‹ Institutions liturgiquesChapitre 8 sur 195 · PREFACE DE CETTE NOUVELLE EDITION XXXIII · texte numérisé non relu

PREFACE DE CETTE NOUVELLE EDITION XXXIII

rentrait ainsi de plein droit dans la portion la plus sacrée du patrimoine bénédictin. De saint Grégoire le Grand à saint Grégoire VII et au delà, les pontifes qui ont façonné la Liturgie romaine ont été presque tous des fils de saint Benoît, et si le patriarche du Cassin a prescrit dans sa Règle une forme particulière de l'office divin, les seules différences essentielles entre les usages monastiques et les romains sont la* distribution du Psautier et le nombre des leçons ; et les moines bénédictins n'ont jamais eu d'autres responsoriaux ni d'autres antiphonaires que ceux de PÉglise romaine, accrus de nombreuses pièces de leur composition.

Rempli, dès le premier jour, avec surabondance de ^^tudel^Â^^ Tesprit de son état, le jeune prieur de Solesmes ne se ^uM^Liturâe^ contentait pas d'apporter à l'office divin une attention toujours éveillée et un saint enthousiasme ; mais, grâce à cette puissance de synthèse qui était un des caractères principaux de son génie, il savait ramener à la Liturgie comme à un point central les études qu'il poussait avec une infatigable ardeur dans toutes les directions de la science ecclésiastique. La théologie dogmatique et mystique, le droit canonique, Phistoire et la littérature, Pesthétique l'aidaient tour à tour à découvrir les mystères des rites sacrés, à saisir jusque dans les moindres détails le sens des formules, que le missel et le bréviaire faisaient passer sous ses yeux. Depuis les plus minutieuses questions de rubriques jusqu'aux arcanes de la théologie et de la symbolique du sacrifice de TAgneau immaculé, la science liturgique dans son ensemble lui devint promptement familière, et nous osons dire qu'aucun moderne ne l'a possédée

au même degré. D'autres ont eu peut-être autant et plus d'érudition sur des points de détail, mais personne n'a compris et expliqué comme lui le mystère toujours vivant, toujours opérant de la Liturgie. Idée ciue La Liturgie, en effet, n'était pas pour Dom Guéranger le

Dom Guéranger i . i,

se formait but de curieuses recherches, l'objet d une science plus ou

de la Liturgie.

moins aride et humaine : c'était l'instrument de la prière incessante, de la profession de foi et de la louange de l'Église, l'organe principal de sa vie, la voie mystérieuse de communication entre le ciel et la terre, le moyen principal de la sanctification des âmes. L'année ecclésiastique se présentait à lui comme la manifestation de Jésus-Christ et le renouvellement périodique de ses mystères dans l'Église. Le rôle du liturgiste tel qu'il le comprenait, était de suivre avec attention ce mouvement sans cesse renaissant, d'en saisir toutes les formes extérieures, de les expliquer soigneusement afin d'aider les âmes à en recueillir la grâce. Les sacrements et les sacramentaux lui apparaissaient de même comme les canaux mystérieux par lesquels la vie divine arrivait du ciel sur la terre ; et le moindre détail de leur histoire ou de leur célébration prenait à ses yeux l'importance d'un fait surnaturel. Ainsi envisagées, les études liturgiques étaient avant tout, pour Dom Guéranger, une préparation à la prière et aux fonctions sacerdotales ; l'amour de Dieu et de l'Église, le zèle pour sa propre sanctification et le salut des âmes, devenaient les mobiles qui soutenaient son ardeur dans ses recherches incessantes et pénibles. Tel était l'esprit qu'il s'efforçait d'inspirer à ses disciples, leur répétant sans cesse que le service liturgique étant leur première obligation, ils ne

Page 1