‹ Institutions liturgiquesChapitre 61 sur 195 · TRAVAUX DE SAINT GREGOIRE LE GRAND · texte numérisé non relu

TRAVAUX DE SAINT GREGOIRE LE GRAND

avons vu, au chapitre précédent, le pape saint Célestin instituant le chant des antiennes et des répons, connus sous le nom d'Introït et de Graduel, et l'on ne saurait douter que ces morceaux ne fussent composés à l'instar des autres pièces du même genre que nous voyons dès lors en usage, soit dans la psalmodie des heures, soit dans la célébration de la messe. Il y avait aussi, comme nous l'avons vu , des préfaces et autres récits qui ne pouvaient être chantés sans un système de musique quelconque. Nous n'avons point à nous occuper, en cet endroit, du caractère du chant ecclésiastique; nous devons seulement rappeler en passant au lecteur que tous les hommes doctes qui ont traité des origines de la musique ont reconnu dans le chant ecclésiastique ou grégorien, les rares et précieux débris de cette antique musique des Grecs dont on raconte tant de merveilles. En effet, cette musique d'un caractère grandiose et en même temps simple et populaire, s'était naturalisée à Rome de bonne heure. L'Église chrétienne s'appropria sans trop d'efforts cette source intarissable de mélodies graves et religieuses; seulement, le respect dû aux formules saintes, souvent tirées des Écritures, qu'il fallait réduire en chant, ne permettant pas de les soumettre à une mesure qui en eût souvent altéré la simplicité et quelquefois même le sens, le chant de l'Église, quoique puisé dans les modes antiques,^ n'avait pour thème que des morceaux en prose et d'un rhythme vague et souvent irrégulier. On voyait que les Pontifes avaient cherché plutôt à instruire les fidèles par la doctrine contenue dans les paroles sacrées, qu'à ravir leurs oreilles par la richesse d'une harmonie trop complète. Toutefois, les besoins du culte avaient donné naissance, dans l'Église de Rome, à un grand nombre de pièces de chant, toutes en prose pour les paroles; car, à la différence de celle de Milan et de presque toutes les autres, elle n'ad^ mettait pas d'hymnes. Les motifs de la plupart de ces

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chants étaient inspirés par la réminiscence de certains airs i partie

r '^' 1, , . . , , .„ , CHAPITRE VII

familiers et dune exécution aisee, qu une oreille exercée — •■

reconnaît encore dans le répertoire grégorien , et qu'il serait facile de rétablir dans leur couleur première.

Ce recueil de chants appelait aussi une correction, et L'Antiphonaire

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Dieu , qui avait donné à saint Grégoire cette diction noble et cadencée qui lui permit de retoucher le Sacramentaire de saint Gélase, lui avait donné pareillement le sens de la musique ecclésiastique, à laquelle il devait même attacher son nom. « Grégoire, dit son historien, semblable dans la « maison du Seigneur à un nouveau Salomon, pour la « componction et la douceur de sa musique, compila un « Antiphonaire , en manière de centon , avec une grande « utilité pour les chantres (i). » Ces expressions compilavit^ centonem , font voir que saint Grégoire ne peut être considéré comme l'auteur proprement dit des morceaux qui composent son Antiphonaire; en sorte qu'il en est du chant ecclésiastique comme de toutes les grandes institutions du catholicisme : la première fois qu'on les rencontre dans les monuments de la tradition , elles apparaissent comme un fait déjà existant, et leur origine se perd dans une antiquité impénétrable. Mais il est permis de croire que saint Grégoire ne se borna pas à recueillir des mélodies : il dut non-seulement corriger, mais composer luimême plusieurs chants dans son Antiphonaire, par un travail analogue à celui qu'il avait accompli sur le Sacramentaire. Ce ne peut être qu'en qualité de correcteur éclairé et même de compositeur, que Jean Diacre le loue sur l'onction et la douceur de sa musique. Il nous serait impossible de préciser aujourd'hui avec certitude dans le détail, les morceaux de l'Antiphonaire grégorien qui appartiennent proprement au grand Pontife dont nous par-

(i) Deinde in domum Domini, more sapientissimi Salomonis propter musicae compunctionem dulcedinis, Antiphonarium centonem cantorurri studiosissimus nimis utiliter compilavit. (Joan. Diac, ibid,, cap. vi.)

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