‹ Instruction pastorale de Monseigneur l'évêque de Montréal [microforme]Chapitre 5 sur 23 · QUELS SONT LES ADVERSAIRES DE LA PAPAUTÉ EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

QUELS SONT LES ADVERSAIRES DE LA PAPAUTÉ EN ANGLETERRE

Pour que la sérieuse Question qui nous occupe tous si vivement, N, T. C. F, soit mieux comprise, il nous faut bien connaître ceux qui, dans différents pays, se montrent hostiles au Pouvoir temporel du Pape. Dans cette vue, Nous allons examiner avec calme, non leur vie privée ni leurs secrètes intentions, mais leurs actes bien notoires et leurs écrits publics,

Nous serions heureux de pouvoir dire, en commençant cet examen,

que l’Angleterre, notre mère-patrie, demeure neutre, dans ce combat engagé contre la Papauté, pour la raison bien simple que depuis trois cents ans que la prétendue Réforme l’a séparée de Rome, toute espèce de rapport officiel lui est légalement interdit avec le gouvernement de Rome ; et qu’à l’heure qu’il est, elle est la seule puissance Européenne, qui n’ait point d’ambassadeur auprès du St. Siége.

Mais hélas ! sa tribune a été comme la bruyante trompette du protestantisme, soufflant le feu de la rébellion dans l’Italie centrale, et surtout dans les Etats Pontificaux. Ce sont les organes de cette tribune qui ont appris au monde stupéfait, et à des millions d’Italiens eux-mémes, qui en ont été terrifiés, l’étonnante, disons mieux, l’incroyable nouvelle que le Pouvoir temporel du Pape était le nœud principal de la difficulté inextricable, qui met l’Europe dans un danger imminent d'être bouleversée, et la pomme de discorde qui va mettre le monde entier sens dessus-dessous.

Lord Derby, ex-chef du ministère britannique, et M. Disraëli, chancelier de l’échiquier, se sont portés comme organes de la tribune anglaise contre les droits temporels du St. Siége. Leurs discours prononcés, l’un dans la chambre des lords, et l’autre dans celle des Communes, ont retenti avec la rapidité de l’éclair, dans le monde entier ; et y ont soulevé ou de vifs applaudissements, ou une complète réprobation, selon la bonne ou mauvaise disposition de ceux qui les ont lus ou entendus. (Ces discours ont été publiés dans le Galiguani’s Messenger du 6 Février 1859.)

Ces deux hommes d’état ont cru qu’il leur était permis de conduire cette sérieuse question, en dehors des voies régulières, en présentant des faits singulièrement défigurés, des droits complètement méconnus et des prétentions. vraiment exorbitantes, et au-delà de toute mesure. Ont:ils été :trompés, ou ont-ils voulu tromper les autres, pour faire triompher le criminel attentat des révolutionnaires italiens, c’est ce que. Nous ne saurions décider.

On en jugera par le résumé que Nous allons donner de leurs discours, tel-que reproduit dans un journal publié à Rome, la Civilla Catholica, qui en fait la réfutation d’une manière si solide qu’il n’y a pas moyen d’y rien répliquer de raisonnable.

À en croire nos deux Diplomates, le gouvernement Pontifical ne serait plus qu'un gouvernement décripit et sans consistance. Ses institutions surannées ne répondraient plus aux besoins nouveaux d’une civilisation toujours progressive. Le désordre de l’administration et cent autres raisons pareilles auraient établi un antagonisme incessant, entre les gonwernants et les gouvernés. Ce désordre serait tel qu’il n’y aurait plus qu’une force armée étrangère, capable de maintenir l’ordre, tant, à les-en croire, serait violent et voisin du désespoir l’état du peuple romain! Le Pape, ajoutent-ils, ne saurait d’ailleurs être Prince Jlalien, paree qu'en sa qualité de Pontife, il ne pourrait donner, comme il le devrait, son concours à l’indépendance italienne. : Ce serait, à en croire M. Disraëli,. un gouvernement fyrannique, oppressif. Ce serait enfin-un pays à demi-barbare, presque sauvage, et comme quelque chose qui ressemblerait à Dieddah où les musulmans peuvent massacrer à plaisir les baptisés, et où la justice s’impose à coup de canon, et s’administre en grand, par les diplomates. .Dans les questions qui vont suivre, Nous montrerons tout ce qu’il y a de faux dans ces griefs allégués contre le gouvernement papal.

. Lord Palmerston fait écho à lord Derby ; et le Morning Post, qui est son organe, fait aujourd’hui de grands éloges de l'Empereur Napoléon ; et il l’encourage à persévérer dans la tâche si difficile qu’il a entreprise, cette année, de réduire au silence le fanatisme religieux et le monopole commercial. ; Il lui souhaite bonheur, et il l’assure que, dans celte luite avec ces monstres moraux, tous les Anglais honnéles feront des vœux. nour le Souverain de la France. et acclameront sa victoire.

C’est ainsi que ce noble Lord se déclare aujourd’hui contre les catholiques qui protestent en France, comme ailleurs, contre la sacrilége.spoliation du patrimoine de St. Pierre ; et qu’il se met ainsi en contradiction avec lui-même ; car, en septembre 1847, il écrivait ces propres paroles : ‘ L’intégrité des Etats-Romains doit être considérée comme l’élément “ essentiel de l'indépendance de la Péninsule.” (Dépêche à lord Posobny).

Lord Derby a encore eu, dans la Chambre Haute, l’approbation d’un noble Lord qui, en sanctionnant le jugement qu’il avait porté sur les Etats Romains, a en même temps larcé les mêmes censures contre

. Rome, qu’il prétend bien connaître, pour y avoir séjourné récemment, [1

avoue pourtant qu’il a reçu dans cette ville une très-gracieuse hospitalité ; ce: qui aurait dû, ce semble, l’engager à y séjourner plus } * pour en étudier plus à fond les Institutions en homme d’Etat, et surtout en homme impartial: Mais il n’a pu y demeurer que quelques semaines, cloué chez lui par la goutte. Ce n’était pas sans doute le moyen de bien connaître une ville dont un célèbre écrivain de nos jours a écrit qu’elle ressemblait à l’Océan dont il est impossible de trouver le fond. Or; pendant ces quelques semaines, affirme un de ses amis, il a toujours été entouré de tout ce qui a été publié de plus violent contre les Etats Pontifcaux ; et ses conversations les plus habituelles étaient avec deux ennemis notoires du gouvernement.

Lord John Russell ne va pasétudier Rome, sur les bords du Tibre; afin de se montrer hostile, comme il le fait, au gouvernement pontifical ; mais c’est en lisant son Farini, sur les rives de la Tamise, qu’il trouve de quoi s'inspirer, contre la capitale du monde chrétien.

Mais quelque soit le dessein de ces-diplomates et autres qui partagent leur opinion, Nous sommes convaincu que le gouvernement britannique, qui est naturellement conservateur, préfèrera suivre les sagesravis que lui donne, dans la brochure publiée: sur la Question italienne, Lord Normanby, qui peut, mieux que tout autre, lui donner des renseignements certains sur cette malheureuse affaire, puisqu’il se trouvait à Florence, au moment de l'insurrection, e: qu’il a pu suivre d’an œil vraiment'impartial les événements qui se sont succédés. Nous allons donc le faire parler, sur cette matière, dans l’intime conviction qu’il est le véritable organe du bon sens anglais, qui sait respecter la propriété, la liberté et l'honneur des autres nations, quand elles savent se respecter elles-mêmes.

Ce noble Lord commence par reprocher à Lord John Russell sa partialité pour les révolutionnaires italiens, qui l’a induit lui-même en grreur, et qui surtout a été cause qu’il a donné au gouvernement des renseignemens incorrects sur l’Italie centrale ; et il lui en fournit la preuve, en lui rappelant qu’il avait refusé d’entendre là-dessus un Toscan digne de foi et bien informé de tout ce qui se passe en Italie, qu’il lui avait tout exprès adressé. Après avoir cité le témoignage d’un correspondant du Times, qui avouait que le gouvernement révolutionnaire faisait publier des nouvelles tellement fausses que Pon croyait rêver en les lisant, il ajoute : “ Voilà donc ce que nous devons per :r des informations puisées ‘ à cette source suspecte ; et voilà pourtant le rêve auquel Lord Russell ‘tient si bien, qu’il ne permet pas même de le réveiller.”

H regarde comme absurde le projet de démembrement des Etats Romains, présenté par la Sardaigne et approuvé par l’ Angleterre dans lee nier Congrès. Il fait voir qu’un Congrès, pas plus qu’un Souveraïn-particulier, n’a le droit d’imposer ses libertés à un autre Souverain, qui n’en voudrait pas; qu’une majorité quelconque n’autorise pas un Congres Européen à fouler aux pieds les droits des vieilles dynasties et les trailés

: solennellement garantis ; que toute doctrine contraire:une fois adoptée, elle deviendrait bientôt d’une application universelle, et, quels qu’en ser aient les résuliats, elle porterait tout d’abord un rude coup à la puissance de l’An-

-gleterre ; qu'un premier Chef populaire venu ne peut impunément et sans la sanction de l'Europe usurper le pouvoir supréme, dans un petit: Elat, en se faisant appuyer par les armes, par l’intrigue, par l'argent de l'étranger; qu’il ne saurail étre permis, n’importe à quel moment, de faire appel à: unc majorité populaire, arbitrairement choisie, pour transférer. Palle-

-géance d’un Etat normalement établi à un prétendant élrang:r ; qu’il va sans dire que, s’il est permis de le faire cette année, il ne le seru pas moins de le faire l'année prochaine ; que la probité est la meilleure politique ; et que l'Angleterre ferait bien de traiter les autres, comme elle voudrait étre traitée elle-même... IL supplie ses compatriotes de considérer que le meilleur moyen de repousser loutes les tentatives (des ennemis de l'Etat), est de s'en tenir hardiment, scrupuleusement aux traités; c'est...... de n'admettre aucune altération grave dans les limites territoriales des Elats Européen: ; de ne tolérer aucune absorphon d’un Etat faible par un voisin ambitieux. De pareils actes doivent élre abandonnés à des démagogues en démence.

Ces belles paroles seront sans doute comprises par la nation, qui repoussera les suggestions que lui ont faites quelques-uns de ces hommes d'Etat, pour se plier peut-être à certains courants politiques, qui les entraînent où ils ne voudraient pas aller, Elle ne favorisera donc pas le mouvement révolutionnaire qui entraîne l’Italie centrale dans un abîme sans fond. Car rien ne s'y fait constitutionnellement et loyalement, comme l’atteste encore lord Normanby, dans la même brochure.

“ Lord Russell, dit-il, ne voudra pas croire que le nombre des électeurs a été arbitrairement restreint ; que mêrne sur ces votants ainsi € choisis, comme favorables au changement projeté, pas même la moitié € d’entr'eux n’a paru aux élections. Mais il y a mieux : ces électeurs “ jgnoraient jusqu’au but pour lequel on leur faisait élire des députés ; ces députés eux-mêmes n'ignoraient pas moins pourquoi ils étaient “ convoqués ; et enfin, dans une séance muette de quelques minutes, “ils ont dû voter sans débat, sans explication, la déchéance d’un pays “ qui, cinq siècles durant, avait produit de grands citoyens, dignes de “ gette patrie, et surtout supérieurs à cette tourbe d'agents piémontais qui ‘ remplissent aujourd’hui LA palais de Vecchio.”

Comme vous le voyez, N. T. C. F., il n’y a rien de plus illégal et de plus inconstitutionnel que tous ces procédés. A ce seul trait, vous pourriez donc juger quels sont les hommes qui, en Italie, se révoltent contre leurs Princes légitimes, sous prétexte de délivrer les peuples de leur injuste tyrannie. Que de déception, que de mensonges, que de four- “beries chez ces isvolutionnaires! Hélas! Ils sont, en Italie, ce qu’ils sont partout ailleurs. Comment se faic-il donc qu’à leur appel à la révolte, les peuples se rangent sous leur étendard, sans vouloir entendre

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raison? Nous allons vous le dire : c’est parce qu’ils ont mérité d’être trompés et séduits. Aussi, ne verrez-vous jamais, dans les rangs révolutionnaires, que des hommes sans principes qui oppriment les gens faibles ou isnorants, et les entraînent dans leur parti par la violence et la crainte. Quant à ceux qui sont tellement aveugles qu'ils ne trouvent rien que de beau et d’admirable dans les révolutions, et qui n’ont que des éloges à faire des révolutionnaires, nous ne saurions trop les plaindre ; car ils sont évidemment livrés: à l’esprit de vertige, qui est le véritable esprit de Satan, qui est lui-même un esprit de révolte. Oui, vraiment, le cri de la révolution qui se fait entendre si souvent sur la terre, est le même cri révolutionnaire qui retentit dans le ciel, au commencement des temps. C’est le vrai cri de l’ange rebelle, qui osa résister au Tout-Puissant, en lui disant avec orgueil: Je n’obéirai point.

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