‹ Institutions liturgiquesChapitre 33 sur 195 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

de Tannée chrétienne, au sein de laquelle il est représenté, mystère ,par mystère, avec toute la richesse des rites, toute la pompe du langage, toute la profondeur des adorations, tout l'enthousiasme de la foi.

De là rimportance si grande pour Pintelligence du La Liturgie est ,

^ o 1 o j^ tradition

dogme, donnée dans tous les temps aux paroles et aux à son

^ . . . ^ . -^ Ail- T 7 T plus haut degré

faits delà Liturgie. On connaît 1 axiome : Legem credendi "^de puissance. statuât lex siippli candi . C'est dans la Liturgie que Tesprit qui inspira les Ecritures sacrées parle encore ; la Liturgie est la tradition même à son plus haut degré de puissance et de solennité.

La Prière, par laquelle PEglise exprime son amour, son 2« La Prière désir de plaire à Dieu, de lui être unie, désir à la fois humble et fort, timide et hardi, parce qu'elle est aimée et que celui qui Faime est Dieu. C'est dans la Prière qui vient à la suite de la Confession^ comme l'espérance après la foi, que l'Église présente ses demandes, expose ses besoins, explique ses nécessités, car elle sait ce que Dieu veut d'elle, et combien elle en est éloignée, jusqu'à ce que le nombre des élus soit complet.

De là l'onction ravissante, l'ineffable mélancolie, la ten- avec les accents

les

dresse incommunicable de ces formules, les unes si simples, plus variés. les autres si solennelles, dans lesquelles apparaît tantôt la douce et tendre confiance d'une royale épouse envers le monarque qui l'a choisie et couronnée, tantôt la sollicitude empressée d'un cœur de mère qui s'alarme pour des enfants bien-aimés ; mais toujours cette science des choses d'une autre vie, si profonde et si distincte, soit qu'elle confesse la vérité, soit qu'elle désire en goûter les fruits, que nul sentiment ne saurait être comparé au sien, nul langage rapproché de son langage.

La Louange, car l'Eglise ne saurait contenir dans une 30 La Louange silencieuse contemplation les transports d'amour et d'admiration que lui fait naître l'aspect des mystères divins. Comme Marie, à la vue des grandes choses qu'a faites en

INSTITUTIONS ellc Cclul qui est puissant, elle tressaille en lui, elle le glo-

LITURGIQUES /i^l J 1 ' ^ ' J O '

— rifie. Elle célèbre donc les victoires du Seigneur et aussi

ses propres trionriphes. Le souvenir des merveilles des temps anciens la ravit et Texalte ; elle se met à en faire le récit pompeux, comme pour raviver les sentiments qu'elles lui inspirent.

de Dieu Elle célèbre, après Dieu, les élus de Dieu ; d'abord

et de ses e us. p^j^^Qj^p^rable Marie, pour qui elle a des accents d'amour et de prière d'une douceur céleste; les Esprits bienheureux, dont les relations et les influences l'embellissent et la protègent ; ses propres enfants qui l'ont arrosée de leur sang, illuminée de leur doctrine, sanctifiée de leur glorieuse confession, embaumée du parfum de leurs lis et de leurs roses. Chaque année, elle redit avec amour et maternité leurs vertus et leurs combats.

Ces trois formes Qr ces trois parties principales , Confession. Prière,

du culte divin t- ,,t. • -^

deviennent Louange ^ aQviennQnt dans la Liturgie une triple source la Liturgie d'intarissable poésie : poésie inspirée du même esprit qui ^^d^inVarissabk^ dicta les cantiques de David, d'Isaïe et de Salomon ; poésie poésie. aussi ravissante dans les images que profonde et inépuisable dans le sentiment. Dieu devait à son Eglise un langage digne de servir de si hautes pensées, de si ardents désirs.

Elles deman- Mais, comme toutes les grandes impressions de l'âme, nécessairement la foi, l'amour, le sentiment de l'admiration, la joie du s'exprimer triomphe, ne se parlent pas seulement, mais se chantent, ^^Thant^^ ^ ^^ d'autant plus que tout sentiment établi dans l'ordre se résout en harmonie, il s'ensuit que l'Eglise doit naturellement chanter louange, prièt^e tt confession^ produisant, par une gradation quelque peu affaiblie sans doute, à mesure qu'elle s'éloigne du principe, un chant beau comme les paroles, des paroles élevées comme le sentiment, et le sentiment lui-même en rapport fini mais réel avec celui qui en est l'objet et la source.

Et, comme l'Eglise est une société, non d'esprits, mais

d'hommes, créatures composées d'âme et de corps, qui ^ partie

' ^ . CHAPITRE I

traduisent toute vérité sous des images et des signes, por-

tant eux-mêmes dans leurs corps une forme ineffable de et des signes

-» extérieurs .

leur âme ; dans PEglise, disons-nous, ce céleste ensemble ^ rites

, /> • 1 -N 17 - 1 ' j et cérémonies.

de confesston, de prière et de louange^ parle dans un langage sacré, modulé sur un rhythme surnaturel, se produit aussi par les signes extérieurs, rites et cérémonies, qui sont le corps de la Liturgie.

Ainsi, sentiment, parole, mélodie, action, tels sont les éléments qui, mis en rapport avec le vrai et le bien, produisent Tordre et l'harmonie parfaite ; que ne doivent-ils pas enfanter quand ils prennent la proportion de l'Eglise même de Dieu, initiée par le Verbe aux secrets de la vie éternelle, dépositaire de la vérité immuable et féconde, nourrie constamment de l'élément surnaturel ? Ne craignons donc pas de le dire, la Liturgie renferme éminemment toute beauté de sentiment, de mélodie et de forme, non-seulement à l'égal, mais infiniment au-dessus de tout ce qu'on pourrait lui comparer, à part les Livres saints. Nous en verrons à loisir la preuve.

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