‹ Instruction civique: manuel à l'usage des écoles primaires supérieures, des écoles secondairesChapitre 17 sur 96 · L'EGALITE · texte numérisé non relu

L'EGALITE

36. Différences naturelles eutre les hommes et les peuples. — Si ia liberté est chère à l'Iiomme, l'égalité ne l'est pas moins. A vrai dire, il n'y a pa-s, il ne peut y avoir d'égalité absolue. Les lois de la nature sont plus puissantes que notre volonté : il n'est pas en notre pouvoir d'empêcher qu'il n'y ait des hommes plus grands, plus robustes et plus intelligents que d'autres; des hommes qui font mieux que d'autres leur chemin dans la vie, qui ont plus d'esprit d'entreprise, plus de sa voir- l'aire, plus d'ordre et d'économie. Il y a et il y aura toujours dans ce monde des êtres faibles pour lesquels les luttes de l'existence sont plus pénibles que pour [es autres. La société humaine se cojnposera toujours, non seulement d'hommes auxquels leur force et leur énergie permettent d'affronter les plus durs combats de la vie, mais de femmes qui ont d'autres tâches à remplir, et d'enfants qui ne peuvent se passer d'aide et de protection.

Ces différences inévitables entre les hommes existent aussi entre les peuples. Tous ne sont pas placés dans des conditions également favorables. Les uns vivent dans des régions tempérées, oii la nature les oblige à travailler assidûment pour subsister, mais récompense aussi leurs elTorlS dans une large mesure; d'autres habitent les régions glaciales et n'arrivent que péniblement à soutenir leur existence; d'autres, placés sous les tropiques, n'ont pour ainsi dire qu'à se laisser vivre, tant la nature pourvoit lichement h leurs besoins. Les peuples montagnards sont ordinairernsnt plus sobres et plus vigoureux que ceux de la plaine. Toutes ces inégalités tiennent à des causes voulues par le Créateur, et l'homme n'a évidemment pas le pouvoir de les faire disparaître. En résumé, aussi longtemps qu'il y aura deux pôles et un équateur, du soleil et de l'ombre, du chaud et du froid, des terres fécondes et d'autres stériles, il y aura des inégalités naturelles parmi les hommes et les peuples, comme parmi les animaux et les plantes.

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état de choses dans lequel toua les Ctres humains seï parfaitement égaux.. Ces rêves ont uri côté généreux, contredit : ils répondent au sentiment inné chez l'homme qui le porte vers i'égahté; mais ils ont aussi un côté dangereux, celui de faire croire que cette égalité idéale pourrait être réahsée par des moyens violents. C'est sous prétexte d'égalité, en eÉFet, qu'on a vu si souvent dans le passé comme de nos jours des agitations dont le but était, non point d'émanciper l'individu en lui donnant plus de liberté saine et vraie, mais d'exciter ses convoitises pour le fruit du travail des autres. Dans notre époque en particulier, il y a des groupes d'hommes connus entre autres sous le nom de communistes, de nihilistes, etc., qui se proposent le bouleversement des institutions sociales, l'abolition de la famille et de la propriété, la suppression des libertés individuelles et collectives, afin d'arriver à établir cette égalité complète. Fatales doctrines, qui n'ont jamais été appliquées sans accumuler des mon-^ ceaux de ruines et de cadavres, et qui, si elles n'étaient heureusement répudiées par la conscience des peuples, transformeraient les hommes en bêtes fauves.

38. De l'égalité véritable. — Non , l'égalité vers laquelle l'homme aspire n'est pas celle du néant. Elle ne consiste pas dans un nivellement qui forcerait les hommes forts et intelligents, travailleurs et économes, à n'être pas plus que les êtres cbétifs et simples d'esprit, paresseux et prodigues. Elle n'aboutit pas à détruire dans le cœur humaia Iq désir du perfectionnement. Elle ne prétend pas à faire l'im-i i possible, & renverser l'ordre établi par la nature, à change ' 8 climats et le cours des saisons. L'égalité véritable, lÀ nule qui puisse être obtenue, et qui est assez belle pove' iduire les esprits sages et pratiques, c'est l'égalité d^

^89. Inégalité de naissance et de position. — On a rétendu que tous les hommes naissent égaux, Cela n'est is rigoureusement vrai. En réalité, les uns viennent au Ëonde dans des conditions de fortune et de santé beaucoup Tas favorables que les autres. L'enfant d'une famille richs B aisée peut être entouré de plus de soins et a plus de faci- "b pour son éducation que l'enfant d'une famille pauvre. is faudrait-il, comme quelques-uns le demandent p lonr pour l'égalité, que, sitAt nés, l'on enlevât les enfat

à leurs parents, afin de les élever tous de la même manière A quelle mère et à quel père oserait-on faire une proposition aussi cruelle? Et croit-on que rien puisse remplacer, même pour l'enfant le plus pauvre, les douces affections qui, en général, l'enlourenl au foyer domestique?

Il faut d'ailleurs remarquer que la position sociale des parents, bien qu'influant sur l'avenir de l'enfant, n'est pas une cause immuable d'inégalité. La nature répartit ses dons entre les hommes sans égard à leur plus ou moins de fortune. L'enfant du pauvre est souvent mieux doué, sous le rapport de la force physique et de l'intelligence, que celui du riche. Obligé de travailler de bonne heure pour vivre, le premier saura souvent s'élever à l'aisance et à la fortune, tandis que le second, accoutumé à trop de bien-être, exposé & toutes les tentations de l'oisiveté, courra le risque de devenir un homme inutile et de gaspiller son patrimoine. De tels exemples sont très fréquents.

40. Egalité devant la loi, l'Instruction et le travail. — Ce que l'on doit demander, c'est premièrement que les riches n'aient pas plus de droits et de libertés que les

fiauvres; en d'autres termes, que la loi soit égale pour tous. I n'en a pas toujours été ainsi dans notre pays, et il y a des Etals ofi la loi consacre encore des inégalités de classes. On a connu chez nous, et on connaît encore ailleurs, des nobles, qui, de père en fils, par droit de naissance, sont placés audessus des autres hommes, les gouvernent, prélèvent sur eux des impôts pour leur usage personnel, n'ont nul besoin d'être capables, studieux, honnêtes, attendu que la loi les place dans une situation privilégiée et qu'ils ne sont pas expos(5s comme le reste de la nation aux vicissitudes de la vie. De tels privilèges blessent profondément le sentiment de la justice; ils sont contraires à l'égalité civile et politique; ils doivent donc disparaître, et c'est la tendance des peuples chez lesquels ils existent encore, de les supprimer.

Ce que l'on doit demander en second lieu, au nom de l'égalité, c'est que la nation s'efforce de mettre à la portée de tous les citoyens les moyens de corriger autant que postible l'inégalité des conditions sociales. De ces moyens, le principal et le plus efficace, c'est Vinstruction. L'enfant du pauvre, s'il est instruit, est assuré d'un avenir plus prospère . me l'enfant du riche, s'il est ignorant. L'égalité absolue dans J ' islruction n'est évidemment pas possible, puisque tous les

^Bifanls De sont pas également bien doués, et ne peuvent

Konsacrer la même durée de temps à l'étude. Mais il y a des

■connaissances nécessaires que tous doivent posséder, et c'«8(

Be devoir de la nation de veiller à ce qu'il en soil ainsi.

B L'égalité exige aussi que toutes les carrières soient ou-

nrertes à tous les citoyens. La liberté du travail doit fttre

Ugale pour tous. Il ne doit pas y avoir de professions accès»

Bsibtes seulement à certaines personnes : par exemple, <

saurait admettre que, pour être avocat ou serrurier, il SaiUé

être fils d'avocat ou de serrurier, ou bien que, pour oxercf

le métief de pharmacien, il t'aille être agréé par les autres,^^

pbarmaciens. Les seules réserves que la nation ail le dnni

de mettre à l'exercice des professions sont celles née

par la moralité, la sécurité ou l'ordre publics. Quant aux

fonctions de l'Etat, elles ne doivent être conférées qu'au

»niérit«, sans que la loi ait égard à la naissance ou à la for^^

■tune des citoyens qui y aspirent.

■ Devant les tribunaux, tous les citoyens doivent aussi être;

^^uux. Le pauvre doit pouvoir se faire rendre justice comm^

He riche. La position sociale ne doit inlluer en rien sur V&pi

nplieation de la loi.

I 41. Egalité des devoirs. — L'égalité des droits na se

cotitjoit pas sans l'égalité des devoirs. Tout citoyen a des d&voirs & remplir envers sa famille et envers son pays. Auxi siens, il doit la nourriture, l'entretien et l'instrucUon : nul ^ |ieut être dispensé de ce devoir commandé par la nature, tk ■fion pays, il doit entre autres le service militaire et les ini- Bots: chacun doit être tenu de remplir ce devoir selon ^Bipacités et ses ressources. Sous tous ces rapports, la loiji Bour être juste, doit âtre applicable à lous, non pas d'ui^ ^nanière uniforme, puisque la situation des individus diffèrç, Bfeais d'une manière égale, c'est-à-dire dans la mesure de i Kue chacun peut faire comparativement à ce qui est exij ^Bes autres.

H 42. Egalité politique. — h'égalilé politique veut non B» ^Kmenl que tous les citoyens puissent aspirer aux fonctîoi publiques /eJtgiiiîHfè/, mais aussi que tous aient leur mot â ^nre sur la manière dont les affaires du pays doivent f'" Hfirigées. C'est par le vote qu'ils ont à exprimer leur voloi H Dans certains pays, on n'admet pas cette sorte d'égal B&n con:>id6i'c, par exemple, que le droll du vole ne doiL.iîP'

parlenif qu'à ceux qui possèdent une certaine fortune et paient à 1 impàt un minimum qui s'appelle dans ces pays 1 cens électoral; le motif qu'on fait valoir, c'est que les gens qui ne possèdent rien ne sont pas intéressés à la bonne marche de t'Elat, et qu'en leur donnant le droit de vote, on courrait le risque de les voir bouleverser l'ordre social. Ou bien, on n'accorde le droit de vote qu'aux citoyens sachant lire et écrire, pour la raison qu'un ignorant ne peut se prononcer en connaissance de cause sur les aCTaires publiques.

La dernière de ces restrictions est certainement plus justifiée que la première; mais dans un pays éclairé, où l'égalité existe devant l'instruction , elle doit aussi exister devant le droit de vote. Les pays les plus avancés, en particulier les républiques, ont introduit depuis plus ou moins longtemps le suffrage universel, c'est-à-dire le droit pour chaque citoyen de se prononcer sur les affaires publiques, soit en élisant les représentants qui ont sa conflance, soit en donnant sa voix pour ou contre les mesures qui sont proposées à l'acceptation ou au rejet du peuple.

On a prétendu que l'égalité qui résulte du suffrage universel était un mal, qu'il serait plus sage de donner h l'homme instruit, clairvoyant, connaissant à fond les affaires publique»?, un droit plus grand, en matière de vote, qu'à l'homme moins instruit, moins bien doué, moins au courant de la marche des affaires ; qu'il était imprudent de laisser la masse des citoyens prononcer sur des questions de gouvernement souvent foi't difficiles, sur lesquelles elle sera fréquemment exposée à se tromper; qu'en un mot, il vaudrait mieux «posor les voix que les comptée».

De telles doctrines conduiraient à l'inégalité la plus choquante. En premier lieu, il serait impossible de classer officiellement les hommes d'après leur intelligence, pour atlribuer aux uns un droit de vote plus étendu qu'aux autres : tel citoyen modeste comprend souvent mieux le bien du pays que tel autre qui a la prétention de connaître à fond la politique. En second lieu, les hommes intelligents et instruits qui composent ce qu'on appelle les classes dirigeantes, exercent déjà naturellement une influence assez grande sur les affaires publiques, sans qu'on leur donne encore un double

1 triple droit de vole.

. Droits des femmes. —Une autre que'ïtion qui ncl'ii) les sociétés modernes, c'est celle de la posi-

tion faite aux femmes, soit au point de vue civil, aoit aii' point de vue politique. Doivent-elles avoir absolument les mêmes droits que les hommes? Les uns disent oui et réclament ce qu'ils nomment Vémancipation de la femme. D'autres sont plus réservés et, tout en reconnaissant ce qu'il y a de juste dans les tendances qui se font jour, estiment cependant qu'il faut tenir compte aussi des différences profondes que la nature a établies entre les deux sexes.

On ne saurait disconvenir qu'en raison de leur faiblesse et de leur timidité, les femmes n'aient eu beaucoup à souffrir du despotisme de l'homme. Dans les nations peu civilisées, elles sont traitées comme des esclaves, doivent faire les travaux les plus pénibles, sont l'objet des plus mauvais procédés. Bien que chez les peuples modernes, la condition de la femme se soit améliorée, il y a certainement plus d'un pays ob des réformes sérieuses doivent encore être faites pour que la femme prenne réellement la place que la nature lui a assignée, et devienne l'égale de l'homme dans la mesure oli ses facultés lui permettent de l'ôtre.

Il est évident que l'homme a dans la société une autre mission à remplir que la femme. A lui les travaux du dehors, le soin de pourvoir à l'entretien de la famille, les périls et les fatigues de la guerre. A elle les travaux domestiques, le soin des enfants, la lâche d'embellir l'intérieur de la maison. De cette différence dans la mission de chaque sexe, il résulte que les droits et les devoirs ne sont pas les mômes. Uais toutes les fois que la différence n'est pas essentielle, l'égalité complète doit être établie.

Ainsi, dans la famille, il doit y avoir on chef qui est naturellement l'homme. Mais si le père de famille vient à mourir, ou est absent, c'est à la mère à le remplacer. La loi doit dans ce cas lui reconnaître les mêmes droits civils qu'à l'homme, le droit d'acheter, de vendre, le droit de pourvoir à l'entretien et à l'instruction des enfants, etc.

De même, lorsque les enfants sont parvenus à Yâge de majorité, c'est-à-dire à l'âge où l'être humain est capable de se diriger lui-même dans la vie, les filles doivent avoir les mômea droits que les garçons pour tout ce qui concerne la liberté du travail, l'administration de leur fortune, etc. Elias doivent avoir une part égale à celle des garçons dans la divi-' sion de l'héritage des parents.

Ainsi encore, les femmes doivent pouvoir i^mp fessions qu'il leur convient d'embrasser. Miiiiées, ell^

peuvent sans doute les exercer qu'avec le consentement de leur mari ; mais célibataires ou veuves, elles doivent être libres d'agir absolument comme la loi permet à un bomme de le faire. Il n'y a aucune raison d'établir ici une inégalité quelconque, car les femmes sont aussi intelligentes que les hommes, el si leur intelligence et leurs goûts prennent gônéraiemenl une direction différente, si elles sont plus aptes à certains travaux qu'à d'autres, elles sauront bien le reconnaître elles-mêmes. Par conséquent, on ne saurait sans injustice restreindre leur liberté sous ce rapport.

Les femmes doivent-elles exercer les mêmes droits politiques que les hommes? En général, les peuples les plus éclairés ne l'admettent pas, et il faut reconnaître que des différences naturelles justifient cette inégalité. La femme, par ses occupations, ne pourrait remplir -régoliôrement les devoirs de la vie publique. Sans parler du service militaire, qui évidemment incombe aux hommes seuls, pourrait-elle quitter son intérieur, abandonner ses enfants pour se rendre dans les assemblées politiques? La paix domestique-ne risquerail-elle pas d'en souffrir? Et si ta femme a le droit de vote, elle devra aussi être éligible, c'est-à-dire qu'elle pourra être appelée à remplir des fonctions publiques, à diriger l'Etat. Est-ce là sa véritable mission ? Il est permis d'en douter très sérieusement, et c'est pourquoi les peuples qui ont proclamé le plus complètement l'égalité civile de la femme, ne lui ont pas encore reconnu l'égalité pobtique. La gi'ande majorité des femmes ne la réclame pas, tant s'en faut; elles ont le sentiment fort juste qu'elles ne sont pas faites pour la vie publique, et qu'au heu d'augmenter leur influence dans la société, influence due à leur grâce et à leur douceur, l'égalité des droits politiques la diminuerait considérablement.

Faits el remarques.

Au siècle passé, on s'occupait beaucoup da l'influence du climat sur les institutions politiques. Montesquieu a consacré à cette élude pluaieurs chapitres de son ouvrage célèbre: l'Esprit des lois. U^s le climat n'est pas la seule cause déterminante de l'inëgalité "ntre les homiiie>. t.'éducation exerce une induence plus grande -"„ et par pli- i "st possible de neutraliser jusqu'à un certain

« effets résultant de la n îioD, etc. De mâme que l'homme peut vivre soi sauf dans les régions polaires extrâmca, de i la liberté et le droit dans toutes les contrées

lilieu, de l'alimeDU •■ toutes les latitudes, îme il peut pratiquer

Des rêveurs ont imagitié une société idéale, dans laijueUe tous les hommes seraient plus ou moins égaux. Platon dans sa Républi^ que, Thomas Morua dans son lie d'Utopie, Fénelon dans sa Ville de Salenle, Fourier dans son Pkalanstëre, ont fait un tableau plue ou moins enchanteur du honheur qui régnerait sur la terre si tous les hommes étaient également hons, sages et vertueux. Malheureusement ce n'est pas le cas: s'il y en a de bons, il y en a aussi de mauvais ; s'il y en a de travailleurs, il y en a de paresseus ; s'il ; en a d'intelligents, il y en a qui le sont moins. Toutes les fois qu'on a voulu mettre en pratique ces belles théories, on a échoué pitoya- ' blement et dû reconnaître qu'il faut prendre la nature humaine telle ' qu'elle est et non telle que des utopistes se figurent qu'elle devrait «ire.

La proclamation de l'égalité des droits est surtout l'reuvre de la Révolution française de 1789. L'article premier de la célèbre Décla ralion des droUs de l'homme est ainsi conçu : « Les hommes naÏBsent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune, n '

n France, avant cette déclaration mémorable (et aussi dans la

plupart des autres pays), le régime féodal existait en plein. Une

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