » autres, ce que nous entendons par chacune des propositions, »quel en est le sens, le bien que nous approuvons, le mal >que nous rejetons, et après, frapper brutalement sur les > uns et sur les autres qui ne voudront point nous suivre ; ei >si Rome ne veut pas se rendre facile à ce que nous avons » fait , lui renvoyer sa Constitution. Ce projet, je l'avoue, quf » j'ai fait plus d'une fois, et que mon chagrin me fait faire

» mérite quelque attention : mais en vérité on se lasse de » battre l'air et l'eau inutilement (1). »

On doit convenir qu'il était difficile de gouverner un Diocèse comme celui de Paris , inondé de Jansénistes , dans la Sorbonne, dans les Cures, dans les maisons religieuses, dans le Parlement , et qui , durant les trente années de l'épiscopat du Cardinal de Noailles, avait été le théâtre des Saturnales de l'hérésie triomphante. Aussi les actes par lesquels l'Archevêque Vintimille avait signalé le commencement de son gouvernement, bien qu'ils fussent compensés par une grande douceur sur d'autres points , lui avaient aliéné promptement les Jansénistes : il eut le malheur, en 1736, de les entendre chanter ses louanges , et faire l'ardente apologie d'une de ses œuvres. Cette œuvre était l'adoption solennelle du fameux Bréviaire.

Charles de Vintimille s'était laissé persuader que l'Eglise de Paris ne devait pas rester en retard des autres qui , en si grand nombre , par toute la France , avaient convolé à une Liturgie nouvelle. Il avait entendu parler des travaux du P. Vigier; il y avait souri, et, décidément, cet Oratorien avait été choisi pour doter l'Eglise d'un nouveau corps d'Offices. On lui avait seulement associé deux hommes dont les noms seuls rappellent les plus grands scandales de cette époque. Le premier, François-Philippe Mesenguy, était notoirement en révolte contre les décisions de l'Eglise. Re\êtu de l'ordre d'Acolyte, et, à l'exemple de Le Brun Desmarettes, n'ayant jamais voulu prendre le Sous-Diaconat , il fut un des plus ardents, en 1739, à s'opposer à la révocation de l'appel par la Faculté des Arts. Son Exposition de la doctrine Chrétienne (2) , qui avait été mise à Y Index dès 1757, fut condam-

(1) Biographie universelle. Article Vintimille.

(2) 1744. 6 vol. in-12.

née par un Bref solennel de Clément XIII , en date du 14 juin 1761. Ses écrits contre la Bulle et en faveur de Pappel (1) en faisaient l'un des plus célèbres champions du parti.

Le second des collaborateursdeVigier était un simple laïque. Charles Coflîn, successeur de Rollin dans l'administration du collège de Beauvais, à Paris, et Appelant comme son prédécesseur, s'était chargé de composer les Hymnes nécessaires pour le nouveau Bréviaire. Nous mettons, certes, son mérite comme hymnographe beaucoup au-dessus de celui de Santeul ; il est d'autant plus triste pour nous d'avoir à raconter jusqu'à quel point il le prostitua. Mais si l'hymnographe du nouveau Bréviaire était supérieur à Santeul pour le véritable génie de la poésie sacrée ; sous le rapport de l'orthodoxie , il offrait moins de garanties encore. Le poète Victorin, homme léger et sans conséquence, était, il est vrai, ami et fauteur d'héréliques ; Coffîn, personnage grave et recueilli, était hérétique notoire. C'était donc d'un homme étranger à l'Eglise Catholique , que l'Eglise de Paris , et tant d'autres après elle , allaient recevoir leurs Cantiques sacrés. Les poésies d'un Janséniste contumace allaient remplacer les Hymnes de l'Eglise Romaine , que François de Harlay et le Cardinal de Noailles avaient du moins retenues presque en totalité.

Ce fait unique dans les fastes de l'histoire ecclésiastique, et qui témoigne d'un renversement d'idées sans exemple, est d'autant plus inexplicable , que l'Eglise de Paris ellemême, quand son hymnographe fut sur le point de mourir, en 1749, lui refusa le baiser de sa communion. Coffîn mourut sans Sacrements, et le refus que fit le Curé de Saint- Etienne-du-Mont de les lui administrer, fut approuvé par l'Archevêque Christophe de Beaumont. Et l'Eglise de Paris

(1) La Constitution Unigenitus avec des Remarques, in-12. — Lettre a un anal sur la Constitution Unigenitus, in-12, etc.

continua de chanter et chante encore les Hymnes de Coffin , cette même Eglise qui, comme toutes les autres, n'admet point dans son Bréviaire une seule leçon de Tertullien, d'Origène, ou d'Eusèbe de Césarée, même tirée de leurs ouvrages orthodoxes, parce que la pureté de la foi et la sainteté des Offices divins ne le pourraient souffrir, parce que tous les siècles chrétiens déposeraient contre une semblable témérité ! Quoi donc ? Charles Coffin est-il plus que Tertullien, dont presque tous les écrits sont un miroir de doctrine; plus qu'Origène, dont les intentions paraissent avoir été toujours pures; plus qu'Eusèbe de Césarée, dont la parole est presque toujours si lumineuse et si éloquente ? Pour nous, Dieu sait à quel prix nous désirerions, pour la gloire et l'entière pureté de l'Eglise de France qui nous a élevé, voir disparaître jusqu'au souvenir de ces désolantes traces des influences de l'hérésie la plus méprisable qui ait jamais insulté le Corps mystique de Jésus -Christ. Nous nous sentons cruellement humilié, quand nous lisons, dans Je Journal de la secte, ces dures paroles auxquelles il nous est impossible de répondre autrement qu'en baissant la tête. € On chante tous les jours dans l'Eglise de Paris la »foi que professait M. Coffin, contenue dans des Hymnes »que feu M. de Vintîmille lui-même l'avait chargé de com- » poser. M. de Beaumont, successeur de M. de Vintîmille »dans cet Archevêché, les autorise par l'usage qu'il en fait, >et par l'approbation qu'il est censé donner au Bréviaire »de son Diocèse. Le P. Bouettin (1) les chante lui-même, » malgré qu'il en ait ; et les Sacrements sont refusés à la »mort à celui qui les a composées! Le Curé fait le refus, » l'Archevêque l'autorise (2) ! » Ce n'est pas tout encore. Le

(1) Génovéfain, Curé de Saint- Etienne- du-Mont.

(2) Nouvelles Ecclésiastiques. 10 juillet 1749.

Parlement de Paris fut saisi de cette affaire. On entendit le conseiller Angran dénoncer aux Chambres assemblées le refus de Sacrements fait à Charles Coflin, comme un acte de schisme. Il partait de ce principe , que c'est un acte de schisme que de refuser laCommunion à ceux qui sontdans l'Eglise, aussi bien que de communiquer avec ceux qui en sont séparés ; d'autre part, disait-il, on ne pouvait pas raisonnablement admettre que l'Eglise de Paris eût été demander à un excommunié de lui composer des Hymnes. C'est pourtant ce qui était arrivé ! Angran disait en outre que c les refus de Sacrements étaient

• sagement établis à l'égard des Protestants, des Déistes, etc.;

> mais que ce serait en faire un abus manifeste que de s'en » servir ù l'égard des fidèles dont la vertu et la catholicité

• sont connues de? tout le monde et justifiées depuis si long- » temps ( par rapport à M. Coflin en particulier ) , par la con- » fiance du public et par celle de M. de Vintimille lui-même,

> qui l'avait chargé de composer les Hymnes du Bréviaire de

• Paris (1). » Notre devoir d'historien nous a contraint de ne pas omettre ces détails vraiment pénibles : mais si nous ne les produisions pas avec cette étendue, qui, aujourd'hui, croirait à nos assertions ?

La commission désignée par Charles de Vintimille pour donner à l'Eglise de Paris un Bréviaire digne d'elle , était donc composée de ces trois personnages, Vigier, Mcsenguyet Coffin. Ce choix avait été suggéré à l'Archevêque par Louis- Abraham d'Harcourt, Doyen du Chapitre de Notre-Dame (2); il doit nous éclairer sur l'esprit et les principes de cet ecclésiastique. Toutefois, nous ne passerons pas outre, sans faire remarquer au lecteur le contraste frappant qui règne entre la

(i) Nouvelles Ecclésiastiques. 18 septembre 1749. (2) L'Ami de la Religion. Tome XXV. page 290. Article curieux sur la réimpression du Bréviaire de Paris.

commission chargée par PArchevêqueVintimillede renouveler de fond en comble la Liturgie Parisienne, et celle qui avait opéré la simple correction du Bréviaire et du Missel, au temps de François de Harlay. Dans cette dernière , presque tous les membres occupent un rang distingué dans l'Eglise de Paris. Ils sont au nombre de douze et tous revêtus du sacerdoce. La commission de Vintimille n'était plus composée que de trois membres ; un seul était Prêtre ; des deux autres , l'un était simple acolyte, l'autre laïque. Beaucoup de conséquences ressortent de ce fait. Nous avons déjà parlé de l'envahissement du Presbytérianisme et du Laïcisme dans les choses capitales de la religion : nous dirons, de plus, qu'une si étrange commission pour une œuvre majeure comme la refonte universelle de la Liturgie , montre clairement que la Liturgie elle-même avait grandement baissé d'importance aux yeux du Prélat qui choisit les commissaires , du Clergé qui accepta le fameux Bréviaire après quelques réclamations , du siècle enfin qui vit une pareille révolution , et ne l'a pas mise à la tête des plus grands événements qui signalèrent son cours. Nous le répétons , ce n'est pas ainsi que saint Pie V, Clément VIII et Urbain VIII avaient procédé pour la simple révision des livres Romains.

Ainsi, l'Eglise de Paris attendait patiemment que nos trois commissaires eussent enfanté leur œuvre. Une année avant que cette œuvre fut en état de paraître au jour, Mesenguy, voulant pressentir l'opinion publique, fit imprimer trois Lettres écrites de Paris à un Chanoine de l'Eglise Cathédrale de ***, contenant quelques réflexions sur les nouveaux Bréviaires (1). Ce petit écrit , tout imprégné des maximes modernes sur la Liturgie, avait pour but de faire valoir le nouveau Bréviaire ;

0) 1733, In-12 de 80 pages.

mais, comme l'observe judicieusement VAmi de la Religion, dans l'article cité, Mesenguy aurait dû laisser à un autre le soin de louer d'avance son propre travail.

Enfin , l'année 1736 vit l'apparition de la nouvelle Liturgie. Le Bréviaire , qui avait été annoncé à tout le Diocèse par un Mandement de l'Archevêque Vintimille, portait en tête une Lettre Pastorale du Prélat, sous la date du 3 décembre 1755 (1). Nous parcourrons avec le lecteur ce monument d'une si haute importance pour notre histoire.

L'Archevêque commence par recommander la nécessité de la prière en général , et le mérite spécial de la prière publique, c L'Eglise, dit-il , cette chaste colombe dont les pieux » et continuels gémissements sont toujours exaucés de Dieu ,

> s'est réservé le soin de régler l'ordre des prières de ses > Ministres, et de disposer les diverses parties de ce très

> saint ministère. Dans l'Office divin qui renferme toute la > matière du culte public, elle embrasse les plus augustes » mystères de Dieu et de la religion , les règles incorruptibles »de la foi et des mœurs, la doctrine de la tradition consi- » gnée dans les écrits des saints Pères et dans les décrets des » Conciles. Elle y propose les plus illustres exemples de toutes » les vertus dans la vie et la mort des Saints et des Martyrs

• qu'elle vénère d'un culte public, afin de nourrir la piété >des fidèles, d'éclairer leur foi, d'allumer leur ferveur. Elle

• enseigne que le culte de Dieu consiste dans l'esprit, c'est-

> à-dire dans l'obéissance religieuse de l'esprit et du cœur, > et dans l'adoration; que les Saints doivent être honorés,

> non par une stérile admiration, mais par une imitation fidèle

> des vertus qui ont brillé en eux. »

Rien de plus incontestable en soi qu'une telle doctrine;

(1) Vid. la note A.

LITURGIQUES. 30o

mais si l'Office divin est, de la part de l'Eglise, l'objet d'une si juste sollicitude, si c'est à elle de le régler, il devrait être inviolable comme elle; on ne devrait point, après tant de siècles, dans un Diocèse particulier, bouleverser, renouveler une Liturgie fixée par l'Eglise dans l'antiquité, et pratiquée en tous lieux. Si l'Office divin doit contenir la doctrine de la Tradition, il ne faudrait donc pas remplacer les formules séculaires dans lesquelles s'exprime si solennellement cette Tradition, par des Versets de l'Ecriture choisis par de simples particuliers suspects dans la foi. Si l'Eglise, qui nous propose dans le Bréviaire les exemples des Saints, a intention de nourrir la piété, d'éclairer la foi, d'allumer la ferveur, et non d'exciter en nous une stérile admiration , il faudrait cependant se souvenir que Y admiration est le principe de la louange, et que la louange est une des parties essentielles de la Liturgie. Ainsi, par exemple, en supprimant dans le Bréviaire de Paris jusqu'à la simple mention des Stigmates de saint François, Charles deVintimille diminue assurément la somme des motifs de V admiration que nous serions tentés d'avoir pour cet ami du Christ; mais si, par cette suppression, il a l'avantage de mettre saint François plus à portée de notre imitation, il se sépare avec éclat, non seulement de François de Harlay et du Cardinal de Noailles , qui avaient laissé le récit des Stigmates dans la Légende de saint François , mais bien plus encore de l'Eglise Romaine , qui , non contente d'en parler dans l'Office pu Patriarche Séraphique , au 4 octobre , en a institué une ête spéciale du rite double, pour toute l'Eglise , au 17 novembre. Il est vrai que l'Eglise Romaine a fort à cœur de ious inspirer V admiration des Saints ; car elle trouve que téjà ce sentiment est un hommage envers Dieu, qui se gloifie d'être admirable dans ses serviteurs. « Les premiers Pasteurs , continue la Lettre Pastorale ,. T, H, 20

> ayant considéré toutes ces chosos , se sont proposé spécia- » lemcnt de réunir dans L'ensemble de l'Office ecclésiastique «les matériaux nécessaires aux Prêtres pour instruire plus » facilement dans la science du salut les peuples qui leur sont » conûés. Tel est le service qu'ont rendu les trois illustres

• Prélats, nos prédécesseurs immédiats; à leur exemple, un

• grand nombre d'Evêques de ce Royaume ont publié de » nouveaux Bréviaires avec un succès digne d'éloges. » Ainsi, les trois Archevêques, de Péréfixe, de ILarlay et de Noaiiles, doivent être considérés comme les auteurs de la révolution liturgique. C'est donc à Paris qu'est née cette idée de ne plus faire du Bréviaire qu'un livre d'études sacerdotales, d'ôter à ce livre son caractère populaire, de n'y plus voir le répertoire des formules consacrées par la tradition. Jusqu'alors, on l'avait considéré comme l'ensemble des prières et des lectures qui doivent retentir dans l'assemblée des fidèles; tout ce qu'il contenait était ordonné pour le culte divin; maintenant, il ne sera plus qu'un livre de cabinet , parsemé de r>saumes et d'Oraisons, et à cette époque de controverses, on s'en va choisir de préférence pour le rédiger des gens naturellement disposés à l'adapter aux maximes de leur parti , tant par ce qu'ils y inséreront de suspect, que parce qu'ils trouveront moyen d'en ôler.

t Nous donc, aussitôt que, par le don de la divine Provi-

• dence, nous avons eu pris le gouvernement de cette Eglise » Métropolitaine , ayant été averti par des hommes sages et

• érudits, nous avons reconnu la nécessité d'un nouveau

• Bréviaire. En effet, l'ordre admirable et le goût exceileni » de solide piété et doctrine qui brille dans plusieurs de? » Offices des dernières éditions du Bréviaire , nous a fai

> désirer ardemment de voir introduire dans le reste des Of I » lices une dignité et une pureté semblables. C'est dans c

»but qu'oN a travaillé , pour rendre ce Bréviaire digne de la » majesté du culte divin ei conforme à nos vœux, qui ont * pour objet la sanctification de tous. » Le Prélat ne désigne point les auteurs du Bréviaire, elaboratum est ; à moins qu'on ne veuille appliquer à Vigier, Mesenguy et Coffîn, la qualification d'hommes sages et érudits ! Il est remarquable aussi que le Prélat ne convient pas franchement du renouvellement entier de la Liturgie opéré par la publication du nouveau Bréviaire. Il n'a voulu autre chose, dit-il, que procurer dans le reste des Offices le même ordre , le même goût de piété et de doctrine, la même dignité, la même pureté qui brillaient dans plusieurs de ceux du Bréviaire précédent. Cependant , si l'on en excepte un très petit nombre d'Offices, celui de sainte Marie Egyptienne , par exemple , qui fut rédigé dans le Bréviaire de Harlay par Nicolas LeTourneux, tou»; est nouveau dans le Bréviaire de Vintimille , soit pour le Propre du Temps, soit pour celui des Saints, les Communs, etc. Remarquons, en outre, que les parties sacrifiées formaient principalement ce vaste ensemble que le Bréviaire de Harlay avait retenu du Bréviaire Romain ; ainsi le reproche indirect de manquer d'ordre, de piété, de doctrine , de dignité, d'e7egance, s'adresse à la Liturgie de saint Grégoire et de saint PieV.

Venant ensuite au détail des améliorations que présente le nouveau Bréviaire, la Lettre Pastorale s'exprime ainsi : « Dans » l'arrangement de cet ouvrage , à l'exception des Hymnes , » des Oraisons, des Canons et d'un certain nombre de Leçons, » nous avons cru devoir tirer de l'Ecriture Sainte toutes les > parties de l'Office; persuadés, avec les saints Pères, que »ces prières seront plus agréables à la majesté divine , qui > reproduisent non seulement les pensées , mais la parole même de Dieu, * Les saints Pères dont il est ici question

se réduisent à saint Cyprien , qui , du reste , ne dit pas le moins du monde ce qu'on lui fait dire ici. Les saints Pères relèvent sans cesse l'autorité de la Tradition , et Ton ne citerait pas un seul passage de leurs écrits dans lesquels ils aient dit ou insinué qu'il serait à propos d'effacer dans les Offices divins les formules de style ecclésiastique, pour les remplacer par des Versets de l'Ecriture. Si la parole de l'Eglise peut légitimement trouver place dans les Hymnes et les Oraisons, en vertu de quel principe l'exclura-t-on des Antiennes et des Répons ? Voilà le grand problème qu'on n'a jamais résolu qu'en disant : La chose doit être ainsi, parce qu'elle doit être ainsi.

La Lettre Pastorale parle ensuite du soin avec lequel les Leçons des saints Pères ont été choisies et les Légendes des Saints rédigées. Nous en dirons bientôt quelque chose. On a retenu les Collectes des Bréviaires précédents , et même plusieurs Hymnes anciennes. Mais voici quelque chose de capital : c Pour nous conformer au pieux désir d'un grand

> nombre de personnes, nous avons, d'après l'exemple donné » déjà par plusieurs Eglises, divisé le Psautier, afin de pou- » voir assigner des Psaumes propres à chaque jour de la se- »maine et même à chaque heure du jour, en coupant ceux

> (iui étaient trop longs. Par ce partage , nous avons fait dis- » paraître l'inégalité des Offices et fait en sorte de moins » fatiguer l'esprit et l'attention de ceux qui chantent l'Office. » Saint Basile assure avoir supporté lui-même avec peine les » inconvénients de cette trop grande prolixité. C'était afin >de diminuer cette fatigue qu'un Concile de Narbonne avait » statué, dans l'antiquité, que les Psaumes plus longs sei raient divisés en plusieurs doxologies; c'est ce queprescri » aussi la Règle de saint Benoît. On récitera les Psaumes de li » férié à toutes les fêtes , à l'exception de ceux qui sont con

» sacrés aux mystères, ou à la Sainte Vierge. Il résultera de y là que le Psautier sera presque toujours lu en entier dans d'espace d'une semaine. »

C'était là une grande mesure et qui devait faire taire bien des répugnances. Foinard avait promis, en tête de son Projet, que le Bréviaire futur serait très court ; le grand moyen d'abréviation, admis- aussi par Grancolas, était de faire disparaître l'inégalité des Offices. La Lettre Pastorale adopte le même système. On n'y dit pas , il est vrai , comme ces Docteurs , que le but est de faire qu'on ait plus de plaisir à réciter l'Office de la Férié que celui des Saints ; mais ce sera pourtant le résultat inévitable, surtout s'il s'agit des Saints dont l'Office sera resté à neuf Leçons. La psalmodie que saint Basile trouvait excessive , était bien autre que celle du Psautier Romain; on en peut voir le détail dans les Vies des Pères des Déserts d'Orient; et si saint Benoît divise les Psaumes en plusieurs sections , il fallait dire aussi que les Mâtines de son Office se composent de douze Psaumes, trois Cantiques, douze Leçons, douze Répons, l'Evangile du jour tout entier, etc. Certes, c'est un avantage réel de pouvoir parcourir le Psautier chaque semaine; mais, encore une fois, le Bréviaire de Paris n'aurait pas obtenu un si brillant succès , si cette division des Psaumes ne l'eût en même temps renduT&plus court de tous.

c On a conservé au Dimanche sa prérogative d'exclure > toutes sortes de fêtes, si ce n'est celles qui ont dans l'Eglise Ue premier degré de solennité. > Nous sommes ici encore à la remorque des Docteurs Foinard et Grancolas, qui avaient suivi eux-mêmes Dom de Vert et Le Tourneux, dans leur Bréviaire de Cluny. Le but avoué de cette Rubrique est de diminuer le culte des Saints, sous le prétexte de défendre les intérêts de Dieu, auquel seul appartient le Dimanche, trop

souvent occupé par la commémoration de quelqu'un de ses Ser

viteurs : il est juste de leur faire céder la place à leur Maître.

< Afin d'assigner à l'Office de chaque jour un but, et aussi

> pour les distinguer les uns des autres , le Dimanche , qui est >le jour de la création de la lumière, de la i lion de » Jésus-Christ et de la promulgation de la Loi, oa excite dans » le cœur des fidèles l'amour de Dieu et de la loi divine. Le

> Lundi, on célèbre la chanté de Dieu et sa munificence enj vers les hommes. Les tro's jours suivants, on recommande :» l'amour du prochain, l'espérance et !a fui. Le Vendredi g » qui est le jour de la Passion de Jésus-Christ , l'Office a rap- » port à la patience que i'un doit avoir dans les labeurs et les i tribulations de cette vie. Enfin , le Samedi , on rend grâces » à Dieu pour les bonnes œuvres accomplies par les fidèles et >pour la récompense qui leur est assignée. > C'est ici le seul endroit des nouvelles Liturgies dans lequel on ait voulu faire du symbolisme ; mais pour faire du symbolisme , il faudrait autre chose que de la bonne volonté. On pourrait dire d'abord qu'il faudrait avoir vécu, il y a dix siècles, surtout s'il s'agit de bymbolisme sur une matière aussi fondamentale que la signification des jours de la semaine. Il faudrait , en outre , que le fonds prêtât à ce symbolisme; car il ne suffit pas d'attacher par ordonnance une idée à un fait; ce fait doit être par lui-même forme plus ou moins complète de l'idée. Certes, les fidèles | du Diocèse de Paris ignorent profondément que le Lundi soit | consacré à la bonté de Dieu , le Mardi à la charité fraternelle, le Mercredi à l'espérance, etc. On ne s'occupe guère de le enseigner, et s'ils veulent eux-mêmes consulter les anc* liturgistes sur les mystères de la semaine, ils y trouvei toute autre chose. L'Eglise, comme nous le dirons; a attaché aux divers jours de la semaine la commémontl de certains faits , parce qu'elle procède toujours par les fi

UTCRGIQCES. "H

par les abstractions. Nous reviendrons sar cesuj continuons la lecture de la Lettre Pastoral

t Pour le rite de FOffice Quadragésimal , noos avons jugé

• équitable de rappeler Faacienne coutume de l'Eglise , qui »ne jugeait pas que la solennité joyeuse des fêtes s'accordât i assez avec le jeûne et la salutaire tristesse de la pénitence. «Beaucoup de Diocèses nous avaient déjà précédé en cett^ •voie; c'est à leur exemple que nous avons ôté du Carême

• toutes les fêtes, à rexcepiion de celles dans lesquelles on

• s'abstient d'oeuvres serviles. > Ici, nous ne ferons qu'une réflexion. Ou le Bréviaire de Paris a atteint par cette mesure le véritable esprit de FEgiise dans la célébration du Carême, ou ses rédacteurs se sont trompés sur cette grave matière. Dans le premier cas , l'Eglise Romaine , qui jusqu'ici avait la mission de corriger les antres Eglises , reçoit ici la leçon sur une matière importante, les convenances Quadragésimales , de sa mie rEgfise de Paris. Dans le second cas , y a-t-il donc si grand mal à supposer que Vigier et Mesenguy, bien qu'appuyés de Foinard et de Grancolas, enfin de Le Tourneux et D. de Vert , aient failli quelque peu dans une occasion où 3s avaient contre eux l'autorité de la Liturgie Romaine? Quoi qu'il en soit, Paris s'est déjà relâché quelque peu de celte sévérité, et Borne, de son côté, a jugé a propos, depuis

RF36, d'ajouter encore de nouveaux Saints dans la partie de «on Calendrier qui correspond au Carême. Rendons grâces toutefois anx rédacteurs du Bréviaire de Paris de n'avoir pas suivi en tout ridée de Foinard ; ce Docteur voulait transférer F Annonciation an mois de décembre , et , franchement , c'est un peu loin do jour auquel ce grand mystère s'est accompli. fl n'est pas besoin , sans doute , de remarquer ici combien la suppression des fêtes qui tombent dans le cours du Carême dut changer la physionomie de ce temps de Tannée, et quelle

froide monotonie en est résultée. On sait bien qu'il en était ainsi dans les premiers siècles; mais si Dieu , dans les siècles suivants, a donné de nouveaux Saints à son Eglise, ce n'est pas, sans doute, pour que nous allions systématiquement fixer leur fête à un jour autre que celui de leur mort, dans Je but étrange de maintenir libres les Fériés qui étaient vacantes au Calendrier, avant qu'ils vinssent au monde.

La Lettre Pastorale parle ensuite des Canons insérés dans l'Office de Prime; mesure louable, mais que le Jansénisme , comme nous allons le voir, avait trouvé moyen de faire servir à ses Ons. Elle dit ensuite un mot du Calendrier et des Rubriques, après quoi, elle proclame l'obligation absolue pour toutes les Eglises , Monastères , Collèges, Communautés, Ordres , et généralement tous les Clercs qui sont tenus à l'Office divin , d'user de ce nouveau Bréviaire, à l'exclusion de tout autre, tant en public qu'en particulier. C'est la clause que François de Harlay avait mise en tête de son Bréviaire et qui se trouve répétée, presque mot pour mot, dans toutes les Lettres Pastorales qu'on lit dans tous les Bréviaires Français depuis cette époque. Nous ne connaissons qu'une seule exception ; elle se trouve dans la Lettre Pastorale de l'Evêque Poncet de la Rivière, en tête du Bréviaire d'Angers de 1716. On y remarque ces paroles qui se trouvent aussi dans le Missel du même Prélat , excepto Romano Breviario ou Missali, pro reverentia primœ Sedi débita. C'était bien le moins, en effet, après avoir expulsé des livres liturgiques tout l'élément Romain, de laisser aux Clercs, que le désir d'un Bréviaire plus court ne séduisait pas autant, la liberté de répéter encore ces vénérables prières, auxquelles personne \ie saurait enlever le caractère sacré que leur donnent l'antiquité, l'universalité; ces prières que l'Assemblée du Clergé ip 1605 regardait encore comme Ja Liturgie de la France,

Tel était donc le plan du nouveau Bréviaire expliqué par l'Archevêque Vintimille. L'exécution ne démentait pas les promesses que nous venons délire. Tout, ou presque tout était nouveau. Mais la nouveauté seule ne faisait pas le caractère de cette Liturgie. Elle donnait prise aux plus légitimes réclamations, et se montrait véritablement digne de ses auteurs. D'abord , toutes les hardiesses que nous avons signalées dans le Bréviaire de Harlay s'y retrouvaient fidèlement; puis, on avait enchéri sur l'œuvre de la Commission de 1680. Si les auteurs de la correction du Bréviaire de Harlay s'étaient proposé de diminuer le culte et la vénération des Saints , de restreindre principalement la dévotion envers la Sainte Vierge, d'affaiblir l'autorité du Pontife Romain , ce plan avait été fidèlement continué dans le Bréviaire de 1736 , mais, de plus, on avait cherché, à infiltrer les erreurs du temps sur les matières de la Grâce et autres questions attenantes à celles-ci. Nous avons dit que le Bréviaire de François de Harlay avait, du moins, sur ce point, résisté à l'envahissement des nouveautés , et fortifié même , en plusieurs endroits, les dogmes de l'Eglise attaqués à cette époque.

1° Sur les questions soulevées par Baius, Jansénius et Quesnel, et diriméespar l'Eglise, le Bréviaire de 1736 insinuait souvent, en paroles couvertes, la doctrine de Vigier, de Mesenguy et de Coûln. De nombreux retranchements avaient eu également lieu dans le but de se débarrasser d'autorités importunes.

Ainsi, pour infirmer le dogme de la mort de Jésus-Christ pour tous les hommes, on avait retranché de l'Office du Vendredi-Saint l'Antienne tirée de saint Paul : Proprio filio suo non pepercit Deus, sed pro nobis omnibus tradidit illum. On avait fait disparaître d'une Leçon du Lundi de la Pas*sjon ces paroles ; Magnum mim facinus wat cujus confa

deratloillos faceret desperare , sed non debebant desperare pro quibus in Cruce pendens Dominus est dignatus orare.

Pour favoriser le damnable système qui prétend que les Commandements ne sont pas toujours possibles, et que Ton ne résiste jamais à la grâce intérieure, on avait fait disparaître de l'Oifice de saint Jacques le Majeur une Homélie de saint Jean-Chrysostôme, parce qu'elle contenait ces paroles : Christus ita locutus est ut indicaret non ipsius esse solius dare , sed eorum qui decertant accipere. Nam si solius esset il ipsius omnes homines salvi fièrent , et ad agnitio?iem veritatisl venirent.

A la fête de sainte Agathe, une autre Homélie du mêmq saint Docteur avait pareillement disparu , parce qu'on y lisai ces mots: Quod ideo dixit ,ut ostenderet superiore nobis auxi lio opus esse ( quod quidem omnibus illud petentibus paratun est ) si volumus in hac luctatione superiores evadere.

On avait retranché pareillement la deuxième Leçon di Lundi de la Pentecôte, qui renfermait ces paroles : Erg quantum in medico est sanare venit œgrotum (Christus). lps se interimit qui prœcepta medici servare non vult. Salvarino, vis ab ipso : ex te judicaberis.

Dans la deuxième Leçon de l'Office de saint Léon , de paroles de ce saint Docteur, qui semblaient mises là ton exprès pour commander l'acceptation du Formulaire et soumission à la Bulle, avaient été effacées. Mais aussi com bien elles étaient expressives ! Damnent ( hœretici ) apert professionibus sui superbi erroris auctores, et quidquid i doctrina eorum universalis Ecclesia exhorruit detestentur omniaque décréta Synodalia quœ ad excisionem hujus hœr seos Apostolicœ Sedis confirmavit auctoritas , amplecti se et \ omnibus approbare, plenis et apertis ac propria manu su scriptit protestationibus eloquantur.

Un passage de la troisième Leçon de saint Martin , Pape et Martyr, avait également disparu. On en devinait sans peine la raison , quand on se rappelait qu'il y était parlé de l'édit de l'Empereur Constant , qui prescrivait le silence sur les questions de la foi , et de la résistance du saint Pape à une mesure qui compromettait si gravement les intérêts de l'orthodoxie. Les partisans du Silence respectueux avaient donc retranché les paroles suivantes : Intérim Constans ut suo Typo ab omnibus subscriberetur , silentiumque in eo de quœstione Catholicos inter et Monothelitas agitata indictum observaretur, primum Olympium Exarchum Ravennatem Romam misit; tum Calliopem Olympii successorem , a quo Martinus cum edicto impio juxta Lateranense Concilium resisteret , Roma vi abductus est , etc.

C'était dans le même esprit que l'on avait supprimé , au 26 novembre , l'Office de sainte Geneviève du Miracle des Ardens, à cause de certaines Leçons tirées de saint Irénée, et dans lesquelles étaient données les règles pour discerner les miracles des hérétiques d'avec ceux de l'Eglise Catholique ; ce qui devenait par trop embarrassant, si on en voulait faire l'application aux prodiges du Bienheureux Diacre.

Les additions et insertions faites au nouveau Bréviaire Parisien , dans un but Janséniste , étaient nombreuses : mais, en général, elles étaient prudentes, et les précautions avaient été prises, au moins d'une certaine façon, contre les réclamations des Catholiques. C'est le propre de l'hérésie de procéder par équivoques , de se retrancher dans les sinuosités d'un langage captieux. Languet , dans sa discussion avec l'Evêque de Troyes , a trop bien démasqué les artifices liturgiques du Jansénisme pour que nous ayons besoin de faire ici autre chose que citer des exemples tirés du Bréviaire de Vigier et Mesenguy,

On sait que durant la première moitié du dix-huitième siècle, les Jansénistes, déconcertés de leur petit nombre, comparativement au reste de l'Eglise qui avait accepté la Bulle, imaginèrent de se (aire un mérite de ce petit nombre, prétendant que la visibilité de l'Eglise s'était obscurcie, que la Vérité, c'est le nom consacré par lequel ils désignaient tout leur système, ne triompherait qu'à l'arrivée d'Elie qui était prochaine, et qui devait amener la conversion des Juifs et la régénération de l'Eglise , par ce renfort considérable. Les plus habiles de la secte entreprirent même de grands travaux sur l'Ecriture Sainte, pour appuyer ce système. Le nouveau Bréviaire avait consacré tout le corps des Répons du VIIe Dimanche après la Pentecôte , à célébrer de si belles espérances. Comme toutes les paroles de ces Répons étaient tirées de l'Ecriture Sainte , on se sentait inexpugnable. Voici cette composition :

1er r). Surrexit Elias Propheta quasi ignis , et vcrbum ejus quasi facula ardebat : * Verbo Dei continuit cœlum. y. Elias homo erat similis nobis, passibilis : et oravit ut non plueret , et non pluit ; et rursum oravit, et cœlum dédit pluviam. * Verbo Dei, etc.

Ce Répons est le début de l'œuvre toute entière : il n'y faut pas chercher d'autre intention. Voici maintenant la, mission du Prophète vers une Veuve désolée :

2e fy Factus est sermo Domini ad Eliam , dicens : Surge et vade in Sarepta Sidoniorum , et manebis ibi ; prœcepi enim ibi mulieri viduœ, ut pascat te : * Surrexit et abiit in Sarepta, y. Multœ viduœ erant in diebus Eliœ in Israël , cum facta esset famés magna in omni terra ; et ad nullam illarum Missus est Elias , nisi in Sarepta Sidoniœ, ad mulierem viduam, * Surrexit.

Cette grande famine qui ravageait toute la terre, est cette

famine spirituelle dont la secte prétendait que l'Eglise était travaillée; aussi le Prophète s'adressant au peuple, lui reproche-t-il de balancer entre la vraie et la fausse doctrine :

3e r). Accedens Elias ad omnem populum , ait : Usquequo claudicatis in duas partes? * Si Dominus est Deus, sequimini eum. f. Nemo potest duobus dominis servire. * Si.

Après ce prélude, viennent les Répons du second Nocturne, dans lesquels le but des rédacteurs, toujours cachés derrière le Prophète, devient de plus en plus manifeste. C'est Israël même qui a rompu le pacte avec Dieu ; Elie se plaint d'être seul resté fidèle , et encore ses jours sont menacés.

4e ^. Ecce vox Domini ad Eliam ; et ille respondit : Zelo zelatus sum pro Domino Deo exercituum , quia dereliquerunt pactum tuum filii Israël : * Prophetas tuos occiderunt gladio , derelictus sum ego solus, et quœrunt animam meam ut auferant cam. f. An nescitis inElia quid dicit Scriptura , quemadmodum interpellât Deum adversum Israël ? * Prophetas,

Cependant, Elie n'est pas seul. Israël renferme encore sept mille hommes fidèles. Le nombre n'est pas considérable, mais aujourd'hui encore, ne voit-on pas que V élection gratuite opère dans la même proportion , jusqu'à ce que vienne la prédication d'Elie ?

5e ^. Quid dicit Eliœ divinum responsum ? Reliqui mihi septem millia virorum qui non curvaverunt genua ante BaaL * Sic ergo et in hoc tempore reliquiœ secundum electionem gratiœ salvœ factœ sunt, f. Antequam veniat dies Domini magnus , convertet Elias corpatrum adfXios, et cor fdiorum ad patres eorum. * Sic ergo.

Maintenant, que fera Elie? Il restituera les tribus de Jacob; il rétablira toutes choses, et ces merveilles auront lieu bientôt , car le Prophète est sur le point de paraître.

6e ^. Elia, quis potest similiter sic gloriari tibi? Qui re-

ceptus es in turbine ignis , in curru equorum igneorum : qui script us es in judiciis temporum * Lenire iracundiam Domini , conciliare cor patris ad filium , et restituere tribus Jacob. y. Elias quidem venturùs est et restituet omnia : dico autem volts, quia Elias jam venit. * Lenire.

Le langage devient plus expressif, au troisième Nocturne. On y dénonce les faux Prophètes. Ce sont d'abord les Docleurs qui enseignent de faux dogmes : ceux qu'on cherche à flétrir du nom de Molinistcs.

7° fy Attendite a falsis prophetis , qui* Vcniunt ad vos in vestimentis ovium , intrinsecus autem sunt lupi rapaces, f. Non misi eos , et ipsi prophetant in nomine meo mendaciter, ut pereatis. * Veniunt.

En second lieu , ces faux Prophètes sont les Docteurs de la morale relâchée ; le lecteur sait quelle école on désigne ainsi dans le parti.

8° ^. Prophetant de corde suo : * Consuunt pulvillos sub omni cubito manus, et faciunt cervicalia sub capite ad capiendas animas, y. A fructibus eorum cognoscetis eos. * Consuunt.

En troisième lieu , ces faux Prophètes sont des hommes vertueux à l'extérieur, témoin celui que les Molinistes appellent saint Vincent de Paul et que la secte persiste à vouloir toujours nommer Monsieur Vincent. Il importe donc de se prémunir contre cette troisième classe de séducteurs.

9e ^. Non omnis qui dicit mini. Domine, intrabit in regnum cœlorum ; sed * Qui facit voluntatem Patris mei, ipse intrabit in regnum cœlorum. v. Qui custodit mandatum , eustodit animam suam. * Qui.

Voilà un échantillon du savoir faire de nos liturgistes. Que si quelques-uns de nos lecteurs trouvaient nos défiances exagérées, ou injustes, nous leur conseillerons de lire les livres du parti, les ouvrages de Duguet, par exemple, les

Nouvelles Ecclésiastiques , etc., iîs ne tarderont pas à devenir familiers à ce langage biblique de la secte. A force de rencontrer, dans les diatribes du parti contre le Pape , les Evêques constitutionnaires , les Jésuites, etc. , les textes que nous venons de citer, iîs les reconnaîtront aisément dans les Répons du VIIe Dimanche après la Pentecôte , et dans plusieurs autres endroits du Bréviaire.

Certes, nous ne nous donnerons pas la peine et nous ne causerons pas au lecteur l'ennui d'une complète énumération des passages scabreux du Bréviaire de Vintimiile : cependant, nous en signalerons encore quelques-uns. Prenons, par exemple, l'Office des Vêpres et des Compîies du Dimanche, Office populaire, s'il en fût jamais, et voyons comment la secte s'y était prise pour lui donner une couleur nouvelle et conforme à ses vues.

Dans la Liturgie Romaine, le Capitule de Vêpres, lecture solennelle après la psalmodie , a pour but de recueillir la prière d'action de grâces du peuple fidèle , dans ce jour du Seigneur dont le repos est à la fois un acte religieux et une consolation. Quoi de plus touchant et de plus propre à inspirer la confiance en Dieu , que ces belles paroles de saint Paul !

Benedictus Deus et Pater Domini nostri Jesu-Christi, Pater misericordiarum et Deus totius consolationis qui consolatur nos in omni tribulatione nostra !

Ne voit-on pas que le choix de ces divines paroles n'a pu i être fait que par notre miséricordieuse Mère la sainte Eglise, qui cherche toujours à nourrir et accroître notre abandon envers notre Père céleste. Elle n'approuve pas qu'on effraie les fidèles en mettant trop souvent sous leurs yeux les teriribles mystères de la Prédestination et de la Réprobation, iinystères à l'occasion desquels plusieurs ont fait naufrage

dans la foi (1). La secte Janséniste, au contraire, ne voit qu'une chose dans la religion; elle ne parle que de prédestination , d'efficacité de la grâce, de nullité de la volonté humaine, de pouvoir absolu de Dieu sur cette volonté. Voici donc comment elle a frauduleusement remplacé le sublime Capitule que nous venons de lire. Remarquons que le passage qu'elle y a substitué commence à peu près de la même manière , pour atténuer , autant que possible , le fait du changement; mais lisons jusqu'au bout :

Benedictus Deus et Pater Domini nostri J esu-Christi , qui benedixit nos in omni benedictione spirituali in cœlestibus in Christo, sicut elegit nos in ipso ante mundi constitutionem , ut csscmus sancti et immaculati in conspectu ejus in charitate.

Le Chrétien qui écoute la lecture du premier de ces deux Capitules, entendant dire que Dieu est le Père des miséricordes, le Dieu de toute consolation, si, dans ce seul jour de

(i) C'est la pratique générale de tous les temps et de tous les lieux , si on excepte l'époque du Pelagianisme, dans laquelle il était nécessaire de prémunir les fidèles contre Terreur; encore doit-on remarquer une grande différence entre le ton de saint Augustin dans ses Lettres et ses Traités, et celui qu'il prend sur les mômes matières dans ses Discours populaires et ses Homélies. Nous rappellerons ici les Règles que donne sur cet article saint Ignace de Loyola , à la (in du fameux livre des Exercices , livre dont la doctrine est formellement approuvée et garantie par le Siège Apostolique : Décima quarta Régula. Advertendum quoqueest quamquam verissimum sit nemini contingere salutem nisi prœdestinato ; circumspecte tamen super hoc loquendum esse, ne forte gratiam seu prœdestinalionem Dei nimis extendentes , liberi arbitra vires et operum bonorum mérita excludere velle videamur. A la Règle quinzième , il est dit : Stmilem ob causant frequens de prœdestinatione sermo liabendus non est. A la dix-septième : De gratia ergo ipsa diffuse quidem loqui fas est , Deo aspirante , sed quatenus in gloriam ejus uberiorem redundat , idque juxta modum convenientem, nostris prœsertim temporibus tam periculosis ; ne et liberi arbitrii usus et operum bonorum cf/icacia tollalur.

la semaine, où un peu de loisir lui est donné pour réfléchir sur son âme, il sent en lui-même quelques désirs d'amendement , trouvera dans ces douces paroles un motif de conversion; il se lèvera, et, comme le prodigue, il ira à son Père. Le pécheur, au contraire, qui entend lire le second Capitule et qui sent que dans ce moment il n'est ni saint, ni immaculé, où prendra-t-il la force de se relever? On lui dit que, pour parvenir au salut, il faut avoir été élu en Jésus- Christ avant la création du monde. Quelle garantie aura-l-ii de celle élection pour lui-même? Dans cette incertitude, il ne répondra pas aux avances que la grâce lui faisait au fond de son cœur. Il secouera le joug d'une religion qui désole, au lieu de consoler. Ou convient assez généralement aujourd'hui que lePrédestinatianisme plus ou moins triomphant dans la Chaire, et le rigorisme de la morale, ont été pour moitié dans les causes de l'irréligion, au dix-huitième siècle.

L'Hymne de saint Grégoire, Lucis Creator optime, qui suit le Capitule, dans l'Office des Vêpres du Bréviaire Romain, et dans laquelle l'Eglise remercie avec tant de noblesse et d'onction le Créateur, pour le don sublime de la lumière physique, et lui demande la lumière des âmes, avait été supprimée. En place, on lisait une Hymne de Coftln, pièce d'un langage élevé et correct, il est vrai; mais, à la dernière strophe, un vers avait été lancé à dessein. On y demandait à Dieu qu'tf veuille nous adapter à toute espèce de bien. Ad omne nos apla bonum. Sans doute, cette expression est de saint Paul; mais il y a long-temps que saint Pierre nous a prévenus que les hérétiques détourneraient les paroles de ce grand Apôtre des Gentils à des sens pervers (1), et ce vers

(l) Sicut et carissimus fraler noster Paulus secundum daiam sibi sapientiam scripsit vobis, sicut et in omnibus Epi&tolis, Ijqiuns in eis

de l'Hymne ne nous rappelle que trop l'affectation avec laquelle le texte dont il est emprunté a été placé dans la Bénédiction du Lecteur, à l'Office de Prime, en celte manière : Deus pacis aptet nos in omni bono , ut faciamus ejus voluntatem, faciensin nobis quod pîaceat coramse. Ce sont précisément ces paroles et d'autres semblables que les Jansénistes nous objectent, pour établir leur système de l'irrésistibilité de la grâce. On sait bien que l'Ecriture est la parole de Dieu ; mais on sait aussi qu'elle est un glaive à deux tranchants qui peut défendre de la mort, ou la donner, suivant la main qui l'emploie. C'est ici le lieu de se rappeler la remarque de Languet sur des textes du même genre dans le Missel de Troyes. Si, au temps de l'hérésie Arienne , quelqu'un se fût avisé de composer une Antienne avec ces paroles : Pater major me est; ou, au temps de la Réforme, avec celles-ci : Spiritus est quivivificat ; caro autem non prorIa>t quidquam, nYÙL-on pas eu raison de considérer de pareilles Antiennes comme hérétiques par suite de leur isolement du contexte saeré? Cependant, l'Ecriture Sainte toute seule en eût fourni la matière.

A rOfïicc de Complies, l'Eglise Romaine met les Psaumes sur une Antienne tirée de l'un d'eux, et qui est un cri du ecrur vers Dieu, au milieu des ombres de la nuit. Miserere mei , Domine, et exaudi orationem meam ! Le nouveau Bréviaire n'avait pas voulu garder celte Antienne. C'était pourtant une prière, cl une prière tirée de l'Ecriture Sainte. Or avait mis en place un Verset du Psaume XC. Scato circum dabil te veritas ejus ; non timebis a timoré noclurno. Qu'est-ce que cette Vérité qui sert de bouclier au fidèle? quelle es!

de bis; in quilmssunt qi a dam difficilia iotellectu quae indocti et in* tabiles dépravant, sicut et caeteras Scripturas ad suam ipsorum pefdi tiooem. /. in. ///. 15. 16

cette Nuit dont il ne faut pas craindre les terreurs ? Les écrits du parti ne cessent de parler de l'une et de l'autre. La vérité, c'est la doctrine opposée à la Bulle; la nuit , c'est Y obscurcissement de l'Eglise.

Ecoutons-les maintenant, dans le Capitule qui vient bientôt après cette Antienne :

Omnes vos filii lucis estis et filii diei ; non sumus noctis neque tenebrarum ; igitur, non dormiamus sicut et cœteri, sed vigilemus et sobrii simus.

Toujours même esprit : Les enfants de la lumière, et les enfants des ténèbres ; ne pas dormir comme les autres. Tout cela serait parfait, en d'autres temps, et dans une autre bouche ; mais que l'Eglise Romaine a bien un autre esprit. , lorsqu'au lieu de placer ici une froide exhortation, elle s'écrie avec tendresse au nom de ses enfants :

Tu autem in nobis es , Domine , et nomen sanctum tuum invocatum est super nos ; ne derelinquas nos, Domine Deus noster !

Vient ensuite le ^. In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum. Le nouveau Bréviaire l'avait gardé ; mais voyez ici la différence de la véritable Mère d'avec celle qui n'en a que le nom. L'Eglise Romaine, afin que chaque fidèle puisse répéter avec confiance ces douces paroles : In manus tuas commendo spiritum meum, émet tout aussitôt le motif qui produit cette confiance dans le cœur du dernier de ses enfants. Tous ont droit d'espérer, car tous ont été rachetés : Redemisti nos, Domine, Deus veritatis. Ecoutez maintenant Vigier et Mesenguy : Redemisti me, Domine, Deus veritatis. La rédemption , suivant eux , n'est pas une faveur générale ; le Christ n'est pas mort pour tous. L'Eglise ne peut donc pas dire : Redemisti nos ! Que si vous leur reprochez l'altération du Répons , ils vous diront qu'ils n'ont fait que rétablir1

le texte sacré; que dans l'Ecriture, il y a redemisti me. — Sans doute, et c'est pour cela même que l'Eglise, interprète de l'Ecriture , craignant qu'on n'en tirât de fausses conséquences, avait dit : Redemisti nos. Dans la Liturgie, il arrive sans cesse que des passages de l'Ecriture sont interprétés, adaptés pour la nécessité du service divin. Les nouveaux livres ont eux-mêmes retenu un certain nombre de prières dans lesquelles les paroles de l'Ecriture ont été modifiées par l'Eglise. Ils en ont même de nouveaux composés dans le même goût.

Après le Répons bref, le Bréviaire Romain, toujours attentif à nourrir les fidèles de sentiments affectifs et propres à entretenir la confiance, avait ajouté cette touchante prière dans le Verset :

Custodi nos , Domine, ut pupillam oculi ; sub umbra alarum tuarum protège nos.

C'est la même intention que dans le Redemisti nos. Le nouveau Bréviaire, toujours d'après le même système, individualisant la Rédemption et ses conséquences, avait mis, sous le même prétexte de l'intégrité du texte sacré : Custodi me , protège me.

Mais voici quelque chose de bien plus fort, et en quoi ap paraît merveilleusement l'intention des novateurs dans tout cet ensemble. L'Eglise Romaine , après le Cantique de Si méon , mettait dans la bouche de ses enfants, prêts à se livre au repos, une Antienne composée de ces touchantes paroles Salva nos, Domine, vigilantes ; custodi nos dormientes , v vigilemus cum Chrislo et requiescamus in pace. Le nouvea Bréviaire , après avoir expulsé cette pieuse formule, la ren plaçait par ce Verset de la Bible : Domine, dabispacem nobù omnia enim opéra nostra operatus es nobis. On en voit l'ir tenlion. Pendant toute la journée qui va finir, nous n'avo point agi ; c'est la grâce qui a fait nos œuvres, Que le

gneur maintenant nous donne le repos , comme il nous a donné l'action. Tel était l'Office des Complies dans le nouveau Bréviaire. Sous le masque de cette exactitude littérale au texte sacré, nos faiseurs, comme les appelle Languet, se sentaient inexpugnables vis-à-vis de gens qui leur avaient accordé ce principe, qu'on devait composer l'Office divin avec des passages de l'Ecriture : cette dangereuse opinion, ressuscitée depuis un demi-siècle, avait prévalu dans la plupart des esprits. Nous avons vu que tout le zèle de Languet n'avait pu obtenir que la rétractation de l'Evêque de Troyes portât sur cet article.

Ce n'était pas seulement l'Ecriture Sainte que les rédacteurs du Bréviaire avaient fait servir, à force de la tronquer, au plan criminel qu'ils s'étaient proposé , de faire de la Liturgie un moyen de soutenir le Jansénisme. Dans leurs mains, l'antiquité chrétienne, soumise au même système de mutilation, n'était pas une arme moins dangereuse pour l'orthodoxie. Les passages des Pères placés dans les Leçons , loin d'être dirigés contre les nouvelles erreurs sur la Grâce, ainsi qu'on avait eu soin de le faire en plusieurs endroits du Bréviaire de Harîay, donnaient plutôt à entendre, au moyen de coupures faites à propos, des sens tout opposés à ceux de la vraie doctrine. On avait placé une suite de Canons des Conciles à l'Office de Prime, et cette innovation, que d'ailleurs nous sommes loin de blâmer en elle-même, outre qu'elle servait le système de ces Docteurs qui depuis tant d'années ne cessaient de redemander l'ancienne discipline, avait été conduite de manière à ce qu'on n'y rencontrât pas une seule citation des Décrétales des Pontifes Romains , qui ont pourtant dans l'Eglise une autorité supérieure, pour le moins, à celle d'une infinité de Conciles particuliers et même de Synodes qu'on y voit cités. On avait trouvé moyen de placer, au Mardi de la

quatrième semaine de Carême , quelques paroles du XIe Canon du IIIe Concile de Tolède, en »v>89, qui enchérissaient sur la 87e Proposition de Quesnel. Voici le Canon : Secundum formant Canonum antiquorum dentur pœnitentiœ , hoc est, ut prius eum quem sui pœnitet facti , a communione suspensum faclat inter reîiquos pœnitentes ad manus impositioncm crebro recurrere ; expleto autem satisfactionis tempore, sicuti sacerdotalis contemplatio probaverit, eum communioni restituât. Voici maintenant la Proposition de Quesnel : Modus plenus sapientia , lumine et charitate, est dare animabus tempus portandi eum humilitate, et sentiendi statum peccati , petendi spiritum pœnitentiœ et contritionis , et incipiendi ad minus satisfacere justitiœ Dei, antequam reconcilientur. Il y avait , certes, en tout cela , de quoi faire ouvrir les yeux aux moins clairvoyants.

Quant aux Hymnes du nouveau Bréviaire, elles étaient généralement fort discrètes sur l'article de la Grâce. L'intention secrète était aisée à sentir; mais les mots trahissaient rarement le poète. Cofïin, si supérieur à Santeul, excellait à rendre, dans ses strophes, les fortes pensées de l'Epître aux Romains; son vers cherchait l'écueil avec audace, mais l'évitait avec une prudence infinie. Chacune de ses Hymnes, prise vers par vers , était irréprochable pour ce qu'elle disait ; on ne pouvait reprocher à l'ensemble que ce qu'il ne disait pas. Mais ce silence était la plus complète déclaration de guerre, de la part d'une secte qui avait écrit sur son drapeau : Silence , et même silence respectueux. Nous en avons assez dit sur l'indignité irrémédiable de Coffîn à remplir, dans l'Eglise Catholique , le rôle d'hymnographe. // était notoirement hors l'Eglise : ceci dit tout. Il n'est donc môme pas nécessaire de rappeler à son propos les notes fixées par saint Bernard, dans sa fameuse Lettre a Guy, Abbé de Mon-

tier-Ramey, et dont nous avons fait ci-dessus l'application à Santeul. Au reste, ce dernier hymnographe triomphait dans le nouveau Bréviaire , à côté de Coffin ; il y avait obtenu une plus large place que dans celui de Harlay. On remarquait surtout son Hymne des Evangélistes, dans l'Office de saint Marc et de saint Luc, et les Jansénistes se délectaient dans la fameuse strophe citée plus haut :

Insculpta saxo lex vêtus Prœcepta, non vires dabat :

Inscripta corcli lex nova Quidquid jubet dat exequi.

Pour en finir sur les Hymnes du nouveau Bréviaire , nous dirons que cette œuvre en renfermait un grand nombre; ce qui prouvait que si les rédacteurs, comme D. de Vert et Le Tourneux , craignaient la parole humaine dans les Antiennes et les Répons , comme eux aussi , ils la souffraient bien volontiers dans d'autres compositions. Au reste, on avait retenu un certain nombre d'anciennes Hymnes dont plusieurs avaient été retouchées par Coffin ; d'autres enfin appartenaient à Santeul de Saint-Magloire , La Brunelière, Habert, Pétau, Commïre, Le Tourneux, Besnault, Curé de Saint-Maurice de Sens, etc.

2° Si maintenant nous considérons la manière dont le nouveau Bréviaire avait traité le culte des Saints , on dirait que les auteurs avaient pris à tâche d'enchérir sur les témérités de François de Harlay. Déjà , nous avons vu comment le système de la prépondérance du Dimanche sur toutes les fêtes occurrentes, à moins qu'elles ne fussent du premier degré, système admis dans tous les nouveaux Bréviaires et dans celui de Paris en particulier, enlevait de solennité au culte des Saints; combien, sous couleur de rétablir les usages de l'antiquité , il était en contradiction avec l'Eglise Romaine , à qui

il appartient d'instruire les autres Eglises par ses usages. Encore on ne s'était pas borné à établir une règle aussi défavorable au cuite des Saints, le Calendrier avait subi les plus graves réduciions. En janvier, on avait supprimé les Octaves de saint Etienne , de saint Jean , des saints Innocents et même de sainte Geneviève, la fêle de sainte Emérentienne et l'antique Commémoration de sainte Agnès, au 28, qui est regardée comme un des pins précieux monuments liturgiques du Calendrier Grégorien. En février, la Chaire de saint Pierre à Antioche avait disparu. En mars, saint Aubin n'avait plus qu'une simple mémoire. En avril, la fête de saint Vital était retranchée, le culte de saint Georges et de saint Euirope était réduit à une Commémoration. En mai, on avait effacé les saints Alexandre, Eventien et Théoduîc, sainte. Domitiîle, la Translation de saint Nicolas, saint Urbain, les. saints Cantius, Caniiamis, cl Cantianiila. En juin, ornière-' trouvait plus les saints Uasilide, Cyrinus, Nabor et Kazaire, , les saintes Modeste et Crescence, les saints Marc et Marcellien, ni les Octaves de saint Jean- Baptiste et de saint Pierre et saint Paul. En juillet, étaient effacés saint Thibault, les saints Processe et Martinicn, saint Alexis, sainte Marguerite, sainte Praxède , les saints Abdon et Sennen.; En août, avaient disparu sainte Suzanne, saint Cassien , saint Eusèbe, saint Agapet, les saints Timotbée et Apollinaire, et les saints Félix et Adaucte. Le mois de septembre ne présentait d'autre suppression que celle de saint iNicomède. Saint Marc et saint Caîiixte, Papes, avaient été re-, tranchés, au mois d'octobre. En novembre, on avait ôté les Quatre Couronnés, saint Théodore, l'Octave de saint Martin, saint Véran, saint Mennas, sainte Félicité, sainte Ge-r neviève du Miracle des Ardens; saint Martin, Pape, élail réduit à une simple Commémoration. Décembre, enfin , avaiç

vu disparaître sainte Barbe et l'Octave de la Conception; saint Thomas de Cantorbéry était transféré au mois de juillet, et saint Sylvestre réduit à une simple Mémoire.

L'Eglise de Paris, comme Ton voit, en acceptant le nouveau Bréviaire, se privait, de gaieté de cœur, d'un grand nombre de protecteurs, et il est difficile d'exprimer quel avantage elle pourrait tirer d'une si étrange épuration du Calendrier. Nous allons examiner en détail quelques-unes de ces suppressions ; mais nous ne pouvons dès à présent nous empêcher de signaler comme déplorable le système d'après lequel on privait l'Eglise de Paris de deux des fêtes de sa glorieuse palrone. En outre, parmi ces divers Saints sacrifiés à l'antipathie Janséniste , si la plupart , tirant leur origine du Calendrier Romain, rappelaient d'une manière trop expresse la source à laquelle l'Eglise de Paris, durant neuf siècles, avait puisé sa Liturgie , plusieurs de ces Saints qui appartiennent exclusivement à la France , comme saint Aubin , saint Eutrope , saint Thibault , saint Véran , n'en avaient pas moins été honteusement expulsés. On remarquait aussi que le nouveau Calendrier ne renfermait presque aucun des saints nouvellement canonisés, quoiqu'ils eussent bien autant de droit aux hommages de l'Eglise de Paris que ceux des premiers siècles. Mais cette fécondité de l'Epouse du Christ qui lui fait produire en chaque siècle des fils dignes de sa jeunesse, démentait trop fortement le système de la secte sur la vieillesse de l'Eglise , et pouvait devenir gênant dans ses conséquences.

Un bouleversement notable avait eu lieu dans le Calendrier des mois de mars et d'avril. On cherchait en vain à leurs jours propres saint Thomas d'Aquin , saint Grégoire le Grand , saint Joseph, saint Joachim, saint Benoît, sainte Marie Egyptienne, saint Léon le Grand. Le désir de donner plus de tristesse au temps du Carême avait porté nos réformateurs à les

rejeter à d'autres jours , choisis presque toujours arbitrairement. Par là, les Eglises, les corporations placées sous le patronage de ces Saints, se voyaient frustrées de leurs traditions les plus chères; les fidèles, qui ne pouvaient rien comprendre aux motifs d'une semblable mesure, se trouvaient pareillement dans l'embarras pour connaître le jour auquel ils célébreraient désormais les Saints qui étaient l'objet de leur dévotion particulière. S'ils sortaient du Diocèse de Paris pour aller dans un autre, ils retrouvaient leurs Saints bienaimés aux mômes jours auxquels ils avaient eu coutume de les célébrer : comment expliqueraient-ils ces variations inouies jusqu'alors? Et plût à Dieu que les nouvelles Liturgies n'eussent contribué, que par ce seul endroit, à dépopulariser en France les choses de la religion ?

Si maintenant nous examinons la manière dont les Offices des^Saints en eux-mêmes avaient été traités dans le nouveau Bréviaire, nous sommes bien obligé de dire qu'on avait encore enchéri sur le Bréviaire de Harlay . La censure de la Sorbonne, contre le Bréviaire d'Orléansde 1548, était applicable demot à mot aux nouveaux Offices. Des fêtes de neuf Leçons avaient été réduites à trois , et des fêtes de trois Leçons n'avaient plus qu'une simple mémoire. La plupart du temps , on avait retranché les miracles des Saints. Plusieurs traits importants pour l'édification avaient été élagués , comme le récit des jeûnes, des macérations des Saints , les fondations et dotations d'Eglises faites par eux. On avait supprimé leurs Hymnes propres, leurs Antiennes, etc. (1). Ainsi parlait l'Université de Paris, en 1548, et elle ajoutait que ces changements étaient une chose imprudente, téméraire, scandaleuse, et qui donnait même quelque lieu de soupçonner l'envie de favoriser les hérétiques.

(1) Vid. ci-dessu?. Tomo I. page 458,

Il faudrait un volume entier pour relever toutes les intentions qui ont présidé à la rédaction du corps des Légendes des Saints, dans le nouveau Bréviaire. C'est là que Fart des réticences est porté à la perfection ; que la nouvelle critique s'exerce dans toute son audace et aussi dans toute sa sécheresse. Nous aurons le loisir d'y revenir jour par jour, dans l'explication générale de l'Office divin ; mais nous ne pouvons mieux qualifier toutes ces Légendes , qu'en disant qu'elles forment, pour l'esprit et la couleur, un abrégé exact desVies des Saints , malheureusement trop répandues, de l'Acolyte Mesenguy, qui n'avait ainsi qu'à mettre en latin, en le rétrécissant encore , son propre ouvrage.

La Lettre Pastorale nous dit qu'on a évité tout ce qui pourrait nourrir, à l'égard des Saints, une stérile admiration, et comme nous l'avons remarqué à ce propos, cette crainte a été cause que l'on a gardé le silence sur les Stigmates de saint François. C'est sans doute dans une semblable intention que, dans la vie du même Patriarche, on avait retranché les célèbres paroles par lesquelles il exhorte , en mourant , ses disciples à garder la pauvreté , la patience et la foi de la sainte Eglise Romaine. On ne saurait croire jusqu'à quel degré cette manie d'effacer, de cacher, de dissimuler les traditions sur les Saints, était parvenue. Quel homme, par exemple, enlisant ces paroles au sujet de la mère de saint Dominique , hune mater dum utero gestaret quœdam vidisseper quietem traditur, penserait que cette illustre femme vit un chien tenant dans sa gueule un flambeau, pour embraser le monde? Tout ce magnifique symbolisme est rendu par nos faiseurs dans ce seul mot: Quœdam. Nous citons ce trait entre mille. Réunissez deux clercs, dont l'un récite le Bréviaire de Vintimille et l'autre le Bréviaire Romain : supposons qu'ils ne connaissent l'un et l'autre la vie des Saints, que par les Leçons de leur

Bréviaire. Qu'ils aient maintenant l'un et l'autre à s'expliquer du haut de la chaire sur les actions , les vertus , les miracles, les attributs des Saints. Le premier ne pourra rendre raison que d'un petit nombre de faits et de traditions ; le second sera à môme de dispenser avec munificence un trésor de lumière et d'édification. Quand la foi est vive dans un pays, le culte des Saints , la connaissance de leurs actions et des merveilles que Dieu a opérées en eux, y sont populaires; quand cette dévotion diminue, la vraie piété s'éteint, le rationalisme envahit tout. Or, c'est dans les Eglises que le culte des Saints se nourrit et se réchauffe ; c'est dans les Hymnes et les Antiennes séculaires qu'il se conserve. Gardée à la fois par les < hanls de l'autel et les vitraux du Sanctuaire, la Légende sacrée ne s'efface pas et protège la foi des générations. Quand donc reverrons-nous les merveilles des siècles Catholiques? Sera-ce quand nous aurons beaucoup de Cathédrales rebâties dans le style du treizième siècle , beaucoup de pastiches des arts du moyen-âge? Non , ce sera quand nous aurons réappris la Vie des Saints, quand nous comprendrons leurs héroïques vertus, quand nos cœurs auront retrouvé cette foi naïve qui faisait qu'on était en repos sur ses besoins spirituels et corporels, quand on avait prié devant la châsse qui renfermait les ossements de ces amis de Dieu. Ces temps doivent-ils revenir pour nous? Nous ne savons; mais nous tenons pour assuré que si l'antique vénération des Saints doit de nouveau consoler notre patrie , les Légendes du Bréviaire de Paris auront alors disparu du livre des prières du Prêtre. 5° Quant à la manière dont le culte de la Sainte Vierge, ce culte que îes théologiens , à cause de son excellence propre, nomment hyperdulie, avait été traité dans le nouveau Bréviaire, nous n'en pouvons parler qu'avec un profond sentiment de tristesse. On peut dire que c'est là la grande plaie

des nouveaux Bréviaires , et les gens les plus bienveillants , ou, si Ton veut, les mieux prévenus, sont bien obligés de convenir que les rédacteurs ont eu V intention expresse de diminuer les manifestations de la piété catholique envers la Mère de Dieu. Nous avons raconté les attentats sanctionnés par François de Hariay, dans le Bréviaire de 1680; mais du moins, dans ce livre, on avait gardé des mesures : on n'en gardait plus dans le Bréviaire de 4756. Voici d'abord comment avaient été déhonorées les Hymnes les plus chères à la piété catholique. Commençons par Y Ave, maris Stella. Cet admirable Cantique qui fait la joie et la consolation de l'Eglise, exprime avec assurance le pouvoir de Celle qui n'a besoin que de demander à son Fils pour obtenir, et qui nous sauve par sa prière, comme Lui par sa miséricorde. L'Eglise demande ses besoins à Marie , parce qu'elle peut les soulager, en les exposant maternellement au Sauveur :

Sumat per te preces Qui pro nobis nalus Tulit esse tuus.

Jaloux de ce pouvoir de recommandation accordé à une pure créature, le farouche Jansénisme avait en horreur cette Hymne si tendre. Chargé de la réformer, il se livre à cette œuvre avec joie ; îl se gardera bien de la remplacer par une autre. Il aime mieux la corriger, la rendre chrétienne, faire la leçon à l'Eglise Romaine et à toutes celles qui la suivent , insulter enfin l'idolâtrie papiste dans ses derniers et plus sacrés retranchements. Nous allons placer en regard la leçon catholique , et celle de Coffin , en demandant toutefois pardon à la Reine du ciel et de la terre, de donner cette publicité à un des outrages les plus sanglants et les plus froidement

calculés qu'elle ait reçus. Mais nous devons dire la vérité et faire connaître les hommes qui disposaient alors de la Liturgie.

Texte de Jt' Eglise Romaine, Texte de Coflin, dans le conservé par François de Bréviaire de Vintimille Harlay . ( 1" édition ) .

Ave , maris Stella , Dei Mater aima, Atque semper Yirgo , Félix cœli porta.

Sumens illud ave Gabrielis ore Funda nos in pace Mutans Evœ nomen.

Solve vinclà reis , Profer lumen cœcis, Mala nostra pelle , Bona cuncta posée.

Monstra te esse matrem Sumat per te preces Qui pro nobis natus Tulit esse tuus.

Virgo singularis Inter omnes mitis , JNos culpis solutos Mites fac et castos.

Vitam praesta puram , Iter para tutum , Ut videntes Jesum , Semper collaetemur.

Ave , Maris Stella , Dei Mater aima Atque semper Virgo , Félix cœli porta.

Virgo singularis, Verae vitae parens , Quœ mortem invexit Mutas Evce nomen.

Cadant vincla reis , Lux reddatur cœcis , Mala cuncta pelli , Bona posce dari.

Monstra te esse matrem Sumat per te preces Qui pro nobis natus Tulit esse tuus.

Ce Verset a totalement disparu dans le travail de Coffin. Il aura sans doute désespéré d'en pouvoir faire la parodie.

Vitam posce puram Iter para tutum , Ut videntes Jesum , Semper collaetemur.

La doxologie n'avait pas été changée.

On voit que , pour démentir les expressions de la piété catholique , le poète , d'ordinaire si exact sur le mètre, n'avait pas été exigeant cette fois, Les fautes contre la quan

tité abondent dans ces strophes de nouvelle et Janséniste fabrique.

Passons maintenant à une autre Hymne de la Sainte Vierge, non moins maltraitée par Coffîn. C'est celle où l'Eglise appelle Marie la Mère de la grâce et de la miséricorde , et demande pour ses enfants la faveur d'être reçus par Elle au moment de leur mort.

Texte de l'Eglise Romaine Texte de Coffin , dans le conservé par François de Bréviaire de Vintimille, Harlay. ( lre édition).

Mémento salutis autor Mémento de Deo Deus

Quod noslri quondam corporis Quod matre natus Virgine

Ex illibata Virgine Nosiri misertus, perditi

IN'ascendo furmam sumpseris. Muadi redemptor veneris.

Maria» mater gratiœ, Et nos Dei Virgo parens,

Mater misericordiae, Vultu benigno respice :

Tu nos ab hoste protège Placabilem tua prece

Et hora mortis suscipe. Fac esse nobis filium.

La doxologie est, à peu de chose près, la même.

Ce litre de Mère de miséricorde , que l'amour et la reconnaissance du peuple fidèle ont donné à Marie, était encore effacé de l'Hymne de Complies : Virgo, Dei Genitrix. La troisième strophe ainsi conçue :

Te Matrem pietatis Opem te flagitat orbis :

Subvenias famulis, 0 benedicta tuis ;

avait été totalement supprimée et remplacée par celle-ci :

Suscipe quos pia plebs Tibi pendere certat honores :

Annue, sollicita Qaam prece \ poscit opem,

Si on n'avait pas osé supprimer les Antiennes à la Sainte Vierge : Aima Redemptoris; — Ave, Rcgina cœîorum; — Regina cœlij lœtare, et Salve Rcgina; on avait du moins trouvé moyen de les priver de leurs Versets si populaires et si vénérables, Angélus Domini ; — Post parluni, Virgo ; — Dignare me laudare te ; — Gaude et lœlare , et même Ora j*ro nobis , sancla Dei Genitrix. Ces Versets avaient fait plaee à des phrases bibliques dont la plupart n'offraient qu'un sens aecommodatiec et très froid.

Pour ec qui est des Fêtes même de la Sainte Vierge, on était à même de voir, à leur occasion, le plan de la secte se développer sur une plus grande échelle. D'abord, l'Office du jour de la Circoncision, Octave de Noël, qui jusqu'alors avait été en grande partie employé à célébrer la divine Maternité de Marie, avait perdu les dernières traces de i cette coutume Grégorienne à laquelle le Bréviaire de Ilarlay lui-même, si peu favorable au culte de la Sainte Vierge, n'avait pas ciu pouvoir déroger. Non seulement les fameuses Antiennes 0 admirabile commercium — Quando uatus es — Rubum quem viderat — Germinavit — Ecce Maria — Mirabile myslerium — Magnum hœreditatis mytterium , qui sont au nombre dus plus précieux monuments de la foi de l'Eglise au mysière de l'Incarnation, ayant été composées dans l'Eglise Romaine à l'époque des Conciles (i'Ephèse et de ( halcédoine, avaient disparu jusqu'à la der nière syllabe; mais, parmi les textes des saintes Ecritures qu'on avait mis à la place , rien ne rappelait la mémoire de l'antique solennité qui consacrait depuis tant de siècles k jour des Kalendcs de Janvier au culte de la Mère de Dieiif

Le deuxième jour de février, quarantième du divin En fan lement, continuait d'êlre désigné sous ce nom : Ptésentatioi du Seigneur et Purification de la Sainte Vierge. Cette liar

diesse, qui avait passé du Bréviaire de Cluny dans îa plupart des autres Bréviaires Français, de 1680 à 1736, se faisait aussi remarquer dans le nouveau Calendrier. Du moins, la désignation de cette fête était encore remarquable par le nom de Marie, qui continuait toujours d'être exclu du titre de la fête de Y Annonciation. C'était toujours Annuntiatio Dominica, l'Annonciation de Notre-Seigneur, que bientôt, dans d'autres Diocèses , on appela l'Annonciation et l'Incarnation de Notre-Seigneur, ou l'Annonciation de l'Incarnation de Notre-Seigneur. La France presque toute entière était donc destinée à perdre cette magnifique solennité de la Mère de Dieu , qui lui fut si chère à ce titre dans le passé , et que l'Eglise Romaine regarde encore et regardera toujours comme le fondement de la gloire de Celle qui, seule, a détruit toutes les hérésies dans le monde entier. Au reste, un grand ncmbre de fidèles de France , ceux qui sont membres des pieuses Associations que le Siège Apostolique a enrichies de ses faveurs , n'ont point cessé de demeurer en union avec les autres Eglises, dans îa solennité du 25 Mars. Ils sont avertis par l'annonce des Indulgences et par de pieux exercices, que cette Fête est une Fête de Marie. Quand donc elle aura été rendue à notre patrie, cette chère solennité, ces pieuses traditions formeront la vénérable chaîne à l'aide de laquelle on pourra prouver que les vœux et les hommages offerts à la libératrice du genre humain, au jour même où le Verbe s'est fait chair, n'ont point souffert , en France , une interruption totale.

L'Office de la fête de l'Assomption avait été privé de ses glorieuses Antiennes si expressives : Assumpta est Maria in lœlum — MariaVirgo assumpta est — Exaltata est sanctaDei lenitrix. Les voûtes de Notre-Dame, qui les avaient jusqu'alors répétées, même sous l'épiscopat des Harlay et des Vailles, allaient être condamnées à les oublier pour de t. n. 22

longues années. On n'entendrait plus lire non plus ces beaux Sermons de saint Jean Damascène, déjà mutilés par François de Harlay, qui célébraient avec tant d'amour et de magnificence le triomphe de la Vierge bénie.

La Nativité de Marie avait perdu le brillant cortège de ces imposantes et mélodieuses Antiennes, dans lesquelles la voix de la sainte Eglise retentit avec tant d'éclat pour annoncer aux peuples l'aurore du soleil de justice '.Nativitas gloriosœ— Nativitas est hodie — Regali ex progenie — Corde et anima Christo canamus — Cum jucunditate— Nativitas tua, Dei Genitrix Virgo, etc., etc. Des textes de l'Ecriture, amenés la plupart dans un sens accommodatice et vides du nom de Marie, avaient remplacé tout cet ensemble de chants sécu-| laires.

Et la fête de la Conception, quel soin n'avait-on pas pris de la dégrader? D'abord , on l'avait maintenue au rang dt solennel mineur, auquel l'avait abaissée François de Harlay; mais, de plus, on avait osé supprimer l'Octave de cette grande fête; cette Octave que Louis XIV avait demandée I pour la France, à Clément IX, que, depuis, Innocent XII avai étendue au monde entier, l'Eglise de Paris ne la célébrerai plus , et elle entraînerait dans cette lamentable défection 1 plus grand nombre des Eglises du Royaume !

4° Il nous semble que nous en avons dit assez pou dévoiler l'intention expresse qu'avaient eu les auteurs d nouveau Bréviaire de diminuer le culte de la Sainte \icrgi Montrons maintenant ce qu'ils avaient fait contre l'autc rite du Siège Apostolique. D'abord ^jusqu'à la publicatio du nouveau Bréviaire, l'Eglise de Paris avait célébré, av( toute l'Eglise, au 18 janvier, la Chaire de saint Pierre Rome , et au 22 février, la Chaire du même Apôtre à Ai tioche, pour honorer le souverain Pontificat qui avait eu s<

siège successivement dans ces deux villes. C'était trop pour Vigier et Mesenguy, d'employer deux jours de Tannée à la confession d'un dogme aussi odieux à la secte que l'est celui de la principauté papale. Ils avaient donc réuni les deux Chaires en un même jour, et brisé encore sur ce point avec Rome et toutes les Eglises qui la suivent. L'Invitatoire des Matines était aussi fort remarquable. En place de l'ancien qui était ainsi conçu : Tu es Pastor ovium , Princeps Apostolorum , tibi tradidit Deus claves regni cœlorum , on avait substitué celui-ci : Caput corporis EccleMœ Dominum , venite adoremus. Certes, un Calviniste n'aurait garde de se scandaliser d'un tel Invitatoire. Maïs il faut avouer qu'il est par trop fort d'avoir été choisir le jour de la Chaire de saint Pierre , Chef de l'Eglise , pour s'en venir taire dans Plnvitatoire l'objet de la fête, ou plutôt pour donner le change sur cet objet. On reconnaît là le même génie qui a créé la fameuse Oraison de saint Damase : Nullum primum nisi Christum sequentes , etc.

Au reste, cet Office de la Chaire de saint Pierre était remarquable par une Hymne de Coffin , dont une strophe donnait prise à une juste critique et excita des réclamations. La voici ; le poète s'adresse à saint Pierre :

Cœlestis intus te Pater addocet, Hinc voce certa progenitum Deo Parente Christum confiteris Ingenito similem parenti.

Il est évident, par l'Evangile, que saint Pierre n'a point parlé de la sorte. Il n'a point dit que Jésus-Christ fut simplement semblable à son Père ; les Ariens le voulaient ainsi , mais le Concile de Nicée condamna cette manière de parler et obligea les fidèles à confesser explicitement l'unité de subs«

tance dans le Père el le Fils. On conçoit que le Principal du Collège de Beauvais, quoique fort zélé pour la Délectation relativement victorieuse, ne fut pas un très fort théologien. Rien ne l'obligeait à cela : mais on n'était pas obligé non plus de l'aller chercher pour composer dans le Bréviaire de Paris les Hymnes destinées à remplacer celles que la tradition et l'autorité de tant d'Eglises, jointes au Siège Apostolique, ont consacrées. Sur ce point, comme sur tous les autres, nous sommes en droit d'exiger, <- s nouvelles Liturgies, une doctrine pl«spure, une autorité plus grande, un caractère plus élevé ; autrement, toute cette levée de bouclier contre la Mère Eglise est un scandale, et rien de plus.

On avait procédé aussi par suppression pour affaiblir la dignité du Saint Siège. C'était peu que François de Harlay eût fait descendre la fête de saint Pierre au degré de solennel mineur; le nouveau Bréviaire, enchérissant sur cette témérité* la dépouillait de son Octave. Le beau Sermon de saint! Léon, au second Nocturne, l'Homélie de saint Jérôme, au troisième , avaient été sacrifiés. On cherchait en vain une autre Homélie de saint Léon sur la dignité du Prince des Apôtres, qui se trouvait au Samedi des Quatre-Temps du Carême. L'Evangile même auquel se rapportait cette Ho mélie avait disparu. Dans la Légende de l'Office de saint Gré goire le Grand, on avait retranché les paroles dans lesquelle ce grand Pape se plaint de l'outrage fait à saint Pierre pa Jean le Jeûneur, Patriarche de Constantinople, qui s'arrogeai le titre d'Evêque Ecuménique. On a vu plus haut que plu sieurs saints Papes avaient été effacés du Calendrier, ou ré duits à une simple mémoire. Au reste , la secte , en cela , n faisait rien d'extraordinaire : on sait quelle haine elle port dans tous les temps au Siège Apostolique.

Si, après avoir reconnu quelques-unes des nombreuses preuves du système suivi au nouveau Bréviaire , dans le but de comprimer la piété catholique et de favoriser les erreurs du temps, le lecteur vient à jeter un coup d'oeil sur l'ensemble de cette Liturgie , il ne saurait manquer d'être choqué par les nouveautés les plus étranges qui s'y rencontrent de toutes parts. Le Psautier n'est plus distribué suivant l'antique division , qui datait pourtant du quatrième siècle. On voit que l'amour de l'antiquité qui transporte tous nos modernes liturgistes, ne les a pas laissés insensibles aux avantages d'un Bréviaire rendu plus court par une distribution moins pénible du Psautier. Nous le répétons, nous sommes loin de blâmer l'intention si louable de procurer la récitation hebdomadaire du Psautier; mais les rédacteurs du nouveau Bréviaire avaient-ils réussi à donner une solution convenable de ce grand problême liturgique? Il nous semble qu'un travail si grave appartenait, avant tout, à des mains catholiques ; il intéresse de trop près l'esprit de prière que les hérétiques ne peuvent connaître. En outre, ne devait-on pas, même en s'écartant de l'antiquité dans ce nouveau partage des Cantiques du Roi-Prophète, suivre le génie de l'ancienne division et en conserver les mystères ? Dans ce cas, on n'eût point imaginé , par exemple, de dire les Psaumes de Matines ,3n nombre impair, dans les jours de férié ; ce qui est conraire aux traditions de l'Eglise toute entière. Etait-il donc nécessaire de supprimer en masse les belles Hymnes du Psautier Romain , qui sont toutes des premiers siècles de Eglise et si remplies d'onction et de lumière? Il va sans dire |ue Coffîn avait fait les frais de toutes les nouvelles, et quant la division du Psautier lui-même , elle était, à peu de chose rès, celle de Foinard, dans son Breviarium Ecclesiasticum. iu quatrième siècle, saint Damase et saint Jérôme s'étaient

unis pour déterminer la division liturgique du Psautier. L'Eglise de Paris, douze siècles après, voulant donner une nouvelle face à cette grande œuvre , se recommandait à Vigier, à Mesenguy, à Coffîn , lesquels , pour toute tradition , consultaient le Docteur Foinard !

Parlerons-nous des Absolutions et çles Bénédictions qu'on

avait empruntées à l'Ecriture Sainte , et dont la longueur, la

phrase obscure contrastaient si fortement avec les anciennes

qui étaient de style ecclésiastique, cadencées et si propres

au chant ? Nous avons cité plus haut celle de Prime, comme

un monument des internions des rédacteurs. Le défaut de

clarté que nous signalons se faisait remarquer principalement

dans la Bénédiction de Complies. Dans la Liturgie Romaine,

elle est ainsi conçue : Benedicat et custodiat nos omnipotent

et misericors Dominus , Pater, et Filius , et Spiritus Sanctus.

Rien de plus simple et de plus touchant que ce souhait d<

paix sur l'assemblée des fidèles : Que Dieu nous bénisse, qui

nous garde durant cette nuit : Dieu puissant qui nous gar

dera, Dieu miséricordieux qui nous bénira, le Père , le Fils

le Saint-Esprit ! Ecoutons maintenant Vigier et Mesenguy

Gratia Domini nostri Jesu-Christi , et caritas Dei et commu

nicatio Sancti Spiritus sit cum omnibus vobis ! On voit tou

de suite l'intention des Docteurs. D'abord la Grâce, loujoui

la Grâce; puis, un texte de l'Ecriture Sainte, un texte qi

renferme les trois personnes de la Sainte-Trinité. Voilà lei

pensée , l'objet de leur triomphe. Nous dirons d'abord qu

faut avoir une terrible peur de la Tradition ou une bien vi(

lente antipathie contre elle, pour la poursuivre, à coups d'!

criture Sainte , jusque dans une Bénédiction de deux ligne

Ensuite , le texte biblique qui remplace la formule Romaii

est-il donc si propre à remplir le but qu'on se propose? I

théologien trouvera sans doute le mystère de la Trinité da

cette phrase de l'Apôtre ; mais les simples fidèles , accoutumés à faire le signe de la croix pendant que le Prêtre prononçait ces mots : Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus , comment feront-ils désormais? Voici une formule dans laquelle on commence par nommer Jésus-Christ , sans la dénomination de Fils ; vient ensuite le nom de Dieu , sans la qualité de Père, et placé d'ailleurs au second rang, après le Fils; enfin le Saint-Esprit, avec le mot communication qui n'est pas des plus clairs. Il nous semble que l'Eglise Romaine, quoiqu'elle ne parle pas si souvent de la Grâce, s'entend mieux encore à instruire et à édifier le peuple fidèle. Ce procédé d'examen auquel nous venons de soumettre la Bénédiction Parisienne des Complies, peut être appliqué avec facilité, et presque toujours avec un résultat aussi favorable à la Liturgie Romaine, dans les nombreuses occasions où les nouveaux Livres ont remplacé les formules Grégoriennes.

Le Propre du Temps , dans le nouveau Bréviaire , ne présentait pas un seul Office qui n'eût été refait, et même la plupart du temps, en entier. Les fêtes de Noël (1), de Pâques, de la Pentecôte, n'étaient plus célébrées par les mêmes chants. L'Avent , le Carême , le temps Pascal , avaient vu sacrifier leurs innombrables Répons , Antiennes , Versets , Leçons ; à peine une centième partie avait été conservée. Mais ce qui était le plus grave et en même temps le plus affligeant pour la piété catholique , c'est que l'Office des trois derniers jours de la Semaine Sainte avait été entièrement refondu et présentait, dans sa presque totalité, un aspect différent de cet imposant corps de psalmodie et de chants qui remontait aux premiers siècles \ et auquel se conforment chaque année les diverses Eglises et Monastères qui

(1) Si on excepte quelques Antiennes et un Répons,

ont le privilège d'user, le reste du temps, d'une Liturgie particulière. IN'avait-on pas aussi le droit de regarder comme un attentat contre le divin Sacrement de l'Eucharistie, la suppression de cet admirable Office du Saint Sacrement, dont la composition, ou, si Ton veut, la disposition, forme une des principales gloires du Docteur Angélique? Ne serait-il pas humiliant pour l'Eglise de Paris de répudier saint Thomas d'Aquin, pour accepter en place Vigier et Mesenguy? Par grâce singulière, on avait pourtant gardé les Hymnes.

Le Propre des Saints, comme on doit déjà le conclure de ce que nous avons dit, présentait un aspect non moins affligeant. Les réductions faites au Calendrier l'avaient appauvri dans la même proportion. Les Légendes, dépouillées d'une partie de leurs miracles et de leurs récits pieux ; les anciens Offices propres de la Sainte Croix , de la Toussaint, de saint André, sainte Lucie, sainte Agnès, sainte Agathe, saint Laurent, saint Martin, sainte Cécile, saint Clément, etc., supprimés malgré leur ineffable mélodie ; les Octaves , non seulement de saint Pierre et de saint Paul, mais de saint Jean-Baptiste et de saint Martin, anéanties; la plupart des Offices réduits à trois Leçons , afin de rendre l'Office plus court ; voilà quelques-unes des graves innovations qui choquaient tout d'abord la vue dans le nouveau Propre des Saints.

Les Communs n'étaient pas moins modernisés. Dans l'ancien Bréviaire, cependant, ils étaient presque entièrement formés des paroles de l'Ecriture Sainte , et c'était à cette même source que François de Harlay avait été chercher les Antiennes et les Répons dont il avait jugé à propos de les augmenter. Dans l'œuvre de Vigier et Mesenguy, tout avait été renouvelé , Antiennes, Répons, Versets, Hymnes, Capitules, etc.; à peine avait-on fait grâce à deux ou trois

textes qui, encore, avaient été changés de place. De nouveaux Communs avaient été ajoutés ; ce que nous ne voulons pourtant pas blâmer en soi; mais une grave et déplorable mesure était la suppression du titre de Confesseur, qui , cependant , occupe une si grande place dans l'économie de la Liturgie, et qu'on cherchait vainement indiqué dans le partage des différents Communs.

L'Office de Beata in Sabbato, le petit Office de la Sainte Vierge lui-même, déjà défigurés par François de Harlay, avaient reçu le dernier coup dans le nouveau Bréviaire. Hors les Psaumes qu'on avait conservés , c'était à peine s'ils conservaient quelque rapport avec les mêmes Offices tels que le peuple Chrétien a coutume de les réciter et de les chanter.

Les prières de la Recommandation de l'âme avaient été tronquées, et les parlies considérables qu'on avait fait disparaître et qui étaient remarquables par une si merveilleuse onction et par un langage tout céleste, avaient été remplacées, suivant l'usage., par des Versets et des lectures de la Bible.

L'Office des Morts, si ancien, si primitif, se montrait refait sur un nouveau plan. La plupart des Antiennes avaient disparu; les sublimes Répons de Matines, à l'exception d'un seul, ne se trouvaient plus. Ce nouveau Bréviaire de Paris n'avait pas même fait grâce aux Répons de Maurice de Sully, que l'Eglise Romaine et celles qui la suivent gardent encore, en attendant que l'Eglise de Paris vienne les lui redemander. On avait été jusqu'à faire un nouveau Libéra avec des morceaux du Psaume LXVIIL L'Office de Laudes avait été abrégé d'un tiers. Cependant , les morts qui ne sont plus en voie de profiter des avantages d'une prière plus courte, les morts qui sont si vite oubliés, auraient bien eu droit qu'on fît

pour eux quelque exception dans cette mesure générale d'abréviation liturgique.

Enfin , dans le nouveau Bréviaire tout entier, il n'y avait que deux articles sur lesquels eût été conservée fidèlement l'ancienne forme. C'étaient la Bénédiction de la Table et Y Itinéraire. On avait été tolérant jusqu'à laisser, dans la première, les paroles Mensœ cœlestis participes, etc., et Ad Cœnam perpétuée vitœ, etc. ;*et, dans le second, l'Antienne tout aussi peu biblique Inviampacis. Etait-ce oubli, ou préméditation? Nous ne saurions le dire ; mais nous avons dû faire cette remarque pour compléter ce coup d'œil général sur l'œuvre de Vigier et Mesenguy.

Le nouveau Bréviaire étant tel que nous venons de le décrire, son apparition ne pouvait manquer d'exciter un soulèvement dans la portion du Clergé qui s'était formellement déclarée contre les nouvelles erreurs. Le Séminaire de Saint- Sulpice qui, dès 1680, n'avait renoncé au Bréviaire Romain pour accepter celui de François de Harlay, qu'après une résistance consciencieuse et sur l'injonction expresse de cet Archevêque, prolestait contre la nouvelle Liturgie avec une franchise digne de l'inviolable orthodoxie qu'il avait toujours fait paraître. Le Séminaire de Saint-Nieolas-du-Chardonnet témoignait les mêmes répugnances ; plusieurs Curés, entre autres Parquet, Curé de Saint-Nicolas-des-Champs, manifestaient hautement leur indignation. Le conseil même de l'Archevêque était divisé. Les Abbés Robinet et Regnauld, Grands-Vicaires du Prélat, n'avaient qu'un même langage contre le Bréviaire avec le Docteur Gaillande, filleul de Tournely et l'un des plus ardents adversaires du Jansénisme.

Tout à coup, on vit paraître un écrit énergique intitulé : Lettre sur le nouveau Bréviaire, brochure de onze pages

in4°, datée du 25 mars 1756, dans laquelle étaient résumés avec précision et vigueur les motifs de cette opposition dans laquelle se réunissaient les corps et les personnes que Paris et la France entière connaissaient pour être les plus intègres dans la défense des décisions de l'Eglise contre le Jansénisme. Les Nouvelles Ecclésiastiques attribuèrent cet écrit à Gaillande; mais, suivant l'Ami de la Religion, il avait pour auteur le P. Claude-René Hongnant, Jésuite , un des rédacteurs des Mémoires de Trévoux (1). Quoi qu'il en soit, le scandale monta bientôt à son comble , pour le triomphe de la secte, et aussi, par la permission divine, pour Tinstruetion des Catholiques. Pendant que l'Archevêché se taisait dans un moment aussi solennel que celui où un Prêtre orthodoxe signalait les perfides manœuvres de l'hérésie jusque dans un livre pour lequel on avait surpris l'approbation d'un Prélat cassé de vieillesse ; les gens du Roi, par suite de leurs vieilles prétentions déjuges en matière de Liturgie, prenaient fait et cause pour le nouveau Bréviaire, et un arrêt du Parlement de Paris , rendu le 8 juin , sur le réquisitoire de l'Avocatgénéral Gilbert de Voisins, condamnait la Lettre sur le nouveau Bréviaire à être lacérée et brûlée, au pied du Grand Escalier, par la main du bourreau. C'était sous de pareils auspices que s'annonçait la nouvelle Liturgie.

Cependant, une réaction se préparait à l'Archevêché. Charles de Vintimille , inquiété par les réclamations des deux Grands- Vicaires, mu aussi par les remontrances du Cardinal de Fleury, résolut de faire droit, au moins en quelque chose, aux plaintes qui arrivaient de tous côtés de la part des Prêtres les plus vénérables et d'ailleurs les plus attachés à sa personne. Rejeter avec éclat un Bréviaire qu'on avait annoncé au Diocèse

(1) l'Ami de la Religion. Tome XXVI. page 292,

avec tant de solennité, était un parti bien fort et qu'on ne pouvait guère espérer d'un vieillard qui, d'ailleurs, eût trouve sur ce point une vive opposition dans la majorité de son conseil. Dans le courant du mois de juillet, le Prélat réunit une commission composée de l'Abbé d'Harcourt , Doyen de Notre- Dame, le même qui avait fait choix de Vigier pour la rédaction du Bréviaire; l'Abbé Couet, autrefois Grand-Vicaire du Cardinal de Noailles, et connu pour ses liaisons avec la secte à laquelle avait si long-temps appartenu cet Archevêque; les Abbés de Romigny, Joly de Fleury, de La Chasse , et enfin le Père Vigier lui-même. On n'avait pas, sans doute, osé inviter Mesenguy : les deux Grands-Vicaires, Robinet et Regnauld, n'avaient pas non plus été convoques. Dans celte réunion, l'Archevêque proposa la question de savoir ce qu'il pouvait y avoir à faire dans la conjoncture délicate où l'on se trouvait. Les Abbés d'Harcourt et Joly de Fleury, et avec eux le P. Vigier, étaient d'avis qu'on passât outre, sans se préoccuper des plaintes qui s'étaient élevées. Les Abbés de La Chasse et de Romigny se retranchèrent dans le silence sur l'objet de la délibération. Enfin, l'Abbé Couet, qui, si l'on en croit les Nouvelles Ecclésiastiques , pensait au fond comme l'Abbé d'Harcourt et les deux autres, étant effrayé des suites de cette affaire , conseilla à l'Archevêque une demi-mesure qui consisterait à maintenir le Bréviaire, en plaçant des cartons dans les endroits qui avaient le plus révolté les partisans de la Bulle. Cet avis fut adopté (1).

On commença donc de suite une nouvelle édition du Bréviaire, toujours sous la même date de 1736, et on prit des mesures pour arrêter le débit de la première dont les exem-

(1) Nouvelles Ecclésiastiques. 28 juillet 1736. Ami de la Religion. Ibidem.

plaires, par suite de cette mesure, sont devenus extrêmement rares. Au reste, les corrections ne furent pas très nombreuses. La plus remarquable fut îa suppression de VAve maris Stella , arrangé par Coffîn, et le rétablissement de cette Hymne dans son ancienne forme. On rétablit l'Homélie de saint Jean-Chrysostôme, qui avait été supprimée dans l'Office de saint Jacques le Majeur. On fil disparaître le Canon du troisième Concile de Tolède, placé à Prime du Mardi de la quatrième semaine de Carême, etc.

Il était aisé de voir que ces légers changements , par lesquels on voulait donner quelque satisfaction aux Catholiques, n'atteignaient point le fond du Bréviaire lui-même, et laissaient même sans correction plusieurs des passages qui avaient excité des réclamations spéciales. Il fut impossible d'obtenir davantage. Mais aussi de quelle défaveur devait être marquée, aux yeux de la postérité, une œuvre liturgique composée pour une grande Eglise, promulguée par le premier Pasteur, et qui , après cette promulgation, était soumise à l'humiliante insertion de cartons jugés nécessaires pour apaiser le scandale qu'elle produisait dans le peuple fidèle. Que ceux qui nous ont suivi dans toute cette longue histoire des formes du culte divin , disent s'ils ont jusqu'ici rencontré rien de semblable !

Le courageux auteur de la Lettre sur le nouveau Bréviaire , ne jugeant pas que la censure du Parlement eût, pour sa conscience de Prêtre et de Religieux, une valeur réelle, et espérant encore ouvrir les yeux du Prélat qui venait d'attester si hautement que sa religion avait été surprise, crut devoir lui adresser une Remontran ce pleine de respect, qui était en même temps une seconde Lettre sur le nouveau Bréviaire. Celte brochure, de douze pages in-4°, éprouva, de la part des magistrats du Parlement , toujours fidèles à leur

rôle d'arbitres de la Liturgie, le même sort que la précédente (1). Nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en donnant ici cette pièce en entier. Us y admireront le zèle de la foi et la liberté sacerdotale admirablement conciliés avec les souverains égards dus à un personnage tel que Charles de Vintimille.

€ Monseigneur,

» Ce n'est point ici le langage de l'indocilité et de l'orgueil- •leuse révolte que vous allez entendre. Enfant respectueux

> de l'Eglise qui demande pour première vertu la soumission, » je ne sus jamais qu'obéir ; j'eus toujours pour elle et pour

• les oints du Seigneur, nos Pères et nos Maîtres, ce tendre

> respect et cette docilité entière qui caractérisent le vrai fi-

> dèle, et jamais je ne tremperai ma plume dans le fiel amer >que présente l'erreur ou la séduction.

» Si j'ose aujourd'hui vous faire d'humbles représentations iet me plaindre de vous-même à vous-même, c'est l'intérêt » de votre gloire qui m'inspire, c'est le zèle de cette religion

> que vous aimez , que vous soutenez, que vous avez toujours

• si glorieusement défendue. Daignez un moment jeter les I

• yeux sur ces réflexions simples et naïves. Que le litre ordi- » nairement odieux de Remontrance , sous lequel je l'annonce, >ne me ferme point, chez Votre Grandeur, une entrée qui i ne fut jamais refusée à personne.

• lien est de différentes espèces, selon la différence des

• motifs qui font agir, d'intérêt ou de fanatisme. Quoi qu'il

• en soit, daignez lire celle-ci avec cette bonté ordinaire qui

• nous charme. Si par hasard elle n'est appuyée sur aucun

• fondement solide, qu'importe à votre gloire! Regardez-la;

(i) Elle fut condamnée au feu par arrêt du 20 août 1736.

» avec ce noble mépris dont on doit payer un téméraire déalire; tout le public se joindra bientôt à vous. Mais si je suis k assez heureux pour parler le langage de la raison et de » l'équité , de la religion et de la piété , il est de votre droi- » ture et de votre grandeur d'âme de ne pas fermer les yeux » à la lumière que j'ose prendre la liberté de vous présenter. » Vous prévenez peut-être déjà ma pensée. Dans tout le cours » d'une longue carrière, il n'est qu'une seule démarche qui » n'ait pas obtenu le suffrage de l'approbation publique dont » je vois toutes les autres marquées. Sans doute qu'elle seule »peut arracher nos plaintes et suspendre pour un moment » les justes éloges que vous doivent tous ceux qui savent » discerner le vrai mérite. Cependant, quand il faut m'expli- *quer, je sens qu'il me faut faire un violent effort. Au nom i seul de Bréviaire , je crains de vous contrister, et l'idée de » votre peine suffit pour m'accabler moi-même de douleur. » Mais enfin c'est un crime de se taire dans ces circonstances, »et peut-être un jour me saurez-vous gré de la liberté que

> je prends. Il faut lever ce voile qu'on tache de vous mettre » sur les yeux, pour vous empêcher de voir ce que tout le

> monde aperçoit.

» Apprenez donc de moi ce que pense tout le public Cathodique ; j'ose protester devant Dieu que tous vos bons Dio- » césains s'expliquent ici par ma plume , et qu'en lisant ce » qu'elle vous trace , vous lisez les sentiments de leurs cœurs.

>Oui , Monseigneur, le Bréviaire que vous leur avez mis » entre les mains ne convient ni à leur religion , ni à la vôtre.

> Il détruit ce que vous leur enseignez et ce qu'ils croient. Et »que faut-il donc enfin pour vous le persuader? Tout parle «contre lui : son histoire abrégée suffira pour la conviction »la plus sensible et la plus palpable.

» Le père de cet ouvrage informe est un Prêtre de POra-

• toire, zélé par goût autant que par état pour un parti qu'il

> aurait autrement défendu que par la composition d'un Bré- >viaire, s'il avait eu plus de lumières et de talents. Il s'est «associé depuis, pour la composition des Hymnes, un prétendu poète plus connu par son appel au futur Concile que »par ses poésies, plus occupé à fomenter les nouvelles er- » reurs dans son collège, qu'à y faire fleurir les bonnes mœurs »et les belles-lettres.

» Il y a plus de quinze ans que ce fruit conçu dans les tc-

> nèbres était en état de paraître ; mais il fallait trouver un

> protecteur à l'ombre duquel il pût impunément braver le

> grand jour, et quels efforts n'a-t-on pas mis en œuvre pour ila réussite de ce projet? L'ouvrage était à peine achevé, » qu'on s'adresse à feu Monseigneur le Cardinal de Noaillcs » pour le lui faire adopter ; mais nous savons que ce Prélat le

• rejeta avec mécontentement, et qu'il ne Voulut point souf- » frir qu'on lui en parlât. Feu Monseigneur de Lorraine, >Evèque de Baveux, se montra plus favorable au Bréviaire; > il désira d'en introduire l'usage dans son Eglise, mais le

> soulèvement de tout son Chapitre et de tout son Diocèse

> contre lui , l'empêcha de tenter l'entreprise, et Son Altesse » ne crut pas que son nom ni sa dignité pussent mettre l'ou- »vrage à couvert de la censure publique. Se serait-on persuadé (et qu'on juge par ce seul trait des intrigues du parti) » qu'un Bréviaire ainsi proscrit dût être un jour à l'abi i d'un >nom aussi respectable et aussi cher à l'Eglise que l'est celui » de Vintimille ?

» Voilà, dis-je , un violent préjugé fondé sur la qualité des » auteurs et capable de jeter sur cette production un soupçon jplus que légitime, soupçon qui se tourne en preuve con- » vaincante par les événements qui précédèrent et qui ont » suivi l'édition.

LITURGIQUES. û55

» Accuser indifféremment tous les examinateurs ; c'est ce »que l'équité ne nous permet pas. 11 y avait parmi eux des > Catholiques, et des Catholiques décidés. En quel nombre? » Monseigneur, vous le savez; mais enfin la conduite qu'ils »ont tenue, ou que Ton a tenue à leur égard, montre ce » qu'ils ont pensé. Vous le savez , Monseigneur, la crainte de ïcontrister V. G. m'empêche de la lui remettre devant les »yeux. En vain voudrait-on rendre garant de cet ouvrage » ces hommes respectables et si dignes de votre confiance. »Le public sait que tous (je ne comprends point parmi eux jfeu M. Couct, dont toute la fonction a été d'encenser en » toute occasion et le nouveau Bréviaire et son auteur , et »dont le suffrage devait rendre l'ouvrage suspect) ont fait » plusieurs fois , quoiqu'inutilement , de très importantes représentations, tant sur les auteurs que sur le fond et la » forme de ce Bréviaire. Tout Paris sait qu'on n'eut pres- » qu'aucun égard à leurs réflexions; de sorte qu'à propre- » ment parler, on peut dire que tous lés approbateurs du » Bréviaire ont été ou les auteurs mêmes, ou des hommes «connus pour être partisans de l'erreur.

» Combien d'autres représentations Votre Grandeur n'a-

»t-elle pas reçues de tous les côtés? Elle a plusieurs fois

Hémoigné qu'elle en était fatiguée; tristes, mais trop sûrs

» garants du bruit que devait faire l'édition , et des alarmes

> qu'elle causerait. Elles sont parvenues jusqu'à vous, Mon-

1 seigneur, et ce sont des faits que vous ne pouvez dissimuler.

Vous n'ignorez pas que l'acceptation du Bréviaire par vos

bons Diocésains , est un sacrifice forcé de leur soumission

au poids de votre autorité. Le Séminaire de Saint-Nicolas-

du-Chardonnet n'a point caché ses justes répugnances;

mais le Curé ayant voulu absolument qu'il fût chanté dans

i json Eglise , il n'a pas été possible de lui résister.

T. il. 25

»Les Prélats qui vous avaient promis de se joindre à vous

> commencèrent a se dégager d'une parole que leur const> cience ne leur permettait pas de garder. M. l'Evêque de » Valence comptait d'adopter le nouveau Bréviaire ; il a

> changé de résolution et s'en est assez nettement déclaré. Le » Chapitre de Lodève était près de l'accepter de la main de »son Evoque ; aujourd'hui il est déterminé à ne jamais souf- » frir que le Diocèse en soit infecté , et ce changement est le i fruit de la lecture que quelques-uns d'entre eux en ont

> fait.

>M. l'Evoque de La Rochelle a avancé 10,000 livres; mais

> on ne doute point qu'il ne les sacrifie généreusement, plutôt! » que de faire un présent si funeste à ses Diocésains.

«Tandis que les Catholiques, par des plaintes et des d& » marches publiques, montrent l'idée qu'ils ont conçue di » nouveau Bréviaire, les sectateurs des nouvelles opinion: » triomphent publiquement. M. de Montpellier s'en est déclarJ >le protecteur; il met tout en œuvre pour le faire recevoi

> par son Chapitre très orthodoxe , qui n'en veut pas.

>Les plaintes des uns, le triomphe des autres, font u » argument dont un magistrat éclairé a senti toute la force » Voici comment il s'en est expliqué :

»Si Monseigneur l'Archevêque, disait-il, me parlait de se » Bréviaire, je lui demanderais : Quels sont ceux qui r( j clament contre ce nouveau Bréviaire? Ce sont tous les boi » Catholiques , tous ceux qui sont connus par leur soumi >sion à l'Eglise, par leur attachement sincère à votre p » sonne et à votre autorité, et qui, depuis votre arri i Paris, n'ont cessé de la défendre contre' les novateurs. >sont maintenant ceux qui en prennent la défense, qui • empressés à le faire chanter, qui disent que c'est un c » du ciel que ce Bréviaire paraisse sous votre nom? Ces

* ceux qui sont révoltés contre l'Eglise et ses décisions, ceux » qui n'ont cessé de vous déchirer dans leurs libelles , ceux » qui ont tout mis en œuvre pour noircir votre réputation et «déshonorer votre épîscopat^ ceux en un mot que vous avez «toujours paru regarder comme hérétiques. ïl ne vous confient pas de vous déclarer ni contre les premiers, ni en » faveur des derniers; et cependant c'est ce que vous paraissez faire, lorsque vous soutenez le Bréviaire et que vous jj5Vous engagez à le soutenir toujours; vous donnez lieu aux j Appelants de dire, comme ils le disent en effet , que vous

I tournez de leur côté.

» Telles étaient , Monseigneur, les réflexions de ce magisjjtrat dont vous estimez la religion, la droiture et les lu-

I I mières.

t> Voilà, ce me semble, pour toutes les personnes non prévenues, des preuves assez solides; mais on n'aurait pas absolumentbesoin de tous ces arguments étrangers, puisque 'ouvrage dont i! s'agit porte dans lui-même sa condamnation, pour quiconque se donne la peine de l'examiner. ,'auteur de la Lettre sur le Bréviaire démontre qu'il ne eut être que l'ouvrage du parti , et qu'à ce seul tjtre , il nous doit être odieux. Persuadera-t-on jamais, en effet, ue des Catholiques aient pu faire les indignes retranchenents qu'il cite des passages formels et décisifs contre les ouvelies erreurs? Il est vrai qu'il ne parle que de peu de ubstitutions perverses où le dogme soit directement attaué. Quelles que puissent être les raisons qui l'ont empêché 'entrer dans un plus long détail , ce n'est pas la faute du tréviaire qui s'en trouve rempli.

> Vous-même, oui, Monseigneur, V. G. elle-même s'est

éclarée contre cet ouvrage d'une manière non équivoque.

r es mouvements qu'elle se donne pour le corriger, s'il était

i possible , ces cartons qu'elle fait apposer de toutes parts etl » qui se multipliant par la recherche des erreurs, sont autanlf Dde témoins irréprochables, qui justifient nos plaintes et i condamnent hautement le Bréviaire.

» Réunissons à présent toutes ces preuves : n'en résulte-t-il ï pas , dans les esprits les plus prévenus , que tout parle efifec-j Hivernent contre le Bréviaire? La qualité des auteurs juste- .ment suspects, la difficulté qu'ils ont eu à lui trouver m » patron, la division des examinateurs, la multitude des re- » présentations , les plaintes des Catholiques et l'approbatior »de leurs adversaires, la lecture du Bréviaire lui-même el » votre propre conduite, en faut-il davantage pour me faim

• dire avec justice qu'il ne convient ni à vous, ni à vos Diocésains? et peut-il y avoir des préjugés assez forts qui m » tombent à la vue de preuves si lumineuses?

» Je ne vois rien qui semble parler en sa faveur que l'arrêj i du Parlement par lequel on a prétendu flétrir la Lettre quj «l'attaque; mais j'ose ici vous le demander à vous-même » Monseigneur, et m'en rapporter aux secrets sentiments d< i votre cœur; si l'opposition que vous trouvez au Bréviaird

• doit vous causer quelques inquiétudes, cet arrêt sera-t-i

• capable de les apaiser?

• Combien de réflexions judicieuses qu'il ne m'est paj

• permis de mettre ici dans leur jour, doivent se présenter! i votre esprit pour balancer l'autorité d'un pareil jugement

• TN'a-t-on pas vu souvent?..... Mais je m'arrête, j'oubliai > que le respect doit conduire ma plume , et qu'il est des vé

• rites sur lesquelles il ne m'appartient pas de m'expliquer

• Au moins, n'avez-vous pas sans doute oublié que l'Avocat|

• Général qui paraît aujourd'hui prendre votre défense, W »le même qui , plus d'une fois , éleva la voix dans le Parlej

• ment pour flétrir vos ouvrages et les couvrir, s'il étaii pos

» sible , d'une éternelle ignominie? Si les coups qu'il porte »contre la Lettre ont quelque poids, ils eurent le même effet

> contre vos Mandements r et approuver aujourd'hui son ministère, c'est souscrire à votre condamnation. Non, son

plaidoyer, ni l'arrêt qui le suit, ne calmeront point les inquiétudes d'un Prélat véritablement orthodoxe qui ne reconnaît que l'Eglise seule pour juge en matière de foi et de

> religion.

» J'ajoute, qu'à ne consulter que l'arrêt lui-même, le Bréviaire n'est jamais justifié. J'ai en main le répertoire de M. Gilbert de Voisins. Que dit-il? et que condamne-t-il? Entre-t-il dans le fond des matières? examine-t-il les preuves sur lesquelles la Lettre forme ses accusations? Il n'avait i garde. Le brillant obscur dont il a coutume d'envelopper ses tortueuses périodes, n'aurait pu répandre aucuns nuages sur l'évidence des preuves et des raisons de l'auteur de la Lettre.

» Il s'arrête précisément au détail minutieux de quelques phrases un peu fortes qu'il accable d'épithètes plus fortes encore , mais qui , dans le vrai , ne signifient rien , puisqu'enfin, avant que de condamner ces expressions prétendues trop fortes , il faut prouver qu'elles portent à faux ; ce qu'il ne fait pas. Le principal motif qu'il apporte pour le condamner, est l'affectation singulière dés qualités d'hérétiques et de Catholiques appliqués à ceux qui vivent dans le sein d'une même Eglise; c'est-à-dire , Monseigneur, qu'il pn veut autant à V. G. qu'à l'auteur de la Lettre, puisque vous avez fait la même distinction dans vos Mandements , î'est-à-dire qu'en feignant de vous défendre, il vous attaque véritablement ; c'est-à-dire qu'il flétrit de nouveau vos Maniements avec la Lettre ; c'est-à-dire , en un mot , que son équisitoire vous est aussi injurieux , qu'il pourrait l'être à i'auteur inconnu.

• II est donc incontestable qu'en recueillant les voix diffé-

• rentes, il s'élève un espèce de cri général contre le nouveac| » Bréviaire ; vouloir se cacher cette vérité , c'est se metti

• sur les yeux un bandeau volontaire, pour ne pas apercevoij

> un objet réel qui blesse la vue. Or, dans de telles circons » tances généralement avouées , comment convient-il à V.

• de se comporter? C'est ce qui doit faire l'objet de ses pli

> sérieuses réflexions , et je m'en rapporterai volontiers à

> décision de sa piété rendue à elle-même et débarrassée d(\ » conseils de la molle condescendance. C'est à ce tribunal qi •j'en appelle, et je m'assure du triomphe de ma cause. Un]

> a que deux partis à prendre : l'un , de corriger le Bréviai » et d'en retrancher tout ce qui peut blesser la délicates!) » catholique ; l'autre , de le repousser absolument et de

> tenir comme non avenu.

» Il paraît que c'est au premier parti que V. G. s'en <| » tenue ( car on n'est pas venu à bout de lui cacher tout Pa

• tifice de ce mystère d'iniquité) ; mais ce qu'il y a de p » sonnes autorisées dans votre Diocèse vous proteste ici, u >mon ministère, que vous tentez une chose impossible. M|

• gré la déclamation non prouvée de r Avocat-Général

• demeure constant parmi eux que tout le Bréviaire est

• masse d'un levain corrompu, de laquelle on n'expnl •jamais un suc salutaire dont les Catholiques veuille^

• nourrir. Comment, en effet, rétablir tous les retram

• ments des fêtes, des Octaves, des prières à la Sainte Vit

• et de cette immensité de textes de l'Ecriture etdesSS.i » que les auteurs ont sacrifiés aux mains de Jansénius c

• Quesnel? Comment effacer des Hymnes, des Leçons

• Capitules, des Répons, des Oraisons, cette multitudJ

• phrases captieuses, équivoques, mal sonnantes, pou| »pasdire hétérodoxes, sous lesquelles on a eu Fadresse

>fej

>sinuer des erreurs si souvent condamnées? Il faudrait absolument repétrir, refondre toute cette masse impure, » c'est-à-dire, qu'il n'en coûterait pas davantage pour refaire i un nouveau Bréviaire.

i>La chose fût-elle possible, ce qui n'est pas , croyez- vous , » Monseigneur, que les vrais Catholiques trouveront jamais » du goût à réciter un Bréviaire composé par des ennemis de » l'Eglise leur Mère? Non, nous ne voulons point de leurs » présents ; nos lèvres ne souffriront qu'avec peine des prières »dont les auteurs ne furent pas nos défenseurs; et le triste » souvenir que nous les tenons d'Appelants et de fauteurs » d'hérésie, sera capable de troubler la dévotion de nos » temples et de répandre l'amertume sur la sainte gaieté de j>nos plus belles fêtes. Le dirai— je , Monseigneur? nous craij> gnons de prononcer des blasphèmes, en ne récitant que

> des paroles respectables et uniquement tirées de nos saintes » Ecritures. Un passage isolé , détaché de ce qui le précède

* et de ce qui le suit, souvent ne présente par lui-même au-

> cun sens ; mais l'union artificieuse de plusieurs de ces pas-

> sages leur donne souvent un sens tout-à-fait étranger, et » c'est ainsi que la parole de Dieu dans la bouche des héré- » tiques devient le langage de l'erreur. Par exemple , comparer l'état présent de l'Eglise à l'état d'Israël séduit par

■ » Jéroboam , faire entendre qu'il ne la faut plus chercher que I» dans un petit nombre d'élus que la Grâce du Seigneur s'est

• réservé, ji'est-ce pas le langage familier de tous les hérétiques? Attendre que le Prophète Elie vienne soutenir la »foi du petit troupeau persécuté, n'est-ce pas le fanatisme » dominant de nos jours? Des paroles tirées des saints Livres » présentent toutes ces horreurs dans plusieurs Répons et I» plusieurs Versets de l'Office du VIIe Dimanche après la Pen- Utecôte. Dira-t-on que ce n'est pas là le sens naturel des

• paroles citées dans le Bréviaire? Qu'importe, si les Catho- » liques ne peuvent douter que ce ne soit là le sens qu'on a » voulu leur présenter? Les traits de cette nature sont sans » nombre.

• Reste donc, Monseigneur (ici je sens qu'il faut me faire » une nouvelle violence ; c'est avec peine que l'amour de la > vérité l'emporte sur le respect ) , reste donc, puisqu'il faut »le dire, de reconnaître généreusement que vous avez été » trompé , et de proscrire hautement un ouvrage qu'une confiance bien excusable dans un Prélat accablé de tant d'oc- » cupations vous a fait adopter.

» S'il n'y avait que ce premier pas à faire, je crois aisé- >mcnt que V. G. n'y trouverait point de difficulté; une âme » élevée comme la vôtre est au-dessus de cette faiblesse orgueilleuse qu'un glorieux aveu fait rougir. Vous savez qu'il

• n'appartient qu'à l'élévation d'un noble génie de se croire » sujet à l'erreur, et que ce qui sépare le grand homme d'a-

* vec l'homme faible n'est pas de ne commettre aucune faute, » mais de savoir les avouer et les réparer. L'immortel Ar-j »chevêque de Cambrai ne s'est jamais tant distingué par la

* sublime beauté de ses ouvrages, que par l'humble aveu » qu'il a fait en chaire de s'être trompé. Et son nom ne sérail » pas si glorieux dans les fastes de l'Eglise, s'il avait toujours » été à couvert de tout reproche.

>Le second doit vous coûter beaucoup plus, sans doute » parce qu'il entraîne après lui de fâcheux embarras. Les frai » sont faits ; la dépense est énorme ; où trouver des fond: »pour rembourser le libraire et l'indemniser de ses avances i *Je conviens que cet article souffre difficulté. Il faudra s«j » donner des mouvements, lever bien des obstacles et de dif » férentes espèces ; mais enfin la chose doit-elle être regardé çcpimne impossible? Les fonds de charité, d'honneur et d(

» bienséance , sont-ils donc épuisés dans la plus riche capitale »du inonde? ou n'y a-t-il aucune voie à quelque accommo-

> dément? Je conviens encore que , malgré les ressources du » zèle et de l'ingénieuse piété, différents particuliers pourront

> souffrir quelque perte; mais fût-elle fort au-dessus de ce

* qu'elle pourrait être en effet , des intérêts purement huj mains peuvent -ils arrêter ou suspendre une démarche » prouvée nécessaire à la religion?

> Rendez-vous donc , Monseigneur, à ce qu'elle vous demande aujourd'hui. Toujours vous vous fîtes un devoir » capital d'être docile à sa voix et de vous conduire selon la ï sainteté de ses maximes. Ii n'est qu'un seul trait dans une » longue suite d'années qui ne soit pas à couvert de la critique; trait cependant qui sera marqué dans les fastes de » l'Eglise, trait qui pourra défigurer le glorieux portrait » qu'on y fera de votre personne : hâtez-vous de l'effacer. » Vous avez toujours été un de ces murs d'airain, une de ces

> colonnes inébranlables que la religion oppose à l'hérésie. »Vous êtes encore aujourd'hui son ornement et son appui; » c'est un éloge que la malignité et l'envie ne peuvent vous » refuser, et auquel je suis le premier à souscrire. Vous soutiendrez jusqu'à la fin ce noble caractère : vous vous sou-

> viendrez de ces beaux sentiments tracés avec tant d'énergie » dans la lettre que vous écriviez au Roi, quelque temps

* après que vous eûtes pris le gouvernement de cette Eglise : » Je ferai mon devoir ( disiez-vous ) , je le ferai avec le zèle et

la fermeté d'un Evêque , qui, après avoir, vieilli dans l'épis- » copat, n'est pas venu dans la capitale pour trahir son minis- >tère et pour le déshonorer à la fin de ses jours; jours précieux, » Monseigneur, pour lesquels je me trouverais heureux de sacrifier les miens inutiles au monde, et qui s'avancent, hélas! i pour notre malheur, à pas trop précipités, Il faudra p3-

» raître devant ce Juge redoutable qui trouve des iniquités » jusque dans ses Saints. \ous porterez à son tribunal des » œuvres de salut et des vertus dignes d'un zélé ministre du »Dieu vivant dont vous avez soutenu les autels, mais vous y

> rendrez compte aussi de ce qui fait le sujet de cette humble » Remontrance. Au nom du Dieu que nous servons , au nom » de celte religion que nous suivons, examinez sérieusement >et pesez dès à présent, au poids sacré du sanctuaire, ce

> que vous voudriez avoir fait dans ce moment terrible et décisif, où la vérité pure brillera sans éclat et débarrassée de » toutes les préventions humaines. »

Il était plus aisé de condamner au feu la pièce qu'on vient de lire que de la réfuter. On ne pouvait refuser à son auteur le zèle de la foi, la connaissance de la matière ; on était obligé de convenir que c'était un homme dévoué à son Archevêque, attaché à la hiérarchie, un digne compagnon de Languet dans la guerre contre les Anti-liturgistes. Nonobstant toutes ces raisons , l'Archevêque résolut de maintenir le Bréviaire | avec les corrections ; on pensa que le temps calmerait cette agitation. Cependant , on eut la prudence de ne rien faire contre les deux Lettres et la Remontrance. Il n'eût pas été facile, en effet, de rédiger une censure contre ces pièces vraiment orthodoxes, et d'ailleurs, c'eût été accroître la déconsidération du Bréviaire , en provoquant une réplique ; peut-être même le Siège Apostolique eût -il été contraint d'intervenir dans cette question épineuse. Quant à l'opposition des Séminaires de Saint-Sulpice et de Saint-Nicolas, elle dut céder enfin devant l'injonction expresse de la Lettre Pastorale, surtout depuis les cartons mis au Bréviaire qui, tout en attestant l'impure origine de ce livre, donnaient à l'autorité diocésaine une raison de plus de presser l'acceptation de la nouvelle Liturgie. Ainsi l'œuvre de Vigier, Me-

senguy et Coffin, s'implanta pour de longues années dans l'Eglise de Paris, et par suite dans une grande partie du Royaume. Les Jansénistes, quoique mortifiés par les cartons, se rangèrent autour du Bréviaire, et trouvèrent des éloges pour l'Archevêque Vintimille qui demeurait, malgré tout, le patron de leur œuvre. Rien n'est plus curieux que le langage des Nouvelles Ecclésiastiques sur ce Prélat : tour à tour la feuille Janséniste gémit de son aveuglement et exalte son zèle providentiel dans la publication du Bréviaire.

Cependant, si on n'osait censurer, à l'Archevêché, les Lettres sur le nouveau Bréviaire , ce Bréviaire ne demeura pas néanmoins tout-à-faît sans apologie. Le P; Vigier entreprit une défense de son travail , sous le point de vue de l'ortho- . doxie. Son intention était de prouver que le Bréviaire renfermait un nombre suffisant de textes favorables au dogme catholique de la mort de Jésus-Christ pour tous les hommes, au culte de la Sainte Vierge et à la primauté du Siège Apostolique. Quand il en eût été ainsi , cette démonstration n'eût pas infirmé les reproches des Catholiques sur la suppression de tant de choses respectables, sur la frauduleuse insertion d'un si grand nombre de particularités suspectes , reproches d'autant plus fondés, que les cartons étaient là pour attester l'existence du mal. Il n'en demeurait pas moins évident que le Bréviaire était une œuvre Janséniste , par ses auteurs , son esprit et son exécution; que les cartons n'avaient atteint, après tout, qu'une faible portion des choses répréhensibles, soit comme exprimant des ambiguïtés sur le dogme, soit comme renversant, en tant d'endroits, les plus sacrées des traditions liturgiques. D'ailleurs, pour qui connaît l'histoire du Jansénisme, rien n'est moins étonnant que ce soin qu'avaient eu les rédacteurs du Bréviaire, d'insérer dans leur œuvre un certain nombre de textes qu'on aurait à faire va-

loir, en cas d'attaque. Vigier était placé tout à son aise pour remplir ce personnage : il n'avait point appelé de la Bulle comme Mesenguy et Coflin ; mais, d'un autre côté, il ne la regardait que comme simple règle de police. Dans cette heureuse situation, sa conscience ne lui défendait point de glisser dans son Bréviaire ses sympathies Janséniennes; et du moment que des réclamations s'élèveraient, il pouvait, sans contradiction, en présence du public, revoir son œuvre, la Bulle Unigenitus en main , et soutenir la thèse de la non contrariété du Bréviaire avec cette Bulle.

Cependant, le parti ne s'accommodait pas trop de cette condescendance de Vigier. Les Nouvelles Ecclésiastiques expriment hautement leur mécontentement sur l'Apologie : c Tout ce que nous pouvons dire de cet écrit, dit le gazcttcr, » c'est que, malgré la protection dont M. l'Archevêque a jugé

> à propos de l'honorer, le public (1) ne lui a pas fait un accueil »bien favorable. Il se sent partout de l'étrange contrainte où » l'on est, lorsqu'en recevant la Constitution Unigenitus, on se

> trouve obligé de défendre les Vérités que cette même Cons-

> titution condamne , et cette malheureuse nécessité y a ré- »pandu d'un bouta l'autre une teinture deMolinisme qui a

> fait dire à plus d'un lecteur que cette apologie fait peu » d'honneur au Bréviaire , qui n'en avait pas besoin et qui se * défend assez par lui-même. En un mot, on sait que ceux qui » ont eu le plus départ à la composition du nouveau Bréviaire » de Paris , n'ont point goûté cette première Lettre (1). » Ces collègues de Vigier, qui furent mécontents de l'Apologie du Bréviaire, n'étaient autres que Mesenguy (2) et Coflîn, aux-

(1) Ce public est principalement celui du Journal.

(2) Nouvelles Ecclésiastiques. 24 novembre 1756.

(3) Ami de la Religion. Ibidem, page 293.

quels leur caractère officiel d'Appelants interdisait toute , rétractation même apparente. Vigier était donc comme l'intermédiaire entre le nouveau Bréviaire et les Catholiques. L'Apologie qu'il avait publiée consistait en trois Lettres de M. l'Abbé *** à un de ses amis, en réponse aux libelles qui ont paru contre le nouveau Bréviaire de Paris. Ces trois Lettres, qui forment ensemble cinquante-quatre pages in-40, sont datées des 1er et 15 octobre, et du 30 décembre 1736 , et parurent avec Approbation et Privilège du Roi.

Le courageux Père Hongnant avait publié, vers la fin de la même année , une troisième Lettre sur le nouveau Bréviaire, dans laquelle il s'efforçait de renverser les subterfuges de Vigier et de faire voir que l'Apologie , pas plus que les carions, ne parviendraient à faire du Bréviaire une œuvre catholique. Nous ignorons si cette troisième Lettre obtint, comme les deux précédentes , les honneurs d'une condamnation au Parlement de Paris (1). Quoi qu'il en soit , la controverse demeura close pour le moment et le Bréviaire resta, comme sont restées beaucoup d'autres choses, que le dixseptième et le dix-huitième siècles ont vu naître, et que le nôtre , peut-être , ne transmettra pas à ceux qui doivent le suivre.

Le Bréviaire étant inauguré, il devenait nécessaire de donner un nouveau Missel qui reproduisît le même système. On sent que le Missel de Harlay, revu par ïe Cardinal de Noailles, était encore trop conforme à la Liturgie Romaine pour se plier au Calendrier et aux autres innovations du moderne Bréviaire; or, il fallait un rédacteur au nouveau Missel. L'Acolyte

(1) VAmi de la Religion parle de Remarques manuscrites sur le nouveau Bréviaire , en M pages in- i° qui, dit-il, roulent sur les mêmes griefs que les Lettres cl'Honguant ; mais elles sont plu; modérées.

Mesenguy fut choisi pour ce grand travail, sans doute par la protection de PAbbé d'Harcourt, qui disposait totalement de la confiance de l'Archevêque , dans tout ce qui tenait à la Liturgie. Ce fut, au reste, une étrange influence que celle de Mesenguy dans toute cette opération. Il était auteur en partie du nouveau Bréviaire, et, quand on forma la commission pour juger des réclamations que ce livre avait excitées , on ne lui avait pas fait l'honneur de le convoquer. Sans doute, sa qualité d'Appelant et d'hérétique notoire avait exigé qu'on rendit du moins cet hommage à la pudeur publique. Maintenant qu'il s'agit d'un livre plus important, plus sacré encore que le Bréviaire, du Missel , du Sacramentaire de l'Eglise de , Paris, on vient chercher cet homme, cet hérétique, étranger même au caractère de Prêtre; ce sera lui qui déterminera, pour cette Eglise , les prières , les rites , les mystères avec lesquels les Prêtres, désormais, auront à célébrer le grand Sacrifice. Au reste, cette confiance inouïe donnée à un hérétique par un Prélat Catholique, Mesenguy continua d'en jouir pendant toute la durée de l'épiscopat de Charles de Yintimille; car, en 1745, peu avant la mort de l'Archevêque, il présida à la nouvelle édition du Bréviaire et aux changements, d'ailleurs assez légers, qui y furent faits (1).

Il paraît que Mesenguy avait, depuis plusieurs années, commencé le travail du Missel, car ce livre fut en état de paraître dès 1738, et fut annoncé par une Lettre Pastorale de l'Archevêque, en date du 11 mars. Nous allons parcourir cette pièce importante, qui fut placée en tête du Missel luimême (2).

Elle commence par des réflexions sur la dignité du Sa-

(1) L'Ami de la Religion. Ibidem,

(2) Vid. la noie B.

crifice de la Messe, considéré sous ses différents rapports, et arrive bientôt à parler des efforts tentés dans plusieurs Diocèses de France pour la correction et le perfectionnement des Missels. On rapelle ensuite les travaux des Archevêques de Harlay et de Noailles , qui ont cependant encore laissé beaucoup à désirer pour l'entière perfection de ce livre ; mais le nouveau Missel est rédigé d'après des principes totalement conformes à ceux que suivirent ces deux Prélats dans leur réforme liturgique : c'était assez dire que la partie Romaine avait presque entièrement disparu.

La Lettre Pastorale déclare ensuite que le nouveau Bréviaire ayant rendu nécessaire un nouveau Missel , l'Archevêque s'est fait aider dans ce travail, par plusieurs Chanoines de la Métropole. A leur tête était naturellement le Doyen , l'Abbé d'Harcourt , qui ne travaillait pas par lui-même, mais par son protégé , Mesenguy. Nous ignorons quels sont les autres Chanoines désignés ici, et la mesure de leur influence dans la composition du Missel.

Venant au détail des modifications introduites dans ce livre* l'Archevêque parle ainsi : « On ne trouvera presque aucun » changement dans les Evangiles et les Epîtres des Dimanches >et des Fériés, non plus que dans ceux des fêtes chômées » par le peuple. On a fait davantage de changements dans îles pièces chantées aux Messes du Propre du Temps; en » sorte, toutefois, que nous avons retenu ce qu'il y avait de > meilleur en ce genre dans le Missel précédent , nous réseravant quelquefois de le placer plus à propos. »

Charles de Vintimille confesse ici, sans scrupule, une des plus graves infractions faites à la Liturgie , sous le point de vue de la popularité du culte divin. Sans parler ici des Graduels, Versets Alleluiatiques , Offertoires et Communions, choisis par saint Grégoire et ses prédécesseurs, et qu'il eût

pourtant été fort à propos de ne pas perdre , à une époque surtout où Ton se piquait si fort d'un zèle éclairé pour l'antiquité, n'était-ce pas une grande faute d'Oser violemment changer, dans un grand nombre de Messes, les Introïts euxmêmes, qui, de toute antiquité, servaient à distinguer entre eux les divers Dimanches de l'année ? Comment désormais lire et comprendre nos chroniques nationales, les chartes et les diplômes de nos ancêtres, dans lesquels les Dimanches sont sans cesse désignés par les premières paroles de cette solennelle Antienne? Il faudra donc, et c'est à quoi on est réduit aujourd'hui, que le Prêtre lui-même ne puisse plus expliquer ces monuments, s'il ne s'est muni d'un Missel Romain , à l'effet de comprendre des choses que le peuple luimême savait autrefois? Qu'il est pourtant triste de voir l'ardeur avec laquelle, à cette époque, on se ruait à tout ce qui pouvait creuser un abîme entre le présent et le passé! Au reste, sous ce rapport, comme sous les autres, on était tombé dans toutes les contradictions où entraîne d'ordinaire une conduite arbitraire. Ainsi, on avait daigné conserver les ïntroïls : Ad te levavi, du premier Dimanche de l'Avent ; Dominus dixit ad me, de Noël, à la Messe de Minuit ; Invocavit, Reminiscere, Oculi, Lœtare, des quatre Dimanches de Carême ;Judica me , delà Passion ; Domine, ne longe, du Dimanche des Rameaux ; Quasi modo, de l'Octave de Pâques, et quelques autres encore des Dimanches après la Pentecôte ; et on avait retranché Populus Sion, du second Dimanche de l'Avent; le fameux Gaudete, du troisième Dimanche; Rorate, qui est au quatrième; Dum médium , au Dimanche dans l'Octave de Noël ; In excelso trono , au Dimanche dans l'Octave de l'Epiphanie; Omnis terra, au deuxième Dimanche après cette fête; Adorate Dominum, au troisième et suivants; Resurrexi, au jour même de Pâques ; Miser icordia, au second Dimanche après

Pâques; Jubilate, au troisième ; Exaudi, Domine, au Dimanche dans l'Octave de l'Ascension; Factus est Dominus , au second Dimanche après la Pentecôte ; Exaudi, Domine, au cinquième; Omnes gentes, au septième; Suscepimus, Deus, au huitième; Ecce Deus adjuvatme, au neuvième; Deus in loco , au onzième; Deus in adjutorium, au douzième; Proteetor nouer, au quatorzième; Inclina , au quinzième; Justus es, au dix-septième; Da pacem, au dix-huitième; Salas populi, au dix-neuvième; Omnia quœ fecisti, au vingtième ; Si iniquitates , au vingt-deuxième ; Dicit Dominus , aux vingt-troisième et vingt-quatrième. Outre ces suppressions, plusieurs des Introïts conservés avaient été transposés d'un Dimanche à l'autre; ce qui n'était propre qu'à accroître la confusion et à rendre de plus en plus impraticable l'étude des Chroniques et des Diplômes, cident. Ainsi, le Gaudete du troisième Dimanche de l'Avent, se trouvait transplanté au vingt-quatrième après la Pentejcôte; le Vocem jucunditatis , du cinquième Dimanche après Pâques, était anticipé au troisième, etc. Nous ne parlons pas des Introïts du Propre des Saints ; comme ils ne sont pas employés ordinairement dans le style de l'Europe du moyenâge, leur suppression n'offensait que les convenances liturgiques. Quant à ce que disait la Lettre Pastorale, qu'on avait conservé les Epîtres et les Evangiles des fêtes chômées par le oeupîe , il eût fallu dire : moins l'Evangile de la fête de saint Merre et saint Paul. Cet Evangile avait disparu, avec son fameux iexte : Tu es Petrus, et super hune petram œdificabo Ecclesiam keam, pour faire place au passage du XXIe chapitre de S. Jean, ii Jésus-Christ dit à saint Pierre : Pasce oves meas; texte imortant, sans doute, pour l'autorité du Saint Siège, mais moins lair, moins populaire, moins étendu que Tu es Petrus, qu'on yait lu pendant mille ans, ce jour-là, à Paris comme à Rome, T. n. 24

La Lettre Pastorale continue : * Nous avons choisi les pas- » sages de l'Ecriture qui nous ont semblé les plus propres à » exciter la piété, les plus faciles à mettre en chant et les > plus en rapport avec les lectures sacrées qui se font à la » Messe. Cependant, nous ne nous sommes point tellement * enchaînés à une méthode quelconque que nous ne nous » soyons proposé, par dessus tout, de rechercher ce qui » pouvait élever le cœur à Dieu et l'aider à concevoir le feu » sacré de la foi , de l'espérance et de la charité. » Saint Grégoire s'était bien aussi proposé la même fin dans le choix des pièces de son Antiphonairc , et passait môme pour y avoir réussi. Il est étonnant que le dix-huitième siècle ait eu cette surabondance d'onction et d'esprit de prière , et qu'un Janséniste comme l'Acolyte Mesenguy ait été appelé à devenir ainsi, pour l'Eglise de Paris , l'organe de PEsprit-Saint. Nous devons seulement remarquer ici que, dans ce nouveau Missel, on avait conservé généralement un plus grand nombre de formes Romaines que dans le Bréviaire, par exemple, la presque totalité des Epîtres et des Evangiles , et que si on avait suivi le système de mettre les parties chantées en rapport avec ces lectures , en substituant de nouveaux Introïts, Graduels, etc., quand les anciens ne s'harmonisaient pas, on n'avait pas cependant pressé , avec la dernière exagération , l'application de celte méthode. Nous aurons bientôt à signaler d'autres Missels fabriqués sur un plan bien plus rigoureux. Reprenons la Lettre Pastorale.

« La même raison nous a portés à ajouter plusieurs Préfaces propres qui manquaient, savoir pour l'Avent et certaines solennités plus considérables, comme la Fête-Dieu, ila Dédicace, la Toussaint et autres. Ainsi, nous sornmes- » nous efforcés de nous rapprocher, autant que nous avons > ipu, de l'ancienne coutume de l'Eglise Romaine, qui avait

» autrefois presque autant de Préfaces propres que de Messes, » comme cela est encore d'usage aujourd'hui dans les Eglises >du rite Ambrosien. >

Pourquoi donc n'avoir pas pris dans les anciens Sacramentaires les Préfaces de l'Avent, de la Dédicace, de la Toussaint, de saint Denys même? Pourquoi en faire rédiger de si longues, de si lourdes, par des Docteurs de Sorbonne dont le style a si peu de rapport avec la phrase châtiée et cadencée de saint Léon et de saint Gélase ? Pourquoi , surtout , admettre à l'honneur de composer des prières d'un usage si sacré, un hérétique comme le Docteur Laurent-François Boursier, expulsé de la Sorbonne en 1720, pour avoir écrit contre le Concile d'Embrun ? C'est à un pareil homme que l'Eglise de Paris doit la Préface de la Toussaint, qui se chante aussi à la fête du Patron. Dans cette Préface, Boursier dit à Dieu qu'en couronnant les mérites des Saints , il couronne ses propres dons, eorum coronando mérita, coronas dona tua ; [expression très Catholique dans un sens, et très Janséniste idans un autre. Nous manquerions à notre devoir d'historien

iturgiste, si nous ne disions ici que Boursier mourut le 1.7 février 1749, sur la paroisse de Saint-Nicoîas-du-Chardont jiet, sans avoir rétracté son Appel. Le Curé de cette paroisse,

moique opposé à l'Appel, s'étant montré moins ferme sur la épique ne le fut plus tard, à l'égard de Coffin, celui de Saint*

ptienne-du-Mont, et ayant cru pouvoir administrer les Sa-

irements à Boursier, fut exilé à Senlis, en punition de cet acte i Je schisme, par l'Archevêque de Beaumont. Et on a continué

ppuis à chanter la Préface de Boursier ! « Nous avons apporté le même soin , continue la Lettre

w-astorale , aux Oraisons qui sont propres à chaque Messe , ît qui tiennent un rang considérable dans la Liturgie ; nous oulons parler des Collectes , Secrètes et Postcommunions.

» Nous avons tiré des anciens Sacraraentaires la plupart de » ces Oraisons si remplies de l'onction de la piété. Nous en savons inséré quelques nouvelles, en très petit nombre, » composées autant que possible sur le modèle des anciennes, i et formées en grande partie des paroles même des Sacra- »mentaires. En effet, si, comme nous en avertit saint Cé- »lestin, la règle de la Foi dérive de celle de la Prière, avec

> quelle pieuse et affectueuse vénération ne devons-nous pas j> embrasser ces formules de prières que nous ont laissées , » par tradition , ces antiques témoins de la doctrine chré-

> tienne , ces docteurs excellents de la vénérable antiquité !

> Nous voulons parler de ces hommes saints , dans lesquels » habitait l'Esprit d'intelligence et de prière, les Léon, les » Géiase , les Grégoire, les Hilaire, les Ambroise, les Salvien,

> les Léandre , les Isidore. Quelle imposante et sainte nuée » de témoins ! C'est par leur autorité qu'il nous conste que ,

* dans ces anciens temps , on avait la môme foi que nous pro-

> fessons aujourd'hui ; que les mêmes vérités catholiques ont

* été , depuis les siècles les plus reculés , crues et défendues >à Rome, à Milan, dans les Gaules, en Espagne, en un mot » dans tout l'Occident. » Cette doctrine liturgique de la Lettre Pastorale est , il est vrai , celle de tous les siècles chrétiens ; mais pourquoi faut-il qu'elle ne soit ici qu'une contradiction de plus ? En effet , si l'on doit embrasser avec une si pieuse et affectueuse vénération ces formules de prières que nous ont laissées par tradition ces antiques témoins de la doctrine chrétienne, ces Docteurs excellents delà vénérable antiquité , comment justifier le Missel en tête duquel on lit ces belles paroles, puisqu'il est clair comme le jour qu'un nombre considérable de formules de ce genre sont abolies par le seul fait de sa publication? Si saint Célestin doit être loué d'avoir dit que la règle de la foi dérive de celle de la prière, pourquoi cette règle

de la foi ne dérive-t-elle pas tout aussi pure des paroles d'une prière appelée Introït ou Graduel, que de celles d'une prière appelée Collecte ou Post communion? Bien plus, ces Introïts , ces Graduels, étant destinés à être chantés par le chœur des Prêtres, auquel s'unit la voix du peuple, n'aideront-ils pas plus puissamment encore à la perpétuité du dogme? ne rendront-ils pas plus solennel et plus éclatant le témoignage des siècles , que ces Oraisons que la seule voix de l'officiant fait retentir au fond du sanctuaire ? Si l'on reconnaît que l'esprit d'intelligence et de prière a animé les Pères de la Liturgie, les Grégoire et les Ambroise, par exemple, comment se justifiera-t-on d'avoir expulsé leurs Hymnes du Bréviaire ? Si les traditions liturgiques de l'Eglise de Milan et de celle d'Espagne sont dignes de notre respect, n'est-ce pas , après cela , se condamner soi-même que de rejeter les formules chantées de style ecclésiastique , quand on sait ( et on doit le savoir ) que les Bréviaires et les Missels de ces Eglises gardent avec honneur la plupart de ces mêmes pièces de la Liturgie Bomaine que François de Harlay, Le Tourneux, de Vert,Vigier et Mesenguy, ont si lestement effacées? Est-il permis de parler de la Liturgie de l'Eglise des Léandre et des Isidore, et d'oublier le fameux Canon du IVe Concile de Tolède, que nous avons cité ailleurs, et dans lequel sont si expressément condamnés ceux qui veulent chasser des Offices divins les formules de composition humaine, pour ne chanter que des paroles de l'Ecriture (1) ?

Au reste, le nouveau Missel n'avait pas su se défendre li'une contradiction éclatante avec les principes même de sa rédaction. Dans la Messe du jour de la Pentecôte , on n'avait )as osé remplacer, par un texte biblique, l'antique Verset

(1) Vid. ci-dessus. Tome 1. page^lS.

Alleluiatique , bien qu'il ne fût que d'une simple composition humaine. Soit défaut d'audace, soit respect invincible, soit injonction de l'autorité supérieure, Mesenguy avait conservé ces grandes et touchantes paroles : Alléluia. Veni, sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium, et tui amoris in eis ignem accende !

Avec cette seule exception , nous sommes en mesure de réclamer, ligne par ligne , tout l'Antiphonaire de saint Grégoire. Y a-t-il, par hasard, moins de piété ou d'autorité dans les autres formules si arbitrairement sacrifiées? Il nous semble que si , dans la Liturgie régénérée , ont peut encore chanter sans inconvenance : Alléluia. Veni, sancte Spiritus, reple tuorum corda, etc., on pourrait bien aussi chanter, pour honorer la Mère de Dieu , l'Introït suivant :

Salve, sancta Parens, enixa puerpera Regem qui cœlum terramque régit in sœcula sœculorum !

Et le Graduel :

Benedicta et venerabilis es, Tir go Maria, quœ sine tactu pudoris inventa es Mater Salvatoris.

Et Y Alléluia :

Assumpta est Maria in cœlum : gaudet exercitus angelorum.

Et le Trait :

Gaude , Maria Virgo, cunctas hœreses sola interemisti, quœ Gabrielis Archangeli dictis credidisti, etc.

Et cet autre Alléluia :

Virga Jesse floruit ; Virgo Deum et hominem genuit : pacem Deus reddidit, in se reconcilians ima summis.

Et l'Offertoire :

Félix namque es , sacra Virgo Maria , et omni laude dignissima : quia ex te ortus est soljustitiœ Christus Deus noster.

Et la Communion ;

Beata viscera Mariœ Virginis quœ portaverunt œterni Patris Filium !

Mais, qu' est-il besoin d'insister sur la contradiction d'avoir conservé le Verset Alleluiatique de la Pentecôte, quand nous avons si ample matière à un argument adhominem bien autrement embarrassant ? Le nouveau Missel était rempli de Proses nouvelles, pour toutes les fêtes possibles. Ces compositions n'étaient pourtant ni tirées de l'Ecriture Sainte , ni empruntées aux anciennes Liturgies. Elles étaient à la fois une parole humaine et une parole nouvelle. Bien plus, on ne s'était pas contenté de faire des Proses nouvelles ; une des anciennes avait été retouchée d'après les idées modernes. Ainsi on ne lisait plus la première strophe de la Prose des Morts, comme autrefois :

Dies irœ , diesilla, Solvet seclum in favilla, Teste David cum sybïlla :

Mais bien :

Dies irœ, dies illa, Crucis expandens vexilla, Solvet seclum in favilla.

Après la fameuse censure de la Sorbonne contre les Jésuites auteurs des Mémoires de la Chine , Mesenguy ne pouvait plus souffrir qu'on chantât, dans l'Eglise de Paris, un Verset de Séquence dans lequel était invoqué le témoignage d'une SybiHe des Gentils à côté des oracles du peuple Juif. Il est, en effet , bien étonnant que l'Eglise Romaine et le reste de l'Occident s'obstinent à chanter toujours cette strophe, même après le jugement souverain de la Sorbonne !

Mesenguy avait trouvé l'occasion de faire une autre justice dans le Dies irœ. On y confondait encore, en dépit des progrès

de la critique , sainte Marie-Magdeleine avec Marie sœur de Lazare :

Qui Mariant absolvisti ; Mesenguy voulut que Ton chantât et Ton a chanté depuis ; Peccatricem absolvisti !

Mais revenons à la Lettre Pastorale. « C'est donc à ces

> sources si pures, et principalement dans les Sacramentaires

> de l'Eglise Romaine qui est la Mère et la Maîtresse des » autres , que nous avons puisé les Oraisons de notre Missel.

> On peut môme dire que ce n'est pas sans une conduite de » la divine Providence qu'a eu lieu, pour notre grande consolation et celle de notre troupeau, la découverte récente i du plus ancien de tous les Sacramentaires de l'Eglise Ro- »maine, qui avait été inconnu depuis plusieurs siècles. Ce » livre d'or, écrit sur un manuscrit en parchemin de plus de • mille ans, a été publié à l'imprimerie Vaticane, sous les » auspices du Souverain Pontife Clément XII, qui conduit

> aujourd'hui , avec non moins de sainteté que de sagesse , la » barque de saint Pierre. C'est à ce monument considérable

> que nous avons emprunté un grand nombre de prières qui » respirent une piété excellente et rappellent , pour le style >et la doctrine, saint Léon le Grand, à qui on les attribue » comme à leur auteur très certain. » Nous avons déjà dit un mot de ce prétendu Sacramentaire de saint Léon , qui parut en 1735, à la tête du quatrième tome de l'édition du Liber Pontifxalis, dit d'Anastase,parBianchini. Nous y reviendrons dans notre prochain volume. Mais ce manuscrit eût-il été réellement le Sacramentaire de saint Léon, élait-ce, pour l'Eglise de Paris, une manière bien efficace do témoigner de son accord parfait avec la Mère et la Maîtresse des Eglises , que de répudier le Missel qu'elle promulgue et garantit de son autorité, pour s'en fabriquer un nouveau, dans la composition

duquel on ferait entrer quelques lambeaux d'un ancien Sacramentaire qui a été l'objet d'une réforme il y a tant de siècles? Ce n'est pas que nous désapprouvions dans une Eglise qui, comme celle de Paris , se trouve en droit de réformer sa Liturgie, qu'on prenne dans les anciens Sacramentaires certaines prières bien approuvées , pour enrichir encore le Romain d'aujourd'hui ; mais cette conduite est toute différente de celle qu'on a tenue. On s'est débarrassé du Missel Romain, qui est le Sacramentaire et l'Antiphonaire Grégoriens combinés, et ensuite , parmi les pièces anciennes que l'on a consenti à recevoir de nouveau , on a daigné remonter jusqu'au prétendu Sacramentaire Léonien, conservant même la plupart des Oraisons de saint Gélase et de saint Grégoire, parce qu'on le jugeait ainsi à propos. C'est une manière de procéder fort large; mais il ne faudrait pas lui donner la couleur d'un zélé pour la Liturgie Romaine. Clément XÏI, en faisant les frais du quatrième tome de l'Anastase de Rianchini , comme ses prédécesseurs avaient fait les frais des trois premiers, n'avait pas, assurément, la pensée que le Sacramentaire tel quel , publié parmi plusieurs autres monuments dans ce volume , dût fournir à l'Eglise de Paris un prétexte de se débarrasser du Missel Romain que les Harlay et les Noailles avaient encore respecté.

« Nous avons largement distribué partout notre Missel ces '» richesses liturgiques ; d'où il est arrivé qu'en plusieurs en- !» droits de ce Missel , on trouvera des Collectes différentes ► des Oraisons qu'on aura récitées dans le Rréviaire ; inconvénient léger et même nul en soi. Il nous eût semblé plus fâcheux de priver notre Eglise de tant d'excellentes prières des anciens Pères. » On dira ce qu'on voudra, mais ce n'en j |ist pas moins une chose inouïe dans la Liturgie , que la discordance de l'Oraison des Heures avec la Collecte de la Messe,

dans un même Office. Ce défaut d'harmonie qu'on voudrait excuser ici ne montre que trop la précipitation avec laquelle les nouveaux livres furent fabriqués. Jamais cette Liturgie Romaine dont on s'est défait si cavalièrement ne fournit d'exemple de ces anomalies, parce que les choses du culte divin sont toujours disposées à Rome avec le sérieux, la gravité, la lenteur, qui seuls peuvent faire éviter de pareilles fautes.

La Lettre Pastorale contient ensuite ces paroles remarquables : t Cependant, nous voulons vous avertir que , dans i plusieurs Oraisons des anciens Sacramentaires, il a été fait » certains changements , soit dans le but de les abréger, soit » dans celui d'ôter l'obscurité et d'aplanir le style , soit enfin » pour les accommoder à la forme spéciale des Collectes , Se- » crêtes et Postcommunions. Cet exemple nous était donné • par toutes les Eglises de tous les temps , dans les livres des-

> quelles on rencontre beaucoup de prières transférées d'une » Liturgie dans une autre , et qui ont subi quelques légers » changements dans les paroles , tout en conservant le même

> sens. Nous avons pensé que la même chose nous était per- »mise, à la même condition, à savoir que le changement ne » tomberait pas sur le fond des choses , mais seulement sur » les expressions. Nous pouvons affirmer que les vérités du » dogme catholique, exprimées dans ces prières, ont été reli-

> gieusement conservées par nous dans toute leur intégrité et » inviolabilité. » Voilà donc un Evêque Catholique réduit à affirmer solennellement à son clergé, en tête d'un Missel, qu'il n'a pas altéré frauduleusement le dépôt de la tradition sur les vérités catholiques ! Que s'était-il donc passé qui nécessitât cette humiliante déclaration ? quel événement avait excité à un si haut point les susceptibilités du Clergé orthodoxe, que le Pasteur fût ainsi obligé de courir au-devant, sans nul souci des convenances les plus sacrées? Cette décla

ration sans exemple avait pour but de prévenir de nouvelles réclamations dans le genre de celles qui s'étaient élevées sur le Bréviaire, et, dans le fait, Ton doit convenir que le Missel était généralement plus pur que le Bréviaire , bien qu'il renfermât encore une somme immense de nouveautés. On a dû remarquer plus haut que l'Archevêque , en parlant de la Commission pour le Missel , ne s'était pas borné, comme dans la Lettre Pastorale du Bréviaire, à désigner en termes généraux les hommes sages et érudits auxquels il avait confié cette délicate opération , mais qu'il avoue simplement le concours de plusieurs Chanoines de la Métropole. C'était mettre totalement hors de cause la coopération de Mesenguy, de Boursier et leurs semblables.

On trouvait encore, dans les clauses de la promulgation du Missel , une particularité qui faisait voir que le Prélat avait eu en vue de ménager sur plus d'un point les susceptibilités catholiques. Le lecteur doit se rappeler que la Lettre Pastorale sur le Bréviaire déclarait ce livre obligatoire pour toutes les Eglises, Monastères, Collèges, Communautés, Ordres, enfin 'pour tous les Clercs astreints à l'Office divin, sans exception aucune ; la Lettre Pastorale du Missel , beaucoup moins absolue , n'exigeait cette soumission que de ceux qui, par le droit et la coutume , sont tenus de célébrer et réciter l'Office Parisien (1).

Nous ne nous appesantirons pas davantage , pour le moment , sur les particularités de ce nouveau Missel ; il nous suffira ici d'en avoir exposé le plan, d'après la Lettre Pastorale qui lui sert comme de préface. Au reste , nous le répétons , ce livre était en soi moins repréhensible que le Bréviaire. Les réclamations des Catholiques avaient du

(1) Qui de jure vel consuetudine Parisiense officium celebrare aut recitare tenentur.

moins eu l'avantage de réprimer l'audace de la secte qui s'était vue à la veille de triompher par la Liturgie. Toutefois, soit lassitude, soit découragement, les répugnances se calmèrent peu à peu : le Bréviaire et le Missel de Vintimille s'implantèrent profondément , et c'en fut fait de la Liturgie Romaine dans l'Eglise de Paris.

Bien plus, cette Eglise que Dieu, dans ses conseils impénétrables, avait ainsi soumise à la dure humiliation de voir des mains hérétiques élaborer les Offices divins qu'elle aurait désormais à célébrer , eut le triste honneur d'entraîner grand nombre d'autres Eglises du Royaume, dans la malheureuse voie où on l'avait poussée. Déjà l'exemple qu'elle avait donné au temps de François de Harlay avait été contagieux ; celui qu'elle offrit au temps de Charles de Vintimille eut bien d'autres conséquences. Trente ans après l'apparition du Bréviaire de 1736, la Liturgie Romaine avait disparu des trois quarts de nos Cathédrales, et, sur ce nombre, cinquante et plus s'étaient déclarées pour l'œuvre des Vigier et des Mesenguy. La sainte Eglise de Lyon était de ce nombre. Quel événement donc que l'apparition des livres de Vintimille! Comment n'a-t-il pas laissé plus de place dans l'histoire? C'est que l'indifférence , le mépris, l'oubli même du passé était la grande maladie qui travaillait les hommes du dix-huitième siècle; et cependant, quand les Jansénistes et les philosophes eurent totalement miné la société religieuse et civile, beaucoup d'honnêtes gens s'étonnèrent de voir crouler pêlemêle, en un instant, tant d'institutions que les mœurs ne soutenaient plus. Le récit de cette catastrophe n'est pas de notre sujet : nous avons seulement à raconter comment une des formes principales de la civilisation religieuse du moyenâge, la forme liturgique, a péri en France : poursuivons notre histoire.

Il serait par trop minutieux d'enregistrer ici successivement les divers Diocèses qui acceptèrent tour à tour les nouveaux Livres Parisiens. Il suffira de dire que partout où cette adoption eut lieu , on fondit le Calendrier et le Propre Diocésains avec ceux de Paris, et qu'on mit en tête du Bréviaire et du Missel le titre diocésain, le nom de FEvêque qui faisait cette adoption, et une Lettre Pastorale, composée d'ordinaire sur le modèle de celle de Charles de Vintimille. Les premières Eglises qui entrèrent dans cette voie , furent celles de Blois, d'Evreux et de Séez. On fit dans ces Diocèses quelques légères rectifications au Bréviaire , et même les Nouvelles Ecclésiastiques se plaignent amèrement qu'à Evreux on ait osé changer quelque chose dans la fameuse strophe de l'Hymne de Santeul , pour l'Office des Evangélistes. Elle avait été mise ainsi : Insculpta saxo lex vêtus Prœcepta , non vires daoat ; Inscripta cordi lex nova Bat posse quidquid prœcipit.

On avait donc adouci le dernier vers : Quidquid jubet dat exequi ; mais les trois premiers exprimaient encore les Propositions de Quesnel, 6, 7 et 8.

Le nouveau Bréviaire de Paris fut aussi adopté, en 1764, par les Chanoines Réguliers de Sainte-Geneviève, dits de la Congrégation de France. Nous ne ferions que mentionner -{simplement ce fait, si une des circonstances de son accomplissement n'offrait matière à une observation très grave. Le p. Charles-François deLorme, Abbé de Sainte-Geneviève et Général de la Congrégation , avait placé en tête du Bréviaire, uivant l'usage , une Lettre Pastorale adressée à tous les i^bbés, Prieurs, Curés et Chanoines de sa juridiction, et,

dans cette pièce , il rendait compte des motifs qui avaient présidé à la rédaction de ce nouveau Bréviaire de Paris, qui allait devenir désormais celui des Chanoines Réguliers de la Congrégation de France. Après avoir parlé de la correction du Bréviaire Romain par saint Pie V, et du mérite de celte œuvre pour le temps où elle fut accomplie, l'Abbé de Sainte- Geneviève en venait au détail des inconvénients qui avaient porté plusieurs Evêques de France à renoncer à ce Bréviaire : t Autant il était vrai, dit la Lettre Pastorale, que le Bréviaire Romain remporte sur tous les autres, autant on

> devait regretter que cette œuvre n'eût pas atteint sa perfection, moins par la faute de ses auteurs que par le mal- >heur des temps. Il y était resté beaucoup de choses qui, • soumises depuis à un examen sévère, ont été trouvées in-

> certaines et môme fausses. Il s'y était introduit plusieurs

» choses CONTRAIRES AUX MAXIMES DE NOTRE EGLISE GALLI-

>cane (1). » La voilà donc révélée par un témoin grave et contemporain, l'intention qu'on a eue en se défaisant du Bréviaire Romain , d'aider à l'établissement du Gallicanisme. Certes, un pareil aveu n'était plus nécessaire après les faits que nous avons rapportés : mais il ne laisse pas que de réjouir grandement, surtout à cause de la naïveté avec laquelle il est produit.

Tandis que le désir de consolider les maximes de notre Eglise Gallicane portait une grande partie du Clergé du Royaume à rejeter le Bréviaire Romain, l'esprit catholique,

(l) At quam verum erat caeteris omnibus prsestare Uomanum Offîcii divini Ordinem, tam dolendum erat opus numeris suis omnibus, vitio seculi potiusquam auctorum, non fuisse absolutum. Supererant plurima, quae incerta, quae falsa postmodum , adhibito severiori examine deprehensa sunt ; exciderunt nonaulla nostraî Gallicanae Ecclesiae placitis ad versa.

dont nous avons va les résistances à Paris, se révoltait dans d'autres Diocèses. Nous avons malheureusement peu de faits à citer ; mais c'est une raison de plus de les arracher à l'oubli. Nous dirons donc qu'à Marseille , l'héroïque Evêque Henri de Belzunce adressa un Mandement à son peuple, pour l'engager à redoubler de zèle dans le culte de la Sainte Vierge et des Saints , qui était menacé par de téméraires innovations. Des considérations de haute convenance l'empêchèrent d'expliquer plus clairement les attentats qu'il avait en vue ; mais des Curés , tels que ceux des Accoules et de Saint-Martin, crurent pouvoir annoncer en chaire, à leurs peuples, que le Prélat avait voulu signaler le récent Bréviaire de Paris , et l'on ne tarda pas à entendre retentir, dans les j Nouvelles Ecclésiastiques , tous les sifflets du parti contre l'illustre Prélat à qui la secte n'a jamais pardonné son zèle ardent contre les dogmes Jansénistes.

Ceci se passait quelques mois après l'apparition du Bréviaire de Yintimille. En 1752, un fait du même genre conr.ola les amis des saines doctrines liturgiques. Jean-Georges le Souillac, Evêque de Lodève, Augustinien zélé, avait été lu nombre des Prélats qui les premiers adoptèrent le noueau Parisien. Il eut pour successeur, en 1750, un Evêque élèbre pour la pureté de sa doctrine, et dont nous aurons irochainement occasion de parler. Ce Prélat était Félix-Henri e Fumel. Un des premiers actes de son autorité fut de réiblir le Bréviaire Romain et de supprimer le Parisien qu'il yait trouvé en vigueur. Cet acte de courage lui attira, comme Belzunce, les injures du parti; mais de pareils outrages p la part des hérétiques sont la plus noble récompense que lisse ambitionner un Evêque.

Tirons maintenant les conclusions qui résultent, pour là octrine liturgique , des faits exposés dans ce chapitre.

D'abord, sur les douze caractères que nous avons signalés dans les œuvres de la secte Anti-llturgiste, dix sont visibles dans les divers produits de la gra ide révolution que nous venons de raconter.

1° Eloignement pour les formules traditionnelles. Foinard , Grancolas, dans leurs Projets; les bréviaire et Missel de Paris de 1736, etc. Partout, on crie qu'il faut prier Dieu avec ses propres paroles : Deum de suo rogare.

2° En conséquence , remplacement des formules de style ecclésiastique par des passages de la Bible. C'est l'intention expressément avouée et mise à exécution. C'est le génie de l'œuvre toute entière.

3° Fabrication de formules nouvelles. Les Hymnes de Coffin, dont nous avons relevé quelques traits. Préface delà Toussaint, par Boursier. Une immense quantité de Proses nouvelles.

4° Contradiction des principes avec les faits, rendue patente dans ces milliers de nouveautés introduites par des gens qui ne parlent que de rétablir la vénérable antiquité, et qui non seulement fabriquent de nouvelles Hymnes, de nouvelles Proses, de nouvelles Oraisons, de nouvelles Préfaces, mais, de plus, débarrassent le Bréviaire et le Missel d'une immense quantité de pièces Grégoriennes non seulement anciennes, mais empruntées à l'Ecriture Sainte elle-même.

5° Affaiblissement de cet esprit de prière appelé Onction dans le Catholicisme, Tout le monde convient que les nouveaux Bréviaires, avec tout leur art, ne valent pas, pour la piété, les anciens livres. Continuelle attention de la part de Vigier et Mesenguy, à introduire dans leur œuvre des phrases bibliques à double sens , comme autant de mots d'ordre pour le parti : ce serait un grand miracle qu'il fût demeuré beau coup d'onction dans tout cela.

6° Diminution du culte de la Sainte Vierge et des Saints, II suffît de jeter un coup d'œil sur les Projets de Foinard et de Grancoîas , qui sont réalisés dans "le Calendrier et le Propre des Saints du nouveau Parisien , pour se convaincre que telle a été l'intention. Les résultats sont venus ensuite, et on ne doit pas s'en étonner.

7° Abréviation de l'Office et diminution de la prière publique» On a vu avec quelle impudeur Foinard l'avait affiché jusque sur le titre de son livre. Dans les nouveaux Bréviaires, rien n'a été épargné pour cela.

8° Atteintes portées à V autorité du Saint Siège, Qu'on se rappelle la Collecte de, saint Damase , la réunion des deux Chaires de saint Pierre en une seule , l'extinction de l'Octave de la Fête même du Prince des Apôtres, etc.

9° Développement du Presbytérianisme dans l'innovation

liturgique, oeuvre de simples Prêtres, à laquelle ont pris

Dart notable de simples Acolytes, des Laïques même : sujet de

| grande déconsidération pour la hiérarchie , et bientôt pour

I iout l'ordre ecclésiastique.

10° Intervention de la puissance séculière dans l'affaire du

.ouveau Bréviaire de Paris. Sentences contre un Prêtre dont

îs sentiments n'étaient que Catholiques. Nulle réclamation

e l'autorité compétente contre un si énorme scandale.

C'est donc une déplorable forme liturgique que celle à la-

iuelle sont devenues applicables, et en si grand nombre, les

ptes auxquelles on reconnaît la secte Anti-liturgiste. En

ître, c'est une chose bien étrange que le remaniement total

b la Liturgie ait eu pour auteurs et promoteurs des héré-

; mes Jansénistes , séparés de la communion, même exté-

il'ure, de l'Eglise , tels que Le Brun des Marettes, Coffin et

l|ursier, et d'autres non moins déclarés, Appelants des ju-

glîients de l'Eglise , et , malgré cela , par une inexplicable

T. il. 25

contradiction, honorés de la confiance des Prélats qui avaient promulgué ces mêmes jugements.

C'est aussi un fait bien instructif que celui d'un Archevêque de Paris obligé d'admettre de nombreux cartons dans un Bréviaire dont il a garanti l'excellence dans une Lettre Pastorale, et réduit à protester, deux ans après, en tête d'un Missel, qu'il y a maintenu la foi dans sa pureté , et qu'en retouchant le style de certaines Oraisons, il n'a point altéré la doctrine catholique qu'elles renfermaient.

C'est une chose bien humiliante , qu'en donnant lu liste des réformateurs de la Liturgie, il nous faille ajouter, aux noms dé Sainte-Beuve, LeTourneux, de Vert, Santeul, Ledieu, Ellies Dupin, Baudouin, Bossuet, Evêque deTroyes, Petitpied et Jubé, tous Jansénistes, ou fauteurs de cette hérésie, ceux de Caylus, Evêque d'Auxerre, Le Brun des Marettes, Vigier, Mesenguy, Coffin et Boursier, tous fameux à divers degrés pour leur zèle et leur indulgence envers la secte. Nous serions injuste de ne pas leur adjoindre l'intrépide | champion du nouveau Bréviaire Parisien , l'Avocat-général Gilbert de Voisins, dont nous signalerons encore, au chapitre suivant , le zèle pour les maximes françaises sur la Liturgie. Notre impartialité nous oblige, tout en laissant les Docteurs Foinard etGrancolas au rang des hommes les plus téméraires qui aient jamais écrit sur les rites sacrés, à ne pas les faire figurer expressément sur la liste des partisans ou fauteurs du Jansénisme. Il est prouvé que Grancolas, du moins, avail accepté sans arrière-pensée les jugements de l'Eglise.

Sur la liste si peu nombreuse des réclamants contre la des truction de toutes les traditions liturgiques, nous inscriron à la fin de ce chapitre, à côté de Languet et de Saint-Albin Belzunce, Evêque de Marseille ; de Fumel, Evêque de Lodève les Séminaires de SaiHt-Sulpice et de Saint-Niçolas-du-Chai

donnet ; les Abbés Regnauld et Gaillande , et surtout ce courageux Jésuite, le P. Hongnant, qui confessa, malgré la rage du Parlement, ces pures traditions Romaines dont sa Société, toujours fidèle aux enseignements de saint Ignace, ne s'est jamais départie. Nous ne parlons point de Robinet, qui a eu trop de part à l'innovation , à Rouen et ailleurs , pour être recevable à la condamner à Paris.

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