CHAPITRE XI
Abolition du fute gothique ou mozarabe en erpagne. travaux de saint grégoire vii sur la liturgie. trogrès du chant ecclésiastique. rite romain-français. auteurs liturgistes des onzième et douzième siècles.
Un grand événement liturgique signale l'époque que nous embrassons dans ce chapitre. La Liturgie Gothique ou Mozarabe succombe en Espagne sous les efforts de saint Grégoire YII , comme la Liturgie Gallicane avait succombé en France sous les coups de Charlemagne. Il était temps, en effet , que l'Espagne Chrétienne , déjà , sinon affranchie , du moins agrandie par les conquêtes de ses héroïques chefs , comptât dans la grande unité européenne. Sa Liturgie particulière faisait obstacle à cette réunion intime. La prière qui , dans ces temps de foi, était le lion des nations, la prière n'était point commune entre l'Espagne et les autres provinces de la Chrétienté Européenne. Le Sacrifice, quoique le même au fond , différait essentiellement dans les formes qui frappent les yeux du peuple : les chants et les formules saintes étaient totalement dissemblables. En outre , l'hérésie avait espéré un moment s'appuyer sur les paroles d'une Liturgie dont rien ne garantissait la pureté, puisqu'elle émanait d'une autorité qui ne saurait compter sur l'infaillibilité. Il était temps que l'Eglise d'Espagne sortît de l'enfance et passât à l'âge parfait.
Ce grand changement fut préparé de longue main , comme il arrive toujours, et le Pontife qui le consomma ne fut qu'ui^
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inslrumenl conduit par la Providence , qui veut que l'Eglise montre, printipalement dans les formes du culte, l'unité qui est sa vie. L'œuvre de Pépin et de Charlemagne avait dû retentir puissamment en Espagne , seule contrée de l'Occident qui ne fût pas soumise aux lois de la Liturgie Romaine. On savait que l'Eglise Gallicane n'avait plus désormais un autre rite que celui de l'Eglise Piomaine : jusque-là que les chroniqueurs espagnols , dont on peut voir les passages dans la dissertation du P. Pinius, que nous avons citée ci-dessus (1), se servent du mot Ofjjcium GaUicanum , pour exprimer le rite Romain. On voit d'abord , en 10G3 , un Concile tenu à Jacca , en Aragon (2), sous Dom Uamire 1", ou Sanclie Ramirez, son fils , dans lequel est rendu un décret , portant qu'on ne célébrera plus à la manière Golîiique , mais à la Romaine (3). L'histoire ne dit point expressément quelles furent les causes directes de cette mesure ; l'influence de Rome dût y être , sans doute , pour quelque chose. On en jugera par ce qui se passa , six ans après , à Barcelone. Cette ville , conquise avec son territoire , en 801 , par Charlemagne , avait adopté, sans aucun doute, la Liturgie Romaine, et ceci môme nous explique la qualification de Gallicane, appliquée en Espagne à la Liturgie Romaine , pendant le moyenâge ; les Espagnols désignant sous cette dénomination la Liturgie en usage dans la colonie française de Catalogne. Mais celle vaste province n'était pas toute entière soumise aux Français, et la Liturgie Gothique y régnait encore en plusieurs endroits. L'année 10G8 la vit abolir pour
(1) Chapitre VIII. pag. 20G.
(2) D'Aguirre. Conc. Hispan. Tom. III. pay. 2:28.
(3) Data sacerdotibus lex , ne (|iio alio more quain Rom.mo precarentur ; neqae Golhica , utpole [)eregrina , piacula exsolverenlur, Conc. Labb. Tom IX, pag. IIU,
jamais , par les soins du cardinal Hugues le Blanc , Légal d'Alexandre II. Dans un Concile tenu à Barcelone, cette grande mesure fut consommée. L'Eglise dut ce bienfoit au grand zèle de la princesse Adelmodis , femme de Baymond Bérenger, comte de Barcelone. Elle était Française, el toutes les chroniques du temps s'accordent à la montrer comme une princesse d'un grand caractère. Son autorité , combinée avec celle du Légat , décida du triomphe de la Liturgie Romaine dans la Catalogne (1).
L'illustre successeur d'Alexandre II , celui qui avait été l'âme de son Pontificat , saint Grégoire YII monta bientôt sur la chaire de saint Pierre , et il résolut d'achever la victoire de l'Eglise Romaine sur la Liturgie Gothique. Les florissants royaumes de Castille et de Léon la pratiquaient encore avec un patriotisme chevaleresque : mais le grand Hildebrand, qui poursuivait sans relâche l'œuvre de l'unité européenne , ne pouvait être arrêté paf des considérations de nationalité étroite , dans une matière aussi grave que la Liturgie. Nous trouvons dans la collection de ses lettres , celle qu'il adresse , en l'an 1074 , à Sanche Ramirez , roi d'Aragon, Il y félicite ce prince de son zèle pour les Usages Romains , en ces termes si expressifs, qui montrent bien le fond de ses dispositions sur l'important objet qui nous occupe, j En nous faisant part de votre zèle et des ordres que » vous avez donnés pour établir l'Office suivant l'ordre Ro- » main , dans les lieux de votre domination , vous vous faites » connaître pour enfant de l'Eglise Romaine ; vous montrez » que vous avez avec nous la même concorde et amitié » qu'autrefois les rois d'Espagne entretenaient avec les Pon-
(1) Piaius. Tractatus historico-chronologicus. De Lituryia antiqua ffispanica. Cap. VI. pag, 43 et seq.
» tifes Romains. Soyez donc constant , et ayez ferme espé- » rance pour achever ce que vous avez commencé; parce » que nous avons l'espoir en le Seigneur Jésus-Christ , que le î bienheureux Apôtre Pierre , qu'il a établi prince sur les » royaumes du monde , et auquel vous vous montrez fidèle , » vous mènera avec honneur à l'accomplissement de vos » désirs , et vous pendra victorieux de vos adversaires (1). » La même année , le Pape écrrvit la lettre suivante à Alphonse VI , roi de Castille et de Léon , et à Sanche IV , roi de Navarre :
« Grégoire , Evêque , serviteur des serviteurs de Dieu , » à Alphonse et Sanche , rois d'Espagne , et aux Evêques de » leurs états. Le bienheureux Apôtre Paul , déclarant qu'il î a dû visiter l'Espagne, et Votre Sagesse n'ignorant pas que î les Apôtres Pierre et Paul ont envoyé, plus tard, de Rome, » sept Evêques , pour instruire les peuples d'Espagne , et que » ces Evêques ayant détruit l'idolâtrie, fondèrent en votre pays » la chrétienté , plantèrent la religion, enseignèrent l'ordre » et l'Office à garder dans le culte divin, et dédièrent les Eglises > avec leur propre sang ; on voit assez clairement quelle con- » corde a eu l'Espagne avec la ville de Rome, dans la refigion » et l'ordre des divins Offices : mais quand , par suite de l'ir- » ruption des Goths , et , plus tard , de l'invasion des Sarra-
(1) In hoc autemquod sub ditione tua Romani ordinis officium fieri studio et jussioQibus tuis asseris, Romauœ ecclesiae te fllium , ac eam concordiam et eamdem amicitiam te nobiscum habere, quara olim rages Hispaniae cum Romanis pontificibus babebant , cognosceris. Esto itaque constans , et tiduciam flrmam liabeas, et quod cœpisti perficias; quia in Domino Jesu Cliristo conlidimus , quia beatus Petrus Apostolus, quem Dorainus Jésus Cliristus , rex g1ori;e , principem super régna mundi constiluit, cui te fidelem exhibes, te ad honorem desiderii tui adducet, ipse te victorem de adversariis tuis efiiciel. Labb.Tom. X. pag. 53.
» sins, le royaume d'Espagne fut long-lemps souillé par la
> fureur des Priscillianistes , dépravé par la perfidie des
> Ariens, et séparé du rite Romain, non seulement la religion » y fut diminuée, mais les forces temporelles de cet état se trou-
> vèrent grandement affaiblies. C'est pourquoi, comme des » enfants irès-chers, je vous exhorte et avertis de reconnaître
> enfin pour votre mère, après une longue scission , l'Eglise » Romaine dans laquelle vous nous trouverez vos frères ;
> de recevoir l'ordre et rOffîce de cette sainte Eglise et non » celui de Tolède ou de tout autre ; gardant , comme les » autres royaumes de l'Occident et du Septentrion , les » Usages de celle qui , établie par Pierre et Paul , consacrée » par leur sang, a été fondée sur la pierre ferme par le » Christ , et contre laquelle les portes de l'enfer , c'est-à- » dire les langues des hérétiques , ne pourront jamais pré- » valoir. Car de la source même où vous ne doutez pas avoir
> puisé le principe de la religion , il est j uste que vous en
> receviez aussi l'Oïïîce divin dans l'ordre ecclésiastique : » c'est ce que vous apprend et la lettre du Pape Innocent à » l'Evoque d'Egnbium , et les décrets d'Hormisdas envoyés » à l'Eglise de Séville, et les conciles de Tolède et de Drague ; » c'est ce que vos Evêques eux-mêmes, qui sont venus rét cemment vers nous , ont promis par écrit, et signé entre » nos mains, après la décision d'un concile (1). »
Une résistance vive s'étant élevée en plusieurs lieux , comme on devait s'y attendre , le Pontife n'en fut point ébranlé. Nous avons une autre lettre de lui dans laquelle écrivant à un Evêque espagnol , il montre toute l'énergie de son ame apostolique dans la défense des ordonnances du Saint-Siège. Elle est conçue en ces termes :
(1) Vid. la note A.
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« Grégoire, Evèque, serviteur des serviteurs de Dieu, à » Siméon , Evoque en Espagne , salut et bénédiction nposto- » lique.
î Ayant lu les lettres de Votre Fraternité , nous avons été » remplis de joie , parce que nous y avons reconnu avec plé- » nitude cette foi et cette dévotion que vous portez à l'Eglise 3) Romaine, que vous ne voulez point délaisser, à la manière des » adultères ; mais bien embrasser toujours comme la source » de toute filiation légitime. C'est pourquoi , Frère très-cher, » il est nécessaire que vous marchiez droit dans la voie que î vous avez prise : car la perversité des hérétiques ne doit » point amoindrir ce qui a été sanctionné par la Tradition 5 Apostolique. En effet, le Siège Apostolique sur lequel, par ï la permission divine, nous présidons, quoique indigne, est » demeuré ferme depuis son origine, et restera sans tache jus- » qu'à la fin, le Seigneur qui le soutient ayant dit : J'ai prié ï pour toi pour que ta foi ne manque pas ; et quand tu seras T> converti, confirme tes frères. Forte d'un tel secours, l'Eglise » Romaine veut que vous sachiez qu'elle n'a point intention » d'allaiter, à diverses mamelles, ni d'un lait différent, les en- » fants qu'elle nourrit pour le Christ, afin que, selon l'Apôtre, » ils soient un , et qu'il n'y ait point de schisme parmi eux : » autrement, elle ne serait pas appelée mère, mais scission. » A ces causes , qu'il soit donc connu de vous et de tous les » fidèles sur lesquels vous avez consulté, que nous entendons î et que nous voulons que les Décrets qui ont été rendus ou » confirmes par nous, ou plutôt par l'Eglise Romaine, portant î> pour vous l'obligation de vous conformer aux Offices de » cette même Eglise , demeurent inébranlables , et que nous s ne voulons point acquiescer à ceux qui désirent vous faire » sentir leurs morsures de loups et d'empoisonneurs. Nous B ne doutons aucunement que, suivant l'Âpôlrc, il n'y ait
» parmi vous des loups dangereux, rapaces, qui n'épargnent » rien , auxquels il faut résister fortement dans la foi. C'est » pourquoi , Frère bien-aimé , combattez et travaillez avec » ardeur, jusqu'à l'effusion de votre sang, s'il était nécessaire :
> car il serait indigne , et passerait pour ridicule , que les sé- » culiers , pour des choses d'un prix vil, pour un commerce
> qui déplaît à Dieu , s'exposassent volontiers aux périls , et î que le fidèle ne sût que céder lâchement à l'effort de ses
> ennemis. En effet , ceux-là ne pouvant acquérir la vertu ,
> tombent facilement dès qu'on les attaque. Quant à ce que » disent ces enfants de mort, au sujet de lettres qu'ils auraient » reçues de nous, sachez que cela est faux de tous points.
> Ainsi , faites en sorte que par toute l'Espagne et la Gallice, t en un mot, partout où vous le pourrez, l'Office Romain
> soit observé , avant toutes choses , avec plus de fidé- » lité (1). »
Pour presser avec plus d'efficacité l'accomplissement de ses désirs , saint Grégoire VII , suivant son usage , députa un Légat vers les Eglises d'Espagne, et choisit, pour cette mission, Richard, Abbé de Saint-Victor de Marseille, et Cardinal de l'Eglise Romaine , qui fit jusqu'à deux fois le voyage d'Espagne pour un si important objet. Dans un concile tenu à Burgos , en IO80 , le Légat , appuyé de l'autorité d'Alphonse VI , promulgua plus solennellement encore l'abolition de la Liturgie Gothique , d«ui les royaumes soumis à ce grand prince. Alphonse même ne s'arrêta pas là; on le vit, en 1091 , ordonner, pour l'uniformité et la facilité du commerce avec les nations étrangères, l'abolition des caractères Gothiques (2) , et l'adoption des caractères Latins , tels qu'ils
(1) Vid. la note B.
(2) On n'a pas besoin sans doute d'avertir que les caractères Gothiques dont il est ici question, ne sont pas ceux vulgairement désignés
étaient alors en usage , quoique un peu altérés , en France et dans les principales provinces de l'Europe. Dans l'accomplissenicnt de toutes ces mesures si énergiques , Alphonse fut puissamment soutenu par les conseils de Constance de Bourgogne, qu'il avait épousée en 1080, et à l'influence de laquelle l'historien Rodrigue attribue principalement l'introduction de la Liturgie Romaine en Espagne (1) : ce que l'on doit entendre surtout de la destruction du rite Gothique à Tolède , puisque les premières attaques qu'il a éprouvées en Espagne eurent lieu , comme nous l'avons vu , au concile de Jacca, enlGGS.
Le 25 mai 1085, jour auquel mourut le Pontife saint Grégoire VII, Alphonse VI entrait victorieux à Tolède. Il mit aussitôt tous ses soins pour rétablir, dans sa haute dignité, l'Eglise de cette illustre cité. Il la dota libéralement, et appela , pour la gouverner, Bernard , Abbé de Sahagun et Français de nation. Mais le prince devait rencontrer de grandes difficultés dans son projet d'abolir le rite Mozarabe à Tolède, où il était tellement étabh, qu'on l'appelait d'ordinaire, par toute l'Espagne, le rite de Tolède. Nous empruntons la narration de l'historien Rodrigue , pour raconter
sous ce nom , mais bien ceux que l'Evêque Ulphilas paraît avoir dounés auxGotlis,au cinquième siècle. La qualification de Gothique donnée aux caractères Latins du moyeu-âge , est aussi absurde que lorsqu'on l'applique à l'architecture chrétienne de la même période.
(l) Et quia adhuc littera Gothica, et translatio psalterii , et Oflicium missae institutum ab Isidoro et Leandro pontiOcibus, quodcum translatione et littera dicitur Toletanum, per totam Hispaniam servabantur, ad instantiam uxoris suœ reginse Constantise , quœ erat de partibus Galiiarum , misit Romam ad Gregorium Papam VII , ut in Hispauiis, omisso ïolcLano, Uoraanum seu Gallicauum Ofticium servaretur. Hodericus Tolctams. De nbus ffispanido. Lib. FI. cap, XXV,
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ce grand fait , avec les circonstances si dramatiques qui l'accompagnèrent.
c Le clergé et le peuple de l'Espagne entière furent trou- » blés, parce que le Légat Richard et le Roi Alphonse vou- » laient les contraindre à recevoir rOfïîce Gallican. Au jour » marqué, le Roi, le Primat, le Légat et une grande raulli-
> tude de clergé et de pouple se trouvant rassemblés, il » s'éleva une longue altercation , par suite de la résistance
> courageuse du clergé, de la milice et du peuple , qui s'op-
> posaient à ce qu'on changeât l'Office. De son côté, le Roi, » conseillé par la Reine, faisait retentir des menaces terribles. s Enfin , la résistance du soldat fut telle , qu'on en vint à pro-
> poser un combat singulier pour terminer cette dissension.
> Deux chevaliers ayant été choisis, l'un par le Roi, pour » l'Office Gallican, l'autre par la milice et le peuple, pour ï l'Office de Tolède, le chevalier du Roi fut vaincu, au grand » applaudissement du peuple , de ce que le champion de » l'Office de Tolède avait remporte la victoire. Mais le Roi, » stimulé par la Reine Constance , ne renonça pas pour cela à ï son dessein, disant que duel n'était pas droit. Le chevalier » qui combattit pour l'Office de Tolède était de la maison de » Matanza, près de Pisorica, où sa famille existe encore (I). »
Quoi qu'il en soit de la vérité de celte histoire, qui n'aui-ait de valeur pour démontrer le droit de l'Office de Tolède , qu'autant qu'on admettrait le jugement des combats singuliers, comme le jugement irréfragable de Dieu même, le P. Lebrun s'est trompé , lorsqu'il a écrit qu'on ne trouvait ce fait que dans l'historien Rodrigue , mort en 12-47 (2). La Chronique de saint Maixeut, antérieure d'un siècle à la mort
(1) Yid. la note 0.
("2) Explication delà Messe. Tom. IL pag. 296.
tic Hodrigue, puisqu'elle finit à l'an 1154., rapporte, quoiqii'en abrégé, la même histoire (1). Le Cardinal Bona paraît aussi avoir ignoré ce second témoignage (2) . Au reste , nous n'avons pas tout dit encore sur les oppositions que le ciel sembla mettre, si l'on en croit Rodrigue, à la destruction du rite vénérable qui rappelait à l'Eglise Espagnole les noms chéiis de saint Isidore et de saint Léandre. .
« Une grave sédition , continue l'historien , s'étant donc » élevée dans le peuple, il parut convenable d'allumer un » grand feu et d'y placer le livre de l'Office de Tolède et le » livre de l'Office Gallican { Romain ) . Après un jeûne indii) que par le Primat , le Légat et le clergé ; après les prières ï accomplies dévotement par tous, le livre de l'Office Gai- » lican (Romain) est consumé par le feu; tandis que le livre » de l'Office de Tolède s'élance du bïicher, intact , exempt » de toute trace de briilure, aux yeux de l'assemblée, et au » chant des louanges du Seigneur (3). i
Ce double prodige doit rappeler au lecteur celui que nous avons rapporté , au chapitre VllI , sur la Liturgie Ambrosienne. On verra du moins, dans le récit de Rodrigue, uu nouveau témoignage du zèle que mettaient autrefois les peuples et le clergé à tout ce qui concernait la Liturgie , zèle qui contraste bien tristement avec l'indifférence profonde qui, de nos jours, a accueilli et accueille encore en France les plus graves changemens sur le même objet. Quant à l'épreuve du feu, nous devons remarquer avec le P. Pinius (-4),
(1) ChroniconS. Maxentii, valgo Malleacense, apud Labbeum. £iblioth. MSS. Tom. II. pag. 190.
(2) Rerum Liturgicarura. Lib. I. cap. XI.
(3) Vid. la note C.
(i) Tract. Hist. Chron. de Liturgia antiq. Hispan. Cap, VI. § F. pay. 50,
que Pelage d'0^^édo , contemporain d'Alphonse M , et qui a rapporté les actions de ce prince dans un grand détail , n'en a pas dit un seul mot, non plus que Luc de Tude, qui \ivait au siècle de l'Archevêque Rodrigue. Il est d'ailleurs difficile de croire que si un véritable prodige eût eu lieu , le Siège Apostolique eût persisté dans l'intention de détruire l'Office Gothique. Ce serait le premier miracle en opposition avec les volontés de l'Eglise. Quant au fait en question , s'il était démontré (ce qui n'est pas) , la théologie catholique trouverait peut-être encore à l'expliquer, sans recourir à l'intervention divine.
Rodrigue conclut ainsi sa narration : « Tous pleurant et
> gémissant d'une issue si malheureuse, alors commença le
> proverbe : Quod volunt reges , vadunt leges : quand veulent » les rois, s'en vont les lois. Et depuis lors , l'Office Gallican
> (Romain) , qui n'avait jamais été reçu ni pour le Psautier, » ni pour le rite , fut observé en Espagne ; quoique , en » quelques Monastères , on ait gardé encore , un certain » temps, celui de Tolède, et que l'ancienne version du Psau- 1 lier soit encore récitée aujourd'hui dans plusieurs Eglises
> Cathédrales et Monastères (l). »
Telles furent les circonstances qui accompagnèrent l'abolition de la Liturgie Gothique, en Espagne. Ce fut donc un acte solennel du zèle des Pontifes Romains , de la piété des Rois, une des nécessités qu'imposait le sublime plan de l'unité sociale Catholique. Dans cette mesure, sans doute, de pré-
(1) El tune cunctis flenlibus et dolentibus iuolevit proverbium : quod volunt reges, vadunt leges. Et ex lune Gallicanum officium tam in psalterio quam ia aliis numquam aute susceplum , fuit in Hispauiis observatum. Licet in aiiquibus mouasleriis Toleianuiiifuerit aliquanto tempore custoditum : et etiamtrauslatio psalterii in plurimis ecclesiis cathedrallbus et monasteriis , a.Liuc liodie recitaiur. /»c :!cric. Toletan. De rébus Hispanicis. Ibidem,
cieuses traditions nationales périrent , mais l'Eglise ne reconnaît point de nations : elle ne voit qu'une famille dans le genre humain , et si les Chrétientés d'Orient se sont rompues en tant de morceaux , et ont vu s'affadir en elles le sel du Christianisme, de si grands malheurs n'eussent point eu lieu, si Rome, ainsi que nous l'avons dit ailleurs, eût pu enchaîner ces vastes provinces à celles de la Chrétienté européenne, parle double hen d'une langue commune et d'une Liturgie universelle. Cependant, s'il en est ainsi, quel sera le jugement de l'histoire sur ceux qui , plus tard, en Europe, en France , se sont plus à détruire l'œuvre des siècles , le résuUat des efforts des Pontifes et des princes les plus pieux, cette unité liturgique si chèrement achetée , si laborieusement conquise?
Quoi qu'il en soit , la Providence ne voulut pas que l'Eglise d'Espagne perdit à tout jamais le souvenir de ses anciennes gloires Gothiques. Quand le danger fut passé , quand l'unité fut établie depuis plusieurs siècles , quand l'Espagne affranchie tout entière du joug Sarrasin et fondue désormais dans la société européenne, eut mérité, à tant de titres, le nom de Royaume Catholique , ce qui n'était jamais arrivé pour aucune autre nation arriva pour elle. Le passé fut exhumé de la poudre, et Tolède tressaillit de revoir célébrer au grand jour les augustes Mystères des Isidore et des Léandre.
Un de ces hommes qui n'appartiennent pas tant à la nation qui les a produits qu'à l'humanité tout entière, le grand Cardinal Ximenès , Archevêque de Tolède , recueilHt avec amour les faibles restes des Mozarabes qui, sous la tolérance des Rois de Castille, avaient continué, dans quelques humbles sanctuaires de Tolède, à pratiquer les lites de leurs pères. Il fit imprimer leurs Uvres que l'injure du temps avait mutilés en quelques endroits; il leur assigna, pour
l'exercice de la Liturgie Gothique , une chapelle de la Cathédrale et six Eglises dans la ville , et pourvut à l'entretien du culte et de ses ministres. Mais afin de rendre légitime cette restauration , Ximenès s'adressa au Souverain Pontilé, et Jules II rendit deux Bulles, à la prière du Cardinal, pour instituer canoniquement le rite Gothique dans les Eglises qui lui étaient affectées. Dans la première de ces Bulles , qui est du douze des Kalendes d'Octobre de l'année 1508, le Pape loue grandement le zèle de Ximenès pour le service divin , et qualifie l'Office Mozarabe de très-ancien et rempli d'une grande dévotion, antiquissimum et magnœ devotionis (1).
Les esprits superficiels , qui croiraient voir ici Jules II en contradiction avec saint Grégoire VII , n'auraient pas apprécié les raisons de diverse nature qui dictèrent la conduite de ces deux Pontifes. L'unité , dans toutes ses conséquences, est le premier des biens pour l'Eglise ; son développement social, ses heureuses influences pour le bien de l'humanité , la conservation du dépôt de la foi , sont à ce prix ; on y doit donc sacrifier, dans certains cas, le bien même d'un ordre secondaire. Or, l'antiquité, la beauté de certaines prières sont un bien, mais non un bien qui puisse entrer en parallèle avec les nécessités générales de l'Eglise. Telles sont les idées sous l'influence desquelles agit saint Grégoire VII. Mais, d'un autre coté, quand l'unité est sauvée avec tous les biens qui en découlent, rien n'empêche qu'on n'accorde quelque chose , beaucoup même , à des désirs légitimes dont l'accom-
(1) Outre les Eglises de la ville de Tolède autorisées a suivre le rite Gothique, Piuius eu cite encore deux autres : la petite Eglise de Saiot- Sauveur, à Salamanque , et une chapelle de l'Eglise paroissiale de Sainte-Marie-Magdeleine , a Valladolid. Léon X coulirma la première , et Pie IV la seconde , en leur donnant le pouvoir d'y célébrer les saints Mystères , suivant le rite Golhiq'. ■ , niais seulement a certains jours de l'année.
plissement ne peut porter atteinte à ce qui a été si utilement et si difficilement établi. Dans les six ou sept Eglises de Tolède où il est relégué, le rite Gothique ne fait plus obstacle à la fusion du royaume d'Espagne dans les mœurs de la catholicité d'Occident. A Tolède môme, la Liturgie Romaine , loin d'en être obscurcie , en est plutôt rehaussée. Nos dogmes antiques célébrés dans le langage pompeux des grands et saints docteurs de Séville et de Tolède, n'en deviennent que plus inviolables aux attaques des novateurs.
Réduit à ces proportions , le Rite Gothique ne pouvait nuire et pouvait être utile ; telle fut la raison de l'indulgence que montra Jules IL Rome n'a jamais eu peur de l'antiquité : c'est le plus ferme fondement de ses droits , comme de ceux de l'Eglise dont Rome est la pierre fondamentale. Elle aime à voir les deux rites Ambrosien et Gothique demeurés debout , comme deux monumens antiques de l'âge primitif du Christianisme. Elle ne souffrirait pas que d'autres EgUses, rétrogradant" vers leur berceau , abjurassent les formes de l'âge parfait pour revêtir celles de l'enfance ; mais elle se plaît à mettre les novateurs à même de comparer les croyances et les symboles en usage dans ces antiques Liturgies, avec les symboles et les croyances que renferme cette autre Liturgie que l'univers catholique a vu croître avec les siècles. II est vrai que si les Liturgies Ambrosienne et Gothique remontaient, comme celles d'un certain pays, au dix-huitième , voire même au dix-neuvième siècle , Rome n'aurait pas lieu d'en vanter la haute antiquité, ni, tranchons le mot , la vénérable autorité. Mais reprenons le fil de notre histoire.
Saint Grégoire VII ne nous apparaît pas seulement , dans l'histoire, comme le zélé propagateur de la Liturgie Romaine; son nom vient aussi se placer à la suite de ceux des Léon ,
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des Célestîn , des Gélase , des GrégQÎre-le-Grand , chargés par l'Esprit saint de la réformer. Quatre siècles s'étaient écoulés depuis l'œuvre du dernier de ces Pontifes ; il était temps qu'une main forte et éclairée intervînt pour une amélioration. Ainsi qu'il arrive toujours dans les grandes choses, saint Grégoire Vil n'eut peut-être pas la conscience entière de ce qu'il accomplissait pour les âges suivans. Ses travaux qui, du reste, ne pa^^aissent pas s'être portés sur le Sacramentaire , aujourd'hui Missel Romain , partie la plus antique et la plus immuable de la Liturgie , eurent pour objet la réduction de l'Office divin. Les grandes affaires qui assiégeaient un Pape, au onzième siècle , les détails infinis d'administration dans lesquels il lui fallait entrer, ne permettaient plus de concilier avec les devoirs d'une si vaste sollicitude l'assistance exacte aux longs Offices.cn usage dans les siècles précédens. Saint Grégoire Vil abrégeii l'ordre des prières et simplifia la Liturgie pour l'usage de la Cour Romaine. Il serait difficile aujourd'hui d'assigner d'une manière to*ut-à-fait précise la forme complète de l'Office , avant cette réduction ; mais depuis lors, il est resté, à peu de choses près, ce qu'il était à la fin du onzième siècle. Nous en avons pour témoin l'ancien auteur connu sous le nom de Micrologue , du titre de son livre, qui paraît avoir été écrit vers l'an 1097 (1). Cet auteur donne à entendre que c'est sur l'Office sanctionné par saint Grégoire VII , qu'il a établi ses observations. Or , on trouve dans ce précieux opuscule les particularités suivantes : l'auteur y compte des Offices cum pleno offîcio^ ou à trois Répons, ou à neuf leçons ; il en meniionne de dominicaux, de fériaux , de votifs. Il marque à Matines
(1) Micrologus de ecclesiasticis observatioûibiis. Biblioth. vet. Paîrum Lugdmen. Tom, XIF. pag. 472—490.
trois psaumes et trois leçons, du jour de Paque jusqu'au SaiMcdi in albis, et du jour de la Pentecôte jusqu'au Samedi de la môme semaine. Aux autres jours de l'année, si c'est une fôte , neuf psaumes , neuf leçons et autant de Répons ; aux dimanches, dix-huit psaumes et neuf leçons. Ces détails montrent que le Bréviaire de saint Grégoire VII était conforme à celui d'aujourd'hui. Mais outre les particularités fournies par le Micrologue , il existe un document important qui nous apprend dans le plus grand détail l'ordre établi parce grand Pape, d'après les traditions antérieures, pour le partage des leçons de Matines, et cet ordre est entièrement conforme à celui que nous gardons encore présentement.
Ce document est un Canon inséré au Décret de Gratien (l), à la suite du Canon de saint Gélase, sur les Livres Apocryphes. Les plus savans liturgistes , Grancolas, Merati, Azevedo, Zaccaria, s'accordent à reconnaître saint Grégoire VII pour l'auteur de ce second Canon. En voici la teneur :
« Nous avons jugé à propos, pour l'édification des fidèles, » d'indiquer les livres qui sont lus par plusieurs, dans les Of- » fices ecclésiastiques, durant le cercle de l'année. Ce rite est > celui que le Siège Apostolique observe lui-même, bien loin » de le réprouver. Il en est donc qui , à la Septuagésime , » placent le Pentateuque , jusqu'au quinzième jour avant » Paque. Ce quinzième jour, ils placent Jérémie, jusqu'à la ■» Cène du Seigneur. A la Cène du Seigneur, ils lisent trois i leçons de la Lamentation de Jérémie ( Quomodo sedet sola » civitas , etc.), et trois du traité de S. Augustin, sur le » psaume LIV [Ëxaudi, Dcus, orationem meam, et ne des- » pexeris ] , et trois de l'Apôtre , à l'endroit où il dit dans ï i'Epître aux Corinthiens . Convenientibtis vobis in unum.
(1) Decrctum. Cap. Sancta Romana Ecclesia.
» La seconde leçon commence ainsi : Similiter et calicem, » postquam cœnavit. La troisième , De splritaUbus autetn » nolunius vos ignorare , fratres. Au Vendredi-Saint , trois » leçons de la Lamentation de Jérémie , et trois du Traité » de S. Augustin , sur le psaume LXIII [Exaudi, Deus, ora- » tionem meam cum deprecor ) ; et trois de l'Apôtre, à l'endroit » où il dit , dans l'Epître aux Hébreux : Festinemus ingredi ï in eam requiem , etc. La seconde leçon : Omnis namque i Pontifex. La troisième : De quo grandis nobis sermo. Au » Samedi-Saint , trois leçons de la Lamentation du Prophète » Jérémie, trois du Traité de S. Augustin, sur le même » psaume LXIII ; et trois de l'Apôtre , à l'endroit où il dit , » dans l'Epître aux Hébreux : Christus assistens Pontifex fu- » turorum. La seconde leçon : Ubi enim testamentum est. La
> troisième : Umbram enim hahens lex futurorum bonorum, » En la Pâque du Seigneur , les Homélies qui appartiennent
> à ce j(tur : pendant la semaine , les Homélies convenables. » A l'Octave de Pâque , ils placent les Actes des Apôtres , les » Epîtres canoniques et l'Apocalypse jusqu'à l'Octave de la » Pentecôte. A l'Octave de la Pentecôte, ils placent les Livres » des Rois et les Paralipomènes , jusqu'aux Kalendes de
> Septembre. Au premier Dimanche de Septembre, ils placent » Job, Tobie, Esther et Esdras jusqu'aux Kalendes d'Octobre. » Au premier Dimanche du mois d'Octobre , ils placent le » livre des Machabées, jusqu'aux Kalendes de Novembre. Au » premier Dimanche du mois de Novembre , ils placent Ezé- » chiel, Daniel et les petits Prophètes, jusqu'aux Kalendes î de Décembre. Au premier Dimanche du mois de Décembre, y ils placent le Prophète Isaïe jusqu'à la Nativité du Seigneur. » En la Nativité du Seigneur , ils lisent d'abord trois leçons » d'Isaïe. Première leçon : Primo tempère alleviata est terra » Zabulon ; seconde : Consolamini , consolamini : troisième ;
B Consurge , consurge. On lit (msuite des Sermons ou Homé- » lies appartenant à ce jour. En la fête de S. Etienne , l'Ho- » niëlie de ce jour. En la fête de S. Jean, de même. En la » fête des Innocens, de même. En la fête de S. Sylvestre, ï do même. En l'Octave delà Naissance du Seigneur, l'Ho- » mélie du jour. Au premier Dimanche après la Nativité du ï Seigneur, ils placent les Epîtres de saint Paul jusqu'à la » Septuagésime. En l'Epiphanie , trois leçons d'Isaïe , la pre- » raière commence : Omnes sit lentes ; la seconde : Surge, » illuminare Jérusalem ; la troisième : Gaudens gaudebo in » Domino. Ensuite on lit les Sermons ou Homélies appartenant » à ce jour (1). »
La réduction de l'OIfice divin , accomplie par saint Grégoire VII , n'était destinée , dans le principe , qu'à la seule Chapelle du Pape : par le fiût, elle ne tarda pas à s'étabhr dans les diverses Eglises de Rome. La Basilique de Latran fut la seule à ne la pas admettre ; c'est ce qu'atteste déjà , au siècle suivant, Pierre Abailard, dans une Lettre Apologétique contre saint Bernard (2). Le livre Responsorial de la Basilique de saint Pierre, publié par le B. Tommasi, sur un manuscrit du douzième siècle, prouve matériellement que cette seconde Eglise de Rome avait aussi adopté l'ordre nouveau de l'Office. Les Eglises du reste de l'Occident demeurèrent plus ou moins étrangères à cette innovation ; il faut remarquer que l'auteur du Micrologue , qui semble avoir été Ives de Chartres, a écrit hors de Rome, et qu'il parle néanmoins des Ordonnances de saint Grégoire VII, comme
(1) Vid. la note D.
(2) Aufuiuam Romanœ sedis coiisuetudinem nec ipsa civitas tenet, sed sola Ecclesia Lateranensis, quae mater est omnium , antiquuni tenet oificium, uulla filiarum suaruni in lioc cam sequente, nec ipsa etiam Romani PalasiiBasilica. .-^bailardi opéra. Epist. F.pag.'SSi^
faisant droit sur la Liturgie. Toutefois, il ne paraît pas que ce grand Pape ail jamais obligé les Eglises à recevoir ses réglemeus sur cette matière : c'est ce que l'on peut conclure d'une remarque de Raoul, Doyen de Tongres, auteur du quatorzième siècle , qui dit ces paroles, au sujet de la réduction de l'Office divin : « Les autres nations de l'univers ont leurs > livres et leurs Offices , tels qu'ils sont venus des Eglises de » Rome , et non de la Chapelle du Pape , ainsi qu'on le con- » dut avec évidence des livres et traités d'Amalaire , de » Walafride, du Micrologue (1), du Gemma, et autres qui » ont écrit sur l'Office (2). >
Ce mot de Raoul de Tongres nous ramène naturellement à parler de l'état de la Liturgie dans l'Occident, pendant les onzième et douzième siècles. Il arriva donc , par le fait , que beaucoup d'Egli'ses en France et dans les autres provinces de la Chrétienté se tiouvérent avoir une Liturgie plus en rapport, au moins en quelque chose , avec celle de saint Grégoire le Grand, qu'avec la nouvelle que saint Grégoire VII avait inaugurée dans Rome. Du reste , tout ce que renfermait cette dernière se trouvait dans l'ancienne, dont elle était l'abrégé : les usages Romains régnaient donc toujours. Toutefois , le respect qu'on avait pour ces formules saintes n'empêcha pas
(1) Raoul de Tongres est fondé a citer ici le Micrologue av?c Araalaire et les autres , parce que cet opuscule , quoiqu'il y soit parlé, en plusieurs endroits, de l'Office suivant la réforme de saint Grégoire VII, offre un grand nombre de traits q i tiennen a une forme de Liturgie antérieure.
(2) Alia autem natioiies orbis libros, et ofiisia sua habent e directo ab ipsiî Ecclesiis Romanis, et noa a Capella Papse, sicut ex libris et tractationibus Amalarii, Walalridi, Micrologi, Gemmas, et ceterorum de officio scribeutium colligitur evidenter. Radnlpli. Decani Tungren. de Canonum observantia. Propoiltio XXII, Biblioth. Patrum. Tom. XXFI. pag, 513.
qu'en certains pays , mais principalement en France , on n'insérât, par le laps du temps, un certain nombre de pièces et d'Offices même , qui portaient le cachet du siècle et du pays qui les avait produits. Rome , comme au temps d'Amalaire, continua de voir ces superfétations nationales sans improbation; de même qu'aujourd'hui elle approuve encore les Offices et les usages locaux, dans les diocèses où règne le Bréviaire Romain. Bien plus , il arriva plus d'une fois qu'elle adopta des prières , des chants et des Offices empruntés aux livres de quelque Eglise particulière. Les diverses Eglises de l'Europe échangeaient aussi les usages Liturgiques qui, dans le pays de leur origine, avaient obtenu une plus grande popularité. Mais autant, parmi ces diverses Eglises , celle de France avait l'avantage pour la fécondité de son génie liturgique et pour la beaulé de ses chants, autant , au sein de notre pali-ie, l'Eglise de Paris, à l'époque qui nous occupe, posséda et mérita une supériorité incontestable.
Une des causes qui maintinrent la Liturgie Romaine-Parisienne dans cet état si florissant , fut l'influence de la cour de nos rois d'alors, dont la Chapelle était desservie avec une pompo et une dévotion merveilleuses. Charlemagne, Louis-le-Pieux , Charles-le-Chauve , trouvèrent de dignes successeurs de leur zèle pour les divins Offices , dans les rois de la troisième race. A leur tête , nous placerons Robert-le- Pieux et saint Louis. Le premier, monté sur le trône en 996, régla tellement son temps , qu'il en donnait une partie aux œuvres de piété, une autre aux affaires de l'état, et l'autre à l'étude des lettres. Chaque jour, il récitait le Psautier, et enseignait aux Clercs à chanter les Leçons et les Hymnes de l'Office. Assidu aux Offices divins, et plus zélé encore que Charlemagne, il se mêlait aux chantres, révêtu de la chappe et
tenant son sceptre en main. Le onzième siècle, si illustre par la réédification de tant d'Eglises Cathédrales et Abbatiales , s'ouvrit sous les auspices de ce pieux roi, qui fonda lui-même quatorze Monastères et sept Eglises. Comme il était grand amateur du chant ecclésiastique, il s'appliqua à en composer plusieurs pièces , d'une mélodie suave et mystique , que l'on chercherait vainement aujourd'hui dans les livres Parisiens , d'où elles furent brutalement expulsées au dix -huitième siècle, mais qui régnèrent dans toutes les Eglises de France , depuis le temps de Robert jusqu'à la régénération Gallicane delà Liturgie. Ce pieux prince, qui se plaisait à enrichir les Offices de Paris des plus belles pièces de chant qui étaient en usage dans les autres Eglises , envoyait aux Evêques et aux Abbés de son royaume les morceaux de sa composition , que leur noble harmonie, plus encore que son autorité, faisait aisément adopter partout. Etant allé par vœu à Rome , vers l'an 1020 , et assistant à la Messe célébrée par le Pape , lorsqu'il alla à l'offrande , il présenta , enveloppé d'une étoffe précieuse , son beau Répons , en l'honneur de saint Pierre , Cornélius Centurio. Ceux qui servaient le Pontife à l'autel , accoururent incontinent , croyant que ce prince avait offert quelque objet d'un grand prix, et trouvèrent ce Répons écrit et noté de la main de son royal auteur. Ils admirèrent grandement la dévotion de Robert , et à leur prière , le Pape ordonna que ce Répons serait désormais chanté en l'honneur de saint Pierre (1)-
Robertlia une étroite amitié avec le grand Fulbert, Evêque de Chartres , si célèbre à tant de titres , mais aussi par les admirables Répons qu'il composa en l'honneur de la Nativité de la Sainte Vierge. La fête de ce Mystère fut en effet éta-
(1) Trlthem. Chronic. Hir&ang. Tom. I. pag. 141.
LITURGIOUES. 301
bile en France , sous le règne de Robert , qui rendit un édit portant obligation de la solenniser. Ces trois Répons sont lout-à-fait , pour le chant , dans le style du roi Robert. Il est probable que Fulbert les lui avait communiqués , pour les répandre par ce moyen dans tout le royaume. On les trouve dans tous les livres Liturgiques de France , antérieurs au dix-huitième siècle , même dans ceux de la Provence et du Languedoc. Tel était le mode de propagation qu'employait Robert pour les chants qu'il affectionnait : il les faisait exécuter dans la chapelle de son palais , ou dans l'Abbaye de Saint-Denys , puis dans l'Eglise même de Paris , et de là ils passaient aux autres Cathédrales.
La piété de Robert pour les Oftîces divins n'avait rien de singulier dans ces siècles de foi. Les plus grands guerriers se montraient tout aussi dévots que ce roi pacifique. * Si , en effet , nous passons en Angleterre , nous retrouvons les mêmes exemples dans un prince tel que Guillaume-le-Conquérant. Guillaume de Malmesbury nous apprend que ce vainqueur des Saxons assistait chaque jour non seulement à la Messe, mais à Matines et aux autres heures de l'Office (1). 11 attribue la catastrophe qui affligea l'Angleterre à la négligence des seigneurs Saxons qui n'avaient pas renoncé , il est vrai , à entendre la Messe et l'Office , mais qui ne remplissaient plus ce àeso'w journalier que d'une manière lâche et négligente (2) . Matthieu Paris s'exprime dans les mêmes termes. Godefroy de Bouillon , partant pour la croisade , avait em-
(1) Religionem christianam quanUim saccularis poterat ita frequeutabat, ut quotidie Missae assisteret, vesperliaos et matutinos hymnos audiret. Guilklm. Mulmesb. de Gcstis Regum Jnglor. Lib. III.
('2) Optimates guliu et veneri dediti, Ecclesiam more Chrisliano mane nou adibanl, sed in cubiculo et iuler uxoiios amplexus, matutinarum soleinnia et tuissavum a lestinautc piesbytero auribus tantum libabant. Ibidem.
mené avec lui une troupe de religieux exemplaires , qui , durant toute la marche, récitèrent devant lui tous les divins Offices de jour et de nuit (1). Telle fut aussi la conduite du pieux et invincible Simon de Montfort, dans la Croisade contre les Albigeois (2). Nous choisissons de. préférence les exemples de ces illustres guerriers qui savaient imiter, dans les camps , la piété paisible d'un saint Gerauld , comte d'Aurillac, d'un saint Elzéar de Sabran, dont la vie, proclamée sainte par les peuples , s'écoulait au milieu des actes de la plus expansive charité et des plus augustes pratiques de la Liturgie.
Le douzième siècle ne fut pas moins fécond que le onzième en heureuses innovations dans la Liturgie Romaine , telle que les Français, les Allemands, les Belges la pratiquaient. La dévotion à certains saints inspira les plus beaux chants en leur honneur ; nous citerons principalement saint Nicolas et sainte Catherine , qui fournirent matière à des Antiennes et à des Répons d'une mélodie ravissante. Mais ce que ce siècle produisit, peut-être , de plus remarquable, fut le complément de l'Office des Morts , au moyen de plusieurs nouveaux Répons qui furent admis par toute l'Eglise d'Occident, et par l'EgUse Romaine elle-même. Ils eurent pour auteur, suivant saint Anlonin et Democharès, cités par Gavanti (3), Maurice de Sully , Evêque de Paris, qui les fit chanter dans son Eglise, en 1196. Ces Répons , morceaux du plus grand style , que l'Eglise de Paris ne connaît plus qu'à travers la parodie
(1) De claustris beue discipliuatis mouachos insignes adduxerat , qui toto iiinere, horis diuruis et nocturais, Ecclesiastico more, dirina illi Euinislrabanl officia. Guilldm. Tyr. Lib. IX. cap. 9.
(2) Cum esset in bellis streniiissimus , omni tamen die missamet horas canonicas omnes audiebat , semper sub armis. Rigord. inPhUipp. Jugust. anno 1215.
(ô) De Officio defunctorum. Cap. II.
qui en fut ftiitc au dix-huitième siècle , sont les suivans : Domine, quandoveneris. Peccantem me. Domine, secundum actum meum. Libéra me, Domine, de viis inferni; et Libéra me. Domine, de morte œterna (1). Les autres Répons de l'Office des Morts, Credo quod Rcdemptor . Qui Lazarum, etc., se trouvent déjà dans les Anliphonaires et Responsoriaux Grégoriens , publiés par le B. Tommasi.
Telle fut l'influence de l'Eglise de France sur la Liturgie universelle. Elle servit à compléter, à perfectionner, à enrichir le répertoire Grégorien , dont le fond resta toujours intact ; ces additions , ne consistant qu'en quelques Proses et Répons pour embellir les Offices divins , ou encore dans l'adjonction d'un certain nombre de fêtes de Saints, au calendrier Romain. Le Livre des Messes , tant pour les formules récitées que pour les parties chantées , demeura toujours le même, sauf les Tropes et les Séquences, que l'inspiration de ces siècles de foi et de mélodie produisit en grand nombre. Mais ces dernières pièces ne s'étendirent pas , pour l'ordinaire, hors du pays qui les avait produites : l'inspiration en était généralement trop nationale ; tandis que les Répons composés dans un caractère plus grave , se répandirent par toute la Chrétienté Occidentale. Il est vrai que leur propagation fut due en grande partie à l'influence des nouveaux Oi'dres Religieux ; c'est ce que nous raconterons au chapUre suivant.
Nous ne devons pas terminer le tableau de l'époque liturgique des onzième et douzième siècles, sans dire, en quelques mots, quelle fut l'action de l'Ordre Bénédictin en cette partie de la discipline ecclésiastique. Il suffira, pour mettre cette influence en état d'être appréciée de rappeler au lecteur que
(1) Breviar. Rom.
les Moines, du huitième au douzième siècle, remplirent tous les postes principaux dans l'Eglise , en même temps qu'ils furent presque les seuls dépositaires de la science et des traditions. Ils donnèrent des Papes comme saint Grégoirele-Grand, saint Boniface IV, saint Agatbon, saint Léon III, saint Paschal I , saint Léon IV, saint Léon IX, Alexandre II, saint Grégoire VII , Urbain II , Paschal II , Grégoire IX et Innocent IV; des docteurs sur la Liturgie et sur tout genre de doctrine , comme saint Léandre, saint Ildephonse , Bède , Alcuin, Walafrid Strabon, Pdiaban Maur, Usuard, Remy d'Auxerre, Notker le Bègue, Herman Contract, saint Pierre Damien, Bruno d'Asti, Hildebert du Mans et de Tours, Guy d'Arezzo, Rupert de Tuit, saint Bernard, Pierre le Vénérable, etc. Il advint de là que plusieurs usages bénédictins se fondirent dans la Liturgie d'Occident. Ainsi, l'Office du Chapitre à Prime , la Leçon Brève et le Confiteor avant Compiles, l'Oraison Visitaj quœsumus, les Antiennes 5a?fe,iîe^tna,yl/ma Rcdemptoris , etc. ; le petit Office de la Sainte- Vierge ajouté à l'Office du jour; l'usage des Hymnes, des Séquences; l'Aspersion et la Procession , le Dimanche , avant la Messe ; tous ces usages et beaucoup d'autres ont une origine monastique. On sait aussi que la Commémoration de tous les Défunts, au deuxième jour de Novembre, a passé de l'Abbaye de Cluny, où elle fut instituée par saint Odilon , à toute l'Eglise d'Occident ; de même que la coutume de chanter l'Hymne Yeni, Creator^ à Tierce, durant l'Octave de la Pentecôte, avait été établie dans le même Monastère par saint Hugues , avant d'être adoptée à Rome et étendue à toutes les provinces de la catholicité. Nous aurons ailleurs l'occasion d'indiquer beaucoup d'autres détails du même geme : nous avons voulu seulement, dans ce coup-d'œil général, signaler une des sources principales des Usages Liturgiques de l'Occident.
Si nous considérons maintenant l'Oflicc divin tel qu'il se célébrait dans les Monastères, à l'époque qui nous occupe ,' nous voyons que le chant ecclésiastique, en particulier, y était de plus en plus florissant. Les Offices des saints Patrons s'y célébraient par des Hymnes, des Répons, des Antiennes nouvellement composés par les Abbés, ou de savans Moines. On y tenait beaucoup plus que dans les Cathédrales , à la pureté Grégorienne ; on consultait les divers exemplaires anciens, et on cherchait avec zèle à maintenir les traditions. Nous en voyons un exemple célèbre dans la conduite des premiers Pères de Citeaux. Une lettre de saint Bernard nous apprend que la réputation de l'Antiphonaire de Metz n'étant pas encore éteinte au douzième siècle, les Moines de cette Réforme l'avaient copié pour leur usage. Mais bientôt ils reconnurent que le chant était défectueux et avait souffert, tant de l'injure du temps que de l'esprit d'innovation. Le Chapitre de l'Ordre confia à saint Bernard la commission de corriger les livres du chœur. Il s'adjoignit à cet effet ceux de ses confrères qui passaient pour les plus habiles; l'Antiphonaire, ainsi revu, fut approuvé par le Chapitre, et injonction fut faite à tous les Monastères Cisterciens de s'en servir. A la suite de la lettre de saint Bernard dont nous venons de pailer, on trouve parmi les œuvies du saint Docteur un traité fort curieux, de RcUione Cantus, destiné à servir de préface à l'Antiphonaire de Citeaux. Il y a des raisons de douter que cet ouvrage soit de l'Abbé de Clairvaux; mais, quoi qu'il en soit , il est d'im haut intérêt pour le détail qu'on y trouve des principes qui présidèrent à la correction du chant Cistercien. On voit que les premiers Pères de Citeaux furent d'habiles musiciens ; mais peut-être pourrait-on dire que quelquefois, de leur piopre aven , ils réformèrent l'Antiphonaire de Metz, plutôt d'après des théories que sur la f. I. 20
confrontation des divers exemplaires des Eglises. Il est évi- 'dent néanmoins que si l'on est quelquefois en droit de croire qu'on possède la phrase Grégorienne dans sa pureté sur un morceau en particulier, c'est lorsque les exemplaires de plusieurs Eglises éloignées s'accordent sur la même leçon ; mais ceci nous entraînerait trop loin et donnerait matière à des discussions totalement étrangères à l'objet de notre récit.
On voit, par les plus anciens Bréviaires de Cileaux, que cette Réforme adopta, en manière de supplément à l'Antiphonaire Grégorien , plusieurs Usages et pièces de chant qui apparteuci^ient aux Eglises de France, et en particulier à celle de Paris. O'est une remarque qu'on peut faire également au sujet de l'Ordre de Prémontré, fondé en 1120, et dont les livres présentent matière à la même observation. Ces livres sont restés purs, et comme l'un des répertoires de l'ancienne Liturgie Romaine-Française, jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, où le dernier Abbé-Général (M. Lécuy, mort il y a peu d'années, Grand- Vicaire de Paris ) , jugea à propos de les abolir, pour leur substituer des Usages puisés dans ce que présentait de plus exquis la moderne régénération Gallicane.
Il nous reste encore à dire un mot sur le chant pendant les onzième et douzième siècles. Il se maintint , pour la couleur générale, dans le caractère que nous lui avons reconnu au chapitre précédent , et dont les Répons du roi Robert sont la plus complète expression. Une mélodie rêveuse et quelque peu champêtre , mais d'une grande douceur, en fait le caractère principal. Elle est produite par de fréquens repos sur la corde finale et sur la dominante, dans l'intention le marquer une certaine mesure vague, et par une longue tirade de notes sur le dernier mot , qui n'est pas sans quelque charme.
Le Répons de sainte Catherine , Virgo fagcUatur , qui pa-
rait eue d'oiiginc aUoniande , offre une marche plus vive et plus animée, jusqu'au verset qui forme un intermède d'une mélodie tendre et suave. Les Répons de Maurice de Sully ont un caractère sombre et sévère qui n'a rien de commun avec les gracieuses et monotones fantaisies de Robert et des antres compositeurs de cette époque ; mais toutes ces pièces n'ont plus la simplicité grandiose des Motifs dont l'Antiphonaire Grégorien a puisé l'idée dans la musique des Grecs.
A cette époque , la séquence se perfectionna. Elle cessa d'être un Trope à la marche lente , au rhythme irrégulier. Elle devint une sorte d'hymne à mesure égale, et offrit par là l'occasion d'un précieux développement à la musique ecclésiastique. Au douzième siècle, la Séquence d'Âbailard Jfi7fiY adVirginem, fut ornée , probablement par son auteur, de ce délicieux chant que les Parisiens modernes ont du moins conservé sur les modernes paroles de la prose actuelle ; Humani generis. Nous touchons à l'époque du Dies irœ et du Lauda, Sion.
Le onzième siècle vit en outre s'accomplir un grand événement pour le chant ecclésiastique. Guy d'Arezzo inventa un système qui simplifiait considérablement l'élude du chant, en désignant par une syllabe invariable et non plus par des lettres, les différens tons de la Gamme. On dit assez généi'alement qu'il fut le premier à donner une méthode d'écrire léchant : c'est une erreur; on avait des notes avant lui, comme on a pu le voir ci-dessus. Seulement , sa méthode soulageait beaucoup l'œil et la mémoire , et fit tomber toutes les autres.
Cette période fut donc véritablement féconde pour la Liturgie : on en jugera mieux, encore en parcourant l'énumération des travaux qui furent alors exécutés en cette partie. rSous l'ouvrirons donc , sans tarder davantage.
A la tète des Liturgistes du onzième siècle, nous plaçons le Roi Robert , dont nous avons déjà tant parlé dans ce chapitre. Il composa des Séquences pour diverses fêtes. Outre celle delà Pentecôte: Sancti Spiritus adsit nobis gratia, que plusieurs ont confondue avec l'hymne Veni, Creator Spiritus, qui est de Charlcmagne , il en composa d'autres , pour Noël , Pâque , l'Ascension, la Nativité de la Sainte- Vierge , les fêtes de saint Martin, de saint Denys , de saint Agnan, Evêque d'Orléans, etc. Il célébra la Sainte-Vierge en vere latins , dans lesquels il excellait , et avait coutume de la nommer Y Etoile de son Royaume. Nous avons parlé de ses deux beaux Répons : Judœa et Jérusalem et Cornélius Centurio. Tout le monde sait le tour innocent qu'il joua à la Reine Constance, lui faisant croire qu'il était question d'elle dans un Répons qu'il avait composé et qui commençait par ces mois : 0 Constantia Martijrum. Nous plaçons ici les paroles de ce Répons que les voùics de nos cathédrales ont oublié , et que certainement bien peu de nos lecteurs connaissent. Il est triste qu'un siècle ait suffi pour effacer presque tous les points de contact que la Liturgie, en France, avait avec l'histoire. On nous a donné des rites nationaux que nos pères n'avaient point connus.
^. 0 Constantia Martijrum laudabilis , d charitas inextinguibilis , d patientia invincibilis , quœ licet inter pressuras persequentium visa sit despicabilis , * invenietur in laudem, et gloriam., et honorem, in tempore retributionis. y. Nobis ergo petimus piis subreniant merilis , honorificati a Pâtre qui est in cœlis. * Invenietur. Gloria Patri. 0 Constantia Martyrum.
Ce beau Répons dont le chant est aussi tou(;hant que les paroles en sont nobles, éiail le neuvième des jhi'iîîes, au Commun de plusieurs Marlyrs. iieuri ux ituips où les Rois
coniposai(Mil des chants pour leurs sujels , où les mélodies naiionales étaient d'innocens Répons , ou des Antiennes pleines de paix et d'onction !
(1007). L'ami de Robert, Fulbert, Evêque de Chartres, composa , comme nous l'avons dit , trois Répons de la plus grande beauté , pour la Nativité de la Sainte-Vierge. Ils sont en vers , mais non riraés , comme ce fut plus tard la mode , au treizième siècle. Nous les insérons ici , parce qu'ils ont péri dans toute la France (I) : nous voudrions pouvoir en donner le chant plein d'une suave mélodie.
1". 1^. Solem justitiœ Regem paritura supremum, * Stella Maria Maris hodie processit ad ortum. y. Cerner e divinum lumen gaudete , fidèles. " Stella Maria.
2°. i^. Stirps Jesse virgam produxit , virgoque florem , * et super hxinc florem requiescit Spiritus almus. f. Virgo Dei genitrix Virga est , flos Filius ejus. * Et super hune.
5°. 1^. Ad nutum Domini nostrum ditantis Jionorem, ' sicut Spina rosam genuit Judœa Mariam. y. Utvitiumvirtus operiret^ gratia culpani. ' Sicut Spina.
Tels sont ces admirables Répons composés pour l'Eglise de Chartres , par le Pontife qui posa les fond(Uuens de la merveilleuse cathédrale qui brille d'une si sublime auréole. Un Roi les nota en chant ; la France entière les adopta ; l'Europe les répéta après la France. Ânjourd'hui , ces doux chants ne retentissent plus dans les divins OITices , et Chartres même, infidèle à son FulJjcrt et à la douce Vierge qu'il chanta , les ignore l
Nous nous sommes permis d'insérer ces quelques lignes de l'antique Liturgie de nos pères : ne pouvant résister au
(I) L'Eglise du 3Ians chante encore te second, Stirps Jesse : mais en deliors de l'OlTicca la Procession du jour de l'AssoDipUon de ta Sainte Vierge , avant la Messe.
désir de donner à nos lecteurs quelques traits de cette Liturgie Romaine-Française qui git maintenant incomplète dans la poussière des Bibliothèques. C'est de là que , dès longues années, nous avons entrepris de l'exhumer. Les volumes suivans nous fourniront plus d'une fois l'occasion d'en mettre en lumière les inspirations qui, nous en sommes sûrs, seront trouvées nobles et touchantes.
Fulbert a composé en outre plusieurs Séquences et plusieurs Hymnes. Parmi ces dernières , on remarque celle du temps paschal : Chorus novœ Jérusalem.
(1008). Bernon, Abbé de Richenau, est auteur d'un précieux traité intitulé De Institutione Missarum; d'un dialogue , sous ce titre : De Quatuor Temporum Jejuniis , per sua Sabbata observandis , ad Aribonem , Archiepiscopum iî/o^ifnfînum; d'une Epître au même Âribon, De Quatuor Adventus Dominicis. Il écrivit aussi un livre sur le chant, intitulé Libellus Tonarius , ou Opus Symphoniartim et To~ norum , et le dédia à Piligrin , Archevêque de Cologne. Trithême parle de trois ouvrages de Bernon sur le chant savoir : De musica, seu de tonis; De instrumentis mu&icis, et De mensura monochordi.
(1010). Adelbode, Evêque d'L'trecht , composa le chant de rOfiîce de la nuit pour la fêle de saint Martin. Il écrivit de Rome une lettre curieuse sur la célébration de l'Avenl ; il ne faut pas la confondre avec un traité, en forme de dialogue , qu'avait composé sur le même sujet Hériger, Abbé de Lobes.
(1012). ArnolcT, Prévôt de Saint-Emmeran deRalisbonne, composa des Antiennes et des Répons, pour la lête de ce saint Evêque.
(1014). Guy d'Arezzo, Abbé de Saint-Pierre-d'Avellane, fut appelé à Rome par Benoît VIH , et travailla sous ce
Pape et son sueresseiiir Jean XIX , an perfectionnement (lo la musique ecclésiastique. Il inventa le système de notation qui dure encore , employant les syllabes ut , re, mi, fa, sol. la, qu'il tira do la première strophe de l'Hymne de saint Jean , à marquer les diiïérens tons de la voix. Cette méthode si simple , réduisant au pur mécanisme la pratique de la gamme, simplifia prodigieusement l'étude du Chant, en sorte qu'on put l'apprendre aux. enfans avec autant de facilité qu'on leur enseigne à épeler et à lire l'écriture. Ce Moine, véritablement digne du nom de Grand, pour un si éminent service, écrivit un traité de la musique , en deux livres, sous le nom de Mlcrologue , qu'il dédia à Théodalde, Evoque d'Arezzo, et un opuscule De Mensura Monochordi. Enfin il arrangea un Antiphonaire, d'après sa méthode de notation , et Benoît VIII fut tellement frappé de la supériorité de ce ti'avail , qu'au rapport de Guy lui-même , il regardait cette œuvre comme une espèce de prodige.
(1020). Olbert, Abbé de Gemblours, fut habile dans la science du chant ecclésiastique. Entre autres compositions de ce genre qui lui appartiennent, la chronique de son Monastère lui attribue les chants et les Hymnes de saint Véron et de sainte Vaudru.
(1025). Saint Odilon , Abbé de Cluny, instituteur de la Commémoration des défunts , au 2 novembre , nous a laissé des Hymnes en l'honneur de la Sainte-Vierge , de sainte Adélaïde et de saint Mayeul, son illustre prédécesseur.
(1026). Arnoul, Moine de Saint-André d'Andaone, outre ses écrits sur le Comput Ecclésiastique , composa un Martyrologe abrégé , ou plutôt un calendrier des saints de l'année.
(1027). Saint Léon IX, auparavant Brunon, Evêque de Toul, fut très-habile dans le chant ecclésiastique, et corn-
posa avec un grand art les Répons de l'OlTice de saint Grégoire-Ie-Grand, de saint Cyriaque , martyr, de sainte Odile, vierge , de saint Nicolas , de saint Hydulphe , Evêque de Trêves. On a chanté, jusqu'en 1775, cet Office de saint Hydulphe , dans l'Abbaye de Moyenmoulier. Depuis qu'il fut élevé à la Papauté , se trouvant à Metz , il y conaposa des Répons, pour l'Office de saint Gorgon , martyr.
(iOôO). Adhéraar, Moine de Saint-Martial de Limoges, est regardé par plusieurs comme l'auteur du supplément à l'ouvrage d'Amalaire De divinis Ojjiciis , donné par D. Mabillon , au tome deuxième des Analecta.
(1055). Angelran , Abbé de Saint-Riquier, mit en chant l'Office de saint Valéry et celui de saint Yulfran.
(1059). Godescalc , prévôt d'Aix-la-Chapelle, chapelain de Henri IH, composa un grand nombre de Séquences pour la Messe.
(1040). Hermau Contract , élevé d'abord à Saint-Gall, puis Moine de Richenau, fui un prodige de science pour son temps. Nous ne devons parler ici que de ses travaux liturgiques. Il écrivit sur le chant trois traités, savoir : De Musica . De Monochordo j De ConflicHi Sonorum. Passant ensuite de la théorie à la pratique, il composa les paroles et le chant si mélodieux des Antiennes Salve, Regina; Aima Redeniptoris Mater ; les Séquences Ave , iJiœdara maris Stella; ô Florens Rosa; Rcx omnipotens, du jour de l'Ascension , et beaucoup d'autres , parmi lesquelles plusieurs mettent le Yeni , Sancte Spiritus , attribué par d'autres à Innocent III ; le Répons Simon Barjona pour saint Pierre , ceux de l'Annonciation, des saints Anges, etc.
(1040). Aaron , Abbé de Saint-Martin , puis de Saint- Pantaléon de Cologne , écrivit un livre De utilitate cantus. vocalis et de modo coMtandi et ysallendi.
(1040). Jenn de Garland, Anglais, composa un poème , intitulé De Mysteriis Missœ, et le dédia à Foulques, Evêquc de Londres.
(1050). Michel Psellus , qui avait été le précepteur de l'Empereur Michel Ducas, embrassa plus tard la vie monastique. Allatius nous fait connaître de lui les ouvrages suivans qui ont l'apport à la Liturgie : Expositîo in ilhid quod in solemni Christi Ascensionis die dicitur : Hodie Sancta Condura et cras Ascensio. Expositio in illud : Domine, Jesu Christe, Deus noster, miserere nostrî. Amen. Paraphrasis carminé iamhico in Canonem S. Cosmœ , Maiumœ Episcopi, sancta et magna feria quinta canendum.
(1050). Jean , dit le Géomètre , souvent cité par saint Thomas-d'Aquin , dans sa Catena aurea sur les Evangiles , vécut au onzième siècle. Il est auteur de quatre grandes Hymnes en l'honneur de la Sainte Vierge , qui se trouvent dans la Bibliothèque des Pères de Lyon et ailleurs. Allatius nous apprend qu'il avait composé d'autres Hymnes pour les différentes fêtes de l'année.
(1050). Humbert , Abbé de Moyenmoutier , nota plusieurs Antiennes , en l'honneur de saint Grégoire , Pape , de saint Hydulphe et de saint Colomban.
(1050). Odon, Moine de l'Abbaye des Fossés, près Paris, est auteur des Répons que Ton chantait autrefois le jour de la fête de saint Babolein, premier Abbé de ce Monastère.
(1054). Jean, dit Mauropus {aux pieds noirs), d'abord Moine, puis Métropolitain d'Euchaïte, dans l' Asie-Mineure, composa beaucoup d'Hymnes, savoir vingt-quatre Canons paraclétiques au Christ Sauveur , deux autres cantiques adressés pareillement au Verbe incai'né , soixante-sept à la
Sainte-Vierge , un au saint Ange Gardien , deux à saint Jean- Baptiste, d'autres pour les fêles des saints Basile, Grégoire de >'azianze et Jean Glirysostôme.
(lOoT. Saint Vievve Damicn, d'abord Moine et Abbé, puis Cardinal et Evèqiie d'Osiie, a laissé de nombreux monumens de son génie et de son savoir liturgiques. Nous citerons ici le traité De septem horis canonicis ; le livre sur Dominus vobiscum ; un autre Contra scdentes temjwre Divini Ofjicii ; enùtt une grande quantité d'Hymnes, Antiennes et autres pièces liturgiques que l'on peut voir en tète du quatrième tome de ses œuvre? publiées par Constantin Gaetani. Nous citerons parmi celle-ci les belles Hymnes de la Croix , de Paque, de l'Annonciation et de l'Assomption de la Sainte- Vierge, de saint Pierre, de saint Paul, de saint André, de saint Jean l'Evangéliste, de saint Vincent , de saint Grégoirele-Grand , de saint Benoît , etc.
(1057). Alberic , Moine du Mont-Cassin , et depuis Cardinal, écrivit un dialogue De musica , et des Hymnes pour Pâque, l'Ascension, les fêtes de l'a Sainte-Croix, de l'Assomption de la Saint e-Vierge , de saint Paul , de saint Apollinaire , etc.
(1057). Einliardll, d'abord Moine et Abbé , puis Evéque de Spire , composa en quatre livres un ouvrage très-important De cœremoniis ecclesiœ.
(1058). Gosselin, Moine de Saint-Bertin , suivit en Angleterre Hermann , Evêque de Salisbury , et se rendit célèbre dans ce pays , par sa grande science du chant ecclésiastique, n composa une Séquence en l'honneur de sainte Etheldrède.
(1060). Vitmond , Moine de Saint-Evroul , fut aussi un habile compositeur de chant ecclésiastique. Orderic Vital dit que l'on chantait encore de son temps , à Saint-Evroul , des
LITURGIQUES. 5fS
Antiennes et des Répons de la façon de Vitmond, et des Hymnes qu'il avait notées sur des airs très-mélodieux.
(1060). Lambert, Abbé de Saint-Laurent de Liège , composa le chant et les paroles d'un Ofiîce, en l'honneur de saint Héribert , Archevêque de Cologne.
(1060). Francon, Ecolàtre de la cathédrale de Liège , écrivit, au rapport de Sigebert, un traité sur le chant ecclésiastique.
(1060). Alphane , Moine du Mont-Cassin , Archevêque de Salerne , a laissé des Hymnes en l'honneur de sainte Christine, de sainte Sabine, de saint Matthieu, de saint Nicolas, de saint Maur, etc.
(1061). Jean, comte de Bayeux , d'abord Evêque d'Avranches , puis Archevêque de Rouen , a écrit un livre célèbre De divinis Officiis,
(lOO'i). Jean Bar-Susan, Patriarche Jacobite d'Antiochc, est auteur d'une Anaphore, qui se trouve au Missel Chaldaique, et d'un livre dans lequel il prétend justifier contre les Coptes, l'usage de mêler du sel et de l'huile au pain eucharistique.
(1068). Guillaume, Abbé d'Hirsauge , composa un traité De musica et tonis, et un autre De psalterio. Il recueillit aussi les coutumes de son Monastère , et ce recueil renferme beaucoup de particularités liturgiques intéressantes.
(1070). Bonizon , Evêque de Plaisance, massacré cruellement par les Schismatiques , fauteurs de l'Empereur Henri IV , écrivit un livre De Sacramentis , adressé à Gaultier, Prieur du Monastère de Léon, et publié par Muratori. (1070). Osberne, chantre et Sous-Prieur de Cantorbéry, ami de l'Archevêque Lanfranc, publia un traité De musica.
(1070). Didier, Abbé du Mont-Cassin, et depuis Pape sous le nom de Victor IH , fut fort zélé pour le chant ecclé-
siastique et pour la splendeur des Offices divins. Il composa lui-même des chants, ou des Hymnes en l'honneur de saint Maur.
(10*1). Raynald , Evèque de Langres, rédigea lui-même l'Office de saint Mamniès , Martyr, patron de son Eglise. Il en prit le texte dans les poésies de Walafrid Strabon , et composa lui-même le chant.
(1074). Nicolas III , Patriarche de Constantinople , est auteur d'un poème De jejuniiset festis totius anni, et d'un règlement ecclésiastique De oblationibus Liturgicis.
(1075). Lanfranc , Abbé du Bec , puis Archevêque de Cantorbéiy, ayant fait confirmer les Moines dans la possession où ils étaient de desservir les Cathédrales en Angleterre, rédigea un recueil de statuts concernant la discipline que l'on devait observer dans tous les Monastères de ce royaume, et principalement la célébration des Offices divins. Ces statuts sont une des plus précieuses sources où l'on doive puiser la connaissance des usages liturgiques des Moines, au moyen âge.
(1075). Thomas, Archevêque d'Yorck, composa le chant d'un grand nombre d'Hymnes. Guillaume de Malmesbury dit de ce Prélat qu'il avait la voix très-belle, et que lorsqu'il entendait un air agréable , il l'accommodait aussitôt aux Hymnes et aux chants ecclésiastiques ; mais il ne voulait pas soufTrii' dans l'Eglise une musique efféminée et sans gravité.
(1080). Durand, Abbé de Saint-Martin de Troarn, composa des Antiennes et des Piépons avec leur chant pour diverses fêtes de l'année, et en l'honneur de Notre-Seigneur, de la Sainte Vierge, des Anges , des Apôtres , des Martyrs, et autres Saints révérés dans l'Eglise.
(1080). Ulric, Moine de C'uny, recueillit les usages de
cel illustre Moiiaslère, et son travail publié par Doni Luc d'Achery, est un des plus importans monumeus do la Liturgie Bénédictine.
(1080). Irène, fenune de l'Enipcrour Alexis-Comnène , ayant fondé à Constaiilinople un Monastère de filles , leur donna des constitutions qui sont contenues dans le livre appelé Typique. Le cérémonial contenu dans ce livre est du plus haut intérêt pour la connaissance des usages claustraux des Monastères de filles , en Orient.
(1091). Aribon, personnage dont l'état et la qualité sont aujourd'hui inconnus , écrivit un traité De musica , qu'il dédia à un Evêque , nommé EUenhard. Il y parlait ^vec enthousiasme de Guillaume, Abbé d'Hirsauge, dont nous avons fait mention plus haut, et le qualifiait le premier des musiciens , l'Orphée et le Pythagore modernes.
(1094). Jean, Saïd Bar-Sabuni , Evêque Jacobite de Méli* tine , est auteur d'une Hymne acrostiche que les Jacobiles chantent durant la cérémonie de la tonsure des Moines.
(1096). Nevelon, Moine de Corbie, rédigea un Martyrologe , abrégé de celui d'Adon.
(1097). Bruno d'Asti, Abbé du Mont-Cassin, puis Evêque de Ségni , est un des grands liturgistes du onzième siècle. On lui doit les livres suivans : De ornamentis ecdesiœ ; De Sacrificio azymi , et De Sacramentis ecdesiœ , mysteriis , Clique Ecdesiastids ritibus.
(1097). Micrologus , tel est le litre d'un ouvrage anonyme qui est aussi intitulé De ohservationibus Ecdesiastids. Ce livre , qui est un des monumens principaux de la science liturgique , a été écrit peu après la mort de saint (Irégoire VU, arrivée en 1085. On y trouve l'explication de l'Office suivant la forme en laquelle ce Pape l'avait réduit. Il ne faut pus confondre cet opuscule avec le Microloguede Guy
d'Arezzo qui ne traite que de la musique et du chant. Zaccaria croit pouvoir l'altiibuer à Ives de Cliartres.
(1097) . Ives . d'abord Abbé de Saint-Quentin , puis Evêque de Chartres, fut un des plus grands, des plus doctes et des plus saints Prélals de son temps. Il excella dans l'cxplicatiou des mystères de la Liturgie, comme on peut le voir parla 4ecture d'un grand nombre de ses Sermons, qui font autorité en celte matière. L'indication de ces Sermons nous entraînerait trop loin : on peut consulter la Bibliothèque des Pères, ou la collection d'Hittorp.
(1097). Saint Anselme, Abbé du Bec, et ensuite Archevêque de Cantorbéry , composa , avec l'onction qui se remarque dans tous ses écrits , des Hymnes et un Psautier de la Sainte-Vierge.
(1097). Le vénérable Hildebert de Lavardin, Evêque du Mans, puis Archevêque de Tours, a laissé, entre autres compositions qui vont à notre sujet, un poème infiniment précieux , intitulé : Versus de mysteriis et ordine Missœ. Nous citerons encore les opuscules suivans : Liber ^ scu prosa de Natali Domini ; De Sacramentis ; De utraque parte altaris; De tribus 3Ilssis in Natali Domini.
(1105). Odon, Ecolàtre d'Orléans, puis Abbé de Saint- Martin de Tournay , enfin Evêque de Cambrai , est auteur d'une courte exposition du Canon delà Messe.
(1110). Geoffroy, Abbé de la Trinité de Vendôme , a composé quatre Hymnes , dont la première en l'honneur de la Sainte Vierge , et les trois autres sur la conversion de sainte Marie-Magdeleine. Plusieurs de ses opuscules renferment des traits importans pour ïa compréhension des doctrines liturgiques de cette époque.
(1110). Marbode, Evêque de Rennes, est auteur de trois Hymnes en l'honneur de sainte Marie-Magdeleine.
(111 i). Robert, Prieur de Saint-Laurent de Liège, écrivit un traité De divinis Officiis.
(1111). Uupert, Abbé deTuit, se recommanda, comme liturgisle , par son ouvrage De divinis Officiis j>cr anni circulum, divise en douze livres. Il a composé en outre plusieurs Hymnes, savoir deux en l'honneur du Saint-Esprit, et les autres pour la fête de plusieurs saints martyrs.
(1115). Etienne, Evèquc d'Autun, et qui mourut Moine de Ciuny , a laissé m\ livre De Sacramcnto Altaris , et iis quœ ad iliud variosque Ecdesiœ ministros pertinent.
(IHo). Saint Bernard, Abbé de Glairvaux et Docteur de l'Eglise, outre les travaux qu'il accomplit sur l'Antiphonaire, a composé un Office entier en l'honneur de saint Victor, Confesseur, à la prière de Guy, Abbé de Montier- Ramey. Cet Office , d'un style élégant et plein d'onction , mais peu conforme à la couleur de l'antiquité, renferme des Hymnes totalement dépourvues de mesure et de quantité. C'est le reproche qu'on peut faire également à l'Hymne de saint Malachie , composée aussi par saint Bernard et publiée par Dom Martène. Ces Hymnes contrastent singulièrement avec le petit poème de mesure iambique et si mélodieux , qui commence par ces mots : Jesu^ dulcis memoria, dont l'Eglise a tii'é les trois Hymnes de l'Office du saint Nom de Jésus. Dom Mabiilon a placé pai^mi les œuvres probables de saint Bernard , l'Hymne à l'honneur des Cinq Plaies de N. S., (|ui commi'iice: Salve, mundi salutare, et une touchante prière au Christ et à Marie, dont le premier vers est ainsi conçu : Summe summi tu Patris unice. Quant à la gracieuse prose de Noël: Lœtabundus, on la trouve dans tous les anciens Missels , sous le nom de saint Bernard.
Les principes de saint Bernard , sur la composition liturgiiiue , sont trop imporlans pour n'être pas rappelés dans
cet ouvrage : il serait à désirer qu'on ne les eût jamais perdus de vue. Voici quelques traits du saint Docteur sur ce sujet , tirés de sa lettre à Guy , Abbé de Montier-Ramey. « Ce n'est point votre affection pour moi que vous devez ï considérer , dans une affiiire si grave que la composition ï d'un Ofiice , mais le peu d'importance que j'ai dans l'Eglise. > Un si haut sujet exige non simplement un ami, mais un » homme docte et digne d'une pareille mission, dontl'auto- »rité soit compétente , la vie pure, le style nourri, en sorte » que l'œuvre soit à la fois noble et sainte. Qui suis-je , dans » le peuple Chrétien , pour que mes paroles soient récitées
> dans les Eglises ? Quelle est donc ma pauvre éloquence
> pour qu'on vienne me demander des chants de fête et de i triomphe ! Quoi donc ? celui dont les cieux célèbrent les i louanges , il faut que , moi , je m'essaie à les redire sur >la terre? Vouloir ainsi ajoutera la gloire du ciel, c'est » la diminuer. Ce n'est pas pourtant que les hommes doivent » s'interdire de chanter les louanges de ceux que déjà les
> Anges glorifient ; mais dans une auguste solennité , il » ne convient pas de faire entendre des choses nouvelles , >ou légères d'autorité ; il f^mt des paroles authentiques , » anciennes , propres à édifier l'Eglise et remplies de la «gravité eccclésiaslique. Que si, le sujet l'exigeant , il était » nécessaire d'employer quelque chose de nouveau, il me «semble qu'il fout, dans ce cas, que la dignité de l'élocu- »tion jointe à celle de l'auteur, rende les paroles autant » agréables qu'utiles au cœur des auditeurs. Que la phrase • donc resplendissante de vérité fasse retentir la justice, «persuade l'humilité, enseigne l'équité; qu'elle enfante la «lumière de vérité dans les cœurs, qu'elle réforme les «mœurs, crucifie les vices, enflamme l'amour, règle les «sens. S'il s'agit de chant, qu'il soit plein de gravité, égale-
» ment éloigné de la mollesse et de la rusticité. Qu'il soit » suave, sans être léger; doux aux oreilles, pour toucher >le cœur. Qu'il dissipe la tristesse, calme la colère; qu'au » lieu d'éteindre le sens de la lettre , il le féconde : car ce » n'est pas un léger détriment de la grâce spirituelle que » d'être détourné de goûter l'utilité du sens par la frivolité T> du chant , de s'appliquer davantage à produire des sons » habiles qu'à faire pénétrer les choses elles-mêmes (1). »
(il 18). Théotger, Evêque de Metz , écrivit un traité du chant ecclésiastique.
(1 120). Hugues, Abbé de Saint- Victor de Paris, un des plus illustres écrivains mystiques du moyen-ûge, a passé pour être l'auteur de plusieurs écrits sur la Liturgie qu'on trouve dans ses œuvres. Mais il est impossible de lui laisser les trois livres -De cœremoniis , Sacramentis et Officiis ^ecclesiasticis , qui sont de Robert Paululus ; ni l'opuscule intitulé De Canone Mystici Ubaminis, ejusque ordinibus, qui est de Jean de Cornouailles. Le Spéculum de Mysteriis Ecclesiœ ne paraît pas beaucoup plus assuré à Hugues de Saint- Victor.
(1120). Hugues Metellus, chanoine régulier de Toul, a laissé cinquante-cinq lettres sur différens sujets. La SS'' et la 53'^ ad Constantinum , ont pour objet l'exphcation des rites de l'Eglise pendant le Carême et les trois semaines qui le précèdent.
(1120). Le bienheureux Guigues, cinquième Prieur delà Chartreuse, rédigea les fameux Statuts qui portent son nom et qui forment aussi un des plus curieux monumens de la Liturgie Monastique.
(1120). Gilbert, Evêque de Limcrik, voulant aider à l'établissement de l'unité liturgique, en Irlande, publia une
(1) Vid. la nylu i>.
lettre circulaire à tous les Evêques et Prêtres de ce pays. Celte lettre est le prologue d'un opuscule intitulé De Statu Ecclesiœ , dans lequel Gilbert expose avec un détail intéressant les fonctions sacrées de l'Evêque et du Prêtre.
(1125). Suger, illustre Abbé de Saint-Denys en France, a laissé un opuscule sur la Dédicace de l'Eglise de son Abbaye qu'il avait rebâtie.
(H23). Pierre Maurice, dit le Vénérable, Abbé de Cluny, a laissé plusieurs Hymnes , et en particulier celles que tout l'Ordre de Saint-Bénoit chante dans la fête de son saint Patriarche : Laudibus cives resonent canaris, Inter œternas superwn coronas , et Quidquid antiqui cecinere vates. Les Bénédictins français chantent aussi celle que le même Pierre le Vénérable a composée sur la Translation des reliques de saint Benoît en France et sur leur illation : Claris conjuhila, Gallia, laudibus.
(1128). Drogon, Abbé de Laon, puis Evêque d'Ostie, a laissé un livre De divinis Officiis , seu horis Canonicis.
(1130). Honorius , Ecolâtre de l'Eglise d'Autun, est auteur de la belle somme liturgique, intitulée Gemma animœ. Dom Bernard Pez, en publiant, au deuxième tome de son Thésaurus anecdotorum novissimus , l'important écrit intitulé Sacramentarium ou De Sacramentis , site de causis et significatu mystico rituiim divini in ecclesia Ofjicii , a presque doublé les richesses liturgiques que nous devons à Honorius d'Autun.
(1130). Berold, gardien, et Cicendelarius de l'Eglise de Milan, écrivit un livre curieux, intitulé Ordo et cœremoniœ Ecclesiœ Ambrosianœ Mediolanensis.
(1150). Hervé du Mans, Moine du Bourg - de - Dol , au Diocèse de Bourges, donna l'explication des Cantiques que l'on chante dans les OÛices divins, et écrivit uu !ivre de
reiiraïqiies sur les alléralions que le texte de la Bible avait souffertes clans les Lectionnaires de certaines Eglises.
(1150) Gnillanme de Sommersct , Moine de Malmesbury, fit un abrégé des livres d'Amakiire sur les Offices divins.
(1150). Pierre Abailard qui, après une carrière aussi brillante qu'agitée, embrassa la vie monastique à Saint-Denys, fut Abbé de Saint-Gildas de Ruis, et mourut à Cluny , composa à la prière d'IIéloise un petit livre d'Hymnes et de Séquences pour l'usage du Monastère du Paraclet. La plus célèbre de ces Séquences est celle pour la fête de l'Annonciation : nous en avons parlé ci-dessus.
(1150). Piodulplie, Abbé de Saint-Trou, fut très-habile dans le chant ecclésiastique et nota un Office en l'honneur de saint Quentin.
(1156). Rinald II, Abbé du Mont Cassin et Cardinal, composa trois Hymnes en l'honneur de saint Jlaur , trois pour saint Placide et une pour saint Sévère, Abbé du Mont Cassin.
(1140). Anselme, Archevêque de Magdebourg , et ensuite de Ravenne, écrivit un traité De ordine pronuntiandœ Litaniœ.
(1145). Benoit, Chanoine de Saint-Pierre , écrivit le livre intitulé PolUcitus . dans lequel il rend compte des Offices de toute l'année et principalement de ce qui a rapport aux Fonctions Papales. Dom Mabillon a placé cet opuscule parmi les Ordres Romains, entre lesquels il occupe le onzième rang.
(1147). Isaac , Abbé de Stella au diocèse de Poitiers, écrivit une Epître assez longue sur le Canon de la Messe.
(1150). Aelrède, Abbé de Rhienvall au diocèse d'Yorck , a laissé unUvreZ>e Officiis ministrorum.
(1150). Hugues, Abbé de Prémontré, rédigea le livre
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des cérémonies de cet Ordre, sous ce titre : Ordinarium Prœmonstratensis Ecclesiœ.
(1150). Richard, Chanoine régulier de Saint-Victor de Paris, et l'ami de Hugues, écrivit, au rapport de Trithême, un livre De Ofjïciis Ecclesiœ.
(lloO). Damien , Prémontré, aux Pays-Bas, passe pour avoir composé des chants admirables en l'honneur de saint Corneille et de saint Cyprien.
(lloO). Nous plaçons à cette date l'anonyme du douzième siècle, dont Zazzera a publié en 1781, d'après un manuscrit du Vatican, un intéressant ouvrage intitulé Sanctœ Ecclesiœ Rituum, divinorumque Officiorum explicatio.
(1150). Adam , Chanoine régulier de Saint-Victor de Paris, est illustre parles belles Séquences qu'il a composées, parmi lesquelles on distingue celles de saint Etienne, de la Purification de la Sainte Vierge, de la sainte Croix, de la sainte Trinité , de saint Nicolas, de saint Jean-Baptiste, de saint Pierre et de saint Paul , de saint Laurent , de saint Martin , sans oublier celle de saint Denys : Gaude proie . Grœcia j si indignement travestie par les Parisiens modernes.
(1150). Lisiard , Clerc de l'Eglise de Tours , rédigea Y Ordinaire, ou livre des cérémonies pour l'usage de l'Eglise de Laon.
(1154). Denys Bar-Salibi , Evéque Jacobite d'Amida , a laissé en Syriaque beaucoup de monumens de sa science liturgique. Nous citerons les ouvrages suivans : Exposition des mystères qui sont contenus dans le saint Chrême. Exposition des mystères qui sont contenus dans l'imposition des mains, ou l'ordination. Exposition de la Messe, ou commentaire de la Liturgie de saint Jacques. Trois Auaphuics, dont
l'une s'est glissée , jusque dans le Missel des Maronites , comme nous l'avons observé en son lieu , etc.
(HGO). Maurice de Sully, Evêque de Paris, composa plusieurs Répons de l'Odfice des Morts , qui se chantent encore aujourd'hui dans l'Eglise Latine tout entière, en exceptant toutefois Paris et la plupart des autres Eglises de France.
(1165). Jean Beleth, recteur de l'Université de Paris , a publié un Rationale divinorum ofjîciorum , qui est un traité liturgique très-important.
(1164). Michel, dit le Grand, Patriarche des Jacobites , mit en ordre le Pontifical et le Rituel des Syriens Jacobites , et composa une Anaphore.
(1166). Nersès, Patriarche d'Arménie, se réunit à l'Eglise Romaine , et publia un livre entier d'Hymnes de la plus grande beauté , qui sont encore en usage dans l'Eglise d'Arménie.
(1169). Thomas deBayeux, surnommé l'Anglais , composa des chants pour l'Eglise , et mit en ordre le livre d'Offices [Officiarium) à l'usage de la Cathédrale d'York.
(1170). Jean de Cornouailles , Anglais, est auteur du livre intitulé : Summa qualiter fiât Sacramentum Altaris per virtutem Sanctœ Crucis , et de septem Canonibus , vel ordinibus Missœ,
(1170). Robert Paululus, Prêtre d'Amiens, a composé \e&troi&\ivres De cœremoniis ^ Sacramentis et OflictiSj qui se trouvent parmi les œuvres de Hugues de Saint- Victor.
(1170). Arnulphe , Chanoine régulier d'Arras, adressa à Frumald , Evêque de cette ville , un commentaire du Canon de la Messe.
(1195). Sicard , Evêque de Crémone , est auteur d'un précieux ouvrage resté manuscrit, et intitulé Mitrale^vel mmma de divinis Officiis.
(1189). Ordonins , Moine espagnol , Prieur de Cella- Nova , en Galice , publia une sorte de Rational des divins Offices.
(1190). Adam de Corlandon, Moine de Cileaux, doyen de Notre-Dame de Laon, écrivit un Orduiaire de l'Office divin , pour l'usage de l'Eglise de Laon.
(1190). Conrad, Moine d'Hirsauge, au rapport de Trithême , composa un traité De musica et tonis.
(1190). Richard , Anglais, Abbé de Prémontré , composa un livre De Canone Missœ.
(1191). Etienne, Evoque de Tournay, nota le chant d'un Office de saint Gérard de la Sauve-Majour.
(1192). Cenci de Sabelli , Cardinal -Diacre du titre de sainte Lucie , Chancelier de plusieurs Papes , rédigea un livre De censibus Sanctœ Romance Ecclesiœ , dont une partie considérable roule sur les cérémonies de la Cour Romaine ; c'est cette partie que D. Mabillon a insérée parmi les Ordres Romains, au douzième rang.
(1197). Reiner, Moine Bénédictin, qui assista au Concile de Latran, eu 1215, écrivit un commentaire sur les neuf Antiennes que l'on chante avant Noël , et composa sept Hymnes en l'honneur du Saint-Esprit.
(1198). Innocent III a laissé, parmi ses écrits, trois livres De mysteriis Missœ, qui le mettent au rang des plus profonds liturgistes du moyen-âge. Cet ouvrage , vraiment digne de son illustre auteur , n'a pas eu d'édition depuis celle d'Anvers, en 1540 : anssi est-il devenu presque impossible à trouver aujourd'hui. Il serait à désirer qu'on entreprît une édition complète des œuvres de ce grand Pape : il n'existe même pas de recueil qui contienne toutes ses lettres. Plusieurs lefont auteur des Séquences : Veni, Sancte, Spiritus^ et Stabat Mater dolorosa.
Si nous on venons nininlen:nU à résumer les considérations qui se présenlenl à la suite des faits si iniportans racontés dans ce chapitre, nous trouvons que l'unité liturgique, recherchée avec tant d'efforts par les plus saints Papes et par les plus grands princes , pourrait bien être une des nécessités de la société catholique. Saint Adrien V^ et Charlemagne , saint Grégoire VII et Alphonse VI ; c'est bien de quoi faire balance à des théories modernes, inventées et propagées par des noms obscurs ou suspects ;
Qu'il est quelquefois des sacrifices d'orgueil national à faire pour amener un grand bien dans l'ordre religieux et social;
Que les peuples catholiques du moyen-age n'auraient peut-être pas vu le bouleversement de la Liturgie avec le même sang-froid que les Français des dix-huitième et dixneuvième siècles ;
Que la France , toute romaine d'ailleurs dans sa Liturgie , n'en fut pas moins féconde dans les embellissemens que son génie lui suggéra d'adjoindre à l'ensemble des chants antiques ; que l'unité liturgique n'étouffe donc pas le génie national ; que les siècles de foi produisirent des chants nationaux dans la Liturgie , ce que n'ont certes pas fait les siècles de l'innovation ;
Enfin , que ceux qui ont la charge de composer les pièces de la Liturgie doivent unir à l'inspiration du génie la gravité, l'autorité, la sainteté de la vie; et si saint Bernard n'ajoute pas à ces conditions celle de V orthodoxie dans la foi, c'est que personne n'eût pu s'imaginer, avant une certaine époque, que l'on en viendrait à charger des hérétiques de composer les hymnes de l'Offlce , et d'en régler, à leur fantaisie, le fond, l'ordre et la distribution.