NEUVIEME QUESTION
LA PAPAUTÉ PEUT-ELLE CONCILIER LE POUVOIR TEMPOREL ET SPIRITUEL DANS LA MÊME PERSONNE ?
Les adversaires de la Papauté prétendent que le Pape ne peut pas être en même temps Roi et Pontife, à Rome. Quelles sont leurs raisons? Nous allons les esquisser rapidement, tout en les réfutant.
Le Pape, disent-ils, ne peut être Roi temporel, parce que le régime de l'Eglise est incompatible avec le régime politique. Mais c’est un fait public et notoire que, depuis que les Papes Get Rome, au temporel comme au spirituel, il y a, dans les Etats Romains, un régime politique, légal et régulier, qui fait le vrai bonheur du peuple.
Oui, le peuple Romain es’ “eureux sous son Roi-Pontife ; et il l’a témoigné en toutes occasions. Nous en avons un exemple tout récent dans les magnifiques et joyeuses manifestations qui furent faites au Pontife régnant, lorsqu’il parcourut ses Etats Pontificaux pour y faire du bien à tous. |
Rien en effet de plus spontané et de ,plüs touchant que cet empressement de toutes les populations romaines à voir:ce bienheureux Pontife. Il fat vraiment si grand que l’on peut assurer que Pie IX vit, durant ce voyage triomphal, tous ses sujets, et que tous ses’ sujets eurent le bonheur de le voir et d’en être bénis. Cependant, pas un geste, pas une parole, pas une syllabe qui pût.faire. supposer chez eux le moindre mé-
-contentement contre le Souverain, ou contre son gouvernement. Des
démonstrations hostiles auraient. néanmoins pu se faire d’autant plus facilement que ce Roi pacifique n’était que très faiblement escorté. Ce fait vraiment significatif n’est rien néanmoins pour la presse ennemie du gouvernement Pontifical. C’est ce qui a fait dire à la Civilla Cüitolica ces paroles bien dignes d’attention :
‘ Ces démonstrations de nos populations ne yrouvent rien (au dire . “ de nos journaux libéraux) ; et deux douzaines d’avocats mécréants, ‘“ de médecins sans clients, de nobles sans cervelle, sont pour ces cen- “ seurs le peuple, la nation, toute chose ; si bien qu’à leur avis, il faut “ sacrifier le peuple, la nation, toute chose aux utopies fanatiques, et aux “ ambitions impuissantes de ces gens-là.” Le Pape, disent-ils encore, ne peut être Roi, parce qu’il ne peut as faire la guerre. Sans doute qu’il ne peut pas faire une guerre in-
‘juste. Mais à quel Roi laïque serait-il permis, par exemple, de faire
couler le sang de ses sujets, pour soutenir d’injustes prétentions ?
Le Pape ne peut pas faire la guerre aux princes chrétiens. Mais quelle raison aurait-il de Ja leur faire, si ces princes l’entourent de leur ca ? S'ils honorent, dans son autorité spirituelle et temporelle, celle de Dieu même, qui a fondé la Religion, pour conduire les âmes dans les voies du salut, et qui a constitué l’empire pour gouverner les corps, et promouvoir les intérêts matériels de l’homme sur la terre,
Mais quoique les Papes n’aient pas à faire la guerre, n’est-il pas constaté par l’histoire que ce sont eux qui ont été les protecteurs et conservateurs des libertés italiennes ?
“ Quand nous nous Dr ge cette époque (celle des Gibelins et ‘ Guelfes), dit le comte Solar de la Marguerite, nous ne pouvons que “ rendre grâce à Dieu de ce que les Papes étaient dès lors Souverains. ‘ Malheur à l’Italie, s’il en eût été autrement ! C’est alors que l’empire “ eût facilement étendu sa dôinination des Alpés jusqu’au détroit de “ Phare. Le Pontificat romain à été le grand obstacle à ce que la Pénin- “ sule entière subît la-domination de l'étranger.” Les révolutionnaires italiens sont done aujourd’hui ingrats, en oubliant les bienfaits de la Papauté, et aveugres, en cherchant à échanger les influences salutaires de la Papauté pour Jes‘influences révolutionnaires du Piémont.
Mais qu’il ne puisse pas faire la guerre quand elle est juste et nécessaire, c’est une fausseté.. Est-ce que, par exemple, St. Pie V n’avait as ses troupes et ses. galères Pontificales à Lépante, où se gagna, par es chrétiens, cette célèbre victoire, qui affaiblit si fort la puissance Ottomane, qui menagçait d’envahir.tous les pays chréfiens, que depuis cêtte mémorable époque, elle n’a Jus fait que décheoir ? Si donc aujourd’hui la Sublime Porte est (dns l’ignominie, nous le devons en grande partie au courage de ce grand Pontife, et autres Papes que la divine Providence a elle-même préparés pôur-marcher à la tête de leurs siècles. Ajoutons que le Pape ne serait pas noû plus dans la pénible nécessité de tirer l'épée, pour maintenir lord dans ses Etats, si on ne venait du Cchors travailler à y exciter les passions politiques, en affectant des sentiments d’une fausse commisératiôn, et en prodiguant des promesses qui sont loin d’être sincères, et qu’assurément on ne tiendra pas. Et en effet, n’est-il pas évident que les Etats Pontificaux serzient aujourd’hui en paix si la France, l'Angleterre et le Piémont n’y avaient soufflé le feu de la rébellion ? |
Le Pape, ajoutent-ils, donnent trop d’emplois publics aux Ecclésias-
tiques, qui ne sont pas capables de s’en acquitter à l’avantage du peuple.
Je laisse de côté cette accusation d’incapacité à remplir les charges ubliques, que les ennemis de la Papauté se plaisent à faire peser sur es Ecclésiastiques. Car il suffirait, pour leur Éine la bouche, de leur
rappeler des noms célèbres dans l’histoire. Les Ximénès, par exemple, les Richelieu, les Mazarin, les Gonzalvi et tant d’autres, ne furent-ils pas, quoiqu’Ecclésiastiques, l'honneur et la gloire de leur patrie, et le plus ferme *ppui de leurs souverains dans des jours orageux ?
Mais est-il bien vrai que les employés, dans les Etats Pontificaux, soient presqu’exclusivement Ecclésiastiques ? Nous en pouvons juger par le tableau suivant des charges publiques, que nous empruntôn” à la Civilia Cuattolica et dont il est facile de prouver l’authenticité. L’on si dans les Etats Romains 7,157 charges, dont 6,854 sont occupées par des laïques ; et sur les 303 qui sont exercées par des ecclésiastiques,
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