CHAPITRE XIII
« rangement que pour une certaine brièveté. Le troisième,
« que les histoires des saints n'y présentent rien qui, comme a auparavant, offense les oreilles graves et doctes ....
« La différence entre ce bréviaire et celui dont nous chaque année « avons usé précédemment est donc que, dans Tancien, l'Écrîtlire^sainte « contrairement à la volonté des anciens Pères, qui vou- ^^^ent^e^r. ^'^ « laient qu'on lût, chaque année, presque toute l'Écriture « sainte, on lisait à peine une petite partie des livres; « tandis que dans le nôtre, tous les ans, on lit la grande « et principale partie de l'Ancien Testament et tout le « Nouveau, moins une partie de TApocalypse : on répète « même les Épîtres et les Actes des Apôtres
« Quoique nous ne nous soyons pas proposé la brièveté Le nouveau
^ 1^ ne «1 j''j ./• bréviaire à la
(( de 1 oince, mais la commodité de ceux qui récitent, nous fois plus court
« espérons cependant avoir atteint l'une et l'autre. Les commode.
« leçons sont plus longues dans ce bréviaire, il est vrai,
« mais il n'y en a jamais plus de trois ; tandis que, dans
« l'ancien, les Leçons sont au nombre de douze, avec
« autant de versets et de répons, si l'on compte Fofïice de
« la sainte Vierge. Que si quelques Psaumes, dans notre
« bréviaire, sont plus longs, dans l'autre on en lit chaque
« jour un beaucoup plus grand nombre, en comptant ceux
« qu'on répète
« L'ordre que nous avons établi est très-propre à menace ger le temps et à soulager la fatigue. La première et la « seconde Leçon sont disposées invariablement pour toute « l'année, qu'il tombe une fête ou non. La seule différence « de l'office d'une fête, d'un dimanche ou d'un jour de « férié, est dans la variation de l'invitatoire, des hymnes « à Matines et à Vêpres, de la troisième Leçon et de « l'Oraison : le reste demeure toujours sous la même « forme (i). »
(i) Vid. la Note B.
INSTITUTIONS Tclles étaient les intentions de Quignonez, tel avait été
LITURGIQUES , , o
le but de Léon X, de Clément VII, de Paul III, savoir : de
Cette réforme réformer l'office en l'abrégeant, et, pour ne point fronder tom\rpassé^de l^s usages extérieurs de la Liturgie , d'introduire une dis- ^^désas^tre^use!^^ tinction entre Toffice célébré au chœur, et Toffice récité en particulier. Au moyen d'une certaine variété dans les prières et les lectures, en évitant, autant que possible, les répétitions, en retranchant tout ce qui se rapporte à l'assemblée des fidèles, comme n'ayant plus de sens dans la récitation privée, on pensait ranimer le goût de la prière chez les clercs, et l'on ne voyait pas que c'était aux dépens de la Tradition ; que Tantique dépôt des prières liturgiques une fois altéré, ne tarderait pas à périr ; que cette forme d'office, inconnue à tous les siècles chrétiens, pénétrerait bientôt dans les Eglises, au grand scandale des peuples ; en un mot, que c'était une Réforme désastreuse que celle à laquelle on sacrifiait tout le passé de la Liturgie. Caractère Si aujourd'hui nous nous permettons de juser aussi
delapprobation ' - ^ ^ ^ . .
donnée par sévèrement uue oeuvre qui appartient à plusieurs Pontifes
les souverains . • i /» • i • • •
Pontifes à romains, puisqu elle fut accomplie sous leur inspiration,
Fœuvre de , / i • n
Quignonez. ce n est certes pas que nous ne soyons résolu toujours d accepter comme le meilleur tout ce qui vient de la Chaire suprême sur laquelle Pierre vit et parle à jamais dans ses successeurs : mais il s'agit d'une œuvre qui ne reçut jamais des trois pontifes que nous venons de nommer, qu'une approbation domestique, qui ne fut jamais promulguée dans l'ÉgUse, et qui, plus tard, par l'acte souverain et formel d'un des plus grands et des plus saints papes des derniers temps, fut solennellement improuvée et abolie sans retour.
Le caractère de l'influence que le Siège apostolique exerça sur la publication du bréviaire de Quignonez, contraste avec tout ce qu'on a pu voir dans tous les siècles^ avant ou après. Rome semble désirer qu'on embrasse cette forme d'office, et craindre, d'un autre côté, d'en faire une
loi. On sent comme un état de passage qui doit durer jus- i partie
^ <-' ^ CHAPITRE XIII
qu'à ce que le pontife désigné de Dieu pour successeur des Léon, des Gélase, des Grégoire^ dans Tœuvre liturgique, paraisse et réforme saintement le culte divin^ comme parle rÉfflise (i). En attendant, Paul III explique en ces termes Paul m permet
• • • j u ' • • ^ ^ • rusagedece
ses mtentions au sujet du bréviaire de Quignonez : bréviaire « Nous accordons à tous et à chacun des clercs ou prêtres récitation privée « séculiers seulement (2), qui voudront réciter cet office, ^^^aux^^ « de n'être plus tenus à la récitation de Tancien office qui sécuHer^sfqïi en « est maintenant en usage dans la Cour romaine ou dans u^e^perm^ssion « toute autre Église ; mais ils seront censés avoir satisfait spéciale. « à la récitation de l'office et des heures canoniales, « comme s'ils eussent récité l'ancien office, pourvu que « chacun d'eux ait soin d'obtenir du Siège apostolique « une licence spéciale pour ce pouvoir faire ; laquelle « licence nous ordonnons devoir être expédiée par simple « signature et sans autres frais (3). »
Dans l'année même où il paraissait à Rome, en i535, d^^Q^Snonez le bréviaire de Quignonez ayant pénétré en France, y fut pun^^-^^^'^- ^^^ l'objet d'une attaque vigoureuse et rudement motivée de Paris, à la
, . , . . , , sollicitation du
la part des docteurs de l'Université de Pans. Il avait été parlement.
(i) Deus qui ad conterendos Ecclesiae hostes et ad divinum cultiim repa-^ randum, Beatum Pium, Pontificem maximum, eligere dignatus es, etc. {Brev. Rom. ad diem V. Maii.)
(2) On voit que Rome craignait d'énerver la milice régulière, en lui permettant l'usage de cet Office abrégé, et aussi d'ébranler les traditions antiques qui se conservent dans les cloîtres mieux que partout ailleurs.
(3) Et insuper omnibus et singulis clericis, et presbyteris duntaxat secularibus, qui illud recitare voluerint, concedimus, ut ad veteris Officii secundum usum Romanae curiae, vel alterius Ecclesiae, quod nunc in usu habetur, recitationem minime teneantur, sed recitationi officii et horarum canonicarum, perinde ac si vêtus officium recitassent, satisfecisse censeantur, dummodo singuli specialem super hoc licentiam a sede Apostolica obtineant, quam per solam signaturam absque alia impensa expediri mandamus,(Ge bref, joint à la première édition du Bréviaire de Quignonez, de i535, porte cette suscription : « Dilectis filiis Thomasio et Benedicto Junctae, Antonio Blado, et Antonio Salamanca Romœ librorum impressoribus. »)
INSTITUTIONS déféré à la Faculté par le Parlement de Paris : nous ex-
UTURGIQUES . .
-"• trairons quelques parties de la censure. Elle débute
ainsi :
La Faculté « I^ f^ut d'abord remarquer que ledit bréviaire est en
^*m)uveau^^ « contradiction avec tous les autres bréviaires de quelque
qutYrejette une " <^iocèse que ce soit, et particulièrement de l'Église ro-
foule « maine : car tous les autres bréviaires renferment beau-
d anciennes
prières « coup de choses saiutes, salutaires et propres à entretenir
consacrées par ,.,/,,.
la tradition. « la piete et la dévotion des fidèles; lesquelles choses ne
tt se trouvent point dans ledit bréviaire; tels sont, par
« exemple, les Heures de la sainte" Vierge, les antiennes,
a les répons, les capitules, les homélies ou expositions
« des docteurs catholiques sur les Évangiles et autres
« Ecritures, Tordre et le nombre des Psaumes, le mode
« de les réciter dans l'Église, enfin Tordre observé jus-
« qu'ici dans TEglise dans la lecture des saintes Ecritures,
« aux Matines, suivant la différence des temps. Ces insti-
« tutions salutaires ayant été gardées dans les offices ecclé-
« siastiques depuis l'origine de TEglise, pour ainsi dire,
« jusqu'à nos temps, on a droit de s'étonner en voyant
« que celui qui a fait ce nouveau bréviaire rejette toutes
« ces choses et décide qu'elles doivent être rejetées comme
« ne conduisant, dit-il, ni à la piété, ni à la connaissance
« de la sainte Ecriture. A Ten croire, les antiennes, les
« répons et autres choses susnommées ne seraient d'au-
« cune utilité dans TEglise, et on les devrait retrancher
« comme superflues et inutiles. Cependant cette doctrine
« est erronée et nullement conforme à cette piété qui est
« suivant la doctrine.
Uauteur préfère « H nous a semblé aussi ne montrer point, en sa sagesse,
sentiment aux ^^ ^^^ sobriété suffisante, quand on le voit préférer sans
Père^à^^'Lfsa2e " l'otigir SOU Sentiment à lui seul aux décrets des anciens
conimun de „ Pères, à Tusage commun et approuvé de TÉslise, aux
l'Eglise, aux . . ^ , ^^ o >
histoires les plus « histoires les plus authentiques. Afin donc que tous con-
authentiques. . , . . • 1/ i i i ur
« naissent combien est dangereuse et intolérable la publi-
« cation de ce bréviaire, nous allons montrer d'abord ^ partie
CHAPITRE XIII
« qu il n est permis à personne de s'écarter des règlements '
« antiques des Pères et des statuts universels de TÉglise, De pareilles
1 1 ^ i-^j 'l'/'T-i 1 libertés ne sont
« lesquels ont pour but de soutenir la piete. En second pas permises
« lieu, qu'il faut garder le rite commun et approuvé de catiion'ques!
« FEglise. De plus, que dans les choses dont il s'agit,
« l'Eglise ne s'écarte point des maximes professées dans
« les livres des docteurs de la foi. Enfin nous exposerons
« les maux qui résultent de la curieuse nouveauté de ce
« bréviaire. »
Les docteurs s'attachent ensuite à démontrer, avec l'érudition de leur temps^ ces trois propositions et discutent en détail les divers reproches qu'ils font au bréviaire de Quignonez, rapportant les raisons de Tinstitution de toutes les particularités de l'office qu'il a cru pouvoir supprimer; et, venant enfin aux inconvénients qui peuvent s'ensuivre de l'adoption de cette nouvelle forme liturgique, ils s'expriment ainsi :
« Enfin ce changement du bréviaire semble une chose Le changement
.. y . . . , . du bréviaire
« dangereuse ; car il est a craindre que si on le recevait, on ^ amènera
, A,i 11 A '^l'i^ nécessairement
« n en vint a changer de la même manière le missel et un
« l'office de la Messe, et qu'on n'en ôtât des choses saintes ^"""Jo^ardria"^ « et salutaires ; ce qui serait pour la destruction et non Liturgie. « pour l'édification.
« Avec la même facilité on pourrait retrancher aussi les « cérémonies et solennités, ainsi que les autres sacramen- « taux, comme sont les consécrations d'églises, d'autels, « de calices, le chant ecclésiastique, les fêtes des saints, « l'eau bénite, et beaucoup d'autres choses semblables : « d'où l'on voit clairement quelle voie dangereuse est « ouverte par ce changement de bréviaire et cette nou- « veauté.
« De plus ce serait un péril imminent et considérable, ^^^ P^^îl
'abandonner
ulier, on en venait l'u
... . . de
« à abandonner l'usage commun jusqu
« si, sous la signature d'un simple particulier, on en venait l'usage commun
. . , de toute l'Eglise
iner l'usage commun jusqu'ici observé dans pour suivre
INSTITUTIONS « l'EgUse, Cil soFte que les églises cathédrales, collégiales
« et paroissiales, ayant accepte ce nouveau bréviaire,
^^^s?mpie ^^^ ^^ l'Église se trouvât en possession d'un office garanti uni-
particuher. ^^ quement par la signature dont nous parlons ; ce qui
« tournerait à grand scandale pour le peuple et entraîne-
« rait péril de sédition, desquels malheurs Dieu nous
« veuille garder (i). »
Quignonez Cette vigoureuse critique, si gravement motivée, tom-
présente son . . >^ •
apologie dans bait à la fois et sur Quignonez et sur l'autorité qui semnouvelle blait Pavoir mis en avant. Le cardinal fit seul semblant
édition de son j , • ti • ^ j • • j i
bréviaire, de S en apercevoir. 11 introduisit dans son œuvre quel- ^de\égè^ir ^^^^ changements presque imperceptibles; mais ce qui ^en^TôSô"^ dut surtout désarmer les docteurs, fut le ton significatif de simplicité avec lequel il s^exprima, l'année suivante, dans la préface de sa nouvelle édition de i536. Il s'adresse à Paul III, comme dans la première édition, et s'exprime ainsi (2) :
« Le bréviaire romain, composé par nous, suivant le « désir de Clément VII, ou plutôt ramené à la lecture « plus abondante des saintes Écritures et à la forme pri- « mitive des saints Pères et des anciens conciles, enfin, « publié par votre volonté, très-saint Père, a été reçu et « approuvé avec une si grande faveur de la plupart des « hommes graves et doctes (ainsi que je l'ai remarqué), « qu'ils n'y ont rien trouvé à changer. En même temps, « j^ai connu que d'autres, graves et prudentes personnes, <( n'approuvant pas la forme de ce bréviaire, affirmaient « qu^il y manquait plusieurs choses. Ce n'est pas que j'aie j « jamais douté que sur un si grand nombre de personnes, « il ne s'en trouvât qui, ayant vieilli dans la pratique; « d'une forme différente de prières, n'auraient pas pour^ « agréable notre travail, pensant qu'en aucune façon il nei
(i) Vid. la Note C.
(2) La préface de cette seconde édition est^ comme la première, adressée 1
Paul III.
pourrait être permis aux clercs de s'écarter de la i partie coutume envieillie de prier. De plus, en publiant la