CHAPITRE XV
XVI® siècle à ce qui concernait le culte divin, montrent en
même temps toute la gravité de la situation dans laquelle allait se trouver le concile, au milieu de toutes ces prétentions, parmi lesquelles on ne pouvait s^empêcher de démêler certaines inspirations plus ou moins suspectes.
Pie IV, qui montra toujours dans la direction du con- Pie iv envoie
., , , -A • • • n- ^^^x Pères
cÛQ^ par ses légats, un tact si sur et une si juste mteili- du concile le
gence des véritables besoins de l'Église, voulant mettre de Paul iv,
les Pères en mesure d'accomplir, suivant toutes les con- inspiré ^^deS a
venances canoniques, Tœuvre tant désirée de la réforme grégo'rienne.
liturgique, leur envoya le travail de Paul IV. C'était leur
tracer la ligne la plus sûre, puisque ce grand Pape n'avait
eu en vue dans sa réforme que de rapprocher le bréviaire
des sources grégoriennes et de le dégager des additions
arbitraires, ou peu séantes, qu'on s'était permis d'y faire
dans les derniers siècles. Le concile, préoccupé des graves
objets qui remplissaient ses sessions, de la dix-huitième à
la vingt-cinquième, se trouva être arrivé à Tan i563,
avant que la commission chargée par lui de la réforme du
bréviaire eût eu assez de loisir pour terminer son œuvre.
Deux sentiments semblaient partager l'assemblée : les uns
voulaient qu'on établît une parfaite unité liturgique dans
toute l'Eglise^ les autres soutenaient les rites particuliers
des diocèses. La décision d'une si importante affaire. Le concile
renvoie
jointe à la lenteur qu'entraînerait infailliblement la correc- au Pontife tion faite en détail de l'ensemble de la Liturgie, devait exi- de réformer
, j ., , . . , l'ensemble
ger beaucoup de temps ; car il ne s agissait pas seulement de la Liturgie, du bréviaire, mais encore du missel; or il était urgent de poppo^iti^on de terminer enfin le concile. Pour éviter de nouveaux retards ^r^rékts^* les légats proposèrent de renvoyer le soin de la réforme liturgique au Pontife romain ; ce qui fut approuvé dans la vingt-cinquième session (i). Il y eut bien quelques prélats
(i) Conc. Trid. Sess. XXV. Decretum de Indice librorum et Catechismo, Breviario et Missali.
INSTITUTIONS qui maiiifestèrent de Topposition. Uévêque de Lérida,
LITURGIQUES 1 i-
entre autres, prononça un long discours pour prouver
qu'on avait bien plus de ressources dans le concile pour traiter un si important objet qu'on , n'en pourrait avoir à Rome, où l'on n'avait point une connaissance aussi exacte des usages des différents pays. Cette prétention ne fut pas écoutée et ne devait pas l'être, pour peu que l'on voulût arriver à une conclusion quelconque. En effet il ne s'agissait pas de donner une nouvelle Liturgie, mais simplement d'épurer, de ramener à la forme antique celle de l'Église d'Occident. Or cette Liturgie était celle de Rome ; ses sources étaient à Rome ; cette capitale de l'Eglise catholique était donc le seul endroit où la correction liturgique En remettant pût s'accomplir. Si le concile de Trente, pour rétablir
au Pontife ^ ^ ^ ^ ^ ^ ^
romain l'unité, eût voulu faire un ensemble de tous les usages
la réforme , it tv /-\ > -ia/'
liturgique, le epars dans les divers diocèses de l'Occident, il n eut réussi proclame une qu'à produire un ensemble monstrueux et incohérent qui
fois de plus la , ^^ '^ i r i? v 5 r • ^ ^ i • • ^ ^ 1
nécessite pour ^ eut rétabli 1 unitc qu en froissant a plaisir toutes les ^^d'Occidim^ prétentions locales, allumant ainsi une guerre entre les de suivre la églises dont les usages eussent été préférés, et celles qui de Rome. auraient cru voir leurs coutumes tombées dans le mépris. Pie IV mande Le concile, en remettant au Pontife romain la réforme la commission du bréviaire et du missel, ne fit donc autre chose que de du^co^iîci^e. proclamer une fois de plus la nécessité pour toute l'Eglise d'Occident, de suivre la Liturgie de l'Église mère et maîtresse. On rapporta à Rome les manuscrits de Paul IV, et toutes les pièces du travail qu'avaient exécuté, dans la même ligne, les commissaires du concile. Pie IV manda en même temps auprès de lui ces derniers, et leur adjoi- Saint Pie V gnit plusieurs doctes personnages de Rome; mais ce Pape
augmente , , , , • -n»- tr
le nombre des ayant ete prevenu par la mort, saint Pie V, son succèscommissaires . • 1 • • 1 et presse seur, prit en main ce grand œuvre et ajouta aussi de nou-
feur^travaii.^ veaux commissaires pour en hâter la consommation (i)*
(i) Benedict. XI V. Ibidem.
BRÉVIAIRE ROMxVIN DE SAINT PIE V 4l5
Nous n'avons pu découvrir jusqu'ici, malgré toutes nos i partie
CHAPITRE XV
recherches, les noms de tous les membres de cette impor-
tante commission. Merati se borne à nous faire connaître Noms de le cardinal Bernardin Scotti, et Thomas Golduelli, évêque ^^^ ï^s^'^^^^ d'Asaf, tous deux de Tordre des théatins, auquel appar- commissaires. tient la plus grande part de l'honneur de la correction liturgique du xvi^ siècle (i). Zaccaria pense, avec Lagomarsini, qu'il faut attribuer aussi une action importante sur cette oeuvre au cardinal Guillaume Sirlet et au docte Jules Poggio (2).
Nous exposerons ici, en peu de mots, les principes qui Principes qui présidèrent à la correction du bréviaire de saint Pie V. ^^^correSon D'abord, l'idée fondamentale de Paul IV et de ses con- de'^sai^'t^'^Pie v. frères les théatins, idée adoptée par le concile de Trente et par Pie IV, mais diamétralement opposée à celle de Oui^nonez, était qu'il n'y avait d'autre réforme de la Rapprocher
, , . la Liturgie
Liturgie à accomplir, que de la rapprocher des sources des sources
. . , ,. . . , ^ , . , antiques
antiques, en rejetant la distinction d'un office récite en et rejeter la
,. ,, pr 1 1- Ti r 11 • 1 1 distinction d'un
particulier et d un omce public. 11 lallait donc consulter office public les plus anciens manuscrits et rétablir Tordre et la dis- ^partkuHer! position qu'ils offraient, tant dans le psautier que dans le partage des livres de TEcriture^ dans les répons, les antiennes et les hymnes. Par ce moyen, l'Église demeurait semblable à elle-même.
Quant aux fêtes des nouveaux saints, les correcteurs sobriété jugèrent devoir se montrer très-sobres à les admettre, non padmissUm des par un amour systématique de V Office féi^ial^ mais pour nouveaux ne pas usurper la place des âges suivants. Ils conservèrent donc un certain nombre d'offices en Thonneur des saints admis au calendrier depuis saint Grégoire ; mais on eut soin que ces offices, ordinairement réduits aux leçons du second nocturne, n'eussent plus ni hymnes, ni antiennes
(1) Merati, tom. III, édit. Venet., pag. i5.
(2) Zaccaria, Bibliotheca Ritualis, tom. I, pag. 116,
saints.
Le canon de
saint
Grégoire VII
sur le partage
, des saintes
Ecritures remis
en vigueur et
les leçons
choisies
de manière à
donner l'aspect
complet des
livres sacrés.
Discernement
dans le choix
des homélies et
autres
passages des
saints Pères.
Révision de la
teneur
et du style des
légendes
des saints.
propres , pour prévenir un encombrement qu'un zèle mal réglé n'eût pas manqué de produire dans un temps plus ou moins long. Les Propices des diverses Églises devaient suppléer à ce que le bréviaire général ne renfermerait pas.
Le nombre des fêtes des saints se trouvant réduit de beaucoup, les correcteurs se virent en mesure d'assigner à l'office férial deux cents jours environ sur l'année, et par là tomba le reproche que faisait Quignonez au bréviaire de son temps, de priver les clercs de la récitation hebdomadaire du psautier.
On remit en vigueur le canon de S. Grégoire Vïl, sur le partage des saintes Ecritures dans les leçons de Matines. Il n'y eut que les Paralipomènes, Esdras et Baruch, pour lesquels il ne se trouva pas de place : mais le choix des passages fut fait avec tant de goût et de précision, que l'on peut dire que leur ensemble donne un aspect aussi complet des saintes Ecritures que celui même que peut fournir le bréviaire de Quignonez, dans la préface duquel on promet, il est vrai, la lecture annuelle de la Bible : promesse qui n'est cependant pas remplie.
Les homélies et autres passages des saints Pères sont choisis, pour l'ordinaire, avec un discernement supérieur. S'il en est quelques-uns empruntés à des livres que la critique moderne a reconnus apocryphes, il faut se rappeler que cette science ne faisait alors que de naître, J et que les grandes et correctes éditions dont nous jouissons aujourd'hui n'existaient pas. Un homme impartial n'oserait reprocher à Baronius et à Bellarmin les taches de ce genre qu'on remarque dans leurs immortels écrits.
Les légendes des saints se montrent purgées de tous lesj faits apocryphes qu'on y voyait avec peine ; et si, aujourd'hui, de sévères censeurs ont encore des reproches à faire au bréviaire romain, sous le rapport de la critique histo-l
;rique, nous les renvoyons à Benoît XIV, qui a traité la i partie matière (i), en attendant que la marche suivie dans cet '^"^^^^^"'^^ ■ ouvrage nous amène à discuter la valeur de cette censure. Quant au style de ces légendes, on doit reconnaître que s'il offre des variations, parce qu'on jugea à propos d'en retenir quelques-unes d'anciennes, le plus grand nombre est d'une rédaction à la fois élégante et conforme au style liturgique. Nous citerons surtout, dans cette dernière classe, celles des saints docteurs qui appartiennent d'ordinaire à Sirlet et à Poggio.
Pour ce qui regarde les rubriques du bréviaire, on Les rubriques put y faire quelques corrections ; mais elles restèrent à p'^u ~ans en somme ce qu'elles étaient. Nous avons exposé au "^^^^^^^^^o^chapitre xiii les principes de l'Église sur cette matière, et fait voir combien ils diffèrent des maximes de Quignonez.
Tel était le bréviaire réformé, conforme du reste, pour Rien de plus les répons, les antiennes et autres formules dont nous ài?andq?i!é n'avons pas parlé en détail, aux anciens livres grégoriens ^^^ le bréviaire
... rn*., ofc> ^^? réforme,
etprincipalement a 1 Antiphonaire ou Responsorial publié ^^ ^^^^ i^ême par le B. Tommasi. On ne pouvait donc rien voir de plus Grancoias. pur, de plus conforme à l'antiquité; c'est ce qui fait dire au docteur Grancolas, malgré ses préjugés : « Si, auix^ siècle, le bréviaire romain mérita tant d'applaudissements, et d'être préféré à tous ceux des autres églises, il parut avec plus de lustre, après que le pape Pie Y l'eut fait revoir ; aussi, peut-on dire que,depuis ce temps-là, toutes les églises particulières l'ont tellement adopté, que celles qui ne l'ont pas pris sous le nom de Bréviaire romain, l'ont presque tout inséré dans le leur, en l'accommodant à leur rite (2). » Il est vrai que, sous ce dernier rapport, les choses ont quelque peu changé en
(i) De Canoni^atione SS,, lib. IV, part. II, cap. xiii.
(2) Commentaire historique sur le Bréviaire romain., tom. I, p. u»
Saint Pie V
publie la bulle
Quod a nobis
pour la promulgation du bréviaire.
Raisons qui
rendaient
là réforme du
bréviaire
nécessaire.
France, depuis 1727, époque à laquelle Grancolas écrivait
son livre.
Quand tout fut terminé, saint Pie V donna la Bulle pour
lapromulgationdu bréviaire. Elle commence par ces mots :
Quod a nobis. En voici la traduction.
« Pie, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu : « Obligé par Tofïice de Notre charge pastorale à mettre tous Nos soins à procurer, autant que Nousle pourrons, par le secours de Dieu, l'exécution des décrets du concile de Trente, Nous Nous y sentons d'autant plus tenus dans les choses qui intéressent directement la gloire de Dieu et les obligations spéciales des personnes ecclésiastiques. Nous plaçons au premier rang, parmi ces choses, les prières sacrées, louanges et actions de grâces qui sont comprises au bréviaire romain. Cette forme de l'office divin, établie autrefois avec^piété et sagesse par les souverains Pontifes Gélase I et Grégoire I^ réformée ensuite par Grégoire VII , s'étant, par le laps du temps, écartée de Fancienne institution, il est devenu nécessaire de la rendre de nouveau conforme à Tantique règle de la prière. Les uns, en effet, ont déformé Tensemble si harmonieux de l'ancien bréviaire, le mutilant en beaucoup d'endroits, et l'altérant par Taddition de beaucoup de choses incertaines et nouvelles. Les autres, en grand nombre^ attirés par la commodité plus grande, ont adopté avec empressement le bréviaire nouveau et abrégé qui a été composé par François Quignonez, cardinal-prêtre du titre de Sainte-Croix en Jérusalem* En outre, cette détestable coutume s'était glissée dans les provinces, savoir, que dans les églises qui, dès l'origine, avaient l'usage de dire et psalmodier les Heures canoniales, suivant l'ancienne coutume romaine, aussi bien que les autres, chaque évêque se faisait un bréviaire particulier , déchirant ainsi , au moyen de ces nouveaux offices dissemblables entre eux et propres,
« pour ainsi dire, à chaque évêché, cette communion qui ^ partie