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PALESTRINA ET LA MESSE DU PAPE MARCEL

monie et les fugues, on entendrait facilement chacune des paroles et le sens de toutes les phrases. Les cardinaux '

promirent que si Palestrina satisfaisait à ces exigences, la musique continuerait à être permise dans les églises ; mais ils ne dissimulèrent point qu'en cas d'échec de sa part, ils seraient obligés de prendre les mesures qui leur sembleraient opportunes d'après Tavis de leurs collègues.

Le cardinal Borromée, archiprêtre de la basilique libé- ^^aTéi^d'êu-e rienne, se chargea de donner lui-même les ordres à Pales- bannie du

, ^ sanctuaire, est

trina, qui était sous sa dépendance comme maître de sauvée par une

^ , . , messe que

chapelle de son église. Pour sauver la musique sacrée et Palestrina

., ,,. , y .A ' ' ^ compose et fait

empêcher une resolution trop severe qui eut prive la exécuter Liturgie d'un de ses plus puissants moyens d'action, la cardînaux de la Providence avait préparé dans Rome même cet homme XÇo^fdie^.^ d'un génie profondément liturgique, dont les ressources étaient à la hauteur de sa mission. Palestrina se mit à l'œuvre avec l'ardeur la plus vive et la plus fervente. Il sentait qu'il s'agissait, pour la musique religieuse, de la vie ou de la mort. L'usage du temps était de placer en tête de chaque nouvelle composition musicale un titre, auquel on donnait autant que possible une forme piquante et parfois même bizarre. Dans la simplicité de sa foi, Palestrina écrivit en tête de son manuscrit ces mots : Illumina oculos meos , « Seigneur, illuminez mes yeux », voulant que cette humble prière servît seule à désigner son ouvrage. Aidé par l'Esprit-Saint, dont il avait appelé le secours, l'illustre maître composa en peu de jours trois messes dans les conditions qui lui avaient été prescrites ; et le 28 avril i563, jour à jamais mémorable dans les fastes de la musique sacrée, les chantres de la chapelle pontificale les exécutèrent devant les huit cardinaux, interprètes du concile de Trente, réunis chez Vitellozzi. Tous les membres de ce tribunal, qui allait prononcer sur le sort de la musique religieuse, étaient des princes de l'Église, célèbres par leur savoir, leur expé-

4^0 RÉFORME DE LA MUSIQUE d'ÉGLISE

INSTITUTIONS ncnce. la gravité de leurs mœurs : et parmi eux se trou-

valent deux austères réformateurs, autour du front desquels brillait déjà l'auréole de la sainteté, Michel Ghisleri, depuis saint Pie V, et Charles Borromée. Ils furent unanimes dans le jugement qu'ils portèrent des trois messes de Palestrina : elles répondaient toutes les trois aux conditions du programme tracé à l'illustre compositeur ; mais la troisième surtout leur parut admirable par la simplicité, l'onction et la richesse que Fauteur y avait déployées. Le sens du texte était exprimé avec une précision et une clarté que rien ne pouvait surpasser. La cause était gagnée. Les cardinaux conclurent que la musique ne serait pas bannie des églises, à condition que de leur côté les musiciens ne chanteraient plus que des compositions dignes du sanctuaire.

Après avoir gu^ \q rapport qui lui fut fait par les cardinaux, le pape

le chef-d'œuvre Pie IV voulut entendre lui-même le chef-d^œuvre de

de Palestrina, . ri/ ' i • •

Pie IV déclare Palestrma. Il fut chante en sa présence le 19 juin i563, impossible de dans la chapelle Sixtine, où le Sacré Collège était réuni ^"mus^ue ^ autour du souverain Pontife pour remercier Dieu de religieuse. Palliance heureusement conclue entre le Saint-Siège et les cantons catholiques de Suisse. Le saint cardinal Borromée célébrait la messe ; les chants de Palestrina, exécutés par les voix incomparables du collège des chantres pontificaux, ravirent tous les assistants et le pape dit à la fin de la cérémonie, qu^après cette messe de Palestrina la musique ne pouvait plus être attaquée, qu'il ne fallait pas la supprimer, mais en modérer l'usage. En témoignage de sa gratitude, le souverain Pontife créa pour l'illustre maître la charge de compositeur de la chapelle papale. La jalousie voulut la lui ôter après la mort de Pie IV ; mais saint Pie V, et plus tard, Grégoire XIII, Sixte V et Clément VIII lui conservèrent une récompense si bien méritée, et il en jouit jusqu'à sa mort arrivée en 1594. Déjà de son vivant, l'enthousiasme de ses admirateurs Pavait salué

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