CHAPITRE X
Agobard dans
son livre
de Correctione
A ntiphonariif
soutient qu'on
ne doit chanter
dans les Offices
que les
seules paroles
de^ la sainte
Ecriture,
et il applique
cette théorie
aux livres de son Eglise.
Injustice des
attaques
d'Agobard
contre Amalaire.
(l) Antiphonarium pro viribus nostris magna ex parte correximus, amputatis his quae vel superflua, vel levia, vel mendacia, aut blasphéma videbantur. (Agobard. De Correctione Antiphonarii, Biblioth. Max. Patrum, tom. XIV, pag. 322.)
Le système d'Agobard ne lui survit pas,
même dans son Église.
Les tropes,
prélude
des séquences,
introduits dans
la Liturgie.
celle d'un homme impartial, que la plupart des pièces qu'il impute à Amalaire, aient fait partie de tout temps de TAntiphonaire même de saint Grégoire, ainsi que le B. Tommasi l'a fait remarquer dans ses notes sur les livres Responsoriaux et Antiphonaires [i]-^ sur quoi notre illustre D. Mabillon dit ces paroles : « Ainsi^ de rigides censeurs « provoquent quelquefois contre eux-mêmes la juste cen- « sure d'autrui (2). » Si donc Amalaire était répréhensible pour avoir inséré quelque chose dansrAntiphonaire,Agobard Pétait bien davantage, lui qui n'avait pas craint de retrancher de son autorité privée tout ce qui n'était pas tiré des paroles mêmes de l'Écriture sainte. L'un avait attenté, du moins en quelque chose, à la pureté de la Liturgie ; l'autre y avait attenté gravement, et, de plias, avait osé contester un des principaux caractères de toute Liturgie, le caractère traditionnel.
Au reste, Pœuvre d'Amalaire resta, parce qu'elle était dans le vrai, malgré certaines hardiesses ; celle, au contraire, d'Agobard, ne lui survécut pas, au moins dans la partie systématique. On trouve, en effet, dans l'ancienne Liturgie lyonnaise, grand nombre de pièces en style ecclésiastique; nous nous contenterons de rappeler ici la magnifique Antienne : Venite, populi, ad sacrum et immor-taie mjsterium, etc. , qui se chantait pendant la commu-j nion. Quant aux offices de l'Eglise de Lyon, tels qu'ils'' s'étaient conservés jusqu'au siècle dernier, nous en donnerons une idée suffisante dans une autre partie de cet ouvrage.
La controverse d' Amalaire et d'Agobard nous amène à] parler d'un développement que leur époque vit naître dans la Liturgie. Il s'agit des tropes^ qui furent comme une]
(i) Ven. viri Josephi-Mariae Tommasii, S. R. E. Cardinalis Operà^ tom. IV et V, passim.
(2) Sic rigidi censores aliquando in se provocant justam censuram alio-] rum. {Musœum Jtalicum, tom. II, pag. 4.)