CHAPITRE VI
DE LA LITURGIE DURANT LES CINQUIEME ET SIXIEME SIECLES PREMIÈRES TENTATIVES POUR ÉTABLIR l' UNITE
Le régime de paix sous lequel vivait désormais F Eglise, Nécessité pour son affranchissement de toutes attaques extérieures, lui de multiplier^ donnaient le loisir de régler les formes accidentelles de son f^i est^rendue^,^ gouvernement et de ses institutions; mais rien n'était pour ^^du ^pri^ncipe^^ elle plus urgent que de multiplier les applications de ce '^fo^d'^^^^ta/^* grand principe d'unité qu'elle avait reçu du Christ comme sa loi fondamentale, et par le bienfait duquel elle avait traversé trois siècles de carnages, et les tempêtes non moins affreuses de Tarianisme. Les dissensions qui s'étaient élevées entre ses enfants, guerres de famille si redoutables qu'on y avait mis en question le principe même du christianisme, la consubstantialité du Verbe, inspiraient aux pasteurs des églises le dessein de serrer de plus en plus le lien qui unissait les fidèles dans la confession des mêmes dogmes et dans l'obéissance au même pouvoir. Le perfectionnement des formes liturgiques par l'unité, devenait donc dès lors indispensable.
D'abord, sous le rapport du gouvernement ecclésias- Nécessité tique, il était temps de pourvoir à l'unité liturgique. La nturgiaue liturgie est le langage de l'Église, non-seulement quand elle du
parle à Dieu, mais quand elle fait retentir sa voix solen- fccîésiaTtique. nelle dans le sanctuaire, quand ses enfants chantent avec elle leur foi, leurs joies, leurs craintes et leurs espérances. Or, dans un état, dans une société, le langage doit être un comme le pouvoir qui les régit : une des principales causes
INSTITUTIONS dc dissolutioti d'un empire formé par la conquête sera
toujours la divergence de Fidiome des provinces avec la
langue parlée dans la métropole. La politique terrestre s'efforce en mille manières d'effacer ces dissonances : elle sent qu'il y va de la durée, de la stabilité des royaumes. L'Église, par le côté où elle est une société humaine, a les mêmes besoins, les mêmes nécessités, accrues encore de toute l'importance de sa mission céleste. Nous n'aurons que trop d'occasions de montrer dans la suite de ce récit que les défections de provinces dans l'histoire de l'Église ont été, en raison du plus ou moins d'unité conservée dans la Liturgie par ces mêmes provinces, ou encore n'ont été consommées sans retour qu'au moyen des changements introduits dans cette forme si importante du christianisme. Extension Et remarquons bien qu'il ne s'agit pas ici de l'unité
que devait avoir . , / .
cette unité, considérée dans les choses essentielles du culte divin,
comme la matière et la forme du sacrifice et des sacrements,
les rites généraux qui les accompagnent, et tant d'autres
détails. Nous avons prouvé que, sur ces articles, l'unité
avait toujours été parfaite dès l'origine de l'Église. Il
s'agit d'un nouveau degré d'unité dans les formules non
essentielles à la validité des sacrements, à l'intégrité du
sacrifice, dans la confession^ la prière^ la louange^ dans
les cérémonies dont le culte développé s'enrichit, en un
mot, dans l'ensemble des rites qui expriment en leur
entier, soit les mystères de l'initiation chrétienne, soit le
service offert par la cité rachetée ( i ) , comme dit saint
Augustin, à V auteur et au consommateur de la foi (2).
Des divergences Les premiers apôtres des diverses églises dont l'en-
Tl^époque Semble formait au Christ, dès l'époque de Constantin, un
persécutions ^^ magnifique empire, avaient porté avec eux les usages
dfsprrahîe ^^^ Églises mères qui les envoyaient; ils avaient complété,
à la paix.
(i) DeCivitate Dei, lib. X, cap. vi.
(2) Haebr. xii, 2.