PRÉFACE DE CETTE NOUVELLE EDITION XXIX
il récita avec une foi vive son Bréviaire manceau de M^^' de Froullay et du docteur Robinet, sans se défier le moins du monde qu'il dénoncerait un jour ce livre et ses pareils comme radicalement impuissants à remplir leur but. L'abbé Guéranger était déjà prêtre^ quand la Providence mit entre ses mains le Missel romain, pour la célébration du saint Sacrifice. Uétude de l'histoire ecclésiastique et des Pères lui avait donné le goût de Tantiquité et le sens' du langage de TEglise primitive. Quelle ne fut pas sa surprise d'entendre dans le Missel romain, les mêmes accents qui charmaient ses oreilles dans les monuments des premiers âges du christianisme!
Il goûta immédiatement «Ponction ravissante, Pineffable Dans la
première année
'^ « mélancolie, la tendresse incommunicable de ces formules, de son
% ' sacerdoce,
« les unes si simples, les autres si solennelles, dans les- il apprend à
connaître
« quelles apparaît tantôt la douce et tendre confiance ^^ Liturgie
^ ^^ romaine et en
« d^une royale épouse envers le monarque qui l'a choisie ^^^P^^ l'usage. « et couronnée, tantôt la sollicitude empressée d'un cœur « de mère qui s'alarme pour des enfants bien-aimés ; mais « toujours cette science des choses d^une autre vie, si « profonde et si distincte, soit qu^elle confesse la vérité, soit « qu'elle désire en goûter les fruits, que nul sentiment ne « saurait être comparé au sien, nul langage rapproché de « son langage (i). » Le jeune prêtre avait entendu la véritable prière de l'Eglise, qu'il ne connaissait pas encore. A mesure que cette perception devenait plus distincte et plus parfaite, il saisissait en même temps «le goût de terroir et « l'odeur de nouveauté » de ces liturgies gallicanes, qu'il avait jusqu'alors admirées sans réserve. Elles ne lui don-
(i) Institutions liturgiques, c. i, p. 3.
naicnt que la pensée et la prière d'hommes privés, dépourvus de mission pour parler et intercéder au nom de l'Église. Avec la netteté d'esprit et la franchise de détermination qui devaient l'accompagner dans toute sa carrière, l'abbé Guéranger se résolut aussitôt à adopter pour son usage personnel la Liturgie romaine. Il ne voulut pas cependant exécuter ce grave dessein, sans le consentement de W de la Myre,évêque du Mans, à la personne duquel il était attaché en qualité de secrétaire particulier. Le vénérable prélat avait visité autrefois Rome, l'Italie et l'Allemagne ; et quoique imbu des doctrines de l'ancienne Sorbonne, il avait vu trop de choses et il était trop grand seigneur pour partager les étroits préjugés des gallicans de la dernière heure. Il ne fit aucune difficuhé d'accorder à Tabbé l'autorisation qu'il lui demandait, et, privé par ses infirmités de l'honneur de monter à Fautel, le vieil évêque assistait chaque matin à la messe que son secrétaire célébrait dans sa chapelle selon le rite romain. On était alors en 1828.
Considérations Deux ans après, Tabbé Guéranger commençait sa
sur la Liturgie
publiées carrière d'écrivain dans le Mémorial catholique^ revue
dans le
Mémorial ^^^^^ Tinspirateur était M. de Lamennais, les principaux catholique. ^
rédacteurs MM. de Salinis et Gerbet, et dont l'influence fut considérable pour le retour de la France aux doctrines romaines. Le nouveau collaborateur donna à ce recueil quatre articles intitulés Considérations sur la Liturgie. Il essayait d'y rendre ce qu'il éprouvait de respect et d'aiïection pour la Liturgie i^omaine, et il établissait la nécessité pour la Liturgie d'être antique, universelle, autorisée et pieuse. Gesjprincipes allaient droit au renver-