ÉTAT DE LA LITURGIE AU ' TEMPS DES APOTRES
Le principe La Liturgie est une chose si excellente, que, pour en
Liturgfe est en trouver le principe, il faut remonter jusqu'à Dieu ; car
^^^' Dieu, dans la contemplation de ses perfections infinies,
se loue et se glorifie sans cesse, comme il s'aime d'un
amour éternel. Toutefois ces divers actes ^accomplis
dans l'essence divine^ n'ont eu d'expression visible et
véritablement liturgique que du moment où une des trois
Personnes ayant pris la nature humaine, a pu dès lors
rendre les devoirs de la religion à la glorieuse Trinité.
Le Verbe Dieu a tant aimé le monde, qu'il lui a donné son Fils
incarnévenu sur
la terre pour Unique (i) pour l'instruire dans l'accomplissement de
instruire ,, iv • a - . / , / ' a '
le monde dans 1 œuvre liturgique. Apres avoir ete annoncée et préfigurée
plissement" de pendant quarante siècles, une prière divine a été offerte,
litur^rJuc, la ^^ sacrifice divin a été accompli, et, maintenant encore et
éternellement 1^^^^^ ^^^^s l'éternité, l' Agneau immolé dès le commen-
au Ciel. cément du monde s'offre sur l'autel sublime du ciel et
rend d'une manière infinie à l'ineffable Trinité tous les
devoirs de la religion, au nom des membres dont il est le
Chef, lesquels confessent ^ supplient et glorifient avec lui,
par la vertu du divin Esprit qui, les animant de son
souffle (2) et les couvrant de son ombre (3j, forme en eux
cet inénarrable gémissement (4} qui retentit doucemeftt
dans les cœurs.
(1) Joan., m, i6. — (2) Psalm. XXXII, 6. — (3) Luc, i, 35. — (4) Rom., vm, 26.
ÉTAT DE LA LITURGIE AU TEMPS DES APOTRES ly
Infiniment au-dessous de TAffneau, mais incomparable- ^ partie
<~> ' -L CHAPITRE III
ment au-dessus de toute autre créature, Marie, mère de
Dieu, assistant en corps et en âme, afin que rien ne man- La vierge Marie,
que à la plénitude de son expression liturgique, offre à
Dieu la prière la plus pure et la plus complète après celle
du Fils de Dieu, auprès duquel elle introduit les vœux de
la création, les complétant de sa perfection propre, les
rendant agréables de sa faveur toujours agréée.
Les chœurs des esprits angéliques célèbrent aussi la les
louange de Dieu. Ils ne cessent de crier alternativement : angéliques, Saint y saint, saint! Ils rendent tous les devoirs de la religion pour eux-mêmes, et aussi pour le reste de la création, particulièrement pour les hommes auxquels Dieu a, comme à eux, confié Fhonneur de son service (i).
Les hommes élus et glorifiés, les saints^ établis dans une les
1 • r-^j ^ ..J1* u^^ •! Saints s'unissent
harmonie parfaite de grâce et de gloire, chantent aussi la au Verbe divine louange, continuant d'un ton plus fort et plus mélo- reïdre^\^Dieu dieux encore leurs cantiques de la terre, et, afin que rien ^Y T^ ^^^^
^ ? ? T. les devoirs
ne manque aux conditions de leur Liturgie, ils repren- ^^ ^^ religion. dront un jour leurs corps pour lui pouvoir donner une forme visible.
L'Église militante enfin loue Dieu avec TAgneau qui est L'Église son époux et sur lequel elle est appuyée (2) ; avec Marie, asTociéeTce qui est sa miséricordieuse reine ; avec les anges, qui la ^^^^^ concert. gouvernent sous Pœil du Très-Haut ; avec les saints, qui Taiment toujours d'une tendresse filiale, et la tirent d'en haut ; enfin dans cette demeure mortelle où la retiennent les décrets divins et qu'elle est appelée à sanctifier, elle remplit admirablement toutes les conditions de la Liturgie, ainsi que nous le ferons voir en détail dans ces Institutions.
Mais suivons d'abord les principes et les développe-
(i) Deus qui miro ordine angelorum ministeria hominumque dispensas, etc. Missal. Rom. in dedicatione et apparitione S. Michaelis. (2) Gant., VIII, 5.
l8 ÉTAT DE LA LITURGIE
INSTITUTIONS mcnts de cette Liturgie sous ses formes générales. Recon-
~ naissons d'abord que le monde n a jamais ete sans elle :
La Liturgie Car, comme rÉglise date du commencement du monde, ^^"^datedu^ ^^^ suivant la doctrine de saint Augustin (i), la Liturgie date '"^ck^momi^!"^ ^^^ ^^ même commencement. En effet, Phomme n'a point été sans connaître Dieu qui se révéla à lui tout d'abord; or, connaissant Dieu, il n'a point été sans l'adorer, sans le supplier, sans célébrer ses grandeurs et ses bienfaits, et ces sentiments n'ont point non plus été dans l'homme sans |j se produire par des paroles et des actes. Dieu daigna Dieu daigna révéler ces formes de la Liturgie, comme révéïeriui-même il donna à l'homme la pensée, comme il lui donna la indiquéeT%r parole, comme il se manifesta à lui en qualité d'auteur de les sacrifices de j nature et d'auteur de la srâce et de la sloire. Aussi et d'AbeL voyons-nous, dès l'origine, la Liturgie exercée par les premiers hommes dans le principal et le plus auguste de •ses actes, le sacrifice. Malgré la différence de leurs hosties, et par la raison de cette différence même, Gaïn et Abel attestent dans leurs offrandes diverses un ordre préétabli, un rite commun, quoique le sacrifice du second soit sanglant et que l'offrande du premier ne le soit pas. * Énos enrichit Bientôt, à Cette même époque antédiluvienne, si riche formes ^^ Communications divines, nous lisons d'Enos, homme primitives, j^^^^ ^^ serviteur de Dieu, qu'il commença d'invoquer le nom du Seigneur (2), c'est-à-dire, comme l'ont entendu les Pères , à enrichir de développements plus vastes cette première forme qui remontait au jour même de la création de l'homme. Durant cette période, le sacrifice persévéra toujours ; car Noé, au sortir de l'Arche, pendant que l'arc du Seigneur resplendissait à l'horizon, immola en action
(i) Ipsa res quœ nunc christiana religio nuncupatur erat et apud antiques, nec defuit ab initio generis humani, quousque ipse Christus veniret in carnem, unde vera religio quae jam erat cœpit appellari christiana. (S. August., Retract., lib. I, cap. xiii, n. 3, tom. I, col. 19.)
(2) Gen., IV, 26.
de ffrâces plusieurs des animaux purs que, dans cette ^ partie
^ ^ . . / CHAPITRE III
intention même, Dieu avait ordonné de conserver en plus
grand nombre (i).
Ainsi le principe liturgique avait été sauvé du redoutable La Liturgie des
, ... . . , , , premiers
cataclysme qui engloutit pour jamais la plupart des souve- patriarches
1 • j -1 ' ^ 11 survivant au
nirs de ce premier monde; il survécut avec le langage, déluge avec les traditions sacrées des patriarches. Nous en voyons ^^^AbraSam^^^ de fréquentes applications dans les pages si courtes du ^^^^^' Jacob, récit antémosaïque. Abraham, Isaac, Jacob, offrent des sacrifices d'animaux (2) ; ils dédient au Seigneur les lieux où ils ont senti sa présence (3) ; ils élèvent des pierres en autel (4) ; ces pierres, comme aujourd'hui, ont besoin d'être inondées d'huile pour devenir dignes de recevoir la majesté de Dieu (5) ; et non-seulement l'autel paraît, mais le sacrifice futur est montré de loin. Tout à coup, un Roi Pontife, tenant en ses mains le pain et le vin, offre une hostie pacifique (6), et avec tant de vérité, que la mémoire de son sacrifice et de sa consécration demeure pour être Le
invoquée mille ans après, par un autre prophète-roi, mais Meichisédech. non plus pontife, comme type du sacerdoce et du sacrifice du Messie à venir.
Durant toute cette époque primitive, les traditions litur- La précision
^ , . . . , . invariable des
giques ne sont point flottantes et arbitraires, mais précises formes et déterminées : elles se reproduisent toujours les mêmes, prouve^^qu'eîies On voit clairement qu'elles ne sont point de l'invention de imposéeïVr l'homme, mais imposées par Dieu lui-même : car le Sei- , P^^}^ gneur loue Abraham d'avoir gardé non-seulement ses lois et ses préceptes, mais encore ses cérémonies (7).
La loi mosaïque fut ensuite promulguée en son temps, à l'effet de donner une forme plus précise encore et plus
\ (i)Gen, VIII, 20. — (2) Gen., xv, 9; xxii, i3.-t- (3) Gen., xii,7, 8; xxvi,25 xxviii, 16; xxxii, 3o. — (4) Gen., xxviii, i8, 22; xxxiii, 20. — (5) Gen., xxviii, 18; XXXI, i3; xxxv, 14. — (6) Gen., xiv, 18. — (7) Eo quod obedierit Abraham voci meœ, et custodierit praecepta et mandata mea, et cceremonias legesque servaverit. (Gen., xxvi, 5.)
lui-même.
Dieu
solennelle à la Liturgie, de créer un corps de Prêtres présidé par un Pontife souverain, de fixer, au moyen de règlements écrits, des traditions jusqu^alors conservées ''1ès rit^^s""''' pures, mais dont la défection générale des peuples menariturg'iques de • rintéffrité. Toutefois, avant que Moïse montât sur le
l'Ancienne yaiu i mt g, i • J!'•^ v \ „^^n^^ r^o^rQ]
Alliance. ginaï, OU il devait recevoir cette loi, de)a 1 Agneau pascal avait été immolé au milieu des rites les plus mystérieux, et déjà le chef des Hébreux avait chanté Thymne du passage de la mer Rouge, pendant que Marie, à la tête du chœur l| des vierges dlsraël, raccompagnait du son des instruments sacrés.
Dieu parle donc et révèle cet ensemble de rites dans lequel on voit figurer en un ordre admirable les diverses espèces de sacrifices, les expiations, Toffrande des prémices,^ le feu sacré, les thurifications, les habits sacerdotaux, etc..^ La Liturgie sort de Tenfance et passe à son âge intermédiaire, durant lequel elle ne devait plus être exercée sous une forme simplement domestique, mais sous une forme plus sociale, au moyen d^une tribu sacrée ; mais, - d'autre part, ses symboles, si riches quHls fussent, ne devaient pas renfermer les réalités qu'ils signifiaient. Le développement de ce magnifique tableau n'entre point dans notre plan ; de nombreux et savants commentateurs s'en sont occupés dans des ouvrages spéciaux que tout le monde peut consulter.
La tradition D'ailleurs le Lévitiquê ne renfermait pas tous les détails lesTgies rituels du culte mosaïque, non plus que les tables de la îeTiW^r'Slain^s! 1^ toutes les croyances du peuple de Dieu. Beaucoup de particularités liturgiques se conservaient par la tradition ; tels sont le rite du cantique des degrés (i), la prière sept fois le jour et au milieu de la nuit {2), l'onction des rois (3), et mille autres faits épars dans les livres historiques et prophétiques de l'Ancien Testament.
(i) Psalm. CXIX. — (2) Psalm. CXVIII. — (3) I Reg., x,xvi.
Nous ne devons pas manquer de signaler aussi ce phé- ^ partie
i^ ^ C> r CHAPITRE III
nomène si remarquable, qui surprend dès l'abord Tobser-
vateur des anciennes religions, savoir, la ressemblance Analogie
, , des formes du
frappante des formes religieuses employées par la plupart culte chez les des peuples Gentils avec les rites liturgiques du peuple avec lesMtes Israélite. Ce fait est incontestable, et, ainsi qu'on Ta des^HéSeux. remarqué il y a longtemps, il a contribué puissamment à préparer les voies à l'établissement du culte chrétien, soit ■ qu'on l'explique, avec la plupart des anciens Pères, par une suite de communications de ces peuples avec les Juifs, soit qu'on le considère comme un débris des traditions patriarcales dont le culte mosaïque n'était qu'un vaste développement.
Quoi qu'il en soit, la plénitude des temps étant venue, le Le
VERBE SE FIT CHAIR ET HABITA PARMI NOUS : il Se donna à POÎV^ accomplit
7 V T 1 / N 1 11-1^^ perfectionne
a entendre, a toucher aux nommes (i), et, descendu du ciel les traditions
/ j j . ,.,,..,. liturgiques.
pour créer des adorateurs en esprit et en vente (2), il vint, non détruire, mais accomplir et perfectionner les traditions liturgiques (3). Après sa naissance, il fut circoncis, offert au temple, racheté. Dès Tâge de douze ans, il accomplit la visite du temple, et, plus tard, on l'y vit fréquemment venir offrir sa prière. Il remplit la carrière du jeûne de quarante Jours ; il sanctifia le sabbat ; il consacra par son exemple la prière nocturne. A la dernière cène, où il célébra le grand Acte liturgique, et pourvut à son accomplissement futur jusqu'à la fin des siècles, il préluda par le lavement des pieds que les Pères ont appelé un mystère, et termina par un hymne solennel, avant de sortir pour aller au mont des Oliviers. Peu d'heures après, sa vie mortelle, qui n'était elle-même qu'un grand acte liturgique, se termina dans l'effusion du sang sur l'autel de la croix; le voile de l'ancien temple se déchirant, ouvrit comme un passage à de nouveaux mystères, proclama un
(i) I Joan., I; I. — (2) Joan., iv, 23. — (3) Matth., v, 17,
INSTITUTIONS nouvcau tabernacle, une arche d'alliance éternelle, et LITURGIQUES j^^^j^^^^jg j^ Llturgle commença sa période complète en
tant que culte de la terre.
La Liturgie Car le sacrifice ne cesse pas en ce jour, bien qu'il soit
Tnsiftudon' consommé. Du lever du soleil à son couchant (i), il devient
'rftabie perpétuel, quotidien, universel ; et non-seulement le sacri-
sacritice et des ^^^ centre de la Liturgie, reste, mais une nouvelle nais-
Sacrements. '
sance par Peau est offerte au genre humain ; la visite de TEsprit de sanctification est annoncée, ses dons sont communiqués aux Apôtres pour toute TÉglise par Tinsufflation et l'imposition des mains. Enfin, lorsque le Médiateur ressuscité a employé quarante jours à instruire ses disciples de tout ce qui regarde le royaume de Dieu (2), c'est-à-dire l'Église, lorsqu'il leur a dit solennellement, invoquant la puissance qui lui a été donnée au ciel et en terre: Allei^baptiseï toutes les nations ; enseignes-leur à garder toutes les choses que je vous ai enjointes^ il les quitte en montant au ciel, laissant ouvertes sur toutes les nations du monde sept sources principales de salut dans les sacrements, dont chacun contient une grâce agissante, mais invisible, en même temps qu'il la signifie à l'extérieur par les symboles les plus précis et les plus énergiques. Le pouvoir Jésus-Ghrist laissa donc sur la terre ses apôtres investis
liturciquQ fondé , . / '^ '^ '^ ' ' i •
et déclaré de SOU pouvoir, euvoyes comme il avait ete envoyé lui- TesTpItfeT^ même (3) ; aussi s'annoncent-ils, non pas simplement 'j-s comme propagateurs de la parole évangélique, mais comme ministres et dispensateurs des mytèrcs (4). Le pouvoir liturgique était fondé et déclaré perpétuel pour veiller à la
(i) Malach., i, ii.
(2) Act., i. S. Léon dit à ce sujet : a Non enim ii dies qui inter resurrectionem Domini ascensionemque fluxerunt otioso transiere decursu : sed magna in his confirmata sacramenta, magna sunt revelata mysteria. » [Senn. LXXII, Edit. Ballerin, pag. 291.)
(3) Joan. XX, 21.
(4) Sic nos existimet homo u ministres Ghristi et dispensatores myst&riorum Dei. (I Cor., iv, i.)
et leurs successeur
AU TEMPS DES APOTRES 2f3
I PARTIE CHAPITRE III
garde du dépôt des sacrements et des autres observances rituelles que le Pontife suprême avait établies, pour régler les rites qui devaient les rendre plus vénérables encore au peuple chrétien, pour étendre et appliquer, suivant les besoins de Thomme et de la société, cette grâce de sanctification qu'était venu apporter au monde Celui qui, comme le chante PÉglise, Ôtant la malédictiony a donné la bénédiction (i).
Les Apôtres durent donc établir et promulguer un ensem- Nécessité pour
, , , . , . 1 . les Apôtres
ble de rites, ensemble supérieur sur tous les points à la d'établir
T . . .. T^ 1 ' • 1 '-11 11 ,. un ensemble de
Liturgie mosaïque. 1 el était le génie de la nouvelle reli- rites
j ^ ^ T • • • 1 j*^ • ^ pour la nouvelle
gion, comme de toute religion ; car,, ainsi que le dit saint ^ religion.
Augustin, « jamais on ne parviendra à réunir les hommes
c( sous aucune forme ou appellation religieuse, vraie ou
ce fausse, si on ne les lie par une association de sacrements
« visibles (2). » C'est pourquoi le saint Concile de Trente, Doctrine
^ • ^ j AT-ATTTP • j ' ' • ^ j du Concile de
traitant dans sa XXI 1 session des cérémonies augustes du Trente saint sacrifice de la messe, déclare, avec toute Tautorité de des^cérémÇni^es la science et de renseignement religieux, qu'il faut rap- ^^ ^^ messe. porter à Viitstitution apostolique les bénédictions mystiques, les cierges allumés, les encensements, les habits sacrés, et généralement tous les détails propres à relever la majesté de cette grande action, et à porter Tâme des fidèles à la contemplation des choses sublimes cachées dans ce profond mystère, au moyen de ces signes visibles de religion et de piété (3).
(i) Qui solvens maledictionem, dédit benedictionem.(In nativit. B.M. V. Antiph. ad Magnificat\\n secundis vesp.)
(2) In nuUum autem nomen religionis, seu ve'rum, seu falsum coagu lari homines possunt, nisi aliquo signaculorum vel sacramentorum visibilium consortio coUigentur. [Lib. contra Faustum, XIX, cap. ix.)
(3) Caeremonias item adhibuit ecclesia, ut mysticas benedictiones, lumina, thymiamata, vestes, aliaque id genus multa, ex apostolicâ disciplina et traditione, quo et majestas tanti sacrificii commendaretur, et mentes fidelium perhaec visibilia religionis et pietatis signa ad rerumaltissimarum quae in hoc sacrificio latent, contemplationem excitarentur. [Gonc. Trid. Sess. XXII, cap. v.)
INSTITUTIONS Qf cq saiiit Concile n'était point amené à produire cette ■ LITURGIQUES __ ^^^^^^'^^ ^^^ quelque conjecture incertaine, déduite de
Tertuiiien prémisses vagues, il parlait comme parlaient les premiers
tn'voquenui^ siècles. Il iuvoquait la tradition primitive, c'est-à-dire
apostolique apostoUquc^ comme Pavait si éloquemment invoquée Ter-
pour rendre tullieu, dès le troisième siècle, pour rendre raison de tant
raison ' . . -ri'
de certains rites, de rites qui ne paraissaient point fondes sur la lettre des saints Évangiles, tels que le renoncement au démon avant le baptême, la triple immersion, la confession du baptisé dont elle était précédée ; la nourriture de lait et de miel qu'on lui donnait, l'obligation de s'abstenir du bain durant la semaine qui suivait le baptême ; la communion eucharistique fixée au matin, avant toute autre nourriture ; les oblations pour les défunts ; la défense de jeûner ou de prier à genoux, le dimanche et durant le temps pascal ; le soin tout particulier des espèces consacrées ; l'usage continuel du signe de la croix, etc. (i). Saint Basile signale aussi la même tradition comme source des mêmes observances, auxquelles il ajoute, en manière d'exemple, les suivantes, ainsi de prier vers l'orient, de consacrer l'Eucharistie au milieu d'une formule d'invocation qui ne se trouve rapportée ni dans saint Paul, ni dans l'Évangile ; de bénir l'eau baptismale et l'huile de l'onction, etc. (2). Et nonseulement saint Basile et Tertuiiien, mais toute l'antiquité, sans exception, confesse expressément cette grande règle de saint Augustin devenue banale à force d'être répétée : Qiiod universa tenet ecclesia, nec conciliis institntum^ sed semper retentiim est, non nisi aiictoritate apostolica traditiim rectissime creditiir (3).
Grotius, Grabe C'est pourquoi les protestants éclairés, en dépit descon-
et les autres / i i i*
protestants sequences que les catholiques en peuvent tirer contre eux, ne font aucune difficulté de rapporter à l'institution apos-
(i) Voyez cet important passage Note A, à la fin de ce chapitre.
(2) Vid. Ibidem, Note B.
(3) De Baptism. contra Donat., lib. IV., cap. xxiv.
éclairés
tolique les rites qui accompagnent la célébration des sacrés mystères, toutes les fois que ces rites présentent un caractère d^universalité. Grotius confesse franchement qu^il ne voit pas le plus léger sujet d'en douter (T);Grabe va plus loin et déclare qu'il ne comprend pas comment un homme de sens se pourrait persuader un instant qu'il en pût être autrement. « Non, dit-il, que je prétende adjuger « toutes les Liturgies dites Apostoliques à ceux dont ©lies « portent les noms ; il suffit bien que les Apôtres aient été « les auteurs, sinon les rédacteurs des anciennes Litur- « gies (^). » En quoi ils se trouvent pleinement d'accord Tun et l'autre avec le grand cardinal Bona qui résume admirablement toute cette question dans les paroles suivantes :
« Il est dans foutes les Liturgies certaines choses sur tt lesquelles toutes les Eglises conviennent, et qui sont « telles que sans elles l'essence du sacrifice n'existerait pas, « comme sont la préparation du pain et du vin, l'oblation, « la consécration, la consommation, enfin la distribution « du sacrement à ceux qui veulent communier. Ensuite, « il y a d'autres parties importantes qui, bien qu'elles « n'appartiennent pas à l'intégrité du sacrifice, se retrouc( vent cependant dans toutes les Liturgies, comme le « chant des psaumes, la lecture de l'Écriture sainte, l'assisc( tance des ministres, l'encensement, l'exclusion des caté-
I PARTIE CHAPITRE III
confessent l'institution
apostolique des rites qui ont un caractère
d'universalité.
Témoignage
du cardinal Bona
(i) Consensus liturgiarum per omnia loca ac tempora in precibus illis, ut Deus dona per Spiritum suum sanctificet, eaque faciat corpus et sanguinem Christi, me dubitare non sinunt venire hoc à prima apostolorum institutione. {De pace ecclesise, pag. 670.)
(2) Illos qui omnibus istis Liturgiis exprimuntur, quique jani olim ubique inter sacra mysteria 'usitati fuerunt, ritus ex apotolicâ traditione fiuxisse; ecclesias enimab apotolis institutas formamaliquam et ritumofferendi sacrifîcium,cui tam arctasit, et praecipua cum religione connexio non accepisse, quis sanus sibi persuadeat ? Non quod tamen liturgias omnes apostolicas iis quorum nomina insigniuntur, adjudicare velim. Sufficiat liturgiarum antiquarum si non scriptores, saltem primos auctores fuisse apostolos. (In S. Ireneum, lib. I., cap. iii^ annotatJ
INSTITUTIONS « chumèncs et des profanes, la fraction de Phostie, le souliturgiques .^ , . -. , 11 • 1 A
-^ c( hait de paix, les prières multipliées, 1 action de grâces
« et autres choses de cette nature (i). » Des traditions Mais si les Apôtres doivent être incontestablement considi^ffSentes7es dérés comme les créateurs de toutes les formes liturgiques
unes des autres universelles, on n'est pas moins er, droit de leur attribuer également des ^^ grand nombre de celles qui, pour n'avoir qu'une
Apôtres. ^ . ^ .
extension bornée, ne se perdent pas moins, quant à leur origine, dans la nuit des temps. En effet, ils ont dû plus d'une fois assortir les institutions de ce genre, dans leur partie mobile, aux mœurs des pays, au génie des peuples, pour faciliter par cette condescendance la diffusion de l'Evangile : et c'est là l'unique manière d'expliquer les dissemblances profondes qui régnent entre certaines Liturgies d'Orient, qui sont l'œuvre plus ou moins directe cf un ou plusieurs apôtres, et les Liturgies d'Occident, dont l'une, celle de Rome, doit reconnaître saint Pierre pour son principal auteur. Ainsi encore pourra-t-on expliquer comment les Églises d'Asie, au second siècle, soutenaient, comme une tradition apostolique, leur manière de célébrer la Pâque, contraire à celle de l'Eglise romaine qui invoquait, avec raison , la tradition très-certaine et très-canonique du Prince des apôtres.
Des On est même en droit de conjecturer que le même Apôtre
rites différents , , , ., , , ,. .
ont dû être a pu, dans le cours de sa carrière de prédication, se trousuccessive^ment ver dans le cas d'employer des rites différents, à raison mêine Apôtre. ^^ ^^ diversité des lieux qu'il évangélisait tour à tour. C'est 4a remarque du savant Père Lesleus dans l'excellente préface de son édition du Missel Mozarabe ; ce qu'il faut néanmoins toujours entendre, sauf la réserve des points sur lesquels on trouve accord universel dans toutes les Liturgies (2). Ces diversités n'ont donc rien qui doive sur-
(i) Vid. le texte à la Note C.
(2) Vid. infrà la Note D.
prendre : elles entraient dans les nécessités de Tépoque apostolique, puisque, aujourd'hui même, Tunité fût-elle rétablie entre TOrient et TOccident, on n'oserait se flatter de les voir disparaître. Concluons donc que ce n'est point une raison pour refuser d'admettre l'origine apostolique des Liturgies générales et particulières, de ce que celles qui portent les noms de saint Pierre, de saint Jacques, de saint Marc, etc., ne s'accordent ni entre elles, ni avec celles de l'Occident, dans les choses d'une importance secondaire, tellQs que l'ordre et lateneur des formules de supplication. On ne saurait non plus leur disputer cette même origine, sous prétexte que, dans l'état où elles sont aujourd'hui, elles présentent plusieurs choses qui paraissent visiblement avoir été ajoutées dans des temps postérieurs. Les Apôtres tracèrent les premières lignes, imprimèrent la direction ; mais l'œuvre liturgique dut se perfectionner sous l'influence de l'Esprit de vérité qui était donné à l'Église pour résider en elle jusqu'à la fin des temps. Telle est la manière saine d'envisager les controverses agitées plusieurs fois par des hommes doctes, à propos de ces Liturgies ; assez généralement on a excédé de part et d'autre, en soutenant des principes trop absolus.
Laissons donc saint Jacques auteur de la Liturgie qui porte son nom, puisque l'antiquité l'a cru ainsi. Qu'importent quelques changements ou additions ? ne fait-elle pas le fond de toutes celles de l'Orient .? Quant à saint Pierre, il y a deux questions à examiner. D'abord, comme chef et prince des Apôtres, il n'a pu être étranger à l'institution ou règlement des formes générales de Liturgie que ses frères allaient porter par tout l'univers. Du moment que nous admettons son pouvoir de chef, nous devons admettre, par là même, son influence principale, en ceci comme en tout le reste, et reconnaître, avec saint Isidore, que l'on doit faire remonter à saint Pierre, comme instituteur, tout ordre liturgique qui s'observe universelle-
I PARTIE CHAPITRE III
Conséquences
de
cette doctrine
relativement
aux Liturgies
dites apostoliques.
Saint Pierre,
chef ♦ des Apôtres, instituteur de
tout Tordre liturgique universel et de la Liturgie particulière de l'Église romaine.
ment.
INSTITUTIONS mcnt dans toute TÉglise (i). En second lieu, quant à la LITURGIQUES j^-^^^g'^ papticulière de TÉglise de Rome, sans s'arrêter à donner ici des autorités que la suite de la discussion amènera plus loin, le seul bon sens nous apprend que cet apôtre n'a pu habiter Rome durant de si longues années, sans s'occuper d'un objet si important, sans établir, dans la langue latine, et pour le service de cette Église qu'il faisait par son libre choix mère et maîtresse de toutes les autres, une forme qui, eu égard aux variantes que nécessitait la différence des mœurs, du génie et des habitudes, valût au moins celles qu'il avait établies et pratiquées à Jérusalem, à Antioche, dans le Pont et la Galatie. La formation Admettons tant qu'on voudra que cette formation de la la Lkurgie Liturgie par les Apôtres a dû, comme toutes les grandes ^^\lll^pUQ^^ choses, s'accomplir progressivement ; que l'ensemble des progressive- -^ ^^ saint sacrifice et des sacrements ne se sera pas complété dès le jour même de la Pentecôte : le Nouveau Testament lui-même n'a-t-il pas été formé successivement ? De l'apparition de l'Évangile de saint Matthieu à la publication de l'Évangile de saint Jean, cinquante années ne se sont-elles pas écoulées ? Accordons encore ceci, que les nécessités de l'instruction chrétienne devant naturellement absorber la plus grande partie des moments que les Apôtrès passaient dans les diverses Eglises, on se trouvait obligé d'abréger le temps destiné à la Liturgie, comme il arriva à Troade, où la fraction du pain, c'est-à-dire la célébration de l'Eucharistie, se trouva retardée jusqu'audelà du milieu de la nuit, par suite de la longueur des instructions que l'Apôtre reprit encore après la célébration des Mystères et continua jusqu'au lever du jour (2); mais du moment que la foi chrétienne avait pris racine
(i) Ordo missse vel orationum, quibus oblataDeo sacriticiaconsecrantur, primum à sancto Petro est institutus, cujus celebrationem uno eodemque modo universLis peragit orWs. {De Eccles., Officiis, lib. I, cap. xv.)
(2) Vid. la Note E.
. dans une ville et que les Apôtres avaient pu y établir un i partie
^ - . . , . CHAPITRE III
eveque, cies prêtres et des diacres, les lormes extérieures
acquéraient de Textension et le culte devenait nécessairement plus solennel. Ainsi saint Paul, dans sa première Epître aux Corinthiens (i), nous montre-t-il cette nouvelle Eglise déjà en possession des Mystères du corps et du sang du Seigneur; mais il ne croit pas avoir accompli tous ses devoirs à son égard, s^il ne la visite encore, s'il ne dispose dans un ordre plus parfait, plus canonique, ce qui concerne les choses saintes. Tel est le sens que les saints docteurs ont constamment donné à ces paroles qui terminent le passage de cette épître où il est parlé de TEucharistie : Cœtera cinn venero disponam. Saint Jérôme, dans son commentaire succinct sur ce passage, s'explique ainsi : Cœtera de ipsius Mysterii Sacramento. Saint Augustin développe davantage cette pensée dans sa lettre ad Janiia^ riiim (2) : « Ces paroles, dit-il, donnent à entendre que, « de même qu'il avait dans cette épître fait allusion aux « usages de TÉglise universelle (sur la matière et l'essence « du sacrifice), il établit ensuite lui-même (àCorinthe) ces « rites dont la diversité des mœurs n'a point arrêté l'uni- « versalité. »
Mais, afin de préciser davantage la vérité de fait sur Rites cette matière et appuyer nos observations sur des données ^à^\a^T?tuiïi^^ positives, nous allons essayer de produire quelques traits apostolique. de l'ensemble de la Liturgie primitive. Nous en puiserons les notions dans les Actes et les Epîtres des Apôtres, et aussi dans les témoignages de la tradition des cinq premiers siècles, où ces usages figurent comme remontant à l'origine même du Christianisme, en même temps qu'ils
(i) I Cor., XI, 34.
(2) Cœtera autem cum venero ordinabo. Undè intelligi datur, quia multum erat ut in epistolâ totum illum agendi ordinem insinuaret quem universa per orbemservat ecclesia,abipso ordinatum esse quod nullâ morum diversitate variatur. (S. Augustin. Opp., tom. II, pag. 127.)
ÔO
Dans
le sacrifice
eucharistique
ou Fraction
du pain,
INSTITUTIONS v offrciit uYiQ îdéc de ces rites généraux qui, par leur géné-
LITURGIQUES ,.,a i» v / ^T '^1
ralité même, doivent être censés apostoliques, suivant la
règle de saint Augustin que nous avons citée, et que ce grand docteur exprime encore ailleurs d'une manière non moins précise (i).
Commençons par le sacrifice eucharistique. Nul doute que tout ce qui le concerne ne soit à la tête des prescriptions liturgiques. La Fraction du Pain paraît dès la première page des Actes des Apôtres (2), et saint Paul, dans la première Épître aux Corinthiens, enseigne quelle est la valeur liturgique de cet acte (3). Mais le culte et Famour que les saints Apôtres portaient à celui avec lequel cette Fraction du Pain les mettait en rapport, les obligeait, suivant l'éloquente remarque de saint Proclus de Constantinople, de l'environner d'un ensemble de rites et de prières sacrées qui ne pouvait s'accomplir que dans un temps assez long (4) : et ce saint évêque ne fait que suivre en cela le sentiment de son glorieux prédécesseur, saint le choix du lieu, J^^i^ Ghrysostome (5). D'abord cette célébration, autant qu'il était possible, avait lieu dans une salle décente et ornée ; car le Sauveur l'avait pratiquée ainsi, à la dernière cène, cœnaculum grande^ stratum (6). Quelquefois des
les lumières, lampes nombreuses y suppléaient à la lumière du jour (7). On doit comprendre que la Fraction du Pain célébrée chez Gamaliel, à Jérusalem, ou à Rome, chez le sénateur Pudens, devait s'y accomplir avec plus de pompe que
(i) Sunt multa quae universa tenet ecclesia et ob hoc ab apostolis prœcepta benè creduntur. [De Baptismo, lib. V, cap. xxiii.)
(2) Act., II, 46.
(3) I Cor., X, 16.
(4) Vid. la Note F.
(b)Guni sacras illascœnas accipiebantapostoli,quidtùm faciebant? nonne in preces convertebantur et hymnos ? nonne in sanctas vigilias? nonne in longam illam. doctrinam et multae philosophiae plenam? (//o?n/7. XXF// in 1 ad Cor.)
(6) Luc, XXII, 12. ■
(7) Act., XX, 8.
AU TEMPS DES APOTRES 3l
lorsqu'elle avait lieu dans la maison de Simon le cor- ^ partie
^ CHAPITRE III
royeur(i).
Le lieu de la célébration était remarquable par un autel : l'autel, ce n'était déjà plus une table. Saint Paul le dit avec emphase : Allare habemus^ « nous avons un autel, et les c( ministres du tabernacle n'ont point droit d'y partice ciper (2). «Autour de cet autel étaient rangés, dès l'origine de l'Église, suivant les traditions du ciel dévoilées par saint Jean, dans l'Apocalypse (3), d'abord, en face, l'apôtre ou l'évêque qui tenait sa place, comme celui-là la disposition
^ ^ ^ -1 r 7 j^gg sièges
tenait celle du Père céleste : à droite et à ffauche du siéffe, ^^s membres de
^ ; . . ^ *^ la hiérarchie,
les prêtres figurant les vingt-quatre vieillards ;' près de l'autel, les diacres et autres ministres, en mémoire des anges qui assistent aussi dans l'attitude de serviteurs près de l'autel sur lequel se tient, dans les cieux, l'Agneau comme immolé [/[). Tout le monde sait que cette disposition des sièges, dans l'abside de l'Église chrétienne, s'observe encore en Orient, et que si, en Occident, elle est presque partout tombée en désuétude, Rome en a gardé la tradition dans la disposition du chœur de plusieurs de ses anciennes églises ; on la suit exactement aux jours où le Pape célèbre, ou assiste pontificalement, dans quelqu'une des Basiliques Patriarcales.
Les fidèles réunis ainsi dans le lieu du Sacrifice, que fai- ^^ lecture des
. . Epitres
sait le Pontife, à l'époque apostolique ? Comme aujourd'hui, des Apôtres
f et de l'h-vangile
il présidait d'abord à la lecture des Épîtres des Apôtres, à la récitation de quelque passage du saint Évangile, ce qui a dès l'origine formé la Messe des Catéchumènes ; et il ne faut pas chercher d'autres instituteurs de cet usage que les
(i) On peut voir au premier volume des Origines de l'Église romaine, page 273, quelques détails sur la pompe du culte à l'âge des persécutions. Ils seront confirmés et enrichis de nouvelles particularités dans les volumes suivants.
(2) Hebr., xiii, 10. -
(3) Apoc, IV.
(4) Apoc, V, 6. .
INSTITUTIONS Apôtrcs eux-mêmes. Saint Paul dit aux Colossiens :
LITURGIQUES ^ t^ a • / • ' ' 1
■ « Lorsque cette Epitre que je vous écris, aura ete lue
« parmi vous, ayez soin qu^elle soit lue dans Téglise de « Laodicée, et lisez ensuite vous-mêmes celle qui - est « adressée aux Laodiciens (i). » A la fin de la première Épître aux Thessaloniciens, ce même Apôtre ajoitfe : « Je « vous adjure par le Seigneur, que cette Épître soit lue à c( tous les frères saints (2). « Cette injonction apostolique eut force de loi tout d'abord, car dans la première moitié du second siècle, le grand apologiste saint Justin atteste la fidélité avec laquelle on la suivait, dans la description qu^il a donnée de la Messe de son temps (3). Tertullien (4) et saint Cyprien (5) confirment son témoignage. Voilà pour rÉpître.
Quant à la lecture de PÉvangile, Eusèbe (6) nous apprend que le récit des actions du Sauveur écrit par saint Marc fut approuvé par saint Pierre pour être lu dans les Églises : et saint Paul fait, peut-être, allusion à ce même usage, lorsque, désignant saint Luc, le fidèle compagnon de ses pèlerinages apostoliques, il le nomme ce frère devenu célèbre, par rÉvangile, dans toutes les Eglises (7).
le Le salut au peuple par ces paroles : Le Seigneur
salut au peuple, .. , . ,. ,, . 1 • t-.
soit avec vous^ était en usage des 1 ancienne loi. Booz Tadresse à ses moissonneurs (8) ; et un prophète à Asa, roi de Juda (9). Ecce ego vobiscuin swn, dit le Christ à son Église (10). Aussi TÉglise tient-elle cette coutume des Apôtres, comme le prouve Tuniformité de cette pratique dans les anciennes Liturgies d'Orient et d'Occident,
(i) Col., IV, 16. — (2) I Thess., v, 27. — (3) Commentaria Apostolorum, scriptaProphetarum, quoad tempus fert, leguntur. (S. Justin. Apolog.Il.) (4) Apologet., cap. xxxiv. -- (5) Epist. XXXIII et XXXIV. — (6) Hist. Eccles., lib. II, cap. xv. — (7) Cujus laus est in Evangelio per omnes eccle-3 sias. (II Cor. viii.) — (8) Ruth, 11. — (9) II ParaL, xv. — (10) Matth.^| xxviii, 20.
comme renseigne expressément le premier Concile de Brague (i).
La Collecte^ forme de prière qui résume les vœux de rassemblée, avant même Toblation du sacrifice, appartient aussi à rinstitution primitive. Saint Augustin l'enseigne dans un passage que nous citerons plus loin : Taccord de toutes les Liturgies le démontre également. La conclusion de cette oraison et de toutes les autres par ces mots : Dans les siècles des siècles^ est universelle, dès les premiers jours de TÉglise. Saint Irénée, au second siècle, nous apprend que les Valentiniens en abusaient pour accréditer leur système des Eones (2). Quant à la coutume de répondre Amen^ personne, sans doute, ne s'étonnera que nous la fassions remonter aux temps apostoliques. Saint Paul lui-même y fait allusion, dans sa première Epître aux Corinthiens (3).
Dans la préparation de la matière du Sacrifice, a lieu le mélange de Teau avec le vin qui doit être consacré. Cet usage d'un si profond symbolisme, saint Cyprien nous enseigne à le faire remonter jusqu'à la tradition même du Seigneur (4). Les encensements qui accompagnent Toblation ont été reconnus pour être d'institution apostolique, par le Concile de Trente, cité plus haut.
Le même saint Cyprien nous apprend que, dès le berceau de l'Église, V Action du Sacrifice était précédée d'une Préface ; que le prêtre criait Sursum corda : à quoi le
I PARTIE CHAPITRE III
la Collecte, sa
conclusion
et la réponse
Amen,
Fusage de
mélanger
l'eau avec le vin
dans
la préparation
du sacrifice
et les
encensements
sur les
oblations,
la Préface,
(i) Placuit ut non aliter episcopi, et aliter presbyteri populum, sed uno modo salutent, dicentes: Dominas vobiscum, sicut in libro Ruth legitur, et ut respondeatur a populo i-Ef cum spiritù tuo: sicut et ab ipsis apostolis traditum omnis retinetOriens, et non sicut Priscilliana pravitasimmutavit. [Concil. Braccaren., can. xxi.)
(2) Adv. Hœres., lib. I, cap. i.
(3) I Cor., XIV.
(4) Admonitos autem nos scias ut in calice offerendo Dominica traditio servetur.... qua in parte invenimus calicem mixtum fuisse quem Dominus obtulit. [Epist. LXIII, pag. 27G et seq.)
iN^sTiTUTioNs peuplc répondait : Hahemus ad Domininn (i). Et saint
LITURGIQUES r r JT i ' T 1 /
" ■ Cyrille, parlant aux catéchumènes de lEglise de Jérusalem, cette Église de fondation apostolique, s'il en fut jamais, leur explique cette autre acclamation qui retentit aussi dans nos Basiliques d'Occident : Grattas agamiis Domino Deo nostro ! Digmum et justum est (2) ! le Trisagion Vient ensuite le Trisagion : Sanctiis, Sanctus, Sanctus
emprunté ,, . t • n t i
à isaie et à Domïmis ! Isaïe, sous lancienne Loi, 1 entendit chanter au po c^yp , ^.^^ ^^ trône de Jéhovah ; sous la nouvelle, le prophète de Pathmos le répéta tel qu'il l'avait ouï résonner auprès de l'autel de l'Agneau. Ce cri d'amour et d'admiration révélé à la terre, devait trouver un écho dans l'Eglise chrétienne. Toutes les Liturgies le connaissent, et l'on peut assurer que le Sacrifice eucharistique ne s'est jamais offert sans qu'il ait été proféré, le Canon de la Le Ganon s'ouvre ensuite, et qui osera ne pas recon-
Messe '
naître son origine apostolique ? Les fondateurs des Eglises pouvaient-ils laisser flottante et arbitraire cette partie principale de la Liturgie sacrée ? S'ils ont réglé tant de choses secondaires, avec quel soin n'auront-ils pas déterminé les paroles et les rites du plus redoutable et du plus fondamental de tous les mystères chrétiens ? « C'est de la c( tradition apostolique, dit le Pape Vigile, dans sa lettre c( à Profuturus de Brague, que nous avons reçu le texte de la prière canonique (3). »
les dfff^^ t C'est cette même prière canonique que saint Paul a en
formes
(i) Ideo sacerdos, ante orationem, praefatione praemissa, parât fratrum mentes dicendo : Sursum corda, ut dum respondet plebs : Habemus ad Dominum, admoneatur nihil aliud se quam Dominum cogitare debere. [De Orat. Domîn., pag. 107.)
(2) Deinde dicit sacerdos: Gr^^/(3S a^i3mM5 Z)ommo; certe gratias agere debemus.... ad haec vos subjicitis : Dignum et justum est! etc. (Cateches. Mystagog. V.)
(3) Quapropter et ipsiusCanonicae précis textum direximussubter adjectum, quam Deo propitio ex apostolica traditione accepimus. (Vigil. cid Profutunim Braccarensem. Labbc, tom. V, pag. 3i3.)
vue, quand, dans sa première Epître à Timothée, parlant i partie
' ^ ^ ^ ^ ^ ... CHAPITRE III
des prières solennelles à adresser à Dieu, il distingue les ^ '
Obséa^ations^ les Oraisons, les Postulations, les Actions de prières que
, A / N TT • • 1 -l'A • saint Paul
de grâces (i). Voici le commentaire de saint Augustin sur et
ce passage : «Mon avis est qu^il faut entendre ces paroles ^y^signafent,^^ « de Pusage suivi dans toute ou presque toute FEglise, « savoir : les supplications (precationes)^ c^est-à-dire celles « que dans la célébration des mystères nous adressons « avant même de commencer à bénir ce qui est sur la « Table du Seigneur ; les prières (orationes)^ c'est-à-dire « tout ce qui se dit lorsqu'on bénit et sanctifie, lorsque « Ton rompt pour distribuer, et cette partie se conclut par « rOraison dominicale, dans presque toute FEglise ; les « interpellations (interpellationes)^ ou comme portent nos « exemplaires, les postulations (j[?05/^z//(3^zo;^e59, qui ont lieu « quand on bénit le peuple : car alors les Pontifes, en leur « qualité d'avocats, présentent leurs clients à la très-misé- « ricordieuse bonté ; enfin, lorsque tout est terminé et « qu'on a participé à un si grand Sacrement, l'Action de « grâces (Gratiariim aclio) conclut toutes choses (2). » Après la divine consécration, les dons sanctifiés reposant l'Oraison
1, , -v 7« 1 1 • T • /o\ dominicale
sur 1 autel, cette prière prolixe dont parle saint Justin (3), chantée vers la et par laquelle il désigne le Canon, touchant à sa fin, du Canon. l'Oraison dominicale est prononcée avec une confiance solennelle ; car dit saint Jérôme : « C'est d'après l'ensei- « gnement du Christ lui-même, que les Apôtres ont osé « dire chaque jour avec foi, en offrant le sacrifice de son « corps: Notre Père qui êtes aux cieux (4). »
(i) Obsecro igitur primum omnium fieri obsecrationes, orationes, postulationes, gratiarumactionespro omnibus hominibus, etc. (I Tim., ii, i.)
(2) Vid. la Note G.
(3) Apolog. I, no 65, pag. 82.
(4) Sic docuit Ghristus apostolos suos, ut quotidieincorporis illius sacrificio credentes audeant dicere: Pater noster, qui es in cc^Xis. {Adv.Pelag. lib I, cap. xviii.)
INSTITUTIONS Lc Sacoficateur procède ensuite à la Fraction de LITURGIQUES j, j^^^^^'^^ ^^^ ^^^j "j gg Diontre rimitateur, non-seulement des
— / i la Fraction de Apôtres (i), mais du Christ lui-même, qui prit le pain, le
l'Hostie, ^^^.^ ^^ j^ ro77îpit avant de le distribuer (2).
le baiser de Mais, avant de communier à 4a victime de charité,
P^'^' tous doivent se saluer dans le saint baiser (3). « L'invita-
« tion de TApôtre, dit Origène, a' produit, dans les Églises,
« Tusage qu'ont les frères de se donner le baiser, lorsque
« la prière est arrivée à sa fin (4). »
Voilà donc certifiée Torigine apostolique des rites principaux du sacrifice, tels qu'ils se pratiquent dans toutes les Églises. Notre plan ne nous permet pas ici de traiter plus en détail cette matière : nous ajouterons seulement quelques mots, pour achever de donner une idée de la Liturgie, au siècle des Apôtres.
Dans D'abord, pour ce qui regarde l'administration des Sacre-
l'admini^s^tration j^g^ts, nous y découvrons de suite la matière non-seulement Sao-ements présumée, mais entièrement certaine, d'un grand nombre nombreux sont de prescriptions apostoliques. Les cérémonies principales
d'institution ^ ^ ^ «ni-'J!
apostolique, qui précèdent, accompagnent et suivent 1 application de la matière et de la forme essentielles ; comme, dans le Baptême, les insufflations, les exorcismes, l'imposition des mains, la tradition du sel, les onctions, avec les formules qui y sont jointes, tous ces rites dont l'origine se perd dans les ombres de la première antiquité, ne peuvent avoir d'autres auteurs que les Apôtres eux-mêmes. L'Eglise l'enseigne, les anciens Pères l'attestent, la raison même le démontre ; car, autrement, comment expliquer l'universalité de ces rites ? Il faut donc admettre nécessairement
(i) I Cor., X, 16.
(2) Matth., XXVI, 26; Marc, XIV, 22; Luc, xxii, 19.
(3) Rom., XVI, 16; I Cor., xvi, 2o;TI Cor., xiii, 12; I Thess.,v, 26; I Petr.^ V, 14.
(4) Ex hoc sermone mos ecclesiis traditus est ut post orationes, osculo invicem se recipiant fratres. (Origen. in Epist. ad Rom,, cap. xvi.)
I PARTIE CHAPITRE III
un Rituel apostolique^ écrit ou traditionnel, peu importe, renfermant le détail de ces augustes pratiques, avec les formules de prière ou de confession qui les accompagnent : ainsi, pour le Baptême, les insufflations, les exorcismes et impositions de mains, les onctions, les habits blancs ; pour la Confirmation, le Chrême, avec la manière de le consacrer, rimposition des mains qui diffère dans Tintention et dans les formules de celle qui se fait sur les catéchumènes, de celle qui réconcilie les pénitents, et de celle qui, dans le sacrem.ent de l'Ordre, enfante à PÉglise des évêques, des prêtres et des diacres, etc. Il suffit d'indiquer ici ces points de vue généraux, le lecteur peut suppléer aisément.
Nous ferons seulement remarquer ici que, comme PÉglise Les Apôtres n'exerce pas seulement le pouvoir des Sacrements, mais laissé des
enseîsnernen ts
aussi celui des Sacramentaux^ par la vertu de bénédiction sur la qui est en elle, les Apôtres, de qui elle a tout reçu, n'ont Sacramentaux. pu manquer d'exercer ce droit de sanctifier toute créature pour la faire servir au bien spirituel et temporel des enfants de Dieu, et ont dû, par conséquent, laisser sur cette matière des enseignements et une pratique qui complètent cet ensemble rituel dont nous venons de parler. Il n'yaurait ni orthodoxie, ni logique, à contester cette évidente conséquence qui ne peut déplaire qu'à ces novateurs qui parlent sans cesse de l'antiquité, et la déclinent ensuite lorsqu'on vient à les confronter avec elle.
Parlerons-nous maintenant des habits sacrés ? Comment Les habits les Apôtres de la Loi nouvelle, de cette loi qui ne détruisait ont Ta^^même le symbolisme vide de l'ancienne que pour y substituer un ongme. symbolisme plein de réalité, eussent-ils emprunté aux rites mosaïques les onctions, le mélange de parfums qui forme le Chrême, les encensements et tant d'autres choses, et négligé la sainteté et la majesté des vêtemens sacerdotaux ; détail si important, que Dieu lui-même, sur le Sinaï, l'avait minutieusement fixé pour les ministres du premier Tabernacle ? La tunique de lin que portait saint Jacques à Jéru-
INSTITUTIONS salciTi (i), ct \di IsiVciQ d'or dont saint Jean ceignait son front,
LITURGIQUES ^ . , ai • ^ ■> '
à Ephèse (2), attestent que ces pécheurs savaient s'environner de quelque pompe dans la célébration de leurs mystères. Nous ne citerons ici que ce seul trait ; le témoignage de saint Denys TAréopagite, dans sa Hiérarchie ecclésiastique^ éclaircirait grandement cette matière ; mais nous nous interdirons les inductions tirées de cet auteur, jusqu'à ce que nous ayons ailleurs justifié l'autorité des écrits qu'on lui attribue.
Fêtes établies Parlerons-nous des fêtes établies par les Apôtres ? Saint les Apôtres. Augustin énumère celles de la Passion, de la Résurrection, de l'Ascension de Jésus-Christ et celle de la Pentecôte (3). Nous démontrerons ailleurs l'origine apostolique de plusieurs autres. Nous voulons seulement, dans ce chapitre, tracer les premières lignes et fixer le point de départ de la Liturgie chrétienne ; nous ne pousserons donc pas plus loin dans cet endroit ces observations de détail, dont l'occasion se présentera de nouveau. Nous placerons seulement ici , en finissant , quelques remarques fondamentales.
Extension 1° La Liturgie établie par les Apôtres a dû contenir
nécessaire de la . ^ ...
Liturgie nécessairement tout ce qui était essentiel à la célébration
apostolique. o • ' • ... o
du Sacrifice chrétien, à l'administration des Sacrements, tant sous le rapport des formes essentielles que sous celui des rites exigés par la décence des mystères, à l'exercice du pouvoir de Sanctification et de Bénédiction que l'Eglise tient du Christ par les mêmes Apôtres, à l'établissement
(i) Euseb., Hist. Eccles., lib. IV, cap. viii.
(2) Ibid., lib. V, cap. xxiv.
(3) Illa autem quae non scripta sed tradita custodimus, quae quidem toto terrarum orbe servantur, datur intelligi vel ab ipsis apostolis, vel plenariis conciliis, quorum est in Ecclesia saluberrima auctoritas,commendata atque statuta retineri, sicuti quod Domini Passio et Resurrectio etAdscensio in cœlum, et Adventus de cœlo Spiritus Sancti, anniversaria solemnitate celebrentur, et si quid aliud taie occurrit quod servatur ab universa quacumque se diffundit Ecclesia. [Epist.ad Januar. Opp., tom. II, pag. 124.)
d'une forme de Psalmodie et de Prière publique: enfin, ce i partie