‹ Institutions liturgiquesChapitre 152 sur 195 · PALESTRINA ET LA ME?SE DU PAPE MARCEL · texte numérisé non relu

PALESTRINA ET LA ME?SE DU PAPE MARCEL

L'année suivante, i563, les cardinaux Morone et Navagero, récemment envoyés par Pie IV pour présider le concile, résolurent de porter de nouveau l'attention des Pères sur des abus toujours subsistants; et dans les articles de réforme préparés pour la vingt-quatrième session, ils firent insérer la défense de faire entendre dans les églises une musique trop molle. L^empereur Ferdinand, auquel ces articles furent communiqués, exprima la crainte que Ton n^entendît ces paroles comme une interdiction formelle du chant figuré, qui souvent excitait à la dévotion. Par déférence pour Tempereur, les légats renoncèrent à la rédaction qu'ils avaient proposée; et dans la session célébrée le 1 1 novembre 1 563,1e décret publié pour la réforme des chapitres cathédraux, renvoya aux conciles provinciaux le soin de déterminer tout ce qui touchait à la célébration de Toffice divin, en particulier à la manière de chanter ou de moduler convenablement, et chargea ces assemblées de tracer des règles sur cet objet selon l'utilité et les usages de chaque contrée. En attendant la réunion des conciles, chaque évêque était invité à pourvoir à ces nécessités avec l'assistance de deux chanoines, dont l'un serait de son choix et Tautre désigné par le chapitre (i).

Après avoir donné par son approbation force de loi aux décrets de réforme du concile de Trente, Pie IV établit le 2 août i564, une congrégation de huit cardinaux, chargés de veiller à leur exacte observation. Dès la première année de son institution , elle se

(i) Caetera quae ad debitum in divinis officiis regimen spectant, deque congrua in his canendi seu modulandi ratione, de certa lege in choro conveniendi et permanendi,simulque de omnibus Ecclesiae ministris, quae necessaria erunt, et si qua hujusmodi, synodus provincialis, pro cujusque provinciae utilitate et moribus, certam cuique formulam prœscribet Interea vero episcopus non minus quam cum duobus canonicis, quorum unusab episcopo, alter a capitulo cligatur, in iis quae expedire videbuntur, poterit providere. {Co7îC. Trid., sess. XXIV, c. xii.)

I PARTIE CHAPITRE XV

Les conciles provinciaux et

les évêques chargés de la

réforme du

chant et de la

musicjue

d'église.

La congrégation

de cardinaux,

instituée

par Pie IV pour

veiller a

l'exécution des

décrets de

Trente,

s'occupe de la

réforme

de la musique

d'église

dans Rome.

Les cardinaux

Vitellozzi

et Borromée

458 RÉFORME DE LA MUSIQUE d'ÉGLISE

préoccupa de la correction du chant et de la musique dans la ville de Rome et surtout dans la chapelle pontificale, qui devait donner l'exemple de la régularité à toutes les églises de la ville et du monde. Cette réforme était d'autant plus importante, que la musique tendait à usurper de plus en plus la place du chant grégorien dans la capitale du monde chrétien. La congrégation chargea spécialement de cette affaire les deux cardinaux Vitellozzo Vitellozzi et Charles Borromée, et les invita non-seulement à faire observer les décrets du concile en bannissant les airs lascifs, mais à exiger plus de clarté dans les paroles des messes, que l'on n'entendait pas, quand on chantait en musique.

Sur la demande des deux cardinaux, le collège des , chantres de la chapelle papale désigna huit de ses mem-

traitent avec les i r r o

chantres de la bres pour conférer avec eux. Vitellozzi et Charles Borro-

chapelle papale ,

au nom de la mee demandaient que l'on bannît désormais les messes

congrégation. m / j 1 v ^ ^ 1 t •. • '

mélangées de paroles étrangères a la Liturgie ou composées sur des airs profanes, ainsi que les motets dont les paroles avaient été inventées par le caprice de personnes privées. Les chantres ne firent aucune difficulté à ce sujet ; mais, lorsque les cardinaux leur demandèrent si les paroles chantées en musique par le chœur pouvaient être toujours entendues facilement, ils répondirent que ce n'était pas toujours possible. Les cardinaux insistèrent et citèrent comme modèles certains morceaux qui s'exécutaient à la j chapelle pontificale, en particulier les Impropères du vendredi saint composés par le maître Jean-Pierre-Louis de Palestrina, autrefois membre du collège des chantres pontificaux, exclu sous Paul IV parce qu'il était marié et alors maître de chapelle de la basilique libérienne. Après plusieurs conférences, il fut convenu que cet illustre compositeur serait chargé d'écrire une messe dont ni le thème, ni la mesure, ni les mélodies, n'offriraient rien de lascif et de mondain, et dans laquelle, malgré l'har-

I PARTIE CHAPITRE XV

Page 1