Nécessité d'une règle pour toute société. — Dans
toute société il faut une règle et une organisation. Regardez les petits enfants qui se réunissent pour jouer i Ua wiisa-
it instinctivement la loi de la nature lorsqu'ils se soumet- (Dt d'eux-mêmes à un certain ordre et à une certains iscipline sans lesquels leurs jeux dégénéreraient inévitablement en querelles. De môme, pour les hommes faits, qui ont de graves intérêts à défendre, le fruit de leur travail à garantir, leur famille à protéger, il est évident que, dès l'origine et tout naturellement, la nécessité d'une règle et d'une organisation s'est imposée à eux.
A vrai dire, cette règle et cette organisation ne sont pas partout semblables. L'histoire nous apprend que les institutions humaines se sont formées lentement. Suivant le degré d'intelligence et de civilisation des individus groupés en familles, en tribus et en peuples, suivant les circonstances dans lesquelles ils vivaient, les institutions ont été plus on moins compliquées, plus ou moins parfaites. Mais, malgré' ces différences, le besoin de règle el d'organisation existe partout. Les peuples qui ont su le mieux conformer leurs institutions à des règles sages et justes, ont progressé at prospéré. Ceux au contraire qui se sont laissé envahir par la corruption et par le désordre, n'ont pas tardé à péricliter et à périr.
6. L'Etat, le droit, la loi. — Voilà trois mots qui reviennent souvent dans un cours d'instruction civique. Nous allons donc les définir d'une manière aussi précise que possible.
Toute société d'hommes, soumise à une règle et à une organisation communes, forme un corps social qu'on appelle un peuple ou une nation. De même que le corps humain a besoin d'un cerveau pour penser, d'une âme pour vouloir, et de membres pour agir, de même aussi le corps social doit avoir une volonté, une pensée directrice, des organes matériels. L'Etat, c'est le corps social considéré comme un être doué de la faculté de vouloir, de penser et d'agir.
L'Etat a pour objet le bien des membres du corps social, qui sont les individus. A cet effet, l'Etat doit veiller à ce que les rapports entre les individus soient fondés sur le sentiment de justice mué dans tous les cœurs ; il ne doit pas souffrir que le fort opprime le faible. Tout homme' doit avoir la faculté de faire le bien, c'est là son droit; mais il ne doit pas faire de mal à son semblable, c'est li son devoir. Les droits et les devoirs des hommes sont réciproques : le droit de l'un finit où commence le droit de.
l'autre. Le droit, c'est le respect de lajttsttce dans les rapports
entre les hommes.
Le droit découle de la nature même de l'homme. Ce qu'on trouve mauvais pour soi-même, chacun sent qu'il ne faut pas le faire aux autres. Les peuples les moins civilisés admettent eux-mêmes le droit naturel; mais leur conscience peu éclairée les égare souvent dans l'appréciation du juste et de l'injuste. Cbez tous les peuples d'ailleurs, les passions ou les intérêts font aisément perdre ou dénaturer la notion vraie du droit ; c'est pourquoi il a été nécessaire de le fixer par des règles connues de tous et dont l'Etat surveille l'application. On appelle ces règles le droit positif ou conventionnel pour la distinguer du droit naturel, écrit seulement daus la conscience de l'homme. La loi, c'est le droit conventionnel tel qu'il est déterminé par VEtat.
7. Division du cours. — Nous diviserons ce cours en quatre parties :
i' Les principes généraux sur lesquels un peuple éclairé doit baser ses institutions, Nous apprendrons à connaître le vrai sens de ces beaux mots si souvent répétés de Patrie, Souveraineté nationale. République, Liberté, Egalité, Fraternité. Nous verrons quels rapports nécessaires la nature fait naître entre les hommes, et quels sont leurs droits et leurs devoirs réciproques.
2" Les organes et les fonctions de l'Etat. Nous apprendrons ce que c'est que la constitution d'un pays, comment se font les lois, comment elles s'exécutent, comment la justice est rendue. Nous examinerons ce grand mécanisme de l'Etat qui a pour but de pourvoir à la défense nationale, au maintien de l'ordre à l'intérieur, au développement de la' prospérité commune. Nous verrons de quelle manière tous les citoyens sont appelés à contribuer, suivant leurs moyens, à réaliser ces différents buts de l'Etat.
3* Le droit international ou droit des gens. Les nombreux Etats qui existent sur la terre ne peuvent pas vivre absolument isolés les uns des autres. Ils ont entre eux des relations de commerce ou d'autres de nature pacifique ; ils ont aussi des frottements et des conflits qui aboutissent parfois à des guerres. Un citoyen éclairé doit avoir une idée juste des régies qui président aux rapports des Etats entre eux, soit en temps de paix, soit en temps de guerre. (Quand,
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ces règles sont écrites dans les traités ou conventions, elles forment le droit international ; quand elles reposent simplement sur- le droit naturel ou les usages, elles s'appellent le droit des gens).
4° Les institutions de la patrie. Le but llnal de l'instruction civique étant de former le citoyen pour la patrie, nous examinerons en dernier lieu comment les principes de droit que nous aurons successivement étudiés sont appliqués dans notre pays.
Puisse ce cours, écrit pour la jeunesse du pays le plus démocratique du monde, fui inspirer le désir ardent et la ferme volonté de ne pas laisser déchoir entre ses mains ta dépôt glorieux qu'elle s'apprête à recevoir de ses alnôs ; l'indépendance et la liberté 1
Faits et remarques.
S§lâ4.
L'importance de l'instruction civique a été appréciée dans tous les temps par les peuples libres. On sait quels soins les Grecs et les Domains donnaient à l'éducation des Jeunea citoyens : ils exerçaient leur corps en vue des fatigues de la guerre, ils leur apprenaient à penser et à parler en vue des discussions publiques. La vie des citoyens as passait alors en grande partie soit au camp, soit dans les réunions où se débattaient les alïaires de l'Etat. HaiB les anciens avaient des esclaves pour cultiver leurs terres et faire les autres travaux indispensables. Les sociétés modernes ont aboli l'eBclavage, et l'exercice des professions manuelles n'est plus envi- sage comme déshonorant
Le rétablissement de l'égalité entre les hommes rend L'instruot civique d'autant plus nécessaire. Tous ayant la qualité de c." doivent être en état de remplir leurs devoirs. Aussi les pays 11 et en particulier les républiques modernes, font-ils une large J dans l'école aux connaissances destinées à former le citoyen, *
Ainsi, la Suisse soumet tous les jeunes hoïnmes âgés de vin à un double examen : corporel, pour choisir les soldats qui d composer ses milioe»; intellectuel, pour voir si le jeune citoyatl apte à se rendre utile au pays. Ce dernier examen porte s ment sur l'histoire et les institutions de la patrie.
Dans presque tous les cantons, l'instruction civique est old toire. Il ï a môme des cantons (par exemple Neuchâlel) c " jeunes filles doivent aussi recevoir un enseignement sur les tutions du pays. Cela est raisonnable ; tes femmes composai
moitié de la nation; elles ont leurs droits et leurs devoirs qu'elles ne doivent pas ignorer; elles sont les éducattices de l'enfance, et doivent diriger cette éducation dans un sens profitable au pays.
La République fraoçaise vient auEsi d'introduire l'instruction civique dans le programme scolaire.
Aux Etats-Unie et en Angleterre, les jeunes gêna sont exercés de bonne heure à la parole, atln de pouvoir rendre avec clarté leurs idées lorsqu'ils entrent plus tard dans la vie publique.
Certains hommes, frappés des imperfections de notre organisation sociale, aigris par la souttrance, comme ce fut le cas entre autres du célèbre philosophe J.-J, Itousseau, ont voulu voir l'âge d'or de l'humanité dans les temps qui ont précédé la civilisation actuelle; ils ont prétendu que l'homme serait plus heureux s'il vivait isolé, ou tout au muïns dégagé des devoirs que lui imposent les lois sociales.
Les recherches de la science ont démontré, au contraire, que l'homme des temps les plus reculés, dont on a retrouvé la trace dans les couches géologiques, était un être misérable et peu développé. Néanmoins, il n'y a pas de doute qu'il vivait déjà en société; il reconnaissait des rangs et une hiérarchie. Successivement, il a progressé; il a domestiqué les animaux utiles, il s'est voué à l'agriculture, il s'est procuré des jouissances A l'aide des arts d'imitation et d'ornementation; il a groupé ses forces et ses habitations en vue d'une défense commune. Il est arrivé ainsi, poussé par le besoin inné de sociabilité, à un état de civilisation dont l'histoire écrite n'a pu faire mention, mais dont notre sol a gardé les indices cer-
L'imagination de quelques écrivains s'est laissé enthousiasmer par des récits merveilleux, comme celui de Robinson Crusoé, qui, dans une Ile déserte, arrive A se créer un bien-être relatif; ils voient là un idéal pour l'existence humaine. Mais il no faut pas oublier, d'abord que les RobinsoDS sont des personnages purement fantaisistes ; ensuite, qu'ils ne sont pas tellement dénués de tout puisqu'ils ont généralement à leur disposition les restes d'un navire chargé de vivres, d'armes et de munitions, d'outils, de tissus, etc.; enAn, que l'éducation qu'ils ont regue dans la société humaine leur est d'une ressource considérable pour toutes leurs entreprises.
On a vu à diverses époques, par exemple en France dans les périodes révolutionnaires, en Russie dans notre siècle, et ailleurs, combien des doctrines fausses peuvent avoir des conséquences funestes. Dés l'instant que l'iiomme conteste l'ordre social, qu'il ne veut plus reconnaitre aucune régie, aucune discipline, il passe k l'état de béte féroce, et à la première occasion il met tout à feu et k sang. Non point, cela va sans dire, que les lois humaines soient
tonjoara sages et jusles; elles provoqiiaiit fréquemment, au contraire, de légitimes râclamatioas, mais ce n'est pas l'ordre social mdme qu'il faut mettre en cause: il faut s'appliquer à réformer ce qui est défectueux dans les institutions, et ne pas vouloir les détruire simplement pour retourner à la barbarie.
Si ce cours était destiné à de jeunes écoliers, nous eussions adopté une autre division ; nous aurions commencé par leur parler du village qu'ils habitent et de ses autorités, puis du cantoD, et ainsi de suite. Mais nous nous adressons à des jeunes gens capables de comprendre les idi^es générales, et de recevoir une instruction civique véritablement digne do ce nom. C'est pourquoi nous commencerons par rechercher les principes élemellemeDt vrais qu'un peuple doit suivre pour être heureux, et nous en montrerons ensuite l'application dans les institutions de la patrie.
1. Qu'est-ce que la jeunesse doit â son pays ? Comment doit-elle se préparer à remphr sa lâche? — 2. Qu'est-ce que l'instruction civique?Que Bigniftent les mots oiuigue et ctuisnie î Quelle est s» place dans l'éducation de la jeuneeseî Quel est le but de l'instroctioncivioueî— 3. Pourquoi doit-elle s'appuyer sur l'histoire?— 4. EaU il juste de prétendre que l'homme n'est pas tenu de se conformer à l'ordre social? Comment dé montre z-vo us que l'homme est fait
Sour vivre en société î Quelles sont les conséquences de la funeste octrine contraire? — 5. Une société peut-elle exister sans régie? Les institutions humaines ont-elles été en même temps organiséeA de la même manière? Sont-elles partout les mêmes? A quoi tient la prospérité de certaine peuples ? la décadence d'autres î — 6.Qu'cntend-on parlesiiroils et les devoirs de l'homme? Qu'est-cft que i'Etatt le droit f la ioiV Qu'est-ce que le droit poaUi/' ou oo»ventionne.l comparativement au droit naturel ? — 7. En combien da i parties est divisé ce cours d'instruction civique 7 Qu'est-ce que !«■ ' droit international et le droit des gens f Pourquoi nous occuperons^ J nous en dernier heu des institutions de la patrie ?