‹ Institutions liturgiquesChapitre 57 sur 195 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Décrétale

du pape

saint Innocent

à Décentius,

évêque

d'Eugubium,

pour réclamer

l'obéissance

aux usages

liturgiques

de l'Église

romaine.

l32 DE LA LITURGIE AUX CINQUIEME ET SIXIEME SIECLES

INSTITUTIONS « apôtrc E ciiseigné. Que s'ils n'en trouvent pas d'autre,

« iJs sont donc obligés de se conformer aux usages de « rÉglise romaine, de laquelle ils ont tiré leur origine, « de peur qu'en se livrant à des doctrines étrangères, ils « ne semblent se séparer de la source de toutes les insti- « tutions (i). »

Abus dont Après ce préambule, le Pape corrige les abus qui le Pape s'étaient introduits dans l'Édise d'Euffubium, en matière

reclame '^ ^

la correction, j^ Liturgie, Statuant plusieurs règlements, sur la Paix que les communiants devaient se donner les uns aux autres, sur le moment du Sacrifice auquel il fallait réciter les noms de ceux pour qui on l'offrait, sur le sacrement de eonfirmation, sur le jeûne du samedi , sur la défense de célébrer les Mystères dans les deux jours qui précèdent la Pâque, sur les relations de l'Église matrice avec les autres titres, sur les exorcismes, sur les pénitents, sur l'extrêmeonction, etc. Après quoi il conclut en ces termes : « C'esf j « ainsi, très-cher frère^ que nous nous sommes mis en « devoir de répondre, suivant notre pouvoir, à ce que « votre charité demandait de nous, et votre Eglise pourra « maintenant garder et observer les coutumes de l'Eglise « romaine, de laquelle elle tire son origine. Quant au « reste, qu'il n'est pas permis d'écrire, quand vous serez, « ici, nous pourrons satisfaire à vos demandes (2). » 11^ s'agissait de questions sur les paroles mêmes du canon,, ou sur la forme des sacrements, détails qui étaient encore] alors couverts du plus grand mystère.

Droits réclamés 11 faut remarquer ici , à propos de cet important docu-j

le Siège ment, d'abord le zèle avec lequel le Siège apostolique

^^tur ie^^ veillait au maintien des saines traditions liturgiques, le]

cfOcddent, ^^^sir qu'il avait de ramener tout à l'unité, et en particulier

'^'^l'un^ré ^^ les droits spéciaux qu'il prétendait sur les Eglises d'Italie,]

^^^^"S/^^^^^I/^^^ des Gaules, des Espagnes, de l'Afrique, de la Sicile et]

ces contrées.

(i) Vid. la Note G.

(2) Vid. la Note G.

PREMIÈRES TENTATIVES POUR ETABLIR l'uNITÉ i33

autres îles adjacentes, comme filles de la prédication de saint Pierre et de ses successeurs, et formant le Patriarcat d'Occident. On voit que ces droits, développés plus tard dans des institutions plus parfaites, amèneront dans les moindres détails cette unité minutieuse que saint Innocent n'exige pas encore. Les Iles Britanniques , l'immense Germanie, à peine illuminées du flambeau de la foi, en quelques points imperceptibles, ne figurent point dans cette énumération ; mais bientôt le zèle apostolique de Rome, les ayant entièrement arrachées aux ombres de la mort, et incorporées, par cette pacifique conquête, à l'heureux patriarcat d'Occident, elles subiront, dès leur première enfance, le joug sacré de la Liturgie romaine, arrivant ainsi tout d'abord à la plénitude de Tâge parfait des Eglises.

L'Orient, au contraire, ne sentit point les bienfaits de cette unité complète. Trop d'obstacles arrêtaient le zèle des Papes pour qu'ils pussent songer, même un instant, à établir le règne absolu de la Liturgie romaine dans les patriarcats d'Alexandrie, d'Antioche, de Constantinople et de Jérusalem. Ils se contentèrent de veiller au maintien de cette unité plus générale qui consiste dans la célébration , aux mêmes jours, de la fête de Pâques et des autres solennités principales, dans l'intégrité des rites du sacrifice, dans l'administration valide et convenable des sacrements, dans le maintien des heures de l'office divin et de la psalmodie, et, plus tard, dans le culte des images sacrées. C'est ainsi que, suivant les temps et les lieux, le Siège apostolique a su appliquer, en diverses mesures, la plénitude de puissance qui réside en lui, en sorte que les Pontifes romains n'ont jamais oublié cette doctrine du premier d'entre eux, de paître le troupeau avec prévoyance et douceur^ et non dans un esprit de domination (i). Mais c'était

I PARTIE CHAPITRE VI

En Orient, les Pontifes

romains se contentent

de veiller au maintien

de l'unité

dans les rites

essentiels.

.(i) I Pet. V, 2-3,

Grand nombre

des épîtres

des Papes

de cette époque

relatives

à la liturgie.

Application

spéciale de leur zèle au perfectionnement de la Liturgie romaine.

Les formules liturgiques mises par écrit avant

le ve siècle.

Sentiment

contraire

du P. Lebrun,

réfuté par Muratori.

l34 DE LA LITURGIE AUX CINQUIEME ET SIXIEME SIECLES

le repos de la force ^ et malheur à ceux qui résistent aux volontés de cette puissance paternelle, qui attend avec longanimité, qui prépare, de concert avec les siècles, les grands résultats que F Esprit-Saint lui ménage! Malheur à ceux qui ne font pas, quand elle a dit de faire, qui n'exécutent pas, quand elle a commandé! car toutes ses volontés sont équitables, et le Seigneur s'en est déclaré le vengeur.

En parcourant les épîtres des Pontifes romains qui ont siégé aux cinquième et sixième siècles, on trouvera un grand nombre d'actes de leur autorité en matière liturgique, toujours dans le sens des mesures prises par saint Innocent. L'énumération de ces faits nous prendrait trop de place, et ajouterait peu de chose à la valeur des arguments contenus dans ce chapitre. Nous nous attacherons de préférence à montrer les travaux des Papes pour le perfectionnement de la Liturgie de l'Eglise locale de Rome, et, dans cette partie de notre travail, nous ne nous écarterons pas de notre but général, puisque la Liturgie romaine est destinée à devenir, sauf d'imperceptibles exceptions , la Liturgie de l'Occident tout entier, et qu'en la perfectionnant ainsi au-dessus de toutes les autres, les Pontifes romains assuraient indirectement son triomphe, au jour marqué par la Providence.

Ce serait ici le lieu d'examiner l'intéressante question ; de savoir à quelle époque on a confié à l'écriture les for- ; mules mystérieuses du sacrifice chrétien , et celles qui ac- ■ compagnent les rites de l'initiation. Le savant P. Lebrun, ; dans son QxctlÏQniQ Explication de la Messe, au tome III, | a prétendu qu'avant le cinquième siècle, aucune des anciennes Liturgies, soit grecques, soit latines, n'avait encore ] été mise par écrit, mais qu'elles étaient simplement transmises par une tradition orale. Nous pensons, avec Muratori (i), que cette assertion est exagérée, et qu'on peut

(i) Liturgia Romana vêtus. Dissertatio de reb. liturg., pag. 3 et seq.

PREMIÈRES TENTATIVES POUR ETABLIR l'uNITE i35

donner un sens plus raisonnable aux passages de Fantiquité qu^allègue le docte oratorien. Comment, en effet, s^imaginer qu'on eût pu conserver cette uniformité dans les formules et les rites généraux, que nous avons prouvé cidessus s'être maintenue dans son entier, durant les premiers siècles de TÉglise, si un texte écrit ne se fût pas trouvé dans chaque Église, pour corriger les innovations, arrêter les effets de l'incurie ou delà négligence ? Admettez, si vous voulez, que ce formulaire ne paraissait point à l'autel, qu'il était gardé dans quelque lieu secret, loin des regards profanes; mais, du moins, on pouvait, au besoin, en appeler à son autorité, pour rassurer la mémoire affaiblie, pour rectifier ce qui eût pu s'introduire de moins conforme à l'antiquité. Avec ces précautions, le secret des mystères n'en était pas moins assuré. Que si l'on vient à songer aux formules spéciales que rendaient nécessaires les différents rites du catéchuménat , par exemple, de l'ordination des diacres, des prêtres, des évêques ; de la solennisation de la fête de Pâques et des autres grands jours;, toutes choses dont nous trouvons la preuve positive dans toute l'antiquité, on conviendra qu'il eût été, d'un côté, déraisonnable, de l'autre , matériellement impossible de surcharger la mémoire des évêques et des prêtres d'un aussi grand nombre de prières, ou allocutions. Les saints Docteurs dont s'appuie le P. Lebrun ont parlé de la Tradition par opposition à l'Écriture sainte, et non pour dire que les Liturgies n'étaient pas écrites. Voici, entre autres, ce que disait saint Basile : « Nous ne nous contentons pas « des choses qui sont rapportées par l'Apôtre, ou dans « l'Evangile (au sujet de l'Eucharistie); il est d'autres « choses que nous récitons avant et après (la consécration), « comme ayant une grande importance dans le mystère, « et que nous avons reçues d'une tradition non écrite (i).»

I PARTIE CHAPITRE VI

Explication

de quelques

passages

des Pères

qui semblent

favoriser cette opinion.

(i) Non enim his contenti sumus, quae commémorât Apostolus, aut Evangelium; verum alia quoque et ante et post (consecrationem) dicimus,

Les écrits

de

saint Grégoire

de Nazianze,

de saint Cyrille

de Jérusalem,

de saint Hilaire

démontrent

que les Liturgies

ont été fixées

par

l'écriture

avant

le y^ siècle.

Travaux

des Pontifes

romains

sur la Liturgie,

l36 DE LA LITURGIE AUX CINQUIEME ET SIXIEME SIECLES

Il est évident que le saint évêque entend ici parler d'une source distincte des Ecritures saintes, et qu'il dit que de cette source ont émané, par tradition, les formules du canon de la messe. Nous l'accordons volontiers ; nous ne disons pas autre chose; mais il ne suit pas de là que ces traditions ne reposassent pas sur une écriture faite de main d'homme et gardée dans l'archive de l'Église. Ne savons-nous pas par le témoignage des Grecs, et notamment par celui de saint Grégoire de Nazianze (i), que saint Basile lui-même avait composé une Liturgie ? Ne l'avait-il donc pas écrite, et même longtemps avant la fin du quatrième siècle? Ne trouve-t-on pas, dans les Catéchèses de saint Cyrille de Jérusalem, composées vers l'an 847, une très-grande partie de la Liturgie observée dans le baptême et dans la sacrée Synaxe? Pourtant, ces Catéchèses étaient destinées à servir à l'initiation des élus du christianisme. Saint Hilaire, en même temps, dans les Gaules, ne composa-t-il pas, au rapport de saint Jérôme, son contemporain, un Livre des Mystères? C'est ainsi que, dans les matières de l'érudition, aussi bien que dans celles qui sont purement abstraites, on doit se garder avec vigilance des envahissements de l'esprit de système dans lequel il est toujours si facile de tomber. Sans doute, c'est un point fort important à établir dans l'étude de l'antiquité, que ce secret universel qui, durant tant de siècles, a couvert la majesté de nos m3^stères, mais il importe aussi de faire voir que les formes principales du culte chrétien datent d'une origine antérieure à la paix extérieure de l'Eglise.

Lors donc que les Papes du cinquième siècle portèrent leur attention sur les améliorations à introduire dans la Liturgie de l'Eglise de Rome, nul doute que cette Eglise ne possédât déjà un corps de formules liturgiques ap-

tanquam multum habentia momenti ad mysterium, quae ex traditione non scripta accepimus. (S. Basil., de Spiritu Saticto, cap. xxvii.) (i) Orat. XX. In Basilii laudetn.

PREMIÈRES TENTATIVES POUR ETABLIR l'uNITÉ iSy

proprié aux nécesssités présentes du culte divin. Le premier de cette époque, que nous trouvons indiqué au Liber pontificalis comme ayant fait des règlements sur Toffice divin, est saint Gélestin, qui siégea en 422. « Il établit, dit « cette chronique , que les cent cinquante psaumes de « David seraient chantés avant le sacrifice, avec antienne, « et par tout le monde : ce qui n'avait pas lieu aupara- « vant; car on récitait s^eulement FEpître du bienheureux « apôtre Paul et le saint Evangile, après quoi la messe « avait lieu. Il établit pareillement qu'on chanterait à la « messe, après roffice,'le Graduel ^ c'est-à-dire le Répons « qui se dit sur les degrés (i). » Ce psaume avec antienne, que Ton chantait avant la messe, est ce que nous nommons Introït; le Graduel a conservé le nom sous lequel la chronique le désigne ; c'est un répons , parce qu'il se chantait, comme autrefois tous les répons, avec les répétitions encore en usage aujourd'hui pour les répons brefs de l'office et l'alléluia de la messe. Ainsi la messe s'enrichissait d'une introduction solennelle; elle ne débutait plus déjà par les lectures des Épîtres et de FÉvangile, comme au temps de saint Justin.

Dix ans après saint Gélestin , saint Léon le Grand monta sur la Ghaire de saint Pierre. Il perfectionna aussi la Liturgie ; la chronique nous apprend qu'il ajouta à la sixième oraison du canon, ces mots : Sanctum sacrificiiim^ immactilatàm hostiam (2). Le souvenir conservé de cette légère addition montre quelle vénération religieuse environnait cette auguste prière, jusque-là que l'histoire ait enregistré comme un événement l'acte d'un Pontife ro-

I PARTIE CAAPITRE VI

Saint Gélestin

établit

les chants

de V Introït

et du Graduel.

Saint Léon

le Grand

ajoute quelques

mots

au canon

de la messe.

(i) Gonstituit, ut psalmi David GL ante sacrificium psâTlerentur antiphonatim ex omnibus : quod ante non fiebat, nisi tantum epistola beati Pauli Apostoli recitabatur, et sanctum Evangelium, et sic missae fiebant. Et constituit Gradale post officium ad missas cantari, id est, responsorium in gradibus. {Liber pontif., in Gœlestinum).

(2) Liber pontif., in S. Leonem.

l38 DE LA LITURGIE AUX CINQUIEME ET SIXIEME SIECLES

main qui ajoute quatre paroles à cette même formule qu'ailleurs nous avons vu saint Justin désigner sous le nom de Prière prolixe.

Au siècle dernier, exi lyôS, Joseph Bianchini, prêtre de rOratoire, neveu de Tillustre prélat François Bianchini, Sacramentaire tira de la bibliothèque du chapitre de Vérone, un maà saint Léon, nuscrit mutilé portant ce titre : Codex Sacramentorum vêtus Romance Ecclesiœ a S. Leone Papa confectus. Le savant éditeur donnait ce fragment comme ayant fait partie d'un Sacramentaire Léonien^ et, comme il arrive ' d'ordinaire , les érudits se divisèrent sur la question de l'authenticité de l'ouvrage. Certains Français tirèrent une conclusion pratique de leur sentiment pour l'affirmative, ainsi que nous le dirons dans la suite de cette histoire. Nous déduirons ailleurs nos raisons de ne pas admettre saint Léon comme l'auteur de ce prétendu Sacramentaire. Nous citerons toutefois ici Honorius d'Autun, qui atteste que ce grand Pontife avait composé des Préfaces (i), et nous accorderons volontiers, avec le B. Tommasi (2) et le P. Quesnel (3), que le style de saint Léon se rencontre souvent dans les Oraisons et Préfaces du Sacramentaire Gélasien. Nos difficultés ne portent que sur le manuscrit même publié par J. Bianchini.

A la fin du cinquième siècle^ siégea saint Gélase, sur lequel le Liber pontificalis rapporte qu'il composa des Préfaces des Mystères et des Oraisons d'un style châtié (4). Cette précieuse indication fait allusion à la publication du Sacramentaire appelé Gélasien, que ce Pontife composa, partie des formules dressées par ses prédécesseurs, partie de celles qu'il y ajouta dans un style véritablement liturgique.

Saint Gélase

rédige le

Sacramentaire

qui porte

son nom.

(i) Hic (Léo) et praefationes composuit. [Gemma animce, cap. xlix.)

(2) Prœfatio ad Sacramentar. Gelasian. Opp., tom. IV.

(3) S. Leonis Opp., tom. I, ad sermonem XCVI.

(4) Fecit etiam sacramentorum praefationes et orationes cauto sermone. [Liber pont if ., in. Gelasium)

Ce Sacramentaire demeura en usage dans PEglise de Rome jusqu'au temps de saint Grégoire, qui, d'après le témoignage de Jean Diacre, en fit Tobjet de nombreuses améliorations. Nous donnerons une idée du Sacramen^ taire Gélasien^ dans la partie de cet ouvrage qui sera consacrée à Ténumération et à la critique des livres liturgiques.

Le nom de saint Gélase est encore attaché à ce fameux décret du concile romain tenu en 494, par lequel est fixé le canon des Ecritures saintes, en même temps qu'on y donne le catalogue des livres apocryphes. Le concile statue qu'on ne lira point dans l'Église de Rome les Actes des martyrs, au moins ceux dont les auteurs seraient inconnus ou suspects, dans la crainte que certaines personnes n'en prennent occasion de scandale ou de mépris (i). Nous reviendrons sur ce règlement et sur ses applications, à diverses époques, dans la Liturgie des offices divins ; et nous montrerons que son esprit a toujours été fidèlement gardé dans l'Eglise romaine.

Nous ne parlerons point ici des travaux de saint Grégoire le Grand sur la Liturgie romaine, bien que ce grand Pontife appartienne plutôt au sixième siècle qu'au septième, étant monté sur le Saint-Siège en 690, et décédé en 604. A raison de leur importance dans l'histoire générale et particulière de la Liturgie, nous leur consacrerons le chapitre suivant.

Donnons maintenant une idée des travaux entrepris, durant les cinquième et sixième siècles, par les saints docteurs et autres écrivains ecclésiastiques, sous le point de vue qui nous occupe.

Vers 401, Sévérien, éveque de Gabales, en Syrie, et ami de saint Jean Chrysostome, écrivit Du Baptême et de la solennité de V Epiphanie un traité qui a péri.

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