‹ Instruction pour le peuple: cent traités sur les connaissances les plus indispensablesChapitre 142 sur 291 · I. GUBRRI DU ANGLAIS · texte numérisé non relu

I. GUBRRI DU ANGLAIS

S 1. DéwdeM« d« U Fnact féodal*.

Philippe VI. 1328-1350. — La royauté •«mbiait , à ce moment f toate-paissacte ; elle enveloppait la France entière dam un réseaa administratif, percevait les impôti , rendait la justice. A Tinlérieur, le roi de France n'avait plus de rival ; le roi d'Angleterre même se décidait à lui rendre hommage pour ses provinces françaises. Ses cousins régnaient à Naples , en Hongrie, en Navarre. Il protégeait le roi d'Ecosse. Il était entouré de rois qui regardaient la cour de France comme le séjour le plus chevaleresque du monde. Quant au pape , il ne s'était pàB relevé de l'humiliation de Boniface VIII : il tremblait d'être poursuivi comme hérétique par l'université de Paria. Philippe de Valois rêvait à la fois de chuser Edouard lit de ses provinces de France et de poser sur son front la couronne impériale.

Guerre de FUmdre. — Mais il ne sut pas s'appuyer sur le peuple qui avait fait la force de ses prédécesseurs. Ambilieui et guerrier, aimant la magnificence et les entreprises périlleuses , il avait réuni toute la noblesse autoar de lui. Le comte de Flandre comprit qu'il pouvait veier en toute sécurité ses marchands de Gand et de Bruges dont il détestait les privilèges. Il comptait sur le nouveau roi de France, qui ne cachait pas ses dédains pour les franchises populaires ; la noblesse d'ailleurs brûlait de prendre une seconde revanche de l'affaire de Courtray. Les Flamands, poussés à bout, chassèrent leur comte. Celui-ci ne s'était pas trompé. Philippe VI marchm vers la Flandre avec une brillante armée , à laquelle se joignit presque toute la noblesse flamande, et prit position près de Cassel. La ville était inexpugnable, les gens de Bruges et d'Ypres s'y enfermèrent Mais ils filaient pressés de retourner i leurs affaires, l'inaction de leurs ennemis les fatiguait ; ils risquèrent la babille, surprirent les Français dans leur camp. Embar- •asséa de lourdes cuirasses , ils furent écrasés : treiie nille des leurs restèrent sur la place. Gusel alors n'op- >oaa plus de résistance. Les Français la livrèrent au >f liage « comprimèrent la soulèvement des autres villes le Flandre et replacèrent le pays sous le joug du tyran |u'i1 Yenait de chasser (1 328).

Commeneetnent de la guerre des anglais. — Cependant la mère d'Edouard III avait protesté contre l'hommage que son fils venait de rendre à Philippe. Les hostilités se renouvelaient sur les frontières d'Aquitaine. Le comte d'Alençon , frère du roi de France , instruit que les Anglais faisaient des préparatifs de guerre, les avait surpris dans Saintes et avait rasé les murailles de la ville. Il restait des possessions contestées ; le sénéchal de l'Agénais en avait chassé les Anglais. Une guerre était imminente. Cependant il se passa près de dix ans avant qu'elle éclatât. Edouard voulait se faire des alliés. Philippe, de son cdlé, s'assurait l'appui de ses voisins, des rois de Navarre et de Bohême , des ducs de Bretagne , d'Autriche , de Lorraine. La moitié de l'Europe s'engageait dans cette grande querelle que les deux rois devaient transmettre à leurs successeurs. Le pape offrit inutilement sa médiation. C'était une guerre de peuple à peuple, qu'aucune intervention ne pouvait empêcher , et qui fut nationale en Angleterre comme en France.

Les Anglais commencèrent les hostilités par la prise d'une ville flamande (1337). Au printemps suivant, Edouard débarqua i Anvers dans l'espoir de soulever les Pays-Bas ; il ravagea le Cambrésis et la Picardie. Les Flamands s'étaient engagés à payer deux millions de florins au pape s'ils attaquaient le roi de France. Edouard pour les décider à combattre sous ses drapeaux et mettre leur conscience i l'abri , prit les armoiries de la France. C'était le brasseur Arteveld , maître alors de la Flandre, qui avait vaincu ses hésitations. La flotte française, qui interceptait les convois venant d'Angleterre, fut attaquée près de l'Ecluse et détruite entièrement. Tournai résista (1340).

Philippe laissait faire. Il avait rassemblé, près d'Amiens, une grande armée, où se trouvaient quatre rois, six ducs, trente-six comtes, quatre mille chevaliers. Pendant six ans il refusa constamment la bataille. Plus riclft que son ennemi , il voulait l'user, le ruiner. Le trésor du roi d'An* gleterre finit en effet par s'épuiser ; ses soldats , mal payés , se débandèrent. Le Nord de son royaume était d'ailleurs envahi par les Ecossais. 11 céda alors aux prières du pape et consentit à cesser pendant un an cette guerre humiliante pour la France. [jzed by V^

Guerre de Bretagne. La Bretagne était le théâtre d'une

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Intte moins direcie, mais plus sérieafe. Le dac de Bretagne était mort après la campagne de Flandre , sans laisser de postérité ; sa succession se trouvait disputée entre le comte Charles de Blois, neveu du roi de France , et un prince breton de la branche de Montfort La contestation fut portée devant la cour des pairs de France qui jugèrent pour le neveu du roi. Le comte de Montfort ne voulut point se soumettre ; le roi d'Angleterre se déclara pour lui. La guerre fut atroce. Philippe VI prononçait la peine de mort contre tous ceux qui combattaient en faveur de Montfort Charles de Blois, s'étant rendu mattre de Quimper, fit égorger . quinze cents habitants. Les deux rivaux furent prisonniers tour à tour , leurs femmes prirent l'épée et la cuirasse , soutinrent des sièges , commandèrent des armées. Plusieurs gentilshommes de la Bretagne , soupçonnés d'entretenir des relations secrètes avec le roi d'Angleterre, furent attirés à Paris et décapités. Edouard promit d'en tirer vengeance. C'était le moment on ses armes triomphaient dans le Midi : les Anglais victorieux s'étaient avancés jusqu'à Angouléme. Philippe fut efTrayé, il demanda de nouveaux subsides à la nation. Alors il lui fallut bien se tourner vers ce peuple qu'il avait jusque-li dédaigné. Les Etats de la langue d'Oil assemblés à Paris , et ceux de la langue d*Oc à Toulouse, obtinrent la réforme de quelques abus, en compensation des décimes qu'ils accordaient pour continuer la guerre. Ce fut, pendant ce temps où s'agitaient les destinées de la France, le premier signe de vie nationale (1346).

Créey, — Le roi d'Angleterre venait de rassembler de nouvelles forces. Ne se croyant plus assez sûr des dispositions de ses alliés du Nord , depuis le meurtre d'Arteveld et de Guillaume de Uainaut , il résolut d'attaquer la France par une frontière qu'il savait dégarnie de places fortes et de soldats. Il débarqua en Normandie avec une armée de trente-deux mille hommes. Les villes les plus populeuses et les plus riches de ce pays , HarQeur , Valogne , Cherbourg , Saint-Ld , Caen , Lonviers , furent* prises et pillées par les Anglais; ils poussèrent leurs ravages jusque dans l'Ile-de-France, aux portes de Paris. Philippe ne pouvait plus reruser le combat II avait une armée de plus de soixante mille hommes , six mille arbalétriers génois ; et chaque jour il lui venait des renforts. Les Anglais se crurent en péril , passèrent la Seine à Poissy, et se dirigèrent vers la Picardie afin de se rapprocher des Flamands. Partout les ponts étaient coupés ou gardés. Edouard, qui avait beaucoup souffert dans cette retraite, parvenu près de Crécy, dans le Ponthieu, se décida à attendre. Le roi de France marcha à lui , ordonna l'attaque. Les archers génois se récrièrent contre cet ordre : la corde de leurs arcs, trempée de pluie, était hors de service. Le roi ordonna aux gens d'armes de leur passer sur le ventre pour aller à l'ennemi. La cavalerie de Philippe se rua sur les fantassins du roi d'Angleterre : ce fut la bataille non de l'Angleterre contre la France , mais du peuple anglais contre la noblesse française. Les archers anglais décidèrent la victoire. Le comte d'Alençon , frère de Philippe ; le comte de Flandre , le roi Jean de Bohême trouvèrent la mort dans la mêlée. Les hérauts du roi d'Angleterre qui pareoururent par ses ordres le champ de bataille, lui présentèrent quatre-vingts bannières, une liste de morts qui comprenait onze princes, douze cents chevaliers. Le vainqueur accorda aux vaincus une suspension d'armes de trois jours pour enterrer leurs morts. Il s'en trouva trente millfe sur la place (1347). Les Anglais s'étaient servis, dans cette sanglante journée de Crécy , de bombardes qui jetèrent une grande confusion dans la cavalerie de Philippe. Les Français qui n'avaient pas adopté encore les armes à feu , avaient été déjà repousses du Quesnoy par des canons placés sur les remparts de la ville (1 340).

Edouard laissa le roi de France , qui avait cherche ta vain à rallier les débris de son armée, se retirer triitement à Amiens. Il alla mettre le siège devant Calais, doot il voulait se rendre mattre pour établir des oommanic»tions sÂres avec l'Angleterre , et se préparer un poiot 4e débarquement sur le continent - Philippe réanit om nouvelle armée et ne se rapprocha de la ville assiégée qae pour la voir prendre. Edouard, irrité de la longue résistance qu'elle avait faite , était résolu de faire subir au habitants un châtiment terrible; mais il ftat touché ptr le dévouement d'Enstache de Saint-Pierre et des bourgeois qui vinrent, la corde au cou , se mettre à sa discrétioa. U se contenta d'exiler de Calais ses anciens habitants et repeupla la ville avec une colonie d'Anglais. Ce fat pendant deux siècles une porte ouverte à l'étranger (1317). Le roi d'Angleterre, maître d*an point ai important, écouta enfin les propositions de paix de Philippe: ooe trêve fut conclue entre les deux rois par la médiatioii de saint-siége. Les malheura de la France étaient sans dodbre ; les provinces étaient dévastées ; le peuple , écruc d'impôts. Des lettres patentes avaient ajouté aux engenoes ordinaires du fisc les greniers à sel el les gabelles. Un fléau horrible vint encore aggraver les manx de h guerre. La peste , arrivée d'Orient en Italie , se répsadit en France et dans le reste de l'Europe. Froissart sssar* qu'elle emporta bien le tiers de la population. Le fsnsûsme vint comme d'habitude mettre le conoble à tant de misères. Philippe , attribuant le fléan aa mépris des choses saintes, promulgua une ordonnance croclle eaotrc les bluphémateurs. Le peuple s'en prit ans jnifs, les ucnsa d'avoir empoisonné les fontaines , et la France dépeuplée se couvrit de bàchers.

Philippe mourut après avoir compensé les pertes qal avait f^tes par l'acquisition des seigneuries de Montpellier et de Malte, que le roi de Majorque lai vendit pour 130,000 écus, etdu Dauphiné, qui lui coûta 200,000 florins. La France atteignit les Alpes.

Jean. 1350 - 1364. -— Le fils de PhiUppe^e-Valàs, Jean-le-Bon, se piquait d'être le modèle de U ehevalene. U copiait le roi de Bohême, ce roi aventurier qui stiit eu du moins le mérite de se faire tuer poar la France i la bataille de Crécy. Comme son père, il se livra à laaeblesse et fut battu comme lui. C'était on mélange é* loyauté , d'emportement et de faiblesse. Dominé par aa favori, ce roi, qui s'efforçait de faire revivre la chevalerie, fit tuer, sur un soupçon et sans jugement, le comte d'En, qui avait été investi par son père de la dignité de c«dnétable. Le favori devint connétable à son toar et obtist le comté d' Angouléme, qui appartenait an jeune roi de Navarre, Charles-le-Manvais. Ce prince, qae Jean sn^ déjà dépouillé de la Champagne, assasâna le oonnêuUe et associa sa cause à celle d'Edouard III. Il fat obligé d« renoncer à ses prétentions sur le comté de Champagne d de Brie , mais il resta le plus dangereux eiuicmi do m de France. Lorsque Jean', instruit de ses intrigaes« pi^ le saisir à Bouen ainsi que ses complices, qm furent décapités , ce fut pour jeter dans le parti d*Edoaard P^ lippe de Navarre, frère de Charles, et Geoffroy d'Aircourt, qui firent hommage an roi d'.Anglelerre, cooae i leur suzerain, et déclarèrent une guerre à mort à/ts* ^ Valois, se disant roi de Francs (1354).

Éuus-ginérttux. — La trêve avec l'Angleterre, soovot violée, fut définitivement rompue en 1355. Rdouird cevahit l'Artois , le prince de Galles le Languedoc Jess assembla les Etats de la langue d'Oit Déjà il avait cmvoqué à Paris les députés de tout le royauoae et en svait obtenu de l'argent au prix de quelques conussions. rf formes d'abus ou confirmations de privilégca. Les Eltls. sans qui le roi ne parvenait plus à lever dlmpêts. le* naient la royauté à leur merci. Cette fois eneore îb fi* rent leurs conditions , demandèrent à être i

HISTOIRE DE FRANGE

les ans et exigèrent que l'argent qa iU votaient reliât entre les mains de lenrs commissaires, a6n de s'assurer qu'on ne le prodiguerait pas follement. Quatre cents bourgeois siégeaient dans ces Etats, qui ne comptaient pas plus de huit cents membres. C'était de ces mains économes que 1m tiers barons, ravalés désormais au rang de soldats mercenaires, venaient recevoir une solde. Jean avait voulu s'assurer ainsi une armée régulière. Un chevalier banneret recevait quarante sous par jour. Or, pour soudoyer toute cette noblesse , ce n'était plus assez des confiscations , de la persécution des Lombards, de l'altération des monnaies, sDf lesquelles Philippe à loi seul avait rendu près de soixante ordonnances. Des associations s'étaient forméea dans les provinces pour s'opposer à l'établissement des , taies arbitraires. Il fallait un impôt régulier et supporté par tous les ordres , par les nobles , par le clergé, comme par le peuple. Les députés des Etats accordèrent cinq millions de livres parisis pour un an, qui devaient être fournis par une gabelle sur le sel et par une aide de huit deniers pour livre sur toute chose vendue. Mais le peaple ne voulut ni de la gabelle ni de l'aide. Les Etats furent obligés de les supprimer l'année suivante et le» remplacèrent par l'impôt personnel, sorte de cspilation proportionnée aux revenus , à laquelle le roi luimême devait être soumis. Avec cet argent on devait lever cent cinquante mille hommes pour terminer la guerre.

Bataille de Poitiers. — C'était dans le Midi que se formait l'orage. Le prince de Galles, qui avait déji fait ses preuves i Crécy, était parti de Bordeaux avec douze mille Anglais et Gascons ; il remonta la Garonne jusqu'à .^gen, parcourut et mina le Quercy , le Limousin, r Auvergne , le Berry. Le roi Jean , avec une armée AD moins triple de celle d'Edouard , qui était à la veille ie manquer de vivres , se porta sur ses derrières afin ie lui couper la retraite. Le prince de Galles offrit d'al>andonner tout ce qu'il avait conquis. Jean prétendait qn'ii se rendit prisonnier : ce fut lui qui tomba entre les mains de son rival. Les deux armées en vinrent aux mains près de Poitiers; huit mille Français périrent Jans la bata'dle, trois mille dans la déroute. Ceux qui tombèrent an pouvoir des Anglais étaient plus nom- !>reux que les vainqueurs eux-mêmes. Le prince de [jalles chercha à consoler son royal prisonnier dans 'adversité et donna à sa valeur de justes éloges. Il le conduisit k Bordeaux et le printemps suivant à Londres, foute cette noblesse, qui, battue i Crécy, avait laissé le wys sans défense , s'élant laissé prendre à Poitiers , le uina poor payer sa rançon (1356).

Etienne AtareeL — Le dauphin , pendant la captivité le son père, convoqua les Etats; les députés des villes, |oi formaient la moitié de l'assemblée et qui étaient sons influence du prévôt de Paris, Etienne Marcel, s'empaèrent de l'administration : après la défaite de la noblesse, le pouvoir tombait naturellement aux mains des bourgeois. Etienne Marcel avait déji fortifié Paris et rnié le peuple. Les Etats demandèrent que les ministres t conseillers de la couronne fussent mis en jugement , t que le conseil du prince fût désormais composé de [oalre prélats , de douze seigneurs et douze députés des ommnnes , qu'ils nommeraient eux-mêmes. Le prince , ffrayé de l'esprit des Etals, les renvoya, espérant trouer plus de docilité dans les assemblées provinciales. Il éloigna de Paris , et , privé de tout subside , il altéra e nouveau les monnaies , au mépris des observations de assemblée et des promesses solennelles qu'il lui avait tites. Les Etats s'assemblèrent l'année suivante : le dauhin n'avait opéré aucune réforme ; il se présentait aux épulcs entouré des mêmes ministres. Les circonstances taient déplorables; les paysans et les nobles se faisaient ans les campagnes une guerre horrible. Etienne Marel et révéqoe de Laon , Robert-le-Cocq , rédigèrent un

cahier de doléances. Ils demandaient : Téloignement de mimslres indignes ; le droit pour les députés de s'assembler deux fois l'an , afin de veiller À l'exécution des lois ; la nomination de trente-six commissaires pour assister le régent dans le gouvernement Ils exigeaient enfin le rétablissement de la bonne monnaie d'or et d'argent, au* cun changement ne pouvant y être apporté sans l'assentiment des Etats-généraux. Le dauphin fut bien obligé de sanctionner les vœux émis par les députés ; mais bientôt , contrarié par la surveillance des trente-six commissaires, il leur déclara qu'il ne voulait plus de leurs conseils et leur défendit de s'assembler. Il s'était éloigné de Paris, où la présence des chefs populaires gênait ses desseins ; l'audace des routiers qui dévastaient les provinces et l'épuisement de ses finances l'y ramenèrent : il convoqua encore une fois les Etats -généraux. Le prévôt Marcel envahit le palais de Charles avec une multitude armée, lui impose les couleurs parisiennes He chaperon mi - parti rouge et bleu ) , et fait massacrer ses favoris à ses pieds. Cette violence effraya un grand nombre des députés de la bourgeoisie et de la noblesse. Marcel est accusé de vouloir mettre sur le trône le roi de Navarre , qui vient d'être délivré de prison. Les provinces redoutent une tyrannie nouvelle : la tête de Marcel est proscrite , Paris menacé d'une guerre à outrance. Marcel est assassiné par les partisans du dauphin au moment où il veut s'assurer d'une des portes de la ville par laquelle doit entrer le roi de Navarre.

Ainsi avait échoué cette tentative populaire. Le dauphin rentra dans la capitale , et , après quelques exécutions , signa un traité qui terminait la guerre civile. Les villes auxquelles Marcel avait envoyé le chaperon bleu et rouge ne s'étaient pas associées au mouvement , l'esprit communal dominait encore l'esprit national : les campagnes d'ailleurs n'étaient pasencore représentées aux Etats ; la misère seule les fit soulever pendant l'insurrection parisienne. Leur révolte fut encore un fléau qui fondit sur la France : le paysan , que la noblesse appelait Jaequeê Bonhomme , accablé de misère , prit les armes , eut d'abord l'avantage sur les seigneurs , qui se trouvaient surpris; mais, après d'horribles excès f il fut écralé. Dans un seul combat, près de Meaux, sept mille Jatque* périrent par le fer des gentilshommes on dans les eaux de la Marne. Dans ce temps de rude épreuve pour la France , la conscience nationale s'éveillait par l'excès des maux.

Traité de Bretigny. — Edouard avait mis un si haut prix à la délivrance du roi de France, que les Etats avaient refusé de ratifier la paix proposée. Le roi d'Angleterre débarqua alors i Calais avec une puissante armée et parcourut en vainqueur tout le nord de la France , mais sans pouvoir pénétrer à Reims, où il voulait se faire couronner. Le régent avait rais tontes les grandes villes en défense. Des négociations ne tardèrent pas à s'ouvrir à Bretigny (1360) : Edonard renonça à ses prétentions à la couronne de France, rendit ses conquêtes du Nord, i l'exception de Calais, maisobtint le tiers du royaume en toute souveraineté ; de plus il fallut promettre trois millions d'écns d'or , payables en six années , pour la rançon du roi Jean. Les conventions ne furent pas complètement exécutées ; le roi Jean , victime de sa loyauté, retourna mourir en Angleterre. Le traité de Bretigny, pompeusement décoré du nom de Grande- Paix, n'était donc qu'une suspension d'armes. Ce qui restait des milices féodales était impuissant à sauver la France ; la délivrance devait venir d'ailleurs.

S s. Réaction français.

Charles V. 1364-1380. — Le fils dn roi Jean avait

bien des désastres à réparer; timide, maladif, grand

clerc d'ailleurs , il n'aimait pas à faire la guerre en per-

I sonne, et il savait aussi que la France, épuisée, avait be-

IXSTRLCTION POLR LE PEIPLE.

soin de repos. Il mit Tordre partout à la place de Tanarcbie , dirigea le gouvernement avec fermeté , et , sans sortir de Thôtel Saint-Pol , où il se tenait enfermé avec ses livres et ses clercs, sans signaler son règne par aucune grande victoire, il parvint à reconquérir tontes les provinces dont le traité de Breligny avait déshérité la couronne. Guerre en Eêpagne. — La guerre de Bretagne s'était enfin terminée , à la bataille d*Auray , par le triomphe de Ifontfort (1365) . Charles V acheta ces soldats bretons, braves et disciplinés , qui ne savaient plus que faire ; il paya 100,000 fr. la rançon de leur chef, un pauvre gentilhomme , Bertrand Du Gnesclin , et le mit à la tête des bandes d'aventuriers qui ravageaient le Midi , pensant sagement qu il valait mieux les employer que les détruire. Le roi de Gastille , Pierre-le-Crnel , était Tallié des Anglais ; Du Gnesclin dirigea une expédition contre lui. La lutte s'engagea en Kspagne. Pierre - le - Cruel , chassé de son royaume sans avoir combattu , fut rétabli , Taûnée suivante , par le prince de Galles. Le succès des Anglais leur avait coûté cher ; Pierre-le-Cruel refusa de payer les frais de l'expédition comme il s'y était engagé. L'afmée victorieuse, manquant de tout, affaiblie par le climat brûlant de l'Espagne , pour se dédommager, revint piller l'Aquitaine, tandis que Pierre-le*Cruel était de nouveau chassé par son frère, le bÂlard Henri de Translamare. Les Aquitains levèrent les mains vers le roi de France. Alors Charles V cita le prince Noir devant la cour des pairs et fit ses préparatifs de guerre ; puis , quand il jugea que le moment était bon pour attaquer les Anglais, qui mouraient de débauche et d'indigestions dans le délicieux climat d'Aquitaine , il les envoya défier par un valet de cuisine (1369).

Du Guetclin expulse les Anglais. — Sur les trois points où se portèrent les efforts des deux partis , l'avantage fut en définitive pour les armées françaises. Le prince de Galles , avant de mourir, reprit Limoges et en massacra les habitants. Au Nord , les Anglais coururent le Boulonnais , la Picardie , l'Artois , la Champagne , faisant beaucoup de dégâts ; mais là se borna le succès de leurs armes. Charles V avait imaginé une guerre défensive savante, cruelle peut-être pour les provinces , mais fatale pour l'ennemi. Les troupes françaises étaient présentes partout , évitant partout d'en venir aux mains. Sans combattre, sans être battues , les armées anglaises semblaient s'anéantir, et le pays retombait sous le pouvoir du roi de France. Le doc d'Anjou reçoit la soumission du Quercy, du Rouergue, du Limousin. Sainl-Pol et Châlillon s'emparent du Ponlhieu. Le duc de Bourgogne tient les Anglais en échec dans la Picardie. L'année suivante. Du Gnesclin est rappelé de l'Aquitaine et reçoit avec l'épée de connétable le commandement général des armées. Il attire sons ses drapeaux toute la noblesse de Bretagne qu'il détache de la cause de Montfort II marche contre Robert KnoUes, qui venait de débarquer à Calais , atteint une de ses divisions en Anjou , la taille en pièces et le poursuit de province en province. Cependant les Anglais, attaqués sur mer par la flotte castillane, avaient perdu leurs vaisseaux et leur amiral (1372;. Cette victoire ouvrit l'entrée du Poitou aux troupes du connétable. Les villes se rendirent on furent emportées d'assaut. Le fameux Captai de Buch fut pris à Soubise et envoyé à la tour du Temple. Après la soumission du Poitou, Charles V tourna contre la Bretagne le courage infatigable de Du Gnesclin. Toutes les places , à l'exception de Brest , ouvrirent leurs portes. Le duc, Jean de Montfort, en fut réduit à aller demander asile à ses alliés.

Le roi d'Angleterre , faisant un dernier effort , envoya contre la France une armée , formidable. Elle traversa la France depuis Calais jusqu'à Bordeaux , harcelée par un ennemi insaisissable , réduite bientôt à des bandes exténuées, et put seulement empêcher le duc

d'Anjou d'achever la conquête de la Gnienne (IZ7Z). Le roi d'Angleterre avait vu l'Ecosse , malgré ses défaites , rétablie dans son indépendance sous les auspices de la maison de StuarL II avait perdu la plupart des posseslions continentales de ses ancêtres. H lui fallut bien céder aux exhortations du pape. A la faveur d'une trêve conclue à Bruges, il put terminer en paix une vieillesse chargée de revers et de faiblesses hoatenies. Son fils, le prince Noir, mourut de langueur en même temps que lui (1377).

L*avènement d'un prince mineur, le malheureux Richard II , parut à Charles V une circonstance favorable pour recommencer les hostilités. Cinq armées françaises se mettent en campagne. L'amiral Jean de Vienne fait une descente dans le comté de Kent Le duc d* Anjou et le connétable s'emparent dans le midi de cent Irente-quitre places fortes, villes on châteaux. Du Gnesclin se porta ensuite en Normandie et enleva à CharIes-Ie->Uanv«is les places qu'il possédait encore. H allait achever la conque de la Gnienne et de la Gascogne, lorsque la mort vint terminer, devant le château de Randan, celte vie ai glorieue et qui avait été si utile à la France. Les Anglais ne possédaient plus sur le continent que quelques villes maritimes, Calais, Bordeaux, Bayonne (1380). Uais Charles V ne put achever la délivrance du royaume. Il moarut la même année que le connétable, altriaté par trois grandes révoltes qui éclatèrent à la fois dans le Languedoc, la Flandre et la Bretagne et qui témoignaient de b fatigue et de l'épaisemcnt du peuple.

Administration de Charles V. — Son règne cepeodasl avait été pour la France une époque de repos reûtif « a même temps qae de glorieuse réaction contre la domiaation étrangère. Il avait vu les maux de la France et avait essaye de les gaérir. Mais ils étaient si profonds que tu«rl« sa sagesse n'y pouvait trouver de remède. Ne comptant que sur lui, il n'avait point favorisé les progrès de la liberté populaire. Les Etals-généraux ne furent ronvoqnés qu'ose fois : il leur substitua les assemblées de notables , pim dociles à ses vues , et mit les prévûtés royales à la placide gouvernement des communes. Se défiant de la noblesse. il détruisit un grand nombre de châteaux , sons prétexte qu'ils pouvaient servir de refuges aux armées d^Edoaard. Il fit observer strictement les ordonnances qni defe»daient les guerres privées et institua les lUs de jisMiitt m le roi paraissait avec toutes les marques de sa puissance Il favorisa le commerce et institua une marine pour le protéger. Les lettres n'avaient pas encore en « dans 1c» rois de France, un protecteur plus xélé et pins géoérau; il accueillit à sa cour les savants étrangers , fonda dei universités, fit traduire les Commentaires de Céaar, et réunit au Louvre neuf cents volumes mannscrîts qni fsrent l'origine de la Bibliothèque royale.

S 3. Gaerrc dTil«. — Retoar da AafUis.

Charles VI. 1380-1432. — La France comment i peine à renaître qu'elle tomba entre les mains d*nn »faut , d'un fou. L'ambition des princes la divisa, répess. la livra, affamée et sanglante, à rennemi. Cesft ooe époovantable époque , pleine de trahisons , d'exactions cesmises par les grands , d'atroces justices exercées par Ir peuple. Du moins le Nord et le Midi , les villes et W campagnes se mêlèrent dans cette misère immense ; !■ nationalité s'éveilla par la haine de l'étranger. La France. trahie par ses maîtres , qui déjà n*ont pas sn la défendre, sera sauvée par le peuple.

Minorité et démence de Charles VI. — A la mon et son père, Charlep VI n'avait que donie ans. Ses frais œcles , les dues d'Anjou, de Berry, de Bourgogne, furest comme autant de rois qui en son nom dâolèrent U France. L'émancipation du jeune prince ne rénsiâ poi^ « prévenir leurs querelles. Pendant que Charles V caq^ûrsil.

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HISTOIRE DE FRANCE

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le duc d'Anjoa avait commencé par voler son trésor. 11 fflllnt établir nn nouvel impôt. Des révoltes éclatèrent à Paris, à Roaen , à Compiègne, dans tonte la Picardie. On ne pnt tirer un son du peuple. A Paris nn bomme monta à cbeval , assembla la foule , annonça que la vaisselle du roi avait été volée et que le lendemain on ferait la perception du douzième denier sur les vivres « pois il s'enfuit an galop à travers une grêle de pierres. Le peuple se souleva , envahit l'Arsenal pour y prendre des armes, et n'y ayant trouvé que des maillets de plomb s'en arma et assomma les percepteurs. Le gouvernement intimidé traita avec ces maiUoting; mais fit ensuite coudre les chefs des insurges dans des sacs, pendant la nuit, et les fit jeter à la Seine.

C'étaient, de tous les côtés, de sanglantes révoltes. Les cruautés et les eiactions du duc de Berry forcèrent les pauvres gens du Languedoc à se jeter dans les forêts ponr faire à ses agents et à ceux de la noblesse, qui appuyait ses mesures, une rude guerre. Kn Flandre, les corporations de métiers étaient en hostilités continuelles avec les seigneurs. Les vainqueurs n'avaient pas de pitié pour les vaincus ; plus d'une fois la population d'une ville fut passée tout entière au fil de l'épée. Reims, Châlons, Orléans, Blois, Beauvais attendaient les succès des Flamands pour massacrer leur noblesse. Charles VI se décida à marcher vers la Flandre. Les Gantois seuls étaient trente mille, bien armés, sous le commandement de Philippe Arteveld, qui était encore plus populaire que son père, rendait mieux ses comptes et avait appelé les petites gens au conseil. L'armée flamande fut exterminée à Rosebecque. Le corps de Philippe Arteveld, trouvé gisant sur le champ de bataille, fut pendu à un arbre, pour apprendre aux rebelles que la mort même ne pouvait exempter du supplice (1383). La guerre avec la Flandre n'était pas terminée encore. Charles VI fut obligé de revenir, de traiter avec les Anglais, qui menaçaient de nouveau la France. Pendant ce temps, son oncle, le duc d'Anjou, marchait follement à la conquête du royaume de \aples avec une armée qui fut détruite dans les Abrusxes, sauf avoir combattu , par la maladie et par la disette. Paris, aussi bien que Gand, avait été vaincu à Rosebecque. Au retour, les oncles du roi punirent la capitale de la révolte qui les avait fait trembler Tannée précédente. Les pins notables bourgeois montèrent sur l'échafand, les autres eurent leurs biens confisqués. 11 n'y eut plus ni prévôt ni magistrats protecteurs des privilèges de la cité, et les gabelles furent rétablies avec les impôts les plus vexatoires. Charles VI épuisait les dernières ressources de l'Etat en fêtes , en expéditions vaines , en interminables préparatifs de guerre. Cependant, au milieu de son goût effréné ponr la dépense et le plaisir, il montrait parfois de bonnes intentions. Il venait d'éloigner ses oncles du icovemement , de révoquer les taxes dont le peuple se montrait le plus impatient. II appela autour de lui les uges ministres de son père. Les grands haïssaient ces sommes de loi , ces gens de rien , ces marmouseu, comme la les appelaient Le doc de Bretagne avait essayé de 'aire assassiner le connétable de Clisson et refusait de ivrer l'assassin. Charles VI marcha contre lui. Déji c'éait on esprit faible et troublé, qui se défiait de lui-même ; I avait défendu au parlement d'obéir aux ordres injustes |n*il pourrait donner. En traversant la forêt du Mans , il ùt troublé par une apparition , devint fou furieux et se eta. sar les siens. On le garrotta et on le ramena sur une barrette. 11 retombait ainsi au pouvoir de ceux qui l'enouraîent. La France, pendant trente ans, n'eut pas de rouvernement régulier et fut déchirée par la guerre ciile et par la guerre étrangère.

liitMilité dêê duci de Bburgogne et d'Orléane. — Le duc e Bourgogne, Philippe-lc- Hardi, prit les rênes du goafrneroenL La régence semblait appartenir an frère du roi,

à Louis d'Orléans, qui était alors dans sa vingt et uuiènio année, ou i la reine Isabeau de Bavière. Celle usurpation de Philippe-Ie-Hardi fut le commencement de la nva< lité qui divisa les deux maisons d'Orléans et de Bourgogne.

Quand Philippe mourut, son fils, Jean-sans-Peur, succéda à ses prétentions avec plutf d'ambition encore. Il était le plus riche prince de la chrétienté ; il possédait la Flandre , allait avoir le Brabant et avait épousé l'héri* tière du Hainaut et de la Hollande. Il crut qu'il pouvait tout entreprendre , et songea à reprendre Calais au roi d'Angleterre.

Le jeune duc d'Orléans fit manquer l'expédition en pillant le trésor public. Jean revint à Paris , la rage dans le cœur. 11 y trouva son rival, qui se vantait d'avoir obtenu les faveurs de la duchesse de Bourgogne. Il le fit assassiner, une nuit, après avoir communié avec lui en signe de réconciliation fraternelle (li07).

La veuve de Louis d'Orléans, l'aimable et vertueuse Valentine Visconti , demanda justice au roi , qui promit de venger le meurtre de son frère. Mais Jean , loin de cacher son crime , voulut qu'on lui en sût gré ; il en fit faire l'apologie par un docteur de Sorbonne , qui accumula les citations du droit canonique et les exemples tirés de l'histoire sacrée et de l'histoire profane pour prouver qu'il est permis de tuer un tyran , surtout si l'on est nn grand personnage. Le pauvre roi assista avec toute sa cour à cette étrange prédication.

Ainsi le duc de Bourgogne pouvait tout oser. C'était un héros populaire. Il avait entrepris une croisade contre le sultan Bajazet , qui se vantait de faire un jour manger l'avoine à son cheval sur l'autel de Saint-Pierre de Rome. La sanglante victoire qu'il remporta sur le peuple de Liège ne lui ôta point l'amour du peuple de Paris. Au contraire , le parti des fils du duc d'Orléans , qui avaient juré de venger la mort de leur père, était, en général, celui de la noblesse. II se recrutait dans le Midi , sous l'influence du plus puissant seigneur des Pyrénées, le comte d'Armagnac, dont le jeune Charles d'Orléans venait d*épouser la fille. La rivalité des maisons d'Orléans et de Bourgogne fut i la fois presque la guerre du Midi contre le Nord et du peuple contre la^ noblesse ; guerre horrible , où chacun des deux partis appela à son secours l'ennemi de la France.

■ On commença des deux côtés par des dévastations et des massacres. Jamais les étrangers n'avaient commis de si affreux ravages. Les Armagnacs couraient les campagnes et torturaient les paysans. A Paris , l'écorcheur Caboche armait les bouchers en faveur du duc de Bourgogne. Les princes d'Orléans offrirent au roi d'Angleterre la moitié du royaume. Charles VI, au pouvoir de Jean de Bourgogne , les déclara ennemis de l'Etat , marcha contre eux. Les cabochiens firent main-basse sur les Armagnacs. Toute tentative de paix fut inutile. Il fallut que les bourgeois prissent les armes , délivrassent le dauphin des mains des Bourguignons. Charles VI publia la pacification de Pontoise (M 13), défendit sous peine de mort de porter les couleurs des partis et licencia les gens de guerre. Les Armagnacs alors prirent leur revanche. Le duc de Bourgogne, ne se croyant plus en sûreté dans Paris , se réfugia en Flandre; les cabochiens furent bannis du royaume. Mais le dauphin , qui s'était attiré la haine et le mépris des Armagnacs par ses débauches effrénées , rappela le duc à son aide. Les hostilités recommencèrent Charles VI,- prenant lui-même l'écharpe blanche d'Armagnac , poursuivit les Bourguignons jusqu'à Arru, où les partis signèrent une paix qui ne fut qu'une sanglante et épouvantable anarchie (1414).

Bataille d^Atincourt. — Cependant le roi d'Angleterre, Henri V, réclamait l'exécution des promesses qui lui avaient été faites ; il débarqua à l'embouchure de la Seine, mit le siège devant HarOenr et y perdit cinq semaines. La

dysenterie ravagea son armée ; ses soldais moaraient en foale; il n'en serait pas retoarné an seul en Angleterre B*il y eût en une seule télé d'homme dans tous les conseils de la France. Mais' les discordes des princes continuaient à la vue même des étrangers. Pour prévenir tonte collision , il fallut leur défendre de se joindre à l'armée qui allait combattre l'armée anglaise. Ils n'en tinrent pas compte. Le connétable d'Albret rencontra près du village d'Atincourt Henri V, qui se hâtait vers sa ville de Calais. Les Anglais n'étaient plus qu'an petit nombre, affaiblis par les maladies. Henri demanda à traiter, offrit de rendre Harfleur et de renoncer à tontes ses prétentions sur la France. Le connétable ne voulut rien entendre , s'embarrassa -dans une plaine étroite , nouvellement labourée, détrempée par la pluie, et se fit massacrer dii mille hommes. Des grands seigneurs de France, les uns moururent bravement, les autres se rendirent et forent emmenés captifs en Angleterre (1415). Mattaere des Armagnaet ei meurtre de Jeam-sonp-Peur. — Le duc de Bourgogne fut plus empressé que le roi d'Angleterre à mettre à profit le désastre d'Aiinconrt. Dès qu'il eut appris la défaite des Français il marcha sur Paris , où la mort récente du dauphin avait encore aug^ mente le désordre. Le peuple en voulait aux Armagnacs, qui avaient si mal défendu l'honneur du pays ; il courut au-devant des Bourguignons , qui rentraient altérés de vengeance. La populace se jeta avec eux dans les prisons et fit un horrible massacre. Le comte d'Armagnac, le chancelier, six évéqnes , deux présidents au pariemeot , deux mille personnes furent égorgées en un jour (1418). La fureur des partis n'était pas assouvie. Pendant ' qu'Henri V faisait dans la Normandie une guerre implacable, atroce, les deux factions rivales continuaient de s'entre-détruire. L'année suivante, il y eut encore un semblable massacre sous les yeux mêmes de la reine , qui s'était livrée aux Bourguignons.

Lorsqu'Henri V «ut pris Rouen à la Normandie , il y eut pourtant un moment d'épouvante générale. Le duc de Bourgogne se voyait à la merci de la populace. Lies conseillers du dauphin écoutèrent des propositions de paix. Henri V venait d'emporter d'assaut la ville de Pon- (oise , ses éclaireurs arrivaient jusqu'aux portes de Paris. Le duc de Bourgogne et le dauphjn eurent à llelun une conférence, qui fut suivie d'une réconciliation apparente. Mais les Armagnacs, qui ne voulaient pas partager l'influence qu'ils avaient sur le jeune prince, attirèrent, un mois après, le dac de Bourgogne à une nouvelle entrevue, au pont de Moolereau, et l'y firent wsassiner au moment où il se prosternait devant le dauphin (1419).

Le roi d'Angleterre à Parie, -^ Le fils de Jeàn-sads- Peur s'unit aux Anglais pour venger son père. Henri se fit signer par le pauvre roi idiot un traité qui lui donnait, avec la main de la princesse Catherine , le titre de régent, et, après la mort du roi, la couronne de France. Ce funeste traité fut pourtant accueilli lans oppositioik à Paris et dans beaucoup de villes. Le parlement le sAttctionna.ea condamnant le dauphin an bannissement pour le nfenrfre du due de Bourgogne. Tous les princes souscrivirent ; ceux qai étaient captifs en Angleterre offrirent de reconnaître Henri V pour obtenir leur liberté. L'Anglais siégea royalement à l'hAtel Sainl-Pol et à Vincennes , rendit la justice , leva des impôts. En mourant il laissa deux royaumes i un enfant qui avait un an à peine. Le malheureux Charles VI le suivit dans la tombe (1422).

S 4. Jeinne d'Arc. — Eipultion dci Angliii.

Charlet VII. — Le dauphin, trahi par les siens, abandonné par les villes du Nord, s'était retiré dans les provinces du Midi. Pendant que les deux frèras de Henri V régnaient à Paris an nom de leur neveu , qu'ils venaient de faire proclamer à Saint-Denis roi de France et d'An-

gleterre, il s'arrangeait un petit royaume à Boarges, avait son parlement , ses Etats-généraox, son université ; de braves chefs commandaient ses troupes , Hartoort , Lahire , Dnnois , Btrbasan , Xaintrailles. Le comte dp Bochan et le maréchal de La Fayette avaient battu les Anglais i Baugé. Le jeune roi de Bourges , loi , se Uvrail aux plaisirs loin du théâtre de la gnerre ; les troupes écossaises que lui amenait le connétable Stoart fareot défaites à Crevant , l'armée royale fut dispersée à la bitaillf de Vemenil , sans qu'il s'éveillât Lahire loi reproHoil de perdre joyeusement son royaume.

Siège d'Orléans. — Les Anglais voulaient forcer la barrière de la Loire ; ils mirent le siège devant Oriéaas. Dunois, Lahire, Xaintrailles, qui se sont jeté* dans la ville. n'y peuvent tenir longtemps. L'Anglais Folstolf, bat sae petite armée française , dernière espérance des assie^n. qui n'avaient plus de vivres, et qui, en apprenant le résoltit de cette déplorable bataille de» Harengê, parient de te mdre. Xamtrailles propose de remettre la ville entre les maii» du duc de Bourgogne, qui la conserverait comme neolrc; mais Bedford repousse cette proposition , en disant qa')? ne veut pas battre Us buissons pour gu un mireprtmae In oisillons. Déjà le bruit se répandait que Charles VU. di^ sespérant de garder son royaume^ songeait à se retirer dans quelque retraite éloignée du comté de Provtwt. lorsque Jeanne d'Arc se présente an rm i Chinoa ft déclare qu'elle délivrera Orléans. C'était ane simple iU<. née à Domremy , près de Vaucouleurs , sur la frootién de Champagne. Pénétrée d'un saint amour poor ii France , elle se croit appelée par le ciel à ehaaser les Aoglais et i faire sacrer son roi à Reims. La pureté df » vie , la naïveté de ses paroles , son étrange entboosiaiae étonnent; elle Éé fait croire et respecter de cette ro«' corrompue et moqueuse. On veut voir les effed de et qu'elle regarde comme une mission divine , on lai doBS< des armes, elle est envoyée ao secours de la ville sautgée. D'abord elle fait entrer nn convoi sans lequel la ^ ne pouvait plus tenir. Armée de sa sainte bannière . t^' force les retranchements des Anglais, les fnppeeiimémes de terreur et pénètre dans Orléans anx chants dfi prêtres. En un mois elle les chasse de lears forts tt Ic^ fait lever le siège ; elle s'empare de Jargeaa , de Btssgency , fait prisonniers Suffolk et Talbot , et coodoil t travers un pays encore occupé par les Anglais, le mi d« France à Reims, où il est sacré.

Suppliée de Jeanne dAre à Rouen. — La pucfOe d'Orléans pensait avoir accompli sa mission cMeete ; St voulait retourner à son village, on ne le permit pt& Blessée à l'attaque de Paris , elle se jeta , peu de tmpf après , dans Compiègne , assiégé par lesBoni^ignoW' et, dans une sortie, fut faite prisonnière. Les Bourpignons la livrèrent aux Anglais. Ceux-ei entrait expliqea leurs défaites en la faisant brûler comme sorcière. 1'»^ cour ecclésiastique se forma à Rouen, sons la f/rmA^vct d'nn évéque: onne savait comment trouver en sesparolei matière à condamnation. Elle répondait avec va srss fi une douceur admirables. Cette monstmease prooédsr n'avait pu amener qu'une condamnation à la réclasiM perpétuelle. Les Anglais trouvèrent moyen , par an isfâme guet-apens , de la faire brûler comme relapse: Lm conseillers de Henri VI écrivirent à tontes les cours p«' faire l'apologie d'un crime qui fit pousser an cri dVrreur i toute l'Europe chrétienne (1431).

Expulsion des Anglais. — Le duc de Bonrgogoe. ^ avait été nommé régent , sous Henri VI , par Bed/oi^* sentit peser sur lui une responsabilité terrible. H ^ rapprocha de Charles VII, condut avec Ini nn sraùstire Les Anglais mécontents disaient qnV^ em^errmint U ^ boire de la bière en Angleterre. Ce fut lui qni le» y revoya. Il conclut un traité à Arras avec le roi deFrssc». se fit céder l'Auxerrois , le Boulonnais, les villas de b

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HISTOIRE DE FRANGE

Somme , devint ainii le gardien de la France du côté du nord et tint bon contre let prétentions dei Anglais , qui demandaient Teiécntion du traité imposé à Charles VI. Charles VII entra bientôt dans Paris insurgé contre les Anglais. Ce n'était plus le prince qui avait assisté avec une si honteuse nonchalance à la désolation de ses provinces. Une femme, Agnès Sorel, venait de Ini rappeler qn'il était le roi de France. Il marcha contre les Anglais et leur reprit une à nne tontes leurs conquêtes , régularisa en même temps l'administration , créa le premier corps de troupes régulières. Le Pmton, rAnjon, la Saintonge furent pacifiés snccessivemeni Les Anglais, à leur tour, craignaient d'en venir anx mains et lui abandonnaient partout le pays i son approche.

Quant aux grands , ils complotaient contre l'autorité royale. La création de compagnies à la solde dn roi montrait bien qne le temps de l'anarchie féodale était passé , et que c'était le tour de la nation. Us se jetèrent dans plusieurs places et commencèrent cette odieuse guerre de la Pragutrie qni aurait pu relever l'espérance des Anglias, si la division ne s'était pas mise dans leurs rangs depuis que la rictoire les avait abandonnés. Charles VII poursuivit les rebelles en Champagne , s'empara de leurs cfaiteaux et fit jeter dans la rivière le bâtard de Bourbou, on des artisans les plus actifs dn désordre. Le dauphin , qni s'était d'abord lié avec eux , rendit le service à la France de mener contre les cantons helvétiques les aventuriers qni pillaient les campagnes et affamaient les villes : aeize cents suisses en tuèrent près de dix mille à la bataille de Saint-Jacques.

Cependant les hostilités avec l'Angleterre étaient suspendues. Le parti anglais était découragé. Suffolk voulait se faire un appui de la France contre le duc de Glocester, qui demandait la continuation de la guerre. Le mariage d'Henri VI avec la belle Marguerite d'Anjou , qu'il prit sans dot , permit d'espérer une paix prochaine ; cependant la guerre dura encore cinq ans. Dunois reprit la Normandie, puislaGnienne; la plupart des places capitulèrent Bordeaux fut la dernière qui tint pour les Anglais. Tout le royaume se trouva alors délivré de la présence des armées étrangères. La seule ville de Calais resta au roi d'Angleterre. Charles VII n'essaya pas de la Ini enlever. D'après le traité d'Arras , il n'eût pu la reprendre qne pour la donner an duc de Bourgogne. Celui-ci, réunissant sous sa domination des provinces françaises et les Pays-Bas entiers, plus riche qu'aucun roi de l'Europe , & la tête d'une noblesse innombrable, était désormais le vrai rival du roi de France.

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