INTRODUCTION DU CHANT
INSTITUTIONS Ccttc supédorité dont Técole de Metz conservait encore
la réputation au xii® siècle, sur les écoles de chant La supériorité des autres Cathédrales de France, est due sans doute à la
de l'école de
Metz, discipline que saint Ghrodegang avait établie parmi ses
maintenue , . t i- • i i •
jusqu'au chanomes. Les traditions de ce genre devaient se conser-
^"^en^ p^artie ^^ ^'^i* plus pures dans cette église dont le clergé gardait avec
^ introduite^^ ^^^^ ^^ régularité les observances de la vie canoniale. Il y
cErode^Tn ^ longtemps qu'on a remarqué que les traditions du chant
parmi ecclésiastique se gardaient mieux dans les corps religieux
ses chanoines. , , . i o
que dans le clergé séculier. Les exemples ne nous manqueraient pas ; mais nous avons voulu simplement ici constater un fait qui a son genre d'importance.
I Charlemagne recourut alors une seconde fois à Adrien, qui lui envoya
deux chantres de l'école fondée par saint Grégoire. Jean Diacre ne les nomme pas et dit seulementqu'ils trouvèrent la tradition beaucoup mieux conservée à Metz que dans les autres églises et que par leurs leçons ils assurèrent à cette école une complète et durable supériorité. Ekkehard est plus explicite; il nomme les deux chantres envoyés par Adrien, Pierre et Romain, et il ajoute que le Pape leur donna deux antiphonaires parfaitement conformes à l'exemplaire authentique de saint Grégoire. Les deux envoyés se mirent en route; mais, en traversant les Alpes, au passage du mont Septmer, prè"5 du lac de Constance, Romain tomba malade et n'eut pas la force de continuer sa route. Il atteignit à grand'peine l'abbaye de Saint-Gall , où il arriva avec l'un des deux antiphonaires, que son compagnon lui avait laissé, quoiqu'à contre-cœur. Les moines l'accueillirent comme un envoyé' du ciel ; ils désiraient, en effet, réformer le chant de leur monastère d'après la pure tradition grégorienne; la Providence leur envoyait de la manière la plus inattendue le moyen d'accomplir ce dessein. Charlemagner" vit de même dans ce qui s'était passé un signe de la volonté du ciel. Quand Pierre lui eut raconté l'aventure de son compagnon, il ordonna à celui-ci de rester à Saint-Gall pour y former une école de chant. A Rome, l'Antiphonaire authentique de saint Grégoire était placé dans une custode appelée cantarium et dans un lieu où chacun pouvait le consulter, afin de corriger les fautes des antiphonaires et de relever les erreurs des chantres ignorants. On fit de même à Saint-Gall, et le précieux manuscrit de Romain fut placé près de l'autel des Apôtres, dans un riche écrin. Il a échappé, dit-on, au temps et aux révolutions, et on croit le reconnaître dans cet antiphonaire du viii^ siècle, que le P. Lambillotte, de la Compagnie de Jésus, a publié en fac-similé à Paris, en i85i, sous le titre d^ Antiphonaire de Saint Grégoire. (Note de l'éditeur.)
I PARTIE CHAPITRE X
DE l'Église romaine en frange 243
Ainsi Charlemagne se montra zélé pour le chant ecclésiastique, et ne craignit pas de donner à ce grand objet une importance majeure, suivant en cela l'exemple si frap- charlemagne pant de saint Grégoire, qui ne trouva point au-dessous de pour le chant lui d'enseigner lui-même le chant aux enfants. C'est ainsi ^'^parce^^ue^' qu'ont agi toujours les grands législateurs du genre hu- ^^^^^ à^ses yeux main : ils ont saisi avec bonheur les choses principales et ^^ pKÎr°e"^cace ils s'y sont appliqués avec constance. Plus tard, le vul- ^e civilisation. gaire n'y a rien compris, et le vulgaire est nombreux; car qui, aujourd'hui, consentirait à voir dans la Liturgie le plus grand mobile de la civilisation d'un peuple ? Il est vrai que nous avons aujourd'hui des peuples sans habitudes liturgiques : la postérité prononcera sur la moralité des moyens qu'on a pris pour leur ouvrir d'autres sources du beau et de l'enthousiasme.
Il Disons encore un mot de Charlemagne, ce grand per- Assiduité du
,. . ^ .,1 ^-1 j grand empereur
sonnage liturgique. On a vu ailleurs qu il est auteur de à tous l'hymne Veni, Creator Spiritus : ajoutons qu'il assistait du jour fidèlement aux offices, tant de jour que de nuit, dans la ^^^ ^ ^ ^^^^' chapelle du palais. Sa vie, par Eginhard, renferme les plus précieuses particularités sur le zèle de cet incomparable prince pour le service divin. On y voit que Charlemagne présidait aux offices, dans l'attitude qui convenait à un prince chrétien, rempli, comme il l'était, du plus grand respect pour le sacerdoce. Il ne se permettait pas de faire entendre sa voix, comme il appartient aux prêtres : il ne chantait qu'à voix basse, et encore dans les moments où les laïques pouvaient se joindre au chœur ; mais il s'était réservé le soin de désigner les leçons que ses clercs devaient lire, afin qu^ils se tinssent toujours prêts à remplir cet office correctement. Il n^en souffrait aucun dans sa chapelle qui ne sût lire et chanter convenablement. Il invita Paul Diacre, célèbre moine du Mont-Cassin, à composer un recueil d'homélies choisies des saints Pères, pour servir aux offices de l'Eglise, pendant tout le cours
Extension
de la Liturgie
romaine
à la mort de
Charlemagne.
Louis le Pieux
imitateur
du zèle de son
père pour
la Liturgie.
Il envoie
à Rome
Amalaire, prêtre
de l'Église
de Metz,
avec mission
d'en rapporter
un nouvel exemplaire de l'Antiphonaire.
Amalaîre
compose son