‹ Institutions liturgiquesChapitre 75 sur 195 · HT^ T 11' • constamment · texte numérisé non relu

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cette grande province de 1 Eglise melchite qui se nomme menacée dans l'ÉgUse russe. C'est que, dans son sein, l'unité de foi est dqfuifque^la constamment menacée, depuis qu'elle a été violemment Liturgie est

T r ^ a la merci du

soustraite par Pierre le Grand au lien qui l'unissait au pouvoir

■^ ^^ séculier.

patriarche de Constantinople, et par là même à sa Liturgie. Il est vrai que cette Liturgie existe encore de fait dans les Eglises russes : mais quelle autorité empêchera le saint Synode, responsable seulement devant l'Autocrate, d'intro-

224 DIGRESSION SUR l'hISTOIRE

INSTITUTIONS duirc dans cette Liturgie, désormais sans défense, tels

dogmes^ telles pratiques que bon lui semblera ? Et comme

la Liturgie est la plus populaire et en même temps la plus haute prédication, qui retiendra les Églises de la Russie entraînées d'erreurs en erreurs, par Pascendant toujours irrésistible des formes liturgiques ? C'est bien ici le lieu de reconnaître que Tunité entretenue par l'autorité du patriarche de \di Nouvelle Rome ^ ne pouvait durer qu'un temps. C'est la retraite d'une armée en déroute. Tant que les Grecs ont vécu sous le sceptre de l'islamisme^ leur orthodoxie n'a couru aucun risque : ni le Grand Seigneur, ni ses pachas ne pouvaient rien prétendre sur la forme à donner aux mystères d'une religion qu'ils avaient en horreur. Mais pour les Grecs soumis à un prince chrétien, il en est tout autrement. Leur Eglise n'ayant qu'une autorité humaine, puisque le centre sur lequel elle repose n'a point de sanction divine, le prince en question trouvera, tôt ou tard, que son autorité humaine à lui vaut bien celle de ses prélats, et il ordonnera dans l'Église ce qu'il entendra. C'est ce que ne manquèrent pas de faire les empereurs de l'ancienne Byzance ; c'est ce qu'ont fait en Russie empereurs et impératrices; c'est ce que Ton a déjà commencé de voir, dans le petit royaume de Grèce, que son roi Othon vient de détacher de l'obéissance du patriarche de Constantinople.

L'unité En troisième lieu, sans parler même de Pépoque de

liturgique, ,. , . ,. • , . . /^ .,,., ,

qui donne la vie dissolution proprement dite, qui doit infailliblement arriver

'^Tatine, ^^^ pour toute Eglise séparée, il est encore une considération

'"^mainten?/^^ importante à faire sur le genre d'unité conservé par PÉglise

dans l'Église grecque dans sa Liturgie. Sans doute les efforts de Tauto-

grecque. . , .

rite patriarcale pour maintenir cette unité et les avantages qu'elle a produits en retardant la ruine entière du Christianisme en Orient, sont louables, en même temps qu'ils sont un hommage rendu à la sainte politique du Siège apostolique dans l'Occident; mais d'où vient que l'unité qui donne

la vie dans rÉdise latine est impuissante à la ranimer en i partie

^ . , . . . . CHAPITRE IX

Orient ? G^est que Tunite^qui est la condition d'existence de

toute société, n'est vraiment constituante qu'autant qu'elle résulte de l'adhérence des membres divers à leur centre véritable et naturel. Rome est la force vitale de l'Église catholique, parce que Rome est inamovible dans la foi^ parce qu'elle est le fondement posé, non par l'homme, mais par Jésus-Christ. Une Liturgie conforme à celle de Gonstantinople peut donc être orthodoxe de fait ; une Liturgie conforme à celle de Rome est à la fois orthodoxe de fait et de droit. Il est vrai que jusqu'ici la Liturgie des Eglises mel- si la Liturgie chites ne renferme pas d'erreurs par affirmation, mais elle ^meiclltes^ en renferme par négation, le nom du Pape ne se récitant ^^ contient pas plus dans les Diptyques^ comme aux premiers siècles, et par affirmation, les points convenus entre les deux Eglises à Lyon et à Flo- pas exempte par rence, n'étant l'objet d'aucune confession expresse dans les prières de l'office, en même temps qu'ils sont expressément niés par les pasteurs et leurs fidèles.

Toutefois, il est un fait curieux à observer dans les mœurs Quoique liturgiques de l'Église grecque, c'est que, tout en demeu- ^TunTté ^ rant séparée violemment du Siège de Rome, tout en niant pÉaU^e^g^^cque expressément sa principauté sur toutes les Églises, dans continue plusieurs endroits de sa Liturme, elle rend un hommage hommage dans

■; . . , ^ sa Liturgie

a cette principauté. Joseph de Maistre, dans l'admirable à la

y 1 rt -11- 1 1 principauté du

livre duPape^ a recueilli ces passages, que tout le monde siège de Rome.

y a lus avec étonnement (i), et qui retentissent à la fois en

langue slavonne sous les dômes de Kiev et de Moscou, et

en langue grecque dans les églises de Gonstantinople. L'Église grecque

^-y^ . . ^ est comme

Que prouve cette inconcevable contradiction ? Deux choses, un nouveau

V • rxt 1 j IV • 1 1 1" • peuple juif,

a notre avis. D abord, lintention de la divine Providence, qui atteste par

1 , iiT^ !• , ses usages et ses

qui a voulu donner lEglise grecque en spectacle aux croyances,

^ . • ^ ' 'r r 1 ' • l'antiquité des

nations, comme un nouveau peuple juii, afin que, deposi- usages et des taire des témoignages de l'antiquité^ elle attestât, par le fait lî^^HseTadnl

(i) Du Pape^ liv. I, chap. x.

IITURGIQUES

Les Grecs en conservant

La Liturgie grecque a un

caractère d'immobilité

226 DIGRESSION SUR l'hiSTOIRE

même de ses croyances et de ses usages, l^antiquité des croyances et des usages de FEglise latine, à laquelle on ne peut la soupçonner d'avoir emprunté quoi que ce soit. Nous, nous voyons, en outre, dans ce fait, une preuve de plus du sentiment inné dans toutes les Eglises ei fondé sur la nature des choses, du sentiment, disons-nous, de la nécessité d'une Liturgie immuable, du moment que les formes du culte ont été fixées solennellement. Les Grecs lel^ condamnent ^"^ préféré garder ces textes qui les condamnent, plutôt que obéissent à ce (j^ scandaliser les peuples par des chans-ements, ou de

sentiment inne ^ . ' .

qui demande porter atteinte à Tunité de leur Église en attaquant, par un Liturgie soit funeste exemple, l'intégrité de la Liturgie qui maintient

immuable. , . ,

seule cette unité.

En quatrième lieu, on doit remarquer dans la Liturgie

grecque un caractère particulier qui dénote admirablement

çiui la rend la dégradation de TEglise qui l'emploie. Ce caractère,

àTom^^progrts, opposé à la marche de toute véritable orthodoxie, est une

^^ ^^delia^^^"^ immobilité brute qui la rend inaccessible à tout progrès.

^fS^'^4^V.°^ Dans F Église latine, en même temps que les hérésies

de l'Eglise . ^ . . ,

au sein de successives Ont fourni matière aux développements du

laquelle elle est 1 j ' 1 . a a

pratiquée, dogme, les développements du dogme eux-mêmes ont cherché leur expression dans la Liturgie. De nouvelles fêtes sont devenues nécessaires ; de nouveaux rites, de nouveaux offices sont venus tour à tour enrichir Tannée chrétienne de leurs pompes, sanctifier le peuple fidèle par l'application des grâces dont ils sont la source. En outre, non moins féconde que dans ses anciens Jours, l'ÉgUse a produit en chaque siècle de nouveaux apôtres, de nouveaux martyrs, de nouveaux docteurs : des pontifes, des confesseurs, des vierges sont venus ajouter leurs noms à la liste triomphante de ces héros que nous avaient légués les premiei's âges du christianisme. La Liturgie latine réfléchit l'éclat de ces brillantes constellations dont le ciel s'embellit de siècle en siècle. En vain chercherait-on leurs traces dans les Menées des Grecs : et non-seulement on n'y rencontre pas les saints

I PARTIE CHAPITRE IX

de rÉglise latine^ mais l'Église grecque est devenue comme impuissante à en proclamer de nouveaux, dans son propre sein, du moment que le schisme et Thérésie Font paralysée au cœur. Depuis huit siècles, son calendrier n'a pas fait un pas ; depuis huit siècles, pas une fête nouvelle n'est venue attester ou Tamour, ou Tespérance, ou la reconnaissance de cette Église envers celui qui Pavait autrefois pour épouse. Elle ignore la solennité du saint Sacrement, les pompes de ce grand jour à la fois si magnifiques et si touchantes. Elle ignore tout ce qui s'est passé dans le monde chrétien depuis qu'elle est morte à la grande Unité romaine. Encore une fois^ ces livres liturgiques, rédigés à l'âge de la foi et de la vie, maintenant muets, incompris, immobiles aux mains des pontifes grecs, ne rappellentils pas la Bible conservée^ lue, récitée par les Juifs avec un respect aussi stérile qu'il est inviolable ? Aussi, cette Liturgie La Liturgie

^ ^ ^ ^ ^ ' ^ grecque

qui porte les noms révérés des Basile, des Chrysostome, impuissante à

tT T^ « ' ' ' • V -ini préserver de

des Jean Damascene, a ete impuissante a garantir de 1 abru- rabrutissement

tissementle malheureux clergé qui la célèbre : et si, dans quel- qui la célèbre.

ques lieux, cet abrutissement n'est pas synonyme d'ignorance

crasse, sila Russie, par exemple, offre unclergéde jour en jour

plus éclairé^ on sait à quoi s'en tenir sur la moralité de

ces prêtres et de ces pontifes qui ont cessé de voir le Chef

du Christianisme dans l'évêque de Byzance, pour le^énérer

dans un Pierre dit le Grand, dans une Catherine II, dans

un Nicolas P^.

Les dimensions de cet ouvrage ne nous permettent pas de développer davantage ces considérations, en même temps qu'elles nous ont contraint de nous restreindre au plus strict laconisme dans le tableau que nous avons tracé de la situation respective des diverses Liturgies de l'Orient. Nous finirons ce qui regarde celle de l'Eglise grecque par la réflexion suivante. Supposons que dès la paix de l'Église, le Siège apostolique eût pu librement et avec discrétion amener toutes les Eglises de l'Orient à la pratique de la

com

228 DIGRESSION SUR l'hISTOIRE

INSTITUTIONS Llturgle romaine, à Tusage de la langue latine; que les sou-

■ ^'^"^^^Q^^^ verains pontifes eussent, comme dans l'Occident, réglé avec

Si les pontifes le plus minutieux détail toutes les particularités de l'office

pu'érabil^^^^^^^^ divin, reçu toutes les consultations des Églises d'Orient à ce

liturgique • . ^irimé toutes les questions relatives aux formules

et la langue '^^j^^i "-^ ^ ^

^^?^^. sacrées ou aux cérémonies ; qu'ils eussent prévenu ou

dans l'Orient . i 1 1 • j

comme arrêté le danger des innovations dans la doctrine ou dans

^11 schSmT ' la discipline, par l'établissement de fêtes nouvelles, par la

"^^ ^Mkhei^^ "^^ promulgation de formules de prières obligatoires, en un

nt'ût^'pas mot, par tous ces moyens qui ont fait du calendrier du

^KcmpZT Bréviaire romain une sorte de tableau des nécessités dans

^^ ''deSeï ^^' lesquelles TÉglise s'est trouvée et auxquelles le Saint-Siège

d'une moitié satisfait : supposons, disons-nous, qu'il en eût été ainsi ;

du monde, ^^ . 1 1 /-i / 1 • 1

ompromisepar qu'auraient pu faire Photius et Michel Gerulaire, contre la

cette révolte, ^ ^ . , a ^ *. -t- *■

auraient pris simple résistance passive que leur eut opposée tout cet '''' c^'ours!'^'^ ensemble à la fois populaire et sacerdotal ? Il est grandement probable que le schisme n'eût pas si aisément remporté une victoirequi, d'ailleurs, lui a été longtemps disputée, quoique déjà tant de causes d'isolement tirées de la langue, de la nature des institutions patriarcales, semblassent la lui avoir préparée. Oui, nous le disons avec conviction, Gonstantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem, seraient encore catholiques aujourd'hui, s'il eût été possible d'astreindre ces Églises au rite et à la langue des Latins ; et si ces Églises fussent restées unies de fraternité à celles de l'Occident, il est probable encore que l'islamisme n'eût point asservi les heureuses contrées qu'elles éclairèrent longtemps de la vraie lumière ; la civilisation n'y eût point péri, la race humaine n'eût point vu s'éteindre sa dignité sous le joug du plus ignoble esclavage ; en un mot, les destinées de l'Europe et de l'Asie, compromises et retardées de mille ans par le schisme, se seraient accomplies, et nul ne sait ce qui serait résuhé de tant de gloire et de tant de force réunies à tant de vérité et tant d'amour. Mais des obstacles invincibles s'opposaient à cette union : tant de

I PARTIE CHAPITRE IX

bonheur n'était pas de la terre. Nous, du moins, catholiques de rOccident, apprenons de là à estimer Punité liturgique dans toutes ses conséquences^ cette unité qui sera toujours pour nous, tant que nous y serons fidèles, le premier moyen de Torthodoxie, et, partant, le plus fort lien de la nationalité catholique. Si elle existe, ne soyons pas assez malheureux pour la briser : si elle a existé, plaignons ceux qui ont été assez téméraires pour lever la main contre elle.

La plupart des considérations que nous venons de faire Les Liturgies sur la Liturgie de TÉglise grecque melchite, s'appliquent ÉgHs^es^d'OHent

sujettes aux

mêmes inconvénients

que celle des melchites, sont devenues

en outre

l'expression de

dogmes

hérétiques.

naturellement aux Liturgies des Églises copte, éthiopienne, syrienne, arménienne et chaldéenne. Ajoutons que Tisolement dans lequel vit, à Tégard des autres, chacune de ces familles d'un christianisme dégénéré, les a mises de bonne heure en danger de voir, chez elles, la Liturgie se corrompre et devenir l'expression des dogmes hérétiques. Sous ce rapport, ces malheureuses Eglises présentent les traces d'une dégradation qui les met incontestablement audessous de l'Église melchite. Du moins,' les diverses provinces de celle-ci, tant qu'elles restent à l'état d'Eglises unies à un centre ecclésiastique, gardent les anciennes formes du culte ; les erreurs qui les paralysent n'ont pas même une expression affirmative dans la Liturgie. Les monophysites et les nestoriens, au contraire, portent de honteuses traces de leur défection de la vraie foi, et les noms de Dioscore, de Philoxène, de Jacques d'Edesse, de Théodore de Mopsueste, et enfin de Nestorius, souillent jusqu'aux livres de l'autel. De là résulte une sorte d'impossibilité de revenir à l'orthodoxie ; car, pour cela, il faudrait changer la Liturgie, et la Liturgie est de sa nature une chose immuable, qui a sa racine dans les habitudes les d'impossibilité

^ ^ ^ ^ ^ de revenir

plus sacrées. L'histoire confirme cette induction de la à l'orthodoxie. manière la plus lamentable. On a vu souvent des réunions partielles de ces diverses Églises au Siège apostolique :

L'usage d'une

Liturgie

hérétique met

une Église dans

une sorte

aBo DIGRESSION SUR l'hISTOïRE

INSTITUTIONS j^aîs clks ojit toujours échoué contre le préjugé, si louable

LITURGIQUES / , l > u '

~~ — — ^ — ' — en lui-ms^me, qui poursuit tout changement dans la Litur- Travaux gie. Cependant Rome ne pouvait recevoir ces familles

des souverains ,,, 'ii^j 11 •/ 1

Pontifes pour separees a une réelle et durable unité, qu après avoir pris des^Liturgies 1^8 moyens d'arrêter le règne de Phérésie, en réformant le orientales, ^^^te de la Liturgie dans les endroits où il était impur. Depuis trois siècles, les souverains Pontifes ont établi à Rome une Congrégation spéciale pour la correction des livres de VEglise orientale : mais ces Liturgies, ainsi expurgées, ont été souvent une pierre de scandale, le texte de déclamations furieuses pour les sectaires opiniâtres, l'occasion de rechute pour plusieurs de ceux qui avaient momentanément ouvert les yeux à la lueur de Tortho'doxie.

Concluons de Tensemble des faits énoncés dans ce chapitre, que Tunité et Timmutabilité de la Liturgie sont un si grand bien^ que les sectes séparées de TOrient lui doi' vent absolument ce qu'elles ont consçrvé de christia" nisme ;

Que cette unité ne peut avoir de résultats importants qu'autant qu'elle provient de la conformité des usages liturgiques des diverses ÉgHses, avec ceux d'une Eglise mère et principale;

Que cette conformité étant détruite, une Eglise, qui s'est ainsi isolée, court les plus grands risques, puisqu'elle demeure sans contrôle et ne peut plus avoir qu'une orthodoxie de fait, qui n'est même pas assurée pour le lende» main ;

Que la Liturgie tombe au pouvoir du prince, en proportion de ce qu'elle se sépare de l'autorité du chef majeur ecclésiastique ;

Que la Liturgie, même d'une grande Eglise, se trouvant être distincte de celle que promulgue l'Eglise mère, devient par là même étrangère aux perfectionnements qui s'opè-^ rent dans celle-ci ;

Oue la Liturgie qui est destinée à sceller la foi des peu- ^ partie

^~ c> ^ i^ CHAPITRE ÏX

pies, puisqu'elle en est la plus haute et la plus sainte "

expression, devient^ quelquefois Tinstrument maudit qui déracine cette foi, et en empêche le retour ;

Qu'enfin les Églises de TOccident doivent, en considérant les malheurs du christianisme en Orient, s'attacher fortement à l'unité liturgique qui, à elle seule, eût pu nonseulement détourner, mais même rendre à jamais impossibles le schisme et l'hérésie qui les ont préparés.

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