‹ Instruction pastorale de Monseigneur l'évêque de Montréal [microforme]Chapitre 4 sur 23 · SECONDE QUESTION · texte numérisé non relu

SECONDE QUESTION

La PAPAUTÉ A-T-ELLE QUELQUE RAISON PÉREMPTOIRE D’ÊTRE INDÉPEN- DANTE DE TOUTE AUTRE PUISSANCE TEMPORELLE ?

Pour que la Divine Providence, qui conduit toutes choses, avec force et suavité, pour le plus grand bien de son Eglise, ait placé la Papauté sur le trône de Rome, et l’ait ainsi maintenue au-dessus de toutes les puissances de la terre, malgré des obstacles sans nombre et humainement insurmontables, il faut qu’il y ait eu à cela de graves raisons. Car ce n’est jamais sans dessein que Dieu fait de si grandes choses.

Il a fallu à la Papauté, pour monter sur le trône des Césars qui n’ont laissé à Rome qu’un immense palais de ruines, huit siècles de souffrances et de travaux de tous genres. Pendant trois cents ans, elle habita dans les sombres souterrains des Catacombes, avec nos pères dans la foi, qui y avaient établi leurs demeures, pour échapper, autant que possible, à la fureur des persécutions. Pendant ces trois cents ans, ce fut en mourant que les Papes défendirent les libertés de leur ministère.

Lorsque la paix générale fut donnée à l'Eglise par Constantin le Grand, la Papauté, dans la personne de St. Sylvestre, fit sortir l’Eglise des Catacombes, et les chrétiens s’abritèrent sous des dômes magnifiques, où ils commencèrent à respirer l'air pur et embaumé de cette doué liberté

“dont ils jo” issaient enfin, après tant de sanglants combats, dans lesquels ils 8°618° ont laissésimmoler comme des agneaux. Quant à la Papanté, elle

‘Uk, . pour garantie de son indépendance, pendant les cinq siècles qui suivi-

“TE” at, tantôt le caractère personnel du Souverain de Rome, tantôt la crainte de quelque soulèvement populaire, et tantôt le courage héroïque des Pontifes à hraver l’exil et la mort. Mais ce qu’il y eut de DU ue lorsque les Empereurs Romains devinrent chrétiens, c’estque dès lors ils cessèrent de résider à Rome. Constantin lui-même n’eut pas plutôt reçu le baptême des mains de St. Sylvestre, qu’il alla jeter, sur les rives du Bosphore, les fondements d’une nouvelle capitale de son immense Empire. Et pourquoi donc ? Ce fut sans doute parce que sa présence à Rome aurait pu gêner, dans son gouvernement spirituel, le Chef Suprême de l’Eglise ; et aussi, parce que Rome, en devenant chrétienne, commençait à être, dans les vues de Diex, la capitale du monde chrétien.

Quoiqu’il en soit de ces adorables desseins de la Divine Providence, dans les soins qu’elle prenaï! de conduire tous les événemens, pour la conservation et la splendeur de son Eglise, voyons, avec Mgr. Gerbet, Evêque de Perpignan, les principales raisons qui, dans les temps voulus de Dieu, devaient faire ceindre d’une couronne royale le front déjà si auguste du Pontife Romain.

‘4 Par toutes ccs preuves, dit ce saint évêque, qui a si habilement ‘: exploité toutes les beaut*s de Rome, il devient visible que l'Eglise “ possède ure force qui lui est propre, distincte des appuis politiques. “ Dieu avait voulu que cette vérité fût constatée par une longue et dou- “ Joureuse expérience. Mais il devint visible aussi qu’un état de choses “ où, dans beaucoup de cas, la liberté du monde chrétien, personnifiée .lans celle de $on Chef, n’avait été sauvée que par des expédients hé- “ roïques ou des accidents providentiels, devait faire place à une situa- “ tion définie, à cet ordre fixe que des institr ‘ions seules peuvent créer.

“ Pour garantir, autant que possible, le Pape contre des menaces de “ violence, d’exil ou de prison, le moyen le plus sûr était de lui donner “unuaÿne. Cette grande Institution fut le couronnement de ce qui s’é- ‘“ tait, nécessairement opéré dans les autres parties de l’organisation “ ecclésiastique, où l’on avait remédié, par des mesures stables, aux plus ‘“ graves inconvénients des situations précaires et flottantes... ,...,.Ce ‘ progrès devait s’accomplir aussi au sommet de l'Eglise. La souve- “€ raineté temporelle des Papes fut la dotation de leurindépendance.….. “ Ainsi, le Pape n’est Roi que parce qu’il est le Chef de la Catholicité.. ‘ Son intérêt suprême est d’ouvrir des Eglises, de conquérir des âmes... ‘—et par conséquent d’être en paix avec tous les pays qui font partie “ de sa famille universelle. Sa seule force humaine est l'opinion publi- “que du monde chrétien, ..... Ainsi, le caractère de la Papauté, le . ‘ premier intérêt de la Papauté, la faiblesse matérielle de la Papauté lui ‘“ interdisent d’être provocante....., Elle est donc de sa nature aimable.

“ Sous ces divers aspects, le Pouvoir temporel des Papes a été une

“ production naturelle des idées et des sentiments qui ‘ont constitué le “ monde cbrétien. Iln’y a jamais eu de souveraineté. qui ait eu sa rai- ‘ son d’être dans ‘les. besoins aussi profonds, qui ait correspondu:à des “ intérêts d’un c:dre aussi général, qui se soit.rapporté à un but aussi “ élevé. Aussi, at-elle été en butte à bien des haïnes ; c’est le privilége “ des grandes et saintes choses... .. Dans l’époque, elle a eu pour.en- ‘ nemis.acharnés tous les adversaires de la civilisation. ... .. Ils:atta- “ quent à Rome la couronne du Monarque, parce que l’homme dont elle “ ceint le front est le seul homme qui élève la Croix sur le monde.

“ Ils ont pour alliés tous ceux qui, dans les rangs d’un vague chris- “ tianisme, sont plus protestants que chrétiens. Le protestantisme anglais ‘ s’est placé là en première ligne... Une foule d’hommes, dont il était “ fier à juste titre, ont déserté l’Eglise de Henri VIII pour rentrer dans “ celle de St. Pierre, et les vieux siéges des Evêques catholiques se sont “ relevés sous des titres aouveaux. On pense à Londres que la des- “ truction ou du moins l’amoindrissement de la souveraineté du Pape, “ sur l’Etat Romain, serait une bonne revanche du rétablissement de la “ hiérarchie en Angleterre.

“ En politique, tous les partis révolutionnaires sont-ligués contre ‘“ le goavernement des Papes ; cela va sans dire. Mais... chacun ‘ d’eux..... a son grief spécial et sa dent plus envenimée contre lui. Les “ communistes, les socialistes, destructeurs du droit de propriété, savent “ que le Vicaire de Jésus-Christ ne supprimera jamais le septième pré- “ cepte du Décalogue. Les démocrates... désespèrent d’avoir le Pape “ pour complice... Pourquoi n’ajouterais-je pas que des hommes atta- “ chés. à des doctrines moins ridicules... ont aussi leur rancune contre “le Vatican? Ils ne seraient pas fâchés qu’on lui donnât ce qu’ils ‘ appellent une leçon.” |

irons maintenant, N. T. C. F., de cés belles et touchantes paroles

que nous venons d’entendre, quelques conclusions pratiques, qui nous fassent encore mieux comprendre que, pour le bien général, le Pape doit être entièremeut indépendant de toute autre puissance temporelle.

Remarquons d’abord que les ennemis de la Papauté prétendent que le Pape serait plus libre, pour remplir ses fonctions spirituelles, s’il n’avait pas un Etat à gouverner, Or, nous venons de voir que c’est tout le contraire, puisqu’il est certain que ce fut pour lui donner plus de liberté, dans le gouvernement de l’Eglise, que les princes chrétiens lui ont donné la royanté de Rome.

Car, dit à ce sujet Mgr. l’Evêque d’Arras, qui fait, par son savoir, sa piété et son énergie, l’honneur de l'Eglise de France, “ il faut que le

‘ Pape puisse-transmettre où il veut, quand il veut et comme il veut, sa “ parole de Pontife, qui est pour nous tous la parole de Dieu. Cette “ diffusion libre de la parole de la vérité est, dans l’Eglise, ce qu’est la “ circulation du sang dans nos corps; une condition de vie,” (Lettre à l’auteur : Le Pape et le Congrès ; 3 janvier 1860.)

Eten effet, qu’arriverait-il si, sous prétexte de débarrasser le Pape des soins multipliés qu’entraîne le gouvernement d’un Etat, on le réduisait à l’état de dépendance où doit se trouver tout autre Evêque de son gouvernement dans le monde Chrétien ? On lui interdirait, quand on le trouverait bon, tout rapport avec les autres Eglises, qu’il lui est cependant ordonné, par le divin Pasteur, de conduire et diriger dans les voies de la justice et de la vérité. Ce qui est arrivé sous les Pontificats de Pie VI et de Pie VII, qui ont été, par leurs souffrances, si glorieux à l’Eglise, se renouvellerait bien souvent.

Aussi, l’illustre Evêque d’Arras, que nous venons de citer, n’a pas manqué de signaler ce très-grave inconvénient :

‘ Nous savons, dit-il, comment les gouvernements peuvent user de “ ces prohibitions terribles, comment ils peuvent non seulement fermer “ toutes les voies à la publicité, mais en interdire et en briser tous les “ instruments... C’est une dure contrainte ; mais ce n’est pas la mort. “ Mais si cela venait à se faire contre le Chef de l’Eglise, pour des ques- “ tions qui se rattacheraient substantiellement à l’intérêt des âmes, com- “ prend-on quel désordre et quel martyre ? .

“ Et en effet, si la puissance dont il sera devenu le simple protégé, “ne trouve pas sa parole conforme à ses intérêts Si cette considé- “ ration indéfinie et dominante, que l’on appelle la Raison d’Etat, la “ portait à l’étouffer, croyez-vous que, le pouvant, elle ne le ferait pas ?..….. “ Alors, alors, qu’arriverait-il? Que lerreur aurait seule le droit “ de se faire entendre, que seule elle jouirait et des faveurs... du pou- “ voir, et de la liberté effroyable de mentir impunément.”

Hâtons-nous donc, N. T. C. F., de conclure que le monde chrétien tout entier serait menacé de bouleversement, si le Pape ne continuait pas à régner sur le trône de Rome, où il ne siége que pour tenir, par sa puissance morale, une juste balance entre les Princes, et conserver le véritable équilibre entre les nations. Car, du moment qu’il deviendait le sujet de quelque puissance tempurelle, nous verrions s’établir de funestes rivalités entre les souverains qui tous voudraient l'avoir sous leur domination. Napoléon I, entre bien d’autres, en est une preuve éclatante. Car, s’il eût pu obliger le Saint Pape Pie VII à devenir le sujet de l’Empire, rien, dans son gigantesque calcul, ne pouvait plus l'empêcher d’asseoir et d’enraciner sa colossale puissance sur tous les trônes de l’Europe.

Pour ce qui est des peuples catholiques, s’ils voyaient leur Pontife sous la puissance d’une nation rivale ou ennemie, ils concevraient des doutes ou des craintes sur la validité de ses actes, surtout si cette puisres étrangère devenait tyrannique ou persécutrice du Chef de

glise.

Ne craignons donc pas de protester énergiquement contre cet attentat faneste avec le Comte Solar de la Marguerite qui, avec une éloquence persuasive et entraînante, nous dit que ‘* c’est une pensée hostile que

‘“ d'attaquer les droits souverains du Pontife Suprême ; qu’il y a des “ siècles que le monde sait que le pouvoir temporel du Pape est néces- “ saire ; qu’arbitres de la paix dans le monde, ils ont tant de fois mis fin “ à des guerres atroces, ils ont rendu la paix aux nations, ils ont rétabli “ Ja concorde entre des puissances rivales et ennemies ; et que tout “ l’univers catholique a toujours salué, avec joie, tout événement qui, ‘ ramenant le Pape à Rome, y a ramené la paix et la splendeur ; que jamais on a dit, pour éviter de nouveaux désastres : ÿ faut que le Pape “ cesse de régner ; qu’une pareille idée a pu, en tout temps, sourire aux ‘“ ennemis du Pontife, mais que les vrais catholiques ont toujours fait ‘“ entendre le même cri : Qu’il règne à jamais !”

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