Dangers de régolsme Individuel. — Il y a des
personnes, heureusement en petit nombre, qui n'approuvent pas cette manière de comprendre les devoirs envers la patrie. Elles ne se soumettent aux lois qu'à contrecœur et en rechignant. Elles envisagent que la politique, c'est-à-dire tout ce qui concerne les affaires du pays, est
tin mal, parce qu'elle détourne les citoyens de leurs pr~ près affaires; quil vaut mieux, par conséquent, s'enoccuper le moins possible, et abandonner ce soin à ceux qui ont un goût particulier pour ces choses et qui ont le temps de s'y vouer.
Cette opinion doit être combattue. La politique regarde tous les citoyens ; si elle est mal dirigée, les affaires souffrent, et tout le monde s'en ressent. S'en remettre à quelques hommes du soin de faire les lois, leur donner carte blanche pour l'administration du pays, c'est s'exposer aux plus funestes conséquences, telles que la dilapidation des deniers publics, la violation des droits individuels, la perte de l'indépendance nationale, la ruine de la patrie. C'est pour avoir abandonné à quelques-uns la direction des aflfaires publiques, que tant de peuples de l'antiquité et des temps modernes ont péri misérablement ou ont été gravement atteints dans leur force, dans leur honneur, dans leur fortune et dans la possession de leur territoire.
Mais si la patrie exige que nous nous occupions d'elle, elle ne demande pas que pour cela nous négligions nos autres devoirs. Bien au contraire, le meilleur patriote, c'est celui qui, tout en servant fidèlement son pays, exerce avec assiduité sa profession, observe une conduiti; réguUère, est dévoué à sa famille, la soigne et l'élève bio.n, pratique toutes les vertus privées que la religion et la morale nous commandent. En revanche, les hommes qui déconsidèrent la politique, les mauvais patriotes, ce sont ceux qui, sous prétexte de s'occuper des affaires du pays, négligent les leurs, abandonnent le travail à tout propos, laissent leur famille dans la gène, ne se soucient pas de l'é.lucatioQ de leurs enfants, et consument leur vie dans les stériles agitations des clubs ou de la rue. Les mauvais patriotes, ce sont ces tribuns de cabarets qui, au milieu des libations et de la tabagie, déclament comme des forcenés contre les choses les plus respectables, l'ordre, la famille, la propriété, et qui ne savent faire appel qu'aux sentiments les plus vils, aux passions les plus dégradantes, à l'esprit de haine, de violence et de sédition.
Le bon patriote sait se garder d'excès aussi fâcheux. Il fait à chaque devoir une part légitime dans sa vie. Lui aussi éprouve le besoin de discuter avec ses concitoyens les questions du jour; il se rendra à cet effet dans les lieux publics et dans les assemblées où ces questions sont traitées ; ins-
truit de ses droits et de ses devoirs, il saura discemar" vrai da faux daiis ce qu'il entendra, et s'il parle, ce ne sera que pour exprimer des idées raisonnables ou généreuses; il se souviendra à temps que aa profession et sa famille ont aussi leurs exigences, et après avoir donné h la politique ce qui lui revient, il retournera à ses autres devoirs sans hésitation et sans regret.
la. Dangers du cosmopolitisme. — Si l'on doit combattre l'opinion étroite d'après laquelle les citoyens doivent s'occuper surtout de leurs affaires personnelles et le moins possible des affaires du pays, il en est une autre non moins exagérée et non moins dangereuse, c'est celle des utopistes qui trouvent l'idée de patrie trop mesquine, trop égoïste, et qui n'envisagent comme digne de leur intérêt et de leur amour que l'humanité tout entière. Plus de frontières, disent-ils, plus de divisions politiques, tout cela doit disparaître et les peuples ne former qu'un seul Etat régi par les mêmes loisl On appelle cette doctrine le cosmopolitisme, et ses partisans des cosmopolites, de deux mots grecs qui signifient citoyens de l'univers.
Sans doute il y a dans ces utopies quelque chose de séduisant. L'humanité devrait être une grande patrie; tous les hommes sont frères et devraient se traiter comme tels. Il ne devrait plus y avoir de guerres ; l'ordre et la liberté devraient régner partout. Mais ce qui est désirable n'est pas toujours réalisable, et c'est ici le cas. De toute antiquité, les peuples ont eu entre eux des rivalités, des querelles qui ont donné lieu à des conflits sanglants. 11 en sera encore longtemps ainsi, suivant toute probabilité. Chaque nation a son caractère, ses idées politiques, religieuses ou sociales, ses habitudes, ses mœurs, et tient à les conserver comme elle tient à conserver sa langue et ses frontières. On ne peut pas bouiaverser tout cela. D'ailleurs, si l'humanité ne faisait plus qu'un grand peuple, quelles sont les institutions qui prévaudraient ? Serait-ce les institutions cliinoises ou les institutions russes ou les nôtres ? Voudriez-vous qu'on vous obligeât à devenir musulmans, à être serfs ou esclaves? Non, sans doute; mais si vous ne reconnaissez pas aux autres peuples le droit de vous imposer leurs lois, leurs coutumes et leurs croyances, comment pourriez-vous songer à leur imposer les vôtres? Donc ce qu'il y a déplus sage, c'est que chaque nation garde ses institutions, sans étroitesse d'esprit et sans égoïsme
outré. Ce qui peut le plus rendre un peuple ' heureux, c'est le sentiment qu'il a une patrie qui est bien à lui, dont il petit diriger les destinées comme il l'entend, et dans laquelle il ne reconnaît pas d'autre maître que Dieu.
L'amour vivace de la patrie n'exclut pas les sentiments humanitaires dans la vraie acception du mot. Tout bon patriote déplore les guerres quelles qu'elles soient et sympathise avec les opprimés, sur quelque point du globe qu'ils se trouvent. Mais il ne cesse pas pour cela de chérir profondément son pays, de même que l'affection sincère qu'il a pour ses concitoyens ne doit pas diminuer en lui la tendresse qu'il éprouve pour sa famille. Les jeunes citoyens feront bien de ne pas se laisser entraîner par ces rêveurs qui leur conseillent d'oublier ce qu'ils doivent à leur patrie, à leurs concitoyens, à leur famille, pour se mettre à la poursuite d'un idéal humanitaire qui n'est au fond qu'une chimère dangereuse et un mirage trompeur. « Tel philosophe aime les Tartares pour être dispensé d'aimer ses voisins, s a dit J.'J. Rousseau. Parole aussi juste que profonde, que tous les citoyens feront bien de se rappeler lorsqu'ils se trouveront en présence do ces apôtres de l'internationalisme ou du cosmopolitisme qui prêchent l'abolition de la patrie, et qui, si nous les écoutions, nous ramèneraient à la barbarie et au plus affreux despotisme.
Aimons donc la patrie, aimons-la de toutes nos forces, . servons-ia de tout notre pouvoir comme elle demande à être servie, c'est-à-dire en remplissant consciencieusement nos devoirs d'hommes et de citoyens, de membres de notre famille proprement dite et de membres de la grande famille nationale. C'est ainsi que nous contribuerons véritablement à sa grandeur, à sa force, à sa considération et à sa prospérité.
SS 8 et 9.
Patrie vient du latin pater, qui signifie péro. Terra palria, c'est ia terre paternelle, la terre des aïeux, la terre où nous avons notre berceau, la terre où nos morts sont ensevelis. Dans le développement de l'humanité, les honneurs rendus aux morts marquent une étape importante vers la civilisation; Ils indiquent que le peuple tient & son passa et respecte la mémoire de ceux ijui lui ont donné une
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patrie. Les tribus nomades ignorent plus ou moias ce sentiment da
piété pour les ancêtres: aussi ne réussissent-elles pas à s'élever & la hauteur des autres peuples : elles ne connaissent pas, dans toule sa Force et sa douceur, l'amour de la patrie.
Ubi bene, ibi patria / < Là où on se trouve bien, là est la patrie n, a-t-on dit. Ainsi peuvent raisonner les tribus nomades, ainsi ne pensera jamais le citoyen qui aime sa patrie. Il est vrai de dire que la force des choses oblige et a obligé dans tous les temps des citoyens à s'expatrier, des peuples entiers même k émigrer. Une nation qui se multiplie beaucoup finit par avoir un trop-plein qui doit se déverser dans d'autres pays. C'est là sans doute une des causes principales des grandes migrations des peuples qui se sont produites, par exemple dans les premiers siècles de l'ère chrétienne. L'histoire moderne nous montre la colonisation du NouTeau- Monde, qui est due soit à l'attrait exercé sur les esprits par la perspective d'un bien-être supérieur, soit aux persécutions religieuses dont l'Europe a olTert le spectacle après la Réformation. De nos jmirs, un courant continuel d'émigrants, ii un vaste fleuve de sang >, comme on l'a appelé, se dirige de l'Eumpe vers l'Amérique ou l'Australie. C'est le trop-plein du vieux continent qui s'écoule ainsi. Depuis le commencement de notre siècle, la population de l'Europs a augmenté de presque la moitié; l'Angleterre seule a vu tripler le nombre de ses habitants. L'Europe ne produit plus de quoi se nourrir; revanche, elle fabrique en surabondance des produits industriels contre lesquels elle échange une partie de sa nourriture avec les Américains et les Australiens.
On le voit donc, c'est le besoin qui oblige tant d'agriculteurs à quitter le sol européen, tant de commerçants à aller s'établir sur rivages les plus lointains. Les uns et les autres ne quittent pas gaité de cœur; c'est au contraire un déchirement pour longtemps qu'ils le peuvent, ils restent en relations étroites avec le pays natal; beaucoup d'entre eux nourrissent l'espoir du retour, et un certain nombre reviennent en eflet avec les richesses qu'ils ont acquises à l'étranger. Tant est puissant le lien qui unit nos cœur« à la patrie!
L'histoire abonde en traits de dévouement à la patrie. Dévouement individuel, dévouement généraL Tous les peuples ont à citer des hommes comme les Horaces, les Léonidas, les Winkelried, qui ont sacrifié leur vie sur le champ de bataille pour sauver la patrie. Et ces centaines de mille hommes morts dans les guerres d'indépendance, héros inconnue de l'histoire, ils méritent aussi un souvenir reconnaissant de la part de leur nation.
liais les devoirs envers la patrie ne consistent pas seulement en des actes de courage & la guerre. La vie de tous les jours
a de détails qui ont leur importance au point de vue de lapro*tïité générale. Marcber toujours droit dons l'accomplissement de jt tâche quotidienne, si difncile et rebutante qu'elle puisse être, a genre de courage dont la patrie n'a paa moins besoin que 6 l'autre. Il y a aussi le courage civique qui consiste à dire haute-
t et à faire ce qu'on croit être vrai, dussions-nous encourir la Hiquerie ou le blâma de ceux que leur frivolité, leurs passions ou
B préjugés dominent.
[Qnestloimalpe.
ient la puïEsance de ce sentiment qu'on appelle l'amour
S la palrleî Que signifie le mot de patrie? — 9. Qu'est-ce que la
^te au point de vue géographique ? au point de vue des affections
iirelles? au point de vue des intérêts communs? au point de
a des institutions? Quel est le sort des hommes qui n'ont pas de
We 7 — -iO. Qu'appel le-t'On le patriotisme f Quels sont nos de-
Jfca envers la patrie î en temps de guerre? en temps de paix ? —
EQu'est-ce que la poliliq'uef L'égoïsme individuel est-if profita-
■î Quand peut-on dire qu'il est poussé trop loin? Qu'est-ce qu'un
ifl. patriote 1 Par quoi se distingue le mauvais patriote 1 — 12.
ffappelle-t-on le cotmopoliilsme ou Vinternationalitme f Est-il
KBilile d'arriver â un régime uniforme pour tous tes peuples? Le
^rlotisme doit-il être absolument exclusif? Comment J.-J. Rousseau
■il caractérisé le cosmopolitisme? Quelles seraient les consé-
' les de cette doctrine?