‹ Institutions liturgiquesChapitre 67 sur 195 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

l'antiquité, travailler à la correction de la Liturgie de son

église. On peut donc lui attribuer un travail analogue à celui

de saint Gélase et de saint Grégoire sur le Sacramentaire Travaux de

^ - saint Ambroise

romain : mais c est sans aucune espèce de preuve que Pa- sur la Liturgie mélius (i) attribue, d'une manière précise, à saint Ambroise, ^(JÎJ nonf. la composition du plus grand nombre des messes, oraisons, et préfaces du Missel ambrosien actuel. Lorsque le saint docteur monta sur le siège de Milan, ayant reçu dans l'espace de quelques jours le baptême et l'épiscopat, il trouva sans doute une Liturgie toute faite, et dut mettre son application à l'exécuter, avant de songer à y faire des changements et des améliorations (2). Dom Mabillon, au tome second du Musœum Italicum^ énumère les allusions que présentent les divers écrits de saint Ambroise aux usages liturgiques de son temps, et s'en sert pour fixer jusqu'à un certain point la forme du service divin dans l'Église de Milan, au vi® siècle (3). Il dit ailleurs que les fameux livres des Sacrements semblent être le fondement de la plupart des rites ambrosiens (4); mais ce savant homme n'a pas jugé à propos de discerner ceux de ces usages qui ont pour instituteur saint Ambroise, d'avec ceux qui lui sont antérieurs. Cette tâche eût été, en effet, bien difficile, pour ne pas dire impossible, à remplir : toutefois, on peut donner avec certitude à saint Ambroise, outre l'institution du chant alternatif dans l'Occident, un grand nombre d'hymnes qui furent accueillies avec enthousiasme par beaucoup d'églises; jusque-là qu'au rapport de Walafride Strabon (5), en certains lieux, on les chantait même à la messe ; de plus,

(i) Liturgia, tom. I,pag. 45 1.

(2) Lebrun, Explication de la Messe, tom. II, pag. 176.

(3) Musœum Italicum, tom. I, pag. loi.

(4) De Liturgia Gallicana, lib. I, cap. 2, n» 7, pag. 8. {5) De Rébus ecclesiasticis, cap. xxv.

INSTITUTIONS Ics mcsscs des martyrs, dont le saint évêque découvrit

LITURGIQUES . . __ . ^ i ^ •

les corps, «savoir les saints iNazaire et Celse, Gervais et

Protais, Vital et Agricole ; un certain nombre de préfaces, que Walafride Strabon nomme Tractatus, en l'endroit déjà cité ; les prières pour la Dédicace de l'église, pour la consécration des saintes Huiles, pour la bénédiction du Cierge pascal, qui toutes portent en tête le nom de saint Ambroise, dans les plus anciens Sacramentaires, etc. Quant aux prières de préparation à la Messe, Sum-' me Sacerdos et Ad mensam diilcissimi, qui sont insérées dans les Missels et les Bréviaires, sous le nom de saint Ambroise, on ne voit rien qui puisse justifier cette assertion. Les Bénédictins, éditeurs de notre saint docteur, n'ont trouvé la première dans aucun manuscrit, et n'ont rencontré la seconde que dans un seul qui ne datait pas d'au-delà de sept cents ans.

Fréquente Un fait digne de remarque dans la Liturgie ambro-

conrormite ° .

de la Liturgie sienne, c'est la fréquente conformité avec la romaine.

ambrosienne 11/^

Non-seulement le Canon est presque entièrement semblable, mais un grand nombre d'introït^ d'oraisons, d'épîtres, d'évangiles, sont identiquement les mêmes dans les Missels des deux Églises. Le Bréviaire offre, aussi plusieurs ressemblances du même genre. Il semble même que les livres romains aient été imités à Milan, avec une intention toute particulière ; car on trouve au Missel ambrosien la mémoire de sainte Anastasie, dans la seconde messe de Noël, mémoire qui ne convient qu'à; la Station qu'on fait à Rome dans l'église de cette sainte, : ainsi que nous le dirons ailleurs (i). On trouve en outre au Canon, l'addition de saint Grégoire : Diesque nostros\ in tua pace disponas. Faut-il attribuer cette conformité à]

avec la romaine.

(i) On ne trouve plus cette mémoire dans le Missel du Cardinal Gays-"] ruk, imprimé en i83o; mais outre les manuscrits, nous avons, en faveur] de ce fait caractéristique, le Missel gothique, in-quarto, imprimé à Milan,, en i5oo, et plusieurs de ceux qui l'ont suivi.

DES LITURGIES PARTICULIERES d'oCCIDENT 187

une exigence du Siège apostolique, qui aurait voulu que i partie;

^ , . , . . CHAPITRE VIII

l'Eglise de Milan, qui était de sa Primatie, comme toutes "

celles d'Italie, eût au moins dans ses usages quelque Origine de cette chose de commun avec l'Eglise de Rome, et principalement le Canon ? ou faut-il expliquer cette communauté de rites et de prières par des emprunts volontaires, et peut-être réciproques ? car l'Eglise romaine a, de tout temps, été dans l'usage d'adopter ce qui lui paraissait louable dans les autres, et l'on voit au Sacramentaire de saint Grégoire plusieurs prières qui portent en titre le nom de saint Ambroise. Il est probable que ces deux hypothèses renferment quelque chose de véritable. Comme nous devons donner en temps et lieu la description de la messe et de l'office du rite ambrosien, nous nous contenterons ici de faire l'histoire abrégée des vicissitudes par lesquelles ce rite a passé.

L'Église de Milan s'est montrée, dans tous les temps, L'Église de fort jalouse de l'intégrité de ses usages. Charlemagne, jalouse de

1 ^ u- ^A^ ^ 1 j l'intégrité de ses

ainsi que nous le raconterons bientôt, ayant conçu le des- usages, les sein d'établir le rite romain dans toutes les Églises de ch^riemagne! l'Occident, voulut étendre jusqu'à l'Eglise même de Milan cette mesure vigoureuse. Il fut contraint de reculer dans son entreprise, tant était profonde la vénération qui s'attachait à l'œuvre réputée de saint Ambroise, L'opposition du clergé et du peuple fut même confirmée par un prodige, si nous en croyons Landulphe, historien de l'Eglise de Milan, qui écrivait en 1080, et qui a été copié par Beroldus et Durand de Mende, D'après ce récit, un évêque des Gaules, nommé Eugène, père spirituel de Charlemagne, aurait intercédé auprès de ce prince, à Rome même, pour la conservation du rite ambrosien, qu'il nommait le Mystère des Mystères. Les avis étant partagés, on indique un jeûne, des prières, pour obtenir de Dieu qu'il veuille décider sur la préférence qu'on doit donner à l'un des deux Sacramentaires, gré-

l88 DIGRESSION SUR l'hiSTOIRE

INSTITUTIONS sorieii ou ambrosien. Les deux livres, liés et scellés,

LITURGIQUES , , n i i • -r>w

sont déposas sur lautel de saint Pierre ; celui des deux

qui s'ouvrira sans qu'on y touche, sera préféré. Les Miraculeuse portes de l'église demeurent fermées durant trois jours;

intervention du ^ . n • i i r< •

Ciel en faveur apres Cet intervalle, on revient consulter le Seigneur :

de la Liturgie , , i i i •!• > n n

ambrosienne. tout à coup, les portes de la basilique s ouvrent d ellesmêmes. On avance vers l'autel; les livres y sont encore immobiles et fermés. On gémit, on prie de nouveau. Soudain, les deux Sacramentaires s'ouvrent à la fois avec un grand bruit. Alors, ce cri se fait entendre dans l'assemblée : « Que l'Eglise universelle loue, conserve, garde a dans leur intégrité le mystère grégorien et le mystère « ambrosien ! »

Cette histoire si dramatique, rapportée d'après les auteurs que nous venons de citer, par D. Mabillon et par le P. Lebrun, est considérée comme suspecte par Muratori (i), qui ne conteste pas d'ailleurs les efforts inutilement faits par Charlemagne pour abolir le rite ambrosien. , Il faut dire aussi que le docteur milanais n'apporte pas de preuves à l'appui de son sentiment.

Nicolas II Nicolas II qui, en 1060, avait fait des tentatives pour

et saint Pierre . -liv-

Damien, par abolir en Espagne le rite gothique, fit aussi des enorts ^pontife, ^ pour abolir le rite ambrosien. Il se servit à cet effet du vain^emen^t zèle de saint Pierre Damien, homme énergique et capable ^ ambrosi^en?^ ^^ ^^^^^ réussir cette entreprise, si le succès en eût été possible. Ce grand cardinal échoua dans sa légation, et bientôt Nicolas II fut remplacé sur la Chaire de Saint- Pierre par Alexandre II, Milanais, qui n'inquiéta point ; ses compatriotes dans la jouissance de leurs usages. Nous^ ne voyons pas que saint Grégoire VII, si zélé pour la propagation du rite romain, ait rien entrepris contre la Liturgie ambrosienne. Cette Liturgie prit même vers ce temps une sorte d'ex-

(i) Antîquitates Jtalice, tom. IV, pag. 834.

DES LITURGIES PARTICULIERES d'oCCIDENT 189

tension, qu'elle devait à la beauté incontestable de ses i partie

■•• ^ ^ . . , CHAPITRE VIII

formules et à la vénération qu'inspirait son auteur pre-

sumé. D. Mabillon, dans le Miisœum Italicum, a publié

plusieurs lettres de Paul et Gebehard, prêtres de l'Eglise La Liturgie

. de l'Efflise

de Ratisbonne, par lesquelles, vers l'an 1024, ils s'adres- de Milan portée sent au prêtre Martin, trésorier de l'église de Saint- ^eipius^tard^ Ambroise à Milan, à l'effet d'obtenir de lui les livres de ^^ Bohême. l'Office ambrosien, pour les répandre en Allemagne (i). Vers le milieu du xiv' siècle, on vit l'empereur Charles IV établir ce même Office de Milan dans l'église de Saint- Ambroise à Prague (2) ; et le Sacramentaire tripartite que l'abbé Gerbert a publié dans sa Liturgia Alemannica (3), et qu'il avait tiré de l'abbaye de Saint-Gall, se compose de l'ambrosien, du gélasien et du grégorien. Au reste, ce sont là les seuls indices que nous ayons d'une exportation quelconque des usages ambrosiens, hors de Milan. Reprenons l'histoire des attaques auxquelles ils ont été en butte, jusqu'à leur reconnaissance définitive par le Saint- Siège.

Muratori rapporte, dans l'ouvrage cité plus haut, que Le peuple le cardinal Branda de Gastiglione ayant été envoyé, en se soulève pour 1440, par Eugène IV, en Lombardie, en qualité de Légat, rite ambrosien conçut le dessein d'abolir le rite ambrosien, jusque-là card^iTia^Branda qu'il osa s'emparer d'un ancien Sacramentaire qu'on '^^ Cajtigiione, croyait venir de saint Ambroise lui-même, et que le jour d'Eugène iv. de Noël il fit chanter la messe au rite romain, dans l'église même du saint docteur. Le peuple furieux courut aussitôt investir la demeure du légat, le menaçant de mettre le feu s'il ne rendait le Sacramentaire qu'il avait enlevé. Le cardinal, effrayé de cette sédition, jeta le livre par la fenêtre, et sortit de la ville dès le lendemain.

Vers la fin du même siècle, en 1497, Alexandre VI

(i) Musœum Italicum, tom. I, pag. 95-99.

(2) Gerbertus, Vêtus Liturgia Alemannica, tom. I, pag. 63.

(3) Ibidem, tom. IL

igO DIGRESSION SUR L HISTOIRE

INSTITUTIONS rccoiinut solennellement, et confirma dans une Bulle rap-

portée par Ughelli (i) le droit des ducs et du peuple de

Milan, de célébrer, suivant le rite ambrosien, les messes, Alexandre VI les cérémonies, le chant, les offices tant de jour que de

confirme le rite , ^. . , .

ambrosien. nuit, saus f rien changer. Il est vrai que le Pape spécifie l'église et monastère de Saint-Ambroise, mais il n'exclut pas expressément les autres églises de la ville et du diocèse. Aussi on commença peu à peu à imprimer les livres d'usage du rite ambrosien, pour les nécessités de ces diverses églises, et lorsque saint Pie Y, par les Bulles de saint Pie V dont nous parlerons bientôt, déclara exemptes de Foblipifbiicati'on gatiou de recevoir les livres romains, les églises dont les ^ etX^^^^ Bréviaires remontaient au-delà de deux siècles, le rite

œr^robo°e^t\e^ ^"^^^^^^^^ ^^^i P^^ ^^ même, indirectement, mais sédroit de l'Église rieusement reconnu pour Milan et son territoire. Fondé

milanaise au ^ ^ ^

lieu de dès lors sur l'évidence du droit, saint Charles Borromée,

l'infirmer. . . i t.t-i • i

. ayant appris que le gouverneur de Milan avait obtenu du

ZjQIq de saint .^

Charles Pape un bref qui l'autorisait à se faire dire la messe sui-

Borromée pour , . . , i / ,. ^ ., i • i •

le maintien du vaut le rite romaiu, dans toutes les églises ou il lui plairait d'aller, réclama avec force contre cette permission, dans une lettre adressée à un de ses amis, à Rome, et qui est conservée comme une relique dans l'église de Saint- Alexandre des Barnabites de Milan. Le P. Lebrun a donné ; cette lettre : nous la plaçons à la fin du présent chapitre (2). Au reste, elle n'est pas la seule qu'ait écrite à Rome le pieux cardinal pour la défense de la Liturgie ambrosienne. On en garde encore plusieurs autres dans la bibliothèque du Vatican. Ce grand homme, pour expliquer son zèle en cette matière, avait coutume de dire que la Liturgie ambrosienne était moins milanaise encore que romaine.^ ayant reçu tant de fois l'approbation expresse des souverains Pontifes (3).

(i) Italia Sacra, Ecclesia Mediolanen, tom, IV, pag. 385.

(2) Vid. la Note A.

(3) Sala Not. in Bonœ Rerum liturgie, lib. I, cap. x, pag. i85.

DES LITURGIES PARTICULIERES d'oCCIDENT I

Tel a été de tout temps le zèle des Milanais pour la ^ partie

^ ^ ^ ^ CHAPITRE VIII

conservation de leur rite, dont ils ont, au reste, assez fidèlement gardé l'intégrité, sauf l'addition qu'ils ont faite d'un grand nombre de fêtes de Saints. Mais on peut dire L'attachement

^ ^ ^ des Milanais

qu'ils poussent l'intolérance à l'égard des autres Litur- po^r leur

, . • ï 1 * 1 Liturgie

gies, la romame y comprise, au-delà de ce qu'on a poussée jusqu'à

1 j t 1 «r n- / 1- l'intolérance

jamais pu reprocher de plus exclusir aubiege apostolique, mêmeâ l'égard

TT ^ r ' j 1 ' -^^ j ,. de la romaine.

Un exemple fera juger de la vente de ce que nous disons. En iSSy, nous étions à Rome, et nous venions de célébrer les saints mystères à la Confession de Saint- Pierre; un chanoine de la cathédrale de Milan se présenta accompagné d'un clerc milanais. Ce dernier portait un missel ambrosien; il le posa sur l'autel sous lequel l'univers entier vénère la cendre du Prince des apôtres. Le chanoine milanais commença tout aussitôt la messe et l'acheva paisiblement, suivant ce rite étranger. Peu de mois après, nous étions nous-même à Milan : nous demandâmes à célébrer le saint sacrifice sur le corps de saint Ambroise. On nous montra un règlement solennel qui défend d'offrir les saints mystères sur cet autel, autrement qu'en la forme ambrosienne : le rite romain n'était pas excepté. Il nous fallut donc sacrifier notre pieux désir.

Au reste, l'inconvénient ordinaire des Liturgies particu- L'inconvénient Hères s'est fait sentir à Milan, comme en d'autres lieux. pa^kSifres La puissance séculière a dû prétendre une surveillance ^^^^^^tiaii^"^^ sur des formes qui ne sont que nationales, et non communes à toutes les Eglises. Naples, Florence, Venise, célèbrent la fête de saint Grégoire VII, malgré le déplaisir qu'en éprouvent et qu'en ont souvent manifesté leurs gouvernants; ces Églises jouissent de cette liberté, parce qu'elles sont astreintes au Bréviaire romain, publié par le Saint-Siège. L'Eglise de Milan n'a pas osé jusqu'ici rendre cette Église n'a un culte au grand Pontife, que l'Europe éclairée proclame Jîf ^cuke î'sdnt aujourd'hui l'héroïque vengeur de la dignité humaine et Grégoire vu. de la civilisation. Comme nos Églises de France, elle n^a

INSTITUTIONS pas sulvî l'injonction du Pontife romain, qui ordonna,

il y a un siècle, à toutes les Eglises du rite latin, de solen-

niser la mémoire du glorieux Hildebrand. Ces Eglises manquaient de cette force que l'unité et l'universalité des formes peuvent seules donner, et qu'elles maintiennent, au défaut même du courage.

L'Eglise Après l'Eglise de Milan, ^//e de VEglise romaine (i), et

africaine fille de - wivua i- • i,t^i- ii*r-

l'Église fondée des rage apostolique, vient 1 Eglise d Afrique, qui comme^cèue de ^^^^ pareillement son origine au Siège de Rome, sous le Milan. règne d'Adrien (2). Cette Église, l'une des principales divisions du patriarcat d'Occident, comprenait la province dite Consularis^ dont Carthage était la capitale, la Mauritanie et la Numidie. Son origine indique assez la conformité qui devait exister, au moins jusqu'à un certain degré, entre ses usages liturgiques et ceux de l'Eglise romaine.

La Liturgie Les fragments ou les allusions que nous rencontrons

africaine a dû , ,,. . ^ . . . . . J

être conforme dans TertuUien, saint Cyprien, saint Augustin, paraissent, j

^la romaine^ ^ Ics unes se rapporter assez bien aux formes de la Litur- \

puîsse^pasîe g^^ romaine, les autres s'en écarter plus ou moins. Il est

lerécrks^der ^^^^ ^^ ^^^^ ^^ ^^ Liturgie romaine, au temps de ces

Pères de cette auteurs, devait être quelque peu différente de ce qu'elle

nous apparaît dans l'œuvre de saint Gélase et de saint

Grégoire. Quoi qu'il en soit, des auteurs très-graves

maintiennent comme indubitable l'identité primordiale

de la Liturgie africaine avec la romaine (3). On a dit,

mais sans le prouver, que saint Augustin avait introduit

en Afrique la Liturgie de Milan ; dans tous les cas, ce fait

ne saurait démontrer qu'on ne suivait pas en Afrique la.

Liturgie romaine, antérieurement à saint Augustin : et]

d'ailleurs, il ne dépendait pas du seul évêque d'Hipponej

(i) s. Pétri Damiani Opusc, V, tom. III, pag. 78.

(2) Schelestrate^ Antiquitas Ecdesiœ illustrata, tom. II.

(3) Bona, Rerum liturgicarum, lib. I, cap. vu, § III. Lebrun, Explîca-' tion delà Messe, tom. II, pag. 167.

DES LITURGIES PARTICULIÈRES D'oCCIDENT IqS

de changer les usages de toutes les églises d'Afrique, si i partie

^ '^ ^ ^ ^, CHAPITRE VIII

nombreuses et si attachées à leurs anciennes pratiques. ~~

Quoi qu'il en soit, nous pensons que la conformité de la Liturgie d'Afrique avec la romaine, n'empêchait pas la première d'avoir et de conserver certains usages particuliers, ainsi que nous en apercevons les traces dans les auteurs que nous avons cités, auxquels on peut encore ajouter Marins Mercator et saint Fulgence. En outre, quel était l'ordre du Sacramentaire publié par Voconius, vers 460, trente ans après la mort de saint Augustin ? En quoi était-il conforme à celui de l'Eglise de Rome? En quoi s'en écartait-il? La question nous paraît insoluble. Disons toutefois qu'on ne trouve nulle part, dans l'antiquité, la trace d'une Liturgie africaine : la tradition ne nous parle que de celles de Rome, de Milan, des Gaules et de l'Espagne. Nous maintiendrons donc notr'e sentiment, jusqu'à ce que de nouvelles découvertes nous aient contraint à l'abandonner.

La Liturgie de l'Église des Gaules est trop différente de m. La Liturgie la romaine, pour qu'on puisse croire qu'elle en soit issue; se distingue

^ ^ 1' 11- j)'« • 1 par un caractère

on a au contraire tout heu de la juger d origme orientale. orientai D'abord, en elle-même, elle présente beaucoup d'analogie ^^^podgine ^ avec les rites des églises d'Orient, et si l'on considère les ^^apôtref^^ pays d'où sont venus les premiers apôtres des Gaules, on ^^^ Gaules. s'expliquera aisément cette conformité. Saint Trophime, fondateur de l'église d'Arles, était disciple de saint Paul ; saint Crescent, pareillement disciple du même saint apôtre, prêcha dans les Gaules ; saint Pothin et saint Irénée, apôtres de Lyon, vinrent de l'Asie, aussi bien que saint Saturnin, apôtre de Toulouse; enfin, la lettre des églises de Vienne et de Lyon à celles d'Asie et de Phrygie, montre, avec tous ces faits, d'une manière incontestable^ que les églises des Gaules sont filles de l'Orient: leur Liturgie devait donc l'être aussi. Sans doute, tous ces apôtres passèrent par Rome, centre de toute mission légi-

jg4 DIGRESSION SUR l'HISTOIRE

,.sT.TUT,oNs time: car telle est la tradition de toutes nos Églises; mais LITURGIQUES .^ ^,^^^.^ ^^^ naturel qu'à cette époque de conquêtes, le Siège apostolique suscitât des entraves indiscrètes aux courageux prédicateurs que l'Orient dirigeait sur l'Occident, et leur imposât des usages différents de ceux qu'ils avaient puisés dans les régions d'où ils étaient partis pour évangéliser avec tant de zèle. Nous avons fait voir plus haut comment les tendances à l'unité liturgique, jusqu'alors suspendues par les circonstances, se développèrent, quand la paix eut été donnée aux églises.

Splendeur La Liturgie gallicane est donc, avec l'ambrosienne, et destinée de ^^ j^g monuments les plus précieux du premier âge de cette Liturgie. j,^^j.^^ ^^^^ la ferons connaître dans ses détails, à mesure que l'occasion s'en présentera. Bientôt nous aurons à raconter sa destruction, par les efforts réunis du Siège apostolique et des princes carlovingiens. Nous suspendrons donc ici ce qui nous reste à dire sur cette importante Liturgie, dont notre illustre Mabillon, dans un ouvrage spécial (i), a détaillé toute la splendeur, en même temps qu'il a reproduit les débris mutilés des livres qui la contenaient. Si le temps et l'espace nous le permettaient, nous aimerions à faire le récit des pompes du rite gallican, telles qu'elles apparaissent dans les écrits de saint Sidoine Apollinaire et de saint Grégoire de Tours; mais nous ne résisterons pas au désir d'offrir au lecteur un tableau de l'Église de Paris au vi" siècle, tracé par saint Venance Fortunat, dans un éloge de saint Germain et de son clergé. On y verra la gravité et la majesté de l'office divin, l'accord de la psalmodie, l'emploi des orgues, des flûtes, des trompettes, pour l'accompagnement des chants sacrés (2). Nous avons donné dans les chapitres précédents les noms des liturgistes auxquels l'Église gallicane

{i) De Liturgia Galîicana îibri III . i685. (2) Vid. la Note B.

DES LITURGIES PARTICULIERES D^OCCIDENT igS

était redevable de la beauté et de l'éloquence de ses formules sacrées.

L'Église d'Espagne présente maintenant à notre observation ses usages liturgiques. S'il nous fallait approfondir dans ces Institutions toutes les questions qui se rattachent

[aux origines du rite mozarabe, un volume entier ne suffirait pas pour exposer et résoudre les nombreuses difficul-

; tés dont cette matière est semée. Nous serons donc forcé de nous borner à consigner seulement ici quelques notions.

On agite en premier lieu la question de savoir quelle Liturgie fut exercée primitivement en Espagne, après l'établissement du christianisme en ce pays. Plusieurs auteurs, à la tête desquels nous inscrirons le docte Père Lebrun (i), soutiennent que les usages de l'Eglise romaine furent d'abord observés en Espagne, et ils s'appuient sur le fait de la fondation de cette église par les sept évêques envoyés par saint Pierre, et sur quelques canons des anciens conciles d'Espagne, qui montrent en vigueur plusieurs pratiques identiques à celles de Rome, telles que le jeûne du samedi, la coutume de ne lire qu'une seule épître à la messe, etc. Le savant père Pinius, dans l'excellente dissertation qu'il a placée en tête du sixième tome des Actes des Saints du mois de Juillet, et Florez,en son Spagna Sagrada^ dans une dissertation sur le même objet(2), reconnaissent aussi l'origine romaine de la Liturgie primitivement gardée en Espagne (3). Ils sont énergiquement combattus par le jésuite Lesleus, dont nous avons déjà cité la curieuse préface au Missel mozarabe (4). Ce dernier

I PARTIE CHAPITRE VIII

La Liturgie

gothique

ou mozarabe

d'Espagne.

Controverses

des savants

au sujet

de son origine.

Affinité des usages

liturgiques primitifs de Rome et de

l'Espagne.

(i) Explication de la Messe, tom. II, dissertât. V, art. i.

(2) Tractatus historico-chronologicus de Liturgia antiqua Hispanicd, cap. I.

(3) Spagna Sagrada, tom. III, pag. 187 et suiv.

(4) Missale mixtum secundum RegulamBeatiIsidori,dictum Mozarabes, praefatione, notis et appendice ab Alexandre Lesleo S. J. Sacerdote ornatum. Romae, 17 5 5.

196 DIGRESSION SUR l'hISTOIRE

INSTITUTIONS s'appuîc sur les canons de divers conciles d'Espagne,

LITURGIQUES ^^ . -i,

aux V® et vi^ siècles , dans lesquels sont signalées

plusieurs particularités de l'office divin, qui paraissent plutôt s'accorder avec l'office mozarabe qu'avec celui de l'Église de Rome. Cependant il semble qu'on peut dire, non sans quelque apparence de raison, que ces divers faits ne prouvent pas que les usages de l'Eglise romaine n'aient pas été primitivement ceux de l'Eglise d'Espagne; car on n'a jamais prétendu que la conformité des usages avec Rome, à cette époque, fût possible pour quelque Eglise que ce soit, avec la rigueur qu'on y peut mettre aujourd'hui. En outre, il reste bien peu de monuments à l'aide desquels on puisse constater l'état précis de la Liturgie de Rome, tant pour la messe que pour les offices divins, avant saint Gélase et saint Grégoire. On peut encore ajouter à cela que l'affinité des usages liturgiques, tant de Rome que de l'Espagne, ne saurait être plus énergiquement attestée que par l'envoi que fit, en 538, le pape Vigile à Profuturus,, évêque de Brague, de l'ordinaire de la messe romaine. Assurément, jamais un pape n'a fait un pareil envoi au patriarche de Constantinople ou d'Alexandrie. Il fallait donc que les évêques d'Espagne eussent eu recours au Siège apostolique, comme à la source de leurs traditions liturgiques, et cette conjecture est d'autant plus certaine que nous voyons, ainsi que nous l'avons rapporté plus haut, un concile d'Espagne, trente ans après, décréter que tous les prêtres auraient à célébrer les saints mystères dans la forme donnée par le Siège apostolique, à l'évêque Profuturus.

L'invasion des Maintenant, SI l'on considère la Liturgie des Eglises d'Esdétermine une pagne dans l'état OÙ la fixèrent les travaux de saint Léandre, "^des^Htes" ^^ saint Isidore et des autres liturgistes que nous avons] en Espagne, mentionnés au chapitre précédent, on ne peut s'empêcher] d'être frappé de sa totale dissemblance avec les coutume; de l'Eglise romaine. Le nom de gothique qu'elle retient

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