DE LA LITURGIE ROMAINE-FRANÇAISE
ces antiques formes gallicanes ; mais les autres Eglises en conservèrent toutes plus ou moins quelques parties. On en peut encore retrouver la trace dans les usages dérogatoires au rite romain qui se retrouvent dans la généralité des livres d'offices suivis autrefois en France. Ainsi, nous signalerons, avec Grancolas et le P. Lebrun, comme des pratiques de la Liturgie gallicane, dans l'office divin, l'usage de répéter l'Invitatoire en entier, entre les versets du Psaume XCIV, d'ajouter un répons après la neuvième leçon de Matines, de dire Gloria Patri à la fin de chaque répons des Nocturnes, et de répéter les troisième, sixième et neuvième de ces répons, dans les principales fêtes; de dire un verset appelé sacerdotal , entre Matines et Laudes ; de ne dire qu'une antienne à Vêpres, quand il n'y en a pas de propres tirées des Psaumes ; de dire les Psaumes de la férié aux premières Vêpres des fêtes solennelles; de chanter un répons à Vêpres, etc. Pour la Messe, le principal rite gallican qui se fût conservé, et qui ne se pratique plus guère aujourd'hui qu'à Paris, est la bénédiction épiscopale après le Pater ; nous indiquerons encore les prières générales que l'on fait au Prône; la coutume déporter le livre des Evangiles à baiser au clergé; de mêler l'eau et le vin dans le calice, en disant une oraison qui rappelle le sang et l'eau qui sortirent du côté ouvert de Jésus-Christ ; l'usage de suspendre le saint Sacrement au-dessus de l'autel, dans un vase, ordinairement en forme de colombe, etc. Aujourd'hui, plusieurs de ces usages sont tombés en désuétude, et l'on ne se met guère en peine de savoir l'origine de ceux qu'on a conservés. Nous dirons comment, au xviii^ siècle, l'Eglise de Lyon, celle de toutes qui avait conservé un plus grand nombre d'anciens usages gallicans, les vit succomber sans retour, sous les coups du gallicanisme. Mais revenons à Amalaire.
Son ouvrage était une compilation, que nous avons en-
I PARTIE CHAPITRE X
Usages
gallicans
conservés dans
un grand
nombre
d'iiglises de
France,
spécialement
à Lyon
et à Paris,
Nature du
travail
d'Amalaire sur
PAntiphonaire,
Son livre
devient
le régulateur
du chant
ecclésiastique
en France.
Agobard, archevêque
de Lyon, critique avec
violence
le travail d'Amalaire.
core, de diverses pièces des Antiphonaires romain et fran- • çais, dont il fit un tout, en les corrigeant les unes sur les autres : mais afin que l'on pût reconnaître, du premier coup d'œil, les sources auxquelles il avait puisé, il eut soin de placer en marge la lettre R, lorsqu'il suivait l'Antiphonaire romain, et la lettre M, quand il s'attachait à celui de Metz. Dans quelques endroits où il avait jugé à propos de s'éloigner de l'un et de l'autre, il avait mis en marge un I et un C, comme pour demander Indulgence et Charité [i). Ce recueil, qui constate la manie incorrigible des Français de retoucher sans cesse la Liturgie, devint le régulateur du chant ecclésiastique dans nos Églises; on ne retourna plus désormais à Rome chercher de nouveaux Antiphonaires, et telle fut Torigine première de cette Liturgie romaine-française dont nous aurons occasion de parler dans la suite de cette histoire. Toutefois, pour être juste, il faut convenir que, dans le plus grand nombre des offices de Tannée, la compilation d'Amalaire ne présente pas de variantes avec les livres purement romains. Le petit nombre d'offices dans lesquels ces différences se remarquent ne s'éloignent du romain que pari la substitution, ou l'addition de quelques répons ou antiennes, à d'autres répons ou antiennes de l'Antiphonairej grégorien. Le Siège apostolique trouva ces nuances sil légères qu'il ne jugea pas à propos de réclamer : la Liturgie, gallicane n'en était pas moins détruite sans retour, et les usages romains introduits (mais non, hélas! sans retour) dans le florissant empire des Francs.
Le travail d'Amalaire essuya néanmoins une vive criti-' que dans l'Eglise de Lyon. Ce siège était occupé par le fa^ meuxAgobard, prélat que son Église honore d'un culte que le Siège apostolique n'a pas ratifié. Il se déchaîna avec violence contre Amalaire, dans un opuscule qu'il intitula
(i) Biblioth. Max, Patrum, tom. XIV, pag. io32-io6i»