PREMIÈRE PARTIE
Ce traité est sealement une vne ouverte sar Thittoire de France ; comme ane invitatiou i y entrer.
Il n'est guère de pays qui sache moins son histoire que la France. Cela tient sans doute i ce que, pendant longtemps , l'histoire qu'on lui a faite n'était pas la sienne. Aujourd'hui les sources ont été explorées, la lumière a pénétré jusqu'à nos origines. Nous avons à lire autre chose que la biographie de nos rois j — notre histoire i nous, l'histoire du peuple. Nous ne pouvons plus l'igoorer.
Si nous songeons à tout ce qui se mêle en nous d'influences , à toutes les choses dont notre éducation s'est formée, à tout ce qu'il a fallu d'événements pour faire du moindre de nous ce qu'il est , comment pouvons-nous espérer de nous, connaître, c'est-à-dire de remplir envers nous-mêmes notre premier devoir, si nous ne cherchons pas jusqu'au plus profond de l'histoire quels éléments sont entrés dans notre être?
Et nous y trouvons plus que cela, parce que nous sommes plus que des individus, que nous sommes un peuple. Une nation ne peut ailleurs que dans son histoire prendre conscience d'elle-même , se révéler à elle-même son génie particulier, sa fécondité, sa puissance. Qu'elle sache bien la route qu'elle a suivie dans le passé et qu'elle la prolonge en avant , elle sait presque l'avenir ; bien plus forte pour accomplir ses destinées , quand elle les a prévues !
Nons remplissons donc aussi un devoir envers la patrie en étudiant son histoire.
Heureux encore que l'histoire de notre patrie soit la plus instructive de toutes ; l'histoire même de l'humanité, ponr qui la France , si ardente , si vivace , si sympathique, est un centre de vie depuis tant de siècles !
I. iliinWTS Dl LA NATIOSrâLITi FRANÇAIS!. 5 I. La 0«ale indépendante.
L€s GaUt et lu Kiwtri$. — Les Galls furent les premiers habitants de cette partie de l'Europe occidentale , bornée par deux chaînes de montagnes , deux mers et un grand flea¥e , que les anciens appelaient la Gaule et qui est devenue la France.
Lee Galls appartenaient à la grande famille humaine dont le plateau central de l'Asie paraît avoir été le
berceau ; leur langue , comme celle des Grecs , des Latins , des Germains et des Slaves, se rattache par des liens étroits au sanskrit. On ne sait à quelle époque ils quittèrent les plaines de la haute Asie et traversèrent l'Europe. L'histoire les trouve, si haut qu'elle remonte dans la nuit des temps , établis sur la terre à laquelle iJs donnèrent leur nom.
Les Galls sont nos véritables ancêtres, nous avons gardé les traits les plus saillants de leur caractère ; et la syntaxe de notre langue, dont le vocabulaire d'atUeun est principalement latin , n'est , en partie , que la sptaxe même de la langue qu'ils parlaient Hardis , bruyants , mobiles , passionnés pour la parole , aussi prompts au découragement qu'à l'enthousiasme, doués d'un esprit ingénieux et actif, ils avaient le génie des arts presque à l'égal de celui de la guerre. L'antiquité leur attribue plusieun découvertes utiles, l'étamage, le placage, la charrue à roues , l'emploi de la marne comme engrais. Mais le maniement des armes était leur occupation favorite. Ils sillonnèrent l'ancien monde de leun expéditions aventureuses : leurs traces sont partout écrites dans la géographie de l'Europe et de l'Asie occidentale.
La primitive société gallique reposait sur des bases très-simples. Les familles avaient formé des clans où la supériorité de la force et du courage donnait le commandement ; les clans se groupèrent en confédérations dont les nécessités de la guerre resserrèrent les liens et firent peu à peu des corps de nations. La masse immense des Galls , pendant la première période de leur histoire , forma ainsi un certain nombre de peuples, indépendants les uns des autres, mais unis par une sorte de fédéralisme vague. A l'intérieur du clan , le père avait , comme à Rome , un pouvoir absolu sur la famille. Les femmes finirent pourtant par s'affranchir ; César nous apprend qu'à l'époque où il fit la conquête de la Gaule, la communauté régnait entre époux. Quant à la propriété foncière, elle fut d'abord commune. Plus tard elle se divisa en partie , mais sans avoir jamais le caractère sacré et la fixité qu'elle eut dans la civilisation étrusque et latine.
Dans le coun du 7* siècle avant J.-C , les Kimris, qui occupaient depuis longtemps les bords du Pont-Euxin , poussés vers l'Occident par les nations tentoniques qui accouraient du fond de la hante Asie, envahirent le nord de la Gaule. Les Galls se retirèrent an sud-est, derrière
la chitne de montigoei qui va diagonalement des Vofges à rAovergne. Ces montagnes, la moyenne Loire, la Vienne et Ta Garonne paraissent avoir été, pour les deux nets, des frontières naturelles qu'elles franchirent rarement
Les Galls et les Kimris avaient évidemment la même origine , et leur type était le même. Quelques différences les séparaient cependant; les Kimris, plus graves . se ressentaient du séjour plus long qu'Us avaient fait en Orient Les Galls subirent leur influence , tout en échappant i leur domination. Moins attachés à leurs coutumes et à leurs croyances ^ ils paraissent avoir accepté de ces nouveaux venus le culte druidique qui ne fit cependant que dominer leur ancienne religion.
Le culte primitif des Galls rappelait par son développement le polythéisme de la Grèce ; il avait commencé par un fétichisme grossier, par le culte des phénomènes et des agents de la nature. Puis les adorateurs des pierres, des fleuves, des vents, s'étant élevés peu à peu à la notion abstraite d'esprits répandus partout autour d'eux, étaient arrivés enfin à connaître et à personnifier les forces générales de la nature et les facultés de Time humaine ; ils adoraient Bel le soleil , la divinité bienfaisante; Tarmm, devenu le dieu du ciel, le juge suprême, armé de la fondre; Hinu, qui paraît avoir été le Destin, et à qui le chêne était consacré ; Ogmi, le dieu de Téloquence et de la poésie, que ses disciples suivaient attachés par l'oreille i des chaînes d'or et d'ambre qui sortaient de sa bouche.
Religion mystérieuse, sacerdotale, le dmidisme se rapprochait des hantes théogonies de l'Orient , surtout de la Perse. Dans la doctrine druidique, l'univers, bien que soumis à de perpétuelles variations de forme cet indestmctible ; l'ime humaine, impérissable aussi, passe d'un corps dans un autre, et, suivant ses mérites, de ce monde dans des mondes meilleurs. Le théâtre de cette série d'existences futures n'est pas le triste séjour des ombres , mais un monde vivant et actif dans lequel les Gaulois avaient une foi si vive qu'ils y envoyaient les lettres, adressées aux noorts, enles livrant à la flamme des bûchers , et s'y assignaient des rendes-vous pour le payement de leurs dettes. .
La science des druides ne se bornait pas à ces doctrines métaphysiques ; elle comprenait encore l'astronomie, la physique, la médecine, la connaissance des choses naturelles et même surnaturelles, car la magie et la divination jouaient un grand rôle dans leur sacerdoce.
Leur médecine reposait presque uniquement sur la magie. La récolle des plantes qu'ils employaient, telles que le sélage, la jusquiame , la verveine , se faisait avec des cérémonies bisarres et mystérieuses : on s'y préparait par le jeûne , par des ablutions et des offrandes. Mais de tous les spécifiques de la médecine druidique , le gui de chêne possédait les vertus les plus extraordinaires ; on le croyait semé par une main divine. Vers la fin de l'hiver, au moment.de sa floraison, le sixième jour de la lune , les prêtres se rassemblaient pour le recueillir, une fonle immense accourait de toutes parts pour assister à cette grande solennité religieuse
L'tte de Bretagne , conquise en partie par les Kimris snr les Galls en même temps que la Gaule, était le principal foyer du dmidisme. En Gaule , c'étaient les forêts de l'Armorique que les druides avaient choisies pour la célébration de leurs mystères. Ces énormes blocs que nous voyons encore dans les landes de Bretagne et ailleurs , dressés, posés en équilibre, rangés en cercle ou en longues avenues, sont les monuments religieux qu'ils ont laissés. Des collèges de prêtresses affiliées, i l'ordre des druides , habitaient les écueils de l'archipel armoricain ; elles y rendaient des grades, et y célébraient des fêtes sauvages, trop souvent sanguinaires. La religion dmidique^vait en eJOet s^s sacrifices sanglants. Dans
les circonstances les plus solennelles , un ooloise d'osier à figure humaine , tout rempli . d'hommes vivants, étsit livré aux flammes au milieu des chants sacrés des 'bardss et des acclamations de la foule.
Le sacerdoce druidique renfermait trois degrés de hiérarchie : les druides , les ovates et les bardes.
Les druides , hommeâ de* ckintt , formaient la dasie supérieure et savante de l'ordre. Ils étaient chargés de l'étude de la théologie et de la morale, de la législatioo et de l'éducation publique. Leur enseignement était oral, et pas un mot n'en devait être écrit Les ovates étudiaient les sciences naturelles, astronomie, médecine ; ils étaient chargés de la dirination , de la partie matérielle du calle et de la célébration des sacrifices. Les bardes étaient les poètes sacrés et profanes de la Gaule ; ils cbantûcnt en s'accompagnant de la rotte (espèce de lyre), les traditions nationales et la gloire des héros , ils animaient les guerriers sur le champ de bataille.
L'ordre des druides était électif, et, par FédgeatioB, le formait des adeptes. Le temps du noviciat, paaé dam les forêts , et mêlé de sévères épreuves , dorait qudqutfois vingt ans. Un druide suprême , investi pour sa rie d'une autorité absolue, veillait au maintien de TiBstitulion.
Les druides se formaient i certaines époques en ooort de justice; toutes les affaires d'intérêt génial ou privé, étaient soumises i leur décision. La plus soieondle de ces assemblées se tenait une fois l'an dans la forêt des Camute» (pays chartrain) ; on y accourait des protiacci les plus éloignées de la Gaule.
L'œuyre des druides fut ainsi de réunir les peqthi gall et kimri par un même lien, de foodnr presqac l'unité de la Gaule.
Mais les rivalités des peuples, leurs divisions inlcrieures , étaient un obstacle i toute espèce d*ordre. Gci populstions remuantes de la Gaule étaient agitées psr des révolutions incessantes. Des luttes s'établirent à une ccr^ taine époque entre les villes et les chefs de dans , os tantôt le pouvoir sacerdotal, tantôt raristocratie militaire, tantôt l'élément démocratique, triompha sdon ks lieux , selon le temps surtout , car les villes fondées et accrues par la sociabilité gauloise , finirent presque psrtoul par l'emporter.
Chaque peuple avait donc en quelque sorte nae constitution particulière. Tout le système politique et à«il de la Gaule reposait d'ailleurs sur l'association. De pdib Etats se déclaraient clients d'un Etat pins pmosaat, comme les artisans s'engageaient sous le patnwagc de* riches. Les Etats également puissants se féidéraêcat «otn eux. Quelquefois deux peuples mettaient en oousmaa leurs lois , leurs intérêts , ils devenaient /r2rcs ; c était l'alliance la plus intime et la plus sainte. Les dlcs de chaque confédération envoyaient i certaines époques des députés à une assemblée particulière qui s'occopait des affaires de la confédération. Il y avait anssi, en ccftainsi circonstances, des assemblées générales, oà tontes kê cités de la Gaule devaient se faire représenter.
Les Ibériem et Us Greet, — Deux antres peuples , la Ibériens et les Grecs Ioniens , se partageaient avec la Camille gallo-kimrique le sol de la Gaule.
Les Ihh-es^ arrivés probablement en Espagne par l'Afrique , ne paraissaient point se rattacher i la grande famille indo-germanique. Leur caractère pcn sociable était entièrement opposé à cdui des Galls. Aacnne race ne les surpassait en constance et en ténadlé. Lear tjpe est encore empreint cbes les populations de la Fraaes méridionale , et le dialecte basque est une dérifation de leur langue.
Xa famille des Ibères se partageait en àtmx bnuchcs. les Aquitains et les Ligures.
Les Aquitains , qui avaient conservé presqae ans att^
HISTOIRE DE FRANCE
ration le type originel de leur race , habitaient le pays renfermé entre les Pyrénées , l'Océan et la courbe décrite par la Garonne. Ils étaient divisés en petites tribus sonmises à des chefs dont le pouvoir était absolu , avec cette réserve que la conduite des guerres importantes était confiée à des guerriers élevés par Télection au suprême commandement militaire.
Deux petites tribus de race galliqne chassées par les Kimris vivaient aussi sur le sol de l'Aquitaine; l'une d'elles , les Bituriges Yivisques , occupait les bords de la Garonne et y avait fondé Burdigala (Bordeaux) , un des entrepôts du commerce qui se faisait entre la Méditerranée et rOcéan.
Les Ligures, dans des temps très - reculés , avaient possédé tout le pays depuis les Pyrénées jusqu'aux Alpes ; mais les Galls , puis les Kimris envahirent leur territoire. Deux tribus belges chassèrent presque entièrement les indigènes de la Ligurie occidentale ; à l'orient du Rhône, les Gaulois paHagèrent avec les Ligures le pays que ceuxci avaient occupés seuls, et se fondirent avec eux en plusieurs confédérations.
Les Ligures , adonnés i la piraterie , se trouvaient pourtant sur les bords de la Méditerranée en contact avec la civilisation grecque. Les Phéniciens , les Rhodiens et les Ioniens de Phocée avaient été successivement attirés par les mines de la Gaule ; ces derniers fondèrent Marseille , qui prit en peu de temps un grand développement , étendit ses établissements depuis les Alpes jusqu'aux colonies carthaginoises d'Espagne, et, rivale de Carthilge, rechercha de bonne heure l'alliance de Rome , loi fournit des secours et en obtint des privilèges considérables.
Conquête de la Gaule, — Les Gaulois et les Romains s'étaient tronvés plus d'une fois en présence. Les Gaulois avaient passé TÂpennin et s'étaient même emparés de Rome (388 av. J.-C. ). Us étaient restés dix -sept ans dans le Lalinm ; chassés do Latium , ils avaient continué la guerre au service des Etrusques , ils avaient pris part i la première guerre punique. Cernés par trois armées romaines et écrasés une seconde fois qu'ils s'avançaient vers Rome, ils s'étaient relevés de nouveau, s'étaient vaillamment battus à Trasimnne et i Cannes sous le commandement d'.Annibal , et avaient résisté longtemps encore; mais les Romains avaient fini par les vaincre en Italie et en Asie , et il ne restait plus aux vainqueurs qu'à pénétrer dans la Gaule.
Ils y furent appelés d* abord par leurs alliés de Marseille. Des deux confédérations rivales qui partageaient les tribus galliques , celle des Edues ( pays d'Autno ) accepta avec empressement l'invasion ; elle sollicita l'amitié des Romains , et leur ouvrit la Gaule centrale comme les Massaliotes leur en avaient ouvert le Midi. La confédération des Arvemes (Auvergne) vonlut arrêter les armées romaines ; elle fut défaite , sur les bords du Rhône, dans une immense bataille. Les Romains fondèrent alors une puissante colonie, Narbo-Martius (Narbonne), qui devint la métropole de leurs possessions transalpines. Ils avaient fondé, quelques années auparavant, Aque- Sextie (Aix) sur le territoire d'une tribu ligurienne (12«).
A ce moment de nouvelles hordes de barbares, les Cîmbres (Kimris, Cimmériens) et les Tenions, fuyant, dit-on, devant un débordement de la Baltique, descendaient vers le Midi ; elles passèrent le Rhône et battirent trois armées romaines. La nation kimrique des Tectosages les appela à son secours : Tannée du consul CépioUf qni venait de saccager Tolosa, fut entièrement détruite. Les Barbares continuèrent alors leur route vers T Espagne et l'Italie, et ils furent eiterminés^ dans deux grandes Katailles , par Marins. Après la terrible affaire de Verceil (Italie) , les femmes égorgèrent lems enfants et se pendirent aux arbres. Marins fnt appelé le troisième fon-
dateur de Rome après Romuins et après Camille , qni avait aussi vaincu des Gaulois (101 av. J.-C).
La Gaule méridionale, occupée par les Romains, fit de vains efforts pour reconquérir son indépendance. La Gaule centrale était déchirée par la guerre civile ; les partis, allant chercher des alliés au dehors, ouvrirent les plaines fertiles de la Gaule aux hordes de la Germanie; les Suèves , les Helvètes s'y jetèrent Rome s'émut ; César accourut à Genève , et 6t couper le pont du Rhône qni communiquait avec l'Helvétie : il battit les Helvètes sur la Saône , poursuivit les Suèves jusqu'aux bords du Rhin , les força de combattre , et les extermina.
Les Gaulois , inquiets à leur tour, formèrent nne vaste coalition contre les entreprises du proconsul romain ; César saisit ce prétexte de les attaquer. Suivi d'un druide éduen qui lui servait de guide et d'interprète , il pénétra jusqu'en Belgique ; surpris par les Ner viens sur les bords de la Sambre , un moment à deux doigts de sa perle, il finit par les battre et les anéantir. A travers les forêts et les marécages , il attaqua uoe & une les tribqs du Nord ; il ne recula devant aucune difficulté , fit une flotte, des marins ; alla frapper les Barbares dans la Germanie et le druidisme dans la Grande-Bretagne, porta la guerre et la désolation dans toutes les parties de la Gaule. La terreur cependant réconcilia toutes les nations gauloises. La coalition, vaincue une première fois, se reforma et s'étendit Les députés de tontes les tribus se réunirent au fond de la forêt des Camutes , et jurèrent de n'abandonner jamais les étendards déployés pour la guerre de la délivrance. Le signal , parti de cette terre druidique , fut transmis dans toutes les directions à la fois par les habitants des campagnes: le même jour, avant la fin de la première veille (neuf heures )f il était parvenu & 1 50 milles , jusque ches les Arvemes.
tin jeune chef arveme, Vercingétorix , arma les clans , s'établit dans Gergorie , la capitale de l'Arvernie , et appela autour de lui les peuples révoltés, qui lui déférèrent le commandement Son plan était d'attaquer les armées ■ romaines sur tous les points i la fois. César , qui était alors en Italie y repassa les Alpes , repoussa les armées gauloises qui menaçaient Narbonne , franchit les Cévennes i travers six pieds de neige , et tomba comme la foudre au milieu des Arvemes ; il continua la campagne malgré la rigueur de l'hiver.
Il ne restait plus à Vercingétorix qu'à affamer cet ennemi invincible ; le conseil suprême de la confédération prit la résolution héroïque de brôler les maisons de campagne , les bourgs et les villes ; en un seul jour plus de vingt villes bituriges furent dévorées par les flammes, l'armée romaine fnt entourée par l'incendie ; mais , quand ce fut le tour à*Avarike (Bourges) , la capitale des Bitu* riges, les habitants se jetèrent aux genoux du général, et le supplièrent d'épargner la plus belle ville des Gaules. Vercingétorix céda à leurs prières, et ce fut sa perte : l'armée romaine s'empara de la viUe et y trouva des munitions ; l'incendie avait été inutile.
Les Gaulois cependant ne se découragèrent pas. César, abandonné par sa cavalerie éduenne , est arrêté devant Gergovie, assailli de tons côtés. Il songeait déjà à reprendre le chemin de l'Italie. Poursuivi par Vercingétorix, il appela à son secours un corps considérable de cavaliers germains. Un combat terrible s'eogsgea. César enveloppé par les Arvemes, laissa son épée entre leurs mains. Enfin la cavalerie germaine, se précipitant d'une hauteur, culbuta les divisions gauloises et décida la victoire. Vercingétorix se retrancha sous les murs d'Alesia (dans l'Auxois). César le rejoignit et entoura d'ouvrages prodigieux la ville et l'armée gauloise. Les efforts désespérés des assiégés, ceux d'une immense armée qui attaqua les Romains du côté de la campagne , ne purent entamer les lignes de César. Vercingétorix, revêtu de sa plus
belle armure, sortit de la ville taivi de ses soldats et vint jeter sa lance et son sabre anx pieds du vainqaear. César livra aux licteurs le héros de la Gaule, qui attendit, six ans dans les cachots, la honte du triomphe ; il garda vingt mille prisonniers éduens et arvernes , et donna les autres captifs comme butin à ses soldats. Puis il acheva la conquête de la Gaule en accablant, l'un après Tautre, les peuples qui essayaient encore de résister (31 av. J.-C.)« Avant même que la guerre fut finie , Rome remercia les dieux par vingt jours d'actions de grâces.
5 i. Gaula ronuÎDC.
César, maître de la Gaule , essaya de lui faire oublier les horreurs de la guerre pour l'attacher à sa fortune. Il établit une administration régunère , admit dans ses légions l'élite de la jeunesse gauloise et ouvrit même aux vaincus les portes du sénat
Auguste acheva l'œuvre de César. Résolu à assimiler la Gaule au reste de l'empire, en y effaçant les dernières traces du passé, il convoque dans Narbonne les députés de toutes les nations gauloises, fait faire un dénombrement général pour servir de base à l'assiette de l'impôt, rompt les vieilles fédérations , remplace partout les divisions naturelles par les circonscriptions administratives. Il partage la Gaule chevelue en trois grandes provinces qui s'étendent de l'est à l'ouest, Aquitaine, Lugdunaise, Belgique. Selon les besoins de sa politique , il répartit inégalement le poids de la domination entre les cités. Les uns gardent leurs institutions, ne payent point de tribut , ne doivent que le service militaire , ce sont les aliiis , Massaliotes , Eduens , Carnutes ; les autres sont libres , n'étant sonmises qu'au tribut, tels que les Nerviens, les Suessons, les Arvernes; enfin les sujetg relèvent en tout de l'autorité des officiers impériaux. Il fallait faire pénétrer partout les mœurs , la langue et le culte de Rome : Auguste établit des routes à travers les Alpes , sème dans tout le pays des colonies militaires, fonde des villes, Valence, Fréjus , etc. , poursuit la vieille Gaule jusque dans les noms de ses cités. Bibracte devient Aagustodunum (Autun) ; l'antique Gergovie, la patrie de Vercingétorix , perd jusqu'à son existence ; les capitales des Trévires, des Véromandues, des Turons, des Andes , ne sont plus que les villes d' Auguste (Augusta Veromandunum, Turonum,etc. ). Lyon, un obscur village changé en une riche métropole, devient Je siège de l'administration. Les soixante cités gauloises y envoient leurs représentants pour élever, au confluent du Rhône et de la Saône , un temple magnifique au matlre de Rome.
C'est ainsi que l'aristocratie gauloise acceptait les idoles romaines. Les druide's résistèrent plus longtemps. Peutêtre ne furent-ils pas étrangers au soulèvement qu'excita sous Tibère le poids des impôts augmenté par l'usure. Le Trévire Julius Florus et l'Eduen Sacrovir se mirent à la tête de la conjuration. Les Andecaves et les Turons (Anjou, Touraine), ayant éclaté prématurément, furent comprimés. Florus voulut se jeter dans les Ardennes , il fut assailli , ses troupes dispersées ; il se tua de sa main. Sacrovir eut du moins le temps d'organiser l'insurrection ; avec des troupes régulières il s'empara de la capitale des Eduens, où les enfants de la noblesse gauloise étudiaient les arts libéraux; il arma les habitants, enrôla jusqu'aux esclaves gladiateurs qu'une épaisse armure rendait invulnérables. Il se trouva bientôt à la tête de 40,000 hommes. Rome fut effrayée encore une fois. Hais Sacrovir, attaqué en plaine par les légions , ne put résister ; il s'enferma avec ses amis dans une maison de campagne et y mit le feu.
La Gaule vit avec plaisir la couronne de Tibère passer sur la tête de Caligula , qui avait été nourri parmi les populations belges. Mais l'illusion dura peu. Le nouvel empereur, après avoir épuisé l'Italie par sa profusion ,
vint donner à la Gaule le spectacle de ses foliei atroees. Le pays respira sous ses successeurs. Claude était Gaulois , il rouvrit aux Gaulois l'entrée du sénat, qu'Auguste leur avait fermé, et accorda le droit de cité à une multitude de barbares ; il s'attacha les populations des villes par une politique habile en même temps qu'il poursuivait jusque dans les forêts de la Grande-Bretagne, le drnidisme, dernier foyer de l' indépendance.
Les Gaulois n'avaient pas perdu encore le caractère remuant de leurs ancêtres. Ceux du centre et du midi, s'étant levés à l'appel du propréteur V index, placèrent Galba sur le trône de Néron. Ceux du nord déférèrent la pourpre à Vitellius. Tandis qu'en Pannoniele Gaulois Bec donnait la couronne à Vespasien, un chef batave nommé Cvilîs, rêva de fonder un empire. La prophétease Velleda I» amenait des combattants et les druides sortaient de leurs retraites en chantant : Let dieux de la Gaule réeêainuetu le monde, Civilis battit deux légions romaines; Tinsnrrection s'étendit ; mais, lorsqu'il fut question de poser les bases de l'empire gaulois , les vieilles rivalités se réveillèrent ; et , dit Tacite , le dégoût de l'avenir fit aiawr le présent. A l'approche des troupes de Vespasien , une partie des insurgés se rendit ; le général romain Cérialii poursuivit le reste. Civilis barra le Rhin et le 6t déborder ; atteint par l'armée romaine, il surprit le camp et la flotte de Cérialis, qui échappa par miracle ; mais, déeooragé après des exploits prodigieux , il consentit enfin i la paix et rentra librement en Batavie avec lea siens redevenus alliés de l'empire (69).
La Gaule était décidément impuissante à recoorrer son indépendance. Pendant près de trois siècles , die ne fit que suivre les destinées de l'empire romain.
Cependant la misère allait croissant dans les provioces, les souffrances du peuple étaient inexprimables. Les malheureux habitants des campagnes poussés i bout h révoltèrent sous le nom de bagaudet (dn mot galliqie bagad, attroupement) et brûlèrent plusieurs villeL Ib furent accablés par Ifaximien, qui ne put œpcndant détruire entièrement leurs bandes (287).
Les chefs des bagaudes, Elianus et Amandus, éCai«at chrétiens , selon une tradition , ainsi que la plupart da bagaudes. De bonne heure la nouvelle croyance s'était répandue dans la Gaule ; les doctrines druidiques semblakii y avoir préparé son avènement L'église grâloiae avait es, dès les premiers jours , ses pères et ses martyrs : saial Irénée , saint Martin , saint Hilaire de Poitiers , l'ard»vêque de Milan , saint Ambroise, qui était né à Trêves. EHe eut la gloire de flétrir le principe dea persccnlîoas religieuses , par la voix de saint Martin de Tons. Cas antre voix , partie de son sein , émut un instant tout le monde chrétien. Le Breton Pelage nia la grâce divine sa profit de la liberté humaine; cette doctrine, aecoeilfiB d'abord avec empressement , fut vaincue par saint Aagustin et condamnée malgré la sainteté et la gloire de ceux qui la défendirent
L'ordre nouveau que le christianisme sabstituait à l'ordre ancien ne suffisait pourtant pas à remmveScr U société : le monde n'était presque plus qu'une solitude. Les esclaves avaient succédé , dans les campagnes , sai petits cultivateurs, et, s*usant rapidement par U r^gnesr des travaux , ils avaient disparu à leur tour. Les empereurs Probus, Maximien et Constance Chlore avaicst transplanté de la Germanie des hommes et des basa pour cultiver la Gaule. La dépopulation croissait toujosn avec la misère. Honorius et Théodose le jernis (â\9) essayeront, par tous les moyens, d*organiser des aasosblées afin de sauver, par la liberté, les dékria de celte sih ciété dévorée par Tesclavage. Les provinoes refusèrent l« bienfait; la société ne pouvait être sauvéu que par IfS Barbares.
Ce n'est pas que de la civilisation ramâim i ne dit
HISTOIRE DE FRANGE
rien raster tnr le lol dé la Gaule. Les Barbares allaient Irooter une organisation administrative tonte prête. Rome avait fondé la cité vaincue, elle devait courber ses vainqueurs tons la loi.
$-iS. loTuion dei lUrl>«r«t.
StabUstemaU des Wisigoîks ei ia Bourguignons, — Les Barbares n'avaient fait, jusque vers la fin du 4" siède, que des incursions sur les terres de l'empire. Tout an plus avaient-ils obtenu quelquefois de passer la frontière pour en devenir les gardiens : c'est à ce titre que les Goths s'étaient établis, en 375 , sur les rives du Danube, et les Francs, en 358, sur celles du Rhin.
L'empire leur était ouvert , l'administration romaine se retirait d'elle-même des provinces reculées. Le 3 1 décembre 406, une multitude de Snèves, de Vandales, d'Alains et de Bourguignons passèrent le Rhin. Les Romains n'y opposèrent aucune résistance; les Francs, cantonnés sur la rive gauche du fleuve , furent contraints de céder an nombre. Les Alains , les Snèves et les Vandales franchirent les Pyrénées et se jetèrent sur l'Espagne ; les Bourguignons demeurèrent en Gaule et s'établirent i l'ouest du Jura (il 3).
Les Wisigoths , qui venaient de descendre des Alpes aa nombre de trois ou quatre cent mille , s'étaient déjà répandus, sous la conduite d'Ataulf , dans toute la Gaule méridionale, des Cévennes ani Pyrénées et du Rhâne à la Gironde. Ces Barbares s'imposaient i l'empire comme ses alliés et ses auxiliaires. Alaulf épousa la sœur de l'empereur Honorins ; il était gagné à la civilisation romaine. L'empereur ne sut pas même accepter la paix ; il poussa contre Ataulf toutes les forces de l'empire , et ravagea la Gaule méridionale pour en chasser les Wisigoths , qui , cinq ans plus tard , revinrent occuper définitivement le pays , où il fallut leur céder le tiers des terres et des esclaves.
EtabliuemenU du Frane$, »^ An milieu du 3* siècle, des Francs avaient ravagé la Gaule et pénétré à travers TEspagne jusqu'en Afrique. Battus i plusieurs reprises par les légions romaines et transportés sur les bords de la mer Noire, ils étaient revenus vers le Rhin en pillant les cdtes de l'Asie , de la Grèce et de la Sicile. Leur nation s'était fait enfin accpter par l'empereur Gratien comme auxiliaire de l'empire.
Troublés dans leurs possessions par le passage des antres Barbares , ils essayèrent en vain de les arrêter. Les Wisigoths et les Bnigondes avaient franchi le Rhin malgré eux. Quand le terrible Attila , à la tète des hordes honniqnes , ayant recruté à travers l'Europe une multitade de Barbares, fondit sur la Gaule, les Francs se réunirent anx Wisigoths et aux Bourguignons , sous les drapeanx du préfet Aétins , et prirent part à l'épouvantable bataille qui se livra dans les plaines de Chilons. Il resta près de trois cent mille morts sur le terrain. Attila vaincu repassa en Germanie, et l'Occident fut ainsi sauvé de la domination tartare (451).
Les Fraocr n'étai^nt Qu'une confédération de Germains occidentaux. Etablis sur les bords du Rhin , ils faisaient de temps en temps des incursions dans le nord de la Gaule. Un de leurs chefs, Chlodion, les avait conduits josqne sur le bord de la Somme , d'où ils avaient été repoussés par Aétins. C'était une population mobile et instable. U érovée , élevé sur le pavois par les Saliens , avait réoni autour de lui ceux du nord et de l'ouest, pour marcher contre Attila. Son fils Childéric ne put garder même l'autorité sur les Saliens. Lassés de ses débauches, ils le chassèrent et se remirent entre les mains du chef des milices romaines , le comte Egidius , qu'ils chassèrent à son tour pour rappeler Childéric.
D'antres tribus de Francs faisaient vers cette époque des conquêtes dans le nord et dans l'occident de la Gaule.
On trouve les Ripuaires, dont le roi résidait à Cologne, établis, au milieu du 5*^ siècle, au deli des Ardepnes et de la Meuse, puis les Franrs maritimes dans le pays des Morins, sur toute la c6te entre la Lys et le détroit gallique.
Clovii, — - Le fils de Childéric , Clovis , ne commandait guère qu'à quatre ou cinq mille guerriers de la confédération franque; sa tribu habitait le Tonmaisis et se trouvait entourée de tribus indépendantes. Cloris comprit ses destinées. Le patrice romain Syagrms inquiétait les Barbares : le jeune chef ramassa les aventuriers des tribus saliennes qui voulurent le suivre et marcha contre Syagrius ; il le défit près de Soissons et s'empara de cette vÛlc (486). Les Thuringiens avaient fait une incursion sur les terres des Francs, il les repoussa et ravagea la Thuringe. Les Allemands , déjà maîtres de la Franconie et de la Sooabe , se pressaient sur les bords du Rhin ; il courut leur fermer le passage. Ainsi il étendait son territoire et s'attachait les tribus toujours prêtes i se réunir sons le chef le plus brave.
Il avait résolu aussi de profiter de l'appui des évêques qui mettaient en lui leurs espérances ; après la sanglante bataille de Tolbiac, où les Allemands furent défaits, il embrassa le culte de la Gaule romaine. On dit qu'il avait fait voeu, pendant la l>staille, d'adorer le Dieu de Clotilde (c'était la fille d'un roi des Bourguignons qu'il avait épousée), s'il lui donnait la victoire. Saint Remy le baptisa le jour de Noël avec ses compagnons au nombre de pins de trois mille (496).
Clovis avait alors deux prétextes pour envahir les terres des Bourguignons. D'abord leur roi , Gondebaud , avait fait mourir le père de Clotilde , pois il était arien et avait contre lui les évéques. Clovis profita d'une guerre survenue entre Gondebaud et son frère; il fit alliance avec l'un et s'avança contre l'antre. Gondebaud fut vaincu ; il garda ses Etats , mais s'humilia devant les évéques et paya un tribut aux Francs.
Le roi des Wisigoths professait aussi l'arianisme. Cloris marcha contre l'hérétique, le rencontra près de Poitiers , le défit et le tua de sa main. Puis il poussa dans le midi , prit Bordeaux , Toulouse , chassa devant lui les restes des Wisigoths jusque sons les murs d'Arles. Mais là les Francs rencontrèrent l'armée des Ostrogoths. Vaincus dans cette rencontre, ils n'en gardèrent pas moins les trois Aquitaines.
La gloire de Clovis avait pénétré jusqu'à Constantinople. L'empereur Anastase, qui attaquait les Ostrogoths en Italie, lui fit offrir les insignes du consulat Mais Clovis ne crut pas encore sa puissance ^ses grande. Il fit tuer quatre chefs de sa famille qui régnaient sur des tribus franques cantonnées à Cologne, à Téronane, à Cambrai et an Mans ; et alors il se trouva réunir sous son épée la nation entière des Francs.