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DE LA LITURGIE DURANT LES TROIS PREMIERS SIECLES

DE l'Église

Ce chapitre n'est, pour ainsi parler, que la continuation du précédent ; car si, plus haut, nous avons cherché àpt*ouver Torigine apostolique d'un certain nombre de rites et de cérémonies, nous retrouvons encore dans les institutions liturgiques des trois siècles primitifs, non-seulement l'influence des Apôtres, mais l'expression directe de leurs volontés, dans l'établissement de cette partie si essentielle de l'ensemble du Christianisme. Néanmoins nous avons cru, comme tout le monde, apercevoir un fondement suffisant à cette distinction de l'époque primitive en deux âges, dont l'un se prend depuis l'origine de la prédication des Apôtres jusqu'au moment où le dernier d'entre eux disparaît, c'està-dire vers l'an loo, époque de la mort de saint Jean ; et dont l'autre embrasse toute la période qui s'est écoulée depuis la publication de l'Evangile jusqu'à la conversion des empereurs et la délivrance extérieure du Christianisme.

Il' On peut dire que, durant les trois premiers siècles, l'élément liturgique, s'il est permis de s'exprimer ainsi, était dans toute sa vigueur et extension ; car la Confession^ la Louange et la Prière embrassaient l'existence tout entière des Chrétiens de ce temps. Arrachés aux mystères profanes du paganisme, les néophytes sentaient avec bonheur la religion se développer en eux, et pendant que l' Esprit-Saint

Dans cette période les institutions liturgiques sont encore l'expression directe de la volonté des Apôtres.

L'élément liturgique est

alors

dans toute sa

vigueur.

INSTITUTIONS crcait en eux des cœurs nouveaux, leur bouche inspirée

faisait entendre des chants d enthousiasme, inconnus jusqu'alors. Aussi, voyons-nous que TApôtre, parlant aux L'Apôtre fidèles de son temps, les engage, non-seulement à prier, mais fidèles à chanter à chanter, comme à une fête continuelle : « Ne vous enivrez

comme à une . #11 1 t -i

fête continuelle. « pas avec le Vin, source de luxure, leur dit-il, mais remc( plissez-vous de TEsprit-Saint, vous entretenant dans les « psaumes, les hymnes, les cantiques spirituels, chantant et « psalmodiant au Seigneur, dans vos cœurs (i). »

Et encore : « Que la paix du Christ tressaille dans vos

« cœurs ; que le Verbe du Christ habite en vous en toute

« sagesse; et vous-mêmes, instruisez-vous et exhortez-vous

« mutuellement dans les psaumes, les hymnes et les canti-

« ques spirituels, chantant à Dieu dans vos cœurs, par sa

« grâce (2). y>

Ferveur Dans les écrits des Pères de cette époque primitive, dans

chrétlenT^^ les Actes dcs Martyrs, nous voyons, en effet, les Chrétiens

louanee'divine occupés à la psalmodie, à la célébration des louanges

sous ^ divines, presque sans relâche, et cela, sous des formes

des formes et a ' -i^ ^ ' '

des heures non point va^ues et arbitraires, mais précises et détermi-

precises ^ ^ - , ^

et déterminées, nées ; noii à des moments vagues et capricieux, mais à des heures précises et mystérieuses, que Pinstitution apostolique avait fixées : ce qui est le caractère de la Liturgie proprement dite.

^ î^es Si nous ouvrons les Constitutions apostoliques, recueil

Constitutions ... r 1 ^

apostoliques liturffique important, dont les critiques les moins prévenus

distmguent les ^ . , .

ne font aucune difficulté de placer la compilation à la fin

(i) Nolite inebriari vino in quo est luxuria : sed implemini Spiritu sancto, loquentes vobismetipsis in psalmis, et hymnis, et canticis spiritualibus, cantantes et psallentes in cordibus vestris Domino. (Eph., V, 18-19.)

(2) Et pax Christi exultet in cordibus vestris in qua et vocati estis in uno corpore : et grati estote.Verbum Christi habitet in vobis abundanter, in omni sapientia, docentes et commonentes vosmetipsos in psalmis, hymnis et canticis spiritualibus, in gratia cantantes in cordibus vestris Deo. (Col., III, i5-i6.)

I PARTIE CHAPITRE IV

du deuxième, ou au plus tard durant le cours du troisième siècle, nous y lisons ces paroles :

« Faites les prières, le Matin, à Theure de Tierce, de heures de la « Sexte, de None, au Soir et au Chant dû Coq. Le Matin, canonLie. « pour rendre grâces de ce que le Seigneur, ayant chassé la « nuit et amené le jour, nous a illuminés ; à Theure de « Tierce, parce que c^est celle à laquelle le Seigneur reçut « de Pilate sa condamnation ; à l'heure de Sexte, parce a que c'est celle à laquelle il fut crucifié ; à Theure de None, « parce que c'est celle à laquelle la nature est émue, dans « rhorreur qu'elle éprouve de l'audace des Juifs, et ne peut « plus supporter l'outrage fait par eux au Seigneur crucifié ; « au Soir, pour rendre grâces à Dieu de ce qu'il nous « donne la nuit pour nous reposer des travaux du jour; au « Chant du Coq, parce que c'est l'heure qui annonce « l'arrivée du jour, durant lequel nous devons faire les « œuvres de la lumière. Si, à cause des infidèles, il est « impossible de se rendre à l'église, Evêque, vous ferez la « congrégation dans quelque maison particulière (i). »

Mais cette discipline n'était pas seulement celle de l'Orient, Les Pères latins à laquelle semblent appartenir principalement les Consti- cette discipline luttons apostoliques ; les Pères latins du même âge nous attestent la même chose pour l'Occident. « Puisque, dit « TertuUien, nous lisons dans le Commentaire de Luc (les « Actes des Apôtres)^ que l'heure de Tierce est cette heure « de prière à laquelle les Apôtres, initiés par l'Esprit-Saint, « furent regardés comme ivres par les Juifs ; que l'heure de « Sexte est celle à laquelle Pierre monta à l'étage supé- « rieur; que l'heure de None est celle à laquelle il entra « avec Jean au Temple ; ne voyons-nous pas dans ceci, à « part ce qui nous est dit ailleurs de prier en tout temps et « en tout lieu, que ces trois heures si remarquables dans « les choses humaines, et qui, sans cesse rappelées, servent

pour l'Occident.

TertuUien.

(i) Vid. la Note A.

INSTITUTIONS « à diviscF le jour, à partager les travaux, ont dû aussi occu- LiTURGiQUEs ^^ ^^^ ^^ ^^^^ ^j^^ soleimel dans les prières divines (i) ? »

Plus loin, il se sert du mot Offichim^ pour désigner les prières ecclésiastiques faites à ces heures : Sexta diei hora jiniri Officio hiiic possit (2).

Saint Cyprien. Saint CypHen rend aussi un témoignage formel à cet usage des Heures canoniales, lorsqu'il dit dans son beau traité de VOraison dominicale : « Nous trouvons, au sujet de la « prière solennelle, que Daniel et ses trois enfants, forts « dans la foi et vainqueurs dans la captivité, ont observé « la Troisième, la Sixième et la Neuvième heure, marquant c( par là le mystère de la Trinité, qui devait être manifesté c( dans les derniers temps. En effet, la première heure arri- « vant à la troisième, consomme le nombre de la Trinité ; c< la quatrième heure venant à la sixième, manifeste une « autre fois la Trinité ; et quand, par l'accession de trois « autres heures, on passe delà septième à la neuvième, ces « trois ternaires expriment aussi parfaitement la Trinité. « Les adorateurs du vrai Dieu se livrant à la prière à ce des temps fixes et déterminés, dénonçaient déjà spirituelce lement le mystère figuré par ces intervalles d'heures, ce mystère qui devait être plus tard manifesté. Ce fut en ce effet à l'heure de Tierce que descendit sur les disciples ce l'Esprit-Saint, qui les remplit de la grâce que le Seigneur ce avait promise. Pierre, à l'heure de Sexte, montant sur ce le toit de la maison, apprit par un signe, et en même ce temps par la voix de Dieu, qu'il devait admettre tous le s

(i) Porro, cum in eodem commentario Lucae, et tertia hora orationis demonstretur, sub qua Spiritu sancto initiati, pro ebriis habebantur ; et sexta, qua Petrus ascendit in superiora ; et nona, qua templum sunt introgressi, cur non intelligamus salva plane indifferentia semper et ubique et omni tempore orandi, tamen très istas horas, ut insigniores in rébus humanis quae diem distribuunt, quae negotia distinguunt, quae publiée résonant, ita et solemniores fuisse in orationibus divinis. (Tertullian.^ de Jejuniis, cap. x.)

(2) Ibidem.

« hommes à la ffrâce du salut, au moment même où il i partie

/ V CHAPITRE IV

« doutait s'il purifierait les Gentils. Le Seigneur crucifié à

« cette même heure de Sexte, a lavé nos péchés dans son « sang, à riieure de None, complétant sa victoire par ses « souffrances, afin de nous pouvoir à la fois racheter et « vivifier. Mais pour nous, mes frères chéris, au-delà des « heures observées aux temps anciens pour la prière, de « nouvelles nous ont été assignées, en même temps que de « nouveaux mystères. Car il nous faut prier le Matin, afin « de célébrer la résurrection du Seigneur par une oraison « matutinale : c'est ce que TEsprit-Saint désignait autrefois « dans les psaumes, disant : Rex meus et Deus meus, quo- « nïam ad te orabo^ Domine: mane exaudiesvocemmeam: « mane assistam tibi et contemplabor te. Et par le Pro- « phète, le Seigneur dit encore : Diluculo vigilabunt ad « me dicentes : Eamus et revertamur ad Dominum Deum « nostrum. Quand le soleil se retire, et que le jour cesse, ij « nous faut encore prier ; car le Christ est le vrai soleil, le « vrai jour, et lorsqu'au moment où le jour et le soleil de ce « monde disparaissent, nous prions et demandons que la « lumière revienne de nouveau sur nous, c'est l'avènement c( du Christ que nous demandons, du Christ qui nous donce nera la grâce de l'éternelle lumière (i). » Pour célébrer ainsi les louanges de Dieu, les Chrétiens se L'heure qui

, . . , , . précédait

réunissaient aux heures que nous venons de marquer; mais le lever du jour

c'était principalement à celle qui précédait le lever de la momenT ^de lumière. Ils veillaient dans la psalmodie, et, tournés vers pnere.

l'Orient, ils se tenaient prêts à saluer de leurs chants le divin Soleil de justice, dont le soleil visible a toujours été l'image dans les monuments de la Liturgie universelle.

Dès l'an 104, Pline le jeune, écrivant à Trajan pour le Témoignage

consulter sur la conduite à tenir à l'égard des Chrétiens, pnne-fe^jeu atteste que les réunions religieuses de cette nouvelle secte

(i) Vid. la note B.

ne.

INSTITUTIONS avaicnt lieu avant le lever du jour, et qu^on y chantait des

• hymnes au Christ comme à un Dieu (i). Tertullien appelle

fréquemment les assemblées des Chrétiens : Antelucani

cœtus. Toutefois on les tenait aussi à d'autres heures; car

saint Cyprien atteste que Ton faisait TofFrande eucharistique

dans Taprès-midi aussi bien que le matin, quoiqu'il estime

meilleur de la faire le matin (2).

Fêtes observées Les jours de fête observés durant les trois premiers

les temps siècles, étaient, outre la Commémoration de la Passion, de

apos 0 iques. ^^ Résurrection et de l'Ascension de Jésus-Christ, et la

Descente du Saint-Esprit, jours que nous avons mentionnés

dans le chapitre précédent : la Nativité du Sauveur, le

vingt-cinquième jour du neuvième mois, et son Epiphanie,

le sixième jour du dixième mois (3) ; à quoi il faut ajouter

Soin avec Panniversaire du trépas glorieux des Martyrs. On notait

'^ceïébraft^ie^^ ^^^^ ^^ P^^^ grand soin le jour auquel ils avaient souffert,

your natal dQs ^^ ^^ jq^p devenait annuellement un jour de fête et de

Martyrs. ' ^ ^ ^ ' ^

réunion religieuse, auquel on offrait des oblations et des sacrifices, ainsi que l'atteste très-clairement saint Cyprien (4) .

(i) Affirmabant autem hanc fuisse summam vel culpae suae vel erroris, quod essent soliti stato die ante lucem convenire, carmenque Christo, quasi Deo, dicere secum invicem. (C. Plinii Secundi Bithyniœ Proprœtoris ad Trajan. Relatio).

(2) S. Cyprian. Epist. LXIII.

(3) Dies festos observate, fratres ; ac primum quidem diem Domini Natalem , qui a vobis celebretur vigesima quinta noni mensis. Post hune diem, dies Epiphaniœ sit vobis maxime honorabilis, in quo Dominus nobis divinitatem suam patefecit ; is autem agatur sexta decimi mensis- (Constit. Apost.y lib. V, cap. xiii.)

(4) Denique et dies eorum quibus excedunt annotate, ut commemorationes eorum inter memorias martyrum celebrare possimus : quamquam TertuUus fidelissimus et devotissimus frater noster, pro caetera soUicitudine et cura sua quam fratribus in omni obsequio operationis impertit, qui nec illi circa curam corporum deest, scripserit et scribat, ac significet mihi dies quibus in carcere beati fratres nostri ad immortalitatem gloriosae mortis exitu transeunt. Et celebrentur* hic a nobis oblationes et sacrificia ob commemorationes eorum, quae citô vobiscum. Domino protegente,celebrabimus. (Epist. XII, y)^g. 188.)

Longtemps avant lui, PÉdise de Smyrne, dans sa mémo- i partie

or 7 O J 7 ^ CHAPITRE IV

rable lettre sur le martyre de son évêque saint Polycarpe, avait pratiqué cet usage, disant qu^elle espère, par le secours du Seigneur, célébrer annuellement le jour Natal de son martyre (i). On voit avec quel soin elle remarque nonseulement le mois, mais le jour, mais Theure de cette glorieuse confession (2). Ainsi le calendrier de FÉglise chrétienne allait s^enrichissant de jour en jour, au moyen des fêtes commémoratives des mystères du salut du monde, et aussi par l'accession des nouveaux triomphes remportés par ses enfants.

Les lieux de réunion étaient, dans les moments de perse- , Lieux

,^ . -^ de reunion des

cution, les Cimetières ou Catacombes dans lesquels repo- fidèles

. . ,, . . durant les

saient les Martyrs ; mais, dans les mtervalles de paix, ces premiers siècles. sombres asiles recevaient encore la prière des Chrétiens aux jours anniversaires de la mort des soldats du Christ (3). On s'assemblait également dans des maisons particulières, consacrées par leurs possesseurs au nouveau culte, comme à Rome, par exemple, la maison du sénateur Pudens. On peut voir, dans le dialogue de Lucien intitulé P^//c>/7a^r/^, que les salles dans lesquelles se réunissaient les fidèles étaient quelquefois somptueusement décorées (4). Mais les Chré-

(i) Quo etiam loci nobis ut fieri poterit congregatis, in exsultatione ac gaudio, praebebit Dominus natalem martyrii ejus diem cekbrare, tum in menmoriam eorum qui certamina pertulerunt, tum in venturorum hominum exercitafionem et alacritatem. (Epist. Ecoles, Smyrnens .,apud Ruinart, Acta sincera martyrum.)

(2) Martyrium autem passus est beatus Polycarpus Xanthici mensis ineuntis die secundo, ante septimum kalendas maias, magno sabbato, hora octava. (Ibidem.)

(3) Nous nous proposons de donner dans nos Origines de l'Église Romaine, aux tomes II et suivants, tout ce qui a rapport aux Catacombes et aux usages religieux auxquels les premiers Chrétiens les firent servir. Nous sommes contraint d'abréger considérablement cette histoire rapide de la Liturgie et de ses formes, et d'indiquer les notions plutôt que de les épuiser.

(4) On peut voir le passage de Lucien au premier volume de nos Origines de l'Eglise Romaine, page 273. Nous traitons à cet endroit cette

5o DE LA LITURGIE

INSTITUTIONS ticRs avaiciit aussi des temples proprement dits pour Fac-

• complissementde leurs pratiques liturgiques, busebe nous

apprend que les édits de Dioclétien portaient injonction de les détruire par tout Tempire : ils existaient donc. Bien plus, nous savons par Origène que Tun des effets de la persécution de Maximin, laquelle commença en 236, fut Pincendie des églises (i), que le même auteur dit ailleurs avoir dès lors existé dans toute l'étendue de TEmpire (2). Forme II serait impossible aujourd'hui d'assigner, d'une ma-

des sanctuaires .^ , . ^ r ^ • • ' ' r m r

primitifs. niere précise, la forme de ces sanctuaires primitifs. Saut certaines salles des Catacombes, ornées de peintures et de mosaïques, dont plusieurs remontent aux deuxième et troisième siècles, il n'est rien resté de ces lieux saints, témoins des assemblées religieuses des Chrétiens du premier âge ; mais on peut conjecturer, avec une apparence de raison, que les premiers temples qu'on éleva à la paix de l'Eglise, et dont la description si pompeuse est parvenue jusqu'à nous, durent s'élever sur le modèle de ceux qui les avaient précédés. La conversion des empereurs au Christianisme n'avait pu amener d'autres habitudes liturgiques, 4 et la forme qui semblait la meilleure pour ces édifices, sous Dioclétien et Galerius, devait certainement encore

importante question d'une manière assez spéciale; mais nous nous proposons de la suivre dans toute son étendue et dans tous ses détails dans les volumes suivants du même ouvrage.

(i) Scimus autem et apud nos terrae motum factum in locis quibusdam et factas fuisse quasdam ruinas, ita ut qui erant impii extra fidem, causarn terrae motus dicerent Ghristianos, propter quod et persecutiones passae sunt Ecclesiae et incensae sunt. (Origen., Tractât. XXVIII in Matthœum.)

(2) Olim quidem in uno Hierosolymae loco unum erat torcular ubi coacti preces emittebant, cujus meminit Esaias' his verbis : Et œdificavi turrim et protorcular fodi in illa. Turris vero templum significat, protorcular autem altare. Verum quoniam illa se destructurum comminatus est, et re vera destruxit, pro uno postea multa constituit torcularia, Ecclesias nempe per totum orbem conditas. (Origen., in PsaL, pag. 81. HexapL tom. I.) '

DURANT LES TROIS PREMIERS SIECLES DE l'ÉGLISE 5i

être convenable vinfft ans après, sous le règne de Cons- i partie

C> ^ ' «-^ CHAPITRE IV

tantin.

La munificence des empereurs enrichit et décora somp- opulence des tueusement les églises du quatrième siècle ; celles des siè- mêSe ^dans clés précédents n^avaient pas été négligées par les fidèles, persécutions. Non-seulement nous voyons qu^elles étaient dotées de revenus fixes, souvent enviés, tantôt par les proconsuls, tantôt par les clercs simoniaques ; mais d'incontestables monuments nous apprennent que les objets qui servaient au culte annonçaient une véritable opulence. Il suffit de se rappeler les Actes de saint Laurent , archidiacre de Rome(i), et aussi Tinventaire des meubles sacrés deTéglise de Carthage, tel qu'il est rapporté au procès-verbal d'une enquête faite par ordre des empereurs sur l'origine du schisme des Donatistes (2).

La pompe des cérémonies devait être aussi grandement , Pompe

^ ^ '^ ^ des cérémonies

rehaussée par la présence du nombreux clergé qui se réu- rehaussée nissait autour de 1 eveque dans les grandes villes. A Rome, nombreux par exemple, au temps du Pape saint Corneille, c'est-à-dire au milieu du troisième siècle, il n'y avait pas moins de quarante-six prêtres, sept diacres, sept sous-diacres, quarantedeux acolytes, et cinquante-deux tant exorcistes que lecteurs et portiers (3).

(i) Hune esse vestris orgiis

Moremque et artem proditum est, Hanc disciplinam fœderis Libent auro ut antistites.

Argenteis scyphis ferunt Fumare sacrum sanguinem.

Auroque nocturnis sacris Adstare fixos cereos.

(Prudent. Peristephanon, in S. Laurent.)

(2) Calices duo aurei, item calices sex argentei, urceola sex argentea, cucumellum argenteum, lucernas argenteas septem, cereofala duo^ candelas brèves aeneas cum lucernis suis septem, item lucernas œneas undecim cum catenis suis, etc. (Baluz., Miscellan., tom. II, pag. g3.)

(3) Ignorabat (Novatianus) unum episcopum esse oportere in Ecclesia

clergé.

Importance

de l'autel

et de la chaire

de FEvêque.

Le Sacrifice

offert chaque jour.

Lorsque la plupart de ces ministres entouraient Tautel, il devait sans doute paraître environné de quelque majesté: aussi voyons-nous saint Cyprien employer fréquemment ce terme d'<^///e/, comme nous ferions aujourd'hui : jusquelà que, parlant de la consécration de Thuile sainte, il dit clairement que, pour opérer ce rite sacré, il est besoin à la fois et d'un autel et d'une église (i). Et ailleurs : « Parce « qu'il plaît à Novatien, dit-il, d'ériger un autel et d'offrir c( des sacrifices illicites, nousfaudra-t-il nous passer d'autel « et de sacrifices, pour ne point avoir l'air de célébrer les « mêmes mystères que lui (2) ? » Dans la même épître, qui est adressée à Jubaien, le saint Évêque de Carthage parle avec emphase de la Chaire de l'Evêque, siège inaliénable établi dans chaque église, au centre de l'abside, et sur laquelle l'élu de l'Esprit-Saint pouvait seul s'asseoir. On a trouvé de ces chaires au fond même des Catacombes ; on y a gardé jusqu'à nos jours celle sur laquelle fut massacré le Pape saint Etienne, et qui portait encore les traces de son sang. La basilique de Saint- Pierre conserve encore aujourd'hui la Chaire du prince des Apôtres. Mais ce genre de détails appartient à nos Origines de V Eglise romaine.

Sur cet autel dont nous venons de parler, s'offrait le Sacrifice des Chrétiens; car la Fraction du pain est désormais désignée sous ce nom, dans les écrits des Pères qui succèdent aux écrivains apostoliques. Tertullien est for-

Catholica, in qua tamen sciebat presbyteros quidem esse quatuor et quadraginta, septem autem diaconos, totidemque subdiaconos, acolythos duos et quadraginta, exorcistas et lectores cum ostiariis duos quinquaginta. (S. Cornel.) Epist. ad Fabium Antiochen., n" 3, col. i5o, apud Coustant.)

(i) Porro autem Eucharistia est unde baptizati unguntur, oleum in altari sanctificatum. Sanctificare autem non potuit olei creaturam qui necAltare habuit, nec Ecclesiam. [Epist. LXX, pag. 3oi.)

(2) Aut quis Novatianus altare collocare, et sacrîficia offerre contra fas nititur, ab altari et sacrificiis cessare nos oportet, ne paria et similia Cum illo celebrare videamur ? (Epist. ad Jubaianum de hœreticis bapti- :^andis.J

I PARTIE CHAPITRE IV

DURANT LES TROIS PREMIERS SIECLES DE l'ÉGLISE 53

mel (i) ; saint Cyprien ne Test pas moins (2) ; il explique même, avec profondeur et éloquence, comment le Christ, préfiguré par Melchisédech, a offert une hostie dont Toblation se continue dans TÉglise (3), et il affirme que, de son temps , les prêtres offraient chaq^ue jour le sacrifice à Dieu (4). Sans doute, nous regarderions comme une chose précieuse un recueil liturgique qui renfermerait la forme exacte du sacrifice, des sacrements et sacramentaux à Pusage des trois premiers siècles : mais, comme ce recueil n'existe p\s pour nous autrement que dans Tensemble des formules essentielles, qui n'ont pu changer, parce qu'elles sont universelles et, partant, divines ou du moins apostoliques, nous nous contenterons de produire ici certaines particularités racontées par les écrivains du second et du troisième siècle.

Commençons par la description des assemblées chré- Description tiennes au jour du dimanche, telle qu'elle est présentée aux chrétiennes empereurs par l'Apologiste saint Justin, au second siècle P^^ ^ ^ * du Christianisme. L'extrême réserve gardée dans ce récit laisse sans doute beaucoup à désirer, mais l'ensemble qu'il offre n'en sera pas moins agréable et utile au lecteur.

« Le jour du soleil, tous ceux qui habitent soit la ville.

(i) Quae oratio cum divortio sancti osculi intégra... quale sacrificium est a quo sine pace receditur. (De oratione, cap. XIV.)

Nonne solemnior erit statio tua, si et ad aram steteris ? Accepte Corpore Domini, et reservato, utrumque salvum est, et participatio sacrificii, et executio officii. (Ibidem.)

(2) Nam si Jésus Christus Dominus et Deus noster ipse est summus sacerdos Dei Patris, et sacrificium Patri seipsum primus obtulit, et hoc fieri in sui commemorationem praecepit ; utique ille sacerdos vice Christi vere fungitur, qui id quod Christus fecit, imitatur ; et sacrifi" cium verum et plénum tune offert in Ecclesia Deo Patri, si sic incipiat offerre, secundum quod ipsum Cliristum videat obtuUssQ.' {Epist. LXIII, pag. 28I.)

(3) Ibidem, pag. 277.

(4) Ut sacerdotes qui sacrificia Dei quotidie celebramus, hostias Deo et victimas praeparemus. {Epist. LVII, pag. 253.)

INSTITUTIONS « soit là campagnc, se rassemblent dans un même lieu, et

LITURGIQUES , • , >-i • i a ^

• « la, on lit les Commentaires des Apôtres et les écrits des

« Prophètes, autant que Theure le permet. Ensuite, quand « le lecteur s'est arrêté, celui qui préside fait à l'assistance « une admonition et exhortation à imiter de si beaux exem- « pies ; après quoi nous:;ious levons tous ensemble et nous « faisons les prières. Ces prières étant finies, on apporte a le pain et le vin mêlé d'eau. Alors celui qui préside fait « entendre avec force les prières et les actions de grâces, et « le peuple avec acclamation répond : Amen. On fait la « distribution des choses sur lesquelles il a été rendu « grâces, à chacun de ceux qui sont présents, et on les « envoie aux absents par les diacres. On fait ensuite une « collecte : ceux qui sont riches donnent librement ce qu'ils « veulent, et on dépose le tout aux mains de celui qui « préside, et sa charge est de subvenir aux orphelins et « aux veuves, à ceux qui sont dans le besoin pour maladie « ou toute autre raison, à ceux qui sont dans les liens et « aux voyageurs et pèlerins. Nous nous réunissons ainsi « au jour du soleil, tant parce que c'est le premier jour, « celui auquel Dieu ayant dissipé les ténèbres et remué tt la matière, créa le monde, que parce qu'en ce même jour, « Jésus-Christ notre Sauveur est ressucité d'entre les morts. « La veille du jour de Saturne, ils le crucifièrent, et le « lendemain de ce même jour, c'est-à-dire le jour du soleil, « se manifestant à ses Apôtres et à ses Disciples, il ensei- « gnales choses que nous venons de vous exposer (i). » Le saint Sacrifice Dans un autre endroit de la même apologie, saint Justin par sain't'^justin. donne d'autres détails qui complètent les précédents : parlant du Baptême et des rites qui l'accompagnent, il en achève la description par celle du divin sacrifice auquel assiste le néophyte.

« Lorsque nous avons ainsi lavé celui qui vient de ren-

(i) Vid. la Note C.

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