IMPORTANCE DE L ETUDE DE LA LITURGIE
peut affirmer, sans crainte d'être démenti, que, pour ne parler que des personnes ecclésiastiques,, elle doit faire*" pour elles Tobjet d'une étude non moins spéciale que la casuistique à laquelle, dans l'état présent, l'usage est en , ^^^.^ ^^ j^^j France de consacrer à peu près la moitié du temps assigné de cette science
,,.,-.,.. ^ , pour le prêtre.
à l'éducation cléricale. La récitation et souvent même la célébration des divins Offices ne forment-elles pas l'occupation journalière du Prêtre ? Quel plus grand intérêt pour lui que de pouvoir suivre la chaîne de merveilles qui se déroule dans la succession des fêtes et des temps de l'année chrétienne, de pouvoir briser les sceaux de ce livre journalier que l'Eglise d'aujourd'hui a reçu de l'Eglise des premiers siècles avec une tradition de mystères cachés et de chants admirables ? Le Prêtre monte chaque jour à l'autel pour 34 sacrifier l'Agneau immolé depuis le commencement du monde (i); où comprendra-t-il mieux la sainteté, la grandeur de cette action^ comme on l'appelait autrefois, où apprendra-t-il mieux la pureté de cœur qu'elle exige, qu'en étudiant la manière dont elle s'est exercée depuis la veille du jour où le Christ souffrit, jusqu'à ces temps plus rapprochés de nous où l'Eglise, mue par l'Esprit-Saint, a fixé d'une manière irrévocable les rites, de la religion desquels .elle a voulu environner le plus auguste des mystères ? Et les sacrements, sources divines du salut, et les sacramentaux par lesquels l'Église épanche sur le peuple fidèle la plénitude de sanctification qui est en elle ; si tant de doctes écrits ont été composés par les plus pieux et les plus savants hommes de l'Eglise, à l'effet d'en expliquer les rites, d'en éclaircir les formules, d'en développer toute la majesté, comment le Prêtre, ministre de toute cette dispensation à la fois miséricordieuse et sublime, ne se livrerait-il pas à la recherche de cette perle d'un prix infini ? S'il lui a été dit d'imiter ce qu'il a entre
(i) Apoc.j XIII, 8.
8 IMPORTANCE DE l'ÉTUDE
INSTITUTIONS jes maiiis, imitamini qiiod tractatis (i), ne lui a-t-il pas été dit par là même de Tétudier et de le connaître ?
Les fidèles Oh ! qui pourrait dire les grâces de salut qui se répanont^toufours draient sur le peuple chrétien, comme effet direct d'un
grandVofifd^m enseignement basé sur Texplication et la compréhension enseignement ^^^ mystères, des paroles et des rites de la Liturgie, si
sur l'intelligence ^^^ peuples savaient et coûtaient ce que savaient et goû-
de la Liturgie. rr /v'i'i- •^
taient les simples catéchumènes des Eglises de Milan, d'Hippone ou de Jérusalem, initiés par un Ambroise, un Augustin, un Cyrille ! Et plus tard nos nouvelles Eglises d'Occident, quelles lumières ne tiraient-elles pas de renseignement liturgique d'un Rhaban Maur, d'un Ives de Chartres, d'un Honorius d'Autun, d'un Hildebert du Mans et de Tours, d'un Durand de Mende, etc. ! Quelle influence sur les mœurs catholiques ! quel boulevard de la foi ! quelle disposition à sentir les choses de la vie surnaturelle dans ces populations instruites avec soin et détail des secrets que le Christ et son Église ont cachés sous le vaste et profond emblème de la Liturgie ! On le sent tous les jours dans ces contrées de l'Amérique du Nord, dans lesquelles la vraie Eglise ne possède pour ainsi dire pour fidèles que ces âmes que, sous la conduite du divin Esprit, elle va glanant et recueillant dans les sueurs et les fatigues. Les lettres des missionnaires ne cessent de parler du grand succès qu'ils obtiennent en développant à leurs auditeurs le merveilleux symbolisme de la Liturgie catholique. Assez heureux pour la posséder en entier et pure de tout alliage national, telle en un mot que le Siège Apostolique la promulgue, ces nouveaux apôtres n'ont aucune peine à faire sentir l'harmonie et l'autorité dans cet ensemble véritablement surhumain. S'il arrive qu'une nouvelle église vienne à être dédiée par l'évêque, la simple explication des symboles qui, dans cette auguste cérémonie, font tour
[\) Pontificale Rom. ^ in ordinatione^Presbyteri.
I PARTIE CHAPITRE II
à tour passer sous les yeux des fidèles les mystères de la Jérusalem céleste, ceux de TEglise militante et ceux de la '
vie spirituelle, prépare une moisson abondante, et lorsqu'après avoir accompli tous les rites si profonds de cette solennité, le Pontife demande au Dieu qui se bâtit un temple immortel avec des pierres vivantes, que cette extension matérielle que vient d'obtenir son Eglise, soit encore dépassée par ses accroissements spirituels (i), il ne tarde pas à connaître qu'il a été exaucé.
Et, en effet, quel autre moyen de faire pénétrer la con- La connaissance naissance du dogme dans les esprits, que celui-là même nepeutmTeux que Fauteur et le réparateur de notre nature a choisi pour danf^iefelprits y faire descendre cette grâce invisible qui nous sanctifie ? n?o^^en^qu^ Mes paroles sont esprit et vie (2), dit le Sauveur : elles f^ï^ descendre la
. . . . grâce.
donnent à la fois la lumière à Tintelligence, et au cœur la charité qui est la vie. Il en est de même des paroles de l'Eglise qui possède la plénitude des mystères et la dispense sur le peuple chrétien par des rites et des formules remplis à la fois de vérité et d'amour.
Aussi a-t-on toujours considéré la Liturgie comme le La Liturgie
1 • 11 ^ 1 11 toujours
haut enseignement du dogme, en même temps qu elle est considérée dans
e 11 1 • AT 1 • ^A^ ^ l'Éalise comme
sa forme la plus populaire. Nous verrons bientôt que tous ^le haut les saints docteurs étaient Liturgistes ; que les écrivains ^^Xgme!^^ ecclésiastiques qui les ont suivis cultivèrent avec ardeur la science des rites sacrés ; que les théologiens scolastiques du moyen âge voulurent aussi faire leur somme des mystères ; qu'à l'époque de la Réforme, l'activité des docteurs catholiques se porta vers cette étude et donna, la première, naissance aux Collections liturgiques ; qu'enfin, chose surprenante pour plusieurs, de savants protestants, au
(i) Deus, qui de vivis et electis lapidibus aeternum majestati tuae préparas habitaculum, auxiliare populo tuo supplicanti, ut quod Ecclesiae tuae corporalibus proficit spatiis, spiritualibus amplificctur augmentis. (Missal. Rom., in Dedicatione Ecclesiae. Postcommunio.)
(2) Joan., VI, 64.
10 IMPORTANCE DE l'ÉTUDE
INSTITUTIONS Hsque d'exposer l'héritage de la Réforme aux invasions
de 1 antiquité ecclésiastique, ont cru aussi, ont cru, comme
tous les anciens Pères et docteurs catholiques, qu'il n'y Les protestants avait point d'étude complète du dogme chrétien, si la maconfeîsTnt"^?ette tière des Htes et des formules sacrées n'était soigneuse- ^^^^^^* ment explorée, s'ils n'interrogeaient siècle par siècle ces livres papistes qu'ailleurs ils voudraient donner comme un instrument de corruption pour la doctrine évangélique. On les a vus, on les voit publier des collections, des bibliothèques liturgiques, et faire honte à plus d'un catholique par le zèle et l'importance qu'ils mettent à de semblables travaux. Voici les propres paroles du célèbre Pfaff de Tubingen, dans une dissertation de Liturgiis, missalibiis, agendis et libris ecclesiasticis Ecdesiœ orientalis et occidentalisa placée à la suite de ses Institutions d'histoire Témoignage ecclésiastiaue : « Comme les livres ecclésiastiques, les
de Plaft ^ ^ ^
de Tubingen. « Liturgies, et ceux que l'on nommxe Agenda^ sont revêtus « d'une autorité publique et de l'approbation de l'Église « entière qui en fait usage ; comme ces Liturgies trèsce anciennes, qui ont régné et régnent encore dans l'Église « orientale et occidentale, ont emprunté beaucoup de « choses des temps apostoliques ; comme enfin le culte ce public lui-même ne peut dériver d'une autre source que c( de ces mêmes Liturgies, il est aisé de voir que leur ce étude ne saurait manquer de jeter un grand jour sur ce toute l'histoire ecclésiastique, principalement sur la ce partie dogmatique et rituelle, et qu'elle est propre nonce seulement à repaître la curiosité des érudits, mais à V remplir leur esprit d'excellentes observations (i). »
(i) Cum libri ecclesiastici, Liturgiae, atque agenda quae vocant,ecclesiastica publica auctoritate, atque approbatione totius, ubi quidem eorum •est usus, ecclesiae gaudeant, cum etiam antiquissimce illae, quae in ecclesia orientali, atque occidental! olim viguere, atque etiam nunc vigent, liturgiae ex apostolicis temporibus multa trahant ; cum denique non nisi ex liturgiis cultus publici ratio derivari, atque erui possit, facile est perspiccre magnam easdem lucem omni historiae ccclesiasticae, maxime
Plus loin, il recommande la lecture des livres du cardinal ^ partie
^ CHAPITRE II
Bona, sur les matières liturgiques, comme présentant le plus haut intérêt scientifique, et finit en disant que la théologie polémique elle-même ne saurait se passer de ce genre d'études accessoires (i).
Qu'il nous soit donc permis d'indiquer ici cette lacune Un enseigne-
^- . , , . . . ment spécial de
fâcheuse que laisse, dans l'enseignement ecclésiastique de la Liturgie
,, , 1 / j T • / • 1 indispensable
notre pays, labsence des études liturgiques spéciales, et dans
,,, , 1 . , . . • • , o ' • • les séminaires.
d émettre le vœu devoir nos séminaires imiter le bemmaire romain et la plupart des principaux séminaires d'Italie, dans lesquels la jeunesse cléricale se livre, sous la direction d'un professeur, à l'étude d'Institutions liturgiques plus ou moins complètes. L'intelligence du dogme catholique y gagnera ; la science du droit canonique, qui a tant de points de contact avec la Liturgie, en tirera de grands avantages ; l'histoire ecclésiastique enfin sera mieux comprise et plus attrayante, du moment que la tradition des rites sacrés qui y occupe une si grande place, sera mieux connue et mieux appréciée. Ces études d'antiquité et d'archéologie, qu'on semble vouloir introduire en plusieurs lieux avec un zèle si louable, prégarées par la ^cience au moins générale de l'histoire ecclésiastique, obtiendraient des résultats véri-
vero dogmaticas, et rituali afferre, nec saltem curiositatem eruditorum pascere, sed et praeclaris egregiisque observationibus animum imbuere. {Disquisit. de litiirg., missalibus, etc. Tubingae^ 1721.)
(i) Porro quEenam veteris ecclesias de sacramentis singulis doctrina exstiterit ex his maxime tanquam ex earum fontibus discere nos oportet, nec inane hoc est, quod jam diximus, veteres liturgias egregiis quoque observationibus asceticis, atque haud temnenda pietate animum imbuere; quod qui inficiari audet, légat, quaesumus, liturgias graecas, légat eam quae in Constitutionibus Apostolicis exstat, légat Chrysostomianam, légat et Joannis Bonae libros quibus res liturgicas veteres isexplicavit, egregiisque animadversionibus adspersit. Denique ad theologiam polemicam solidius tractandam hoc studium vel maxime pertinet, Ita qui de cultu, et invocatione sanctorum accùrati quid dare tentaverit, sine veterum, recentiorumque liturgiarum inspectione nihil egregii efficiet. Idem de cultii imaginum et reliquiarum Beatae Virginis Deiparae dictum esto. (Ibidem, In Epimetro, pag. 72.)