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CHAPITRE IV

DURANT LES TROIS PREMIERS SIECLES DE l'ÉGLISE 55

« dre témoignage de sa foi en notre doctrine, nous le con- i partie

« duisons vers ceux qui sont appelés /rère^, afin d^offrir

« des prières communes et pour nous-mêmes, et pour celui

« qui vient d^être illuminé, et pour tous les hommes, afin

« qu'arrivant à la connaissance de la vérité, ils deviennent

« dignes de participer à la même grâce. Quand les prières

« sont finies, nous nous saluons par le baiser. Ensuite on

« apporte à celui qui préside, le pain et la coupe de vin

« mêlé d'eau. Celui-ci les ayant reçus , rend gloire et

« louange au Père de toutes choses par le nom du Fils et

« du Saint-Esprit, et accomplit une longue Eucharistie,

a ou Action de Grâces, pour ces mêmes dons que nous

« avons reçus du Père. Quand il a achevé les prières de

« TEucharistie, tout le peuple crie : Amen. Or Amen en

« langue hébraïque équivaut à Fiat. Celui qui préside ayant

« terminé les prières, et le peuple ayant répondu, ceux que

« nous appelons diacres distribuent le pain, le vin et Teaui

« sur lesquels on a rendu grâces, afin que chacun de ceux

« qui sont présents y participent, et ils ont aussi le soin

ce de les porter aux absents (i). »

Dans ce récit succinct, nous voyons clairement exposé tout Tensemble du sacrifice eucharistique, tel qu'il est encore aujourd'hui. Le jour du dimanche est celui de l'assemblée générale ; la messe dite des Catéchumènes a lieu, comme aujourd'hui, par la lecture des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament. Vient ensuite l'Homélie, adressée à l'assistance par le pontife, en manière de commentaire sur les lectures que l'on vient défaire. Après l'Homélie, l'as" sistance se lève, et ont lieu les prières pour les besoins de l'Eglise et du mo nde entier, qui sont placées dans toutes les Liturgies avant la Consécration. La Consécration est, comme aujourd'hui, précédée de l'Action de Grâces^ qui est une formule longue, prolixa^ à laquelle appartient

(i) F/i. -la Note D.

INSTITUTIONS spécialemeiit le nom d'Eucharistie : c'est le Canon. Les

■ ~ réponses du peuple par acclamation, le baiser de paix, la

communion, le ministère des diacres, tout le sacrifice en un mot, se trouve exposé comme en abrégé dans cet admirable et touchant récit, malgré l'attention de l'Apologiste à ne pas révéler les m^Mères au-delà d'une certaine mesure qui lui a été permise.

Attitude Les Chrétiens de cette époque prenaient part aux prières

daîfs ^^a^^pHè^e. ^e l'Église, en se tournant vers l'Orient, et tenant les mains étendues en forme de croix ; geste que l'Eglise latine a retenu pour le prêtre, durant la plus grande partie du sacrifice, et qui est si expressivement rendu sur les peintures des Catacombes romaines. Tertullien en explique le mystère en son livre de la Prière (i).

Cérémonies De même que nous avons emprunté à saint Justin la desbaptême d'après cription du Sacrifice de l'Eglise primitive, nous rapporteertu len. ^^^^ l^- piusjgups des cérémonies qui accompagnaient le baptême à cette époque, d'après Tertullien que nous venons de citer. Voici quelques-uns des traits qu'il rapporte en passant :

Avant d'entrer au lieu où était l'eau, le Catéchumène, sous la main du pontife, protestait de sa renonciation au diable, à ses pompes et à ses anges. Ensuite il était plongé trois fois, et proférait les paroles qui appartiennent à la Tradition et non à l'Évangile. Étant levé des fonts, on lui donnait à goûter le lait et le miel, et à partir de ce jour, il devait s'abstenir du bain ordinaire, pendant toute une semaine (2). On se disposait au baptême par de fréquentes

(i)Nos vero non attollimus tantum manus, sed etiam expandimus e Dominica passione modulatum et orantes cox\û\.&[miTCh.rh\.o.[DeOratione, cap. XII.)

(2) Ut a baptismate ingrediar, aquam adituri, ibidem, sed et aliquanto prius in Ecclesia, sub antistitis manu contestamur nos renuntiare diabolo, et pompae. et angelis ejus. Dehinc ter mergitamur, amplius aliquid respondentes, quam Dominus in Evangelio determinavit. Inde suscepti,

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oraisons, par des jeûnes, des génuflexions, et par la confession secrète des péchés (i). Le temps d^admi- '

nistrer solennellement ce grand Sacrement était la fête de Pâques et celle de la Pentecôte (2). Enfin on ne finirait pas si Ton voulait rappeler ici tout ce que cet auteur énumère, dans ses divers écrits, de rites et d'observances relatives à Fadministration de ce premier sacrement des Chrétiens.

Nous n'entreprendrons donc point de faire le dépouille- , Funérailles

^ ^ ^ . , . des Chrétiens

ment des richesses liturgiques dont sont remplis les écrits d'après le

, rr^ ,,. , . . , . 1 même auteur.

de Tertullien, ces écrits si énergiques dans lesquels on retrouve au naturel les mœurs de PÉgUse d'Afrique. Nous nous contenterons de dire ici un mot d'après lui sur l'important sujet des funérailles des Chrétiens. On voit par un passage très-précieux de son traité De Animâ^ que le Chrétien de ces premiers temps allait à la sépulture, conduit par un prêtre, et que ce prêtre confiant cette dépouille mortelle à la terre, souhaitait, comme aujourd'hui, la paix à l'âme que la suprême volonté avait momentanément séparée du corps (3). Et tel était le zèle des Chrétiens à témoigner leur foi dans la résurrection des corps, qu'ils n'avaient

lactis et mellis concordiam praegustamus, exque ea die, lavacro quotidiano per totam hebdomadam abstinemus. [De corona militis, cap. m.)

(i) Ingressuros Baptismum, oratiortibus crebris, jejuniis et geniculationibus, et pervigiliis orare oportet, et cum confessione omnium rétro delictorum.... nobis gratulandum est, si non publiée confitemur iniquitates aut turpitudines nostras. {De baptismo, cap. xx.)

(2) Diem Baptismo solemniorem Pascha prœstat; cumet Passio Domini

in quam tingimur adimpleta est exinde Pentecoste ordinandis lavacris

latissimum spatium est caeterum omnis dies Domini est, omnis hora,

omne tempus habile Baptismo, si de solemnitate interest, de gratia nihil refert. [Ibid., cap. xix.)

(3) Scio feminam quamdam vernaculam Ecclesiae, forma et aetate intégra ifunctam, post unicum et brève matrimonium cum in pace dormisset, et tmorante adhuc sepultura, intérim oratione presbyteri componeretur, ad

primum halitum orationis, manus a lateribus dimotas in habitum sup- [plicem conformasse, rursumque condita pace, situi suo reddidisse. [De l'Anima, cap. li.)

INSTITUTIONS ricH clc préclcux quand il s^agissait de la religion des tom-

^^^ beaux. « Si les Arabes, dit Tertullien au Sénat romain, si

« les Arabes se plaignent que nous n'achetons pas d'encens,

« les Sabéens, du moins, savent que la sépulture des Ghré-

« tiens consomme une plus grande quantité de leurs aro-

« mates, qu'il n'en est. employé à faire fumer devant les

c( dieux (i). »

La loi du secret Ce seul trait nous montre le zèle des Chrétiens pour les

^danïïèr pratiques de leur culte, et nous révèle la splendeur de leurs

premiers siedes cérémonies tant publiques que domestiques. Mais combien

certaines formes J^ autres détails, Combien de formules liturgiques précieuses

de la Liturgie ^ , . .

primitive. n'aurions-nous pas encore aujourd'hui, si le secret dont furent environnés les mystères chrétiens à cette époque, eût permis leur manifestation dans des écrits publics ! Cette considération doit toujours être présente à quiconque veut écrire ou résumer quelque chose sur la Liturgie, non-seulement des trois premiers siècles, mais on pourrait même dire des trois ou quatre qui les ont suivis. Ce n'est pas ici le lieu de donner les preuves de l'existence de ce secret auguste qui garda si fidèlement les traditions chrétiennes pures de tout contact profane. Les témoignages en sont trop abondants dans les écrits des Pères, soit avant, soit après la paix de l'Eglise, et personne, que nous sachions, ne conteste aujourd'hui un fait matériel aussi palpable. Seulement nous répéterons ce que nous disions tout à l'heure, savoir: que le premier résultat de ce secret pour les siècles où nous vivons, a été de rendre plus ou moins obscures certaines formes et certains accidents de la Liturgie primitive, bien qu'un assez grand nombre de parties soit encore resté en lumière, comme pour nous aider à suppléer le reste, au moyen de conjectures probables.

Monuments Toutefois, ainsi que nous l'avons dit dan^ le chapitre

liturgiques

(i)Thura plane non emimus. Si Arabia^ queruntur, scient Sabœi pluris et carioris suas merces Christianis sepeliendis profligari, quam diis fumigandis. [Apologet., cap, xlii.)

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précédent, nous sommes en droit strict de faire remonter à répoque que nous décrivons en ce moment, sinon à celle même des Apôtres, le texte des Liturgies dites Apostoli- de l'époque ques, le Canon de la Messe latine, les formules accompa- ^^^^ gnant Tadministration des Sacrements ; en sorte que personne ne saurait nier raisonnablement que le style litur- j^ ikurgique gique, tel qu'il est universellement exprimé dans tous ces produit du

o n. T n. r ^ génie chrétien

monuments, et tel qu'il a été imité dans les siècles suivants, . des ^

. , . , . , ... premiers siècles.

ne soit un produit du génie chrétien de Tepoque primitive. Nous en donnerons ici une preuve qui n'a peut-être jamais été alléguée, mais qui n'en est pas moins incontestable.

Nons voyons dans les Actes des Martyrs, la plupart de Preuve tirée

ciGs Actes

ces généreux Confesseurs du Christ, au moment de con- des Martyrs, sommer leur sacrifice, résumer dans une prière de style solennel leurs vœux et leurs adorations. Toutes ces formules se ressemblent, qu'elles soient proférées par des Evêques comme saint Ignace d'Antioche, par des laïques comme saint Théodote d'Ancyre, par de simples femmes, comme sainte Afra. Or rien de plus visible que l'identité du style de ces prières avec celles de l'Église dans la célébration des mystères. On pourrait donc légitimement, en s'appuyant sur l'analogie comme sur une règle de certitude, rapporter la rédaction de ces antiques formules à l'âge héroïque, à l'âge des martyrs. Mais nous nous devons de justifier notre assertion par des exemples. Nous citerons ici, dans le texte, la prière de saint Polycarpe ; le lecteur en trouvera plusieurs autres dans les Notes à la suite de ce chapitre (i). Voici cette prière :

« Domine Deus orrinipotens, Pater dilecti ac benedicti Prière de

i-iM- • T /^i • • ... . saint Polycarpe

« Ji^iiii tui Jesu Christi, per quem tui notitiam accepimus; au moment « Deus Angelorum et virtutum, ac universœ creaturae, son immolation. « totiusque justorum generis qui vivunt in conspectu tuo ; « benedico te, quoniam me hac die atque hac hora digna-

(0 Vid. la NoteE.

5o DE LA LITURGIE

INSTITUTIONS « tus cs, Ut partcm caperem in numéro martyrum tuorum,

LITURGIQUES . ,. ^, . . • i

■ « m calice Christi tui, ad resurrectionem vitse ^ternœ,

c( animae et corporis, in incorruptione Spiritus sancti : « inter quos utinam suscipiar hodie coram te, in sacrificio « pingui et accepte, quemadmodum praeparasti et prsemon- « strasti et adimplevistt, mendacii nescius ac verax Deus. c( Quapropter de omnibus laudo te, benedico te, glorifico « te, cum sempiterno et cœlesti Jesu Christo, dilecto « tuo Filio ; cum quo tibi et Spiritui sancto gloria, et nunc « et in futura secula. Amen (i). »

Les Canons Une autre source qu^on ne doit pas manquer de consulter ^^sourcîf ^' pour connaître Fétat de la Liturgie dans les trois premiers

^^^îa^sdence^^^ siècles, est le recueil de la discipline générale de cette de la Liturgie époque. Nous placerons en tête les Canons apostoliques^ si anciens qu'on ne peut faire remonter leur rédaction définitive au-dessous du second siècle.

On y lit, au canon troisième, la défense de placer sur Tautel du miel, du lait, ou tout autre objet que la matière même du Sacrifice du Seigneur ; après quoi il est ajouté : « Qu'il ne soit permis d'offrir à Tautel rien autre chose « que rhuile pour le luminaire, et Tencens au temps de la a sainte oblation (2). »

Ce canon est important, principalement pour constater l'antiquité de l'usage de brûler de l'encens à l'autel; usage, du reste, qui, ayant été pratiqué dans la loi mosaïque et dans toutes les religions , devait naturellement prendre place parmi les observances chrétiennes. Si nous avons vu plus haut Tertullien affirmer que les Chrétiens n'achetaient

(i) Epist. Eccles. Sniyrnens., apud Ruinart.

(2) Si quis episcopus, vel presbyter Domini de sacrificio ordinationem, alia quœdam ad altare attulerit, mel vel lac, vel pro vino siceram, vel confecta, vel aves, vel aliquaanimalia, vel legumina prœter ordinationem, dcponatur, pra:;terquam nova legumina, tempore opportuno. Ne liceat autem aliquid aliud ad altare offerre, quam oleum ad luminare, et incensum tempore sanctae oblationis.

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