DES TROPES ET DES SEQUENCES
première ébauche des séquences qui leur succédèrent. Les i partie
^ ^ ^ CHAPITRE X
tropes étaient une sorte de prologue qui préparait à Vlu' " troït. Nous avons cité, au chapitre vu, celui qu^on chantait le premier dimanche de TAvent, en Fhonneur de saint Grégoire. Plus tard, on intercala des tropes dans les pièces de chant, dans le corps même des Introït^ entre les mots K/rïe et eleison, à certains endroits du Gloria in excelsis, du Sanctiis et de VAgnus Dei. On en plaça aussi à la suite du verset Alléluia, en prenant pour motif, dans le chant, la modulation appelée Neuma ou Jubilus^ qui suit toujours ce verset. Cette dernière espèce de trope fut appelée séquence^ du nom qu'on donnait alors à cette^suite de notes sur une même dernière syllabe (i).
Le cardinal Bona et la plupart des auteurs s'accordent L'invention assez généralement à attribuer Tinvention première des attribuée' séquences au B. Notker Balbulus, moine de Saint-Gall, au b. Notker dont nous allons parler plus loin ; mais une précieuse dé- remonte' couverte faite par Tabbé Lebeuf, sur un manuscrit de la vineTiè^cie. bibliothèque du roi , nous contraint de ' placer plus haut rinstitution des tropes qui, à le bien prendre, ne forment point un genre différent des séquences mêmes. Le docte sous-chantre d'Auxerre indique un manuscrit du Liber pontijîcalis {ouvrage attribué, comme on sait, à Anastase le Bibliothécaire), à la suite duquel se trouve la vie du pape Adrien II (2); mais, à la différence des manuscrits édités par Bianchini, Vignoli et Muratori, la vie de ce pape que ces derniers nous présentent tronquée, offre, sur le manuscrit cité par Lebeuf, des particularités curieuses qui ne se trouvent point sur ceux qu'ont publiés ces auteurs. Nous renvoyons ce passage dans les notes du présent chapitre (3). Il y est dit qu'Adrien II, à l'exemple du
(i) Bona, Rerum îiturgicarum lib. II, cap. m et vi, Edit. Sala, tom. III, pag. 54 et 137.
(2) Lebeuf, Traité historique sur le Chant ecclésiastique, pag. io3.
(3) Vid. la Note E.
INSTITUTIONS premier pape de son nom, compléta en divers endroits
PAntiphonaire romain, quUl plaça, en tête de la messe du premier dimanche de PAvent, un prologue en vers hexamètres, destiné à être chanté ; que ce prologue commence de la même manière que celui qu'Adrien P'^ avait composé, mais qu'il renferme un plus grand nombre de vers. On doit donc faire remonter au viii® siècle la première origine de cet éloge de saint Grégoire que nous avons rapporté ci-dessus, et par là même des tropes; car cet éloge est un véritable trope (i). Adrien II, au La chronique ajoute qu'Adrien II ordonna que, même Liber dans les monastères, à la messe solennelle, aux princi-
pontificalis ^ r^ i • i y^/ • •
rétablit l'usage paies letes, on chanterait non-seulement au Gloria in exqui^tombalent c^^^is^ mais eucore à Vlntroït^ ces hymnes intercalées que en désuétude. |çg Romains appellent festivœ landes^ et les Français tropes. Le même pape voulut aussi qu'avant l'Evangile on chantât ces mélodies qu'on appelle séquences; et comme, ajoute la chronique, « ces chants festifs avaient été premiè- « rement établis par le seigneur Grégoire P*" et, plus tard, « par Adrien, aidé de l'abbé Alcuin, ami particulier du « grand empereur Charles, qui prenait un singulier plaisir « à ces chants, mais qu'ils tombaient déjà en désuétude « par la négligence des chantres, l'illustre pontife dont « nous parlons les rétablit à l'honneur et gloire de Notre « Seigneur Jésus-Christ ; en sorte que désormais on em- « ploya, pour les chants de la messe solennelle, non plus
(i) Voici les vers qu'on trouve sur la plupart des anciens manuscrits de l'Antiphonaire grégorien. D'après la chronique que nous suivons, ils doivent être de saint Adrien l^^ puisqu'ils sont moins nombreux et moins complets que ceux que nous avons rapportés.
Gregorius Prœsul meritis et nomine dignus, Unde gemis duxit summum conscendit honorem, Renovavit monumenta patrumque priorum, Tune composuit hune libellum musicœ artis Seholœ eantorum anni eireuli. Eia, die Domine, eia.
DES TROPES ET DES SÉQUENCES 25 ï
« seulement le Livre des antiennes, mais aussi le Livre ^ partie
' CHAPITRE X
« des tropes, » " ^
Il résulte de cet important fragment, que les séquences existaient déjà au temps d'Adrien II, qui siégea en 867, et que ce pape en renouvela l'usage déjà assez ancien. Nous ne pensons pas au reste qu'on puisse soutenir ce qui est dit ici de saint Grégoire, comme ayant institué cette forme de chant; il en serait resté quelque autre trace dans l'antiquité. Peut-être pourrait-on, avec quelque probabilité, entendre ceci de saint Grégoire II, qui paraît s'être occupé du chant ecclésiastique. Quoi qu'il en soit, Notker ne fut donc point l'auteur des tropes et des séquences^ bien qu'il ait contribué à en répandre l'usage, ainsi que nous le rapporterons plus loin.
Les conséquences de l'institution de ces sortes de récits L'introduction
de ces pièces
poétiques et ornés d'un certain rhythme, furent impor- rhythmées
. • Tx» 1 consacre de plus
tantes, pour 1 avenir de la Liturgie. D abord, sous le rapport en plus
de la composition des formules saintes, elles consacrèrent l'usage'^du ^styie
de plus en plus le principe, contesté par Agobard et le ^^^ ^danï^^^
concile de Brague^ que les chants sacrés ne sont pas exclu- ^^ Liturgie.
sivement composés des paroles de l'Écriture sainte. Sans
doute, comme nous venons de le dire, V Antiphonaire et le
Responsorial romains renfermaient déjà une certaine
quantité de pièces en style ecclésiastique ; mais le nombre
toujours croissant des tropes et des séquences mettait de
plus en plus le principe dans tout son jour. Rome, qui L'Église
, . 1, , T , . , 1 ^ . . . , de Rome, qui
n avait pas d abord adopte les hymnes, parait avoir imite n'avait pas ^ en cela, au plus tard vers le xi® siècle, les églises ambro- ^^s°hymnes,
11* ^ ^u- 11 '^ -^ ' ' ^ les admet
Sienne, gallicane et gothique; elle y était préparée natu- ^u plus tard Tellement par l'emploi des tropes et des séquences. Bien ^^^^^^^^^^^^^'^' plus, l'Église de Lyon, en dépit d' Agobard, adopta aussi de bonne heure ces poétiques superfétations, et a gardé plus longtemps que toute autre les tropes du Kyrie eleison et du Sanctus. On ne pouvait donner un plus énergique démenti à ceux qui se scandalisaient d'entendre parfois reten-