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CHAPITRE XV

« de Trente, d^ici au premier janvier de l'année prochaine « i586. » Les Pères ajoutent que cette mesure leur semble préférable à la réimpression des bréviaires particuliers, qui nécessiterait de trop grands frais, et ils terminent leur décret par ces paroles qui mettent dans une nouvelle évidence (si déjà nous n'avions pas rendu cette observation banale à force de la répéter), la conformité presque maté- Preuve nouvelle rielle de ces liturgies diocésaines de France avec la conformité romaine, tant ancienne que réformée: « Et afin que les matéHeUe des livres tant de l'Église métropolitaine que des autres liturgies

c» r n diocésaines et

cathédrales, ne demeurent pas inutiles, au grand préju- ^^ i^ romaine.

dice de ces mêmes Églises, on les adaptera et corrigera

suivant l'usage romain, aux dépens du clergé de chaque

diocèse (i). »

Le concile de Toulouse, en 1 690, présidé par l'arche- Le concile de vêque François, cardinal de Joyeuse, ne fut pas moins 1590 prescrit absolu que celui d'Aix, dans son décret sur Toffice divin, livret romains On y vit les évêques de Saint-Papoul,de Rieux,de Lavaur, '^''provînce. ^"^

(i) Cupiens haec sancta Synodus, ut omnes ecclesiastici hujus provinciae, unanimes, uno ore tam in ecclesiis, quam privatim honorificent Deum ac Patrem Domini nostri Jesu Christi; et attendens quod ex constitutione felicis recordationis Pii Papae quinti prohibitum est proprio officio relicto, aliud quam Romanum assumere : ideo cum alise Cathédrales Ecclesiae officio metropolitanae conforinari non possint : statuit haec Synodus, et omnibus ad quos spectat praecipit et mandat, sub pœna excommunicationis, ac alia arbitratu Episcopi, ut usum breviarii Romani et missalis ex decreto sacro sancti concilii Tridentini restituti et editi in omnibus hujus provinciae ecclesiis intra illud tempus, quod hinc t' ad principium. mensis januarii anni proximi i586, interjectum est, omnino introducant. Visum est enim id magis decere, quam quod unaquœque diœcesis proprium officium retineret, praesertim cum jam missalia, breviaria, diurnalia, gradualia, antiphonaria, et alii hujusmodi libri ad uniuscujusque diœcesis hujus provinciae usum omnes pêne laceri, imo et omnino consumpti sint, et vix reperiantur, nec de novo imprimi possint absque magna impensa ; et ne iibri, quos tam metropolitana, quam aliae cathédrales Ecclesiae habent, illis inutiles remaneant, magno earumdem ecclesiarum praejudicio, placuit illos ad usum Romanum aptari et reconcinnari, impensis totius cleri uniuscujusque diœcesis. (Labb., tom. XV, pag. Il 34.)

INSTITUTIONS et ks procurcuFs des évêques de Lombez, de Pamiers, de

LITURGIQiJES

Mirepoix et de Montauban. Le canon est conçu en peu de

mots : « Afin d^établir un accord plus parfait entre les « chrétiens, les heures canoniales seront récitées^ tant en « particulier qu'en public, suivant la prescription du bréc( viairejomain (i). »

L'archevêque de Le dernier de nos conciles de France que nous trouvons

Narbonne tient . 11 ^ ^ , 1 'r r. • j • ^ -r»- tt

en 1609 le avoir adhère a la reforme liturgique de saint Pie V, est

dernier concile 1 • 1 xt i ^ r n 1 ^ t •

provincial celui de Narboune, tenu en 1609, par 1 archevêque Louis ré'for^me ^ ^^ Vervins, et dans lequel siégèrent les évêques de Carcasliturgique. sonne, d'Agde, de Saint-Pons, de Nîmes, d'Uzès, d'Aleth, de Montpellier, et les procureurs des évêques de Béziers et de Lodève. Le décret, que nous ne traduisons pas, afin de ne pas fatiguer le lecteur^ qui peut le voir dans la note (2), a cela de particulier que les évêques y disent expressément recevoir la bulle de saint Pie V, et la déclarer promulguée^ indiquant et signifiant les peines qui y Cette assemblée sont déclarées contre les infracteurs. Ce langage est fort décret ^souï* une différent, comme Ton voit, de celui des sept conciles du nouveuTe^ a la ^^^^ siècle que nous avons cités. Au reste, la prétention recevoir °e^ ^Aq ^^^ Pères du concile ne fait que rendre plus grave pour promulguer les les diverses églises de la province Tobligation de reconsaint Pie V. naître l'autorité d'une constitution reçue et approuvée d'une manière authentique.

Les huit conciles provinciaux dont nous venons de rap-

(i) Sed ut major Christianorum sit inter se consensio, horae canon icae, tum privatim, tum publice, ex breviarii Romani praescripto recitentur. (Labb., tom. XV, pag. i388.)

(1) Ideo ut in omnibus unitas sit in Ecclesia quae una est : a quibuscumque ecclesiasticis, tam metropolitanas, cathedralium, collegiatarum, aliarumque ecclesiarum officium recitari in choris, et in ecclesiis decantari praecipimus, et mandamus, juxta ritum, ordinem, modum, et formam a felicis memoriae Pio Papa hujus nominis quinto praescriptam per buUam, super reformatione breviarii editam : quam nos recipimus, et in tota provincia recipi volumus, et pressentis nostri decreti publicatione sufficienter promulgatam declaramus : contra eamdem agentes, pœnas per ipsam latas eis indicimus et significamus. (Labb., tom. XV, pag. 1616.)

corrigent leurs

anciens

bréviaires.

porter les ordonnances sur la Liturgie, nous ont fait i partie

, CHAPITRE XV

passer en revue presque toute l'Eglise de France. Les ■

autres provinces, sans se réunir en concile^ adoptèrent des

mesures analogues pour la réforme liturgique. Lyon main- Lyon, Sens,

^ ^ ^ ^ C5 -1 j Vienne et la

tint le fonds de son office mêlé de romain et de gallican, plupart de leurs

éfflises

Plusieurs des églises de cette métropole renouvelèrent, en suffragantes les corrigeant, leurs anciens livres; nous ne saurions indiquer aujourd'hui leurs noms avec précision. Langres, du moins, adopta le romain pur. Sens ne fit qu'épurer ses anciens livres à Taide de ceux de saint Pie V. Paris, Meaux, Chartres, suivirent son exemple. Nous ne pouvons rien affirmer sur les autres églises de la province de Sens. Auch adopta purement et simplement la Liturgie romaine Les provinces

,r / 1 , , . . . , d'Auch,

retormee, et le reste de la province suivit son exemple. d'Avignon

Avignon et Embrun, avec leurs églises, firent la même ^ adop?ent^^^

chose. Il faut en dire autant de la plupart des diocèses de ^^ romain, la province de Vienne. Quant à la métropole elle-même, elle garda Tancien bréviaire^, et n'en donna même pas d'édition corrigée.

Si nous passons maintenant aux diocèses qui, depuis, ^y^.'^^^^ï^^ ^^

^ ^ ^ ^ T. 7 r ' Malines de 1007

ont été réunis au territoire français, nous trouvons Cam- prescrit pour

■* . la réforme

brai qui adopta le romain pur; Arras qui corrigea ses liturgique, les

mêmes resles

livres; Saint-Omer, dont la Liturgie ne fut plus autre que que ceux de la romaine. Dans la même province ecclésiastique, Tournai et Namur adoptèrent également le romain.

Pour dire un mot, en passant, sur la Belgique, nous mentionnerons le concile de Malines, en 1607, dans lequel les prélats établissent pour la réforme liturgique les mêmes règles que les évêques de France dans les conciles cités plus haut. Les évêques qui prirent part à cette Assemblée, sous la présidence de l'archevêque, furent ceux de Gand, Bois-le-Duc, Ruremonde, Bruges, Anvers et Ypres.

Ainsi fut rétablie en France l'unité liturgique, et cet événement eut lieu d'une manière si éclatante, qu'il n'est T. I 29

France.

INSTITUTIONS p^g d'cxemplc aucune constitution pontificale v ait été

LITURGIQUES ir r X r J

reconnue obligatoire dans un aussi grand nombre de conciles, que Ta été celle de saint Pie V, sur le Bréviaire Non -seulement romain. On voit aussi que ces conciles dépassèrent même

les conciles . o • o- /

de France daus leur obcissauce au Saint-Siege les limites qu'il avait

reconnaissent / t-»i n • i / ,. , .

comme tracees. Plus d un tiers de nos églises était en possession

tmik de ^ ^'uu bréviaire, romain sans doute pour le fond, mais depuis

^^Ta^ réforme^^^ pl^^ ^^ deux ceuts ans Corrigé, réformé par Tautorité

hturg^i^que^ mais diocésaine. Néanmoins les évêques jugèrent que Tunité

dépassent les ne pouvait être trop parfaite, et reconnaissant d'ailleurs la

limites dans ■*• ^ ^ ^ ^ ^

leur obéissance, supériorité de rédaction du nouveau bréviaire, ils ne firent aucune difficulté, la plupart, de Tadopter purement et simplement, les autres de le faire imprimer presque en entier sous le titre diocésain. Nous ne connaissons guère que Lyon dans toute la France qui retint son ancien bréviaire, et encore ce ne fut pas sans emprunter quelques améliorations au nouveau romain. Introduction Un autre événement, important pour l'unité liturgique romains en France, est l'introduction des livres romains réformés

réformés dans la

chapelle dans la chapelle du roi, à Paris, et dans celles des autres

du roi en i583. , ^ ^ . ' . . ,.

châteaux ro3'^aux. Cette pieuse innovation eut heu, par ordre de Henri III, en i583 (i). Ce prince, à la sollicitation des jésuites, auxquels l'Église catholique fut si redevable dès le XVI® siècle, avait permis, en i58o, l'impression du Bréviaire romain, qui souffrait des difficultés de la part du parlement de Paris (2).

La haine gn effet, la haine de ce corps contre tout ce qui venait

du parlement de ^ ^ ^

Paris contre de Rome, s'était déjà éveillée à l'apparition d'un ensemble

le Saint-Siége ... /

éveillée par de Liturgie imposé aux églises par le Saint-Siése. L'ac-

cette réforme . . , .

liturgique, cord des divers conciles à mettre en exécution la bulle de saint Pie V, n'avait pas été sans être remarqué, et peutêtre une formelle intimation faite par les gens du roi est-

(i) On ne quitta toutefois le parisien à la Sainte-Chapelle de Paris, que le mercredi des Cendres 1610.

(2) Grancolas, Commentaire historique du Bréviaire romain, pag. 28.

elle la meilleure explication de la clause par laquelle le i partie

^ ^ ^ CHAPITRE XV

concile de Narbonne, tenu déjà dans le xvii® siècle, a cru devoir déclarer qu'il recevait en forme cette constitution. Quoi qu'il en soit, le parlement de Paris donna, vers i58o, un insigne exemple de cette oppression religieuse que nul autre pays n'a mieux connue que le nôtre.

On se rappelle que le Missel de saint Pie V ne portait Le parlement point au canon ces paroles Pro rege nostro. Nous avons ordonne

r ,, • j T-»i •!• TT • j l'insertion de la

rapporte i action de Philippe 11 qui, dans son respect pour prière pour l'autorité religieuse, ne voulut pas employer son pouvoir ^j^ns îe^*Missei royal pour arracher des prières au clergé espagnol. Voici ^^^ canoï^de la maintenant ce qui se passa en France. Le parlement, messe. toujours jaloux des droits du roi, quand il s'agissait d'opprimer l'Eglise, vit avec indignation l'absence du nom du roi dans le Missel romain; mais fidèle à son plan de nationaliser l'Eglise, il se garda bien de conseiller au souverain de se pourvoir auprès du Saint-Siège pour obtenir la même faveur que Philippe II n'avait pas dédaigné de solliciter. De son autorité laïque, matérielle, incompétente, il fit défense, en i58o, à tous imprimeurs du royaume de publier le Missel romain, sans y ajouter le Pro rege nostro N.; et depuis lors, on n'a jamais osé enfreindre ce règlement (i). Le temps, et plus encore, la condescendance du Siège apostolique, a pu légitimer l'emploi de ces paroles au canon de la messe ; mais l'origine de cet usage n'en remonte pas moins à une entreprise du pouvoir séculier qui prouve, d'ailleurs, assez clairement que, dans cette Espagne si méprisée, ou plutôt si mal connue, la couronne s'entendait mieux en fait de liberté de conscience qu'en France, où cette liberté ne s'est jamais développée qu'en faveur des hérétiques.

Cette mauvaise humeur des parlements contre les livres romains semble déjà présager dans l'histoire la réaction

(i) Grancolas, ibid.^ pag. 3o.

INSTITUTIONS Qi^[ dcvalt âvoiT lieu un jour en France contre les antiques

principes de la Liturgie. Car, il faut bien l'avouer, les ma-

Un parti prêt gistrats ne se sentaient pas seuls dans cette opposition ;

^ Imte du ^^ ^^ parti se formait sourdement dans le clergé, et la haine

contre^Rome se ^^ Rome fermentait déjà dans plus d'un cœur. On en vit

forme au ^ ^ne démonstration bien significative de la part de la Sor-

sem du cierge. ^ ^

bonne, en i583. L'évêque de Paris, Pierre de Gondy,

ayant songé à introduire les livres romains dans sa cathé-

Le chapitre de drale^ comme ils venaient d^être introduits par le roi lui- Notre-Dame ^ 111/-,1' 1TI.T T^

de Paris refuse même dans sa chapelle, le Chapitre de Notre-Dame forma

de recevoir . • . . , ,, , .

la Liturgie opposition contre cette intention du prélat, prétendant, romaine. ^^^^ fondement, que le Bréviaire et le Missel de Paris se trouvaient dans le cas de l'exception prévue par la bulle; qu'on ne devait point abolir un rite dont la renommée s'était répandue non-seulement par toute la France, mais dans presque toutes les autres églises de Tunivers ; et conclut à la simple correction des livres parisiens par les Arrêté par cette Commissaires déjà députés à cet effet (i). La commission

opposition, . , .,.,,,

l'évêque Pierre Continua Qonc son travail, mais elle s en acquitta avec tant fait^rev°i se/le ^e zèle pour les usages romains réformés, qu'elle y fit

'"'^^^Tisï ''''' ^^^^^^ ^^ presque totalité du Bréviaire de saint Pie V (2). Nous venons de voir, d'ailleurs, que le Chapitre, par le fait même qu'il croyait l'Église de Paris dans le cas de l'exception prévue par la bulle, reconnaissait la valeur de cette constitution. Paris doit donc être mis au rang des Eglises qui prirent part à la réforme liturgique de saint Pie y. Quant au refus que firent les chanoines de prendre le romain pur, nous sommes loin de le blâmer. Il était i trop juste que cette Liturgie romaine- française^ enrichie par Robert le Pieux, Fulbert, Maurice de Sully ; que plusieurs ordres religieux avaient adoptée ; qui avait pénétré jusque dans les églises de Jérusalem, de Rhodes, de Sicile, demeurât debout comme une de nos gloires natio-

(i) Vid. la NotcE.

(2) Grancolas, ibidem^ pag. 65.

par une commission qui le rend

presque

entièrement

conforme

au romain.

I PARTIE CHAPITRE XV

nales. Abolie déjà, dans la plupart des cathédrales françaises par l'introduction des livres romains, Paris, du moins, ne devait pas la laisser périr; Rome elle-même avait préparé les voies à cette conservation par les clauses de sa bulle. Si donc aujourd'hui^ cette belle et poétique forme du culte catholique n'est plus, demandons-en compte, non au Siège apostolique, mais aux Parisiens modernes qui, cent ans plus tard, se plurent à renverser l'antique et noble édifice que leurs pères avaient défendu avec tant d'amour.

C'est que malheureusement, comme nous le disions tout Le Chapitre de

^1,, . ^ . . , . , Paris consulte

a 1 heure, un parti se formait qui devait, au temps marque, laSorbonne sur poursuivre l'œuvre romaine de la Liturgie, jusque dans ^rojetee^Tes les livres diocésains. La Sorbonne recelait des hommes ^^^^^^ romains, de ce caractère, et l'histoire nous a conservé le scandaleux avis que cette Faculté, ou plutôt quelques-uns de ses membres, consultés par le Chapitre de Paris, donnèrent contre l'adoption projetée des livres romains. Le lecteur trouvera cette étrange pièce ci-après (i): nous en choisissons seulement ici les principaux traits. Après quelques banalités sur le grand bien qu'il y a Réponse

, . , , .,,.,,,. . scandaleuse de

dans la variété, comme si 1 unité n était pas aussi une c^ueiques chose désirable, les docteurs disent leur véritable pensée : « L'adoption du Bréviaire romain diminuerait beaucoup « l'autorité des évêques et des diocèses. Les promoteurs « de cette mesure sont gens qui veulent faire leur cour. 'f Les évêques ont puissance de police et de règlement « dans leurs diocèses, comme l'évêque de Rome dans le « sien; ce grand bien serait ébranlé par le changement * en question. Cette entreprise serait contre la liberté « de l'Eglise gallicane qui, si elle se soumettait à celle « de Rome dans une chose aussi capitale, lui demeurece rait assujétie en tout le reste : car l'accessoire suit le

docteurs.

(i) Vid. la Note F.

La Sorbonne

proteste

elle-même

en i6o3

contre cet avis

dicté par

la haine de

Rome.

Réforme

liturgique en

Franche-Comté

et en Suisse.

principal. Il n'y a pas plus de raison à ce que tous les prêtres disent en tous lieux un même bréviaire, quMl n'y en a à ce que tous les laïques adressent à Dieu la même prière. Après tout, que résulte-t-il autre chose de ceci, si ce n'est l'accroissement non de la religion, mais de la superbe et ambition romaines ? Que la crête du coq gaulois ne le cède pas ainsi 'au sourcil romain! Il ne s'agit pas ici de religion, mais d'orgueilleuse fourberie. Si les évêques connaissent ce qu'ils sont, ils doivent savoir qu'ils ont pouvoir de régler la forme de la prière, aussi bien que le pape dans son diocèse de Rome; autrement, ils ne seraient que les chapelains du pape. »

Voilà, certes, de la franchise : toute la pièce est dans le même goût. Les docteurs se prévalent surtout de l'inconvenance qu'il y aurait de renoncer au culte des saints du diocèse, en adoptant le calendrier romain. Cette difficulté n'est pas sérieuse, puisque tout le monde sait que, dans tous les diocèses où l'on suit le romain pur, on est autorisé à joindre au bréviaire un Propre des saints locaux qui peut être aussi complet qu'on le désire. Au reste, dans une cause qui fut plaidée en parlement, en i6o3, et dont nous parlerons ailleurs, Tavocat du roi, Servin, ayant inséré cet acte de la Sorbonne en son plaidoyer, la Faculté réclama contre l'insertion et contre l'acte lui-même qui doit donc être considéré, non comme l'avis de tous les membres de cette Compagnie, mais simplement, ainsi que nous avons dit^ comme la manifestation d'un esprit de révolte dans quelques particuliers. Nous verrons bientôt le terrible incendie qu'alluma cette étincelle cachée un moment sous la cendre. Achevons le tableau de la réforme liturgique dans l'Eglise latine, au xvf siècle.

Les diocèses qui avoisinent la France du côté de TAllemagne, ceux de la Franche-Comté et de la Suisse, par exemple, réformèrent leur Liturgie, d'après la romaine.

I PARTIE CHAPITRE XV

EN FRANCE ET DANS LE RESTE DE l'oCCIDENT 455

suivant leur génie particulier. Besançon garda le titre diocésain àla tête de ses livres qui retinrent beaucoup d'usages ' particuliers. Zaccaria indique un missel de Coire, sous la date 1589. Aujourd'hui, toute la Suisse, à l'exception de Lausanne, suit les livres romains purs.

On trouve, dans les bibliothèques, des bréviaires de Plusieurs

^ ^ églises

Cologne (i), de Trêves, de Mayence, de Constance, de d'Allemagne

. . . , * 1 corrigent leurs

Wurtzbourg, de Worms, de Spire, etc., imprimes a la Ryres

. , -v 1 /r / n ^ 1*1 • -r»' 17" diocésains;

fin du XVI® siècle et reformes d après celui de saint rie V. les autres, ainsi Aujourd'hui, plusieurs de ces églises suivent le romain ^'Autridie, de pur, ainsi que toute PAutriche, la Hongrie, la Pologne, ^""""^l'il^^l^ "^^ le Tyrol, etc., qui embrassèrent de suite les livres P^^'iîf^^^l^^^

j ~ 7 1 romain pur.

réformés.

L'Angleterre était déjà séparée de la communion ro- L'Angleterre

, / ^., ,. , j ^11- ne prend aucune

maine, quand le biege apostolique s occupa du rétablisse- part à la sèment de l'unité de Liturgie : elle ne put donc y prendre ordonnée par part. Nous apprenons de Burnet et de Larrey, historiens g^g ^jj^q ' de la réforme anglicane, cités par le P. Lebrun {2), qu'a- ^ation^afe^s vant la défection de l'Angleterre, on comptait dans ce ^y^^^ ^^jf F^^

c> ^ r par suite de

royaume cinq Liturgies principales qui étaient autant de la persécution.

formes de la romaine; savoir, celle de Salisbury, qui avait

cours dans les provinces méridionales, sous le nom de

Sarum^ dont on trouve une édition, ainsi que du bréviaire,

imprimée à Paris en i556; celle d'York, qui était en

usage dans les provinces septentrionales; celle d'Héréford,

dont l'usage était reçu dans la partie méridionale du pays

de Galles; celle de Bancor, pour la partie septentrionale

du même pays; enfin, celle de Lincoln, pour le diocèse de

ce nom.

Il est temps de revenir à Rome, centre de la réforme liturgique, et de considérer encore les grandes œuvres

(i) Le diocèse de Liège, qui était de la province de Cologne, a gardé longtemps un bréviaire particulier. Aujourd'hui il est soumis au romain, sauf certains rites qui lui sont propres.

{2) Explication de la Messe, tom. IV, pag. 5o.

4^6 RÉFORME DE LA MUSIQUE d'ÉGLISE

INSTITUTIONS accomplics dans ce but par les pontifes romains. L'état

LITURGIQUES "^ , ^i^-^- ^^ wtcii.

du chant et de la musique ecclésiastiques appelait tous Décadence leurs soins. Nous avons vu combien cette partie de

de plus en plus i t v • • ^ rc a «v ,

accentuée 1^ Liturgie avait souffert, aux xiv' et xv« siècles, de ecciésfas'^tique l'^sprit d'iunovation. Le lecteur n'a pas oublié la célèbre

'''idfgiTuse?''''^"!^^ ^^ J^^" XX"^ ^^^^^ Sanctoriim. Nonobstant ces efforts si louables, le mal allait croissant en proportion du relâchement de la discipline. Dans la plupart des églises, le chant grégorien avait disparu presque complètement; une musique toute profane, bruyante, entortillée, farcie de réminiscences mondaines, et sous laquelle il n'était nullement question du sens des paroles, avait envahi les plus augustes basiliques. La voix humaine n'y paraissait plus que comme un instrument à produire des sons plus ou moins habiles.

Le concile De tels abus ne pouvaient échapper à la sollicitude du

de Trente -r j t^ t-.

prohibe toute concile de Trente. En i562, dans les congrégations qui

musique lascive , ^ i j/ i •/- i i

dans les églises préparèrent le décret sur le sacrifice de la messe, on prorétuded\fchant P^^sa d'interdire absolument la musique durant lacélébra- ^'^'^^^da^iï'^^^^ tion des saints mystères ; mais le plus grand nombre des les séminaires, pères, spécialement les espagnols, la défendirent comme favorisant la piété, lorsque la teneur du chant et les paroles étaient propres à inspirer la dévotion et que l'on pouvait comprendre le sens de celles-ci. Le concile se contenta donc de prohiber dans sa vingt-deuxième session, tant sur Torgue que dans le chant proprement dit, toute musique qui offrirait quelque chose de lascif et d'impur (i). Quelques mois plus tard, dans sa session vingt-troisième, la sainte assemblée voulant pourvoir à la réforme du clergé, décrétait la fondation des séminaires et plaçait l'étude du chant ecclésiastique parmi les exercices auxquels on devait appliquer les jeunes clercs.

(i) Ab ecclesiis vero musicas eas, ubi sive organo, sive cantu lascivum aut impurum quid miscetur, arceant episcopi. {Conc. Trid. sess. XXII. Decretum de observandis et evitandis in celebratione missae.)

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