Indépendance, souveraineté, autonomie
Dans le paragraphe précédetil, nous avons reconnu que l'bucianité se compose de nations distioctEs, qui diffèrent entre elles de race, de langue, de religion, d'habitudes, et qui n'ont pas la même histoire. Nous avons reconnu également qu'un peuple, pour ôti'e heureux, doit pouvoir vivre ooiDiai&' il l'entend, sur le sol de sa patrie, sans être obligé d'aocep-ter les lois et les coutumes étrangères. Toutes les nations qui vivent sur cette terre ne sont malheureusement pas indépendantes. Il en est plus d'une qui, pour un motif ou pour un autre, a dû subir le joug d'autres peuples.
On dit d'une nation absolument indépendanle qu'elle est souveraine. Ce mot vient du latin et signifle : qui est au-dessus, c'est-à-dire qu'une nation souveraine est sa propre maltresse et ne reconnaît aucune volonté humaine au-dessus de la sienne. La souveraineté nationale, c'est donc le droit d'une nation de disposer librement de ses destinées.
De la souveraineté découle l'autonomie, mot qui dérive du
grec et veut dire le droit de se gouverner par ses propres lois.
Une nation souveraine et autonome met sa fierté à repous-
L ser toute immixtion de l'étranger dans ses affaires intérieU'';
près. Quelle que soit l'étendue de son territoire, quel que^
'soit le chiffre de sa population, elle veut Être respectée par les autres nations comme elle-même est tenue de les res-; pecter aussi Personne n'a à commander chez elle, et elle
. n'a pas non plus à commander chez les autres. I! en est des nations comme des propriétaires de terrains bien délimités;'' chacun est maître chez soi.
14. Formation des nationalités. — Les nations n'ont pas toujours été composées comme elles le sont aujourd'hui. Les unes se sont agrandies, d'autres ont dimiimé; il en est qui se sont librement réunies entre elles pour former un seul corps ; il en est d'autres qui doivent leur composition actuelle à la conquête ; certaines nations se sont fondues dans d'autres; quelques-unes ont complètement disparu d© l'histoire. La même règle n'a donc pas présidé à la formation
des nations actuelles. L'humanité est en travail continuel de transformation. Chaque siècle voit s'accomplir dea changements plus ou moins profonds, plus ou moins prévus dans les limites géographiques et politiques tracées entre les divers peuples.
Quelles sont les nationalités qui ont le p'us de force et de durée? Ce sont celles qui se Fondent sur la communauté non seulement des intérêts, mais aussi des sentiments. Les liens du cœur sont plus puissants pour maintenir une nation compacte que la seule satisfaclion des besoins matériels. Plus donc les enfants d'un même pays s'aiment entre eux, plus aussi la nation étroitement unie aura des chances de conserver longtemps sa souveraineté et son autonomie.
Toute nationalité vjvace porte dans son cœur un idéal qu'elle cherche à réaliser. Les unes aspirent à réunir en un seul peuple tous les hommes de même race; d'autres voudraient que ceux qui parlent la même langue eussent la même patrie. Il y a aussi quelques nationalités qui se groupent autour d'une religion cammune.
Race, langue, religion, ce sont là des principes propres à resserrer très fortement le lien national, mais il en est un autre beaucoup plus puissant encore, c'est l'amour de l'indépendance et de la liberté.
Qu'importe à un peupte d'avoir les mêmes origines qu'un autre peuple, de parler la même langue, de professer le môme culte, si en se fusionnant avec lui, il perdait les deux attributs essentiels de son e,tistijnce nationale: la souveraineté et l'autonomie?
16. Théories des frontières naturelles et des nationalités fondées sur l'unité de race et de langue.
— Dans l'époque contemporaine, on a beaucoup agité toutes ces questions et on les agite encore. Des hommes ambitieux et conquérants se sont donné pour lâche de remanier h leur profit la carte du monde. Ils prétendent qu'une nation n'est véritablement souveraine que si son territoire est borné par des frontières ttatiirelîes, c'est-à-dire par de hautes montagnes, par la mer ou par de grands cours d'eau. Ils veulent, sous prétexte de réunir en une seule nation tous ceux qui parlent la même langue ou professent le même culte, démembicr les petits peuples composés d'hommes qui se rattachent à des races, à des langues et à des religions différentes, mais que le besoin d'indépendance et de liberté a
historiqueJl^M brmées, ru
étroitement unis. Ils ne respectent ni la raison historique. c'est-à-dire la manière dont les nations se sont formées, lu les sentiments des générations actuelles, Les peuples ne sont pour eux que des troupeaux dont les conquérants ont !e droit de disposer à leur gré.
Bien que cette odieuse doctrine ait encore des adeptes dans notre époque, elle tend de plus en plus à faire place au principe qu'on ne peut pas disposer d'un peuple contre sa volonté. Des annexions brutales ont pu avoir lieu récemment", mais le sentiment public proteste contre ces violations de la souveraineté nationale, et les populations annexées nourrissent au fond du cœur une rancune profonde contre leurs oppresseurs.
16. Droit d'intervention. — La souveraineté nationale est-ainsi une chose sacrée à laquelle, dans la règle, il ne doit pas être porté atteinte. Nous disons dans la règle, car il y a cependant des circonstances dans lesquelles la souveraineté nationale, cesse elle-même d'être respectable.
C'est particulièrement le cas lorsqu'un peuple se conduitde telle manière qu'il est une occasion perpétuelle de trouble et de dommage pour les autres peuples. Ainsi on a le droit de réduire une tribu sauvage qui moleste constamment ses voisins, porte chez eux le meurtre et l'incendie, et vit de pillage et de déprédations. La piraterie exercée par un peuple sur les mers justifie aussi l'intervention des autres peuples, car les mera appartiennent à tout le monde.
D'un autre côté, il est certain que les sentiments les plus-
C naturels se révoltent lorsqu'un peuple se livre à la traite des esclaves ou lorsqu'il fait des sacrifices humains ou lorsqu'il massacre les étrangers établis sur son territoire. Si l'huma-nité rend désirable ou même nécessaire de prendre des mesures contre de tels excès, il faut cependant toujours se rappeler que la souveraineté nationale ne doit être diminuée ou détruite qu'en cas de nécessité absolue. Le sauvage a le droit d'être sauvage: on ne saurait intervenir contre lai, au nom de la civilisation, que s'il attaque lui-même les nations civilisées. Mais ce principe est loin d'avoir été toujours respecté ; on a vu, au contraire, des peuples puissants soumettre des peuplades sauvages et s'annexer leur territoire sous les prétextes les plus spécieux.
II arrive fréquemment que des querelles très vives s'élèvent dans le sein d'une nation civilisée et aboutissent à des
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soulèvements, à des révolutions, à des guerres civiles. Les autres Etats n'ont paa le droit de se mêler de ces querelles intérieures, car ce serait violer le principe de la souveraineté Dationate. Malheureusement, il en a été souvent ainsi, dans notre siècle surtout. Presque toutes les guerres de l'époque contemporaine montrent l'intervention plus ou moins fâcheuse de certains Etats dans les affaires des autres. On a cherché à justifier ces interventions en prétendant qu'elles avaient pour but de délivrer des peuples opprimés ; mais en général, elles n'ont été qu'un déguisement du principe odieux que « la force prime le droit ; » elles n'ont servi la plupart du temps qu'à commettre les plus graves attentats contre l'indépendance des nations.
La seule règle qui soit une sauv^arde sérieuse pour la souveraineté des petits peuples comme des grands, c'est que le droit d'intervention existe seulement dans le cas oii un Etat est directement provoqué et oit il doit défendre ses nationauic.
17. Droit de sécession. — Une partie de la nation a-telle le droit de se séparer pour constituer une nationalité indépendante (droit de sécession)? Oui, si la souveraineté nationale s'est exercée à son égard d'une manière injuste et oppressive. On n'a pas le droit de maltraiter un peuple qui remplit tous ses devoirs envers l'humanité et envers la patrie. On n'a pas !e droit de le tenir en servitude, de l'obliger à changer de langue et de religion, de prélever sur lui des impositions qu'il n'a pas consenties, de le priver des droits dont jouissent les autres parties de la nation. Si on commet envers lui des injustices aussi criantes, il a le droit de se soulever, d'opposer la force à l'iniquité et de proclamer son indépendance. C'est ainsi que les cantons suisses ont successivement secoué le joug de leurs anciens souverains qui les opprimaient ; c'est ainsi également que les Etats-Unis d'Amérique ont été amenés à s'émanciper de l'Angleterre, qui prétendait les traiter comme des paya sujets et tributaires.
En revanche, pour un dissentiment passager, pour une querelle même très vive, comme il peut en survenir dans les familles et dans les nations les plus unies, le droit de sécession n'existe pasT II est évident que les hommes ne peuvent toujours être d'accord entre eux; leurs vues et leurs intérêts diffèrent souvent d'une manière plus ou moins grande, mais la souveraineté nationale ne peut être atteinte par ces
divergences. La nation doit au contraire demeurer intacte faire prévaloif sa volonté sur les mécontents, môme si elle doit pour cela recourir à la force. Elle est comme le père de famille qui punit ses enfants rebelles, sans que personne soit en droit d'intervenir.
Faits et remarques.
îi-s.
La gÉograpIlie politique nous moatrs des Etats d'inégale granr. Depuis la Chine, qui a approximativement 300 millioDS d'habl- EDts, jusqu'à la république de Saint-Marin, qui en compte environ B0,000, que de nations souveraini^sl En Europe, nous voyons la liase, avec 3,800,000 habitants, entourée de l'Allemagne (UflOOflOOil* i la France (3a,000,0n0), de l'Autriche (38/100,000) et de l'Itatie - -00,000).
n est évident que si les grands Etats voulaient se liguer pour
''anéantir les petites nations, celles-ci succomberaient fatalement.
Qui les retient de le faire ? Le sentiment du droit, d'une part, qui^
s'il est nul chez les ambitieux, existe cependant dans la conscit
publique ; les propres intérêts des grands Etats, d'autre part, pour
I qui le partage des dépouilles serait une cause de querelles inter-
I minables.
Autrefois, les petits peuples souverains étaient obligés, pour sauvegarder leur indépendance, de se placer sous le protectorat d'EtatB Kptus puissants ; mais ce protectorat était rarement gratuit: le pro- Vtëgé devait épouser les querelles du protecteur et en subir les fâ>t Kcheuses conséquences. Dans notre époque, et surtout en Europe, on
Idoncerl des nations, par' lequel les Etals, grands et peti réciproquement le respect de leur souveraineté. L'équilibre ^malheureusement encore ébranlé trop souvent, mais ce système
1 contredit préférable pour les petits peuples à celui du proteci- I torat.
nous considérons l'Europe depuis le commencement de es siècle seulement, que de transformations se sont opérées dans la composition des Etats I Nous voyons d'abord un conquérant, Napoléon 1", s'emparer de la plus grande partie du continent, créer de«' royaumes et en distribuer les couronnes aux membres de sa famille. La Russie, l'Autriche et la Prusse restent seules autonomes, quoiqueafiBiblies. La Suisse écbappeauesi à l'annexion, à cause de son
esprit d'indépendance indomptable, mais elte doit subir le proteC' torat du conquérant. En 1S15, Napoléon renverai^, l'Europe ee reconstitue aur de nouvelles hases, mais déjà, en 1830, la Belgique ee sépare da la Hollande et s'érige en pays souverain; le royaume de Grèce se constitue ; la Pologne démembrée perd ses dernières libertés. En 1848, la révolution ébranle presque tous les trônes ; in république est proclamée dans divers Ëtais; maii bientôt l'ancien ordre de choses reprend le dessus, sauf pour l'ancienne principauté de Neucbàtel, qui devient définitivement et exclusivement un canton suISbo. En 1859, l'Italie, jusque-là divisée en nombreux Etala plus ou moins souverains, commence à former son unité, qu'elle complète en 1870. L'Allemagne se transforme après la guerro de 1866 entre la Prusse et l'Autriche. En 1871, la France perd l'Ai s ace-Lorraine. En 1878, la Turquie doit céder à la Grèce, à l'Autriche, & la Serbie, à la Roumanie une partie de son territoire et ses droits de Euzeiai-
Voiià le spectacle que nous oiTre un siècle qui n'est pas encore achevé. Ce qui survit et progresse, ce sont les nallonaliléB fortement constituées, unies par le lien d'aspirations communes; ce qui diminue et disparait, ce sont les peuples divisés et corrompus.
La (héorio des frontières naturelles a été surtout soutenue dans notre époque par Napoléon III. S'il a réussi à la faire prévaloir dans l'annexion de Nice et de la Savoie, elle l'a conduit ensuite aux terribles désastres de Metz et de Sedan, et la France, qui avait la prétention d'avoir le Rhin comme frontière entre elle et l'AUemagne, a perdu, à cause de cette théorie, l'Âlsace-Lorraine. Les frontières naturelles ont certaîneinent leur importance au point de vue do la défenee nationale; mais elles ne sont pas le seul élément à prendre en considération dans la formation des nationalités.
— La théorie de la souveraineté nationale fondée sur la race ou la langue, a été l'un des agents les plus efficaces de la transformation qui s'est accomplie en Europe dans les dernières années. C'est en vertu de ce principe que l'Italie et la Confédération de l'Allemagne du Nord se sont formées, et que les royaumes de Serbie et de Roumanie ont surgi. Mais cette théorie devient excessive lorsqu'on prétend contraindre des peuples à changer de régime uniquement parce qu'ils parlent l'italien, l'allemand ou le slave. Les tendances connues sous le nom d'irredentiame, de pan germanisme et de panslavisme cessent donc d'être légitimes loraqu'eUes vont à disposer des peuples contre leur gré. La différence des langues et des races n'a pas grande importance lorsque l'amour de l'indépendance et d'une patrie commune anime les cœurs; elle peut être, au contraire, un élément de force et de cohésion. Exemple ; la Suisse.
Pendant langtemps, la Méditerranée était inrestée par les pirates algériens. C'est ce qui a conduit la France à s'amparer, en 1830, da l'Algérie et à faire disparaître la souveraineté de ce pays. En 1881, elle a imposé son protectorat à la Tunisie, dont certaines tribus mettaient conatamment en péril les propriétés des colons algériei n y a peu de temps, rAngleterre a agi de même à l'égard de l'Egypte, où les Européens, à la suite de massacres et de pillage, n'étaient plus sdrs ni de leur vie ni de leurs biens. Ces interventions ont un cAté très fâcheux, bien qu'un peuple qui fait de sa souveraineté un usage nuisible aux autres nattons, ne puisse s'attendre à. ce qu'on" la respecte.
Notre siècle a donné le spectacle de deux guerres de sécession.. L'une est celle du Sonderbund suisse, en 1647; on sait qu'el avait pour cause des dissensions religieuses entre catholiques Ot réformés. L'autre est celle des Etats-Unis, de 1860 à 1864, entre le Nord et le Sud, et qui avait pour motif principal la question de l'esclavage. Dans chacune de ces guerres, les Etals c cessionnisles refusaient de se soumettre à la majorité en invoquant leur souveraineté particulière. Mais dans les deux pays, force est restée au principe que ta souveraineté nationale est au-dessus des souverainetés particulières, même dans une confédération d'Etats. Pour éviter le retour de divisions aussi fâcheuses, il importe que chaque souveraineté sache rester sur le terrain de ses droits, tels qu'ils résultent des conventions passées entre Etals confédérés. U importe également que toutes les parties qui composent un Etat' soient traitées avec justice, et qu'il n'y ait pas de parias ou t déshérités dans la nation.
Questionnaire.
13. Qu'est-co que la souveraineté nationale ? Qu'esl-ce que l'ai.
tononiie f — 14. Les nationalités sont-elles immuables T Quels sont
les principes qui président à leur forniation? — 15. Que vaut la
I thèse que tout peuple doit avoir des frontières naturelles? ou quB.
tous les hommes de même race et de même langue doivent former :
■ une seule nationalité? Qu'appetle-t-on la raison historique f -
E 4A nnni mmls pjir 1p. iliviît iVinti-rn " ^~ " -
- 17. Que