‹ Instruction pour le peuple: cent traités sur les connaissances les plus indispensablesChapitre 106 sur 291 · NOTIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

La Chronologie , doul le nom , forme de deux mois l^recs , signiGe tcience du tempi, est , avec la géographie, une des bases fondamentales de l'histoire. En effet , sans le secours de ces deux sciences, dont l'une a pour objet la distinction des lieux, et Tautre la distinction des temps, l'histoire ne serait qu'un chaos ténébreux qui surcharges rait la mémoire sans éclairer l'esprit.

Les savants ont divisé la chronologie en trois branches principales : Tune qui a pour objet la mesure absolue du temps , ou chronologie vuithémafique , et dont l'astronomie fournit les éléments , lesquels consistent dans le jour, le mois , l'année ; la seconde , qu'on a nonunée technique, ci qui s'occupe des ères et époques qu'ont adoptées les différents peuples anciens et modernes pour la distinction des temps ; la troisième enfin , ou chronologie hiHorique proprement dite , qui a pour but de déterminer, relativement à un point donné de la durée , le moment exact où s'est passé un fait historique , à savoir, sa date précise.

La chronologie mathématique étant , comme nous l'avons dit, l'objet de Vastronomie, nous n'avons pas à nous 4D occuper dans ce traité. Quant à la chronologie technique , c'est-à-dire aux différentes ères ou époques dont se s<T\ent les peuples pour la division du temps, nous lui emprunterons quelques notions générales, préliminaire indispensable de toute chronologie historique proprement dite. Ce traité sera donc divisé en deux parties : l'une où noas ferons connaître les principales ères usitées chex les peuples anciens et modernes ; l'autre qui présentera la stTie chronologique des principaux événements de l'histoire universelle, choisis de telle sorte qu'en la lisant de suite on puisse se faire une idée de l'ensemble des révolutions qui se sont accomplies dans le cours des temps, ainsi que de l'enchaînement des faits et de leurs résultats.

PREMIJSRK PARTIE.

KKRS OU ÉPOQUES PRINCIPALES USITÉES CHEZ LES PEUPLES .4NCIEXS ET HODERNES POCR LA SUPPUTATION DES TEMPS. *

Une ère est une époque mémorable, historique ou astruDomique, adoptée par un ou plusieurs peuples, et servant à déterminer* en quelque sorte , l'âge d'un évJ^ nement accompli, soit avant, soit après cette époque. Ainsi l'on dit, par exemple, qu'Alexandre-le-Grand est

mort l'an 323 avant la naissance de Jésus-Christ, que nous avons adoptée pour époque ; ou bien que Charlemagne a renouvelé l'empire romain d'Occident l'an 800 après la même époque de la naissance de Jésus-Christ.

Nous commencerons par les plus anciennes, pour finir par celle de Jésus-Christ, qui a remplacé toutes les autres parmi les peuples modernes de la chrétienté. Èrea des Jaifa.

Les Juifs ont employé successivement des ères différentes. Dans les premiers temps de leur établissement en Palestine , ils adoptèrent pour point fixe l'année de leur sortie d'Egypte, époque qui répondait à l'an 1483 avant J.-C. Plus tard, ce fut à partir de la construction du temple de Salomon, l'an 1002 avant J.-C. Au retour de la captivité de Babylone , ils prirent pour nouveau point de départ le commencement de cette captivité, c'est-àdire l'an 606 avant J.-C. Quand l'ère des Séleucides ( dont nous parlerons plus loin ) eut prévalu en Orient , ils s'y conformèrent comme les autres peuples de la Syrie.

Ce n'est qu'au onxième siècle après J.-C. qu'ils remplacèrent cette dernière époque pa^ celle de la création du monde ou h-e mondaine , qui aujourd'hui encore est en usage parmi eux. Sa première année tombe dans ce qu'ils appellent le néant, c'est-à-dire dans l'année qui précédait la création, ou 3761 av. J.-C. L'an 1 8 'ifi serait donc, d'après leur calcul , la 5607^ de la création.

Erea drt Kgypliona, Babyloniena ri Pprtfa.

Nous ne connaissons pas les ères dont ces peuples faisaient usage dans leur chronologie.

Les époques historiques de l'Egypte, rapportées par l'historien grec Hérodote, sont trop fabuleuses pour qu'on puisse les réduire a\ec quelque certitude à tel t>u tel nombre d'années av. J.-C. Le premier événement de l'histoire de ce pays qui présente une date vraiment certaine est la conquête qu'en fit Cambyse, roi de Perse, 526 ans avant notre ère.

Au delà de l'année 747 , date de l'aiénement de Nabonassar au trône de Rabylone , rien de plus obscur et de plus incertain que la chronologie de l'ancienne histoire des Babyloniens. Cette époque, dont la certitude est fondée sur des calculs astronomiques, est célèbre sous le nom d'èr^ de Xabonaaar. Elle fut constatée et adoptée par Ptolémée , savant astronome dil it^ siècle de l'ère chrétienne, et suivie, après Fuiv'paT^un grand nombre d'historiens.

Enfin , quant aux Per$es , la certitude de leur chronologie ne remonte pas au delà de Tan 536 av. J.-C. , époque de la prise de Babylone par C^us et de la fondation de la monarchie persane.

Erea des Indieni et dea Chinois.

Tout porte à croire que les Indiens et les Chinois sont aussi anciens que les Égyptiens et les Assyriens; mais nous ne possédons rien d'authentique sur les premiers temps de leur histoire. Les Grecs et les Romains n'avaient que des notions \agues sur l'Inde, et la Chine leur était entièrement inconnue.

Quoi qu'il en soit, les peuples de l'Inde se servent de deux ères : l'une appelée ère dei Sace$, et l'autre ère de Kaliouga. La première commence à l'an 78 ap. J.-C. , la seconde 3101 av. J.-C. Suivant M. de Guignes, savant orientaliste du dernier siècle, le commencement de l'ère en usage chez les Chinois remonterait à l'année 2697 av. J.-C.

Ère des Grecs.

Les républiques de la Grèce n'ont jamais eu d'ère civile qui leur fût commune. Chaque cité avait la sienne. Quant à la méthode dont se ser\'aient les premiers historiens pour calculer les années d'une époque à une autre , elle ue pouvait donner que des résultats approximatifs. Ils évaluaient l'intenalle d'un temps à un autre d'après le nombre des générations , c'est-à-dire d'après le nombre des descendants qui s'étaient succédé depuis un auteur commun. Chaque génération équivalait à un tiers de siècle. Ce ne fut qu'après Alexandre-le-Grand qu'ils adoptèrent l'ère célèbre des Olympiadet.

One olympiade était un espace de quatre années qui s'écoulaient entre deux célébrations consécutives des jeux olympiques. Ces jeux , célébrés à Olympic en l'honneur de Jupiter, et institués originairement par Hercule, avaient été solennellement renouvelés en Grèce l'an 776 av. J.-C. C'est à partir de cette dernière époque que commençait l'ère dont nous parlons. Dans ce mode de supputation on emploie deux nombres : l'un qui désigne l'olympiade, l'autre qui indique l'année de Tolympiade. D'ordinaire on écrit le premier en chiffres romains, le deuxième en chiffres arabes. Ainsi, 01. Lxxi, 3, veut dire S^^ année de la 71*^ oljfmpiade.

On cite quelquefois, à l'appui d'une date de l'histoire ancienne de la Grèce, les marbres de Paros ou d'Arundel, C'est le nom sous lequel un désigne une chronique ou série de dates chronologiques, gravée sur une table de marbre , et découverte , au commencement du 1 7'* siècle , dans l'île de Paros par les soins du comte d'Arundel , saïaiit anglais qui s'appliqua un des premiers à former des collections de monuments antiques. Cette chronique renfermait les principaux événements de l'histoire de la Grèce depuis 1582 jusqu'en 264 ai. J.-C. Ère des Séir acides.

Cette ère, adoptée par la plupart des historiens des trois derniers siècles av. J.-C. et d'une partie du moyen âge , doit son nom à la dynastie macédonienne qui régna sur la Syrie après la mort d' Alexandre-le-Grand , et commença en la personne de Séleucus , un des généraux de ce prince. Elle devint commune à une grande partie des provinces soumises à l'empire des Sélcucides. Elle datait de l'année 311 av. J.-C.

Ère des Homains.

Les Romains n'ont jamais eu qu'une seule ère , celle qu'on appelle Yère consulaire, et qui remontait à l'iustitotion du consulat, l'an 509 av. J.-C. Il semblerait même que pendant longtemps les Romains n'eurent pas la curiosité de connaître l'époque de la fondation de leur ville. En effet , ce ne fnt que Caton TAncien , qui vivait 130 ans av. J.-C, et, après lui, Varron, contemporain

d'Auguste , qui firent des recherches t cet égard. D'spm le calcul du premier, la fondation de Rome tombe dans la l'<* année de la 7' olympiade, c'est-à-dire la 754' st. J.-C. D'après Varron , dans la 4« année de la 6* olympiade, ou 753 av. la même époque. La computatioo de Varron est celle qui a prévalu.

Ere des Mosalmans.

Tous les peuples musulmans, Arabes, Turcs, Persans , etc. , suivent la même ère. L'époque d'où ils comp' tent s'appelle Hégire, mot arabe qui signifie ^«Yf, parce qu'elle rappelle un événement célèbre dans la vie de Mahomet, sa fuite de la Mecque, où il était persécuté, et son triomphe à Médinc, où il s'était retiré et sc6tde nombreux prosélytes. L'a K' année de l'hégire corre^od à Tannée 622 de J.-C. (16 juillet).

Ère chrétienne.

L'usage de compter les années par celles de Jésus-Chri»! ne remonte pas à la naissance du Sauveur. Il ne fat introduit qu'au 6* siècle , en Italie , par un moine nomné Dcnyfr-le-Petit , et qu'au 7« en •France, où il ne l'nt même bien établi que vers la fin du 8', sous Charleniigor-

Il est bon de remarquer que, suivant les plus hùWet chronologistes , l'ère chrétienne , dite «uasi ire tulgairt ne commence pas véritablement avec l'année précise de la naissance de Jésus-Christ. Denys-le-Pctit avait n\n\t que le Sauveur naquit dans la 754^ année de la fondation de Rome; et telle est la base de l'ère vulgainmdii adoptée. Il paraît cependant que ce moine se serait trompe dans son calcul , et que Tannée de la naissance de Joss»- Christ correspond à la 750' et non à la 754*^ de la fondation de Rome. Voici sur quoi se fonde cette opiaios

1^ L'évangéliste saint Luc (ch. 3) dit qu'en la 15' année de l'empire de Tibère César, lorsque Pooce-Pilaie était gouverneur de la Judée pour les Romains, e( qsf Hérode était tctrarque en Galilée , saint Jean bapli» i' Christ , qui alors commençait d'avoir trente ans. Comme, en vertu d'un sénatus-consulle , Tibère avait pris parti l'administration des provinces deux ans avant la tanxi d'Auguste, c'est-à-dire l'an de Rome 767, on pcot ètir dans Tincertitude si l'évangéliste date les années de l'empire de Tibère depuis 765 ou depuis 767. Dans le premier cas, Jésus-Christ serait né Tan 750, et daiu taire 752 ans après la fondation de Rome.

2^ Les évangélistes disent encore que Jésus-Christ célébra la pâque avec ses disciples un jeudi , et la ii* asnée de sa vie. Or, les astronomes ont calculé que, dao$ une longue suite d'années , avant et après la mort de Jésus-Christ, il n'y a que la seule année 784 de Romf où la fête de Pâques des Juifs ait pu tomber on jeodi (^e calcul indique donc que le Christ est né Tan de Rome

Quoi qu'il en soit , le calcul de Denys-le-Pelit a tle admis par la majeure partie de la chrétienté, et il îis^ mieux s'y conformer que de porter la confusion dans f» chronologie par Tcnvie d'une trop grande exactitude. I> faut en dire autant de l'époque de la création du moad^ qui échappe évidemment à tous les calculs bumsini. An») avons-nous adopté sur ce point la chronologie vulgairr. qui place la création du monde 4000 ans environ aianî la naissance de Jésus-Christ.

Page 1