CHAPITRE XVIII
DE LA LITURGIE DURANT LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XVIII" SIÈCLE. AUDACE DE l'hÉRÉSIE JANSÉNISTE. SON CARACTÈRE ANTI- LITURGISTE PRONONCÉ DE PLUS EN PLUS. — QUESNEL. — SILENCE DU CANON DE LA MESSE ATTAQUÉ. — MISSEL DE MEAUX. — MISSEL DE TROYES. — LA>;GUET. SA DOCTRINE ORTHODOXE. — DOM CLAUDE DE VERT. NATURALISME DANS LES CÉRÉMONIES. — LANGUET. — LITURGIE EN LANGUE VUL- GAIRE. — JUBÉ, CURÉ d'aSNIÈRES.
Les atteintes portées à la Liturgie, durant la seconde moitié du dix-septième siècle , doivent faire pressentir au lecteur les scandales qui l'attendent dans le cours de la période que nous venons d'ouvrir. La scène se passera exclusivement en France ; c'est le seul pays où l'on ait cru devoir prolester contre l'unité liturgique du seizième siècle. Toutes les autres Eglises d'Occident sont demeurées fidèles aux traditions du culte divin, et leur voix, unanime avec celle de Home, leur Mère et Maîtresse, continue de faire retentir les nobles et mélodieux chants de l'Antiphonaire et du Responsorial Grégoriens.
A l'entrée du dix-huitième siècle , nous apercevons , victorieux et de plus en plus menaçant , le Jansénisme que ses triomphes passés ont rendu comme invincible. On a contenu, exilé même ses principaux chefs ; mais il est partout , et c'est pour cela qu'on a dû ménager les innombrables membres du parti. Ils ont la science de l'antiquité ecclésiastique, la gravité des mœurs ( sauf certaines exceptions ) ; en un mot, ils se-
duiraient les justes, si les justes j, comme dit le Sauveur, pouvaient être séduits (1). Tous les remèdes employés contre un si grand mal sonl rendus inutiles par les doctrines qu'on laisse circuler, ou plutôt qu'on oblige d'enseigner dans les écoles. Ecoutez le cri du Siège Apostolique , dans ces fortes paroles de Clément XI aux Evoques de l'Assemblée de 4705 : «Nous voyons, vénérables Frères, et nous ne pouvons le I dire sans une intime douleur de notre cœur paternel , que , » chaque jour, des gens qui se professent Catholiques publient ïdes écrits tendant à diminuer et à renverser les droits du ï Saint Siège, et, certes, pour ne rien dire de plus, avec j une telle liberté et une telle licence que ce ne peut être ï qu'un sujet de joie aux hétérodoxes ennemis de l'Eglise, de «scandale et de deuil pour les orthodoxes et les âmes pieuses, »sans nul avantage, ni utilité pour personne (2). »
En effet, les constitutions d'Innocent X, d'AJexandre VII, de Clément IX, de Clément XI lui-même, n'ont rien guéri : les sectaires leur appliquent à toutes une fin de non recevoir dans ce qu'ils appellent les Maximes de l'Eglise de France. Et comment les Evêques pourront-ils contraindre les fidèles à une adhésion intérieure d'esprit et de cœur aux jugements du Siège Apostolique, quand ils enseignent euxmêmes que les jugements du Pontife Romain ne sont point irréformables par là même qu'il les a prononcés ; quand ils
(1) Matth.
(2) Videmus enim , venerabiles Fralres ( quod non sine iatimo pa« terni cordis nostri mœrore loqui compellimur ), plurimo in diesab iis qui se Catholicos profitenlur, palam scribi minnendis, convellendisque hujus Sanclse Sedis, ea profoeto, ut minimum dicamus, libertale ac liceniia quae nonnisi lieterodoxis Eccle.-iœ hostibus gaudio, orlhodoxis vero piibque scandalo ac luclui , nemini carte fructui ac uiilitati esse possint. [Epistola démentis XI , ^rchiepiscopis ^ Episcopis et aliis Eccteôiasdcis viris Conventus anni 1705. )
jugent eux-mêmes après le Siège Apostolique? Que si ron dit que le consenlemcnl des Pasteurs unis à leur chef forme une définition irréfragable, ceci sufTîra sans doute pour le Catholique Adèle ; mais comment saisir , dans ses inextricables détours, l'hérésie qui fuira toujours, tant qu'on ne lui opposera pas une répression efficace? Aujourd'hui, le Jansénisme est mort ; mais il faut convenir qu'on l'a laissé vivre tout ce qu'il avait de vie, et ses influences dans la longue durée de son règne ont été assez grandes et assez profondes pour laisser encore dans l'esprit et les mœurs des Catholiques Français des traces qui ne s'effaceront entièrement qu'après bien des années.
A l'époque de l'Assemblée du Clergé de 170o, Fénélon développait ainsi l'état de la France sous le rapport du Jansénisme, dans un Mémoire confidentiel adressé à Clément XI : < Je n'encourrai pas sans doute le soupçon de ressentiment , »si je découvre au seul Saint Père, avec franchise, en pré- >sence de Dieu et dans l'extrême péril de la reUgion, des » choses qui sont publiques dans les rues et dans les carre- » fours. M. le Cardinal de Noailles, Archevêque de Paris, se
> trouve tellement envahi par certains chefs de la faction , >sous couleur de piété et de discipline plus stricte, que, deipuis dix ans, il est devenu impossible de le tirer des filets »des Jansénistes, Il n'écoute rien, ne voit rien, n'approuve » rien que ce que lui suggèrent M. Boileau , M. Duguet , le »P. de La Tour, Général de TOratoire, M. Le Noir, l'Abbé ïRenaudot, et plusieurs autres que tout le monde connaît » pour être imbus du Jansénisme. Bien plus , on sait généra- »lement que les principaux d'entre les quarante Docteurs
> ( signataires du fameux cas de conscience ) lui ont reproché
> publiquement de les avoir contraints à donner leur adhé-
> sien. On le croira facilement, pour peu qu'on lise le Mande-
ï ment dans lequol l'Evêque de Clialons, après s'être entendu » avec son frère le Cardinal , enseigne qu'on satisfait aux ï Constitutions par le silence respectueux. En outre, le Car- » dinal Archevêque se déclare l'adversaire déclaré de tous les » théologiens opposés au Jansénisme , et les poursuit avec » rigueur.
îM. le Cardinal de Coislin, Grand-Aumônier de France , > homme bienfaisant, pieux, digne d'être aimé de tout le î monde , se conduit avec plus de douceur et de précaution ; » mais , manquant lui-même de science , il a , jusqu'ici, laissé » toute l'administration du Diocèse aux seuls Docteurs Janïsénistes, lesquels font l'objet de son admiration.
» Quoique M. le Cardinal Le Camus ait écrit , dans une » lettre familière à un ami, certaines choses qui diriment î expressément la question du fait , néanmoins , il consle de » beaucoup d'autres arguments que la doctrine et la faction ï Janséniste lui ont toujours souri. Les Archevêques de Rheims » et de Rouen ne sont pas moins déclarés pour l'une et pour î l'autre. L'un, Proviseur de Sorbonne, l'autre, CoUateur d'un » grand nombre de Cures dans la ville de Paris; tous deux ï riches en biens tant d'Eglise que de famille, préposés à de » vastes Diocèses et à des provinces considérables.
ï A ces chefs se joignent un grand nombre d'Evêques ; par ï exemple, en Languedoc, ceux de Rieux et de Saint-Pons; » celui de Montpellier, frère de iM. de Torcy ; celui de Mircjpoix; dans la province de Lyon, celui deChûlons; dans j) celle de Sens , celui d'Auxerre ; dans celle de Rheims , celui » de Châlons-sui -Marne ; dans celle de Rouen, celui de Séez ; nlans celle de Tours, ceux de Nantes et de Rennes; dans » notre province (rfe Cambrai)^ celui de Tournay qui a donné ï sa démission, et auquel je vois avec joie qu'on a donné un n successeur excellent. Dans notre province encore, l'Evêque
ïd'Arras est pieux, à la vérité, et sincèrement attaché au > Siège Apostolique, mais par le conseil et l'habileté des
> Docteurs auxquels il a livré en entier et sa personne et ses
> affaires , il s'est laissé entraîner dans le parti , séduit qu'il » est par le rigorisme.
» La plupart des autres, incertains, flottants, se précipitent ï aveuglément du côté vers lequel incline le Roi ; et cela n'a » rien d'étonnant. Ils ne connaissent que le Roi , aux bontés » duquel ils doivent leur dignité, leur autorité et leur fortuuc. 2. Dans l'état présent des choses, ils n'ont rien à craindre ni » à espérer du Siège Apostolique : ils voient toute la disci- >pline entre les mains du Roi, et ils répètent qu'on ne peut mi établir, ni condamner les doctrines que d'après les inï fluences de la cour, i»
»I1 est cependant de pieux Evêques qui suffiraient à con- » firmer le plus grand nombre dans la voie droite , si la mul- » tiiude ne se trouvait entraînée dans le mauvais parti par ses > chefs mal disposés (1). »
Telle fut l'influence de cet état de choses que l'opinion des Catholiques dut nécessairement se modifier, se fausser même, en présence des contradictions sans nombre qui se montraient en tous lieux. Nous ne parlons pas ici des Diocèses gouvernés par des Prélats qui affichaienl le Jansénisme : les Catholiques devaient y être dans l'oppression ; mais n'est-il pas vrai que dans les Diocèses dont les Evêques avaient accepté les Bulles et faisaient signer le Formulaire , n'esl-il pas vrai que les opposants aux Conslilulions Apostoliques étaient admis à célébrer la Messe dans les Eglises, bien qu'on ne leur permît pas d'entendre 1p« confessions ? N'est-il pas vrai que
(1) Yid. la note A.
les ouvrages du parti censures à Rome (i) circulaient librement entre les mains du clergé et des fidèles? N'est-il pas vrai que les fauteurs des doctrines condamnées, s'ils avaient du talent, ou s'ils pouvaient être utiles, étaient favorisés, employés, considérés ; que leur influence était subie et qu'on acceptait même quelquefois les services qu'ils pouvaient rendre en leur qualité d'hommes de parti ? Yoici ce qu'écrivait Bossuet à son neveu, dans l'affaire du Quiétisme , au sujet d'un des examinateurs de la doctrine de Fénélon : <t J'ai appris qu'il y a deux nouveaux consultcurs, dont l'un D est M. l'Archevêque de Chieti , et l'autre le Sacriste de Sa » Sainteté. On dit que ce dernier est habile homme et fort porté tau Jansénisme (2). » Il y a vingt traits semblables dans la correspondance de Bossuet. Au reste, il suffit de connaître la biographie des principaux personnages ou fauteurs de la secte { si l'on en excepte toujours les coryphées proprement dits comme Arnaud, Quesnel, Gourlin, etc.), pour voir comment ils ont été l'objet presque continuel des faveurs et de la considération. Nous avons déjà montré, au chapitre précédent, la haute distinction qu'avait accordée François de Harlay à Sainte-Beuve , Chastclain , Le Tourneux , Santeul, etc., dans la correction de la Liturgie parisienne. Nous verrons la suite de ce scandale au dix-huitième siècle, et nous nous rappellerons alors la parole du Christ : A fructibus eorum cognoscetis eos. Mais il est temps d'ouvrir notre récit. Nous trouvons d'abord ce grand fait dont retentit le dixhuitième siècle tout entier : la publication des Réflexions morales sur le Nouveau Testament, par le P. Pasquier Ques-
(1) Outre le Missel de Voisin, le Nouveau Testament de Mons, le Rituel d'Aletl) , ou pourrait citer plus de trente autres ouvrages du parti condamnés par Brefs Apostoliques, Décrets du Saint-Office, ou de V/nUex.
(2) OEuvres de Bossuet. ïom. XLI, pag'^ 21,
nel , de l'Oratoire. Il était impossible que ce manifeste de la secte ne renfermât pas des principes dont l'applicaiion dût rejaillir sur la Liturgie. On y retrouvait en effet les doctrines d'Antoine Arnaud sur la lecture de l'Ecriture Sainte , doctrines qui avaient déjà produit directement la traduction du Nouveau Testament dit de Mons , et celles du Missel par de Voisin, et du Bréviaire par Le Tourneux ; et indirectement le projet audacieux de remplacer dans la Liturgie, par des passages de la Bible, toutes les formules traditionnelles destinées à être chantées.Voici les propositions condamnées dans la Bulle Unigenitus :
Propositio 79. Utile et necessarium est omni tempore, omni loco et omni personarum generi, sludere et cognoscere spiritum , pietatem et mysteria sacrœ Scripturœ.
Propositio 80. Lectio sacrœ Scripturœ est pro omnibus.
Propositio 81. Obscur itas sancti Verbi Dei non est laïcis ratio dispensandi seipsos ab ejus lectione.
Propositio 82. Dies Dominicus a Christianis débet sancti ficari lectio nibus pietutis et super omnia sanctarum Scripturarum. Damnosiim est velle Christiamim ab hac lectione retrahere.
Propositio 83. Est illusio sibi persuadere qmd notitia mijsteriorum Religionis non debeat communicari feminis lectione sacrorum librorum. Non ex feminarum simplicitate, sed ex superba virorum scientia ortus est Scripturarmn abusns et natœ sunt hœreses.
Propositio 84. Abripere e Christianorum manibus Novurn Testamentum , seu eis illud clausum tenere, auferendo eis modum illud intelligendi, est illis Christi os obturarc.
Propositio 85. Interdicere Christianis Lectionem sacrœ Scripturœ, prœscrUm Ev(in9<^lih t'«f intmUccrç m*mw lumi-
nis fiUis lucis , et faccre ut patiantur specient quamdam excommunicationis.
Il suit de CCS propositions si chères à la secte , que l'Ecriture Sainte étant pour tous, et son obscurité ne devant point dispenser les laïques de la lire , on ne saurait trop encourager les traductions de la Bible en langue vulgaire; que la Liturgie étant aussi un enseignement dogmatique , on doit la mettre, par une version, à la portée du peuple; inductions justifiées par la publication du Nouveau Testament de Mons, et la traduction du Missel et du Bréviaire Romains, condamnées l'une et l'autre par le Saint Siège.
Il suit encore de ces propositions que, puisque le Dimanche doit être sanctifié par les Chrétiens , au moyen de la lecture des saintes Ecritures , et que interdire , même aux simples femmes , l'usage de cette lecture , c'est faire souffrir aux enfants de lumière une sorte d'excommunication , il est à propos de retrancher du corps des Offices divins, qui sont la principale lecture des fidèles , les jours de Dimanches et de fêtes, d'en retrancher toutes ces formules composées d'une parole humaine qu'on appelle Tradition, et de les remplacer par des passages de l'Ecriture choisis avec intention et dont les fidèles auront l'intelligence au moyen de traductions qu'on fera à leur usage.
Mais comme ces traductions n'obtiendraient qu'imparfaitement leur but, et que le texte latin des Offices divins est le seul qui puisse jusqu'ici retentir chanté dans les Eglises, Quesnel émet la proposition suivante :
Propositio 8(3. Eripere simplici populo hoc solatium jungendi vocem suam voci totius Ecclesiœ , est usus contrarius praxi ApostoUcœ et intentioni Dei.
Peut-être jusqu'ici le lecteur avait-il peine à saisir la liaison des sept propositions cpic nous venons de citer avec ia i. II. 12
Liturgie ; peut-être trouvait-il nos conclusions un peu forcées, et blamait-il la sévérité par laquelle nous semblions vouloir, à tout prix., trouver un coupable. Nous aurions pu, pour le rassurer, faire appel à l'hisloire et aux faits qui nous montrent le Jansénisme en action dans toute l'innovation liturgique du dix-huitième siècle ; le P. Quesnel nous épargne lui-même la p^ine d'anticiper ainsi sur les événements. Voilà le but avoué de ses insinuations au sujet de l'Ecriture Sainte. 11 veut demander compte à l'Eglise des motifs qui la portent à exclure la langue vulgaire de ses Offices ; il se plaint qu'o/t arrache au peuple la consolation de joindre sa voix à celle de toute l'Eglise, et cela contrairement à la pratique apostolique et à l'intention de Dieu même.
C'est là, sans doute, un des points nombreux sur lesquels le Jansénisme s'accorde avec son père le Calvinisme ; mais toutes les assenions de la secte n'ont pas d'autre issue. Seulement, comme cette hérésie est destinée à agir dans l'intérieur de l'Eglise, elle a différents degrés d'initiation, ainsi que nous l'avons dit, au chapitre précédent. Les uns savent où ils vont : elle amuse les autres en flattant, soit leur amourpropre national , soit leur faible pour les nouveautés, et les destine à former, dans leur innocente docilité, les degrés où elle établira bientôt son trône. Plusieurs des Evéques qui publièrent les nouveaux Bréviaires et Missels du dix-huitième siècle avaient condamné l'appel de la Bulle Unigenitus; mais les faiseurs de ces Missels et de ces Bréviaires, hommes à la fois prudents et passionnés , regardaient les Réflexions Morales de Quesnel comme un livre d'or , adhéraient à sa doctrine, et dans le fond de leur cœur, et dans leur conduite. Naturellement , tout leur soin devait être de faire pénétrer dans leurs compositions tout ce qu'ils y pourraient glisser du veuin ùc la secte. Nous verrons comment ils s'y pi iront.
En allendanl, la scclc anti-liliirgislc avait imaginé un moyen assez elïïcacc , si rautorilc des Evêques orlliodoxes n'en eût arrêté l'usage ; un moyen assez edicace , disonsnous , de porter les peuples à désii'er l'emploi de la langue vulgaire dans les Olïïces divins ; ee moyen était de ne plus observer le secret des mystères , mais d'introduire la récitation du Canon à haute voix. Ce fait , peu grave aux yeux des gens légers et non accoutumés à voir l'importance de la Liturgie, renfermait le germe d'une révolution toute entière. Si on lisait le Canon à haute voix, le peuple demanderait qu'on le lût en français ; si la Liturgie et l'Ecriture Sainte se lisaient en langue vulgaire , le peuple deviendrait juge de l'enseignement et de la foi sur les maiières controversées; si le peuple avait à prononcer entre Borne et Jansénius, les disciples de l'Evcque d'Ypres comptaient bien agir en faveur de sa doctrine par leur influence, leurs prédications, leurs sophisraes. Luther, Calvin, et leurs premiers disciples, n'avaient pas suivi une autre tactique, et l'on voit qu'elle leur avait grandement réussi sur les masses. Aussi le Concile de Trente avait-il jugé à propos de prémunir les fidèles contre la séduction, par un double anaihémc lancé à la fois contre les partisans de la langue vulgaire dans les Offices divins, et contre ceux de la récitation du Canon à haute voix (1).
A l'époque de la Réforme du seizième siècle , il se trouva des Docteurs qui, partie par amour des nouveautés, partie par cette espérance aveugle et trop commune de ramener les hérétiques en amoindrissant la doctrine ou les usages
(l) Si quis dixerit Ecclesix Romanœ ritum quo submissa voce pars Canonis et verba consecrationis proferuntur, damnaiulum esse ; aut lingua lantum vulgaii Missam celebrari dcbere , anathema sil. C'onc. Irid, Hiiis, XXll, C'an. '<}.
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callioliques, crurent arrêter les effets de l'audace des réformateurs , en blâmant la coutume vénérable de réciter en secret le Canon de la Messe. Ce furent Gérard Loricbius et George Cassander : le premier , dans son traité intitulé de Missa publica proroganda, publié en 1356; le second, dans son livre que nous avons cité ailleurs sous ce titre : Liturgica de ritu et ordine Dominicœ Cœnœ ( Cologne, 1561). Ce que ces deux Docteurs avaient imaginé dans un but louable, sans doute, mais peu éclairé, fut exhumé au dix-huitième siècle et choisi par la secte Janséniste pour servir à la fois de moyen d'attaque extérieure contre l'autorité de la Liturgie, et de signe de ralliement entre les adeptes.
Dans le courant du dix-huitième siècle, plusieurs savants, traitant du Sacrifice de la Messe, avaient eu occasion, sans blâmer la pratique de l'Eglise , de faire la remarque qu'à leur avis, l'usage de réciter le Canon à voix inintelligible n'était pas de la première antiquité et ne s'était pas introduit dans l'Eglise avant l'an mille. Le Cardinal Bona affirme ce sentiment (1), et Bossuet l'insinue à propos du mot sécréta qu'il cherche à expliquer dans le sens de séparation plutôt que dans celui di'Oralson secrète (2). Nous avons dit plus haut que tel avait été aussi le sentiment de Mcolas Le Tourneux. Nous ne voyons pas que, dans le cours du dix-septième siècle, les Jansénistes aient fait déjà de grandes démonstrations sur cet article; cependant il semblerait que la question pratique aurait été dès-lors débattue dans un certain degré, puisque nous trouvons, sous la date du 16 mai 1698, un Mandement de Mathurin Savary, Evéque de Séez, qui défend , sous peine de suspense, de prononcer le Canon de la Messe autrement qu'à
(1) Rerum Liturgicaruai. Lib. II. Cap. XIII. § 1.
{!) Eiiiliuli'.'U de qucl<r'io-j ditlicullé.- our la .M<iisc, pa^e î>03.
voix basse. Nous avons cité plus haut, dans la Bibliothèque liturgique du dix-septième siècle , un ouvrage rempli d'une certuine couleur polémique, et composé par le Docteur Robbes, sous ce titre : Dissertation sur la manière dont on doit prononcer le Canon et quelques autres parties de la Messe. (Neufchûteau, 1670.) L'auteur se prononce pour la pratique des Missels.
Dès les premières années du dix-huitième siècle , la question revint sur le tapis et se formula promplement en question de parti. Nous retrouvons encore ici Doni Claude de Vert, le grand promoteur du trop fameux Bréviaire de Cluny. Dans son livre intitulé : Explication simple , littérale et historique des cérémonies de l'Eglise , il se prononce en faveur de la récitation du Canon à haute voix, comme plus conforme à l'antiquité; mais cependant , nous devons le dire , il reconnaît, quant à la pratique, que la Rubrique des Missels est trop claire pour qu'on puisse s'y méprendre , et trop expresse pour qu'on puisse licitement s'en écarter.
Un grand scandale ne tarda pas à éclater, sur ce sujet , dans l'Eglise de Meaux, François Ledieu, Chanoine de la Cathédrale et autrefois Secrétaire intime de Bossuet, sur lequel il a laissé des Mémoires d'un grand intérêt, ayant été chargé de diriger l'impression du nouveau Missel de Meaux, qui parut en 1709, osa, de son autorité privée , trancher la question par la plus criante des innovations. Au mépris de l'intégrité de la Liturgie, il introduisit des Amen précédés d'un r) rouge à la suite des formules de la Consécration et de la Commtinion, et plaça le môme signe avant chacun des Amen qui se trouvaient déjà dans le Canon de la Messe. Son but, comme il est aisé de le voir, était de contraindre le Prêtre à réciter le Canon à voix haute, pour que le peuple, ou du moins les Clercs , pussent répondre Amen dans les endroit^
désignés par ce ^. On reconnaît à ces moyens subtils et ingénieux l'astuce du parti dont François Ledieu était alors l'organe plus ou moins intelligent. Il fit en même temps paraître une Lettre sur les Amen du nouveau Bréviaire de Meaux.
Cependant, ces Amen firent un bruit terrible dans toute l'Eglise de France ; mais Dieu avait placé sur le siège de Meaux un Pasteur orthodoxe qui ne tarda pas à désavouer avec éclat l'œuvre audacieuse à laquelle on avait voulu associer son nom. Henri de Thyard de Bissy, successeur immédiat de Bossuet, et qui se montra toujours ferme dans la lutte contre le Jansénisme, rendit, en date du 22 janvier 1710, un Mandement vigoureux dans lequel il interdisait, sous peine de suspense, l'usage du nouveau Missel publié sous son nom, jusqu'à ce que des corrections par lui indiquées eussent fait disparaître les dernières traces des scandaleuses innovations dont ce livre avait été souillé. Il signalait ces innovations comme contraires à l'usage immémorial, non seulement du Diocèse de Meaux et de tous ceux de la Métropole (de Paris) , mais encore de toute V Eglise j et comme tendantes à favoriser la pratique de dire le Canon de la sainte Messe à voix haute et intelligible aux assistants ; et finissait par défendre la lecture de la Lettre de l'Abbé Ledieu.
De son côté, le Chapitre de la Cathédrale de Meaux s'assembla exlraordinairement , et rédigea la Déclaration suivante qui fut imprimée à la suite du Mandement de l'Evêque de Meaux : « Messieurs assemblés extraordinaire-
» ment déclarent par la présente que , dans les
»princii^ux changements rapportés et approuvés en termes «généraux par ladite conclusion, il n'a été question que de «quelques rites et cérémonies particulières à l'Eglise de • Meaux, et non point du mot Amen, précédé d'un ^. rouge >aux paroles de la Consécration et de la Communion du
> Prêtre , ni d'un autre ^. rouge avant tous les Amen qui sont ï à la fin des Oraisons de l'Ordre de la Messe et du Canon ; » non plus que des paroles submissa voce expliquées par » celles-ci : Id est sine cantw, dans les Rubriques qui traitent
> de la Messe haute ; ledit sieur Ledieu n'en ayant jamais ï parlé au Chapitre , dont 3Iessieurs ont marqué leur sur- » prise à Monseigneur l'Evêque et à leurs Députés , aussitôt » qu'ils ont eu connaissance de ces changements et additions » par l'impression du nouveau Missel de Meaux (l). »
Telle fut la fin de cette triste affaire dans le Diocèse de Meaux. On dit que François Ledieu fut tellement affecté du déplaisir que lui causa l'humiliante issue de son entreprise, qu'il en mourut de chagrin (2).
Mais ni la mort de François f^edicu, ni l'énergique conduite de l'Evêque de Meaux , ne ralentirent l'ardeur de la secte à demander la récitation du Canon à haute voix. Une polémique très vive s'engagea entre les deux camps qui partageaient alors le Clergé en France. Les droits de l'orthodoxie furent d'abord soutenus par Pierre Le Lorrain , plus connu sous le nom de l'Abbé de Vallemont. Dans un ouvrage assez mal rédigé , mais toutefois remarquable par ia science incontestable dont l'auteur y faisait preuve, il démontra jusqu'à l'évidence la témérité des novateurs qui voulaient faire prévaloir leur système contre une des règles les plus antiques et les plus vénérables de l'Eglise. Son livre, qui est intitulé : Du secret des Mystères , ou l'Apologie de la Rubrique des MiS' sels (3) , fut vivement combattu par un Chanoine de Laval ,
(1) Le P. Le Brun. Dissertation sur l'usage de réciter en silence une partie d'^s prières de la Messe dans toutes les Eglises et dans tous les siècles. Dans l'avertissement, paye iij et suivantes.
(2) Mémoires pour servir k l'histoire ecclésiastique pendant le xvuï* siècle. Tome IV, page 56.
(3) Trévoux 1710. Trois vol. iu-12.
nommé Baudouin , qui publia des Remarques critiques sur le livre de l'Abbé de VaUemont , ou Aj^ologie de D. Claude de Vert[l].
Le trop fameux Eilies Dupin n'avait pas non plus fait défaut dans cette grave circonstance. Il avait donné une Lettre sur l'ancienne discipline de l'Eglise touchant la célébration de la Messe (2) , dans laquelle il se prononçait avec son audace ordinaire pour la prétendue antiquité, contre la Rubrique des Missels, Nous trouvons, plusieurs années après, une brochuie intitulée : L'Esprit de l'Eglise dans la célébration de ses Mystères j où l'on traite cette question : Doit-on lire le Canon Submissa voce (5) ?
Tous ces écrits appelaient une réfutation complète, et l'on convenait que le livre de l'Abbé de Vallemont était insuffisant pour terminer la controverse. Il est vrai qu'aux yeux des fidèles enfants de l'Eglise elle était terminée, il y avait déjà long-temps, et par le Canon du Concile de Trente, et par la Rubrique si expresse du Missel Romain ; toutefois , il était à propos qu'un bon livre fût composé sur une matière aussi importante. Déjà , on connaissait le sentiment des deux plus illustres liturgistes Bénédictins de l'époque, Dom Mabillon et Dom Marlène; on savait qu'ils ûétrissaient le nouveau système de toute l'autorité de leur érudition si vaste sur la matière des rites sacrés. Le P. Le Brun, de l'Oratoire de France, personnage connu déjà par sa science liturgique et son irréprochable orthodoxie, entra dans la lice, et publia, en 1723, à la suite de son bel ouvrage sur la Messe , une dissertation de trois cents pages sur l'usage de réciter en silence une partie
(1) Bruxelles 1712. In-12.
(2) Paris 1710. Iq-12.
(3) 1724. In-4».
LITURGIQUES. i85
des prières de la Messe dans toutes les Eglises et dans tous les siècles (1). Le docte Oraiorien traita la question sous toutes ses faces, examina dans le plus grand détail, et discuta de la manière la plus victorieuse les faits tirés de l'antiquité , sur lesquels on croyait pouvoir appuyer l'accusation de nouveauté intentée aux Missels. Nous n'entrerons point ici dans le détail des arguments proposés de part et d'autre, puisque la question, vue dans ce détail , n'appartient point à l'histoire générale, mais bien à l'histoire spéciale de la Liturgie ; il nous suffira de dire pour le présent que l'ouvrage du P. Le Brun obtint non seulement le suffrage des savants, mais encore l'approbation de tout ce que l'Eglise de France renfermait alors de prêtres orthodoxes; cependant, ni ce livre , ni le zèle de plusieurs Prélats qui se joignirent aux Evêques de Sécz et de Meaux, pour interdire la récitation du Canon de la Messe à haute voix , n'arrêtèrent l'audace des novateurs.
Parlons maintenant d'un fait capital qui se passa peu d'années après la publication du Missel de Meaux, et qui, s'il dut servir d'encouragement à l'audace des sectaires , dut aussi dévoiler aux yeux des moins prévenus la liaison intime qui réunissait dans l'esprit des Jansénistes la récitation du Canon à haute voix avec les doctrines chères au parti. iNous venons de constater tout à l'heure les effets du zèle de l'ancien Secrétaire et commensal de Bossuet ; maintenant, c'est le neveu du grand homme que nous allons considérer à l'œuvre. En devra-t-on conclure la complicité de l'illustre Evêque de Meaux ? Le lecteur sévère et impartial considérera peut-être avec quelque attention un fait aussi étrange ; s'il a lu la correspondance de Bossuet avec
(1) Paris 172S. In-8".
son neveu , s'il y a observé les ménageraents gardés envers les Jansénistes comme Jansénistes, il plaindra le grand homme qui a eu le malheur d'attacher son nom aux opérations des Assemblées de 1C82 et de 1700. Il se rappellera , peut-être, ces paroles de Benoît XIV : i Si l'on s'est absitenu de proscrire la Défense de la Déclaration du Clergé de » France . ce n'a point été par égard pour la mémoire de l'au- »teur qui, sur tant d'autres chefs, a bien mérité de la reli- »gion, mais par la juste crainte d'exciter de nouvelles disjsensions (1). »
Si, au contraire, le lecteur est un de ceux qui persistent à voir dans Bossuet un Père de l'Eglise, il aura la ressource de dire que ce n'est pas la première fois que les sectaires ont cherché à cacher la malice de leurs innovations sous le manteau révéré des Docteurs les plus orthodoxes.
Quoi qu'il en soit, Jacques-Bénigne Bossuet, Evêque de Troyes, ayant annoncé à son clergé et aux fidèles de son Diocèse, la publication d'un nouveau Missel, par un Mandement du 20 septembre 1756, le Chapitre de la Cathédrale assemblé, le 10 octobre suivant, résolut, à la majorité de dix-sept voix contre cinq, d'interjeter appel comme d'abus à l'Archevêque de Sens, Métropolitain. Le siège de l'illustre Eglise de Sens était alors occupé par Jean-Joseph Languet de Gergy, Prélat zélé, qui s'opposa comme un mur pour la maison d'Israël , et dont le nom fera à jamais la consolation de l'Eglise, en dépit des calomnies et des malédictions dont les Jansénistes l'ont couvert. Déjà il avait eu occasion de paraître dans la lutte pour défendre les vrais principes de la
(I) Tandem conclusum fuit ui a proscriptione abstineretur , uedum ob memoriam auctoris, ex lot aliis capitibus de Religione bene meriti , sed ob justum novorum dissidiorum timorem. Bened. XIV. Epist. ad supremum Hispaniœ Inquisitorem. 0pp. Tome XV. page 117.
Liturgie contre les novateurs , dans l'affaire de la récitation du Canon. Un ouvrage contre Dom Claude de Vert, publié en 171o , et dont nous parlerons bientôt, avait témoigné de la pureté des sentiments de Languet sur cet article. Le scandale du Missel de Troyes anima donc au plus haut degré le zèle du Prélat, et, en effet, il était difficile qu'un Evêque aussi orthodoxe ne fût pas révolté de l'audace des novateurs qui avaient rédigé ce livre.
Le Missel de Troyes de 1736 portait, entre autres Rubriques, que le Canon de la Messe devait être récité, non secrètement, secreto , submissa voce, suivant les Missels antérieurs , mais simplement submissiori voce, à voix plus basse que les autres parties de la Messe. On n'avait pas osé placer les ^. qui avaient si mal réussi à Meaux ; d'autre part , il eût été trop hardi de formuler une Rubrique entièrement franche. Le parti avait choisi les mots submissiori voce , pour sm6missa voce , et la pratique donnait l'interprétation à ceux qui n'auraient pas eu une connaissance suffisante de la grammaire pour démêler le sens de la Rubrique.
On avait supprimé, dans l'administration de la Communion aux fidèles, l'usage déjà si ancien de réciter le Conf.tmr, les prières Misereatur et Indulgentiam , et même ces paroles du Prêtre : Ecce Agnus Dei, et Domine, non suni dignus.
Contre l'usage actuel de l'Eglise, observé même dans la Messe Pontificale, le Missel de Troyes abrogeait la Rubrique qui prescrit au Prêtre qui célèbre une Messe solennelle , de réciter en particuHer les prières et les lectures qui se font au chœur.
Une autre Rubrique du Missel de Troyes, plus scandaleuse que celles que nous venons de citer, témoignait le désir de voir abolir dans les Eglises du Diocèse l'usage de placer une
croix et des chandeliers sur l'autel ; on devait se borner à y mettre ce qui est requis pour le Sacrifice, c'est-à-dire le calice , la patène et l'hostie.
Enfin , à l'exemple du Missel de Harlay, le Missel de Bossuet, Evêque de Troyes, supprimait toutes les pièces chantées qui n'étaient pas tirées de l'Ecriture Sainte, et, ce qui lui appartient en propre, les remplaçait par des textes choisis dans un but évifîf^mment Janséniste. D'autre part, ses innovations étaient dirigées dans l'intention évidente de diminuer le culte de la Sainte Vierge et la vénération due à saint Pierre et au Siège Apostolique.
Tel était le Missel de Troyes , bien digne , comme l'on voit, d'enflammer le zèle d'un aussi intègre gardien d2 l'orthodoxie que le parut toujours l'Archevêque Langue! . Il reçut avec joie l'appel du Chapitre de Troyes , et lui adressa un Mandement plein de science et de vigueur qui fut bientôt suivi de deux autres adressés en général au Clergé soumis à la juridiction de l'Archevêque de Sens. Ces trois pièces, pour la rédaction desquelles le Prélat emprunta l'aide du P. de Tournemine, savant Jésuite, avec lequel il était dans une étroite liaison, sont trop importantes et résument d'une manière trop précise les divers points de la controverse catholique contre les Anti-liturgistes, pour que nous puissions nous dispenser d'en placer une analyse dans cette histoire de la Liturgie. On verra que si nous mettons une grande importance à certaines choses, nous n'exagérons rien, et que nous avons pour nous, dans notre lutte contre les innovations qui ont désolé nos sanctuaires, non seulement l'autorité des Pontifes Romains, mais encore celle d'un des plus grands Prélats que l'Eglise Gallicane ait possédé dans les temps modernes. Les Mandements originaux de l'Archevêque Languet sont devenus fort difficiles à trouver aujourd'hui': heureuse-
LITURGIQOES. 189
ment qu'il eut ridée de pourvoir à cet inconvénient en les faisant traduire en latin et les publiant, en 2 volumes in-folio, sous ce titre : /. J. Languet , Archiepiscopi Scnonmsù , antea Episcopi Siwssioncnsis, opcra omnia pro defensione Constitxitionis Unigeuitus et advcrsiis ah ea appellantcs successive édita, in lalinam linguam conversa a variis Doctoribus Parisicnsibus, et ab auctore recognita e4 emendata (1). C'est dans cette colleciion qui jouit d'une si grande estime que nous puiserons les paroles de l'Archevêque de Sens ; nous placerons dans les notes le texte latin des morceaux que nous aurons traduits.
Le Prélat commence par signaler avec sagacité la double tendance des novateurs en matière de Liturgie : « Il y en a, » dit-il, et c'est une chose déplorable, qui osent introduire ïdes changements dans les rites sacrés, tantôt pour faire » revivre, disent-ils, les usages de l'antiquité, tantôt pour » donner une plus grande perfection à des usages nouï veaux (2). » En effet, toute l'innovation liturgique des dixseptième et dix-huitième siècles repose sur cette double et contradictoire prétention , et c'est déjà l'avoir réfutée que de l'avoir signalée.
Languet reproche ensuite à l'auteur du Missel d'avoir introduit de nouveaux rites sans le consentement de l'Eglise Métropolitaine, à laquelle , dit -il, d'après les Conciles, toutes celles do la province doivent se conformer dans les divins OiTiccs (3). Le lecteur trouvera sans doute que le
(1) Sens, 1732.
(2) Suai lamea idcnlldem ( -^l lioc (l(>!Gadun) ) qui lios sacros ritus imiMUtare auderil; modo ul antiquilalis usas, ut aiuiit, reviviscar.t ; modo ul uovelli ad rinjorem peri'c-ctionam adducanUir. /. /. Ldngiwt opéra. Tom. II. Mandatum et PastoraHs insdlutio de novo lUissaii Trccciisi. Pitfï. 1218.
(3) Pai;. l^lOcUeq.
centre d'unité auquel l'Archevêque rappelle son sufîragant , est d'une autorité bien minime , surtout quand on se souvient que toutes les Eglises d'Occident ont joui des bienfaits de l'unité Romaine dans la Liturgie; mais, plût à Dieu que nos Diocèses de France, partagés comme ils le sont entre tant de Liturgies diverses, s'accordassent du moins dans celle qu'ils ont choisie, avec leur Eglise Métropolitaine! Mais on ne s'arrête pas où l'on veut.
Venant ensuite à la lîubrique du Missel de Troyes qui favorise la récitation du Canon à haute voix , l'Archevêque de Sens s'exprime ainsi : On ne peut mettre en doute que » l'auteur du Missel n'ait eu l'intention d'introduire la récila- »tion à haute voix du Canon et des Oraisons appelées 5ei crêtes. S'il ne l'a pas proféré ouvertement, il s'est efforcé ^ d'insinuer subtilement et avec adresse cette pratique qui, > depuis environ quarante ans, semble avoir été introduite
> dans nos Eglises par certains Prêtres sans mission et sans » autorité, et qu'affectent spécialement ceux-là même qui se
> sont montrés indociles et désobéissants aux Constitutions » Apostoliques (1). » Le Préiat, après avoir fait ressortir la mauvaise tendance de ces mots submissiorl voce, et dénoncé lefiiit d'un grand nombre de Prêtres du Diocèse de Troyes qui prenaient occasion de cette Rubrique pour réciter le Canon à haute voix, combat avec vigueur les principes des Jansénistes sur celte matière (2) : mais nous ne devons pas nous y arrêter ici.
(1) lo dubium revocari non polest quin autoi Missalis recitationem Canouis et Orationes quse Secretœ vocantur, alla et intelligibili voce inducere tenlaverit. Si itl aperte non proiiauliat, sublililer et callide instillareconatus est praxitn Laac qu;e a qnadraginta circiter annis ia nostras Ecclesias introducla videtur a noiinullisSacerdolibus sine raissione el autoriiate , et speciatim ab iii aQeclatur qui Constitulionibus Apoiiolicis indociles se el inobedienles prx'buerunt. Pa(j. 1229.
(i) r<.gf^l22l»-12ii. 1501 1317.
LITURGIQUES. dOl
Il signale aussi avec zèle l'audace du Missel de Troyes dans la suppression des prières qui accompagnent l'administraiion de la Communion aux fidèles, et la défense qui y est faite de donner la Communion hors le temps de la Messe. « Ainsi, » dit-il , le peuple récitera désormais la Messe avec le Prêtre ; » il participera avec lui, et de la même manière, au sacrifice ; > il recevra la Communion, comme les Calvinistes prennent » la Cène dans leurs assemblées (1) ! » L'Archevêque de Sens allègue ensuite tous les Missels en usage aujourd'hui dans l'Eglise Latine, et le Pontifical Romain lui-même qui prescrit la récitation du Confiteor dans l'administration de la Communion à tous les ordinands , sauf les Prêtres qui viennent de concélébrer avec l'Evêque. Il montre que cet usage de confesser ses péchés par une formule liturgique, avant de recevoir la Communion, bien qu'il ne soit pas de la première antiquité , a été suggéré, du moins quant à l'esprit, par Origènes et saint Jean-Chrysostôme , et que, dans tous les cas, dès qu'un usage est établi et gardé universellement dans l'Eglise, un Catholique ne saurait se dispenser de le considérer comme institué dans le Saint-Esprit (:2). S'il fallait supprimer les choses de la Liturgie qui ne sont pas de la première antiquité, on devrait donc abolir la récitation du Gloria in excelsis, qui, au temps de saint Grégoire, n'était récité que par l'Evêque seul ; supprimer l'usage du Symbole de Constantinople qui n'a été introduit dans l'Eglise Romaine que sous le Pape Benoît VIII; célébrer la Messe à l'heure du souper, comme au temps des Apôtres; ramener la Messe au rite que décrit saint Justin dans sa seconde Apologie, etc. (5)?
(1) Plebs infiraa Missam cura Sacerdole recitabit; et cum co, et eoùein modo sacrificio participabit, coœniuiiionem accipitl siciit cœna porrigitur in Calviniaaorum cœlus. Pay. 1222.
(2) Page 122G.
(5) Vage I2îi7.
Languet passe à celte autre Rubrique du Missel de Troyes qui supprime l'usage déjà ancien dans l'Eglise Latine , par lequel le célébrant de la Messe solennelle est obligé de lire à l'autel, en son particulier, les prières et lectures qui se font au chœur. Il se plaint de l'esprit d'innovation audacieuse qui a produit cette nouvelle dérogation aux usages reçus , et après avoir montré combien est futile celle prétention à retracer les usages de l'antiquité^ quand on est si éloigné soi-même de l'esprit des temps primitifs du Christianisme , il conclut ainsi : i C'est faire illusion à un » peuple simple par ce nom d'antiquité, que de se borner i à rinvoquer pour autoriser le Prêtre à s'abstenir de lire îles choses qni sont chantées; pour supprimer des prières î qui ont été prescrites par un motif d'édification dans l'adî ministraiion de la Communion ; pour faire réciter, dans la » Messe, à voix haute, des prières que l'Eglise ordonne de > réciter secrètement (1). >
Venant ensuite à la coupable entreprise du Missel de Troyes tendante à supprimer l'usage de la croix et des chandeliers sur l'autel pendant la Messe , Languet dénonce les instincts calvinistes qui se traduisent si maladroitement dans celte Rubrique. « Déjà, dit -il, plusieurs Eglises se sont ï réduites à cette rustique nudité que cherche à inspirer » l'auteur de l'innovation. Ce sont celles qui ont pour Pas- » leurs quelques-uns de ces Prêtres qui sont aujourd'hui en » lutte avec le Souverain Pontife pour la Constitution Apos-
(I) Sub nomÏQô antiquilatis populo simplici illuditur, cum tam venetindum nomeu ad nihil aliud adaibetur, ni>i ut Sacerdos a Jcgendo ea quai cantanlur, abiliiieat ; ut preces qurc ia commun'oae ad xdiGeationem proescripts sunt, tollantur; ut clara voce ia Missa recitentur qiiœ secreto reciianda Ecclesia praecipit. Hsc euim sub autiquilatis nomine tcntare , est ipsi venerandoe antiquitati derogare , et Hlam conleiupiui exiioucre. Puy. 1217.
»tolique, et qui, en môme temps qu'ils affectent une doc- I trine singulière , ont entrepris de se donner un culte sinîgulier; c'est là le scandale dont nous gémissons, le péril * qui nous fait craindre. Le schisme qui doit son origine à » une désobéissance aux Décrets Apostoliques, se consomïmera par les variations du culte extérieur (1). »
L'infatigable Prélat attaque ensuite les changements faits par l'Evcque de Troyes au Missel Romain , la suppression des formules Grégoriennes, et la substitution arbitraire ou malveillante de certains passages de l'Ecriture Sainte aux Antiennes formées des paroles de la tradition, ou même empruntées, dès la plus haute antiquité, à l'Ecriture ellemême. C'est ici que nous n'avons plus à combattre , nous seul, contre les audacieuses réformes de François de Harlay, de Nicolas Le Tourneux et de Dom Claude de Vert. L'illustre Archevêque descend avec nous dans la lice , et démasque l'esprit novateur qui a déjà produit en plusieurs lieux le scandaleux abandon des saints Cantiques Grégoriens, et qui se prépare à inonder la France de Bréviaires et de Missels dressés sur le même plan. Ce ne sera plus seulement un Pape , saint Pie V, qui protestera contre ces Liturgies particulières, fabriquées sans autorité, et qui déchirent la communion des prières catholiques , discerper&
(1) Jam quasdam Ecclesias reperies quœ ad illam rusticam nuditatem quam inaovator inspirât, rediguntur. Sunt autem illsequibus prsesident Sacerdoles qui hodie cum sunamo Poatifice de Constitulioue pugnant, sibique suam fidem fingunt , et similiter suum peculiarem cultura sibi quoque fingere aggrediuntur, singularitatem in cultu sicut in doctrina affectantes. Hoc dolemus propter scandalum, hoc timemus propter periculum. Schîsma quod per inobedientiam circa decretum Apostolicum oriri cœpit, per cultus exterioris divcrsitatem consuramabilur. Pag. 12-49.
T. ïl. 15
194 LNSTITUTIONS
c ommunionem{i) ; c'est un des plus grands Prélats de l'Eglise de France dont nous ne ferons plus, pour ainsi dire , que répéter la doctrine et proclamer le jugement.
a Cette vénérable antiquité, dit-il, que l'auteur du nouïveau Missel se glorifie d'imiter, il la foule aux pieds dans la ï composition des nouvelles Messes qu'il substitue aux an-
> ciennes : ce qui prouve que cet auteur, dans les nouveautés » qu'il a voulu introduire, a choisi l'antiquité pour prétexte ict non pour règle. En effet, leslnlroits. Graduels, Offcr- » toires , etc. , que l'on chante , depuis tant de siècles , dans
> l'Eglise Romaine , sont tellement changés dans le nouveau > Missel, qu'à peine en trouve-t-on un très petit nombre qui * appartiennent aux livres liturgiques de saint Grégoire, d'où >ils ont passé, comme d'une source pure, dans le Missel j Romain, et ont été employés par presque toutes les Eglises » particulières. Notre nouveau faiseur [fabricator novus) n'a ï pas épargné davantage if s Oraisons et les Collectes qu'il î n'avait fait les Introïts et les Graduels. Confiant à l'excès
> dans son génie , se jugeant plus docte et plus prudent que j l'Eglise entière, il a supprimé des choses qui étaient con- > sacrées par une si grande antiquité et universalité, pour ileur substituer ses inventions et ses idées, sous le seul et
> frivole prétexte qu'il n'employait que le pur texte de l'Eï criture. Je dis avec assurance que les innovations du Missel m'ont point d'autre source que les idées et les inventions yj)rop)'cs de leur auteur; car c'est lui-même qui, dans la 1 composition de la nouvelle Liturgie, employant certains » textes de l'Ecriture , les a adaptés aux dimanches et aux
> diverses fêtes , suivant son gré et sa volonté , et quelquefois » même contre le sens véritable et original des livres saints.
(1) Yid, tpme I, page 302.
> Cette composition, imaginée par un simple particulier, aï t-cUe donc dû être préférée et subrogée à des formules que î l'Eglise universelle a approuvées par son usage durant tant y> de siècles? Il n'a pas même fait grâce aux fêtes les plus soslcnncllcs, ni à ces jours, du Carême par exemple, dans » lesquels l'Office public est plus assiduement fréquenté par î les fidèles. Il a changé presque en totalité les Messes de » Pâques, de Noël, de l'Âvent, ou du Carême.
»I1 n'a pas compris, cet auteur, quelle confirmation la foi » orthodoxe retire de l'antiquité et de l'universalité de nos 7> Liturgies sacrées. Cependant , les Liturgies qui dès les pre- »miers siècles de l'Eglise, même long-temps avant saint Jé- » rômc, se lisent dans toute l'Eglise, sont autant de monuments » précieux de la tradition qui étayent et confirment njtre î croyance. C'est leur témoignage que la foi catholique eni- » ploie comme une arme contre les novateurs ; cette foi qui » est une, perpétuelle et universelle. Si donc une Eglise par- Jticuiière supprime ces monuments sacrés, elle dépose les î armes qui lui servaient à combattre les novateurs, elle les j enlève des mains des fidèles. Que notre faiseur orne, tant I qu'il voudra , ses Liturgies nouvelles de Cantiques élégam- » ment composés , de textes de l'Ecriture Sainte ingénieuseî ment trouvés, habilement adaptés aux fêtes et aux solennités; » que sont toutes ces choses ingénieuses et élégantes, quelle j) est leur autorité , si on les compare aux formules qui , em- 3> ployées et chantées par tout l'univers , depuis quinze siècles » au moins , sont pour les fidèles un enseignement de la même I foi ? Le dernier laïque , en quelque lieu du monde que î ce soit , prêtant l'oreille aux chants qui se font entendre ïdans l'Eglise qu'il fréquente, connaît, sans aucun effort, » qu'en tous lieux et toujours, les mômes mystères et les s mêmes jours de fêle ont été et sont encore célébrés, que
> le monde entier professe unanimement , et a constamment > professé par la tradition la plus ancienne, cette même foi, » ces vérités capitales qui sont exprimées dans les Liturgies. » Ce qu'on voudrait introduire de nouveau , dans une Eglise ^ particulière, au mépris de l'antiquité et de l'universalité, j>ne peut avoir d'autre autorité que celle d'un Prélat parti-
> culier, homme sujet à erreur, et d'autant plus sujet à er- »reur qu'il est seul, qu'il introduit des choses nouvelles,
> qu'il méprise l'antiquité et l'universalité. Or, une chose î consacrée par l'usage antique et universel, est gardée d'er-
> reur par les promesses même de Jésus-Christ , est fondée »sur l'autorité même de Jésus-Christ qui assiste toujours » son épouse et lui garantit la foi par sa propre vérité , et la » sagesse du gouvernement par sa propre prudence. »
« Mais voici quelque chose qui n'est pas moins grave. Celui ï qui a introduit tant d'innovations dans sa Liturgie, changeant ^ et effaçant des choses qui avaient été imitées et empruntées » de la Liturgie de l'Eglise Romaine, paraît n'avoir pas du tout » compris l'intention qu'eurent nos pères dans cette imitation ï de la Liturgie Romaine. Par honneur pour le premier Siège, » et pour resserrer l'union sainte avec lui, ils crurent en devoir > adopter les rites, après avoir renoncé à l'antique Liturgie » nationale. Il est advenu de là que l'ancien rite de l'Eglise î Gallicane, le Mozarabique en Espagne, l'Ambrosien en Itaïlie, ont presque entièrement péri. Nos pères savaient que » l'unité dans la vraie foi dépend totalement de l'union avec
> le Saint Siège et avec le Vicaire de Jésus-Christ et que les
> Eglises qui sont d'accord avec l'Eglise Romaine , 3Ière et j> Maîtresse de toutes les Eglises et centre commun , sont gai ranlies de toute séduction d'erreur et de schisme. Or, celte > union se forme et se conserve par l'usage d'une même Li- »lurgie, et le lien eptre tant de nations isolées les unes des
» autres , et souvent même en guerre entre elles , paraît tou- » jours dans l'unité des prières , des fêtes et du culte pu- »blic (1). »
Languct rappelle la sollicitude de Pépin et de Charlemagne pour établir la Liturgie Romaine en France , et le zèle de saint Grégoire VII pour la faire prévaloir en Espagne; après quoi il ajoute : « Alors, on mettait du prix à «garder l'unité avec l'Eglise Romaine, et chacun concourait » avec joie aux moyens de la corroborer en toutes manières ; » car tous sentaient l'utilité et la nécessité de celte union On » ne portait point envie à la supériorité de cette Eglise Mère ; ï on n'avait pas honte de lui être soumis et de lui obéir; que j> dis-je ? on s'en faisait gloire et on sentait que cette obéisîsance était le moyen de maintenir et de fortifier l'unité. On » jugeait nécessaire de réunir le rameau au tronc, de rame- »ner le ruisseau à la source, et comme la gloire et la solidité ï de l'Eglise consistent dans son unité , on pensait que cette » unité devait être produite et conûrmée par une légitime > subordination. Ainsi pensèrent nos pères , ceux-là même jpar lesquels la foi est venue jusqu'à nous. Ils ont bien » d'autres idées, ceux qui aujourd'hui n'ont pas de honte » d'appeler l'Eglise Romaine une Eglise étrangère, et d'affir- »mer q«e l'usage des livres liturgiques de cette Eglise n'a » été introduit que par tolérance dans le Diocèse de Troyes. » Ainsi, sous le voile d'une Liturgie plus élégante, on cache j» le mépris de la Liturgie Romaine; ainsi on affaiblit la sainte » et précieuse unité ; ainsi les liens qui nous unissaient à la » Mère Eglise se brisent peu à peu ; ainsi on prépare de loin » les peuples à la séparation. De la différence des rites naîtra » peut-être le mépris , et même la haine qui finit souvent par
(1) Yid. la noie B.
j>le schisme. Qui ne serait saisi de crainte en considérant le 1 schisme des Grecs, et en se rappelant qu'un des molifs de ï cette funeste séparation fut que l'Eglise Romaine ne chan- » tait pas alléluia durant le Carcnic : ce que les Grecs reproïchaient comme un grand crime au Pontife Romain et aux » Evêques d'Occident (i). »
L'Archevêque de Sens mentionne ensuite la condamnation du Bréviaire du Cardinal Quignonez , et de ceux de Soissons et d'Orléans , par la Sorbonnc , au seizième siècle , condamnation motivée, ainsi que nous l'avons raconté en son lieu (2), sur la nouveauté et la témérité qui paraissaient dans ces Bréviaires, sur le scandale que le peuple ne manquerait pas d'y prendre, sur le schisme que pouvaient amener de semblables innovations ; puis il continue en ces termes : « Tel ï était le jugement qu'on portait autrefois sur les innovations ïdans la Liturgie, même quand elles n'avaient lieu que dans > cette partie des Offices qui, étant plus spécialement entre j> les mains des Prêlres , est moins familière aux laïques. Quel ï jugement auraient porté ces graves et très sages maîtres, » s'ils eussent découvert des innovations importantes jusque » dans la célébration de la Messe et dans l'administration de »la Communion aux fidèles? S'ils eussent vu les Introïts et ï les Graduels de l'antique Missel entièrement changés , la • vénérable antiquité foulée aux pieds, pour mettre en place »les idées singulières et les inventions d'un particulier (3)? »
(1) Vid. la note C.
(2) Tome I. chap. XY. pag. ô78 et 438.
(3) Taie olim ferebatur judicium de qualibet innovatioae cirtfa Liturgiam, eliaai ia Officiorura parte quœ Sacerdoies spectat prsecipue, quaeque laicorum mauibas minus teritur. Quid judicassent graves illi et sapientissimi magisiri, si raajoris momculi inaovaliones deprehendisseut in ipsius Missae celebraiione, et comnaunione fidelibus distri-
Dans un autre Mandement sur le Missel de Troyes, l'Archevêque discute avec une grande sagacité le prétexte qu'on a mis en avant pour justifier tant d'innovations scandaleuses : « On n'a voulu , dit-on , rien admettre dans les prières de la » Messe qui n'ait été emprunté, de mot à mot, aux saintes Ecri- » tures. » « Mais d'abord, répond F^anguet, cela est impossible ; » autrement, il faudrait changer toutes les Oraisons, de môme » qu'on a changé tous les Introïts et tous les Graduels. Eu j> effet , ces antiques Oraisons qui , presque toutes , sont » extraites du Sacramentaire de saint Grégoire , ne sont point î composées de textes de l'Ecriture. D'après le même prinîcipe, on devrait aussi changer le Gloria in excelsis, le ï Credo, le Confiteor, et nombre d'autres prières consacrées I par leur antiquité. L'auteur du nouveau Missel n'a pas osé «aller jusque là; mais cela seul aurait dû faire comprendre î la fausseté de cette règle imaginaire qui , n'étant appuyée î sur aucun fondement solide , est tellement impraticable » qu'on est obligé de s'en écarter dans un grand nombre d'ocï casions. »
4 En second lieu , qui a prescrit cette règle ? Est-ce un » Concile, ou quelque autre monument de la vénérable antir> quité? N'est-il pas manifeste , au contraire , que la plus rcsîpectable des prières de l'Eglise, le Canon de la Messe, n'a i>pas été tiré des paroles de l'Ecriture? » Le Prélat cite ensuite le Canon du quatrième Concile de Tolède, en 653, que nous avons rapporté ailleurs, et montre combien cette sainte et savante assemblée, présidée par saint Isidore, mettait
buenda? Si vidissent Missalis antiqui Introïtus, et Gradualia omnino immutata , atque antiqiiitatera venerandam conculoatam , ut ei snkstiiuerentur siagulares, ideai et hominis particularis inventa. Ibidem, page 1251».
d'importance à conserver les formules traditionnelles de la Liturgie. Puis il continue ainsi :
< En troisième lieu , pourquoi, au nom de cette prétendue > règle, tous les anciens Introïts, Graduels, etc., ont-ils été » changés ? N'est-ce pas de l'Ecriture Sainte qu'a été tirée la » plus grande partie des Introïts , des Graduels et des autres ï chants de la Messe contenus dans l'Ânliphonaire de saint • Grégoire? Pourtant, on les a remplacés, sous prétexte jd'un plus grand bien, et ce bien consistait à insérer frau-
> duleusement des nouveautés dans le Missel.
» En quatrième lieu , la tradition n'est-elle donc pas aussi >une sorte de parole de Dieu, une règle de foi? Mais en quel «monument nous apparaît plus sûrement et plus efficace-
> ment cette sainte tradition, que dans ces prières composées
> dans l'antiquité la plus reculée , employées par la coutume i la plus universelle , conservées dans la plus constante unii formité ? Si ces prières ne sont pas formées des propres j paroles de l'Ecriture , les ûdèles ne leur doivent-ils pas la » même révérence, proportion gardée, qu'à l'Ecriture Sainte? ïll est plusieurs dogmes de notre foi dont nous ne pouvons » prendre la connaissance distincte que dans la tradition , et ï il n'y a pas de monuments à la fois plus précis et plus sûrs, jpour défendre ces dogmes, que les prières même de la » Messe. Trouve-t-on dans les Ecritures Saintes le dogme de ïla perpétuelle intégrité de la Sainte Vierge, aussi claire- »ment que dans les prières de l'Eglise, et principalement jdans ces paroles que nous lisons dans les Livres Litur- » giques de saint Grégoire : Post fartum, Virgo, invioîata perimansisti. IS'est-ce pas dans la Liturgie qu'on trouve la > preuve de la tradition de l'Eglise sur la Canonicité des Livres > Saints, et sur un grand nombre d'autres points?
> Au reste , et c'est là notre cinquième observation , ce
» sont le plus souvent les idées d'un esprit individuel qu'on a ï ainsi revêtues de l'apparence de textes de l'Ecriture , et » substituées aux antiques prières. A la vérité, les paroles ï sont prises dans l'Ecriture Sainte ; mais leur accommodation » arbitraire à certaines fêtes , ou aux éloges de certains î Saints, est une production de l'esprit particulier. î Ici Languet cite en exemple plusieurs de ces fameux contresens bibliques que renfermait le Missel de Meaux , et dont regorgent avec tant de fierté nos nouveaux Missels et Bréviaires , et il reprend ainsi : « Quelques belles et ingéîuieuses que paraissent ces allusions, elles n'offrent pas ï le sens naturel des textes de l'Ecriture , mais tout simple- »ment le sens de l'auteur qui les a imaginées. Si cet auteur îcst moderne, sans nom, s'il n'a autorité que dans un seul > Diocèse, quelle force, quel poids pourra-t-il donner à ces ï productions de son propre génie ? Les prières de l'anîcienne Liturgie, toutes simples et sans ornements qu'elles isolent, n'aurOnt-elles pas plus d'autorité, ne seront-elles »pas plus utiles, bien qu'elles ne soient pas tirées des Ecri- » tures Saintes. »
« Ce n'est pas cependant que nous prétendions condamner ï ces accommodations et ces allusions ; l'exemple des Saints î Pères est là pour les défendre. Mais nous prétendons que ï ce n'est pas enrichir l'Eglise que de supprimer les chants ï antiques pour substituer en leur place des allusions d'une * invention récente ; c'est bien plutôt la scandaliser que d'em- ■D ployer ces accommodations au moyen desquelles l'Ecriture ï est détournée à des sens étrangers , quelquefois suspects et î dangereux dans la foi. Quelqu'un ignore-t-il que, parle » moyen de textes des Ecritures mutilés et cités à faux, il » n'est pas d'erreur qu'on ne puisse insinuer et même ensei- »gner par les propres paroles de la Bible. Il est inutile
• de rapporter des exemples : chacun les trouvera aisément >dans sn mémoire (1). »
Plus loin, Languet, qualifiant énergiquement la maladie de son siècle, s'exprime ainsi : « Ces Messes modernes avec » leurs allusions bibliques, variées au gré de leurs auteurs »et suivant la fécondité de leur génie, auront-elles le même
> poids, la même autorité, la même utilité que les anciennes ? > D'abord, c'est en vain qu'on y cherche l'antiquité, puis- » qu'elles sont le produit d'une manie que le siècle où nous » vivons a vue naître. En vain y cherchera-t-on aussi l'auto-
> rite que donne l'universalité ; puisque cette démangeaison
> de fabriquer de nouvelles Messes n'a affecté que la France :
> c'est chez nous seulement qu'elle règne. Que dis-jc? dans
> ce même royaume , les divers Missels diffèrent les uns des » autres. Chacun de ces faiseurs de Messes nouvelles veut don- » ner du sien, et beaucoup moins imiter ce qui existe déjà que » surpasser les autres par de plus heureuses allusions (2). »
Le Prélat emploie une partie de ses trois Mandements sur le Missel de Troyes , à signaler un grand nombre de passages de l'Ecriture qu'on a présentés dans ce livre de manière à leur donner un sens favorable à l'hérésie Janséniste. Nous n'insistons pas ici sur ces passages , attendu que le Missel de
(1) Vid. la note D.
(2) An vero Miss œ illae recenliores cum allusionibus quse in eis inseruntur, et pro uuiuscujusque autoris arbitrio aut ingenii fecunditate variantur, idem pondus, eamdem autoritatem , eamdem utilitatem habebunt? Primo quidem in illis desiderabitur antiquitas, siquidem fabricatae suntnovoquodaminstinctuquemnascentemvidithocseculum. Desiderabitur universalitalis autoritas; siquidem Gallias scias alflavit haec novarum Missarum fabricandarum prurigo. Solis dominatur in Galliis. Quin etiam hoc ipso iu Regno unumquodque Missale ab aliis discrepat ; unusquisque enim novarum Missarum arlifex vult aliquid dare de suo , minusque quod jam inventum est imitari , quam felicioribus allusionibus alios superare cogitât. Ibidem. 1396.
Troyes n'a eu, comme livre , qu'une influence locale ; nous préférons proposer iÀ l'attention du lecteur la doctrine de l'Archevêque de Sens , sur les dangers que peut courir l'orthodoxie , du moment qu'il est permis aux hérétiques de populariser à leur gré tous les versets de l'Ecriture qu'ils jugent propres à inculquer leurs sentiments.
« N'est-ce pas, dit-il, une licence très dangereuse et digne ï d'être soigneusement réprimée par les premiers Pasteurs, î que Me remettre aux mains des fidèles les armes mêmes » avec lesquelles les novateurs combattent les dogmes catho- » liques ; que d'accoutumer les peuples à réciter et à chanter » des textes qu'ils ne comprennent pas ou qu'ils comprennent ï mal , et qui peuvent devenir une source de disputes , ou î peut-être d'erreurs? L'Eglise s'est-elle donc conduite ainsi î jusqu'à présent? Au temps des Ariens, eût-on affecté de » placer parmi les Cantiques de la Liturgie, cette phrase de » l'Evangile : Pater major me est ? Au temps de Bérenger, » qui niait la présence réelle , eût-on affecté de placer parmi » les chants de la Messe cette sentence de Jésus-Christ dont î) tous les hérétiques sacramentaires ont abusé : Verba quœ » ego locutus sum voUs spiritus et vita sunt : caro non pro" îdest qiddquam (1) ? On veut justifier cette conduite sus-
(1) Noune periculosissimae et a primis Pastoribus sedulo refraenandae liceatice est , perraittere Odelium manibus illa arma quibus Catholica dogmata a Novatoribus impugnantur ; populosque assuefacere recitandis canondisque lextibus quos aut nuUateuus, aut perperara intelligoût , et qui ipsis disputationum ac fortasse errorum semiaarium existent? Itane ergo hactenus se gessit Ecclesia? Quis Arianorum temporibus affectasset , inter sacrse Liturgiœ Cantica propouere banc Evangelii scntentiam : Pater major me estf Quis Berengarii lempore qui prssentiatû realem negabat , affectasset Missse Canticis intertexere banc Ciiristi seuleatiam , quibus oniues haeretici Sacramentarii abus! suQt : P\'rba quœ ego locutus sum vobis , Spiritus et vita sunt : caro non prodest quidquam ? ( Ibidem, pag. 1575. )
> pecte, et toute la justification consiste à expliquer, à exposer >les témoignages bibliques dont nous reprochons l'emploi > affecté. A quoi bon ce commentaire? S'agit-il d'expliquer ï les passages en question ? Il n'est pas de théologien qui n'en
> puisse venir à bout facilement. Mais le peuple qui lira ces > textes dans la Messe, qui les chantera, qui les apprendra
> par cœur, qui bientôt peut-être les verra traduits en langue » vulgaire, le peuple n'aura pas votre commentaire sous les jyeux. Ce que ces passages renferment d'obscur et de diffiïcile infectera l'esprit des fidèles de faux principes qui leur » sembleront basés sur ces textes eux-mêmes, et lorsqu'il » plaira à un novateur d'en abuser, pour répandre et conïfirmer ses erreurs, il trouvera les peuples déjà préparés et ï disposés à prêter l'oreille et à ajouter foi (1). >
Nous avons dit que le Missel de Troyes portait aussi atteinte au culte de la Sainte Vierge, et que le Prélat qui avait publié ce livre s'était empressé de suivre les errements de François de Harlay, dont l'œuvre a droit d'être considérée comme l'initiative de tous ces scandales. Ecoutons l'Archevêque Languet réclamer contre son suffragant les droits sacrés de la Mère de Dieu : « Dès les premiers siècles de l'Eglise,
> dit-il, le culte de la Mère de Dieu a été du plus grand prix
(1) Repondere igitur conalur, totaque ejus responsio coasistit în explicalione atque exposiiione tebtimoniorum quorum usus ipsi exprobatur, at quid ad rem facit commentarium boc? An igitur de expositions illorum lextuum ? Enim vero sine ejus ope textus illos sensu Catiiolico quo inteiligi debent facile quisquis exposuisset Theologus. Sed populus qui eos textus in Blissa leget , qui cautabit , qui ediscet memoriter, qui eos cito ferlasse vernaculo sermone redditos videbit, commentarium istud non habebit ob oculos. Quod in eis obscurum est et difficile, Gdelium mentes inficiet falsis principiis qnse his textibus stabiliri videntur, et cum Novatori libuerit iisdem textil)us abuti , quo errores suos spargere ac coufirmare possit , populos paratos jam et instruclos reperiet, ut ipsi aures fidemque prsebeaat. Pag. 1374.
j pour le peuple fidèle. On en trouve la preuve dans les an- » ciennes Liturgies des diverses Eglises qui s'accordent toutes » sur ce point , et concourent à honorer la Mère du Christ. i Celui donc qui a composé la nouvelle Liturgie a dû , sans » doute, cultiver avec grand soin tout ce qui a rapport à cette » dévotion , conformément à l'intention et aux usages de la I sainte Eglise ; il a dû mettre tous ses soins , non seulement à >la conserver, mais à l'accroître, à la rendre, tout à la fois, 3> plus fervente et plus utile. Que s'il s'est trouvé à propos ïde changer quelque chose dans les anciens Cantiques, ce » changement , pour être louable , a dû se faire au moyen j> d'additions plutôt que de retranchements. Celui-là déroge- » rait à la piété qui tenterait de diminuer les louanges par » lesquelles l'Eglise célèbre la Maternité de Marie, ou les » honneurs dont elle aime à l'environner (1). >
Languet parcourt ensuite le Missel de Troyes et signale les diverses innovations qu'il présente, au détriment du culte delà Sainte Vierge. Dans ce livre, on n'a pas osé, il est vrai, supprimer les fêtes de la Conception, de la Nativité, de la Présentation , de la Visitation et de l'Assomption de Marie ; mais sa Purification et son Annonciation , restreintes désormais à la seule qualité de fêtes de Notre-Seigneur, n'offrent plus
(1) A primis Ecclesise seculis cultus beatse Mariae Virginis plebi pretiosus fuit et commendabilis. Hujus probatio eruitur ab antiquioribus Liturgiis variarum Ecclesiarum quse in lioc omnino coiiveniimt, et ad honoranflam Christi matrem concurrunt. Qui nov;im Liturgiam adornavit , debuit cultura hune omni observantia colère secundum Ecclesise sanclce inienlioneiu et usum ; curare omni sua opéra ut , si Geri poiest ^ non modo serveiur, sed et crescat, fiatque devotior et utilior : et si aliquid in antiquis Canticis iramutare conveniat , laudabilius forsaa fuisset addere aliquid quam aliquid detraliere. Proinde pietali derogat qui et laudes quibus Ecclesia Mariae Blaterniiatem Divinam praedicat , et, honores quibus illam colère solet, imrainuere leûlai. Pay. 1262.
206 INSTITUTIOKS
dans les prières du Missel que quelques mots de souvenir pour la Mère de Dieu. Le nom de Marie a même été retranché du titre de la fête de l'Annonciation ; ce n'est plus que l'Annonciation du Seigneur. Eu vain, l'Evéque de Troyes prétend-il que rArchevèque de Sens voudrait qu'on oubliât dans cette fête l'Incarnation du Verbe , pour ne parler que de la Sainte Vierge. Languet répond avec énergie : « L'Ari chevêque de Sens n'a d'autre désir que celui que lui inspire
> l'Eglise universelle : il ne réclame que ce que cette môme
> Eglise a établi , institué , observé depuis tant de siècles. Elle
> n'oublie point , dans la Messe Grégorienne, ni Jésus-Christ,
> ni son Incarnation ; mais elle veut que nous honorions la >Mère avec le Fils, que nous allions au Fils par la Mère, de » même que par la Mère ie Fils est venu à nous. En cela , rien » n'est enlevé au Fils , puisque ce sont seulement ses dons
> divins que nous honorons dans sa Mère. Etait-ce donc à ïTEgUse de Troyes de réformer l'Eghse universelle (1)? >
Languet signale successivement les divers attentats du Missel de Troyes contre le culte de la Sainte Vierge. On y a changé la Messe de la Circoncision qui , dans le Missel Romain et les anciens Sacraraentaires, a pour objet non moins spécial la vénération de la Mère de Dieu. Le Missel de Troyes, dans la
(1) Hoc loco respondet autor documenti ; velletne D. Archiepiscopus
Senonensis , ita in beata Virgine defixam fuisse compositoris cogitationem, ut lucarnalionera Christi omnino oblitus videretur? ?iibil aliud vu!t Arcbiepiscopus Senonensis quam, quod ipsi inspirât universa Ecclesia, quam quod fecit, quod instituit, qaod lot a seculis observavit. Nec illa Cûristum, nec lucarnationem ejas in Missa Gregoriaua obliviscitur; sed vult ut Matrem una cum Filio bonoremus, ut per Matrem eamus ad Filium, quemadmodum per Mairem ad nos vcnit Filius. INibil Christo detrahilur, siquidcm Divina tantum ejus dona in Maria honorantur. An vero Ecclesi» Treceasis crat universam Ecclesiam reformare? Pag. 1388.
Messe de la Visitation , parle beaucoup plus de saint Jean- Baptiste que de la Sainte Vierge. Celles de la Conception et de la Nativité sont muettes sur les louanges , et même sur le nom de cette Reine du Ciel. Les Messes Votives de Beata pareillement fabriquées de textes de l'Ecriture , taisent profondément les louanges de Marie , célébrées avec tant d'amour et de poésie dans les Introïts, Graduels, Offertoires , etc. , qu'on a supprimés. En faut-il davantage pour convaincre l'auteur du Missel de Troyes d'être entré dans la conspiration formée , par un certain parti , contre le culte de la Sainte Vierge si exagéré par ses dévots indiscrets ?
Venant ensuite aux atteintes portées dans le Missel à l'autorité du Siège Apostolique , l'Archevêque de Sens déplore que dans un Diocèse dont la Cathédrale est sous l'invocation du Prince des Apôtres, il se soit rencontré un Evêque qui ait retranché dans les Messes de la Chaire de saint Pierre, de la Fête même de ce grand Apôtre, les Versets populaires et Grégoriens : Tu es Petrus et super hancpetram, etc. ; Quodcumque ligaveris, etc.; Petre, diligis me, etc., pour les remplacer par des passages de l'Ecriture qui ne peuvent avoir qu'un sens accommodatice , et cela sous le prétexte affecté que ces paroles se trouvent déjà dans l'Evangile de la Fête. « Cependant, dit Languet, saint Grégoire et les autres Sou- » verains Pontifes ont jugé que ces textes déjà récités dans » l'Evangile du jour devaient encore en être extraits pour » être mis en chant et proposés au peuple de cette seconde » manière, afin qu'ils se gravassent plus avant dans sa mé- » moire. Que dans l'Evangile même ils aient un caractère 3» plus authentique , j'en conviens ; mais on les retiendra «moins, si on les voit que là. Au contraire, ils seront plus » souvent dans la bouche et dans le souvenir des fidèles, quand »les fidèles auront appris à les répéter parmi les chants de
»la Messe. Tel était le but de saint Grégoire, but approuvé >par l'Eglise universelle, qui pendant douze siècles a ob- » serve cet usage, et l'observe encore aujourd'hui en tous » lieux (1). >
« Les fidèles du Diocèse de Troyes trouveront-ils maînte- » nant dans les Versets qu'on a si ingénieusement accommodés ïà la louange du Prince des Apôtres, y trouveront-ils des » armes toujours prêtes pour combattre les hérétiques qui j chercheront à les séparer de la Chaire d'unité? Ils les troujveraient, ces armes, dans les textes supprimés dans les » nouvelles Messes, et principalement dans celle sentence: » Tu es Petrus et super hane petram œdificaho Ecclesiam » meam. Pourra-l-on réfuter avec avantage et solidité un hé- » relique , quand, à la place de ce témoignage , on lui oppoïsera en faveur du Siège Apostolique, ce texte d'Isaïedont » on a formé l'Introït de la fête de saint Pierre : Vocabo serivum meum et dabo ei clavem David, et le reste; toutes i choses qui s'entendent de Jésus-Christ et n'ont d'autre rap- » port à saint Pierre que celui d'un sens accommodalice , » produit d'un génie tout humain ('i). »
(1) Sed dicimus S. Gregurium aliosque siimmos PonliGces judicasse eos in Evaugelio jam recilalos ia quo coaiinebanlur, ex eo mutuandos esse ut inter Cautica populis propoaerentur, et sic iu eorum animis altius defigereutur. Magis authenlici sunt ia Evangelio. Esto sane. At minus memoria tenebantur, cum hic duntaxat reperientur; sed frequeatius in fidelium ore ac menîoria versabuntur, cum fidèles eos in Canticis Missae cansre ac répétera didicariat. Hoc erat quod volebat S. Gregorius, quod «înuv.rsa probavit Ecclosia, quod duodticim a seculis cousiauter observavil, et eiiamnum ubique observât. Pag. 18ù[.
(2) Et sane num populus in eis versiculis ingeniose accommodatis Apo-^iolorura principi, semper parata tela reperiet quibus debellare possit heerelicos qui eum a Cathedra unilatis divellere conarentur ? Quod rui'Ciiret in iliis tçxUbns qui ûQvis ia Wissis neglecti sunt, ac
« C'est dans le iiicme esprit et avec une perfidie semblable, »dit ailleurs le courageux Prélat, qu'on a omis aux Messes » fériales d'indiquer l'Oraison d'usage pour le Souverain Pon- »tife. Elle est marquée au Missel Romain, comme troisième î Oraison, dans les endroits convenables. Ce Missel a aussi » une Messe p^o ellgendo Pontifice , sede Romana vacante , et » cette Messe se trouvait pareillement dans l'ancien Missel de
> Troyes. A peine rencontre-t-on dans le nouveau une Oraison
> pour le Pape, a savoir, parmi les Oraisons communes, à la îfîn du Missel. De pareilles nouveautés serviront-elles beau- » coup à la piété des fidèles et à l'édification des peuples (1) ? »
Après avoir relaté tous les scandales du Missel de Troyes , l'Archevêque de Sens terminait ainsi son premier Mandedement : « A quoi aboutiront de pareilles nouveautés? quel ï en sera le fruit? C'est en tremblant pour vous, Nos très » chers Frères , et pour l'Eglise , que nous osons envisager » l'avenir. Déjà , parmi vous , un grand nombre méprise les » décrets du Saint Siège ; il est des gens qui vous apprennent
prœserliin ia hac senteuiia : Ta es Petrus , et super hanc petram aedilicabo Eccleîiam meam. Kunquid belle et solide rcvincetur hœreticus , cuta ei in hujus testimoaii îocura , pro Sede Aposlolica opponetur Isaïae 'textus uude formatus est Introïtus festi S. Pétri ; Vocabo servum meum, et daboci davem David; et caetera quae ad lUteram de Jesu Christo intelliguntur, et ad S. Pelrmn non pertinent, nisi ope accommodationis quae humani fœtus est'ingenii? /bid. pag. iZS2.
(1) Eodem auimo et sane doloso omissa fuit in Missis pro feriis indicari solila Oratio pvo summo Pontitice. Hœc indicatur in Missali Roraauo pro Oratione tortia ubi opus est. Ibidem legitur Missa pro eligendo PoatiUce , Sede Romana vacante : hœc legebatur in antique Missali Trecensi. Vix in uovo reperitur alicubi una Oratio pro summo PontiOce, in coUectione scilicet Oralionum ad calcera Missalis. Nunquîd novitates illiy ad pietatera fidelium et ad populorum sedificationem possunt confcrre ? Ibid, pug. 1261,
T. Il, 14
»à gémir sur les erreurs du Souverain Pontife, et sur les » icnèbres qui couvrent l'Eglise universelle. On vous dénonce î comme livré à l'erreui* le Siège Apostolique , centre néces- » saire de la communion catholique ; on vous prêche que les » Evoques qui concourent avec lui pour la publication de ses » décrets s'écartent de la foi et la trahissent. Certes , ce n'est jpas sans horreur que nous avons appris par nos yeux que I les livres liturgiques de l'Eglise Romaine sont appelés chez ïvous des \i\re?, étrangers , comme si l'Eglise Mère pouvait » être réputée étrangère pour quelqu'un des Chrétiens ; comme
> si le trône où siège le Père commun des fldèles pouvait être » réputé étranger pour quelqu'un des enfants de son immense » famille. »
« Mais c'est en vain que nous voulons rappeler à des Fils j> qui ignorent ou repoussent leur Père commun, ces célèbres i promesses par lesquelles Jésus-Christ s'est engagé au corps » des premiers Pasteurs , lui promettant de l'assister dans » son enseignement , tous les jours , jusqu'à la consommation ides siècles; c'est-à-dire, sans interruption et sans fin. C'est » en vain que nous cherchons à exciter la confiance des fiïdèles envers cette Eglise qui est la Mère des autres, parce » qu'elle les a enfantées ; leur Maîtresse , parce qu'elle les » instruit. C'est en vain que nous leur alléguons ce passage 3> de l'Evangile , dans lequel Jésus-Christ atteste qu'il a prié tpour Pierre afin que sa foi ne défaille point, et le précepte » donné au même Apôtre de confirmer ses frères. Ces paroles » sacrées qui ont été dans tous les siècles le principe d'une » humble et tendre confiance de la part des fidèles pour leurs » Pasteurs, et principalement pour le premier et le Prince
> d'entre eux ; ces vérités ne sont plus de mise , et c'est à » peine si on les entend. Chacun s'en tient à ses préjugés, et tse prescrit à soi-mènie sa foi ei sa règle de foi. Penduiu ce
î temps-là, au sein même de cette confusion d'opinions et de » disputes, on vient vous présenter des singularités , des nouïveautés dans le culte extérieur; singularités qui tendent à î la division, et la rendent sensible et palpable dans les formes » du service divin ; singularités qui offensent la piété d'un » grand nombre de fidèles, excitent leur indignation et ou- » vriront quelque jour la porte du schisme.
î Vous isolant ainsi de l'Eglise Mère , et vous détournant à î la fois de sa Liturgie et de ses décrets , où prétendent-ils î vous entraîner, ces nouveaux chefs? Les Protestants qui » vivent encore au milieu de nous applaudissent à ces nou- »veautés; ils espèrent que ceux qui déjà professent des ï dogmes condamnés par l'Eglise et voisins des erreurs Calïvînistes se joindront bientôt à leur communion, au moyen î des changements introduits dans l'extérieur du culte. Déjà, » plus d'une fois , ils ont déclaré n'avoir point d'autres prin- » cipes, ni d'autres dogmes que les Jansénistes sur la grâce , » la liberté , le mérite des bonnes œuvres, la prédestination, I la réprobation et les devoirs de la charité. Qu'arrivera-t-il , * si déjà rapprochés de ces hérétiques par les dogmes, ils s'en » rapprochent encore par le mépris du Saint Siège et par les «changements dans le culte extérieur? Si, comme les Proî testants, ils se constituent arbitres de leur foi, soumettant » à leur examen privé les jugements du Souverain Pontife et ï des Evêques , les confrontant, d'après leur propre lumière , javec l'Ecriture et avec les prières d'une Liturgie nouîvelle (1)? »
Ainsi ce grand Evêque appréciait dans toute leur étendue et signalait sans faiblesse les périls de l'orthodoxie au milieu des embûches tendues par les nouvelles Liturgies ; ainsi il
(1) Yid.laaoleE.
en dénouçait les auteurs et les intentions. Il terminait son Mandement par une sentence juridique contre le Missel de Troyes, qu'il s'abstenait néanmoins, disait-il, de proscrire, par égard pour la personne de l'Evoque dont ce livre portait en tète le nom, et déclarait suspens ipso facto tous les Prêtres de sa jurisdiction qui oseraient, dans la célébration des saints . Mystères, employer les rites nouveaux du Missel de Troyes, ou même réciter les nouvelles Messes que ce livre renfermait. Le Mandement et la sentence portaient la dale du 20 avili
Languet, avant d'effectuer la publication de son Mandement, l'avait soumis à plusieurs de ses collègues dans l'Episcopat. Il en reçut les adhésions les plus expressives , et en particulier de Pierre de Tencin , Archevêque d'Embrun , depuis Cardinal ; de Charles de Saint-Albin , Archevêque de Cambrai ; de Jean-Baptiste de Brancas , Archevêque d'Aix ; de François Madot, Evéque de Chàlons-sur-Saône ; de Jacques- Charies-Alexandre L'Allemand , Evêque de Séez , el de Hardouin de Châlons, Evoque de Lescar. Nous citerons, en particulier, la lettre de l'Archevêque de Cambrai , dans laquelle ce digne successeur de Fénclon , en exprimant ses sympathies à Languet, atteste, non moins clairement que lui , l'existence et la nature d'une conspiration Janséniste contre l'orthodoxie , au moyen des innovations liturgiques. Voici cette lettre précieuse écrite sous la date du 15 avril 4757 :
« Monseigneur, je vous retourne votre Mandement contre »Ie nouveau Missel de Troyes. J'ai lu cet ouvrage avec l'at- » tenlion que méritait la matière , avec l'avidité que j'éprouve » pour toutes les productions de votre plume. Cet ouvrage ï m'a plu infiniment ; car non seulement il prouve , mais il ï démontre jusqu'à l'évidence que ce Missel est rempli tout
î entier de nouveautés condamnables. Vos savantes recherches I sur les antiquités ecclésiastiques ont rendu manifeste que » l'auteur de ce Missel , sous le (aux prétexte de rétablir i'auî tiquité , a abandonné et môme cherché ù abolir l'usage » constant de l'Eglise dans la célébration des divins Offices. » Pour ce qui est du dogme catholique , vous avez dévoilé les «artifices dont l'auteur s'est servi dans le choix, la distri- » bution , le rapprochement des textes de l'Ecriture , dans un »sens contraire à celui qui est reçu, et à la doctrine de l'E- » glise , afin de favoriser par là les erreurs des novateurs de î ce siècle. Le zèle qui vous anime à la défense de la foi, et »qui, dans toutes les occasions, brille dans vos écrits, me î semble digne de tous les éloges.
»îl n'est pas d'art, ni d'entreprise, qu'on n'emploie au- » jourd'hui pour attaquer notre sainte religion ; mais il n'est î pas pour cet effet de moyen plus efficace que celui qu'a remployé l'-auteur du nouveau Missel; il n'en est pas de plus I dangereux. Jusqu'à présent, c'esl-à-dire depuis un siècle » entier, les novateurs , méprisant l'Eglise Mère et Maîtresse , » ont cherché à se faire des disciples , par leurs déclamations î contre le Saint Siège,. contre les Souverains Pontifes qui y ï président, contre les Evèques unis à leur Chef : mais ils > étaient en trop petit nombre et trop faibles pour tenter » quelque chose de plus hardi. Dans le secret., ils préparaient » les moyens d'opposer, dans la sainte Eglise , l'autel de Baal I à l'autel de Jésus-Christ. Maintenant leur dessein éclate au B grand jour et reçoit un commencement d'exécution. Déjà , ï contrairement aux lois de l'Eglise , au Mandement de l'Arïchevêque, ils se sont mis à honorer, à Paris, un nouveau j Saint de leur secte. Ils ont fait des miracles pour appuyer la » sainteté d'un homme qui, à leur rapport, est mort dans la » révolte contre le Saint Siège. Enfin , pour accroître le petit
1 troupeau des élus, ils ont fait prophétiser à des femmes » fonatiques , au milieu de leurs convulsions, que les Juifs ï sont sur le point de se convertir et de s'adjoindre à eux ; » tandis que , dans le but de s'isoler de l'assemblée profane
> des Catholiques , ils imaginent un culte nouveau , de nou- » veaux rites , des cérémonies nouvelles , au mépris des rites ïde l'Eglise Romaine qu'ils ne craignent pas d'appeler rites ^étrangers. Ainsi, le peuple illétré qui, jusqu'ici , était gai ranti d'erreur par la simplicité de sa foi et par l'ignorance » des disputes , sera entraîné au parti des novateurs par ces ï innovations dans la Liturgie, et bientôt, à l'occasion d'un
> culte particulier, il ne craindra pas de prendre une nou-
> velle religion. C'est-là ce qui nous oblige d'être attentifs et «vigilants à l'égard de toutes les entreprises des novateurs. >Et plût à Dieu qu'il s'agît ici de vaines terreurs! etc. (1) »
Le Mandement de l'Archevêque de Sens porta coup. L'Evêque de Troyes, blessé au vif, emprunta pour se défendre La plume d'un des plus zélés écrivains de la secte , un de ceux qui avaient travaillé au Missel. Nicolas Petitpied , Docteur de Sorbonne , fameux pour son exil dans l'affaire du Cas de conscience, pour plusieurs Mandements qu'il avait déjà fa- • briqués sous le nom de divers Evêques favorables au Jansénisme (2) , mais surtout par les innovations liturgiques qu'il avait implantées dans la paroisse d'Asnières, près Paris, ainsi que nous le raconterons tout à l'heure , composa , dans le style le plus violent , trois Mandements dans le nom de l'Evêque de Troyes, sous la date des 8 septembre 1757, 28 du même mois et l'"" mai 1738. L'Archevêque de Sens repli-.
(1) Vid, la note F.
(2) Picot. Mémoires pour l'Histoire Ecclésiastique du XFIJJ" siècle. Tom. IF. pag. 207.
qua aux factums de son suffragant ; plusieurs traits de cette controverse sont d*un trop haut intérêt, sous notre point de vue, pour que nous les passions sous silence.
L'Evêque de Troyes s'était défendu sur les chefs d'accusation élevés par Languel , et , dans sa défense , il n'avait fait pour l'ordinaire que soutenir avec audace les principes de son Missel et leurs applications; son adversaire répondit en fortifiant par de nouveaux arguments la doctrine orthodoxe dont nous avons présenté une analyse au lecteur. Voici d'autres assertions de l'Evêque de Troyes qui survinrent , dans la chaleur de la dispute. Il se retrancha tout d'abord sur ce principe, que i les Evoques jouissent du droit de disy> poser les Offices et de régler les cérémonies et les rites, dans » leur Diocèse j de Vavis et du consentement du Clergé (1). »
A cette grave sentence, l'Archevêque de Sens répliqua : « Il est vrai que les Evêques ont un droit incontestable sur »les rites et les cérémonies de leur Diocèse, mais ce droit » est-il donc sans limites? n'est-il soumis à aucune mesure, à » aucune règle? Ce qu'un usage.antique et universel, ce que » la coutume de toute l'Eglise a approuvé, et, pour ainsi dire, » consacré et prescrit , sera-t-il laissé à l'arbitraire de chaque » Evêque ? Chaque Evêque pourra-t-il , à sa volonté , le chansgerdans son Diocèse? Pourra-t-il, par exemple, changer B les prières du Canon de la Messe , ou supprimer une partie » considérable des Offices publics , faire chanter Vêpres le î malin , et la Messe à huit heures du soir ? Pourra-t-il abolir » la loi de corajnunier sous une seule espèce , ou celle qui » prescrit d'être à jeun pour approcher de la Sainte Table;
(1) Episcopi jure gaudent ac fruuntur officia disponendi, et ordinandi cseremonias ac ritus in sua Diœcesi , ex Cleri seuteutia atque coQsensu. Pag. 1276.
1 lairc que Ton puisse communier après souper, comme au » temps de saint Paul? Quel que soit, et si grand que soit le > pouvoir d'un Evêque dans son Diocèse, ces usages sont de j telle nature par leur antiquité et leur universalité , qu'ils
> nous semblent supérieurs à l'autorité de tout Evêque. Or, » parmi ces usages, il en est qui appartiennent à la classe des » rites et des cérémonies. Maintenant, si ces rites, ces céré- • monies, à raison de leur antiquité et de leur universalité, ï sont au-dessus du pouvoir d'un Evêque particulier, com-
> ment d'autres rites et cérémonies confirmés par une égale î antiquité et universalité, ne seront-iîs pas également sacrés net inviolables?
>Et quand bien même on accorderait qu'un Evêque a ce » pouvoir, iî faudrait du moins avouer que i'usage en devrait îêtre tempéré par la prudence. Omnia mihi Ucent^ disait i l'Apôtre, sed non omnia expediunt. Si un Evêque, pour faire
> éclater à la fois son pouvoir et son zèle pour la vénérable » antiquité, osait supprimera la Messe l'Hymne angélique
> Gloria in excelsis, et le Symbole; à Sîatines , i'Iîymne Te j Deum laudamus ; à Vêpres , le Cantique Magnificat , n'abu- » serait-il pas de son autorité? Assurément, celui-là n'outrej passerait pas moins les limites de son pouvoir, et , qui plus jcst, de la prudence qui détruirait des rites d'un usage » universel , supprimerait des choses dont le but est d'exciter lia piété, et en place des prières usitées, en substituerait » d'autres dont le sens rappellerait en quelque chose le génie ïdes erreurs présentes (1). >
L'Evêque de Troyes, pour asseoir son droit sur les changements dans la Liturgie, avait voulu s'appuyer sur un Canon du Concile de Sens, en 1 328, qui prescrivait aux Evêques
(1) Vid. la note G.
de corriger et réformer les Bréviaires et les Missels. « Rien de »plus sage que cette ordonnance, lui répond Languet; la » prudence doit en effet faire disparaître les abus que la li- » cence ou l'ignorance ont introduits. Mais le Concile pou- » vait-il supposer qu'il arriverait un jour que des choses ap- » puyées sur l'usage le plus ancien et le plus universel seraient » assimilées, à Troyes, aux choses superflues et disconvenantes ià la dignité de l'Eglise (1) que le Concile enjoint d'abolir? > L'intention du Concile a-t-elle donc été que chaque Evêque, î sous prétexte d'agir plus sagement que l'Eglise universelle, î dût bouleverser toutes les parties de la Messe , violer par î des nouveautés suspectes l'uniformité de la Liturgie, consa- » crée par la coutume ancienne et constante durant tant de î siècles ? Le Concile eût-il rendu cette loi , s'il eût prévu » qu'un jour à venir, sous couleur de la réforme qu'il presî crivait , on en viendrait jusqu'à substituer à ces anciens » Cantiques qui remontent à l'antiquité la plus reculée , des i textes de l'Ecriture Sainte mutilés , altérés , détournés à î des sens étrangers , au grand détriment de la sainte doct trine (2) ? »
(1) Superflua, autnon satis pro Ecdesiœ dignUate convenientia. Ce sont les paroles du Concile. Le lecteur se rappellera qu'elles avaient aussi servi de prétexte aux innovations de François de liarlay.
(2) Kibil ea lege sapientius, et prudentia resecare débet qufe licentia in-vexit, vel ignorantia. Num vero Concilium suspicari potuit eventurum esse quondam , ut quae usu antiquissimo et universalissimo stabiliuatur, ea Trecîs recenserentur inter superflxia, mit non satis pro Ecdesiœ dignitate convenientia , quœ Synodus aboleri prœcipit? Num Syaodi mens fuit ut unusquisque Episcopus , sub specie sapientius agendi quam unirersa Ecclesia, omnes Missce partes perlurbaret, suspoclisque novitatibus violaret uniformitatem Liturgiae prisca conslantique tôt seculorura consuetudine consecratam ? îSum legem banc sancivit , si fore praevidisset , quod aliquando sub obleatu praescriptaî reformationis , veteribus Cauticis remotissima autiquitate veuerandis
Forcé dans ses retranchements, et convaincu d'attentat contre l'unité liturgique , l'Evêque de Troyes avait osé soutenir, dans sa réplique, que l'unité dans les Offices divins n'avait jamais été dans l'intention de l'Eglise. Ecoutons l'Archevêque de Sens réfuter avec sa science et son éloquence ordinaires, cette scandaleuse assertion que, plus d'une fois, nous avons nous-même entendu de nos oreilles : « Rien ne
> rendait le nouveau Missel plus suspect que le changement
> affecté de presque tous les Introïts, les Graduels et autres
> pièces qui depuis tant de siècles se chantent dans toute l'E-
> glise, aux Messes solennelles. Connaissait-il bien l'antiquité, ï l'auteur du nouveau Mandement? Connaissait-il bien le vé-
> ritable esprit de la sainte Eglise , quand , voulant défendre >ce changement universel des Cantiques de la Messe, il ne » craignait pas d'affirmer que l'uniformité des Offices divins » n'a jamais été dans l'intention de l'Eglise ? Le Père Mabillon
> connaissait bien autrement l'antiquité , quand il établissait
> un axiome diamétralement opposé à ce nouveau principe ,
> que l'embarras d'une cause perdue a arraché à l'auteur du » Mandement. En effet, ce savant homme, parlant du chan- » gement arrivé sous Charlemagne dans la Liturgie Gallicane, » quand la France presque toute entière la quitta pour em- I brasser la Romaine , expose ainsi les causes de ce change- »ment : Hœc semper fiierunt summorum Pontificum ardenitissima studia, ut Romance Ecclesiœ ritus aliis Ecclesiis t approbarent , ac persuadèrent ; rati, id quod res erat, cas yfacilius in una fidei morumque concordia, atquein Ecclesiœ i Romance obsequio perstituras , si eisdem cœremoniis eadem-
substituerentur sacrae Scripturae textus mutilati, depravati, ad sensus alieuos detorii, uade sana doctriua plurimum deirimenti caperel? Pag. 1329.
LTTtJ!l(ÏIQtJES. 219
tque saei'orum forma continerentur (1). Le docte Religieux ï n'avance point gratuitement son sentiment ; il l'appuie sur îles plus graves autorités. »
Languet cite un nouveau passage de D/Mabillon, dans lequel le Bénédictin rappelle la lettre de saint Innocent 1" à Decenlius, Evêque d'Eugubium, et les divers Conciles des cinquième, sixième, septième siècles, qui ont porté des Canons pour préparer l'unité liturgique ; après quoi il ajoute :
« L'auteur du Mandement ignore ces choses , ou il les mé- » prise. Cet homme fait peu de cas de celte concorde, de cette » conformité avec le Saint Siège dont nos pères se sont mon- » très si jaloux, et qui vient de recevoir tant d'atteintes dans île Diocèse de Troyes. Pour donner quelque autorité au » changement qu'on y a fait de presque toutes les pièces de ï chant qne l'Eglise Mère emploie dans la célébration des saints » Mystères, il ose attribuer à l'Eglise universelle un sentiment
> dont la fausseté est montrée par tant de monuments , affir- » mant avec audace que ce n a jamais été l'intention de l'Eglise î de prescrire l'uniformité dans les Offices divins. Cette uni- B formité, l'Eglise l'a gardée tant qu'elle l'a pu ; de là est venu » cet admirable accord que l'on remarque sur les prières du » Canon qui sont presque les mêmes dans toutes les Eglises , î malgré leur nombre et leur diversité. Cette uniformité, I l'Eglise s'en est approchée le plus qu'elle l'a pu ; quand elle î n'a pu y parvenir, elle l'a désirée ardemment ; elle témoigne » de ce désir dans les monuments les plus sacrés : certes, elle I s'est bien donné de garde de la détruire dans les points sur î lesquels elle la voyait établie.
» C'est en vain que l'auteur du Mandement observe que
> cette uniformité est empêchée par les différentes Liturgies,
(1) De Liturgia Gallicana. Prsefat. a» 2.
>et que chaque Eglise a certains usages qui lui sont propres » et particuliers. Nous verrons bientôt dans le Cardinal Bona, »que cet auteur cite très infidèlement, que cette variété » est venue , en grande partie , de la téméraire licence de «certains Evéquesqui, abondant dans leur sens, ont préféré >leur sentiment individuel et les -productions de leur génie
> particulier , aux coutumes gardées avec utilité dans les » autres Eglises, et qui se sont mis peu en peine de suivre
> les coutumes de cette Eglise principale qui , pour son excel- > lente dignité, est pour toutes les Eglises une Maîtresse qui >les enseigne , une Mère qui les a engendrées (1). >
Nous avons suffisamment fait connaître l'importante discussion de l'Archevêque de Sens et de l'Evêque de Troyes; le lecteur a pu voir quelle supériorité de raison, quelle orthodoxie de principes caractérise la doctrine de Languet. Mais nous manquerions à l'impartialité nécessaire à tout historien , et nous n'aurions pas mis dans tout son jour la fausse position où se trouvait, au dix-huitième siècle, l'Eglise Gallicane, par rapport à la Liturgie , si nous ne faisions pas connaître le seul instant de cette grande controverse dans lequel Languet se trouve , à notre avis , battu par son adversaire.
En effet, l'Evêque de Troyes, pressant son Métropolitain par un argument adhominem, avait dit : e On ne doit pas
> moins conserver la tradition dans les Bréviaires que dans Dles Missels. Cependant, que de choses ont été changées dans » le Bréviaire de Sens (2) ! » A cela , l'Archevêque répond : i Ce n'est pas seulement le Bréviaire de Sens qu'il fallait
> nous objecter; mais encore ceux de plusieurs autres Egiises
> du Royaume. Sans prendre la peine de peser les avantages
(1) Vid. la note H.
(2) Deuxième Instruction Pastorale de l'Evêque de Troyes. Pag. 6.
LlTUnGlQUES. 221
I et les inconvénients de ces nouveaux Bréviaires , sans préî tendre attaquer la conduite de nos Frères dans l'Episcopat, » il nous suffira , pour résoudre l'objection , d'observer qu'il » en est autrement des Bréviaires que des Missels. Le Bréïviaire est destiné principalement aux Prêtres et aux Pasj> teurs ; ce livre ne doit pas seulement les édifier, mais les » instruire. C'est peut-être la raison pour laquelle plusieurs î Evêques ont cru qu'en composant un Bréviaire formé des y> seules paroles de l'Ecriture , les Prêtres , au moyen de l'Of- » fice qu'ils récitent chaque jour, deviendraient plus habiles !>dans la science des livres saints. Eu effet, le Prêtre doit î apprendre la doctrine de l'Eglise et la tradition autrement jque par son Bréviaire; il n'éprouve pas le besoin, comme »lc peuple, d'avoir euLre les mains tous les monuments que » renferment les prières de l'Eglise. En outre , le peuple ne 5) récite pas l'Office en langue vulgaire, et sans qu'il en puisse î souffrir, on peut changer les prières des Matines et des B heures du jour. Le peuple , au contraire , assiste à la Messe »avec assiduité; les uns la chantent, les autres la lisent tous î les Dimanches : c'est ainsi qu'ils gardent dans leur mémoire » des vérités qu'ils ont apprises dès l'enfance, et qu'ils trouvent » exposées et expliquées dans la Messe du jour. Ces vérités , île peuple les croit avec une ferme confiance, parce qu'il » sait qu'en tous lieux on les chante dans les mêmes Cantiques, i qu'on les a chantées dans tous les temps. Le peuple du Dio- I cèse de Troyes lira-t-il maintenant avec la même confiance î et la même sécurité des Messes qu'il saura n'être pas réci- » tées dans d'autres lieux (l). »
(1) Hic vero non solum Breviarium Senonense objicere debebat , sed etiam aliarum liujus Regui Ecclcsiarum nova Brevlaria. Verum ut receatium illorura Breviariorum utilitates et incommoda ponderare omiitamus , nec attentemus fratrum nostrorum Episcoporum agendi
222 INSTITUXIONS
Nous oserons pourtant observer à l'illustre Archevêque que si la tradition est l'élément principal de la Liturgie, elle doit élre autant ménagée dans le Bréviaire que dans le Missel ; que les confessions de foi consignées par saint Grégoire, ou même ses prédécesseurs, dans les Répons et les Antiennes, sont d'une égale autorité , d'une utilité pareille contre les sectaires, que celles que nous avons dans les Introïts, les Graduels et les Offertoires ; que si les passages de l'Ecriture choisis par des particuliers sont dangereux , ^ans autorité , dans les Missels , ils ne le sont pas moins dans les Bréviaires ; que le désir de transformer le Bréviaire d'un Diocèse parlicuHer en un livre d'études sacerdotales ne justifie pas l'inconvénient d'altérer par là l'uniformité hturgique que l'on vient de démontrer conforme au vœu de l'Eglise ; que toute opération tendante à isoler les prières privées du Prêtre
rationem in ea re coadesaaare , ad solvendam objectionem quae ex novis Breviariis eruitur, sufficit observare, longe aliter judicari posse de Breviariis qaaai de Missalibus. Breviarium Presbyteris praeserlim ac Pastoribus destinatur, et eos non tantum œdificare débet, sed etiaiu edocere, bac fortasse de causa muîti Episcopi fore credideruut ut, si ipsis elaborareat Breviarium quod ex solis Scripturae textibus componerentur , in scientia SS. Librorum peritiores évadèrent ope OlBcii quod slngulis diebus recitant. Aliter enim ac per Breviarium suum, doctrinam Ecclasiae scire débet Presbyter, traditionemque cognoscere quam per Breviarii sui usum : nec indiget , aeque ac populus , ut habeat prœ manibus cuncta illa monumenta quae nobis in Ecclesiœ precibus exbibentur. Prsterea populus diviuum OfScium vulgo non récitât , et sine ullo populi i^commodo verba et preces Horarum nocturuarum et diurnarum mutari possunt. Missae autem populus assistit assidue; alii eam cantant , alii singulis diebus Dominicis illam legunt ; sicque in memoriam suam revocant veritates quas a pueritia didicerunt, et in Missa diei expositas et explicatas vident. Veritates illas firma fiducia crédit populus, quas scit ipsas in omnibus locis omnibusque temporibus in iisdem Canticis fuisse decantatas , eademue fiducia, eademne securiiate in Diœcesi Trecensi a populo legenlur Missa; quas sciet uuilw alio in loco recitari? Pay. 1554.
d'avec celles du reste de l'Eglise , est contraire au but des Heures Canoniales et a été réprouvée dans le Bréviaire de Quignonez ; qu'il n'est pas exact de dire que l'on peut impunément changer les prières des Heures, pourvu qu'on laisse au peuple celles delà Messe, puisque le peuple assiste et chante aux. Vêpres, tous les Dimanches, aux Petites Heures fréquemment , et quelquefois même à Matines ; qu'enfin , les changements introduits dans ces Offices vraiment populaires, en révélant aux fidèles des variations dans le culte divin, leur feront la même impression fâcheuse que les altérations ou substitutions de prières dans le Missel.
Tout ceci est d'une évidence si matérielle, que Ton ne s'expliquerait pas l'inconséquence dans laquelle l'Evéque de Troyes a entraîné son adversaire , si l'on ne réfléchissait à la fausse position dans laquelle se trouvait Languet. Le Missel de Sens était encore le Missel Romain à très peu de choses près ; le Bréviaire avait été réformé à la moderne , depuis quelques années. Languet était innocent de ces changements, mais il hésitait à les blâmer et se jetait à les justifier à tout hasard. Toutefois, il souffrait de cette fausse/position, témoin ces paroles que nous trouvons plus loin : t Si cepenïdant, dans un nouveau Bréviaire, quelqu'un affectait de » composer des Antiennes avec les textes obscurs de l'Ecri- » turc dans lesquels les hérétiques vont puiser les objections ji que les théologiens réfutent , l'artisan d'un tel Bréviaire ne sniérilerait-il pas d'être repris? Et, dans ce Royaume, comihien de Bréviaires, sams en excepter le nôtre, dans les- T> quels cette misérable alfectation s'est glissée (I) / > Languet
(1) Si tamen in novo Breviario aflectaret aliquis Antiphonas componereobscuris Scriptural textibus, unde haeretici depromunt objectiones quas theologi diluunt ( quam multa autem ia hoc regno Brevjaria , ne excepto quidcm nostro , in quae misera haec irrepsit affectatio ) , aoano Breviarii iUius sirlifej jure possel reprehendi ? Page 1376,
pouvait-il réprouver plus fortement les nouveaux Bréviaires? ne donnait-il pas ici gain de cause à son adversaire? Nous le plaindrons donc ; mais sa faiblesse contre un abus dont il gémissait et qu'il condamnait si sévèrement , ne donnera que plus de poids à sa doctrine liturgique, en la montrant plus désintéressée. Reprenons l'histoire du Missel de Troyes.
A la fin de son troisième Mandement, l'Archevêque de Sens renouvelait les prohibitions qu'on avait lues à la fin du premier. L'Evêque de Troyes, de son côté, avait défendu la lecture des Mandements de son Métropolitain. Au milieu de cette anarchie , la cause avait été saisie, non par le Primat, non par le Siège Apostolique , mais par le Roi , dont nous avons vu ailleurs les officiers proclamer les droits sur la Liturgie. Telles étaient les Libertés de l'Eglise Gallicane.
Cependant , le Chapitre de la Cathédrale de Troyes , dont dix-sept membres, sur vingt-deux présents (1) , avaient déféré le nouveau Missel au Métropolitain , n'était point demeuré inébranlable dans sa courageuse résolution. A la suite d'un de ses Mandements, l'Evêque avait pu produire devant le public l'adhésion de vingt-deux membres de ce corps à son. Missel , et leur désaveu de la démarche qui avait amené l'intervention de l'Archevêque de Sens dans celte affaire. Languet donne l'explication de cette variation dans une lettre à son frère, le fameux Curé de Saint-Sulpice. On avait employé les menaces et les caresses pour porter plusieurs des membres à se désister de leur appel; d'autres, d'ailleurs, moitié par conscience, moitié par intérêt, s'étaient retranchés dans le silence. Déplus, les Chanoines commensaux de l'Evêque s'étaient adjoints aux signataires de l'acte de réiraclaiion de l'appel ; en sorte que le nombre des dix-sept
(1) Le Chapitre de Troyes était composé de trente-sept Chanoines.
réclamants était tombé à douze qui supportaient toutes les conséquences de leur généreuse résistance, au moment où Languet écrivait à son frère la lettre dont nous parlons (1). Nous devons faire connaître dans cette histoire liturgique les noms de ces vénérables champions de la tradition de l'Eglise sur le culte divin. Nous les trouvons à la fin d'une Adresse à leur Métropolitain , dans laquelle ils protestent contre l'irrégularité des choses qui s'étaient passées dans la rétractation de l'appel. Cette pièce, qui est du 29 juin 1738, porte les signatures suivantes : J. Coullemier, Berthelin, Labrun, Jaillant , Angenoust , de la Rivey, Collis , Breyer, Faudrillon, H. Langlois, de la Chasse, et Doé.
Dieu- ne permit pas que la courageuse résistance de ces dignes Prêtres demeurât absolument sans effet. Quelques mois après, il intervint un ordre de la Cour à l'Evéque de Troyes , lui enjoignant de rétracter par acte public plusieurs des dispositions de son Missel , et bientôt, sous la date du d5 octobre 1758, on vit paraître un Mandement du Prélat, dont le dispositif était conçu en ces termes :
« A ces causes, et après avoir fait toutes les considérations » qu'exigeait la matière ; à l'effet de montrer l'équité et la
(1) Variis artibus usum est ut parlim terrerenlur, partira allicerentur plurimi ex Caaonicis, ut a prima sententia dosciscerent. Quidam ut conscieatia} simul et ulilitati suae consulereut, tiniidi silentii partes amplexi sunt. Praevaluerc tandem novitatis amatores, quorum vires ac uumerum auxerant Prsesulis ministri ac convictores, ceu, ut aiuat, commensales; qui ubi agiiur do rébus ad Epi^icopum pertineniibus, juxta usum Capiiuli, jus dicendae sealentiae nullum liabent. Rémanent nihilominus duodecim qui geaerose det'endunt tum privilégia Capituli, tum rilus Ecclesiae suae autiquitate cousecralos et quas inducere tentât Episcopus scandalosas novilates aversantur. Digiia aureis Ecclesiœ temporibus magnitudinc animi obtulcrunt se omnibus molestiis ac vexationibus quas Canonicis poiest aUerre Praesulis, collegarumque suorum infensus animus , cujus habetur spécimen in stylo quo erga Metropolitanum utuatur. Languet. Episl. ad D. Purochum S. Hulpitii P«n«orMm.Opp. Tora. II. pag. 1412.
> sincérité qui président à nos délibérations ; désirant consers ver la paix et abolir des dissensions qui sont une source de i contention et non d'édification ; expliquant par les présentes » les rubriques de notre Missel et voulant suppléer à ce qui îleur manque , nousstaîuons et ordonnons ce qui suit :
> 1° Les mois stihmissîori voce employés dans lesdites ru- > briques, devront être entendus dans le sens des molS5w&- » missa voce et secreto employés dans les autres Missels. Nous » défendons à tout Prêtre de notre Diocèse de prononcer à »voix haute et intelligible les paroles du Canon de la Messe ï et les Oraisons appelées Secrètes.
» 2° Nous enjoignons à tous les Prêtres qui célèbrent des > Messes chantées, de lire et réciter en particulier l'Introït, >le Kyrie eleison, le Gloria in excelsis. i'Epître, le Graduel , ïl'Evangile, le Credo , et les autres parties de la Messe qui se chantent au chœur.
j 50 Nous ajoutons à la Rubrique qui prescrit le mode de ï distribuer la Communion aux fidèles, l'injonclion expresse
> de réciter le Confiteor et les autres prières d'usage avant la
> Communion ; ce qui devra être inviolablement observé dans
> tout le Diocèse , même pour la Communion qui se donne iintra Missam.
» Quœ pacis sunt sectemur, ea quœ œdificationis sunt in iinvicem custodiamus. ( Rom. XIW ) Sera notre présent iMandement lu'et publié à la Grand'Messe, dans toutes les î paroisses de notre Diocèse ; et afin que notre volonté soit î connue de tous ceux qui célébreront la Messe dans notre
> Diocèse, nous ordonnons que ce dispositif de notre Mande-
> ment soit imprimé à part et placé en tête de chaque exem- > plaire de notre Missel (1). »
(1) i. i. Languet opéra. Tom. 11. pag. 1413.
L'Evêque de Troyes publia ce Mandement, de Paris, où il s'était rendu pour accommoder l'affaire. On doit remarquer dans cette honnête rétractation, outre l'injonction royale qui en fut la cause , que l'Evêque de Troyes ne révoque pas la scandaleuse Rubrique de son Missel qui tend à transformer l'Autel du Sacrifice catholique en une simple table, par la suppression des chandeliers et de la croix ; il est vrai que cette Rubrique semble être plutôt directive que préceptivc. Ce fut sans doute l'excuse que fit valoir son auteur pour échapper sur ce point à la rétractation.
Mais ce qui est plus grave , à raison des conséquences , c'est qu'il ne fut demandé à l'Evêque aucun désaveu sur le changement des Messes signalé par Languet , œuvre de séparation, insulte à la tradition dont on avait repoussé les saintes et graves formules , pour les remplacer par des phrases de l'Ecriture Sainte produites arbitrairement, ou dans un but hérétique. Deux raisons empêchèrent d'apercevoir toute la gravité de celte manœuvre. La première est qu'on se préoccupa trop des modifications que le Missel de Troyes établissait dans les cérémonies , parce qu'elles étaient de nature à choquer plus gravement les yeux et les oreilles du peuple, tandis qu'on ne voyait pas la même importance à la substitution d'un Introït, ou d'un Graduel, à un autre Introït ou à un autre Graduel. La seconde raison , c'est qu'on n'eût pu sévir sous ce prétexte contre le Missel de Troyes, sans condamner un grand nombre de Prélats Français qui , depuis François de Harlay jusqu'en 1738, avaient déjà remanié toute la Liturgie suivant le même système. Cependant, tout le danger était là; Languet, l'Archevêque de Cambrai l'avaient signalé ; nous entendrons bientôt d'autres voix, rares, mais courageuses, s'unir à celles de ces deux grands Prélats; mais ces voix se perdirent m milieu du
fracas d'applaudissements qui accueillit , dans la plus grande partie de la France, les nouvelles théories liturgiques. Qu'importait de veiller avec tant de soin à la conservation de certaines cérémonies extérieures, quand l'âme de toute la Liturgie, la tradition, l'unité , l'antiquité, l'autorité des formules saintes s'éteignaient; car si le fond de la Liturgie est le sentiment religieux , sa forme première est et doit être la parole, et si le geste accompagne la parole, il ne la supplée qu'imparfaitement.
La longue et instructive histoire du Missel de Meaux a causé dans notre récit une inversion chronologique que nous allons réparer maintenant. L'ordre des temps eût exigé que nous racontassions d'abord l'apparition de l'ouvrage de Dom Claude de Vert, intitulé: Explication simple, littérale et historique des cérémonies de la Messe, et du système trop fameux sur lequel repose ce livre tout entier. Le désir de réunir les divers faits qui ont rapport au complot Janséniste pour la récitation du Canon à haute voix, nous a engagé à réunir dans notre récit l'histoire du Missel de Troyes à celle du Missel de Meaux ; maintenant que nous en avons fini sur cette matière , nous allons faire connaître la nouvelle atteinte portée à la Liturgie par le célèbre promoteur et rédacteur du Bréviaire de Cluny.
C'est un principe dans toute religion que les cérémonies renferment un supplément aux formules du culte ; la religion chrétienne elle-même , qui fonde ses moyens de salut pour le peuple fidèle sur les Sacrements, proclame la nécessité, l'importance des rites sacrés, comme divinement institués, renfermant la grâce qu'ils signifient. Elle voit dans la matière et la forme de ces Sacrements des circonstances extérieures, non choisies arbitrairement et dans un but de commodité, mais imposées immédiatement dans le but de signifier el d'opérer tout u la fois. Dire que rorigine du Baptême n'est 1
LlTURGIOtJES. 229
mitre que le besoin de se laver le corps par motif de propreté, ce serait tout à la fois dire une impiété et mentir à l'histoire de l'institution de ce premier des Sacrements.
Néanmoins, ainsi que nous l'avons raconté ailleurs (1), rien n'a été plus violemment poursuivi par la secte Anti* liturgiste que ce symbolisme chrétien qui donne une valeur mystique à un geste, à un objet matériel , qui spiritualise la création visible et accomplit si magnifiquement le but de l'Incarnation, exprimé d'une manière sublime dans cette admirable phrase liturgique : Ut dùm visibiliter Deum cognoscimus , per hune in invisibilium amorem rapiamur (2). Quand l'hérésie a pu agir directement, elle a écrasé le symbolisme , témoin les Iconoclastes , témoin Luther et plus encore Calvin, qui, détruisant tous les Sacramentaux et même les Sacrements , à l'exception d'un seul, ont placé le Protestantisme, nous ne dirons pas au-dessous du Judaïsme qui avait ses symboles divins quoique muets , mais au-dessous du Gentilisme , qui renfermait et renferme encore tant de iraits empruntés à la divine religion des Patriarches.
Nous avons déjà remarqué cent fois que toutes les manœuvres que l'hérésie opère hors de l'Eglise, se répètent sur une échelle moins vaste, mais avec une diabolique intelligence, au sein du peuple fidèle , au moyen des influences de la secte Anti-liturgistequi s'est montrée de nos jours sous la forme du Jansénisme. Rappelons-nous encore une fois que la secte ne nie jamais formellement le dogme qu'elle déleste; son succès , son existence môme dépendent de sa discrétion. Elle doit garder un point de contact avec l'orthodoxie, en même temps qu'elle s'entend , par dessous terre , avec l'hérésie.
(i) Chap. XIV. pag. il8.
(2) Préface de INoël , au Missel Romain.
Or, il était facile de prévoir que le même mouvement qui avait produit le renversement de îa tradition dans les Missels et Bréviaires de Paris, de Cluny, de Troyes, qui avait failli corrompre le Canon de la Messe dans le Missel de Meaux , qui poussait à la traduction de la Bible et des livres liturgiques en langue vulgaire , qui portait un grand nombre de Prêtres à violer le secret des Mystères dans la célébration de la Messe , tendrait , dans cette universelle sécularisation de la Liturgie , à matérialiser les cérémonies dont l'antique mysticisme se trouvait en contradiction trop flagrante avec tout cet ensemble de naturalisme. Déjà, chez les Français, peuple frivole, le Protestantisme, préludant aux sarcasmes de la philosophie du dix-huitième siècle, avait déversé le ridicule sur un grand nombre de cérémonies , et , certes , on peut dire que ce n'avait pas été sans succès. La seule comparaison des Rituels du seizième siècle avec ceux de nos Diocèses d'aujourd'hui, nous montre assez combien de pieux et vénérables rites pratiquaient nos pères qui sont aujourd'hui tellement oubliés, que c'est presque de la science que de savoir les rappeler.
Généralement , nos docteurs se placèrent trop exclusivement sur la défensive vis-à-vis de la. Prétendue Réforme; ils amoindrissaient le dogme , ils élaguaient du culte tout ce qui leur semblait difficile à défendre au point de vue de leurs advereaires. Ils voulaient ne pas choquer, contenter même, s'il eût été possible , la raison des Protestants ; ils leur accordaient la victoire en petit, convenant ainsi tacitement que la Réforme avait eu certains griefs contre l'Eglise qui eût péché par exagération. Tactique imprudente que les succès n'ont jamais justifiée. Queis sont, par exemple, les Protestants que la Déclaration de 1082 ait réconciliés avec le Siège ApostoHque, réduit désormais aux proportions d'autorité
qu'il plaisait aux Français de lui laisser? Ne sait-on pas que les Proleslanls de Hollande adressèrent des félicitations aux Evêques de l'Assemblée, de ce qu'enfin ils se rapprochaient d'eux? Ne sait -on pas que la généralité des Protestants convertis en notre siècle ( et notre siècle est celui qui a vu le plus grand nombre d'abjurations), ne veut point connaître d'autre- interprète des prérogatives du Siège Apostolique que le Siège Apostolique lui-même?
Le dix-seplièrae siècle avait fini dans cet esprit de tolérance que le dix-huitième ne devait pas démentir. La Réforme profilait, ainsi que de raison, de ces avances maladroites, et vers 1690, un célèbre ministre Calviniste, Jurieu, écrivait qu'un savant homme de^ l'Eglise Romaine, Chanoine ( 1 ) de Clunij, préparait un ouvrage qui ferait tomber les Durands , les Biels , les Innocents et leurs disciples , qui ont écrit touchant les mystères de la Messe ; et qu'il prouverait que toutes ces cérémonies sont sans mxjstères , et quelles ont été instituées uniquement far des raisons de commodité , oié par occasion (2). Ce savant homme était Dom Claude de Vert ; c'est notre Trésorier de Cluny qui s'était ainsi chargé de naturaliser ]es cérémonies de la Messe, et cette nouvelle avait fait tressaillir dans sa grotesque Pathmos le fanatique prophète du Calvinisme.
Dom de Vert, dans un voyage qu'il avait fait à Rome, vers 1662 , et dans lequel il fut témoin de la pompe des cérémonies qui se pratiquent dans cette capitale du monde Chrétien, loin d'en goûter les mystères , conçut dès-lors l'idée d'un ouvrage dans lequel , dédaignant d'expliquer les symboles de la Liturgie par des raisons mystiques, comme l'avait fait
(1) C'est Moine qu'il voulait dire,
(2) Jurieu cité par D. de Vert , dans sa Lettre à ce Ministre, pag. 1.
jusqu'alors toute la tradition des liturgistes de l'Eglise d'Orient et de celle d'Occident, il en rechercherait seulement les vùisons physiques , à l'aide desquelles il se promettait de rendre raison de tout. Le projet de cet ouvrage, déjà fort avancé en 1690, avait percé dans le public, et la nouvelle en était parvenue jusqu'à Jurieu. D. de Vert ayant eu connaissance de l'assertion du Ministre, en fut embarrassé et résolut de lui répondre sur le champ, sans attendre la publication de son grand ouvrage. Il adressa à Jurieu une Lettre sur les cérémonies de la Messe, qui parut à Paris, en 1690, et dans laquelle il avait pour but de détruire la mauvaise impression que les paroles du Ministre auraient pu laisser contre lui dans le public , et de réfuter plusieurs sarcasmes de ce Calviniste contre les rites du plus sacré et du plus profond de nos mystères.
Dom de Vert commence donc par protester de son respect pour les interprètes mystiques des cérémonies de l'Eglise, dont il révère, dit-il, jusqu'aux moindres explications; mais il soutient que chaque cérémonie de l'Eglise a son histoire et ses raisons d'institution. « Je ne vois pas même , continue- » t-il, pourquoi on ne pourrait pas dire que, comme le Saint- » Esprit a dans l'intention tous les différents sens catholiques » dont l'Ecriture est capable , de même l'Eglise peut , dans » l'usage de ses cérémonies, outre les raisons d'institution, avoir
> encore en vue les différents sens spirituels que les Pères et îles auteurs mystiques donnent communément à ces céréi monies , et se proposer en cela d'aider par des choses sen- » sibles la piété des fidèles , et relever même la majesté de ses î divins Offices. On ne détruit pas pour cela les raisons d'ins- » tituLJon qui sont comme le sens de la lettre ; au contraire ,
> on le suppose , puisque c'est dans la lettre même que se reni contre l'analogie et le fondement de ces rapports et de ces
> allégories. Ce n'est point une soustraction de ce sens, mais » une addition à ce sens. Pourquoi donc rejeter ces sens spiri- » tuels et mystiques , quand ils ne ruinent point celui de la » lettre , quand on les contient dans de justes bornes , qu'on ne » les donne que pour ce qu'ils sont , c'est-à-dire pour des pensées y pieuses et édifiantes , et des idées arbitraires, si vous voulez ^ » mais où on ne laisse pas de trouver de quoi s'instruire et se
> nourrir ; qu'enfin, on établit et on suppose la lettre comme le t fondement de tout. On voit, par exemple , un ruisseau coui 1er, qui empêche qu'à l'occasion de ce ruisseau qui coule ,
> on ne s'applique à considérer la fragilité des choses hu- » maines, et qu'on ne fasse attention que nos années s'écoulent isans retour comme ces eaux? Cette idée ne se présente- »t-elle pas d'elle-même à l'esprit? Et cette pensée si néces- >saire et si utile, n'est-elle pas fondée sur des rapports très
> justes de cet effet physique avec ce qu'il nous représente ? » Enfin , l'Ecriture ne fait-elle pas elle-même la comparaison » de l'un à l'autre? // n'y a donc qu'à en demeurer là; et pourvu » qu'on convienne de la cause naturelle de cet effet, qu'on ne la i perde point de vue, qu'on la suppose, qu'onla regarde comme tune pure cause occasionnelle de nos réflexions qui les ren- » ferme par un simple rapport allégorique ; et qu'enfin on n'aille tpas jusques à dire que ces eaux ne coulent que pour nous rei présenter et nous faire envisager cette fragilité; tout est bon, » et il est permis d'en tirer toute l'instruction qu'on pourra ( 1 ) . »
On peut dire que ces quelques lignes contiennent toute la doctrine de Dom de Vert, doctrine d'autant plus dangereuse qu'elle jjaraît plus innocente, au premier abord. Ainsi , l'Eglise, instituant les cérémonies , n'a point eu pour but l'instruction et l'édification des fidèles; les raisons mystiques ne
(1) Pages 3 et suiv.
sont admissibles que dans l'usage de ces cérémonies et comme par surabondance. Ces. raisons mystiques ne doivent pas être rejetées, quoique arbitraires en elles-mêmes; mais l'essenliel est d'avoir dans l'esprit la cause naturelle de chaque rite sacré, et de se garder bien d'aller jusqu'à dire que ces rites ne sont accomplis que pour nous représenter des pensées morales ou mystiques. Voilà donc, encore une fois, l'Eglise ravalée au-dessous du Judaïsme, et convaincue de ne pas savoir, ou de ne pas vouloir enseigner les fidèles par les formes extérieures qui, cependant, ont été, de tout temps, si puissantes pour opérer l'initiation aux mystères.
La comparaison tirée du ruisseau dont l'aspect rappelle des pensées graves est bien maladroite. D'abord, il est incontestable pour tout être raisonnable , éclairé des lumières de la révélation , que ce monde visible n'est qu'une forme du monde invisible , et que chaque partie de la nature sensible a reçu la mission de nous introduire à la connaissance d'un rayon des perfections divines. L'Ecriture , en cent endroits , nous révèle cette vérité, et les saints Pères, les théologiens, dans l'explication de l'œuvre des six jours et dans tout leur enseignement en général , n'ont cessé de nous l'inculquer. Nous dirons donc à Dom de Vert : Oui , ce ruisseau a été créé par l'auteur de toutes choses à l'intention expresse de fournir à l'homme une occasion de s'éiever, par son simple aspect, aux choses célestes. Si le firmament, par ordre de Dieu, raconte à l'homme la gloire du Créateur, pourquoi le cours d'un ruisseau ne serait-il pas aussi , par ordre de Dieu , une leçon pour l'homme de se défier des moments qui passent et ne reviennent plus , et de s'élever vers la seule chose qui dure? Or, l'Eglise est en possession de la divine Sagesse ; pourquoi agirait-elle matériellement dans l'institution , sans avoir la force d'agir à la fois matériellement et
spirituellement? Pourquoi ses institutions ne seraient-elles vivifiées par l'Esprit que dans un acte second, qui leur laisserait toute l'imperfection d'une conception grossière et charnelle ?
Mais ce n'est point ici que nous devons traiter de la Symbolique en matière de Liturgie ; une des divisions de cet ouvrage est exclusivement consacrée à ce magnifique objet. Nous arrêterons donc ici ces considérations qui ne perdent rien de leur force par les minces objections de détail que D. de Vert et ses partisans voudraient y opposer, et nous reprendrons le fil de notre histoire.
Dans sa préface, D. de Vert exprime la plus grande confiance de voir son système accélérer le retour des Protestants à la foi de l'Eglise, par ce motif que désormais les cérémonies leur paraîtront sans mystères. C'est par une raison du même genre que le Clergé de France , peu d'années après avoir sollicité d'Alexandre VII une condamnation solennelle de la traduction du Missel par de Voisin , répandit lui-même de nombreux exemplaires du Canon de la Messe traduit littéralement en français , entre les mains des nouveaux Catholiques. Sans doute, il faut reconnaître dans de telles mesures une intention du zèle pastoral ; mais la contradiction n'y est pas moins palpable. Au reste, si les Huguenots du dix-septième siècle ne revenaient à la vraie Eglise que lorsqu'on avait pu les convaincre que les formes du culte catholique étaient sans mystères; aujourd'hui, les Protestants d'Angleterre et ceux de l'Amérique du Nord y rentrent par une autre voie. Les lettres des Missionnaires nous répètent sans cesse , ainsi que nous l'avons rappelé ailleurs , que rien n'est plus elTicace pour ramener ces victimes de l'erreur, que de leur faire comprendre l'esprit qui vivifie chacune des actions du Prêtre Catholique , qui anime des détails
en Apparence les plus matériels du culte. Que conclure de cette différence, sinon que les nouveaux convertis du dixseptième et du dix-lîuitième siècles, tout en abjurant le rationalisme de la Réforme , en voulaient retrouver encore quelque trace dans les mœurs de la nouvelle société qui les recevait, tandis que, dans notre temps, les âmes fatiguées delà sécheresse du Protestantisme viennent, avides de foi et d'amour, demander à l'Eglise qu'elle veuille bien les initier aux secrets du monde invisible , caché sous les harmonies du monde extérieur.
La Lettre de Dora Claude de Vert à Jurieu obtint un grand succès dans l'école à laquelle appartenait ce personnage (1). Outre l'approbation de Henri-Félix de Tassy, Evêque de Chûlons-sur-Saône , elle est décorée de celles de plusieurs Docteurs de Paris, parmi lesquels on remarque sans éionnement Laraet, Curé de Saint-Eustache , l'un des Commissaires du Bréviaire de François de Harlay ; Hideux , Curé des Saints-Innocents , le même qui donna , en lC9o , son approbation au livre du sieur Baillet sur la dévotion à la Sainte Vierge, dont Bayle a dit qu'il était écrit aussi raisonnablement qu'une personne de sa profession le puisse faire; Eilies Dupin , que l'on a toujours trouvé disposé à se mettre en avant dans toutes les occasions scandaleuses ; Phelippeaux , Grand- Vicaire de Bossuet, si connu par sa violence contre la personne de Fénélon dans l'affaire du Quiétisme, etc. Il est remarquable, au reste, que l'approbation donnée à la
(1) Nous ne pensons pas faire tort à Dora de Vert en le coaiptani au nombre des Jansénistes. Ses relations personnelles, ses œuvres, ses syslèine.>, tout trabit ses doclrines. Voici comme il s'exprime sur Saint Cyran , dans la préface du premier tome de son trop fameux ouvrage : « Cet auteur, profond théologien d'ailleurs et très versé dans la science u de l'Eglise , était eu même tenaps grand spirituel et grand mystique. »
Lettre de D. de Vert , à rEvcché de Meaux , ne porte point la signature de Bossuet. Il semble qu'il ait craint de se comproraetlre par une sympathie trop éclatante. Cette approbation est signée simplement de l'Abbé Phelippeaux , dont nous venons de parler, et d'un Chanoine de la Cathédrale. Néanmoins , on sait que Bossuet portait une estime toute particulière à Dom Claude de Vert , et qu'il l'encouragea dans la composition de son grand ouvrage sur les cérémonies. « Feu îM. Bossuet, Evéque de Meaux , dit Dom de Vert (et chacun «sait quelle idée de savoir, d'éloquence, de beauté de géî nie et de zèle pour l'Eglise , ce seul nom nous présente ) , >m'a souvent fait l'honneur de me presser de vive voix et ipar écrit, d'expliquer et de développer toute cette matière ïà fond; jusqu'à désirer que je lui fisse part de mes vues et j de mes recherches. Ce que j'exécutai quelque temps avant »sa mort, en deux ou trois conférences qu'il voulut bien » m'accorder, et dans lesquelles il eut la bonté de se prêter îtout entier à moi , me faisant ses objections, me donnant ï ses avis et me communiquant ses lumières sur les endroits îles plus dilTiciles et les plus délicats. Et je me souviendrai «toujours qu'il m'exhorta à ne point m' élever contre les au- » leurs mystiques, ni contre leurs raisons; disant qu'il n'y î avait qu'à poser les faits et les bien établir, et qu'aussitôt ï la vérité se ferait sentir d'elle-même (1). »
Au reste, si Dom de Vert sut mériter des approbations semblables, il n'obtint pas du moins celle de l'illustre Père i\Iabillon. « Lorsque M. de Vert vint me voii' la pi'emière fois, Il dit Dom Mariène, dans une lettre au P. Le Brun (3), le ïP. Mabillon vint lui-même m'averlir qu'il me demandait, et
(1) Explication des cérémonies de l'Eglise. Tome I. Préface, page V.
(2) Kxplicî^Uon de la JHçssje. i.V"= Dis:>erUlion. Tow. IV, pag. 331.
» m'avertit en même temps que c'était un homme hardi et > qu'il fallait lui résister; qu'il savait quelque chose; mais > qu'il n'était pas si savant qu'on s'imaginait. »
L'ouvrage tant désiré parut enfin dans les premières années du dix-huilièrae siècle. Les deux premiers volumes virent le jour en 1706 et 1707, sous ce titre : Explication simple, littérale et historique des Cérémonies de l'Eglise. Les deux derniers tomes ne furent imprimés qu'en 1713 , après la mort de l'auteur. On ne peut nier que l'ouvrage, quoique rédigé sans ordre et sans goût, ne renfermât une foule d'observations curieuses et n'annonçât dans son auteur une rare érudition ; mais on doit convenir que le scandale y était porté à son comble par l'audace et le cynisme des interprétations. Le lecteur en jugera tout à l'heure.
Les principes étaient les mêmes que nous venons de signaler dans la Lettre à Jurieu; mais du moins, dans cette Lettre, D. de Vert gardait encore quelque mesure. Il ne dissimulait plus rien dans son grand ouvrage. On prétendit même qu'il avait attendu la mort de Bossuet pour publier le premier volume, parce qu'il craignait que ce grand Evêque, tout en partageant ses théories , ne trouvât qu'il avait outrepassé les bornes légitimes dans les applications.
Quoi qu'il en soit , Dom de Vert s'en allait interprétant avec son système tout l'ensemble de la Liturgie, et matérialisant par les vues les plus ignobles tout ce qu'il y a de plus spirituel et de plus relevé dans les rites du Catholicisme. S'agissait-il, par exemple, d'expliquer l'usage de l'encensa l'autel , D. de Vert n'attribuait cette institution qu'à la nécessité de corriger l'insalubrité de l'air dans les assemblées souterraines de la primitive Eglise. Préoccupé de sa découverte, il oubliait l'encens du Tabernacle Mosaïque, du Temple de Jérusalem, l'encens que toutes les religioasoût brûlé
devant la Divinité en signe de prière et d'adoration , et non pour corriger l'air corrompu des Temples. Celte seule assertion suffirait sans doute pour caractériser l'ouvrage de D. de Vert. Nous irons plus loin , et nous dévoilerons sans pitié les turpitudes dans lesquelles l'amour du naturalisme dans les choses sacrées peut faire descendre une âme d'ailleurs honnête et religieuse à sa manière. ' Nous dirons donc qu'aux yeux du Trésorier de Cluny, « l'immersion du Baptême prend son origine dans la coutume îdc laveries enfants, au moment de leur naissance, pour 3» des raisons physiques; que les vues spirituelles et symbo- , cliques de saint Paul, qui ont pour objet de représenter » l'ensevelissement spirituel du fidèle avec Jésus-Christ comme î signifié par l'immersion, ne sont point la cause et le prinï cipe de cette immersion , ne paraissant point qu'elles soient ï en effet entrées dans le dessein de son institution ; mais c'est » au contraire l'immersion qui a donné lieu à ces idées (1). t
Si le Chrétien baptisé reçoit l'onction du Chrême en sortant de l'eau , D. do Vert nous dit que < cette onction n'était î point une pratique particulière à l'Eglise. On sait que chez » toutes les nations , surtout parmi les Juifs et les Orientaux, î comme après s'être lavé et baigné, l'eau dessèche et ride » la peau, on avait soin de frotter d'huile les parues qui avaient » été mouillées, d'où vient que l'onction est presque toujours » jointe aux bains dans l'Ecriture. C'est pour ce sujet que les B femmes en plusieurs lieux, après avoir fait la lessive, se » frottent aussitôt les mains et les bras d'huile , pour empê- >cher, disent-elles, que la peau ne se ride (2). »
Tout le monde sait que les nouveaux baptisés étaient, peu-
(1) Tome II. page 16.
(2) Tome II. page 380.
dant huit jours, revêtus de robes blanches, et qu'il est resté encore un vestige de cet usage dans les rites actuels du Baptême. Voici , suivant D. de Vert , l'origine présumée de ce rite : « Il y a quelque apparence que le linge dont on s'ensveloppait pour s'essuyer, se tourna bientôt en un vrai véle- >ment blanc (i). » Le cierge qu'on mettait et qu'on met encore dans la main du baptisé , t ne servait d'abord , selon » toutes les apparences, qu'à éclairer les néophytes pour
> aller des fonts à l'autel (2). i Le cierge pascal lui-même n'a été établi que pour éclairer physiquement , et < si on l'ôte » enfin tout-à-fait à l'Ascension , c'est qu'il ne peut pas toujjoui's durer, et que le mot assumptus, par où finit l'Evanj gile de ce jour, détermine à enlever alors cette lumière et à
> la retirer (5). >
Dom de Vert veut-il expliquer la cérémonie de l'onction dans la consécration d'un Evêque : il fait dériver les formes rituelles les plus graves de la nécessité de mettre les gestes d'accord avec les paroles. < A l'endroit de ces mois : Comple » in Sacerdote tuo ministerii tui summam etornamentis totius
> gbrijicationis instructum , cœlestis unguenti rore sanctifica,
>on fait à l'Evêqueélu des onctions sur la tête C'est-à-
>dire, suivant notre système et notre idée, que pour rendre
> encore plus sensible et plus palpable la signification du mot i unguenti, et l'exprimer par l'action même, on aura fait tune onction à l'Evêque; et on la lui aura faite à la tête, à
> l'occasion de ces autres paroles : Hoc copiose in caputejus i influât. A ces autres paroles : Unguentum in capite quod y descendit in barbam, etc. , on lui a oint les mains , vraisem- » blablement à cause du mot descendit qui aura déterminé
(1) Ibid. page 379.
(2) Ibid. page 399.
(3) Ibid. pag. 51.
ï à faire descendre et découler sur les mains l'huile d'abord «répandue sur la tête (1). »
Les rites sacramentels de l'Extrême-Onction sont soumis au même système d'explication rationaliste. « Comme en » priant pour les malades , dit D. de Vert , on demandait tou- » jours de l'adoucissement à leurs maux, aussi ne man- «quait-on guère d'employer en même temps des lénitifs , » et d'adoucir en effet les parties malades par des onctions t d'huiles; ce qui provenait de l'ancienne tradition des Juifs, » qui souvent aussi joignaient les actions aux paroles. Bien iplus, les prières de l'Extrême-Onction, telles qu'elles se » trouvent dans les plus anciens Rituels ou Sacramentaires , » tendant au soulagement du corps aussi bien qu'à la giiéïrison de l'âme, attiraient aussi par conséquent des onctions t sur toutes les parties malades^ réduites communément dans »la suite aux organes des cinq sens, et encore aux pieds et »aux reins (2). j
Mais comment notre auteur eût-il consenti à reconnaître du mystère dans l'institution primitive des rites sacramentels, quand les actions même de Jésus-Christ, les plus miraculeuses , et en même temps les plus mystiques , ne lui donnent que des idées grossières dignes des docteurs Protestants d'outre-Rhin? Dom de Vert traite-t-il du miracle de la guérison du sourd-muet et de l'aveugle-né, que l'Eglise a toujours considérée comme un des grands symboles de l'Evangile , voici les explications simples , littérales et historiques qu'il en donne : « On sait qu'un peu de terre détrempée » avec de la salive était une manière d'onguent ou cataplasme »que les anciens appliquaient sur les parties malades; c'é-
(1) Jbid. pag. 186-159.
(2) Ibid. pag. 68-68.
>tait, au rapport de Plutarque, un de leurs cathartiques. «Surtout, ils regardaient la salive, comme ayant d'excel- » lentes qualités et une vertu spécifique , ainsi que nous » l'apprend Pline, au livre 28 de son Histoire naturelle, ïchap. 4. Le Fils de Dieu se servit donc apparemment, dans »la guérison du sourd-muet et de l'avcugle-né, de salive, » comme d'une espèce de médicament qui pouvait être usité » alors pour les maladies des yeux , des oreilles et de la î langue (1). »
Dom de Vert convient, cependant, que Jésus-Christ fortifia ce prétendu remède appliqué à un sourd-muet et à un aveugle-né, de la vertu de sa toute-puissance ; mais il ne lui vient même pas en pensée que ce collyre usité, il est vrai, chez les anciens , et hors de toute proportion avec les effets qu'on en attendait, pouvait bien déjà renfermer un symbole, antérieurement à l'application qu'en fit le Sauveur. Le lecteur doit sentir qu'il nous est impossible de réfuter ici ces étranges interprétations ; le développement de la doctrine des Pères sur le symbolisme demanderait trop de place, et d'ailleurs nous aurons à y revenir. Citons encore quelquesunes des découvertes de l'école rationaliste , dans l'Eglise de France , au dix-huitième siècle. Il faut avouer qu'aujourd'hui , nous Catholiques Français , nous valons mieux sous ce rapport que nos pères. Si nous ignorons beaucoup , du moins nous ne blasphémons pas ce que nous ignorons.
L'insufflation et l'imposition des mains, ces deux rites évangéliques qui tiennent à ce qu'il y a de plus profond dans l'économie du Christianisme , ne sont pas traités avec plus de respect et d'intelligence par Dom de Vert. « L'insuf-
(1) Jm.p9ig.i^9\,i7.
»flation, dit-il, n'est qu'un pur geste déterminé par le terme » aspira, ou spiritus; c'est-à-dire, une action qui n'a d'autre
> effet que d'accompagner certaines paroles , dont la lettre » est l'expression même de cette action. Tel est le souffle que »le Fils de Dieu répandit sur ses Disciples, en leur donnant » le Saint-Esprit (1). » Quant à l'imposition des mains, voici comment l'explique notre auteur : c Toule prière qui se fait »sur quelque créature présente, demande naturellement
> d'être accompagnée de l'imposition des mains, comme pour » désigner et marquer en même temps , par ce geste et cet
• attouchement, de quelle personne on parle, et que c'est de
• celle-là même qu'on touche : que c'est elle qu'on a dessein »de bénir, et pour qui, en effet, on prie , et non pour une I autre; en un mot, pour déterminer et fixer palpablement » et sensiblement , et, si j'ose hasarder ce mot , individualiser »le sujet (2). »
JNous ne finirions pas , si nous voulions approfondir les étranges interprétations par lesquelles le Trésorier de Cluny semble avoir pris à tâche de déshonorer les cérémonies de la religion. Nous répugnons à raconter en détail comment il ose avancer que Jacob, consacrant avec l'huile la pierre qui devait servir de monument de la vision céleste dont il avait été favorisé , n'avait point d'autre intention , en accomplissant ce rite, que de reconnaître le lieu de la vision quand il repasserait par là (3) ; que s'il est permis de manger de la viande le jour de Noël, quelque jour que tombe cette fête , c'est par allusion à l'Incarnation du Verbe qui s'est fait chaîr (4); que si l'on le prosterne ^
(1) Ibid. pag. 125-126.
(2) Ibid. page 130.
(3) Ibid. page 64.
(4) ma. page 11.
durant la lecture de la Passion, à l'endroit où il est dit que le Sauveur expira, c'est qu'on se laisse aller à terre, et on incline et baisse la tête , à la manière de ceux qui expirent et qui tombent morts (1) ; que si on se met à genoux, au mot , ou plutôt, après le mot descendit du Credo, il est aisé de s'apercevoir que cette cérémonie n'est que Veffet de l'impression du son et de la lettre du mot descendit ; car c'est en quelque sorte descendre que de s'agenouiller (2); que si le Prêtre, se revêtant des habits sacrés pour célébrer le saint Sacrifice, croise l'étole sur sa poitrine , c'est afin que les deux bandes, venant à se rencontrer vers le haut de la poitrine, pussent couvrir l'aube, à l'endroit où l'ouverture de la chasuble laisse un vide , et qu'ainsi tout fût de même parure (3) ; que si on place le Pape sur l'autel , dans la cérémonie de son Exaltation, c'est afin que ses pieds, étant ainsi à une hauteur raisonnable , se trouvent par conséquent plus à portée d'être commodément baisés par ceux qui vont à l'adoration [A] ; que si, à la fin de chaque Nocturne, le chœur, qui était assis pendant les Leçons , se lève au Gloria Patri du dernier Répons, ce n'est point, comme dit saint Benoît dans sa Règle , ob reverentiam sanctissimœ Trinitatis ; mais on se lève ainsi pour s'en aller et sortir du cliœur, parce qu'on en sortait autrefois à la fin de chaque Nocturne (5) , etc. , etc. , etc.
Qu'on s'imagine l'effet que dut produire l'apparition d'un pareil ouvrage dans les premières années du siècle rationaliste. Il en fut tiré plusieurs éditions, et bien qu'il ne fût lui-même que le résultat des doctrines de l'école française du dix-sep-
(1) Ibid. page 22.
(2) Tome I. page ISo.
(3) Tome II. page 303.
(4) Ibid. page 187.
(5) Tome XXV.
tième siècle, il influa comme cause sur l'époque qui le vit paraître au jour. Désormais, on ne pouvait plus faire attention au symbolisme de la Liturgie, sans courir de risque de passer pour vide de science ou pour un homme attaché aux imaginations mystiques des bas siècles. Les livres liturgiques , refaits de toutes parts d'après un type conçu par ces hommes sans tradition, ni symbolisme, n'avaient plus en effet de mystères à garder ; les cérémonies , devenues de simples usages tout humains, n'avaient bientôt plus d'autre importance dans l'Eglise qu'elles n'en ont dans les Cours et les assemblées séculières ; l'Eglise Catholique , se vidant peu à peu de ses mystères, tendait à ne plus devenir qu'un Temple où, comme nous allons voir tout à l'heure , on n'entendrait plus une langue sacrée. En voilà plus qu'il n'en faut pour expliquer comment il advint que la France, pays où la science Hturgique avait été cultivée encore avec tant d'éclat dans la seconde moitié du dix -septième siècle, vit cette science pâlir et s'éteindre dans le siècle suivant. Si quelques écrivains doivent encore se montrer à nous comme les dignes anneaux de la grande chaîne que nous avons déroulée jusqu'ici avec tant de complaisance , nous aurons le bonheur de pouvoir signaler en eux le zèle de la Maison de Dieu, et une généreuse opposition aux scandales de leur temps. Parmi eux , nous désignerons tout d'abord comme adversaires de D. Claude de Vert et du naturalisme dont il fut l'apôtre , l'illustre Prélat Joseph Languot, et le P. Pierre Le Brun, de l'Oratoire , dans son excellente Explication de la Messe.
Languet n'était point encore monté sur le siège de Sens, du haut duquel nous l'avons vu foudroyer, avec tant de zèle et de doctrine, les innovations du Missel de Troyes, lorsqu'il dénonça aux Catholiques les honteuses et sacrilèges tendances du système Dora de Yerl. Ce fut en 1715 , au.moment
i4$ INSTITUTIONS
même où il allait être appelé par Louis XIV au siège de Soissons , qu'il déposa ses réclamations en faveur des traditions liturgiques, dans un ouvrage assez court, mais substantiel, intitulé : Du véritable esprit de l'Eglise dans l'usage de ses cérémonies, ou Réfutation du Traité de Dam Claude de Vert. Ce livre est écrit avec chaleur, comme il convenait au sujet et aux périls que courait la doctrine. C'était bien là le cas de répéter ce que Bossuet avait dit avec raison dans une autre circonstance, qu'il ne s'agissait de rien moins que de la Religion toute entière. C'était c une de ces occasions, dit Languet, i dans sa préface, où le Lévite doit s'armer, sans égard, pour • défendre le Sanctuaire du Seigneur qu'on a entrepris de
> dépouiller de sa beauté , en défigurant ses mystères ! On ne » pouvait se borner à une réfutation froide et à des preuves > languissantes, en écrivant contre un homme qui impose
> par son air décisif, par les applaudissements qu'il donne à >ses frivoles conjectures, et par le ridicule qu'il semble vou- >loir répandre sur ce que nos cérémonies ont de plus res- »pectable. Le monde, d'ailleurs, est plein d'esprits forts qui, » ennemis du mystère, autant que du prodige, et de tout ce t qui peut en quelque manière captiver la raison , reçoivent » avec avidité les maximes qui paraissent favoriser leur incré- »dulilé. Le mépris des allusions pieuses des Rubricaires ré-
• jouit ces incrédules. Ils s'en autorisent dans les railleries » qu'ils en font , et c'est avec joie qu'ils croient trouver de
> quoi se justifier à eux-mêmes le peu de cas qu'ils ont cou-
> tume de faire de tout ce qu'on appelle mystique , ou sym- » bole, qui ne sert qu'à nourrir la piété. Il faut les détromper, » ou les confondre. Il faut arracher les armes à celui qui leur
> en a fourni, et faire sentir tout le ridicule de ses principes. «Comment le peut-on faire sans employer cette vivacité de
• style, qu'une juste indignation inspire, et qui ne sert qu'à
> donner plus de jour et de grâce à la véritt5? Si l'auteur > qu'on attaque est mort, son livre ne meurt point. Il vit » entre les mains du public. Les hommes avides de la nou- » veauté en ont déjà épuisé deux éditions. Non seulement les » incrédules s'en autorisent ; mais les hérétiques même croient jy trouver de quoi s'armer contre nous, et de quoi insulter » à nos théologiens et à nos mystiques. Ce n'est pas avec une » réfutation languissante qu'on vient à bout de détruire les • préventions, de confondre les esprits forts, de désarmer >Ies hérétiques, et de réveiller le zèle de ceux qui aiment la » religion. »
La discussion de Languet est lumineuse et concluante ; mais l'espace nous manque pour analyser son travail. Nous nous bornerons donc à relater ici quatre points principaux auxquels il ramène toute la question, et qu'il se propose, dans sa préface , comme l'objet de toute sa démonstration, savoir :
« Premièrement, que de tout temps l'esprit de toutes les > religions du monde, et en particulier celui de l'Eglise de » Jésus-Christ , a été d'instituer des cérémonies par des rai-
> sons de culte et de symbole , et que c'est par cette vue que
> l'Eglise a institué !a plupart des siennes. »
< 2" Que si, dans l'administration des Sacrements, ou dans > la solennité des Offices de l'Eglise, il y a quelques céréimonies qui ne doivent leur origine qu'à la nécessité, ou à
> la bienséance , il y en a du moins autant , et môme encore »plus, qui n'ont d'autres raisons d'institution, que cet esprit
> allégorique et symbolique , que M. de Vert ne peut souf-
> frir. ï
I 3° Que lorsque l'Eglise a retenu des cérémonies qui » doivent leur première origine à la nécessité, elle ne l'a pas » foit T^[\v hasard, ou par pure habitude, mais parce qu'elle a
> VU que les fidèles pourraient lirer du fruit, des sens figurés
> et instructifs qu'elle y avait attachés. »
c 4° Que plusieurs de ces sens allégoriques, ou symbo- >liques, ne doivent point être regardés comme des idées
> pieuses de quelques mystiques ; mais qu'ils sont adoptés
> par l'Eglise entière , par la tradition la plus ancienne , et » confirmés par le langage de tous les auteurs ecclésias-
> tiques. »
Telle est la synthèse de Languet sur le symbolisme ; on peut l'étendre sans doute à de plus vastes proportions ; mais telle qu'elle est , il eiît été grandement à désirer que les Français, au dix-huitième siècle, s'y fussent tenus. Ce n'est pas une médiocre gloire à Languet d'avoir élevé la voix dans cette circonstance, en faveur des antiques traditions de notre culte, qu'il devait bientôt défendre sur un autre terrain. Ce grand Prélat vit d'un coup d'œii tous les plans de la secte Janséniste, et ne se lassa jamais de dénoncer au peuple fidèle les manœuvres diverses qu'elle essaya : que sa mémoire demeure donc à jamais en vénération à tous les vrais Catholiques !
Pendant que les Jansénistes de France tendaient des pièges honteux à la simplicité des fidèles et inoculaient sourdement le génie du Calvinisme par des' changements dans l'antique Liturgie, par le mépris déversé sur l'élément mystique des cérémonies, par la récitation du Canon à haute voix; en Hollande , ils tiraient plus hardiment les conséquences de leurs principes. On doit savoir que , trahissant les intérêts de la foi et du Saint Siège, de Néercassel, Evêque de Caslorie et Vicaire Apostolique dans les Provinces-Unies, avait semé des doctrines hétérodoxes au milieu du troupeau qui lui était confié, et jeté ainsi les premiers fondements de cette société Janséniste qui est devenue depuis la Petite Eglise
tlTURClQUES. 249
d'Utrecht. Etant mort en 1686, Codde, Oratorien comme lui, fut choisi pour lui succéder, sous le titre d'Archevêque de Sébaste, et parut tout aussitôt vouloir continuer le système de son prédécesseur. II suffira de dire que ce Prélat fut déposé par Clément XI, qui défendit aux Catholiques de Hollande de prier pour lui après sa mort, arrivée en 1710. Entre autres innovations qui eurent lieu sous son gouvernement , l'une des principales fut l'emploi de la langue vulgaire dans l'administration des Sacrements. Plusieurs Prêtres Hollandais se permirent cet énorme attentat, et toute la Mission des Provinces-Unies retentit du scandale qu'il causa (1). Mais ce grand fait, qui est le couronnement des efforts de la secte, comprimé d'abord, prit bientôt de l'importance, et nous allons en marquer la suite dans cette histoire. De ce moment où nous l'enregistrons accompli, que le lecteur veuille bien le considérer comme le centre de toute l'innovation liturgique , centre désiré , cherché , rarement atteint ; il aura la clef de notre histoire.
Pendant que les Jansénistes de Hollande levaient ainsi le masque, en abdiquant la langue sacrée, la langue de Rome, moins libres qu'eux, mais non moins zélés pour l'avancement du Calvinisme, des Prêtres Français, aux portes de Paris, prostituaient la Liturgie aux plus énormes innovations , sous les yeux du Cardinal de Noailles, qui se gardait bien de fermer la bouche à ces Prophètes d'un nouveau genre.
Le Docteur Nicolas Petitpied, celui même qui devait plus tard prêter le secours de son savoir liturgique à Bossuet , Evêque de Troyes , étant de retour de Hollande , où son opiniâtreté dans l'affaire du Cas de conscience l'avait fait exiler,
(1) D'Avrigny. Mémoires clironolegiques et dogmatiques pour servir à l'Hist. Ecclés. , depuis 1600 jusqu'en 1710. Tom. lY. page 214.
vînt établir son domicile dans le village d'Asnières, aux portes de Paris. Jacques Jubé, Curé de cette paroisse, zélé Janséniste, l'accueillit avec joie, et ils concertèrent ensemble le plan d'une nouvelle Liturgie qui , tout en conservant les avantages des Livres de l'édition de Hariay, quant à l'isolement à regard de Rome , oITrît un modèle vivant de la transformation qu'on projetait. Le Missel de Troyes que Petilpied rédigea depuis, n'était, comme on va le voir, qu'une initiation , pour ce Diocèse , aux mystères de la Liturgie plus complète que l'Eglise d'Asnières avait vue célébrer.
Un seul autel s'élevait dans cette Eglise , décoré du nom d'Autel Dominical, parce qu'on n'y devait célébrer que les Dimanches et Fêtes. Hors le temps de la Messe , cet autel était tout aussitôt dépouillé, comme ils le sont tous, dans l'Eglise Latine, le Jeudi-Saint, après l'Office du matin. Au moment d'y célébrer les saints Mystères, on le couvrait d'une nappe, et alors même il n'y avait ni cierges , ni croix. Seulement, en marchant à l'autel, le Prêtre était précédé d'une grande croix , la même qu'on portait aux processions et la seule qui fût dans l'Eglise. Arrivé au pied de l'autel , il disait les prières d'ouverture auxquelles le peuple répondait à voix haute. Puis, il allait s'asseoir dans un fauteuil, du côté de l'Epître, et là il entonnait le Gloria in excclsis et le Credo, sans les réciter ni l'un ni l'autre, pas plus que l'Epître, ni l'Evangile. Il disait seulement la Collecte; mais, en général, il ne proférait aucune des formules que chantait le chœur. Le pain, le vin et l'eau étaient offerts au célébrant, eu cérémonie ; en quoi il n'y avait rien de répréhensible , cet usage s'étant conservé jusqu'à cette époque, dans plusieurs Eglises de France ; mais , à celte offrande de la matière du sacrifice, on joignait celle des fruits de la saison, qu'on plaçait sur l'autel , malgré l'inconvenance de cette pratique.
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Après Toffrande , on apportait de la Sacristie le calice sans voile. Le Diacre le tenait élevé conjointement avec le Prêtre, et disait avec lui les paroles de l'ofFrande, suivant l'usage de Rome et de Paris ; mais ils prononçaient l'un et l'autre la formule à haute voix, pour marquer qu'ils offraient au nom du peuple. Le Canon tout entier était pareillement récité à haute voix , comme on doit bien s'y attendre; le célébrant laissait au chœur le soin de dire le Sanctus et VAgmis Dei. Les bénédictions qui accompagnent ces paroles : Per quem hœc omnia. Domine, semper bona créas, sanctificas, etc.. se faisaient sur les fruits et légumes placés sur l'autel, et non plus sur les dons sacrés. La communion du peuple n'était précédée d'aucune des prières ordonnées par la discipline actuelle. Le Sous-Diacre, bien que revêtu de la tunique, communiait avec les laïques. Toutefois, l'Eglise d'Asnières n'avait pas jugé à propos d'inaugurer encore la langue vulgaire dans la Liturgie. Seulement, avant les Vêpres , une espèce de diaconesse lisait pubUquement l'Evangile du jour en français (1).
Telle était la singulière parade que jouèrent les Jansénistes , au milieu de la France , grâce à la tolérance d'un Archevêque prévaricateur. Ainsi trahissaient-ils, aux yeux, les plus pacifiques, le but de ces innovations liturgiques qui avaient commencé d'après leurs suggestions, et qui n'étaient pourtant pas encore arrivées à leur dernier développement.
Quant au Curé d'Asnières, il quitta sa paroisse en 1717, pour s'en aller en Russie remplir la mission qu'il avait reçuedes Docteurs Appelants , pour la réunion de l'Eglise Moscovite; car ces intrépides réformateurs avaient de grands projets. Dans le même temps, leur confrère Ellies Dupin
(1) Lafitau. Histoire de la €k}QstitutiOQ Unigenitm, pag« 433.
était en pourparlers avec plusieurs Docteurs anglicans, pour opérer le retour de l'Angleterre à la communion , non de l'Eglise Romaine, mais de la Sorbonne représentée par les nombreux adeptes du Jansénisme qu'elle comptait dans son sein. Dans les mémoires présentés par ces hommes sans mission, comme sans probité, on se faisait un grand mérite d'avoir aplani les difficultés principales , au moyen des maximes françaises en général , et des modifications liturgiques en particulier. Ces tentatives pour rétablir l'unité, opérées par des hommes qui étaient eux-mêmes hors de l'unité, ne pouvaient avoir et n'eurent, en effet, aucun succès. Pour la Russie en particulier, Pierre-le-Grand , qui n'avait jamais attaché grande importance au projet des Docteurs, ne jugea pas à propos de le traiter long-temps comme une idée sérieuse. Jubé fut donc bientôt obligé de s'en revenir, sans avoir rien fait; il ne rentra pas néanmoins à Asnières. Le Cardinal de Xoailles n'existait plus, et son successeur n'eût pas souffert la reprise des scandales dont cette Eglise avait été trop long-temps le théâtre.
Mais, arrêtons-nous ici pour résumer les principes que la secte Ânti-liturgiste a appliqués dans les diverses entreprises racontées dans ce chapitre.
1° Haine de la tradition, manifestée dans la suppression du plus grand nombre des Messes de saint Grégoire, au Missel de Meaux ; dans le mépris affecté pour la doctrine des Pères sur les sens mystiques des cérémonies , par Dom Claude de Vert.
2° Substitution de passages de l'Ecriture , choisis dans la lumière individuelle et dans un but hérétique, aux formules de style ecclésiastique ; le Missel de Meaux présente d'innombrables applications de ce système.
3° Fabriquer et introduire des formules noxmVfis , pleines
de venin ; c'est un des reproches adressés par Languet au même Missel.
4° Tomber eu contradiction avec ses propres principes ; en effet, le Missel de Meaux, comme les Missel et Bréviaires de François de Harlay et de Ciuny, ne parle que de rétablir la vénérable antiquité, et regorge de nouveautés.
5° Retrancher dans le culte toutes les cérémonies, toutes les formules qui expriment des mystères. Dom de Vert consent , il est vrai, qu'on nous laisse nos cérémonies; mais c'est après les avoir vidées complètement de l'élément mystique dont elles n'étaient que la forme. D'autre part, l'Eglise de Meaux, réformée à l'instar de la paroisse d'Asnières, n'a bientôt plus qu'une table pour autel.
6" Extinction totale de cet esprit de prière qu'on appelle onction dans le catholicisme ; lisez plutôt l'ouvrage de Dom Claude de Vert , et voyez ce qu'il vous restera d'esprit de foi et de prière dans le cœur, quand vous assisterez aux cérémonies de la Messe ou des Sacrements, interprétées à l'aide de son commentaire. Quant à l'onction des prières du Missel de ïroyes (nous pourrions ajouter des autres Missels et Bréviaires qui doivent leur origine aux mêmes hommes et aux mêmes causes), on ne l'a point encore vantée, que nous sachions.
7° Diminuer les marques de la dévotion à la Sainte Vierge. Nous avons vu que telle est l'intention expresse du Missel de Troycs, qui sanctionne les réductions faites au culte de la Mère de Dieu dans les Livres liturgiques de François de Harlay et de Cluny.
- 8° Revendiquer l'usage' de la langue vulgaire dans le service divin. Quesnelle réclame expressément. Les Missels de Meaux et de Troyes y préludent par leurs Rubriques sur la récitation du Canon à voix intelligible. En UpUaiide, terre de
liberté pour nos néocalvinistes, ils développent toute leur pensée sur cet article. L'Eglise d'Asnières présente aussi son essai.
9^ Atteintes portées à l'autorité du Siège Apostolique. Au Missel de Troyes , suppression des Oraisons pour le Pape ; mutilation de la Messe de saint Pierre.
10" Autorité du Prince temporel dans les choses de la Liturgie, reconnue par le Clergé. Languet, étant impuissant à réduire son suifragant à une doctrine liturgique plus saine , le Roi intervient et contraint l'Evêque de Troyes à rétracter une partie des témérités de son Missel , les autres étant jugées, par le Roi, ne pas devoir offrir matière à désaveu.
Tels sont les principaux traits que nous avons à résumer des faits liturgiques qui font la matière du présent chapitre. Sur les douze caractères assignés à l'hérésie Anti-liturgiste , dix. s'y rencontrent expressément : il nous eût été facile de justifier des deux autres, en étendant notre récit.
On ne doit pas s'étonner de ce résultat , quand on se rappelle que la réforme liturgique coïncide précisément avec l'accroissement le plus menaçant du Jansénisme, qui, résumé dans le Hvre des Réflexions Morales, ne garde plus de mesures et pénètre avec autorité là même où , au dix-septième siècle , il s'infiltrait sourdement ;
Que celte hérésie , la plus souple , comme la plus ignoble de toutes, a eu la propriété de se plier à toutes les exigences des lieux , sachant à la fois lever le masque à Utrecht, et se rendre présente à Meaux et ailleurs, sous les paroles d'une Antienne, d'une Collecte ou d'un Répons;
Que les auteurs de la réforme liturgique continuèrent d'être pris dans les rangs des hérétiques disciples de l'Evêque d'Ypres et de leurs fauteurs , en sorte que la liste sur laquelle nous avons inscrit déjà Sainte-Beuve, L« lourneux,
D. de Vert, Santeul, etc. , s'accroît à la fin de ce chapitre de ceux de Ledieu, Ellies Diipin, Baudouin, Bossuet, Evêque de Troyes, Petilpied et Jubé.
Pour délasser les lecteurs de la fatigue que ne peut manquer de leur causer ce dégoûtant spectacle, et aussi pour faire voir le triomphe de la lumière sur les ténèbres, de la vérité sur Terreur, nous ne connaissons rien de plus efficace que la doctrine hturgique de l'Archevêque Languet : doctrine pure et orthodoxe dont nous nous déclarons les disciples et les très humbles champions, remerciant Dieu qui, non seulement voulut que cette grande lumière brillât dans l'Eglise de France, à celte ère de confusion , mais a daigné permettre que de si beaux enseîv^nements soient parvenus jusqu'à nous, pour nous confirmer dans la lutte que nous avons entrepris de soutenir contre les nouveautés qui ont altéré, en France, la pureté du culte divin.