TROISIÈME ÉPOQUE. — EMPIRE
La victoire d'Actinm et la mort d'Antoine avaient livré la république à Octave; Rome n'avait plus rien à conquérir , elle avait tout à conserver : elle sanctionna l'œuvre de la fortune en abdiquant sa liberté entre les mains de l'héritier de César. Octave fit oublier, sous le nom d'ifuguMte, les cruautés du triumvir. Tout en laissant subsister les vieilles formes de la république, il rétablit de fait la monarchie. Ne pouvant prendre le nom de roi , pour lequel les Bomains avaient conservé une haine vivace, même après la perte de leur liberté , il gouverna le monde sous le double titre àt prince et à" empereur (imperator). Le titre d'empereur prévalut sur celui de prince, parce que le gouvernement civil reposait sur la puissance militaire : Rome guerrière se survivait à elle-même dans le chef suprême de ses légions , et la majesté de son nom avait passé à celui de César.
Bome , maîtresse des nations , était enfin en paix avec elle-même : elle avait pour limites , au midi , les déserts
im
brAUotftda Filfinqne et les frontièret de l'Ethiopie et de l'Arabie ; à Torient , le cours de TKaphrate ; ao nurd , le Danube et le Rhin; à l'occident, l'océan Atlantique. Bosauet a résumé en quelques lignes éloquenies cette époque mémorable de l'histoire universelie : • Octave , dit-il , gagne la bataîUe d'Aclium ; les forces de l'Egypte et de l'Orient qu'Antoine menait avec lui sont dissipées : tous ses amis Tabandonoent , et même sa Cléopâtre , pour laquelle il s'était perdu. Tout cède à la fortune de César : Alexandrie lui ouvre ses portes , l'Egypte devient une province romaine ; CléopAtre , qui désespère de la pouvoir conserver, se tue elle-même après Antoine. Rome tend les bras à César, qui demeure , sous le nom d'Auguste et sous le titre d'empereur, seul mettre de tout l'empire. Il dompte, vers les Pyrénées, les Cantabres et les Astnriens infvoltés : l'Ethiopie lui demande la paix ; les Parthes , épouvantés , lui renvoient les étendards pris sur CraMus , avec tous les prisonniers romains ; les Indes recherchent son alliance; ses armes se font sentir aux Rhètes ou Grisons, que leurs montagnes ne peuvent défendre; la Pannonie le reconnaît; la Germanie le redoute, et le Weser reçoit ses lois. Victorieux sur terre et sur mer, il ferme le temple de Janus : tout l'univers vit en paix sous sa puissance , et /inu-Chrùt vimU au monde, •
Le siècle d'Auguste est compté parmi ceux qui ont fait le plus d'honneur k l'esprit humain. Rome brille alors , par les arts et les lettres , d'un éclat que partagent les provinces mêmes, et qui est dû en partie i l'inOnence d' Agrippa et de Mécène. Le premier s*élait élevé , par ses vertus civiles et militaires, aux plus hautes dignités. C'est i lui qu* Auguste dut le succès de la bataille d*Actiom. Dans les loisirs de la paix , il s'appliqua , sous Tinspiration d'Auguste , i embellir Rome par des thermes , des chemins publics , des aqueducs et d'autres édifices , parmi lesquels on distingue le célèbre PatiMm , temple consacré à tons les dieux , et qui subsiste encore sons le nom de Notre-Dame de la Rotonde. Mécène , habile politique , ne fut pas moins utile à Auguste par ses conseils. Ce qui a rendu surtout célèbre le nom de ce favori , ce fut la protection qu'il accorda aux sciences et les égards qu'il eut pour les gens de lettres qui étaient dignes de ce nom. Il vivait avec VirgiUi el Horace dans a douceur d'un commerce libre et aisé : Virgile lui dédia ses Giorgiquei , et Horace ses Oda,
Auguste mourut à l'âge de 76 ans, l'an 14 de l'ère chrétienne. Sur le point d'expirer, il demanda un miroir, se fit peigner, trouvant ses cheveux trop négligés , et se fit raser la barbe ; après quoi il dit à ceux qui étaient autour de son lit : • N*ai-je pas bien joué mon râle? — Oui, lui répondit-on. — Applaudisses donc, répliqua-t-il , la pièce est finie. • Ces paroles suprêmes révélaient l'agonie du monde romain. Un but manquait k l'humanité. Les successeurs d'Auguste , embarrassés de leur puissance , ne s'en servirent que pour le malheur du monde ; et Tibère , son héritier, comofiença celte série de monstres qui ont effrayé l'univers. Mais , pour comprendre à quel titre et comment Tibère parvint à l'en^pire , il est nécessaire de connaître quelle était la famille d'Auguste.
Ce prince n'avait point de fils. De Seribame, sa •econde femme , il n'eut qu'une fiUe , la fameuse Julie , qui la première donna l'exemple de ces débauches monstrueuses dont le récit scandaleux fait presque tout le fonds de l'histoire du palais des Césars. Il importe d'en avoir une idée, afin de comprendre jusqu'où peut descendre la société la plus civilisée, quand elle a perdu la vie morale. Quant À Julie, il suffit de dire qu'elle ponesait l'impudence jusqu'à faire mettre sur la statue de Mars autant de couronnes qu'elle s'étsit prostituée de fois en une nuit Elle épousa successivement Marcellus Agrippa, dont nous avons parlé, et
Tibère. Auguste répudia Scribonte pour prendre Uiit: Cette femme était alors mariée à Tibère Claude Nooa; elle en avait déjà un fils (Tibère), et elle était grosR if sa second (Drusus , qui fut père du célèbre GermameÊS\ , lorsqu'elle inspira une vive passion à Aoguste, qui IValeva a son mari. Son esprit insinuant lui donna besDcoop d'empire sur son nouvel époux , qui partagea aiec eik ses soins et sa puissance. Son ambition ne se borna pu à être la femme d'un empereur, elle voulut aussi ea êtr« la mère. Elle fit adopter par Auguste les enfants qa el-e avait eus de son premier mari ; et , pour combler rioter* valle qui les séparait de l'empire, elle fit périr, dit-ci, tous les parents d'Auguste qui auraient pu y préteodre. On l'accusa même d'avoir hité la mort de ce pnac?. dans la crainte qu'il ne désignât polir son socccMsr Agrippa Posthumus, fils d' Agrippa et de Julie. Celk-ô. à l'instigatiou de Lirie , avait été reléguée par Aagss^ dans une tie déserte , où Tibère, devenu empercv, ii laissa mourir de faim. Quant à son fila Agrippa Pottbmus, il fut la première victime de Uvie et de Tibère, uisitôt qu'Auguste eut fermé les yeux.
C'est ainsi que Tibère succéda à son père adoptif F» 14 de Jésus-Christ. Il n'était point sans génie poor Fiilministration ; mais l'intelligence ne sert qn à rendre ncore plus méchants ceux dont le cour est natureDoMst dépravé. Ombrageux , vindicatif, cruel , il porta la ê^fiance et la terreur dans toutes les famillee en laforiai&! cette espèce de gens appelés délateun, dont la profaaes conduisait aux richesses et aux digniléa. Il faut finir qu'il y avait dans la oonstitation romaine une In ^ wuLJuti contre ceux qui commettaient quelque atlesU contre le peuple romain, ou, pour mieux dire, coairt it divinité de Rome. Tibère se saisit de cette loi , et Tifpliqua, non pas anx cas pour lesquels elle avait été fiitr mais à tout ce qui pouvait servir sa haine ou ses wê> çons. En héritant de la majetU de Rome, reflupm devenait dieu dans la véritable acception du meL Col ce qu'il ne faut jamais perdre de vue pour bies c«aprendre la puissance effrayante d'un Tibère, d'os (> ligula , d'un Néron. A peine revêtu de la pourpre iaprriale, le nouveau César résistait rarement aa tert^ inséparable du pouvoir absolu.
La vertu commença, sous Tibère, à devenir ns tim de proscription. (Tennaiitciis, qui avait sonlenn ea Gef^ manie et en Orient la gloire des armes romaioet, et qvi était universellement adoré pour sa bonté , sa géoénaïf et sa justice, mourut empoisonné à l'âge de 34 ass. U était, comme nous l'avons dit, fils de Drusus et par ceoséqnent neveu de l'empereur. Il laissa , entre aatm o* fants, Ceûua Caliguia, qui succéda à Tibère, et Afripfif' qui fut mère de Néron.
Devenu vieux , Tibère , soit pour échapper à U baiitt des Romains , soit pour se livrer pins fadleocnt à m vices, quitta Rome pour fixer son séjour dans ftie ér Caprée, à l'extrémité du golfe de Naples. Ccst de U qad gouvernait l'empire et qu'il envoyait an sénat ses orém homicides. On ne peut lire sans horreur ce que rhiston0 Suétone nous raconte des passe-temps de TAèn disi cette retraite infime , où il cacha les ouxe demi^ u* nées de sa vie.
Cependant le soupçonneux empereur ne Isiisait pu d'avoir confiance en quelqu'un. Séfam , préfet des gard^ prétoriennes , avait pris un grand ascendant sur loi F la souplesse de son caractère et l'enjouement éetonaprit ; mais l'ambition perdit ce favori. S^'an aspirtil î l'empire : Tibère devina et déjoua ses complots ; eU ^ une lettre venue de Caprée, Séjan fut arrêté H étna^- Tibère lui survécut encore six ans : étant tombé naïade (37), il fut étouffé par l'ordre de Maeron , sacresseur de Séjan, qui avait embrasée le parti de Caioi Cslîgula, le seul des fils de Ciermanicus que Ttmftmrf^
HISTOIRE ROMAINE
éptrgoé. Ce fol ton» le règne de ce prioce déteeUble ({ne Jéiae^hritt eommença à prêcher l'Efingile en Jndée, et moornt snr la croix pour «voir enièigné au liomines à i'aimer Jes une let antres.
Cmnê Caiigula n'af ait qne S5 aof lorsqu'il fut proclamé empereur. Il soutint quelques mois les espérances qu'inspirait un fils de Germanicns ; mais il ne tarda pas t s'abandonner à sa férocité naturelle , qu'une maladie , loite de ses débauches , contribua encore a développer. Calignla voulut être adoré comme un dieu. Il fit dter les têtes des statues de Jupiter poor y mettre la sienne. II se fit bâtir an temple, se nomma des prêtres et se fit offrir des sscrifices. Le nouveau Jupiter, pour mieux justifier ce titre , voulut imiter la foudre et les éclairs. Dans les orages , il faisait avec une machine un bruit semblable à edui du tonnerre ; et , lançant des pierres contre le ciel : . Tue- mot , s'écriail^il , ou je te tue. • Sa haine s'étendait même sur les morts : il aurait voulu anéantir les écnîB sacrés d'Homère et de Virgile. Les débauches les plus infimes et la cruauté la plus inouïe vinrent ajouter rhorreur à ces extravagances. Incestueux avec ses trois s«eurs , il paraissait avec elles en public dans les poatares les plus indécentes, et le sénat et le peaple appIaadissaienL II déshonora les femmes les plus illustres de Rome , établit des lieux de prostitution jusque dans son palais , et fit périr les citoyens les plus recommandables. Il éclatait de rire À la seule pensée des meurtres qu'il pouvait ordonner. Il n'y eut que les brutes qui n'eurent point k se plaindre de lui. Son cheval, nommé Incitahu^ fut traité comme les grands hommes le sont dans un pays où. l'on récompense le mérite. Il le nomma grand-pontife , et voulait le faire consul. Il jurait par sa vie , et lui fit faire une écurie en marbre, une ange d'ivoire , des couvertures de pourpre et un collier de perles. Ce monstre gangrené de vices fut aisusiné par un tribun des gardes prétoriennes , vers la fin de la 4* année de son r^e.
Caligula eut pour successeur Claude , son oncle , frère âe Germanicus , qui fut proclamé empereur par les sollats ao moment o& il s'y attendait le moins. Craignant svec quelque raison d'être enveloppé dans le massacre |ae l'on faisait de Caligula et de toute sa famille , il s'élait caché dans un coin du palais. Mais an lieu de le tuer, ^ prétoriens le saluèrent César. Comme tons les autres, 1 s'annonça d'abord asses bien ; mais, comme il était d'une 'aibleaae qui approchait de l'imbécillité , il se laissa bien- Ai gonvemer par sa femme Meualine et ses affranchis, |ai commirent sous son nom toutes sortes de crimes.
Messaline est fameuse dans l'histoire par sa lubricité t êem débauches. Cette infâme princesse soailla la couche mpériale en y admettant sans distinction des hommes le tonte condition. Officiers , soldats , esclaves , cornélien s , cochers , gladiateurs , tout lui était bon. Un de ses »laisiri ordinaires était de contraindre les dames romaifea dn plus haut rang à se livrer à leurs amants en pré- ?nce de leurs maris ; et malheur à celles que retenait un eate de pudeur. Elle quittait souvent le lit de l'emerear . pendant qu'il dormait , pour courir se prostituer aoa lea lienx publics de Rome. Elle alla même jusqu'à ^a^r solennellement un jeune homme , nommé Silius, i>Dt elle était devenue éperdument amoureuse , comme Claade fât déjà mort L'affranchi Narcisse , son en- •mi , profita de cette occasion pour obtenir de Tempeor Ia permission de la tuer. Un centurion la massacra ina OD jardin o& elle se reposait, tranqaillement auise r rberbe, à cÀté de sa mère, qui trouva mauvais qu'elle eût pas le courage de se tuer elle-même ; mais, dit Fhisri0n Tacite , la volupté avait détrempé son àme. Aprèa la mort de Messaline, qui était sa troisième mue , Claude épousa sa nièce Agrippitu, fille de Geri.nicits , quoiqu'il eAt promis de ne plus se marier.
Cette femme , d'une ambition démesurée et d'un esprit supérieur, prit sur Claude un ascendant plus grand en« core : elle lui fit adopter Néron , qu'elle avait eu de son premier mari, Domitius .iSnobarbus, et le détermina à désigner ce jeune prince pour son successeur au préjudice de Brilannicui son propre fils. Après quoi elle l'empoisonna dans un festin ; mais , comme Fagonie dn malheuriux Claude lui paraissait trop lente, elle envoya chercher le médecin Xénophon , qui , feignant de vouloir provoquer no vomissement salutaire , introduisit dans la gorge du patient une plume imprégnée d'un poison plus subtil que le premier. Claude en mourut l'an 54 , et fut mis au rang des dieux. Néron prononça son oraison fanèbre.
Le fils d'Agrippine succéda à Claude à l'âge de 17 ans. Un homme digne des premiers siècles de Rome par ses mœurs , Burrhus , et le célèbre philosophe stoïcien Sénèque, tous deux st!S gouverneurs, n'avaient rien négligé pour faire naître en lui le goût de la vertu et des belleslettres. Pendtnt quelques années, ils parurent avoir réassi. Les Romains regardaient le jeune empereur comme un présent des dieux. Un jour qu'on le pressait de signer la sentence d'un criminel condamné à mort. ■ Je voudrais, disait-il, ne savoir point écrire. - La modestie même relevait ses qualités. Le sénat l'ayant loué de la sagesse de son gouvernement : « Attendes pour me louer, répondit-il , que je l'aie mérité. • Ce moment ne vint jamais; et ses fausses vertus firent bientêl place aux excès d'une perversité inonïe. Britannicus lui faisait ombrage : il le fit empoisonner. Sa mère le gênait : il la fit assassiner. Après avoir été félicité de ce parricide par le sénat, il ne mit plus de bornes à ses cruautés et à ses débauches. Il appela auprès de lui des histrions , des pantomimes , des cochers ; il prenait part à leurs jeux , et se fit lui-même comédien , car le chant était sa grande pusion. Il paraissait souvent sur la scène une lyre à la main ; et , lorsqu'il devait chanter en public , des gardes se répandaient dana ramphtthéàtre pour frapper ceux qui ne paraissaient pu asses sensibles aux charmes de sa voix divine.
Il répudia la vertueuse Octavie , sa femme , fille de Claude et de Messaline, pour épouser une patricienne célèbre par sa beanté et qui, au rapport de Tacite, avait tout reçu , excepté la vertu. C'était Poppie, qui déjà avait été successivement épouse d'un préfet des gardes prétoriennes (gardes impériales) et d'Olbon, qui depuis fut empereur. Les soins qu'elle prenait de sa beanté sont célèbres : elle se baignait tous les matins dans le lait de dix-huit cents ânesses. Néron forma pendant quelque temps avec elle et Tigellin, préfet du prétoire, une sorte de conseil d'Etat, où il mettait le crime et la débauche en délibération. La tête d'Oclavie fut, p<^ur ainsi dire, le présent de noces de Poppée ; mais la nouvelle impératrice , toute vicieuse et belle qu'elle était , fut à son tour rictime de la brutalité de son amant. Ayant eu un jour l'imprudence de le railler, elle reçut de lui un coup de pied dans le ventre pendant qu'elle était grosse, et mourut peu de jours après. Néron la fit mettre au rang des déesses , prononça lui-même son oraison funèbre , et lui fit faire des funérailles magnifiques , dont les dépenses pourtant n'égalèrent pas celles de l'enterrement de son singe. Suétone assure que, pour les obsèques de cet animal , le maître du monde épuisa les trésors des plus riches usuriers de Rome.
Néron était essentiellement artiste. Pour se faire une image de l'incendie de Troie, il fit mettre le feu aux quatre coins de Rome. Il ne manquait à ce forfait que de le rejeter sur des innocents. Il en accusa les chrétiens : lui seul était capable d'imaginer le supplice qu'il leur fit subir. Après les avoir enduits de cire et de résine , dit Tacite , il les fit attacher à des pieux , rangés en forme d'allées , dans ses jardins ; puis y ayant fait mettre le
ton
feo penduit la nuit, il m doniu le barbare plaisir de courir en char, i la laear de cet flambeaiu vivants.
Il est inutile de dire qae Burrhas, Sénèqne , le grand capitaine Corbnlon , et les pins illuttres personnages de Rome, Tarent tacrifiéi A ses fureurs. Mais enfin la Providence, prenant pitié dn genre humain, fit rentrer ce monstre dans lé néant GtUba , qui commandtit en Espagne et qui savait que Néron se proposait de Fimmoler à son inquiète jalousie, se révolta. Il se fit proclamer empereor et marcha snr Rome Dans le premier moment, Néron forma le projet de faire massacrer tous les gouverneurs des provinces et tons les généraux d'armée, de faire périr tous les exilés, d'empoisonner le sénat tout entier, de brûler Rome une seconde fois , et de lâcher en même temps les bétes féroces des cirques , afin d'empêcher le peuple d'éteindre le feu. Msis il n'eut pas le temps de mettre i exécution ce nouveau moyen de salut. Se voysnt perdu , il se réfugia dans une grotte , où , à Faide d'Spaphrodite, son secrétaire, il s'enfonça un poignard dans la gorge. Son dernier mot fut : •■ Quel comédien le monde va perdre ! • Il était dans sa trente et unième année. Avec lui finit la famille des Césars. Ce qu'on aura peine à croire , c'est que ce prince ne laissa pas d'avoir, après sa mort , dés partisans télés qui ornèrent son tombeau de fleurs ; que son nom était cher à une grande partie du peuple et des soldats , et qu'enfin plusieurs imposteurs se l'attribuèrent comme une recommandation capable de les sccréditer. II y a li un problème historique que nous ne nous chargeons pas de résoudre.
• Galba, dit Tacite, dévoila un secret funeste aux Romains et funeste à lui-même , en leur apprenant qu'un empereur pouvait être élu hors de Rome, > c'est-à-dire par les légions et sans le sénat. A pirtir de la mort de Néron, l'empire appartint au premier général d'armée qui sut se défaire d'un rival. Galba ne fit que passer. Sa sévérité et son avarice le rendirent odieux à la multitude. OiMoH , qui avait été un des premiers i se déclarer pour lui dans l'espoir de devenir son collègue, excita une révolte dans laquelle Galba et Pison, son fils adoptif, furent massacrés (69). Mais, presque au même instant, Tarmée de Germanie élevait è l'empire ViulUtu et marchsit sur l'Italie. Vaincu à Bédriac , entre Crémone et Mantoue , Othon se donna la mort. Vitellius visitant le champ de bataille prononça ces horribles paroles , qui tnffiraieot pour le faire connaître : • Le corpt d'un ennemi mort tent tonjourt bon. ■> Les débauches de cet empereur, ses crnautés, et surtout sa gloutonnerie, ont rendu célèbre ton règne de qnelqnet moii. Vert la fin de la même année 60, l'armée d'Orient proclama Vetpanen, en même temps la populace de Rome mstsacra Vitellius et jeta ton corpt dant le Tibre.
Vetpasien renouvela les jours d'Auguste et commença cette période de 115 ans pendant lesquels , à l'exception des 15 ant de Domitien , le monde romain jouit de quelque relâche. Il remit l'ordre et la lécurité dans l'empire. Sous son règne , Titut^ son fils, acheva la guerre de Ju- • dée par la prise de Jérusalem (8 septembre 70). Vespatien mourut dans un âge attei avancé , après dix ans d'un règne glorieux (79).
Titut tuccéda à Vetpatien et marcha tur ses traces. Il mérite d'être appelé let déliée* du genre hniutin. Quand il avait laitté patter nu jour tans faire quelque bien , il disait avec douleur : • J'ai perdu mon. temps. ' Rome ne jouit pas longtempt de tet bienfaiU : il mourut aprèt deux ant de règne, nnivertellement regretté. Pendant la guerre de Judée, il avait conçu une vive passion pour la princesse juive Bérénice et l'avait emmenée à Rome avec l'intention de l'épouser ; mais, comme elle était de race rojalo il "'"•■ pas braver le préjugé des Romains et se r T Bérénice. Cette pénible situation a
fourni le sujet d'une det tragédiet de Radie. U rè^t de Titut fut marqué par la première émptioa éi Vésave. qui entevelit plusieurs villes . entre antret iïrrnfiiw et Pompéies (80J.
DmmtieH, frère et tnccestenr de Titus, rappela In temps de Néron et de Caligula. Le seul étcacnnl mamorable de son règne est la conquête de la Griade-Bntegue par Agricole , beau-père de rhistoriea Tacite . qui a écrit sa vie. Après avoir opprimé le monde pendant U ans , Domitien fut astattiné par ta feome et tes priactpaux officiert. Aprèt lui vint Menei^ dont le règae t oonlratte avec celui de ton prédéeesteur par la Bopbdtf . la modération et la joatice. Il adopte Trajern, qoi lui ntcéda ( 98 ) et qui peut être regardé comme le princt W plut accompli que Rome ait eu.
Trajan, né Etpagnol, fnt le premier empereur d'eri|i« étrangère. Avec lui Rome redevint eonquéiinte ; il perU tet armet an delà de l'Euphrate et mêtM du Tigre. A l'intérieur, il fit fleurir la juttice et embellit Rome de isperbet monumente (entre antret la colonne Trajane, qa. tubtitte encore et a servi de modèle à celle qae Kxfi^ léon fit élever à la gloire de la grande armée). Tnju mourut a Sélinonte en Asie-Mineure , Tan 117 , aa o»ment où il allait réprimer une rébellion des Juifs.
A des temps si avantegeux pour la répabliqne WKztdèrent ceux à* Adrien^ mêlés de bien et de mal. Ce prince, cousin et pupille de Trajan, dont il avait épousé La nim, maintint la discipline militaire , vécut lui-même militai rement et avec beaucoup de frugalité, soulagea les pnh vinces , fit fleurir les arte et la Grèce , qui en était U mère. Son règne ne fut troublé que par U révolte in Juifs. Cette révolte dura 3 ans. Il bâlit snr les raiseiâf Tancienne Jérusalem une nouvelle ville à laquelle il éomi le nom d'jElia Capitolin*^ et dont les Juifs furent tiàz* à jamais. Adrien se déshonora par son intâme puuos pour Antinous f jeune Bith|nien d'une grande betst». qui l'accompagnait dans tous ses vojages. Ce Gasjiacè s'étont noyé dans le Nil, où il se baignait, Adrien plesn comme une femme, l'objet de ses monstmnoaea asoors. U lui éleva det templet et multiplia ton ima^ par i** médailles et det itatuet , dont quelques-unes tobs^' encore.
Adrien avait adopté ifalonin, qui lui suceédaTan 131* Let vertut de ce prince lui firent donner le tomoa et Pieux. Il fit pendant 82 ant le bonheur de respire, et te turvécut à lui-même dans if«n>iliiré<e, qu'il afiit ^ tigné en mourant pour ton tuccesseur (161). Marr-Asrèle justifia jusqu'à un certain point ce mot de Pltl». que les peuples ne seraient beorenx que lorsque U pkil*- Sophie serait assise sur le trône. Il avait asootat k bonne heure une vive prédilection pour le stoîeiaM . et l'on possède de lui 18 livres de réflexions moralei la grec) sous ce titre : A Moi-mêMe, oà il résume pour soe propre usage les nobles doctrines de cette école. I) ^ bon de remarquer ici qu'il y eut à cette époque ane sortr de renaissance de la langue et de la littérature g^r^ ques. Le besoin de croyances nouvelles avait répu^ dans tout l'empire le goût de la philotophte, et la Grkt comme on tait , en était le berceau.
Ou reproche à Marc-Aorèle d'avoir pcraécslé I«i chrétient et toléré, avec une indulgence qu'on a pli» * comprendre , les détordret de ta umme Faottinc. Cet'r impératrice égala par tet débordemente Jolie et Um*line. Loin de t'en indigner , le prince philosqibc ^ même jusqu'à récompenser ses amants. Il Ini fit ê\fic des temples après sa mort , et des prêtres oMTcensira firent fumer Fencens à Fantel d'une prostituée , arec utant de profusion qu'à celui de Diane , U désse ^ vierges.
Commode (180), fils et succeitenr de Marc-Aartlr. n'bérite pat des vertus de son père , quoique des pbil«-
HISTOIRE ROMAIXË.
opbei célèbrei eaiMnt entrepris de fonner loii coor et on esprit. Pendant 12 toi, il tint le monde dans nn lerpctuel effroi. Comme Néron , il te plongea dans le ang et la débauche , et sons son règne Rome fut nn héâtre de carnage et d'abominations. Fier de ses avanages corporels, il prit le nom d'Hercule et porta, comme « dien , la peaa de lion et la massue. Il se livrait eu mbiic i tous les exercices des gladiateurs et descendit ilus de 700 fois dans l'arène. Ce monstre couronné ne mouvait manquer de faire une fin tragique : il fut em- Miionné par les soins d'une de ses concubines, qui avait a son nom sur une liste de proscriptions. Avec la mort le Commode (1 92) commence l'époque la plus calamieose de l'empire, celle du despotisme mililaire. Elle lora 9i ans , et , pendant cet espace de temps , 32 emlereurs et 27 prétendants se précipitèrent tour à tour la trdne.
Le vertueux Pertinax^ proclamé empereur après la nort de Commode, est massacré au bout de 88 jours par es prétoriens , qui , au grand scandale du peuple et du énat , proposent l'empire an plus offrant II se trouva les enchérisseurs , et ce fut le jurisconsulte Didiuâ Jutonus qui l'emporta en promettant aux prétoriens 1,250 drachmes (5,625 fr.) par tête. Mais les légions le reconnurent pas l'empereur des prétoriens : l'armée le Bretagne proclama Albinui , celle de Syrie Pescennius Viger^ et celle de Syrie Septime Sévère , qui marcha sur iome s'annunçant comme le vengeur de Pertinax. Ditins , incapable de se défendre , fut décapité par senence du sénat. Niger fat vaincu en Orient et Albinus Uns les Gaules. Vainqueur de tons ses rivaux , Septime révère parvint à régner pendant 18 ans (193-211). Tétait nn habile militaire , mais un prince dur et cruel. 1 mourut à York en disant : • i*aî été tout , rien ne rsot ^
Septime Sévère avait épousé Julie Domna, Syrienne TEmèse , fille d'un prêtre du soleil (les habitants d'Enèse adoraient cet astre sons la forme d'un c6ne de uerre et sous le nom d*Elagabal ou Héliogabale). L'inloence de Julie Domna remplit de Syriens le conseil de 'empereor, et tous les Sévh'ei dans la suite furent couàdérés comme princes syriens. En introduisant les osors asiatiques à la cour des Césars, cette impératrice stcive, dont le regard amollissait tous les cœurs, couribna beaucoup pour sa part à accroître encore la cornption romaine. Elle avait en deux fils de Septime Sévère, Caraealla et Gita^ qui furent tous deux empereurs «ion les dernières volontés de leur père. Mais une haine norfelle régnait entre ces deux princes. Caracalla assas- (ina son frère entre les bras de Julie , leur mère comoune. II chercha partout des apologistes de ce meurtre : s célèbre jurisconsulte Papinien fut mis i mort pour l'avoir pas voulu justifier un tel forfait. « Il nest pas loui aisié, répondit-il , d'excuser nn parricide que de le commettre. • Caracalla ne parcourut les provinces qne XHir les piller. Sa mère lui reprochant ses exactions : * Saches, lui dit-il, que tant que je porterai cela (en lui aontrant une épée nue) j'aurai fout ce que je voudrai. > Le meurtre ,faisail ses délices. Etant î Alexandrie , il ionna ordre à ses soldats de faire main-basse sur le Ma pie pour le punir de quelques railleries au sujet de t mort de Géta. Le carnage fut si horrible que toute la >Isine était inondée de sang ; la mer, le Nil , les rivages 'oisios en forent teints pendant plusieurs jours. Mais il >érit, loi aussi, par l'épée. Il fut égorgé Tan 217 par Itacrio, préfet du prétoire, à qui nn devin avait prédit |n'il était destiné à Fempire.
Le règne de M acrin fut de courte durée. JulU Mœia, <œor de l'impératrice Julie Domna, vivait exilée à Emèse irec ses deux filles , Socmit on Soœma» et Mmmnie, ^oœmis avait un fils né d'un double adultère avec Cara-
calla, son conaio, et qu'elle avait conucré an culte du soleil. C'était Héliogabale, ainsi nommé du dien dont il était le prêtre. Socemis et Hœsa le présentèrent an camp d'Emèse comme héritier légitime de Caracalla, et le firent proclamer empereur quoiqu'il n'eilit encore que 1 5 i 1 6 ans. Macrin , de son c6té , fut tué par ses propres soU data , et Héliogabale fut conduit i Rome.
Héliogabale fut une image saillante de ce discordant mélange de races et d'idées qu'offrait l'empire à cette époque. Le nouveau César entra dans la ville de Romulos , entouré d'eunuques , de bouffons , de nains et de naines. Il avait le tour des yeux peints , les joues coloriées de vermillon ; il portait une tiare , un collier, des bracelets , une robe de soie À la phénicienne , des sandales ornées de pierres gravées. Hais depuis longtemps Rome était une Babel où Ton ne s'étonnait plus de rien. Héliogabale y introduisit l'image et le culte de son dieu , qui n'était autre chose qu'une grosse pierre noire , ronde par le bas , pointue par le haut , devant laquelle il dansait et marchait i reculons. Il éleva un temple à cette ridicule divinité , et fit apporter de Carthage toutes les richesses du temple de la Lune, avec la statue de cette déesse , qu'il maria solennellement k son idole phénicienne.
Héliogabale a été surnommé le SardauapaU de Rome; car le vice qui gouverna particulièrement le monde sous son règne fut l'impudicité. Il se faisait saluer du titre de dame et àt impératrice; il s'habillait en femme et travaillait i des ouvrages en laine. Il créa on sénat de fenunes qui délibéraient sur les modes. Extravagant dans ses caprices , il fit rassembler , un jour , tous les rats , toutes les souris , toutes les araignées qu'on put trouver dans Rome , • voulant , disait-il , connaître a fond la population de cette ville. • Réunissant une autre fois chei lui les personnages les plus distingués , il les faisait Urer à une loterie burlesque , où l'un recevait un lot de dix chameaux , l'autre de dix mouches; celui-ci des chiens morts , celui-là des bourses pleines d'or et de diamants. Il pressentait au fond du cœur qn'nne pareille vie devait être courte : il avait préparé , pour se tuer à tout événement , des cordons de soie , un poignard d'or, des poisons renfermés dans des vases de cristal et de porphyre^ une cour intérieure pavée de pierres précieuses sur lesquelles il comptait se précipiter du haut d'une tour. Ces ressources lui manquèrent : il fut tué dans des latrines avec sa mère. Les prétoriens le remplacèrent par AUxan~ dre Sévère , fils de Mammée.
Alexandre Sévère s'appliqua à réformer les abus du règne précédent. Il purgea le palais de tous les ministres de débauche qn'Héliogabale y avait introduits. . Il donnait lui-même dans toute sa conduite l'exemple de la vertu. Il cultiva avec succès la poésie , l'histoire et la philosophie. Il travailla surtout à rétablir la discipline nîilitaire. Il savait récompenser et punir à propos. Un certain Tnrinns vendant à ses protégés Ib crédit qu'il avait auprès de l'empereur, Alexandre ordonna qu'il fût lié à un poteau, et qo'on allumât autour de lui du foin et du bois vert , tandis qu'un héraut crierait : « Le vendeur de fumée est puni par la fumée. • Il arrêta les fureurs des païens contre la religion chrétienne, et publia même un édit en faveur de ceux qui la professaient
Sons le règne de ce prince, l'Orient changea de face. Soixante-huit ans après la mort d'Alexandre-le-Grand, le Parthe Arsace avait secoué le joug des Sélencides et fondé l'empire des Parthes. Depuis cette époque, ce penpie, qui s'était élevé sur les débris de la monarchie persane, n'avait cessé d'être en guerre avec les Romaine. Artaban IV , contemporain de Sévère , fut tué par Arlaxerce, fils de Sassan, un de ses généraux. Avec lui finit la dynastie des Arsacides pour faire place à celle des Sassanides, qui étendit sa domination sur les possessions de l'ancien empire des Perses dans la Hante-Asie, et forma
un uamd empire penan. Ce nouvel empire ne devait pM è^ moins fatil anx Romaioi que ceini des Parthei. Une Intte incessante, interminable, s'engagea sons le règne d'Alexandre Sévère, qoi dn reste remporta de grands avantages sur Artaxerce , meurtrier et soccessenr dn dernier Arsacide Artaban.
Cependant il y avait dans Tannée d'Alexandre Sévère nn Gotb, nommé Maximin^ qui, d'abord pâtre, puis soldat, s'était élevé aux premières dignités militaires. Les historiens en parlent comme d'un géant Sa taille était, dit-on , de buit pieds ; les bracelets de ses femmes lui servaient de bagues ; il mangeait dans no jour quarante livres de viande , et il ne fallait pas moins de huit bouteilles de vin pour le désaltérer ; il traînait seul nn chariot chargé, faisait sauter les dents d'un cheval d'un coup de poing, écrasait des pierres entre ses doigts , et fendait les arbres avec ses mains. Ce Goliath profita dn mécontentement qu'inspiraient aux soldats les efforts d'Alexandre pour rétablir la discipline ; il le fit assassiner en 235, et Ini succéda.
Maximin refoula momentanément les Germains, les Sarmatei et autres peuples barbares qui commençaient & inonder l'empire ; inaii il se rendit odtenx par sa férocité. Il fit mourir plusieurs milliers de personnes sons prétexte qu'elles avaient conspiré contre sa vie, et persécuta crnellement les chrétiens. Les légions d'Afrique proclamèrent en 337 Gordien empereur , quoiqu'il eût alors quatre-vingts ans. Gordien avait été envoyé en Afrique, en qualité de proconsul , et il y était généralement aimé. Il refusa d'abord ; mais , comme on le menaçait de le tuer, il accepta, et s'associa son fils Gordien ^ dit le JewM. Le sénat, instruit de celte nouvelle, Ini décerna le titre d*Aupute» et déclara Haximin ennemi public. Celuici en conçut une telle colère, que, dans les accès de sa fureur, il hurlait comme une béte féroce. Après avoir nn peu ealmé ses chagrins par le vin, il marcha contre le nouvel empereor qui envoya son fils pour le combattre. Ce jeune prince ayant été tué après un combat sanglant , Gordien le père s'étrangla de désespoir. Le sénat les remplaça par Maxime Pupiem et Balbin. Ifaximin se disposait à courir contre eux , lorsqu'il fut égorgé par ses propres soldats (237).
Pupien et Balbin gouvernèrent avec asses de sagesse ; mais ils furent massacrés après un règne de quelques mois par les prétoriens, qoi ne voulaient pas reconnaître des empereurs qu'ils n'avaient point faits eux-mêmes. Gordien III, surnommé le Pieux, petit-fils par sa mère de Gordien F*", fut revêtu de la pourpre impériale, quoiqu'il n'eût qne 13 ans. Dirigé par le vertueux préfet du prétoire Ifisithée , dont il avait épousé la fille, il promettait d'henreux jours i l'empire, lorsqu'il fut assassiné, en %AA, par Philippe V Arabe pendant qu'il combattait Sapor, roi des Perses.
Le crime avait porté Philippe sur le trône ; mais, dès qn*il y fnt, il montra quelques vertus. On a prétendu qu'il était chrétien. Dèee, gouverneur de la Mœsie, se révolta contre lui en 249, et le tua de sa propre main dans nue bataille près de Vérone. Le nouvel empereur se si-
rJa contre les Perses et les Goths, mais il périt, au bout denx ans de règne , en poursuivant ces derniers. Emporté par son cheval , il était tombé dans un marais profond , où il s'enfonça sans qu'on pût jamais retrouver son corps. Dèce est surtout célèbre par une terrible persécution qu'il ordonna contre les chrétiens.
Gallui, Vohuien , son fils, et Emilien , ne firent que passer. Ils furent massacrés successivement , et VaUrien les remplaça. Celui-ci tourna tontes ses forces contre Sapor, roi des Perses, qui avait envahi la Syrie et une partie de FAsie- Mineure. Il fut fait prisonnier en 260. Le roi Sapor le mena en Perse , où il le traita avec indignité, jusqu'à se servir de lui comme d'un marchepied
pour monter à cheval. Il monmt en eapUvilé Fan 263 , âgé de 7 1 ans. Sapor, soivant Thistorien grec Agathias , fit écorcher Valérien tout vif et jeter dn sel dans sa chair sanglante. Non content de cette barbarie , il fit cuno^ei sa peau , la fit teindre en rouge , et la suspendit dans un temple pour être un monument étemel de la hcnite des Romains.
Galliem » fils et successeur du malheureux Valérica , vécut , lui , tranquillement à Rome , tantôt eonché sur des fleurs, au milieu d'une troupe de courtisanes, tantôt plongé dans des bains parfumés et ne respirant qne le plaisir. Il se contentait de sourire qnand on wenait lai annoncer que des provinces entières étaient eawahies par les Barbares. Il dut enfin sortir de sa léthargie. Trente de ses généraux s'étaient fait proclamer empereurs. A peine était-il A la tête de son armée, qu'il fnt égorgé devant Milan en 268, pendant qu'il assiégeait Tiuurpaii'vr Auréohu , fils d'un berger et qui avait lui-même gardé les troupeaux.
Claude II ^ reconnu seul empereur après la m<Ht de Gallien , fut à la fois grand capitaine , jugé équitable et bon prince. Il ne régna que 2 ans , étant mort de la peste en 200. Quintillus, son frère, fut proclamé après lai par la légion qu'il commandait; mais, an boni de 17 jours , Qnintillns se fit ouvrir les veines daas on haâi chaud en apprenant l'élection d*Aurilieu.
Aorélien était fils d'un paysan. Après avoir passé par tous les grades de la milice , il dut Fempire , ce qui était rare , aux suffrages unanimes de l'armée , do pcnpie et du sénat. Pour la première fois rinsubordinatioo mililaiR fut domptée. Aurélien repoussa de tons oôtéa les Barbares, et vainquit Zénobie, princesse de Palnjre. qa avait pris le titre de reiue de rOncitf et le souLenait par Is force des armes. Resté tranquille possesseur de l'empire, il embellit Rome , et s'appliqua surtout à réformer hs mœurs. Il était en marche contre les Perses, lorsque Mnesthée, un de ses secrétaires, le fit tuer en 27 S. Oaa reproché à ce prince trop de sévérité , une fierté grossière , pour qui tout objet d'orgneil est bon , même le triomphe sur une femme. Il fut le premier emperew qui prit le diadème.
Aurélien eut pour successeur Taeiu , dont le sénat it choix à cause de ses vertus; les soldats lui ûtèrent la «k après un règne de six mois : les Romains étaîcnt trof corrompus pour s'accommoder d'un tel mettre.
Florien , frère utérin de Tacite , crut pouvoir, A ce titre , se présenter pour lui succéder. Il se fit recoanaltrf par le sénat ; mais Probue , ayant été proclaiDé par la légions d'Orient , il paya de sa vie une ambition dont W sort de ses prédécesseurs aurait dû le guérir. To«t Aêchic sous Probus : en Orient comme en Occident, les Barbares respectèrent les armes romaines. L'empire jouit as moment d'une paix générale. Pour occuper Foisivetê en légions , Probus leur imposa des travaux d'utilité pebbque. Cest à lui que la Bourgogne et la Champagne deê vent leurs vins si renommés. Il avait étendu à la Gsalr la permission , jusqu'alors restreinte à certaines oontrêei. de planter ou de propager la vigne. Il faiaait des préparatifs de guerre contre les Perses, lorsqu'il fnt tné psr ses soldsts après un règne de 6 ans (282). Cevia «r montra digne de son prédécesseur; mais il loonrat ai bout de six mois, frappé de la foudre. Ses denx 11*. Carin et Nvmirien, ne parurent qne pour être assiseinfs Numérien était devenu presque aveugle à force de picerr son père : après sa mort, Fempire demeura à lKe«lrtieB Cet empereur célèbre était d'une famille ohscore. Il avait commencé par être soldat , et s'était élevé par ws mérite an commandement des armées. On dit qe'il tas de sa propre main Aper , meurtrier de Nnménca, poer accomplir la prédiction qu'une dmidcsao (prêtresse è» Gaules) lui avait faite, qu'il serait empereur lilét q***'
HISTOIRE ROMAINE
aurait lui-même iiflmolé Aper. Comme ee nom aignifie en Utin utnyligr, il tuait auparavant tous lei sangliers qu'il rencontrtit; mais, loraqn'il eut tué Aper, il dit à iloj»'men HercmU : « Voilà la prédiction accomplie ! • Ce Uaximien Hercule, soldat de fortune comme lui, était ion ami. Il se Fassocia et Tenvoya commander en Occident, réservant pour lui Tadminislration de TOrienL Cependant deux empereurs ne suffisaient pas à la défense de Tempire; outre Maximien Hercule, auquel il avait donné le titre d'aic^iufe, Dioclétien s*adjoignit, en S92, deux autres collègues, qu'il nomma eitart (titre qui équivalait à celui d'héritier présomptif de l'empire) : ce furent CouMtmmee Chlore (c'est-à-dire le paie) et Galérins. Ces quatre princes obtinrent chacun de leur c6té des succès , et entrèrent en triomphe dans Rome, Fan 303. En cette même année, Dioclétien, à Finstigation de Galérins, commença contre les chrétiens une terrible persécution qui dura dix ans. L'année suivante, il tomba dans une grave maladie qui affaiblit sa raison. Accablé sous le poids de chagrins réels ou imaginaires, il pleurait très- souvent avec toute la faiblesse d*nne femme ou d'un enfant. Galérins lui dit sans ménagement qu'il fallait se démettre de Femnire. Cette invitation révolta le vieil empereur , dont Forgneil ne pouvait se résoudre à abandonner le pouvoir; mais il fut contraint de céder. On engagea Maximien Hercule à faire la même abdication ; et les deux césars , Galérins et Constance, furent créés augustes le même jour, qui était le 1*' de mai de Fan 305. Dioclétien vécut on végéta encore neuf ans dans sa retraite de Salone , en Dalmatie.
Galérins comptait sur la fin prochaine de Constance , devenu premier auguste , pour disposer ensuite i son gré de Fempire ; mais l'évasion du jeune Cmutontin , fils de Constance, qu'il retenait comme un otage auprès de lui, et la révolte de Ma|ence , fils de Maximien Hercule , renversèrent tous ses projets. Constantin trouva son père expirant , et fut proclamé auguste par les légions de Bretagne ; mais il se contenta du titre de césar , que Galérins n'osa lui refuser. Galérins mourut peu de temps aprèa» en 311. Il s'était associé ^i^miim, qui s'unit à Constantin pour combattre Maxence, dont le pouvoir s'affermissait en Italie. Maxence fut vaincu à Rome et se DOf a dans sa fuite , le pont Mil vins s'étant écroulé suus lai. L'année suivante (313) est remarquable par Fédit de Constantin et de Licinius en faveur des chrétiens.
Cependant les deux empereurs ne devaient pas rester longtemps unis. Autant qu'il est permis de Finduire de ses actions , la duplicité était le défaut qui caractérisait Constantin. Il donna d'abord sa saur à Licinius , puis il se brouilla avec lui et le fit étrangler. Il protégea tour à tour les catholiques et les ariens , c'est-à-dire les sectateurs d*Arius, qui niait la divinité de Jésus -Christ • Il savait faire maison nette , > comme l'a dit un spirituel écrivain. Fausta, fille de Maximien Hercule et seconde feomie de Constantin, avait conçu une passion violente pour Crispos , son beau-fils. Blessée des refus du jeune prince, elle ne craignit pas de l'accuser devant Constantin d'avoir voalo attentera sa pudeur; celui-ci, sans examen, fil empoisonner son fils innocent. Il est vrai que plus tard , Af ant découvert la vérité , il fit étouffer Fausta dans un bein chaud. Le meurtre de Crispus n'était pas le seul qu'elle lui eût fait commettre. Licinius, dont nous avons perlé , avait laissé un fils , en qui elle redoutait un compétiteur futur pour ses enfants. Cette impératrice perfide parvint à le rendre odieux à Constantin , qui sacrifia son neven an spécieux prétexte de la raison d'Etat , et le fit noonrir , lorsqu'il était à peine dans sa dousième année. Tontefois , Constantin a reçn le nom de Grand, parce qu'il eut un génie égal à son époque. Il ne la créa pas , mais il la comprit, quoique tout porte à croire qu'il obéit plos à la politique qu'à la foi. C'est , entre autres
raisons, ce qui a dû lui inspirer Fidée de transporter le siège de Fempire à Bysance , qui prit de lui le nom de Constantinople , loin des souvenirs do Capitole et du paganisme (329).
Ce prince mourut en 337 après avoir partagé Fempire entre ses trois fils, Conetaniin, Constant et Constance. A la suite de sanglantes dissensibos , qui emportèrent Consti^tin et Constant, Constance resta seul mattre alors de tout Fempire; mais, le regardant conmie un fardeau trop pesant pour sa faiblesse , il donna le titre de césar à Julien , neveu du grand Constantin , et l'envoya commander dans les Gaules, Le jeune prince , connu depuis sons le nom de Julien FA postât , rétablit l'ordre dans les provinces et dans les armées , délivra la Gaule des Francs et des Allemands qui la désolaient , et les ponrsnirit an delà du Rhin. Constance , jaloux de ses succès , et d'ailleurs pressé par les Perses , voulut lui enlever nue partie de ses troupes pour les faire passer en Orient Mais, arrivées à Paris , qui portait alors le nom de Lntèce , les légions de Julien le proclamèrent empereur (360). La mort de Constance sauva Fempire d'nne guerre civile, mais elle suscita au christianisme le plus adroit de ses persécuteurs.
Julien alla aussitôt en Orient , où il fut reconnu empereur, comme il Favait été en Occident Arrivé à Constantinople, il abjura ouvertement la religion chrétienne. Il fit à FEglise une persécution d'autant plus dangereuse qu'elle avait moins d'éclat II n'employait ni le fer ni le feu : il se cooleotail de traiter les chrétiens avec un souverain mépris. S'il enlevait les richesses de leurs temples, c'était , disait-il , pour leur faire pratiquer la pauvreté évangélique ; il leur défendit de plaider en justice, d'exercer les charges publiques, d'étudier les belles -lettres, MUS prétexte que tout cela était contraire à la perfection chrétienne : en un mot, le caractère de sa persécution était la dérision. Cependant Julien était plus chrétien qu'il ne le pensait , puisqu'il est le seul homme qui , pouvant tout , n'ait pas versé le sang de ceux dont la religion n'était pas la sienne. On ne doit donc pas s'étonner des jugements divers qui ont été portés sur ce prince. On ne saurait nier, en effet, ses grandes et belles qualités ; et, d'un autre côté, il est impossible de ne pas voir, dans son dessein de relever les autels du paganisme, la preuve d'un esprit faux et rétrograde. II vint trop tard comme païen , et trop tût comme philosophe pour venger lea droits de la nature et de la conscience contre l'hypocrisie et l'intolérance qui avaient succédé à Fabnégation des martyrs , et ramassé le prix du sang. Julien ne régna que deux ans. S'étant engagé témérairement contre let Perses, il fut atteint d'un dard qui le blessa mortellement 11 expira en 363 , sans avoir voulu désigner son i
Jovien , élu empereur sur le champ de bataille , se vit contraint de faire avec les Perses une paix désastreuse pour sauver les restes d'une armée compromise par Julien. Son règne fut trop court pour qu'on puisse connaître s'il eût été glorieux. Il ne régna que sept mois et quelques jours. Au moment on il se disposait à se rendre à Constantinople , pour se faire couronner, il fut trouvé mort dans son lit , étouffé par la vapeur du char^ bon qu'on avait allumé pour échauffer sa chambre.
Valentinienj qui avait servi avec distinction sous Julien et Jovien, fut proclamé empereur par Fermée à Nicée. 11 s'associa son frère Valens. Celui-ci gouverna l'Orient , et Valentinien l'Occident Le règne de Valentinien fut une lutte perpétuelle contre les Barbares. Toujours à la tête des armées, il remporta sur eux autant de rictoires qu'il leur livra de combats ; mais sa colère , redoutable à ses sujets , lui fut fatale à lui-même. Conune il faisait la guerre aux Quades qui habitaient an nord du Danube , ces Barbares lui envoyèrent les principaux d'entre eux
ponr deminder It paix. Valentinien, choqué de U mmvaiie mine de cet ambusadenrt, lear parla avec tant d'émotion qu'il M rompit one veine dans la poitrine et moarnt sur place on peu de temps après (375). Valens, son frère , périt trois ans après , dans une bataille contre les Goths.
Graliem avait succédé à son père Valentinien, et devint après la mort de Valens maître de tout l'empire ; car , bien qn'il eût ponr collègue Valentinien II, son frère, ce prince était trop jeune pour le seconder. Aussi, ne pouvant résister seul- aux Barbares et forcé de quitter Gonstantinople, il s'associa Théodote, qu'il nomma auguste (379). Théodose était Els d'un autre Théodose, fameux général de l'empire , qui avait été mis à mort par ordre de Valens, sur une fausse accusation de conspiration contre lea jours de ce prince; et son mérite avait attiré les regards de Gratien. Après la fin tragique de Gratien et de Valentinien II, qui périrent tous deux assassinés, Théodose demeura seul empereur.
Théodose refoula les Barbares an delè des frontières et sut tenir d'une main ferme les rênes d'un empire qui penchait vers sa ruine. Gomme Gonstantin , il a été diversement jugé. Suivant ses panégyristes, il était affable, juste et bienfaisant ; il recherchait te mérite modeste et se plaisait à Télever aux dignités. La colère et la vengeance, il est vrai, étaient ses premiers mouvements, mais la réflexion le ramenait à la douceur. Obligé de réprimer avec rigueur les fréquentes séditions des grandes villes, il ordonna une fois de massacrer les habitants de Thessaloniqne. Pour le punir de cet emportement , saint Ambroise Ini interdit l'entrée de l'église de Milan ; Théodose se soumit i la pénitence que le saint évéque exigeait de lui , et il obtint son pardon par un repentir sincère. Quoi qu'il en soit , il est le dernier prince qui ait possédé l'empire en entier. Après lui , et d'après sa volonté, l'empire fut partagé entre ses deux fils, Areadint et Honoritu. Le premier régna sur l'Orient, l'autre sur l'Occident , qui , en vertu de ce partage , furent divisés pour ne plus se réunir (305). Ici commence l'agonie du monde romain. Tout avait péri : croyances, mœurs, institutions, science , littérature. L'invasion des Barbares allait changer la face de la terre , et onse siècles devaient s'écouler avant le retour de la vraie philosophie et de la civilisation.
APPENDIGE.
Artt et seieneet chez Ut Romaint, — Si l'invention est un droit d'atoesse que les Romains n'ont pu ravir aux Grecs , leur imitation n'eut rien de servile et fut , au contraire, marquée au coin de leur génie et de leur langue immortelle. Gette majesté qui caractérise essentiellement le peuple romain et qui manquait aux Grecs , éclate surtout dans Lucrèce, qui partage , avec Virgile et Horace, le premier rang parmi les poètes latins. Lucrèce naquit à Rome vers l'an 95 av. J. -C. , c'est-à-dire à l'aurore du siècle d'Auguste. On ne sait presque rien sur sa vie. Saint Jérdme rapporte qu'il se donna la mort à rige de 44 ans, dans un accès d'aliénation mentale. Lucrèce a mis en vers la doctrine d'Epicure dans un poème intitulé De rentm nalurd (De la nature des choses). Le monde et son origine, la formation des sociétés, l'homme et sa destinée , la volupté et la douleur , la vie et la mort : tel est le sujet que Lucrèce a revêtu des couleurs de la plus brillante poésie. Au milieu des aberrations d'une philosophie toute matérialiste, un immense amour de la vérité et de l'humanité lui*a fait trouver des accents que nul antre, avant ni après lui, n'a connus. Lucrèce suscita Virgile, qui peut être regardé, sinon comme le plus grand, du moins comme le plus parfait des poètes. On peut rêver une beauté plus idéale que celle qu'a exprimée Virgile, mais il est impossible de croire qu'on par-
vienne jamais à la réaliser sons une forme pins parTsitr. La nature n'a pas un symbole, ni le cœur de t'hooirae un sentiment , dont ce divin poète n'ait été l'écho ou le refiet, dans le plus mélodieux des langages. Vii^le naqoit en 69 ou 70 av. J.-C au village d'Andèe prêt de Maotoue. A l'imitation de Théocrite , sa muse s'exerça d'abord dans le genre bucolique ou pastoral : dans ses EgUguet, qui sont an nombre de dix, il a égalé le poète grec. Peu de temps après, il entreprit les Giorgifuet, poème didactique, où Û décrit les travaux des champs et le bonheur de la vie champêtre. Il y a dans ce poème, le plus travaillé de tous ceux qu'il nous a laissés, des descriptions et des épisodes d'une beanté inimitable, et de grandes connaissances physiques, agronomique* et astronomiques. On voit, malgré quelques erreurs, que ces sciences étaient beaucoup plus avancées que les ntodemes ne paraissent le croire. Ges deux ouvrages loi acquirent les suffrages et l'amitié d'Auguste et de llêcène. Virgile mit le comble À sa gloire par la compoùlion de V Enéide , poème épique eu douze chants . oô û chante le berceau de Rome et les antiquités de l'Italie. L'auteur de cet ouvrage unique mourut à Brindes , en Calabre, le 25 septembre de l'an 19 de J.-C. Sa droiture , la pureté de ses mœurs étaient extrêmes. Il était ami à* Horace, dont le nom est demeuré inséparable do sien. Sans avoir en la même élévation de vol , la ponte d'Horace s'est épanouie au même souffle. Ce qui le earactérise, c'est la finesse, la grâee, la délicatesse. Xè i Venonse, dans la Pouille, vers fan 66 av. J.-C., il wvit d'abord le parti de Bmtns ; mais après la iléroiife dr l'armée républicaine il revint à Rome , où il s'adoaoa à la poésie. Virgile, charmé des ouvrages de ce porte naissant, le présenta à Mécène et à Angurte, qui le prirent en affection et le comblèrent de bienfaits et de caresses. Il nous reste de lui cinq livres d'oeut , deux it tatiret, deux d*épîtret, et Y Art poétique. Dans ses ode» il se montre tour à tour brillant comme Pindare, graôrei comme Anacréon. Ses satires et ses épitres sont le ii»> dèle de l'urbanité , de la raillerie douce et bienveîllasle. Son Art poétique, que Boileau a imité en le développent, est encore aujourd'hui le code des hommes de goàt on y trouve les principes fondamentaux de Fart d'écrire. Parmi les autres poètes contemporains, il suffit de nommer Omde (l'auteur des Mitamorphote») , Proprrct et Tibulte, écrivains élégants, ingénieux, faciles, mais lasi chaleur et sans création. Après le siècle «T Auguste , « ne rencontre plus que Lucain et Staee: le premier, atteur de la Phartale, où l'on trouve des béantes snbliaies, mais déparées par l'enflure et le mauvais go&t ; le second, auteur de la Thébaîde, poème qui atteste, comme dans Lucain , une imagination forte mais déréglée.
Quoique le genre dramatique ait été à pen près sa! chei les Romains, qui ne se plaisaient qu'aux jeux saoglants de l'amphithéâtre , nous ne saurions passer wa silence les noms de Plaute et de Tirenee, qui, un nkle et demi avant Auguste , transportèrent , avec on adnitble talent de style, les comédies grecques sur le fhestff latin. Térence en particulier était si goûté, que los croyait que Scipion Êmilien et Lélius , qui étaient regardés comme les types de l'urbanité latine , avaient nis la main à ses pièces.
V éloquence, qui, chei les Romains comme chei \» Grecs, prit naissance avec la république, fut portée par Gicéron au niveau de celle de Démostbène. Ké & Arpinnm, l'an 106 av. J.-G., d'une famille obscare , Gcrrcs se forma de bonne heure au talent de la parole, en étadïas: la rhétorique et la philosophie sous les meillenrs oa^tres. Il visita les écoles les plus célèbres, et remooU asi sources de l'éloquence en faisant des orateors grrei. rt principalement de Démostbène, sa lecture assidue. Posr bien louer Gicéron, a dit l'historien Tite-Uve, il bodrsrf
HISTOIRE ROMAINE
DO autre Cicéron. A Tesprît le plus heureusement doué, il joignait une belle âme. Son cœur t'ouvrait naturelleoeot à tous lei sentiments purs et droits. S'il a montré joelquefois de la faiblesse et de la vanité, il a dit et fait le li belles choses qu'il doit être compté au nombre des bommes qui ont le plus honoré l'humanité.
Cicéron fut aussi un plùlotophe distingué , et il con- Tibua puissamment à introduire à Rome la philosophie l<s Grecs ; il appartenait i la secte des académiciens. Celle in Portique ou des Ooieiens eut son représentant dans Chèque f le précepteur de Néron. Ce philosophe doit ftre compté au nombre des plus grands hommes de 'antiquité. A une exquise délicatesse de sentiment il iniisait beaucoup d'étendue dans l'esprit ; mais il substioa k la simplicité noble des écrivains du siècle d'Auguste e fard et la parure de la cour de Néron ; un style sentendeux, semé de jeu de mots et d'antithèses; des peinares brillantes mais trop chargées, des expressions leuves , des tours ingénieux mais peu naturels. Qui»- (lien l'accuse avec raison d'avoir corrompu le goât; Dais Qaintilien, qui écrivait sous Domitien, vint trop ard pour remédier par ses conseils À la corruption du >B3*3® ' quAndla décadence a commencé, elle ne s'arrête lins.
V histoire ne fut pas une des moindres gloires de la litêrature latine ; les Commentairet ou mémoires de Jules lésar l'emportent sur les livres de Xénophon pour l'inérét du récit, l'intelligence des événements , la clarté , la précision , la simplicité. SalhuU, qui écrivit dans le même empe la Conjuration de Catilina et la Guerre dé Jugwr^ ha , rappelle à chaque instant la profondeur et la graité de Thucydide. Tite-Live^ contemporain d'Auguste, urpasaa Hérodote par les qualités du style et de la naration. Il ne nous reste malheureusement que trente-cinq ivres de son grand ouvrage , qui embrassait , en cent [garante livres , l'histoire de Rome, depuis sa fondation osqu'aux derniers temps de la république. Rien de plus légant et même de plus pur que son style , bien que ses ootemporains lui reprochassent un peu de pataviniti c'est-à-dire un style sentant la province, le terroir de ^adoae , où il était né) ; rien de mieux ordonné que son écit. Mais , de tous les historiens, le plus grave , le plus nblime , le plus intéressant , c'est sans contredit Tacite , auteur des Annalet, Né entre les années 57 et 61 de .-C. , eous le règne de Néron, il fut témoin de la plus ffrense tyrannie qni puisse peser sur le genre humain, et I entreprit de raconter ce qu'il avait vu. Tacite a peint M hommes avec beaucoup d'énei^ie , de finesse et de véité , les événements touchants d'une manière pathétique , t la rertn avec autant de sentiment que de goût. Il posêde k an haut d^ré la véritable éloquence , le talent de lire iimplement de grandes choses.
Les Romains restèrent au-dessous des Grecs dans Tarhitectare et dans la sculpture. Dans les édifices , ils rem- •lacèrent la beauté , la grâce , l'élégance par le graujose ; et , quoique Rome renfermât plu* de dieux que ^kabitaïUs, cette reine du monde devait en grande partie a magnificence au pillage des nations et au travail des lains étrangères.
Maie une partie dans laquelle les Romains n'eurent loint de modèles et dont ils forent vraiment les Créapars , c'est la science du droit. C'est par là surtout qu'ils ègoent encore sur le monde cirilisé. Leurs lois n'ont pas ooine contribué que leurs arts A tirer les nations moder^ lea , et la France en particulier, de la barbarie du moyen ge.
Des tpeitaeles ekêt U* RomaiÀe —^ Noui avons dit que art dramatique était peu ffoûté des Romains : anx iÛa* ions poétiques de la tragédie et de la comédie , ils préféaient lea jeux du cirque et les combats sanglants de l'amhithéàtre. Les jeilx dit cirqiie4enr venaient en grande
partie des Grecs; les principaux étaient la courte en char, la lutte ^ le jeu troffen , la ehaste et la naumaehie ou combat naval. Ceux qui conduisaient les chars étaient, dans le commencement, des hommes sans nom, et le plus souvent des esclaves; mais, lorsque la ruine de la république eut entraîné celle des âmes , les personnes de la plus haute distinction, et même des empereurs, ne rougissaient pas de faire le métier de cocher. La bute était , comme ches les Grecs , un combat de deux hommes qui s'efforçaient de se terrasser l'un l'autre par l'adresse mêlée à la force. Les lutteurs ou athlètes avaient coutume de se frotter d'huile afin de rendre leurs membres plus souples et plus agiles. Ils vivaient sobrement et s'abstenaient do commerce des femmes. Le jeu troyen faisait la passion des jeunes patriciens , qui , dans cet exercice , couraient à cheval , disposés par escadrons , et représentaient une espèce de combat La chaue consistait dans des combats de bêtes entre elles ou avec des hommes. Au temps des persécutions, les chrétiens étaient jetés en pâture aux tigres et aux lions du cirque pour l'amusement d'un peuple avide de sang et de carnage. La naumaehie était la représentation d'un vrai combat navaL Dans les premiers temps , on faisait entrer de l'eau dans le cirque par des canaux ; sous les empereurs , il y eut pour ce genre de combat un lieu particuher. Mais, de tous les spectacles inventés pour le plaisir des yeux , le plus célèbre et le plus cher au peuple romain était celui de l'amphithéâtre ou des gladiateurs. Ce cruel divertissement tirait son origine des funérailles. Ches les anciens Etrusques , à qui les Romains avaient emprunté une partie de leurs rites religieux , l'usage était d'égorger les captifs sur le tombeau de ceux qui avaient été tués à la guerre : on croyait par li apaiser leurs mânes. Soit qu'il parât plus humain ou plus agréable de faire battre les victimes les unes contre les antres , le sacrifice fut converti en jeu et en spectacle. La profession de gladiateur devint alors un art qui eut ses maîtres , ses écoles et ses principes : on apprit À tomber avec grâce , à mourir avec fierté. Les gladiateurs étaient pour la plupart des prisonniers ou des esclaves. Lorsque le jour du spectacle était arrivé , on appareillait les combattants ; puis on examinait avec soin leurs épées pour voir si la pointe n'en était point émonssée : après quoi la trompette donnait le signal. Dès qu'un gladiateur était blessé , les spectateurs s'écriaient : Habet (Il en tient) ; et il devait alors se mettre à la discrétion du vainqueur, qui le tuait , à moins que le peuple ne le lui défendît Si les spectateurs levaient la main en serrant le pouce sous les autres doigts, c'était signa de grâce ; mais , s'ils levaient le pouce en le tournant du cdté du vaincu , il fallait l'immoler : l'arrivée de l'empereur sauvait la vie au vaincu. C'était un crime aux gladiateurs de se plaindre lorsqu'ils étaient blessés , ou de demander la vie quand ils ne pouvaient plus la défendre ; on ne la leur accordait que lorsqu'ils semblaient ne pas craindre la mort Les vestales assistaient gravement i ces spectacles sanglants , et les dames romaines penchaient voluptueusement leurs têtes parfumées sur le bord des loges pour contempler de plus près l'agonie du gladiateur mourant.
Des repas. — * Dans le commencement les Romains étaient assis à table ; plus tard les lits remplacèrent les sièges. Les femmes conservèrent plus longtemps que les hommes l'usage primitif des sièges, comme plus conforme à la pudeur, mais à la fin elles firent comme l'autre sexe. On apportait les tables toutes servies dans la salle i manger. Il y avait ordinairement trois lits, et sur chaque lit trois personnes, rarement quatre. Les convives se tenaient i demi couchés sur le côté gauche, le coude appuyé sur un coussin : de sorte que le premier conrive avait les pieds derrière le dos du second et que la tête de celui-ci se trouvait placée vers le milieu du corps du
premier ; et ainsi des aatres. lï»nB les grands repas , ils se conronnaient de myrte on de roses , et la salle était tonte semée de flenrs.
Les Romains, dn moins ceux qni se piquaient de tempérance, ne faisaient dans les premiers temps qu*nn seul repas par jour. Dans la suite on en porta le nombre jusqu'à quatre ; et, pour y suffire on pour prolonger le festin, les gloutons se faisaient vomir au moyen d'une pinme qu'ils s'introduisaient dans le gosier. Il y avait ordinairement un roi du repas qui réglait la façon de boire, c'est-à-dire combien de coups et en l'honnenr de qni on boirait C'était le plus souvent en l'honneur d'une maîtresse ou d'une personne d'un rang distingué. Des danses lascives, des symphonies, des combats de gladiateurs occupaient en même temps les yeux et les oreilles.
Des habiUemenU. — Le principal habillement des Romains , celui qni les distinguait de toutes les autres nations , était la toge^ robe de laine, ronde , fermée pardevant et sans manches, sous laquelle ils mettaient une tunique plus étroite et plus courte , qni leur descendait vers le milieu de la jambe. La robe des femmes s'appelait tiola : c'était une tunique à manches qui descendait jusqu'aux pieds. Par-dessus la stole , qni était ordinairement de pourpre , elles jetaient nne espèce de manteau appelé patUt,
Du noms, — Les Romains avaient plusieurs noms , ordinairement trois , et quelquefois quatre. Le premier était le prénom , qui servait à distinguer chaque personne; le second, le nom propre, qui désignait la race; le troisième, le surnom, qui indiquait la famille; enfin -le quatrième en était un qni se donnait, ou par suite d'adoption, on pour quelque grande action, ou même pour quelque défaut : c'est ce que nous appelons sobriquet Les femmâ portaient aussi des prénoms dans les premien temps ; mais dans la suite elles ne portèrent que le nom propre. Si dans la famille d'un ConUUus , par exemple, il n'y avait qu'une fille , on l'appelait Cornilie simplement ; s'il y en avait deux on un pins grand nombre, on disait Cornilie premère, seconde, troisième^ etc.
Des funérailles. — Les anciens regardaient la sépulture comme le plus sacré des devoira , étant persuadés que les âmes dont les corps n'avaient point été ensevelis n'étaient point admises dans le séjour des bienheureux, ou du moins qu'elles erraient pendant cent ans sur les bords du Styx avant qne de pouvoir franchir le fleuve fatal. C'est pourquoi lonqn'un mort n'avait point été inhumé et que son corps n'avait pu être retrouvé, on lui élevait un cénotaphe on tombeau vide. Les cérémonies des funérailles ches les Romains étaient, à peu de chose près , les mêmes que ches les Grecs. Lonqu'nne personne était sur le point d'expirer, ceux de ses parents on amis qui étaient présents recevaient son dernier soupir et lui fermaient les yeux. On l'appelait alon trois fois par son nom , puis le cadavre était posé à terre et lavé avec de l'eau chaude ; après quoi on l'embaumait On revêtait ensuite le mort de la robe qu'il portait de son vivant, et on l'exposait sur un lit de parade dans le vestibule de la maison, les pieds tournés du côté de la porte. Le huitième jour un crieur public convoquait le peuple aux funérailles. Le cadavre était porté sur une litière, ou quelquefois sur les épanles. Des pleurenses , louées exprès, suivaient le convoi en versant des torrents de larmes. On déposait le corps sur un bûcher, auquel les plus proches parents mettaient le feu en détournant la tête. Le corps était ordinairement enveloppé d'une toile incombustible, pour empêcher que ses cendres ne se mêlassent à celles du bûcher. Elles étaient recueillies dans une urne qu'on enfermait dans un tombeau.
Des esclaves et des afranchis. — L'esclavage fut la plaie morale de tonte l'antiquité. Les Romains avaient, comme les Grecs , des esclaves de trois sortes : ceux qu'on pre-
nait à la guerra, ceux qni étaient nés de pèr«s et nèni
esclaves , et ceux qu'on achetait de marchands qui ci faisaient trafic dans les marchés. Il y avait encore oac autre espèce d'esclaves : c'étaient ceux qui, étant libns, se vendaient volontairement ou devenaient esclaves de leun créancien ; car une loi romaine permettait an créanciers de se faire adjuger pour esclaves leurs délateurs insolvables. Il est vrai que, ven les derniers tempi de la république , cette loi fut abrogée.
Les esclaves étaient mis en liberté par r«fTraodûsKment. Cet affranchissement se faisait de trots maoièrei. La première était le cens ou dénombrement : il solBuit qu'un esclave que son maître voulait affranchir fit isscrire son nom sur les registres publics , tenus psr kt censeun. La seconde maniera était l'afCranchissaneBt psr la baguetu (vindicta) , lorsque le mattre et resclavt allaient trouver le préteur. Le maltra disait : • Je dtmsaêe que cet homme soit libra comme les autres Romains. Si le préteur y consentait, il touchait avec nae petite bsguette la fêle de l'esclave en disant : • Je déclare q» cet homme est libre comme les autres Romains. • Sasnite un licteur ou le maîtra lui-même lui Cuisait fsîre b pirouette , pour marquer qu'il avait la liberlé d*aller m il voudrait Enfin , la troisième manière d'nflranehir si faisait par testament
Magnificence de Vaneienne Rowu, — L'ancienne Ksm était beaucoup plus graude que la Rome modene > Sept montagnes y sont ranfermées, dit Pline le nstsrajisle , et la ville se divise en qnatorse régions et n deux cent soixante cinq carrafoura consacrés aox dieo Lares. • Suivant le même auteur. Agrippa , étant èèk sons Auguste, avait fait construire sept cents abresvom. cent six fontaines, cent trente réservoira , la plnpart asgnifiquement ornés et embellis par trois cents stilaei d'airain et quatre cents colonnes de marbre, liais ris n'était comparable à l'aqueduc commencé aoas Cal^ et achevé sous Claude. Les eaux de plnsiean rifièiet avaient été amenées à Rome d'une distance de &0,0N milles et élevées an niveau des sept collines. -Si Tsa considère, dit Pline en terminant sa description, !■ maisons, les thermes, les jardins, les fanboorgi, b maisons de campagne, etc., on avouera qne le moÊis entier n'offre point de merveilles plus étonnantes. *
Malgré les dévastations que la Rome des Césars a sebies à diverses époques , elle renferme encore an trèsgrand nombre de monuments , conservés en tont 4M a partie , et qui forment encore un des plus beau onements de la résidence des papes. Les pins impertastfi sont : — le Panthéon , dont nous avons déjà lait ssntion, ancien temple construit par Agrippa, favori d'Asguile. Cet édifice , qui a résisté aux temps et ans etf»ments , est de forme ronde , décoré d'un grand nonbn de colonnes , et surmonté d'une coupole dont roavcrlB* au centre est le seul endroit par où pénètre la Innùèrr.— Le Cotisée (Colosseum, Colosses) on an^hitkéétre de Vapasien , la plus vaste de tontes les mines connues de monuments romains. Il fut appelé Colosses à canse de a grandeur , ou parce que près de là était la statue cotMsale de Néron. C'est dans cet amphithéâtre que se livniesi les combats de gladiateun , et que les martyrs chn^tt^ étaient livrés aux bêtes. Il pommait contenir j»qai 80,000 personnes. — La colonne Traçant, hante de li^ pieds et ornée de bas-reliefs représentant lei victoires àt l'empereur Trajan , etc.
Les environs, qu'on appelle la eawipagne de Bosne, v» jusqu'à la distance de plusieurs lieues, couverts de rmms de temples , de tombeaux et d'autres monnsBents de les* espèce , qui forment un contraste Ingubre avoc b ssbtude qui règne aujourd'hui dans ces contrées.
MX». — nreesAraiB pmi nisss, an h vu
PâMS.
DUBOCHET, LECHE VALIER bt C», 60, RUE RICHELIEU. — 15 ONTDiBf.
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