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CHAPITRE VIII

DES LITURGIES PARTICULIERES d'oGGIDENT I97

déjà, atteste une origine entièrement différente. C'est ici j '^^^'^^^^^ encore l'occasion d'une nouvelle controverse entre le P. Lesleus et les PP. Lebrun et Pinius. Le premier, fidèle à son système, soutient que les particularités qui constituent le rite appelé gothique, ont été pratiquées de toute antiquité en Espagne : les autres, au contraire, ont établi solidement le fait d'une introduction des rites orientaux en Espagne, par les Goths, qui se rendirent maîtres de ce pays au commencement du v^ siècle, et y fondèrent un établissement si solide et si imposant. Ces barbares, comme nous l'apprenons de Philostorge (i), de Sozomène(2) et de Théodoret (3), dans leurs courses à travers l'Asie Mineure, avaient embrassé le christianisme. Leur fameux évêque Ulphilas, qui traduisit les saints Evangiles dans la langue des Goths, vint à Constantinople. Il y puisa malheureusement les erreurs de Tarianisme qui régnait alors dans cette capitale, par la protection de Valens; mais il dut y prendre en même temps une plus grande habitude de la Liturgie grecque, la seule que connaissaient les Goths, puisque leur conversion au christianisme s'était opérée en Orient. Nous voyons ensuite, par une lettre de saint Jean Chrysostome(4), qu'il avait pris un soin tout particulier de l'Eglise des Goths, et qu'il lui avait même donné un évêque, nommé Unilas; il est naturel de croire que cet évêque venu de Constantinople devait en pratiquer la Liturgie. Quand les Goths furent établis en Espagne, nous voyons des relations jusqu'alors inconnues s'établir entre rÉglise de cette Péninsule et celle de Constantinople. Au vi^ siècle, saint Martin de Brague traduisit du grec en latin, pour Tusage d'Espagne, les canons des conciles, et par là donna occasion à l'établissement de beaucoup de

(i) Lib. Il, n» 5, edit. Vales., pag. 470.

(2) Hist. eccles., lib. VI, cap. xxxvii.

(3) Lib. IV, cap. ultimo.

(4) Ad Olympiadem, Epist. XIV, tom. III, pag. 722. Edit. Gaume.

igS DIGRESSION SUR L'HISTOIRE

INSTITUTIONS pratiqucs liturgiques prescrites dans ces canons dressés

la plupart dans des conciles d Orient. Vers le même temps,

Jean, qui fut depuis abbé de Biclar et évêque de Gironne, et qui était Goth de nation, s^en alla passer dix-sept ans à Constantinople oià il se rendit fort savant. Saint Léandre avait aussi vécu plusieurs années à Constantinople : ce fut même dans cette ville qu'il se lia d'une amitié étroite avec saint Grégoire le Grand, qui résidait alors en cette ville, en qualité d'Apocrisiaire du Siège apostolique, et avec Jean le Jeûneur, patriarche de Constantinople, qui fut si familier avec saint Léandre, qu'il lui dédia un opuscule liturgique sur le baptême.

La conversion Or, les Goths étant les vainqueurs de l'Espagne, et ayant *à^rorthodox\e^ apporté avec eux des usages liturgiques spéciaux, la Liturle se^conciie §^^ pratiquée dans cette contrée avant la conquête ne pou- '^5^8^^cf'^îd ^^^^ longtemps subsister sans mélange, et tout portait le triomphe même à croire qu'elle finirait par succomber. Il veut, sans

des rites \ ^ , ,

orientaux doute, des degrés, dans cette transformation ; des réclama-

en Espagne. .

tions durent s élever, tant de la part des conciles que de la part du Siège apostolique : la lettre du pape Vigile à Profuturus se place naturellement à cette époque, ainsi que le concile de Brague de 563, que nous avons cité plus haut. Un grand événement décida du triomphe absolu de la Liturgie gothique sur l'ancienne : ce fut la conversion totale de la nation des Goths à l'orthodoxie, dans le troi- Saint Léandre sième concile de Tolède, en 589. Saint Léandre, qui fut,

principal • • i- n j ' j

rédacteur de la pour amsi dire, 1 auteur de ce grand œuvre, est en même gothi^que temps le principal rédacteur de la Liturgie gothique qui, ^^^ danïïa^^^^ ^^^ ^^^^^ époque, devint Tunique Liturgie d'Espagne. Il est ^bérique^ naturel de penser que la préférence donnée, dans son travail et dans celui des autres liturgistes qui vinrent après lui, aux formes orientales, jusqu'alors les seules suivies par les Goths, fut motivée sur la nécessité de les rallier plus sûrement au symbole de l'ancienne Église espagnole, en écartant tout ce qui aurait pu être objet de tentation pour

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