LA PATRIE
8. Amour de la patrie. — Un des sentiments les plus doux et les plus puissants qui, de tout temps, chez lous les peuples digues de ce nom, ont fait vibrer le cœur de t'bomme, c'est l'amour de la patrie. Les plus beaux actes de dévouement, d'abnégation, d'enthousiasme généreux dont fasse mention l'histoire, ont été inspirés par ce noble sentiment. Dans les jours d'alarme ou de deuil comme dans les jours de fête, c'est vers la grande image de la pairie, vers le drapeau national, que les regards se tournent. Il sort alors de tous les cœurs, de toutes les âmes, quelque chose d'indéfinissable, qui fait que chaque citoyen est irrésistiblement gagné par la joie ou la douleur commune. Dans ces moments-là, nous sentons vivement que la patrie n'est pas une simple conception de notre esprit, mais un être sensible qui souffre ou qui se réjouit avec nous. Nous devenons plus forts et meilleurs, capables de nous sacrifier pour le bien général, ainsi que le commande notre belle devise nationale : a Un pour tous, tous pour un I s
D'oïl provient ce sentiment si élevé et si pur, tellement contraire à notre égoïsme naturel? De ce que la patrie résume pour nous tous les biens de ce monde, toutes nos affections, toutes nos émotions, tous les souvenirs de notre vie, tout notre espoir dans l'avenir.
9. Attachement au sol natal, â, la famille, à, nos concitoyens, à, nos Institutions. — La patrie, c'est le sol chéri qui nous a vus naître, la maison où notre jeune âge s'est passé, les prés, les bois, les monte à, une,
— topas familiers, la rivière ou le torrent qui coule dans ta vallée, l'horizon tantôt bleu, tantôt sombre où nos yeuît s'arrôlent, la ville, le village ou le hameau que nous habitons, la maison d'école pleine de souvenirs studieux, l'église avec son grand clocher qui domine la contrés et qui élève notre pensée vers l'Auteur de toutes choses. C'est dans ce milieu que notre âme a reçu ses premières impressions, qui sont toujours les plus durables. Aussi quand l'idée de patrie se présente à nous, songeons-nous tout d'abord à l'endroit natal, qui est celui que nous connaissons le mieux et que nous aimons naturellement par dessus tous les autres.
Mais la patrie embrasse un territoire plus vaste : elle s'étend jusqu'oii vont les limites géographiques et politiques des peuples voisins. Plus nous ta parcourons et apprenons à connaître les beautés de toute sorte que la nature a répandues sur elle, ses campagnes fertiles, ses sites riants ou sévères, ses villes superbes, ses villages prospères, ses fleuves majestueux, ses forêts profondes, ses lacs transparents, ses sublimes montagnes au front couvert de neige et de glaciers, plus nous nous sentons pris d'admiration et d'amour pour notre pays. D'autres pays peuvent offrir des beautés semblables ou d'un autre genre: elles ne nous impressionneront jamais autant, car elles sont en dehors de la patrie.
La patrie, c'est la famille avec ses bonheurs intimes, avec ses souffrances partagées. Les fêtes du foyer domestique laissent dans notre âme un doux rayonnement. Qu'une tribulation ou qu'un deuil atteigne la famille, ses membres se rapprochent les uns des autres et trouvent une grande consolation dans la sympathie qui les unit. Quand les enfants de la famille sont élevés, ils se dispersent pour fonder à leur tour de nouveaux foyers, mais les liens du sang continuent à les rattacher ensemble comme les rameaux sortis du. môme tronc. Dans toutes les circonstances solennelles de la' vie, la famille se retrouve groupée autour de ses chefs; le nom commun qu'on porte, on tient à ce qu'il soit honoré de tous, et l'on se prête mutuellement assistance dans les revers, tout comme on partage ensemble les sourires de la bonne fortune.
Mais si la famille est l'objet principal et immédiat de nos affections, elle ne doit pas nous empêcher d'aimer aussi les autres hommes avec lesquels nous vivons, toutes ces familles nombreuses dont la réunion forme un peuple, — notre peuple, — et dont les idées, les sentiments,
tions sont semblables aux nôtres. Que de liens puissants existent entre nous I Non seulement les intérêts du présent font que nous avons besoin les uns des autres, mais le passé, par la voix éloquente de l'histoire, vient nous rappeler que nous sommes frères et que nos destinées doivent rester communes. Nos pères ont combattu côte à côte contre l'étranger ; ils ont arrosé ensemble le sol de la patrie de leur sang pour le défendre, de leurs sueurs pour le cultiver; ils ont fondé, pour la sauvegarde et le bien-être de tous et de chacun, les institutions que nous avons la tâche de perfectionner suivant notre pouvoir et suivant les exigences de notre époque. Nous avons dans notre histoire des dates glorieuses, des souvenirs lumineux; ici, nos pères se sont conduits comme des héros, ils ont montré que pour eux l'indépendance de la patrie allait par dessus tout ; là ils se sont réconciliés fraternellement après des divisions fatales qui avaient longtemps déchiré la patrie et compromis ses liberlés intérieures; une autre fois c'est un désastre qui a frappé une partie de la nation, mais de tous les côtés des mains secourables se sont tendues, et le malheur a été l'éparé dans la mesure du possible. Quand on a de telles pages dans son histoire, et en si grand nombre, on sent que la patrie n'est pas un vain mot, mais qu'elle est la mère chérie de cette grande famille qui s'appelle la nation suisse.
La patrie résume aussi toutes nos espérances; nous voulons qu'elle soit toujours plus prospère, car sa prospérité, c'est la nôtre, c'est celte de nos enfants. Si nous devions, ce qu'à Dieu ne plaise, cesser un jour d'être libres, si l'étranger s'emparait de notre territoire et nous dictait des lois abhorrées, ou si la discorde venait à déchirer profondément les liens qui nous unissent, quels biens nous reslerait-i! encore ici-bas? Nous et nos enfants condamnés à vivre comme des esclaves, — car ce serait élre esclaves que de ne plus diriger nous-mêmes les affaires de notre pays, — notre fortune exposée aux déprédations de l'ennemi étranger ou intérieur, pourrions-nous dire que nous avons encore une patrie? Oii seraient la tranquillité du foyer, les joies de la famille, les réjouissances nationales? Il n'y aurait plus de place dans nos cœurs que pour le deuil et la souffrance. Le sol natal nous deviendrait même odieux, et nous le quitterions, si nous pouvions, emportant dans notre àme la tristesse ineffaçable des hommes qui n'ont plus de patrie.
10. Devoirs généraux envers la patrie. — Ci pour qu'une pareille catastrophe nous soit épargnée, que Dous devons remplir fidèlement nos devoirs envers la patrie. On appelle patriotisme la vertu de l'homme qui aime réellement son pays. Le patriotisme est la sauvegarde la plus puissante de l'indépendance nationale; les peuples qui en manquent sont une proie facile pour les conquérants ; ils sont aussi à la merci des intrigants et des ambitieux qui sèment la division parmi les citoyens, attisent le feu des passions, et cherchent à élever l'édifice de leur prospérité personnelle sur les ruines de la prospérité générale.
La patrie a droit à tout notre dévouement. Lorsque son indépendance est menacée, elle peut exiger de nous le sacrifice de notre fortune et de notre vie. Elle nous oblige alors à quitter notre foyer, notre famille pour aller la défendre. Nous devons le faire avec une entière abnégation, car cela est juste et raisonnable. Quand l'ennemi se présente sur un point quelconque de notre territoire, tous les enfants du pays doivent se lever pour le repousser. Qui touche l'un touche l'autre, voilà le principe sur lequel repose l'idée ds patrie commune. Si nous restions indifférents lorsque nous ne sommes pas menacés directement par l'ennemi, nos frères et compatriotes auraient aussi le droit de nous abandonner quand le danger serait à nos portes. Nous ne serions plus une nation, un faisceau étroitement lié, mais un groupement d'individus et de familles sans cohésion, et par conséquent sans force de résistance. Le premier conquérant venu aurait facilement raison de nous.
Mais ce n'est pas seulement en cas de guerre que la patrie doit pouvoir compter sur nous. Il est d'autres devoirs de tous les jours à remplir envers elle. Nous devons nous intéresser aux affaires publiques, prendre part régulièrement aux élections et votations, payer nos impôts, faire notre servie© militaire, respecter les lois, nous conduire à tous égards en bons et utiles citoyens.