V. LOOfS IZ KT PHIUPPB-LI-BBL
9 1. Régna d« Looif IX.
LoutM Vlil. —Le fils de Philippe-Auguste, Louis VIII, t salué A ton entrée A Paris par les acclamations du nple (1283). L'avènement d'un roi conmienee A n'être is inaperçu par les annalistes ; ils en rapportent pour
jlremière fois jnsqu'auz moindres circonstances.
Louis VIII suivit, dans le court espace de son règne, l'ezemple de son père. Il échoua en Angleterre , mais il prit auz Anglais le Poitou , termina la croisade des Albigeois, démantela Avignon, s'empara de Nfmà, d'AIbi, de Carcassonne et de tout le pays qui s'étend depuis le Rhône jusqu'A quatre lieues de Toulouse. Les maladies qni décimaient l'armée le forcèrent A retourner vera le nord ; il mourut en Auvergne , après un règne de trois ans (1226).
louis IX, — Bégenee de Blanche de CatiiUe, — La minorité de Louis IX sembla auz grands vassauz une occasion favorable pour se relever. La régence et la tutelle du jeune roi eût appartenu , selon les lois féodales, A son oncle le comte de Boulogne. La reine-mère Blanche de Castille s*en empara avec l'aide du légat et de Thibaud comte de Champagne. Une ligue se forma contre elle. Philippe Hnrepel , comte de Boulogne , le comte de Bretagne que ses querelles avec l'Eglise avaient fait nommer Mauclere, ou le Mauvais elere , Hugues de Luiiignan , comte de la Marche et d'Angouléme , résolus d'abaisser la royauté , appelèrent A leur aide le roi d'Angleterre Blanche traita avec enz après avoir porté la défection dans leurs rangs. Bile échappa auz embûches de Philippe Hurepel, empêcha le comte de Champagne, qui l'avait soutenue jusquelà, d'épouser la tille de Mauclere , dirigea deuz ezpeditions en Bretagne , et finit par amener le comte de Bretagne, en costume de suppliant, auz pieds de son suzerain le roi de France (1234). Elle avait pu , en même temps , terminer les afTaires du Midi. Le comte de Toulouse avait été forcé de confirmer A la France la possession du Bas-Languedoc, et de promettre Toulouse comme dot de sa fille , qu'un des frères du roi devait épouser.
Louis, parvenu A sa majorité , resta longtemps encore soumis A l'ascendant de sa mère. Il n'y eut point de changement dans l'administration du royaume, où tout avait été réglé par Blanche de Castille, non point en son nom , mais au nom de son fils. Il apportait cependant une grande application auz affaires. La vertu et la sagesse du roi de France étaient déjA célèbres en Europe : l'empereur et le pape le choisirent pour arbitre. Le pieuz Louis refusa les propositions du pontife qui lui offrait les' dépouillesde Frédéric II, après l'avoir ezcommunié.
Cependant , après quelques années de tranquillité, les grands avaient formé une nouvelle ligue. L'ambitieuse Isabelle , femme du comte de la Marche , réunit dans un vaste complot le comte de Toulouse et les rois d'Angleterre, d'Aragon, de Castille et de Navarre. Les confédérés ne surent pas s'entendra. Avant le débsrquement de Henri III sur le continent , le comte de la Marche se vit enlever un grand nombre de ses places. Le roi d'Angleterre veut empêcher l'armée française de passer la Charente : le pont de Taillebonrg est enlevé auz Anglais. Henri , après avoir défié le roi de France , décampe vers Saintes , s'y fait battre , et , furieuz de l'abandon oA le laissent ses alliés , se réfugie honteusement dans ses pos* session d'Aquitaine. Alon le comte de la Marche fit la soumission qu'il avait refusée. Le comte de Toulouse , après quelques dernières tentatives , négocia de son côté. Le roi d'Angleterre obtint une trêve de cinq ans et alla s'embarquer A Calais , traveraant avec les débris de son armée cette France qu'il avait espéré conquérir (1245).
Nouvelle croisade, — Louis pensa alors A remplir le vœu qu'il avait fait , étant malade , de recommencer la guerre sainte. C'était au moment où les Mongols envahissaient l'Asie. Jérusalem venait de tomber en leur pouvoir ; toute l'Asie était épouvantée, les princes mahométans euz-mêmes envoyaient des ambassades suppliantes an roi de France. Louis IX eut A triompher de la résistance de sa mère et de celle de la reine Mai^erito et de l'éloignement de ses conseillera les plus intimes qui voyaient avec terreur les préparatifs d'une nouveUe eroi-
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uide. Enfin U partit, aprèt quatre ani de lattet, laiisant eooora nne foit radminiitration en royaame à Blanche de CaetUle.
Le tempf dei crotiadet était paseé. L*Karope resta indifTérente à renthouiasme du roi de France. Le pape ne Tonlntpat même permettre à Femperenr Frédéric II, qui ie débattait contre les anatlièmei de i'Egliie , de se mêler ani soldat! de la croii. Louis IX, en s*embarquant i Aignes-lfortes, n'a? ait avec lui que les barons et une armée de cinquante mille hommes (1248).
Les croisés cinglèrent d*abord vers l'tle de Chypre , où ils passèrent l'hiver, recevant les ambassadeurs des princes d*Asie qui venaient saluer le roi de France. Puis ils se décidèrent à partir pour TKgf pte ; on pensait que la conqnéle de ce royaume était le pins sàr moyen d'assurer orfle de la Palestine. Damiette fut enlevée. L wmée des croisés, s*étant établie dans la ville, se laissa ravager par les maladies et affaiblir par FindiKipUne. Quand die prit le chemin du Caire, ie Nil était débordé. Elle avait à traverser un pays coupé de canani. Les chrétiens , au lien de jeter des ponts, firent des levées ; il leur fallut un ■Mis ponr parcourir dix lieues. Arrivés à Ifansourah, ils attaquèrent la ville ; Robert d*Artois se jeta dans les murs et y trouva la mort Le roi combattit vaillamment ; mais les mamelncks revenaient de tons côtés à la charge. L'armée , surprise par l'inondation , moisionnée par la maladie, entourée d'ennemis, fut écrasée au moment où elle allait revenir en arrière. Lonis fut fait prisonnier avec vingt mille français , la reine Ifai^erite usiégée dans Damiette. Le pieux roi, dans les fers, étonna les infidèles par son héroïque résignation , il obtint la liberté en rendant Damiette, avec une rançon de quatre cent mille livres (1250).
' Mais il ne regardait point son vœu comme accompli tant qu'il n'aurait rien fait pour la délivrance des lieux saints. Il s'embarqua pour la Syrie avec les débris de son armée. Abandonné d'une partie de ses barons , et lié d'ailleurs par le traité qu'il avait conclu en Egypte , il ne pouvait songer à rétablir l'empire des chrétiens en Orient et se contenta de fortifier les villes de Céiarée , Jaffa, Sidon ê| Saint-Jean-d'Acre. Il passa quatre années encore en Palestine, occupé à rétablir la concorde entre les Latins d'Orient, à les soustraira aux persécutions des disciples de Mahomet , en même temps qu'à satisfaire sa piété en visitant les lieux saints. La nouvelle de la mort de la reine Blanche, qui lui parvint àJafla, le décida à revenir en France. Il rontra à Paris (lS5i), six ans après son départ, ponr une expédition qui avait été à la fois si déplorable et si glorienie.
Lu PaêUmreaux, — La leconde régence de la raine Blanche n'avait été troublée que par la révolte des poêêomreoMX, C'étaient des paysans qui , entendant parler des vertus du saint roi et le sachant prisonnier, voulaient aller le délivrer. Un prêtra de Tordra de Ctteaux avait prêché que croisade populaire. Trente mille habitants des campagnes le suivaient lorsqu'ils entra dans Paris. Avant d'arriver à Orléans ils étaient pins de cent mille. La reine Blanche fit poursuivre ces bandes, qui, se répandaient dans les provinces, portant partout la dévastation. n fut facile de les détruire.
RfUmr d* roi, — Louis IX , de retour i Paris , se partagea entra l'administration de son royaume et les pratiques d'une piété ardente. Henri III , qui connaissait les scmpnles que la conscience timorée du roi de France lui suggérait sur nne partie de l'héritage de ses ancêtres , rademanda la Normandie, qui depuis un demi-siècle avait été conquise sur Jean -sans-Terre. Louis IX écouta les avis de ses conseillers et garda la plus belle conquête de Philippe- Auguste. Cependant Henri III obtint des restitutions. Par le traité définitif qui fnt signé en 12&9, Louis lui rsatitna le Périgord , le Limousin, TAgénois et ce qu'il
possédait dans le Qnerey et dans la Saintonge. Hor ranonça aux droits que lui avaient transmis ses laccim sur la Normandie , l'Anjou , la Touraine , le Maioc et b Poitou, et.se reconnut comme vassal du roi de Fnoce. Le désintéressement dont Louis venait de donner, au dépens de la France , il faut le dire , un si rare tétamgnage, le fit choisir pour arbitre entre Henri IH H b barons. Il annula les statuts d'Oxford, qni dépooilliips le roi de toute autorité ; et en raidant à la roysair $t* prérogatives , il consacra le respect qu'elle devait à toaia les franchises du peuple et feiudM» «snaaMi dn rvpao d'Angleterre (1265).
CanqmAê du royotnne de IVapiet. — L'andennc maÏM de Sonabe était sbattue , le pape oflnit ses déponilki i qui les voudrait. Louis donna nne nouvelle prenc^ désintéressement en rafusant la couronne de Sidk. Hc» il avait un frèra, Charies d'Anjou, qui n'eut garée i* ne pu accepter les bons offices de Rome. Bàtni ir Provence , la femme de Charles d'Anjou , ne pontait ss^ porter de n'êlra que comtesse, ses trou tœnn èxi reines. Elle irrita l'âme violente et aride de son mui Ce fnt le pape qui se chargea de dissiper les sersp&> du roi. Lonis permit donc que la crobade fût pr^ en France. La conquête de la Sicile n'était pas as&i chose, en effet, qu'une nouvelle croisade. Tout Tapi» du bâtard Manfred, le snccessenr de Frédéric II, tm dans une armée de Sarrasins. Charies d'Anjou alk nttvoir la couronne , i Rome , des mains dn pontife , fsa il entra dans son nouveau royaume , â la tète de tresto mille hommes que Béatrix lui amena en Italie. lUcbé fut battu i Bénévent (1266). Alora la tyrannie ëeCàc^ les commença de peser sur l'Italie. Tout le parti gèfii implorait le secoure dn jeune Conradin. Celui-ci ptin les Alpes avec nne nombrause cavalerie; il vint t Tagliacouo la faire massacrer, et se faire prendre poe^ être bientôt décapité (1268). .
Croisade tm A/riqmê, — Louis , depuis son cxpéètt^ en Palestine , n'avait pas cessé de porter la croix. Qtasi il apprit que le sultan des mamducks d'Egypte t.is tourné ses armes contre les chrétiens , leur avait eekv* presque toutes les places fortes de la Syrie , et qee wt* lement dans Antioche dix-sept mille chrétiens nûnâ et massacrés, il résolut de faire une nonvdie crôa^ Charles d'Anjou voulait envahir l'Afrique ; il pem^ k son frère qu'il fallait commencer la conquête de rE|j^ par celle de Tonis, et que le sultan n'attendait qse far rivée des chrétiens ponr embrasser leur refigion. l^* se décida à cingler ven la cdte d'Afrique. Us at»% après s'être emparés de Cartbage , allèrent mettre le oef devant Tunis. Mais le manque d'eau, le sdeil, les ■>• ladies eurent bientôt épuisé l'armée. Le roi loi-s^ tomba malade et mourut après vingt-deux jours de sn^ frances qu'il supporta avec une résignation sdoin^ (25 août 1270).
Charles d'Anjou n'en poursuivit pas moins lacnibatf il attaqua le roi de Tunis , défit ses troupes en Inm irtions, et le força à remettre en liberté tons les chrH>:> qu'il avait faits esclaves , à autoriser dans ses Etats li libre prédication de l'Evangile , & ouvrir les portes h' marchands occidentaux , â payer les frab de la gwrit '' se reconnaître tributaire dn roi de Sicile.
Gouvememeni de iaimt Lomiê. — Louis TX avait nff quarante- quatre ans. En aucun temps l'histoire n'a pirsente une plus pure et plus noble figure. Il fûait^ ses croyances religieuses sa première règle de (tHidei:/ Une action lut semblait bonne , non parce qa'elir ea^ utile, mais parce qu'elle était équitable, i'oe belle ^ Boniface Vtll le mit an nombre des saints.
Saint Louis avait accepté la société telle qu'eRe ê«rf
iil respecte tous les droite acquis. Mais il atteqss w^ relâche ces deux principes féodau, les gncms pn^nt
HISTOIRE DE FRANGE
îi les dndt jodieiairei. Lei règles da droit et de Tëqnité ^nrent rabstitoées par loi i des usages Itarbares : la preawe écrite et la preuve testimoniale prirent la place la dael ; le législateur emprunta les maximes du droit ■omain et la procédure des tribunaux ecclésiastiques. !ia connaissance du droit écrit devenant chaque jour plus lécessaire aux juges , il fallut appeler dans les tribunaux me nouvelle classe d*hommes : les légistes. Ceux-ci , romme les jurisconsultes de Tempire, travaillèrent à tmener Fégalité de tous sous un mattre. L'ignorance des Mrons les rendait en effet incapables de prendre une part tctive aux arrêts de la cour du roi (\e parUmemt)^ qui fiait appelée à juger les affaires les plus importantes; ils 'éloignèrent peu i peu des tribunaux, qui restèrent ainsi iomposés de bourgeois. La féodalité alors est attaquée le tons les côtés ; le droit romain s'introduit partout «es légistes resserrent la juridiction seigneuriale , muliplient les appels au roi et les ou royaux , se font une lOfition hors de la hiérarchie féodale. Ainsi ils fortifient a royauté contre les dangers du dedans , en même temps [u'ils opposent la Pragmatique-sanction à la tyrannie les papes. Une grande révolution s*est produite , le droit st entré dans le monde moderne.
Saint Louis toucha à tous les points de ladministraion , sépara les fonctions judiciaires des emplois finaniers, institua une sorte de ministère public près des énéchaux et des baillis, les actores régis; réprima les bas qui provenaient du droit qu'avaient environ quatreiagU barons de son temps de battre monnaie dans leurs îrres , réforma les mœurs du deraé , assura l'indépenance de l'Eglise de France, fit de sages ordonnances or la vente des marchandises , sur l'exercice des métiers. Les Établissements des méti,^rs de Paris rédigés par le révôt des marchands Etienne Boileau , contiennent les latuts de cent cinquante métiers. )
S9. PhlIippe-IcBel.
Philippe ///. — Philippe III n'eut qu i recueillir des éritagee ; il déposa , en revenant de la croisade , cinq ercueils dans l'église de Saint-Denis. Le comté de Va- HB lui resta par la mort de son frère , et , par la mort e son oncle Alphonse et celle de la comtesse Jeanne, le omté de Poitou et d'Auvergne , et celui de Toulouse.
II est vrai que le roi d'Angleterre réclama et obtint 1 restitution de FAgénois, et que le comtat Venaissin it abandonné aux instances du pape Grégoire et devint apanage du saint-siége.
Le nouveau roi commença par aller faire reconnaître !>n autorité dans le comté de Toulouse. Le comte de oix voulait empiéter sur ses droits : il envahit ses ter<es malgré le roi d'Aragon , fit le comte prisonnier, et le irça à se reconnaître vassal de la couronne de France, loand le roi de Navarre mourut laissant une fille de trois as, Philippe envoya une armée de l'autre côté des Pyénées pour soutenir les intérêts de la jeune reine, qu'il ança avec le second de ses fils. Ce jeune prince , après 1 mort de son frère aîné , put ainsi réunir i la succesion paternelle le riche héritage de Jeanne de Navarre.
Les armes de Philippe furent moins heureuses en Cas- Ile , où il soutenait les enfants de Lacerda , qui étaient rinces d'origine française, contre le vainqueur des taures, Sanche- le -Brave. Il échoua aussi dans sa uerre contre le roi d'Aragon, ce même Pierre III qui était allié avec les Castillans pour soustraire l'Espagne
rinlloenoe étrangère. Pierre III , étant entré dans la goe dea Gibelins d'Italie , le pape Tavait déclaré déchu u trône , et avait donné l'investiture de son royaume au ;nne Charles de Valois , l'un des fils de Philippe. Phippe ne parvint pas à faire exécuter la bulle. Pendant ae les vêpres siciliennes , où huit mille Français furent forgés par les Palermitains , commençaient la réaction
contre la tyrannie de Charles d'Anjou ; pendant que les flottes combinées de Catalogne et de Sicile détruisaient les vaisseaux du roi de Naples sons ses yeux, Philippe passait les Pyrénées, s'avançait dans le Lampourdan, et, après la prise de Gironne, qui avait résisté deux mois et demi, harcelé par les montagnards, environné de périls, forcé de battre en retraite , il allait mourir à Perpignan (1S85).
Philippe lU, — L'histoire de Philippe-leBel et de ses fils est l'histoire des ligisUt, Ces chevalière en droit commencent avec une implacable rigueur la démolition des institutions féodales : c'est le moyen âge tout entier qui s'écroulera bientôt sous leurs textes de lois.
Phiiippe-le-Bel n'aimait pas la guerre ; aussi fut-il bien aise de terminer par un traité (Tarascon, Anagni) celle que lui avait léguée sou père contre le roi d'Aragon , résolu d'ailleurs de violer Ini-niême le traité dès qu'il y trouverait sou profiL La jeune reine de Navarre lui avait apporté en dot ce royaume et le comté de Champagne ; il y ajouta, non point par la conquête, mais par des mar* chés et des confiscations , de nouvelles provinces. D'abord il acheta le Quercy i Edouard I''*' ; puis , au lien de le payer , il rompit avec lui , saisit le prétexte d'une rixe entre deux matelots , l'un Anglais , l'autre Normand , brouilla les deux peuples et enveloppa une grande partie de l'Europe dans la querelle. Edouard , cité devant la cour des pairs de France , n'eut rien de mieux à faire qoe de consentir an séquestre du duché d'Aquitaine (li93). Puis , quand il vit ses possessions envahies par des oomr missaires français , il protesta contre la perfidie de son rival, appela i lui le duc de Brabant, les comtes de Flandre , de Bar , de Gueldre , et la guerre éclata d'a« bord dans le Midi. Mais les embarras qu'il avait en Ecosse empêchaient le roi d'Angleterre de diriger luimême la campagne : les Anglais furent battus en Guienne , les Flamands ches eux. Quand Edouard entra avec sa flotte dans l'Escaut , ce ne fut que pour demander une suspension d'armes , qui bientôt fut suivie d'un traité de paix entre la France et l' Angleterre , sonree de malheurs incalculables ; car , par suite de ce traité , la fille de Philippe fut fiancée an fils d'Edouard , et apporta ainsi aux rois d'Angleterre ces prétentions à la couronne de France qui amenèrent des guerres si longues et si déplorables (1299)!
Philippe et Edouard s'étaient mutuellement sacrifié ienrs alliés. Le comte de Flandre , réduit à ses seules forces , renonça à prolonger une lutte inégale ; il se livra i la discrétion du roi de France : celui-ci le mit en prison , et réunit son comté à la couronne (1300). Les Flamands alors furent traités comme un peuple conquis : les fortifications de leurs villes furent détruites , leurs privilèges violés , et trente chefs de corporations de métiers jetés dans les fers pour avoir osé réclamer. Les artisans de Bruges alors prirent les armes , se jetèrent sur les Français ; toutes les villes voisines se joignirent à eux ; la Flandre entière se souleva. Le comte d Artois , avec une armée de cinquante mille hommes, le connétable de Nesie et la noblesse française se firent massacrer à Coudrai; les Flamands en rapportèrent quatre mille paires d'éperons dorés pour orner leurs églises (ISOS).
Philippe ne se laissa pas décourager ; mais il lui fallait de l'argent : des juifs, des Lombards pressurés tant de fois , il n'y avait plus rien i tirer. Le roi ordonna aux baillis et aux autres officiers comptables de la couronne de porter i la Monnaie royale toute leur vaisselle d'argent; il renouvela la défense de transporter hors du royaume les provisions, de quelque espèce que ce fût , qui pouvaient servir aux ennemis; il établit enfin le premier impôt général qne le peuple appela brutale* ment la maltàu. Lorsqu'il eut ainsi préparé le succès de ses expéditions, il mûcha contre les Flamands; mais la campagne , sans être décisive , ne fut pas henrense. Phi-
lippe et les deni Bh du comte de Flandre conclurent ttne •atpeneion d'armes, qui leor laissait à cbacon l'espoir de recommencer bientÂt les hostilité avec pi os d'avantage.
Cependant le pape Booiface VIll créait à Philippe des embarras d'nne autre sorte : la question touchait au principe même des deux puissances qui divisaient le monde. Depuis quelques années déjà, le pape et le roi n'étaient plus en bonne intelligence. L'a archevêque réclamait l'hommage que le vicomte de Narbonne rendait directement au roi ; le roi levait des décimes sur les biens ' du clergé ; le pape nommait un évéque malgré la volonté j de Philippe : c'étaient autant de rauses de rupture. Le j pape, dans le jubilé de l'an 1300 , Cl porter devant loi ; Tépée et le sceptre ; Philippe opposa i ces prétentions que Ut roii exerçaient lew pouvoir en France et y don^ noient des ioie arant qu'il y eût dee prêtres. Le légat du pape avait été mis en prisdn, une bulle fut brûlée, et la nouvelle en fat annoncée à son de trompe. Boni lace appela à Rome tous les évéques de France ; Philippe y répondit par une grande assemblée, où les députés des villes si<^èrent à c6lé des barons et des évéques : ce furent les premiers Etats-généraux (1302).
Le rui de France était résolu de soutenir, dans toute leur intégrité, les prérogatives de la couronne. H traita en sujets rebelles les évéques qui se rendirent à l'appel de Boniface et saisit leur temporel. Boniface lança bulle sur bulle , établit formellement que les deux puissances appartiennent à l'Eglise, et excommunia le roi de France sans oser pourtant le désigner par son nom. Alors on vit le légiste Guillaume Nogaret, après la dénonciation 'des bulles comme attentatoires aux droits de la cooronne, attaquer en plein conseil le pape lui-même comme un usur*> pateur qu'un concile devait déposer. L'université y donna son assentiment, les villes, les églises elles-mêmes se rangèrent à cet avis. Et pendant que le pape excommuniait de nouveau Philippe et déliait ses sujets du serment de fidélité , Nogaret se rendait avec ses légistes i Anagni pour mettre la main sur le successeur de saint Pierre. Ils voulaient l'amener enchaîné devant le concile général convoqué i Lyon ; mais les habitants d'Anagni eurent pitié de lui et le délivrèrent II put retourner i Rome, où il mourut de désespoir (1303).
Délivré de toute inquiétude par ce coup hardi , Philippe put reprendre les hostilités contre les Flamands. Il acheta une flotte aux Génois et battit la flotte flamande. Il marcha lui-même contre eux, les rencontra à llons-en- Puelle et gagna sur eux une grande bataille (1304). Toutefois , comme les Flamands revenaient à la charge , il crut plus sage de négocier ; il leur fit payer les frais de la guerre et garda , avec les villes de Lille et de Douai , toute la partie de leur territoire on la langue française était en usage.
Cependant le roi de France était sur le point de terminer ses querelles avec le pape. L'influence du parti français avait fait tomber le choix do conclave sur l'archevêque de Bordeaux, Bertrand de Goth, l'âme damnée de Philippe. Us avaient eu une entrevne dans une abbaye près de Saint-Jean-d'Angély ; le roi avait fait ses conditions , il y en avait six dont une était telle que le pape devait l'accepter sans la connaître. C'était la condamnation de l'ordre des templiers.
Eu 1305, le pape lui-même appela le grand-mattre des templiers. Jacques Ifolay arriva à Paris et fut reçu avec distinction par le roi. Il grouit le trésor que l'ordre conservait dans son palais, à Paris, de cent cinquante mille florins d'or et d'une grande quantité de gros tournois qui formaient la charge de doute chevaux. Deux ans après, le vendredi 13 octobre 1307, le grand-mattre et tous ses chevaliers furent arrêtés , leurs richesses mises en séquestre. L'arrêt fut exécuté au même moment dans tonte fa France. Les templiers furent ponrsniris jusqu'en
Angleterre, en Suède, en Norvège, en Pelote. Clément V , dans une entrevne qu'il eut à Poitiert tm Philippe-le-Bel , donna son assentiment i cet ide œ • crable. Ce fut une procédure atroce. Lesaccsatcri des templiers étaient des témoins soudoyés ; les ]a^ arrachèrent des aveux par la torture. Toutes les pièces L procès arrivèrent à un tribunal spécial composé ieitques et d'archidiacres, qui siégeait a Paris smu kt yen mêmes du roi. Ceux qui rétractèrent leurs aveiu forot brûlés comme relaps , quelques-uns furent coQ<UaKMf i la prison perpétuelle. Il n'y eut d'absous que les tnîlm ceux qoi accusèrent leurs compagnons de criom bornbles , d'hérésie et d'impuretés. Le grand-maître Jiqtui Molay monta sur le bâcher avec plus de soixsote cbr.k» tiers, protestant jusqu'au bout de son innoceoce II mi ajourné le roi et le pape à comparaître devant Dira im l'année. La prédiction s'accomplit (1314).
Pbilippe-le-Bel transmit à ses successeurs m pHTor affermi par une administration savante et vatt dr l'arme irresislible du droit II avait institué les Élaii-f* néraux, appelé les boai^eois autour de Is royiii/. achevé l'œuvre de saint Louis en coostitoAnl ooc osnarchie nouvelle et fondant l'ordre eml dsaiisFnia moderne. Mais une si grande révolution ne pooiiSi» pérer sans de grands sacrifices. Cette immense tàrnsmtration exerça une tyrannie inconnue encore et iotrodfuil dans le gouvernement l'esprit de fiscalité. Philip|K-l^ Bel avait été obligé le premier, pour snfBrc i tu: ^f dépenses dans une sociétié où Findustrie ne créiii f^ encore de richesses, de recourir à l'impôt, au coe£K<tions , aux exactions de tonte sorte , jusqu'à la faii&ition de la monnaie, qui devint, entre ses msiai et n^ de ses successeurs, une source si déplorable de mcsu
Lei/ts de PkiUppe-U'Bel (13U-I3S8). — Lint-I cratie féodale n'avait pas attendu la mort de Philippe-t'* Bel pour protester contre les envahiseoments de la rofuit Sons le premier de ses trois fils , qui régnèrent rooifn l'autre , une vive réaction éclata oà les bsroot ckch d'abord l'avantage. Le jeune Louia-le-Hutin , c'esi4^t-t l'étourdi, se laissa reprendre une partie des prérofitne nouvelles de la couronne. Lui-même aida m taoc^ contre les conseillers de son père. Les légistes, cci hvBufl de procès et de confiscations , se virent à leur to«r ]i^ et dépouillés. Le chancelier Raoul de Prêtes eéiffti tout juste & la mort, après avoir subi la tortore, Kd^ rand de 11 arigny fut pendu , sous prétexte de sorrcllenr aux fourches de Montfsncon, qu'il avait lai-mèsK i;.* élever. Des associations se formèrent en CbaDpagnf^** bord, en Vermandois, en Bourgogne, en Artois, es F«t. Le nord redemandait les combats judiciaires, lesgsftr.» privées, presque l'indépendance ; les cités do midi, m^ exigeantes , voulaient des garanties contre Is fisctliif «Jl l'arbitraire. Louis X rendit les unes après les uitits iij ordonnances , sans satisfaire tout le monde.
Mais la réaction ne devait pas être de kmgw daif La royauté était entrée dans une voie oo ses eabsrroi même l'empêchaient de reculer. Louis X stsit hn»' d'argent; après avoir vendu aux juifs, qos Philiff^*'! Bel avait chassés afin de prendre leurs biens, le droit ii revenir pour en amasser d'autres , il obliges la tpr^ ^ ses domaines i racheter leur liberté. Il y eot hieatst \»' une population de paysans libres.
Ainsi était continuée l'œuvre de Philippe IV. Snèm autres fils, Philippe-le-Long et Charies^e-Bd. wàé la même voie. An milieu des crimes atroces, des bidert exécutions qui ensanglantèrent la France soos kartip^ la chambre des comptes , l'administratioo des cssi ' forêts se formaient, le parlement achevait de iar^sa l'ordre perçait partout à travers la bttbsiis ds no)^
pï!'l£^H^-
Paku.
DUBOCHET, LECHEVALIER it C», 60, RUE RICHELIEU. . *- 25 Givrimt.
HISTOIRE DE FRANCE