Prologue Responsorial, porte, en tête, les vers suivants à la louange
en vers , . z-^ / •
à la louange de saint Grégoire :
de saint Grégoire
en tête Hoc quoque Gregorius, Patres de more secutus,
du Responsomal instauravit opus; auxit et in melius.
de Samt-Gall. ^ ' . , ,
His vigili Clerus mentem conamme subdat
SUR LA LITURGIE ROMAINE l65
Ordinibus, pascens hoc sua corda favo. i partie
Quem pia sollicitis solertia nisibus, omni chapitre vu
Scripturae campo legit et explicuit.
Carmina diversas sunt haec celebranda per horas,
Sollicitam rectis mentem adhibete sonis.
Discite verborum légales pergere calles,
Dulciaque egregiis jungite dicta Modis.
Verborum ne cura sonos, ne cura sonorum
Verborum normas nullificare queat.
Quicquid honore Dei studiis celebratur honestis,
Hoc summis jungit mitia corda Choris.
Pour assurer l'exécution parfaite des chants qu'il avait , ^^ole
^ ^ ^ de chantres
recueillis et renouvelés avec tant de soin, saint Grégoire établie et dotée
établit une école de chantres qui, au temps de Jean Diacre, saint Grégoire.
existait encore. Le saint Pape l'avait richement dotée et
lui avait assigné deux maisons dans Rome, l'une sous les
degrés de la basilique de Saint-Pierre, l'autre dans le
voisinage du palais patriarcal de Latran. « On conserve
« encore, dans cette dernière, ajoute l'historien, le lit sur
« lequel il se reposait en faisant répéter les modulations
« du chant, le fouet dont il menaçait les enfants et l'exem-
« plaire authentique de l'Antiphonaire (i). » Le Collège
des chantres établi par saint Grégoire a traversé les siècles
et après avoir subi diverses modifications et obtenu de
grands privilèges du Siège apostolique, il existe encore
aujourd'hui à Rome; il fait seul le service du chant à la
chapelle papale et dans les basiliques, quand le souverain
Pontife y célèbre les saints mystères. Conformément aux
usages de l'antiquité, lorsque les chantres de la chapelle
papale tiennent le chœur, l'orgue et les instruments de
musique sont interdits. Quant au chant grégorien, pro-
(i) Scholam quoque cantorum, quae hactenus eisdem institutionibus in sancta Romana ecclesia modulatur, constituit : eique cum nonnullis praediis duo habitacula, scilicet alterum sub gradibus basilicee beati Pétri Apostoli, alterum vero sub Lateranensis patriarchii domibus fabricavit : ubi usque hodie lectus ejus, in quo recubans modulabatur, et flagellum ipsius, quo pueris minabatur, veneratione congrua cum authentico Antiphonario reservatur. (Joan. Diac, ibidem.)
Saint Grégoire
permet à saint Augustin
d'emprunter
certains usages
aux Églises
des Gaules
pour les appliquer à l'Angleterre
qu'il évangélisait.
l66 PROGRES DE LA LITURGIE ROMAINE
prement dit, nous aurons occasion de parler en divers endroits de ses destinées et des changements et altérations dont il a été l'objet.
Nous avons vu, par la lettre de saint Grégoire à Jean de Syracuse, l'importance que mettait ce saint Pape à voir adopter la Liturgie romaine, telle qu'il l'avait réformée, par les Églises qui étaient du ressort immédiat du Siège apostolique. Mais le temps n'était pas venu encore où les Pontifes romains en décréteraient l'extension aux autres Églises de l'Occident. La volonté positive de saint Grégoire à ce sujet paraîtévidemment dans un passage de sa réponse aux difficultés que lui avait proposées le saint moine Augustin, apôtre de l'Angleterre. Ce dernier l'ayant consulté au sujet des usages qu'il était à propos de suivre, dans la célébration de l'office divin, et se plaignant du peu d'accord qu'il y avait entre les rites de l'Eglise romaine et ceux des Églises des Gaules, saint Grégoire lui répond : « Votre fraternité connaît la coutume de l'Eglise « romaine dans laquelle elle a été élevée ; mais je suis « d'avis que si vous trouvez, soit dans la sainte Eglise « romaine, soit dans celles des Gaules, soit dans toute « autre Église, quelque chose qui puisse être plus « agréable au Dieu tout- puissant, vous le choisissiez avec « soin, établissant ainsi, par une institution spéciale « dans l'Église des Anglais qui est encore nouvelle dans la « foi, les coutumes que vous aurez recueillies de plusieurs « Églises; car nous ne devons pas aimer les choses a cause « des lieux, mais les lieux à cause des bonnes choses (i). »
(i) IIL Interrogatio Augustini. Cur, cùm una fides, sunt ecclesiarum consuetudines tam diversae, et altéra consuetudo missarum est in Romana ecclesia, atque altéra in Galliarum ecclesiis tenetur ?
Responsio Gregorii Papœ. Novit fraternitas tua Romanae ecclesiae consuetudinem, in qua se meminit enutritam, Sed mihi placet ut sive in sancta Romana, sive in Galliarum, sive in qualibet ecclesia, aliquid invenisti, quod plus omnipotenti Deo possit placere, sollicite eligas, et in Anglorum ecclesia, quœ adhuc in fide nova est, institutione praecipua quae
DANS l'occident I 67
Nous ensa^eons le lecteur à noter ce passage remar- i partie
w «Il CHAPITRE VII
quable, comme noXis lui avons recommande pareillement
de garder le souvenir d'un fameux texte de saint Cyprien, au chapitre ïv. La marche de cette histoire nous mettra à même de constater les applications pratiques qu'on a prétendu faire de l'un et de l'autre, dans un certain pays. Ici, nous n'avons qu'une chose à faire : c'est d'enregistrer le fait et de dire sa valeur à l'époque à laquelle il s'est passé.
Nous dirons donc qu'il est mis hors de doute, par ledit Fausses
* , . . ^ conclusions
texte, que saint Grégoire ne voulut pas astreindre la nou- qu'on velle Église d'Angleterre à suivre les usages de l'Église de cette
j .V ^ 1 • • ^ j- ^}^ '^ ^- j ^' condescendance.
romaine, de manière a lui interdire 1 imitation des pratiques usitées dans les Gaules, ou dans tout autre pays'; nous ajouterons même, si l'on veut, et à plus forte raison, que notre grand Pape n'entendit pas davantage abroger les coutumes saintes et encore existantes de l'antique Église des Bretons qui n'était pas absolument éteinte par toute l'Angleterre, à l'époque de la mission de saint Augustin. Mais nous dirons que cette permission d'adopter ainsi divers usages, donnée postérieurement par saint Grégoire à ses missionnaires, ne prouve pas qu'il ne les eût pas chargés, en partant, des livres liturgiques de l'Église romaine, pour l'usage de leur nouvelle chrétienté. Il ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre que saint Augustin et ses compagnons ne durent pas attendre pour célébrer les saints mystères et les offices divins d'avoir formé un prétendu corps de Liturgie, à l'aide de tant de matériaux hétérogènes. Quand saint Augustin adressait à saint Grégoire la question à laquelle ce saint Pape fit la réponse que nous venons de citer, lui permettant de puiser des usages aux diverses sources approuvées, saint
de multis ecclesiis colligere potuisti infundas. Non enim pro locis res sed pro bonis rébus loca nobis amanda sunt. (Labb. ConciL, tom, V, pag. i56*8.)
l68 PROGRÈS DE LA LITURGIE ROMAINE
INSTITUTIONS ' Augustlii SLYsàt déjà organisé sa nouvelle chrétienté, -^^^^^ baptisé un grand nombre d'infidèles, ordonné des prêtres
et même des évêques; or, suivant quel autre rite que celui de l'Église romaine, le saint Apôtre avait-il accompli toutes ces choses ? La légèreté de certains hommes prévenus a pu seule leur faire ici prendre le change ; ils y ont vu ce qu'ils y voulaient voir, et non ce qui y était véritablement. En outre, une étude plus patiente des monuments La Liturgie de l'histoire liturgique de l'Eglise leur eût appris que,
a toujSurs^été soit que les usages dont parle saint Grégoire n'eussent
de iwîeterre. rapport qu'à des détails de peu d'importance, soit que les évêques d'Angleterre n'aient pas jugé à propos de profiter de la permission que leur donnait le saint Pape, la Liturgie romaine, épurée à sa source, a seule régné dans la Grande-Bretagne, depuis la prédication de saint Augustin jusqu'à la Réforme du seizième siècle, qui, il faut l'avouer, n'a montré nulle part une forte prédilection pour la Liturgie romaine.
L'archichantre Bède rapporte, en effet, que, vers l'an 676, saint Benoît saint Pierre Biscop, illustre abbé d'Angleterre, étant allé à Rome,
dans^ia^Gmnde- obtint du pape saint Agathon la permission d'emmener Bretagne ^^^ dâTis la Grande-Bretagne, Jean, archichantre de
par le pape 07 7
saint Agathon, l'égrlise de Saint-Pierre, pour enseigner en son monastère
a la prière ^ ira
du saint abbé « le rite annuel (cursum anmium) observé dans l'église de
Benoît Biscop, . , . • i 1 / 1
^ pour « Saint- Pierre de Rome. Jean, qui était aussi abbe du
V résler l'ordre
annuel « monastère de Saint-Martin, se conforma à l'ordre du de Poffice^divin. « pontife ; c'est pourquoi il apprit aux chantres de saint « Benoît Biscop l'ordre et le rite de chanter et de lire à « haute voix, et tout ce que requérait la célébration des « jours de fête, durant tout le cours de l'année; il laissa « tous ces détails par écrit, et on les garde encore dans le « même monastère, d'où ils ont été transcrits pour l'usage « d'un grand nombre d'autres (i). »
(i) Intererat huic synodo, pariterque catholicas fidei décréta firmabat vir venerabilis Joannes, archicantor ecclesiee sancti Pétri, et abbas monas-
DANS l'occident 169
On doit se rappeler que toutes les cathédrales de l'Angleterre étaient desservies par des moines; en] sorte que les usages liturgiques de ceux-ci étaient pour ainsi dire ceux de toutes les Eglises de ce royaume. Il faut remarquer aussi que le service demandé par saint Benoît Biscop et accordé par l'archichantre Jean, consistait principalement à rétablir les traditions du chant qui se perdent ordinairement les premières, et que nous ne voyons rien dans Bède qui marque que, pour la lettre liturgique des offices divins, on eût jusqu'alors fait aucun changement. Depuis cette époque, on ne voit aucune trace de l'introduction des livres romains en Angleterre, et au contraire tous les monuments postérieurs, sans exception, s'accordent à nous les montrer en usage.
Nous nous contenterons de citer ici en preuve de ce fait, le treizième canon du second concile de Cloveshoe, tenu en 747. Voici ce qu'il porte : « Les saintes et sacrées
I PARTIE CHAPITRE VII
Canon
du 11^ concile
de Cloveshoe
en 747
ordonnant
solennités de notre Rédemption seront célébrées suivant M^tradfdo^n^^
liturgique
de l'Église
romaine.
« la règle que nous tenons par écrit de l'Eglise romaine,
terii beati Martini, qui nuper venerat a Roma per jussionem papas Agathonis, duce reverendissimo abbate Biscopo, cognomine Benedicto, cujus supra meminimus. Cum autem idem Benedictus construxit monasterium Britanniae, in honorem beatissimi Apostolorum principis, juxta ostium fluminis Vuyri, venit Romam cum cooperatore ac socio ejusdem operis Ceolfrido, qui post ipsum ejusdem monasterii abbas fuit (quod et ante sœpius facere consueverat) atque honorifice a beatae mémorise papa Agathone susceptus est; petiitque et accepit ab eo in munimentum libertatis monasterii quod fecerat, epistolam privilegiis ex auctoritate apostolica firmatam juxta quod Ecgfridum regem voluisse ac licentiam dédisse noverat; quo concedente et possessionem terrae largiente, ipsum monasterium fecerat; accepit et praefatum Joannem abbatem. in Britanniam perducendum, quatenus in monasterio suo cursum canendi annuum, sicut ad sanctum Petrum Romae agebatur, edoceret. Egitque abbas Joannes, ut jussionem acceperat Pontiiicis, et ordinem videlicet, ritumque canendi ac legendi viva voce praefati monasterii cantores edocendo, et ea quae totius anni circulus in celebratione dierum festorum poscebat, etiam litteris mandando : quae hactenus in eodem monasterio servata, et a multis jam sunt circumquaque transcripta. (Bed., Hist. eccles., lib. IV, cap. xviii.)
lyo PROGRES DE LA LITURGIE ROMAINE
INSTITUTIONS « daHS tous Ics rites qui les concernent, soit pour l'office
■ ■ « du baptême, soit pour la célébration des messes, soit
« pour la manière du chant. De même, pendant tout le
« cours de l'année, les fêtes des saints seront vénérées à
a jours fixes, suivant le Martyrologe de la même Église
« romaine, avec la psalmodie et le chant convenable (i). »
Toutes II en devait nécessairement arriver ainsi, dans toutes
nouveifement ces Églises que Rome fondait en Occident, depuis celle
par le" Pontifes d'Angleterre, par saint Augustin, jusqu'à celles des diverses
recolverft régions germaniques ou slaves, par saint Boniface, saint
nécessairement Adalbert et tant d'autres, et celles des royaumes du Nord,
la Liturgie ...
cie par saint Anschaire, saint Rembert, etc. Ces Apôtres,
rEglise mère, ^ . , , . . , ^. , .
en vertu moines bénédictins, envoyés par le Siège apostolique, ne
du principe . i» i- i
posé par pouvaient porter avec eux d autres livres que ceux de
saintinnocentler ' . • j ^ -i • ^ i • • tvt
lEglise romaine dont us recevaient leur mission. Nous avons vu quel droit liturgique, dès l'an 400, saint Innocent P'' faisait découler, pour le Siège apostolique, du seul fait de la fondation des Églises d'Italie, des Gaules, d'Espagne et d'Afrique, par saint Pierre et ses successeurs. Ce principe posé dès lors, et d'ailleurs fondé sur la nature des choses (la fille devant parler la langue de sa mère), devait, un jour, développer ses conséquences, et en attendant qu'il amenât la destruction totale des Liturgies gallicane et gothique, déjà il obligeait les Pontifes romains à ne plus souffrir de dissonances dans les nouvelles Églises qui s'élevaient avec une si admirable rapidité, aux septième, huitième, neuvième et dixième siècles. L'unité grandissaittoujours, en proportion de la charité. Notre asser-
(i) Tertio decimo definitur decreto, ut uno eodemque modo dominicae dispensationis in carne sacrosanctae festivitates, in omnibus ad eas rite competentibus rébus, id est in baptismi officio, inmissarum celebratione, in cantilena modo celebrentur, juxta exemplar videlicet quod scriptum de Romana habemus ecclesia. Itemque ut per gyrum totius anni natalitia sanctorum uno eodemque die, juxta martyrologium ejusdem Romanae ecclesiae, cum sua sibi convenienti psalmodia seu cantilena venerentur. (Concil. Cloveshaviœ //, can. xiii. Labb., tom. VI, pag. lôyy.)