CHAPITRE IV
DURANT LES TROIS PREMIERS SIECLES DE l'ÉGLISE 63
Au canon trente-quatrième, il est défendu d'allumer, en i partie plein jour, des cierges dans les cimetières, afin de ne pas inquiéter les esprits des Saints (i)^ c'est-à-dire pour ne pas troubler les fidèles qui y faisaient leurs prières.
Au canon quarante-troisième, il est dit qu'afin de réformer un abus, on célébrera la Pentecôte, suivant les Écritures, cinquante et non quarante jours après Pâques ; que ceux qui ne se conformerout pas à cet usage seront notés comme induisant à une nouvelle hérésie (2).
On a beaucoup disserté sur le canon trente-sixième de ce Ce Concile
... 1 Ti 1 -1 condamne-t-il
même concile, qui porte ces paroles : « Il n y aura point de les
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« peintures dans les églises, de peur que ce qui est servi ^
c( et adoré ne demeure peint sur les murailles (3). » Certains auteurs protestants ont voulu voir ici la condamnation des saintes images ; mais les preuves que nous avons d'ailleurs de l'usage qu'avaient les Chrétiens de représenter, au moyen des arts delà peinture et de la sculpture, les objets de leur culte, obligent tout homme de bon sens à donner une autre interprétation au canon cité. Tertullien nous apprend, en effet, que les calices mêmes portaient l'image du bon Pasteur ; et le grand nombre d'objets conservés dans le Musée chrétien du Vatican, ojli gravés par Bosio, Arringhi, Boldetti, Bottari, Buonarotti, ont mis les savants d'aujourd'hui à portée d'étudier, d'une manière même assez complète, l'art chrétien de cette époque. Peut-être le Concile d'Elvire ne défend-il ici les peintures sur les murailles, que parce qu'il y avait lieu de craindre que, ne pouvant être enlevées dans
(i) Cereos per diem placuit in caemeterio non incendi ; inquietandi enim spiritus sanctorum non sunt; qui haec non observaverint, arceantur ab Ecclesise communione.
(2) Pravam institutionem emendari placuit, juxta auctoritatem Scripturarum, ut cuncti diem Pentecostes post Pacha celebremus, non Quadragesimam,nisi Quinquagesimam. Qui non fecerit, novam haeresim induxisse notetur.
(3) Placuit picturas in Ecclesia esse non debere, ne quod colitur et adoratur in parietibusdepingatur.
INSTITUTIONS Ics moments de persécution, elles ne fussent profanées par
LITURGIQUES , . \, , v 1 i^ U* ^' J ^
les infidèles. On trouve encore une objection du même genre
Objection dans un passage de Minutius Félix, dans lequel Fauteur
Minudus'péiix semble convenir que les Chrétiens n'avaient point de tem-
contre j p^^P |g ^ul^-^ Je leur Dieu : à quoi il est facile de ré-
l'existence des r r ' ^
temples pondre que Fauteur entend par là montrer la différence du
chrétiens. j
christianisme au paganisme, Fun tellement esclave de la matière, que les objets de son culte étant détruits, il est luimême atteint dans sa substance vitale, tandis que Fautre, éminemment spirituel, survit à la ruine d'édifices qui ne peuvent contenir la majesté du Dieu qu'il adore. En effet, ces quelques phrases d'un opuscule philosophique ne sauraient détruire les innombrables témoignages de l'histoire des trois premiers siècles, qui nous entretient sans cesse des églises et lieux de réunion des fidèles.
La sollicitude Si les Conciles, durant la période que nous décrivons, Apostof^^ue ont dû s'occuper, et se sont, en effet, occupés de règle-
lerpremieiï ments concernant la Liturgie, la sollicitude du Siège Apossur k ïitur ie tolique, à cette même époque, ne devait pas s'étendre avec moins de zèle à régler et. satisfaire ce premier besoin de toutes les églises. La Providence a permis que l'un des actes les plus caractéristiques de Fautorité pontificale durant les trois premiers siècles^ fût en même temps un exercice souverain du pouvoir romain sur les choses de la Liturgie. Au second -siècle, les Églises d'Asie suivaient une pratique différente de celle de FÉgUse romaine dans la célébration de la Pâque. Au lieu de la fêter au dimanche, qui est le jour de la création de la lumière, de la résurrection du Christ et de la descente de l'Esprit-Saint, elles suivaient l'usage judaïque de la solenniser le 14 de la lune de mars. Cette divergence, dans le mode de célébrer le principal événement du christianisme^ offensait gravement Funité du culte^ qui est la première conséquence de l'unité de foi. Cette persistance, au sein de la société chrétienne, des usages de la Synagogue^ ensevelie à jamais sous les ruines
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de son temple, attaquait d'une manière dangereuse la va- ^ partie
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leur complète des rites chrétiens ; enfin la prudence obligeait rÉglise à prendre tous les moyens de s'isoler de la secte judaïque, devenue comme sans retour l'objet de l'exécration du ffenre humain. Toutes ces graves raisons porté- intervention
V r • . , . du pape
rent le pape saint Victor a faire une tentative énergique saint Victor
., .* , ... , . dans la
pour ramener lunite sur un point si important. Il ordonna controverse donc de tenir des conciles par toute l'Eglise, au sujet de à la
cette question, et ayant été à même de juger que la pratique ^^^de^Ja^^^ romaine de célébrer la Pâque au dimanche était admise ^^^® ^^ Pâques, presque universellement, il crut devoir agir sévèrement à l'égard des églises de la province d'Asie, qui paraissaient vouloir persister dans la coutume opposée. Il alla jusqu'à les retrancher de la communion ecclésiastique; peine sévère, sans doute, et si sévère, qu'elle fut plus tard révoquée; mais les évêques, et notamment saint Irénée, qui crurent devoir faire, à ce sujet, des représentations au Pape, ne lui ; reprochèrent point d'avoir^ en ceci, outrepassé les limites de son autorité apostolique; ils se contentèrent de le prier de ne pas mettre ainsi dans un état de séparation tant d'Églises attachées d'ailleurs aux plus saines traditions (i). La longanimité du Siège apostolique produisit bientôt le rétablissement de la paix, mais cet acte important resta comme une manifestation du pouvoir incontesté de l'Eglise romaine sur les matières liturgiques, et comme un prélude des efforts qu'elle devait faire- dans la suite des temps, pour réunir toutes les Eglises dans la communion des mêmes rites et des mêmes prières.
Le règlement du pape saint Victor, sur la Pâque, n'est Catalogue
, , 1 TA T • • 1 1 des Pontifes
pas le seul que les Pontites romains aient rendu pendant romains
les trois premiers siècles. L'importance des matières litur- àîette époque
giques, jointe à la souveraine dignité de leur siège, auquel ^^co^ncernant^^ nous voyons, par Eusèbe, saint Cyprien et saint Irénée, ^^ liturgie.
(i) Euseb., Hist. eccles., lib. V, cap. xxiii et seq.
INSTITUTIONS qu^oii rccouralt dans toutes les circonstances graves, ont LITURGIQUES ^^ ^^^ mettre souvent à même de rendre soit des décrets, soit des réponses sur les rites sacrés. Le texte de ces règlements s'est perdu par Tinjure des temps. Il ne nous en reste plus qu'une trace demi-effacée dans les trop courtes notices du Liber pontïjicalis, -chronïquQ dont nous avons déjà établi Tautorité dans nos Origines de VÉglise romaine. Dans la suite de cet ouvrage, on trouvera aussi une ample histoire de l'affaire du pape saint Victor avec les Asiati-* ques, et la discussion sérieuse des décrets dont la teneur suit. Saint Lin. Saint Lin ordonna que les femmes entreraient dans réglise la tête voilée (i).
Saint Anaciet. Saint Anaclet construisit la mémoire ou tombeau de saint Pierre, et fixa le lieu de la sépulture des évêques de Rome.
Saint Évariste. Saint Évariste divisa, entre les prêtres, les titres ou , églises de Rome, et régla que Tévêque, annonçant la parole de Dieu, serait assisté de sept diacres. Saint Alexandre. Saint Alexandre ordonna qu'on insérerait la mémoire de la Passion du Seigneur dans les prières du sacrifice, et que l'on bénirait l'eau avec le sel pour en arroser la demeure des hommes.
Saint Sixte i^^ Saint Sixte P^ statua que les vases sacrés ne seraient touchés que par les ministres, et confirma l'usage de chanter durant Y Action cette hymne : Sanctus, Sanctus, etc. 'saint Saint Télesphore établit que la nuit de la Naissance du
Téiesphore. g^-g^^^^^^ ^^ célébrerait le sacrifice; ce qui, aux autres jours, ne devait point avoir lieu avant l'heure de tierce ; qu'au commencement du même sacrifice, on chanterait l'hymne angélique: Gloria in excelsis^eo. Saint Anicet. Saint Anicet défendit aux clercs de nourrir leur chevelure.
Saint Pie 1er. Saint Pie, à la prière de la vierge Praxède, dédia en église
(i) Liber pontificalis, ad Linum, Anacletum, etc.
les Thermes de Novat. in Vico Patricia ; il fît de riches i partie