‹ Instruction pour le peuple: cent traités sur les connaissances les plus indispensablesChapitre 104 sur 291 · SAUVETAGE MARITIME. — ASPHYXIÉS PAR SUBMERSION · texte numérisé non relu

SAUVETAGE MARITIME. — ASPHYXIÉS PAR SUBMERSION

Le sujet que nous avons i traiter se divise naturellement en deux parties : 1° les moyens de sauvetage ; S** les soins à donner aux asphyxiés.

Les moyens de sauvetage peuvent venir du navire naufragé même, qui envoie des lignes à terre au moyen soit d'un baril vide , soit d'un cerf-volant , soit de projectiles porte-amarres (bombes, obus, grenades). Ces lignes servent i établir des va-et-vient provisoires et à faire parvenir, soit de terre à bord , soit du bord à terre, des amarres d'un plus fort diamètre , offrant plus de solidité et conséquemment plus de chances de salut aux naufragés. Mais, disons-le, à l'exception d'une ligne envoyée du navire naufragé à terre , an moyen d'un cerf-volant ou d'un baril que le vent et la lame jettent à la côte, les antres moyens n'offrent que des chances incertaines de succès. En effet, si les projectiles porte-amarres n'ont pas Que grande vitesse initiale, ils n'auront qu'une faible portée et n'arriveront point à terre ; si , au contraire , ils ont une grande vitesse initiale, les amarres se rompront presque toujours au moment où le projectile sortira de I âme de la bouche à feu , et le but sera encore manqué. Ces objections contre les projectiles porte -amarres ne sont pas les seules. Ainsi , on remarque que le projectile en tombant à terre peut blesser et même tuer an ou plusieurs hommes ; mais cette objection -est à nos yeux sans valeur , car, quand un grand nombre d'individus sont en danger de perdre la vie, l'hésitation n'est pas permise. Ici , le salut du plus grand nombre doit être la loi suprême.

Ce que nous disons des effets des projectiles porteamarres lancés du navire naufragé à terre est applicable aux mêmes projectiles lancés de terre i bord. Néanmoins nous ne partageons pas l'opinion de quelques personnes qui pensent que ces projectiles sont absolument mauvais ; nous pensons, an contraire, qu'ils peuvent être dans quelques circonstances d'une incontestable utilité.

On attribue généralement au capitaine Manby l'idée première des projectiles porte-amarres.

D'antres moyens sont employés par les naufragés pour gagner la terre : ils consistent à se servir d'appareils qui augmentent beaucoup le volume du corps sans ajouter sensiblement à sa masse. Ce sont des appareils connus sous le nom générique de scaphandres. Ces sortes d'appareils sont de forme et de composition très-variables. Tantôt ce sont des tissus imperméables dont l'intervalle est rempli de liège en pondre. D'autres fois , ce sont des cylindres remplis d'air, des ceintures également pleines d'air , etc. Nous les décrirons plus bu avec détail.

Hais ces sortes d'appareils, bons pour soutenir sur l'eau les personnes qui ne savent pas nager, ne sont pas et ne seront probablement jamais employés par les nageurs ; la raison en est simple , c'est qu'ils ont pour ceux-ci plus d'inconvénients que d'avantages. On conçoit •ana peine que des appareib qui ont pour but d'augmenter

considérablement le volume du corps , doivent augmenter en même temps la résistance dès qu'il tend à se mouvoir. Or il y a là un véritable danger pour db nageur qui se trouve condamné à nager très-doucement ou i s'épuiser rapidement s'il nage avec force , la résistance croissant en raison de la vitesse. Répétons-le donc, ces appareils, précieux pour les personnes qui ne savent pas nager et qui veulent apprendre cet art aussi utile que salutaire, seront toujours repoussés par les nageurs, dans tous les cas où il faudra se porter rapidement au secours d'une personne en danger de se noyer.

Bonssard, se jetant à la mer pour aller au secours d'un navire échoué sur la plage de Dieppe, serait -il jamais parvenu à bord de ce navire, s'il eût été embarrassé d'un ^ scaphandre quel qu'il fût? Brune, se précipitant par un trou , sous la glace , pour en retirer deux personnes qui y étaient tombées, serait-il parvenu à les ramener i ce trou , lui eût-il été seulement possible de refouler le courant de la Seine pour remonter à la surface de la glace , par la seule issue qu'elle offrait , s'il eût été vêtu de l'un de ces appareils. Le duc de Chartres, aujourd'hui Louis-Philippe I'**, quand il plongeait dans le Loir pour soustraire Siret à une mort certaine, songeait-il i se munir d'un scaphandre? Assurément non. C'est dans leur cœur, et dans la conGance qui natt de leur habileté dans la natation que ces intrépides sauveteurs puisent le courage nécessaire pour accomplir leur périlleuse mission , et non dans des appareils qui embarrasseraient leurs mouvements et paralyseraient bien vite leurs forces. Laissons donc les scaphandres aux personnes qui ne savent pas nager, et ne songeons pas à les faire adopter aux nageurs, qui, d'ailleurs, n'en voudraient pas.

Après les scaphandres , mentionnons encore les bouées de sauvetage si utiles quand un homme tombe à la mer on dans un fleuve , le navire étant k la voile , ou marchant i toute vapeur. Mais n'oublions pas les canots insnbmer^ sibles , armés par des marins aussi intrépides qu'habiles nageurs. Noos reviendrons plus loin sur ces embarcations précieuses, surtout pour secourir les navires naufragés.

Projectiles pwts-amarrts. — Quand on a le choix on doit toujours donner la préférence aux projectiles qui ont le plus de masse, c'est-à-dire aux bombes. Pour transformer une bombe en projectile de sauvetage, on en taraude l'œil et on y visse un piton terminé en dehors par un anneau : comme cela se voit dans la figure F". L'anneau sert à fixer l'amarre que l'on veut envoyer aui naufragés. Une bombe de 216 millim. de diamètre et du poids de S5 kil. peut porter une ligne d'un centimètre de diamètre à la distance de 500 mètres. A défaut de bombe on emploie un obus , et à défaut de celui-ci, on se sert d'une grenade.

M. le comte Godde de Liancourt a imaginé une arme de sauvetage à laquelle il a donné le nom de Grenadier, et qui nous parait offrir des avantages dans quelques circonstances; elle peut être mise à bord des plus petites embarcations, et être facilement transportée d'un lien dans un autre par des hommes soit à pied , soit à cheval. Le grenadier est un petit mortier en miniature ; il est monté sur un arc en bois flexible, solide, légèrement courbé et long d'un mètre 45 centim. , allant en diminuant vers la partie qui repose sur le sol. Cette extrémité , qui a 3 centim. de diamètre à sa base , est garnie d'une ferrnre en entonnoir, afin d'éviter qu'elle ne pénètre trop avant dans la terre ou dans le sable.

La portion métallique du grenadier est longne de 30 centim. Montée sur son arc , la grandeur totale de l'arme est de l'"75, et pèse en cet état 9 kil. Le grena-

INSTRUCTION POUR LE PJSUt'LE.

dier est à percuuion ; les grenades sonl do poids de

1,000 gr., et la charge de pondre de 15 à 20 gr. Les cordes se passent dans le petit anneau du piton de la

grenade de la manière suivante ; on ramène la ligne sur elle-même dans une étendue de 50 cent , puis on répisse : de telle sorte qo*en passant les deux bouts dans Tanneau et Taisant entrer le biscaïen dans récarte -

ment, elle se trouve parfaitement fiiée. ( Vay. la fig. 2.) Les lignes de la grenade de sauvetage ont de 2 à

4 millim. de diamètre, et sont lovées ou cueillies avec

(«8- »)• soin sur des cadres en bois de chêne , comme on le voit dans la 6g. S.

Un homme peut facilement porter le grenadier et deux de ces cadres sur son dos.

( Foy. la fig. 4. ) («8 ^)

On pointe Tarme de sauvetage de M. Godde de Liancourt de la manière suivante : l'arc du grenadier passe devant le pointeur, qui ne doit y toucher qu'avec les mains sans l'appuyer contre les bras ou les jambes ; un pied sera placé à la base de l'arc dn grenadier, l'autre en avant, laissant entre eux un mètre d'écartement Le pointeur aura soin de ne pas baisser la tête, comme

potti

le •'

(Fig. 5.)

contraire, il la relèvera et la la fig. 5.)

L'arme doit être d'autant plus inclinée vers b tme ol former un angle d'autant moins ouvert que le venl e^< plus fort ; mais, quand on tire de bord à terre, c'est-è-dm sous le vent , l'angle de 45« paraît être le phu (sronMe.

Nous avons dit en commençant tous les inconvéaicsb des projectiles porte-amarres. M. Dehrigne vient de ki rappeler, et de proposer un antre porte -amarre qui p»ratl devoir obtenir plus de chances de succès que mi qui l'ont précédé. Voici comment Taoteor s'exprime diot un mémoire qu'il a adressé à l'Institut : ■ Pour noidier à ces inconvénients , au lieu d'entraîner un cord^^ par le tir d'une bombe , j'ai imaginé un projectile , foniK du cordage même , roulé en bobine allongée et d'as qlindre en bois qui lui sert d'enveloppe. Cette bobiiK. lancée par une bouche à feu , se dévide très-rapidt^ci: dans sa course , et l'enveloppe creuse en bois va porrr l'extrémité du cordage au point oîi il s'agit de porter vrcours. Si le but est manqué , ce cylindre creux deti»! une petite bouée et flotte prêt dn navire.

• Je dois à la bienveillance , à l'appui de M. le m:n.ftre de la marine, d'avoir pu expérimenter ce tjitrnc avec différentes bouches à feu , et il ne me reste plos èdoutes sur la possibilité d'établir facilement une coauntnication , soit de navire à navire , du navire à la terre '« de la terre au navire , au moyen de ce projectile qie )t nomme le porte-amarre.

• Dans les essais que j'ai faits à Lorient par ordre it M. le ministre de la marine , la portée moyenne an portramarre, tiré par le mortier de 15 cenlim. (calibre it 24 ) sous l'angle de 25», a été de 250 mètres; soq pi»<i« était de 7^500 et la charge de pondre de 160 gr. k\et 'n caronade de 30, la portée a été de 320 m. sous l'aogW ëf 14 degrés, et de 385 mètres sons l'angle de 19 degm Le porte -amarre pesait 10 kil. , et la charge de powit était de 250 gr.

• On avait craint qu'un vent fort venant de c^ ioonât lieu à de grandes déviations; mais rexpéneoee i prouvé qu'il n'en était pas ainsi La corde pousser pv lvent , exerçant une légère action contre la partie po4ï>rienre du projectile , fait incliner un peu sa pointe trr> le Vent, et donne lieu à une sorte de dérivation qvi fit compensation à l'action dn vent <

Nous faisons des vœux bien sincères ponr que le amveau porte- amarre tienne tont ce qu'il promet e( qc'*! justifie les espérances qu'il a inspirées à son inTenlfor.

On a encore proposé d'envoyer des lignes de storeti;; aux naufragés au moyen de flèches tirées soit tier de fusils , soit avec des arcs ou des arbalètes. On a prv^j* aussi l'emploi des fusées ; mais ces divers moyens oSind peu de chances de succès faute d'one portée suffisante Toutefois , à défaut d'autre moyen , Pemploi de la (tact mériterait d'être tenté de nouveau.

XautiUt. — Quant aux moyens employés par les esfants et par les hommes pour se soutenir sans effort a !i surface de l'eau , ils sont nombreux : une planche , oe aviron, des vessies pleines d'air, des gourdes, des paquets de roseaux , constituent les scaphandres on naotilo les plus simples et les moins chers , partant ceux dont «^ se sert le plus fréquemment , surtout pour apprendre a nager sans mattre. Mflii il en est d'autres sur lesqot.'^

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