‹ Instruction pour le peuple: cent traités sur les connaissances les plus indispensablesChapitre 144 sur 291 · III. GUIRRBS d'iTALIB · texte numérisé non relu

III. GUIRRBS d'iTALIB

S I- Cliarl«a VIII.

Le royaume de Xaplee eonquie et perdu, — Tous les peuples de l'Occident allaient bientôt se laisser entraîner au delà des Alpes , comme autrefois ceux du Nord. Chsries VIII , en lisant les vies de Charlemagne et de César, s'était pris d'une irrésistible passion pour les conquêtes. Il rêve de faire valoir les droits qu'il a hérités de la maison d'Anjou sur le royaume de Naples, et plus tard, de chasser les Turcs d'Europe et de relever l'empire d'Orient. Dans son impatience , il achète la paix du roi d'Angleterre et n'hésite point à rendre le Roussillon i Ferdinand-le-Catholique , à Maximilien l'Artois et la Franche-Comté. Puis, ayant confié le gouvernement i M. et à madame de Beaujeu, il rassemble une armée de trente mille hommes, une artillerie de cent quarante canons, la mieux exercée qui fût en Europe, et se jette en Italie. Il avait à peine des ressources pour quelques joun. Dès qu'il eut passé la frontière, il fut obligé de mettre en gage les diamants de la duchesse de Savoie.

Dans le désordre où était l'Italie . chacun appelait les Français à son secours. Ludovic le More avait usurpé le duché de Milan snr son neveu Jean Galéas, et avait besoin de leur aide pour s'y maintenir. Les princes de San-Severino ne pouvaient venger seuls le massacre de la noblesse napolitaine ordonné par Ferdinand d'Aragon. Le cardinal de Saint-Pierre demandait au roi de France de venir délivrer Rome de la tyrannie et des scandales d'Alexandre VI. Le moine Savonarole attendait Xtfiéau de Dieu envoyé pour punir les péchés de l'Italie.

A l'approche des Français les tyrannies s'écroulent d'elles-mêmes. Pise se délivre des Florentins , Florence chasse les Médicis , le vieux roi Ferdinand meurt de frayeur, le pape se cache dans le chÂteau Saint-Ange et Charles VIII prend possession de la capitale du monde chrétien . la nuit , à la lueur des flambeaux. Alors il traite avec ce pape chargé de crimes qu'il pourrait déposer. Alexandre livre le frère de Bajaiet II , dont Chai^ les VIII croit avoir besoin pour conquérir l'empire d'Orient, mais il le livre empoisonné. Puis, une fois que les Français sont partis, il conspire contre eux avec les Aragonais. Charles VIII cependant continue cette marche militaire qu'il prend pour une suite de conquêtes. Alphonse II ne se croit pas en sûreté à Naples , il abdique et se sauve dans nn couvent de Sicile. Les soldats de son fils Ferdinand, plus brave que lui, le trahissent et s'enfuient précipitamment sans attendre l'ennemi. Le

lendemain de ion départ , Charles VIII fait une entrée triomphale à Naples an milieu d'an peuple qui jette des fleurs sur son passage et l'appelle le libérateur de l'Italie.

II fit tout ce qu'il fallait pour perdre sa conquête aussi vite qu'il l'avait acquise. Il souleva contre lui la noblesse, en parlant dé restreindre les juridictions féodales comme en France, le peuple en l'abandonnant i la merci de ses soldats. Les partisans de la maison d'Anjou, dépouillés depuis soixante ans , s'attendaient à des restitutions : il ne s'occupait que de tournois et de fêtes. Au bout de trois mois, les Napolitains étaient las des Français et les Fran-' çais las de Naples.

Il était temps pour Charles VIII de regagner son royaume. L'Europe entière s'était alarmée de ses conquêtes. Pour la première fois , les rois s'étaient ligués pour empêcher que l'agrandissement excessif d'un Ktat ne menaçât l'indépendance des autres. Le système d'équilibre européen venait d'être conçu. Charles VIII se hâta de regagner la France. En redescendant les Apennins, il rencontra à Fomovo l'armée des confédérés italiens forte de quarante mille hommes. Les Français n'étaient que neuf mille, ils se jetèrent avec impétuosité sur Tennemi et, en moins d'une heure, le mirent en fuite (1495).

Mais, pendant que le conquérant rentrait fièrement en France, Ferdinand reprenait son royaume de Naples , le pape faisait brûler Savonarole pour le punir de ses prédictions sinistres. La haine des Italiens pour le nom français était la seule trace qui restât du passage de l'armée de Charles VllI.

9 s. LosiiXn.

Conçuéte du Miianait. — L'Italie ne devait plus cesser d'être en proie à l'invasion étrangère. Charles VIII , étant mort sans enfants , laissa le trône lEu duc d'Orléans , qui joignait aux prétentions de son prédécesseur sur Naples celles que son aïeule Valentine Visconti lui donnait sur le Milanais. Louis Xll-s'usura du pape Alexandre VI, en accordant à son fils, César Borgia, le duché de Valentinois ; il gagna les Vénitiens par l'abandon de Crémone. Puis il envahit le Milanais. Ludovic était détesté, il fut trahi et prit la fuite. La conquête fut achevée en vingt jours. Presque aussitôt elle fut perdue. Les confiscations exercées contre le parti gibelin , l'exigence des soldats , leurs galanteries et leur impiété soulevèrent la population. Ludovic n'eut qu'à paraître pour reprendre son duché. Une seconde armée vint alors se joindre à la première et rencontra les troupes du duc près de Novare. Il y avait des Suisses dans les deux camps : ceux de Ludovic ne voulurent pas combattre contre la bannière de leur canton , qu'ils voyaient dans les rangs ennemis. Ils laissèrent massacrer les Lombards et les Albanais qui servaient avec eux sous les drapeaux du duc de Milan , et le livrèrent lui-même au moment où il se sauvait déguisé en eordelier. La domination française s'affermit alors sur le Milanais (1500).

Le royaume de Naple» eonquia et perdu pour la teeonde foie, — Louis XII n'espérait pas dépouiller le roi de Naples, si le parent de celui-ci, Ferdinand-le-Catholiqne, ne voulait bien s'y prêter ; par un traité secret il l'appela au partage. Le pape, ayant fait aussi ses conditions , sanctionna le pacte inique du roi catholique et du roi trèschrétien. L'infortuné don Frédéric, qui régnait alors, appelle les Espagnols i son secours, et, lorsqu'il a introduit Gonsalve de Cordoue dans ses plus fortes places de la Calabre , Louis XII et Ferdinand lui signifient leur convention. Les Français enlevèrent C«apoue, qui passait pour imprenable, et firent un massacre horrible de ses habitants. Les Espagnols de leur côté envahirent la Fouille. Frédéric se rendit à discrétion et fut conduit en France. Gonxalve, après avoir juré sur l'hostie de ne point attenter à la liberté de son fils, l'envoya prisonnier en Espagne (1501).

Cette odieuse conquête engendra bieatôl la gnerre entre les conquérants. Gonsalve fut d'abord bloqiié et réduit à l'extrémité dans BaHetle. Mais Ferdinand amusa Louis XII par le perfide traité de Lyon et se donaa ainsi le temps d'envoyer des renforts. Malgré tout le courage deLouisd'Arsetded'Aubigny, malgré les exploits de Bayard, les Français furent battus à Semioars. s Ronco, i Cerignola. Louis XII fit un puissant eflbrt* Icca trois armées. Deux furent destinées à conquérir le Roassillon et à envahir l'Espagne du côté de la Navarre , la troisième à reprendre le royaume de Naples. Toutes troâ échouèrent Tous les alliés de la France lui manquèrvot i la fois. Les Vénitiens l'avaient déjà trahie. Alexandre VI et son fils, ayant convié un cardinal pour se défaire de Im. burent le poison qu'ils lui destinaient. Jules II s'empara de la tiare, prit à César Borgia toutes ses forteresses. L'armée française se fondit sur les bords du Garigliano par m indiscipline, l'intempérie des saisons, et les attaques d« Espagnols. Il ne t«sta bientôt plus un village aux Frsaçais dans tout le royaume de Naples (1 504).

Ligue de Cambrai. — Jules II voulait délivrer toite la péninsule des Barbaree, et abaisser en Italie took puissance rivale de celle de l'Eglise. Il encouragea la révolte des Génois contre Louis XII. Le peuple, poussé à bout par les nobles, se souleva et prit un teinturier poar doge ; mais Louis XII icoourut avec une brillante armée, prit la ville , brâla ses privilèges , fit pendre son dcger? construisit à la Lanterne une forteresse qai commaiidait l'entrée du port. Le pape, ayant échoué contre les Frtsçais, voulut au moins se servir d'eux pour reprcndrr asi Vénitiens quelqi^es villes de la Romagne. Le goorcnement de Venise avait profité des malheurs de toutes les autres puissances : toutes avaient à lui réclamer quelque chose. Elles formèrent une vaste ligue qui fol «^ à Cambrai. Les Vénitiens refusèrent d'abord de pmdfr la nouvelle au sérieux : ils comprenaient que leur terrtoin était une barrière nécessaire à tous les Etats de h péninsule contre les envahissements de l'Empire , de h France et de l'Espagne. Mais bientôt les boulets dts batteries françaises qui volaient jusqu'aux lagunes, neWor permirent plus de douter. Louis XII battit leur anséet la sanglante journée d'Aignadel, où quinse naille sddalsde la république restèrent sur le champ de bataille. En qselques jourSj il soumit tout le pays sur lequel il élevait êet prétentions. Venise se vit réduite un instant àsbaadonner une partie de son territoire ; mais , après les alternatives d'une guerre dont Tévénement le plos important fut le désastre de Maximilien au siège de Padoee. elle finit par le recouvrer presque tout entier.

SainU ligue. — Le pape, qui avait ce qu'il «miait. s'était réconcilié avec Venise et ne songeait pies qsâ chasser les Français d'Italie. Toutes les armes lui foresl bonnes , temporelles et spirituelles. Il rompit la lijo^^ Cambrai et s'entendit secrètement avec Ferdinand-le- Catholique, à qui il accorda l'investiture du nyyai:C( de Naples. Louis XII avait réduit les pensions des Soifl» et ne leur permettait plus de s'approridonner dass u Bourgogne et le Milanais. Il vit alors ce qu'il en eoôtà*. de se mettre i la discrétion de troupes mercenairrt. hles II gagna les Suisses et les jeU sur le Milanaii^^ K" même temps il attaquait le duc de Ferme . alli» * Louis XII , avec ses Bomains, et Gênes arec une fledf vénitienne. Louis XII ne sait s'il peut sans pérbé se àh fendre contre le pape , il assemble un concile nafioBal • Tours , qui lève ses scrupules. Jules II de ton côte etcommunie ses ennemis et presse de nouveau le due ce Ferraro. Il assiège en personne la Mirandole. et y wi son entrée par la brèche. Louis XII essaie d'apaiser ce terrible pape, mais en vain. Il ouvre alors un ceae3* * Pise pour le déposer. Jules en convoque on aolre « Saint-Jean-de-Latran et fait entrer Venise . F^dioaiv.

HISTOIRE DE FRANCE

illO

Henri VIH et remperear Muimilien dans une sainte ligue contre la France (1511). On ne parle qae de préserver TEglise d'un schisme el de lui rendre le fief de Bologne, qai lui appartient. Hais , au fond , les ennemis de la France ne se sont unis qne pour la dépoailler. Le pape veut usurper Parme et Plaisance , les Vénitiens reprendre les villes que la bataille d*Aignadel leur a enlevées , Ferdinand s'afTermir dans le rojanme de Naples et enlever la Navarre au d'Albret ; Henri VIH espère rentrer dans la possession de la Guienne.

Sans attendra la fin de l'hiver, les allies entrent en campagne. Brescia est prise, Bologne assiégée. Mais, voilà qu'un jeune homme de vingt-deux ans ,. Gaston de Foix , neveu de Louis XII, déconcerte tous leurs projets. 11 renvoie les Suisses dans leurs montagnes, sauve Bologne en s'y jetant avec sou armée à la faveur de la neige et de Touragan , de là se dirige sur Brescia , défait en chemin une partie de l'armée vénitienne, extermine l'autre dans Brescia même ; puis il rentra dans la Romagne , attaque Ravenne, contraint les Espagnols et les Romains à en venir à une bataille décisive, leur tue doute mille hommes el force le reste à la ratraite; mais comme rinfanterie espagnole se retire trop lentement, il se précipite sur elle avec quelques hommes d'armes , pénètre dans ses rangs et y trouve fa mort (1512). En deux mois, il avait soumis dix villes et gagné trois batailles.

Mais avec cet homme étonnant périt la fortune de la France. Ses successeurs discutent, perdent le temps, congédient leurs troupes. Vingt mille Suisses viennent se joindra aux Vénitiens. Une bulle du pape , qui excommunie le roi et met son royaume en interdit, achève de soulever toute l'Italie. Les Suisses rétablissent les Sforaa à Milan , les Génois secouent la domination de la France , les Médicis rentrent à Florence. Les ennemis de la France triomphent sur tous les points. Ses alliés d'Ecosse et de .\avarre sont vaincus ou dépouillés. Un moment, la tyrannie des Suisses, qui régnent dans le Milanais sons le nom de Maximilien Sfona, excite une réaction en faveur des Français. Mais la France est attaquée de front par les Espagnols et les Suisses , prise à dos par les Anglais ; Henri VIII débarque à Calais avec trente mille hommes. Les Français, battus à Novare, sont encore battus à Gui- Degate(1513).

Il semblait que la France ne se fût jamais trouvée en plus grand péril. Elle s'en sauva pourtant et montra jusque par ses revers quelle était alors sa prospérité et sa puissance. Maximilien n'avait jamais eu d'argent, Henri VIII n'en avait plus , Ferdinand tirait à peine de l'Espagne de quoi g abveoir à ses dépenses ordinaires. La discorde se mit dans le camp des alliés : ils ne purent ni ne surent profiler de leurs victoires. Louis XII traita avec eux. Il avait perdu toutes ses conquêtes , mais , entouré d'une ligue formidable, il était parvenu à sauver l'intégrité du territoire (15U).

AdministreUiom de Louis Xïï. — ^ Louis XII ne convoqua qu'une fois les Etats-généraux et seulement pour s'autoriser de leur assentiment à violer un traité qni pouvait entraîner le démembrement du territoire. Mais s'il ne voulut d'autre règle que son bon plaisir , au moins n'en nsa-t-il qne pour faire le bien et accrottre la prospérité do pays. Dans l'étude du Traité des devoirs et des autres écrits philosophiques de Cicéron , il s'inspirait à l>ien gouverner ; sons son administration la France se releva. Il eut une attention vraiment paternelle à écarter du peuple le fardeau des impôts. Il supprima ou diminua plusieurs taxes , réduisit la taille d'un quart d'abord , pats d'un tiers. Les imp6ls s'élevèrent à peine sous son règne à la moitié de ce qu'ils étaient sous Louis XI , et ils furent plus également répartis. Les élus et contrôlenrs délibéraient de leur assiette. La cour des aides prononçait en dernière instance. La cour des comptes , rendue

indépendante des parlements , exerçait son contrôle sur tout ce qui dépendait du domaine et concematt les finances. C'est par une stricte économie que Louis XH avait pu réaliser ces importantes réformes, il réduisit ses dépenses personnelles et retira aux conrtisans les pensions qu'ils avaient obtenues jusque-là de la cour.

Il réforma la justice par diverses ordonnances. Il assigna des gages aux magistrats pour les rendre plus inaccessibles à la corruption, abolit la vénalité des offices de judicature, établit, pour l'inspection des mœurs et de la probité des jugés , un tribunal de censure , réprima l'avidité des gens de loi et réalisa plusieurs des voeux émis par les Etats de 1484.

Les victoires des Suisses sur Charles-le-Téméraira avaient appris que la véritable force des armées consiste dans l'infanterie. Louis XII en organisa nue que Bayard et Vandenesse se chargèn*nt d'exercer et de conduire. C'était confier définitivement au peuple la garde du pays, que la chevalerie s'était montrée incapable de défendre. Charles VU, en instituant une armée permanente de qninie cents lancesybumtVset la milice des francs archers, qni restaient dans leurs foyers et s'exerçaient aux armes le dimanche , avait commencé cette révolution. Louis XII l'acheva. Il régularisa la paye des soldats, les astreignit à une discipline sévère, et mit les villes et les campagnes à l'abri des brigandages qu'avaient exercés jusque-là les compagnies.

Les guerres d'Italie avaient peu coûté à la France, les contributions levées sur les pays soumis suffisant presque toujours aux frais des expéditions ; et elles devaient avoir cet avantage d'élever les vainqueurs à la civilisation des vaincus. Le goât des lettres et des arts commença à se répandre. Le roi rassembla des bibliothèques précieuses, celles du doc de Milan et du roi de Naples entre antres , qu'il fit transporter en France. Il attira à sa cour les savants les plus distingués de l'Italie , et protégea généreusement les lettres. Lascaris, Aléandre, Gnillaume Budé se rendirent célèbres par leurs travaux de philologie. Un professeur de l'université, Tissard, fit imprimer le premier en France des livres grecs. Gaguin débrouilla nos antiquités nationales. Nicole Gilles, Jean Lemaire abrégèrent des chroniques et firent des histoires mêlées de bien des fables. Amelgard, Jean de Troyes, Olivier de la Marche, Jean de Saint-Gelais, Philippe de Comines, Jean Mollnet, Claude de Seissel écrivirent des mémoires , et nous ont laissé de précieux documents sur les événements qui s'étaient passés sous leurs yeux.

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