IV. niANÇOIS I**" BT HBMIU II
s 1. Gaerr«« «vm l'Eipagne.
Nouvelle conquête du Milanais, — La France, qui semblait abattue , déploya sous François pr des rassources surprenantes. La première pensée du jeune roi fut de recommencer la guerre et de recouvrer le Milanais. Il s'assura des alliés et franchit les Alpes. Les Suisses, qui gardaient les passages du mont Cenis et du mont Genèvre , apprirent avec étonnement que l'armée française venait de déboucher par la vallée de l'Argentière. Ils se replièrent sur Milan , consentirent d'abord à des négociations , puis revinrent fondre avec fureur sur l'armée française , qui s'était avancée jusqu'à Marignan. Le combat dura deux jours.- Les Suisses laissèrent qninse mille morts sur le champ de bataille et se retirèrent dans leun montagnes, avec une contenance si fiera encora que le roi ne les poursuivit pas (1515). La conquête du Milanais se trouva faite. Le vainqueur sentit alors la nécessité de désarmer ceux de ses ennemis qu'il pourrait gagner. Il traita avec le pape et lui sacrifia la Pragmatique , promit son appui aux Médicis , qui gouvernaient Florence , et conclut une paix perpétuelle avec les Suis-
IXSTRUCTIOX POIR LE PEUPLE.
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wt. Qaelques mo» après, lorsque Charles d'Autriche succéda eu Espagne à Ferdinand-le-Catholiqne , il fit le traité de Noyon, qui rendit un instant de repos iTEurope (1516).
Première guerre avec l'Eêpagne, jusqu'au traité de Madrid, — A la mort de Maximilien !<''', Charles avait obtenu la couronne impériale que briguaient avec lui les rois de France et d'Angleterre. La moitié de l'Korope se trouvait entre les mains du nouvel empereur ; il conçut le projet de la dominer tout entière. C'est alors que commença la sanglante rivalité de François 1'' et de Charles- Quint. Le premier réclamait Naples pour lui, la Navarre pour Henri d'Albret; l'empereur revendiquait le fief impérial du Milanais et le duché de Bourgogne. Leurs ressources pouvaient passer pour égales ; mais l'un était un profond politique, tandis que l'autre n'était qu'un soldat intrépide. François pi*, dès le premier jour, manqua de prudence : à l'entrevue du Camp du Drap-d'Or il éclipsa Henri VIII par sa msgnifîcence , au lieu de l'attacher à son parti , et ne sut pas s'assurer l'alliance du pape en lui abandonnant une partie du royaume de Naples. Charles-Quint, plus habile, flatta la vanité d'Henri VIII et lui fit entrevoir la chance de recouvrer les provinces que ses ancêtres avaient possédées en France ; il mit aussi le pape de son côté, en lui faisant espérer de chasser les Français de Milan et de rendre Parme et Plaisance a l'Eglise.
Le roi de France, dominé par les intrigues de sa mère, de ses maîtresses et de ses courtisans , commit fautes sur fautes. Au lieu de profiter des révoltes r]iù venaient d'éclater en Espagne , il envoya le frère de sa maîtresse se faire battre en Navarre. Il ne secourut pas à temps le duc de Bouillon, qui attaquait le Luxemboui^, et le laissa chasser de son duché. Le territoire était ouvert à l'ennemi : Méxières eût été prise sans l'héroïque défense de Bayard. Le roi, qui avait forcé les Impériaux à se retirer devant lui , pouvait leur couper la retraite et les détruire ; il n'écouta pas le connétable de Bourbon , un des héros de Marignan , qui demandait la bataille. Un courtisan surprit Footarabie , et, quand il devait la raser, lagarda vaniteusement LesEspsgnols la reprirent. Quatre armées étaient sur pied , et les hostilités languirent sur toutes les frontières.
Des intrigues de cour amenèrent la perte du Milanais. La reine- mère vola les quatre cent mille écns destinés aux troupes , pour nuire à Laiitrec qui en avait le commandement. C'était encore un frère de la duchesse de Château briant , la maîtresse du roi, qui gouvernait le duché de Milan et le pressurait. Il fut deux fois chassé de la Lombardie. Les Suisses, mal payés, le forcèrent de se faire battre à la Bicoque. Le Milanais devint la proie des alliés. Une révolution chusa les Français de Gènes.
François 1*^' allait passer en Italie , lorsqu'un ennemi intérieur mit la France dans le plus grand péril. La reinemère avait voulu se faire épouser par le connétable de Bourbon , et ayant subi l'humiliation d'un refus , le persécutait avec fureur. Le malheureux, ponssé à bout, trahit. Il promit à Charles-Quint de soulever les provinces de son domaine. Le royaume de Provence devait être rétabli en sa faveur, et la France partagée entre l'Angleterre et l'Espagne. François P'' resta et prévint les soulèvements; mais n'agit point en personne. Il avait donné la plus grande partie de ses troupes à un favori incapable qu'il envoyait dans le Milanais. Les frontières étaient dégarnies , l'ennemi y entra. Mais de braves chefs sauvèrent la France. Les Espagnols furent repoussés devant Bayonne ; le duc de Goise chusa les Allemands de la Champagne ; le duc de Vendôme et La Trémoille, avec une poignée de soldats , harcelèrent , affamèrent , chassèrent honteusement une armée d'Anglsis et de Flamands qui avait pénétré jusqu'aux bords de l'Oise, à sept lieues de Paris ;
Bourbon et les Impériaux échouèrent devant llarseiBe.
En Italie, les Français étaient moios heureux et venaient de faire une perte irréparable. L'incapacité do favori Bonivet avait amené leur défaite & Rebec et à Romagnano. Ils étaient de nouveau rejetés an deU des Alpes. Le chevalier Bayard , en couvrant la retraite de Tannée, à l'affaire de la Biagrasse , fut frappé d'un coop moHrI. Le connétable de Bourbon, le voyant asiss an pied d'un arbre le visage du cAté de l'ennemi , lut dit : « qu'il avoit grand' pitié de lui^ le voyant en cest estât, poar avoir esté si vertueux chevalier. > Le capitaine Bayard loi fit réponse : > Monsieur, il n'y a point de pitié en moy , car je meurs en homme de bien. Mais j'ai pitié de vous, de vous veoir servir contre vostre prince et vostre patrie ei vostre serment •
François F' passa les monts et prit Milan. Il deviit arriver à l'.^dda avant les Impériaux , leur couper la retraite, écraser leur armée découragée, épuisée par lei marches. Il consuma ses forces devant Pavie , en détarba dix mille soldats pour aller reprendre le royaume de Naples. Bourbon avait en le temps de lever de nouTelWs troupes ; mais il ne pouvait les nourrir, il allait être obligé de les congédier. Puisqu'on avait tant attendu , il fallut attendre encore. François I«»" dédaigna de refuserais bataille. On en vint aux mains près de Pavie. Le roi cliargea étonrdiment à la tête de sa gendarmerie, se précipiii devant son artillerie et la rendit inutile. Les vieux bèros des guerres d'Italie, La Palisse, La Trémoille furent toés. huit mille hommes périrent avec eux. Beaucoup foreot faits prisonniers. Le roi fit des prodiges de valeur. Son cheval avait été tué sous lui, il se défendait à pied, soq armure était toute faussée de coups de feu et de coopi de piques. Il se rendit enfin au vice-roi de Naples, qs reçut son épée à genoux. Le soir, il écrivit à sa mère Madame, tout est perdu, /ors l'kotmeur (1525).
L'honneur même sembla perdu plus tard : emmese prisonnier en Espagne, où l'admiration de l'Europe le suivit, François ne put en sortir qu'en signant le haotesi traité de Madrid , par lequel il démembrait la France et qu'une fois libre, il refusa d'exécuter (1526).
Seconde guerre jusqu'au traité de Cambrai. — DejWi» sa victoire de Pavie , Charles-Qnint avait ceasé de ménager ses alliés ; ils l'abandonnèrenL François I" ini\s d'abord avec Henri VIII , puis avec les Italiens qai &^ trouvaient i la merci des armées impériales; puis, lorque l'empereur demanda l'exécution du traité de Madnd. il lui parla de se battre en champ -clos et lui laissa !r choix des armes. 11 s'attendait aune guerre terrible, et ee songea qu'à préserver la France d'une invasion. Cepeadant l'Italie était en proie à une soldatesque féroce. Le» Impériaux marchaient sur Rome : un luthérien fttrieai. qui conduisait quatorie mille Allemands, portait an (ûb une chaîne d'or dont il voulait étrangler le pape ; Ro» fut enlevée , pillée, noyée dans le sang (1527).
François !•', qui avait considéré la guerre d'itale comme une diversion , se décida à envoyer une ano't quand il apprit le sac de Rome et la captivité du pspe. Lantrec reprit une partie du Milanais ; il pouvait encort chuser les Impériaux de la Lombardie. La cour de frtnc^ lui défendit d'aller aussi vite ; on le laiua encore une foi* manquer d'argent , quand les députés des trois ordres . sentsnt la patrie en danger , n'hésiteient devant aueoB sacrifice. Lautrec arriva pourtant jusqu'à Naples; a»" son armée était consumée par la peste. Le Génois Doria. blessé par la cour de France dans ses intérêts et ésos ceux de sa patrie , se donna à l'empereur an momenl w ses engagements avec la France eipiraient : Naple» m perdue, les débris de l'armée française capitolcrest. quelques mois après , les Impériaux reprirent le îlilanai* au comte de Saint-Pol.
François P»" demanda la paix. Il promit à ses «M»*
HISTOIRE DE FRA\GE
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d'Ilalie de ne point séparer sa cause de la leur; mais, par le traité qail fit à Cambrai, il les abandonna à la vengeance des Espagnols , et demanda sealeroent de garder la Bourgogne et de racheter ses fils , qai coûtèrent deux millions d'écns d*or à la France (1529).
SouvelUs guerres jusqu'au traité de Crespy. — François l^ vonint profiter de la paix de Cambrai pour réparer ses fautes. C'était le temps où les Turcs dévastaient Torient de l'Europe. Soliman avait fait un désert de la Hongrie, portait ses armes jusqu'en Autriche et mettait le siège devant Vienne. Les Barbares faisaient la traite des blancs sur les rivages de l'Italie et de l'Espagne. Le roi de France fit alliance avec les musulmans pendant que son rival préparait une formidable expédition contre eux ; puis , tout en brûlant les protestants de Paris , il négocia avec ceux d'.^llemagne et avec Henri VIII , qui venait d'abandonner l'Eglise. Sa mère venait de mourir, laissant la somme énorme de 150,000 écus d'or; il employa cet argent à faire quelques réformes et à réorganiser une infanterie nationale , qu'il porta à quarante mille hommes : pour sauver la France , il se décidait , après bien des hésitations , à donner des armes au peuple.
Lorsque Charles -Quint le croyait réduit k implorer bientôt sa pitié , la corde au cou , le roi de France déployait tout à coup des ressources nouvelles : il envahit la Savoie et le Piémont; mais, arrivé aux frontières du Milanais, il apprit la mort du duc François Sforsa, et relira ses troupes : le duché lui revenait ; il crut pouvoir compter sur la bonne foi de l'empereur , et lui en demanda l'investiture. Charles-Quiot l'amusa par des promesses , se donna le temps de rassembler des forces , et déclara ensuite qu'il allait le rendre le plus pauvre gentilhomme de l'Europe en lui prenant la France. Trois armées s'avancèrent en effet : Tune, par l'Espagne, vers le Languedoc; l'autre, par les Pays-Bas, dans la Picardie; la troisième, conduite par l'empereur luimême , entra par le Piémont en Provence. François I*^** résolut d'éviter la chance d'une bataille et d'affamer l'ennemi. La Provence entière fut dévastée par le maréchal de Montmorency. Charles -Quint, après avoir échoué devant Arles et devant Marseille , fut obligé de rentrer en Italie : son armée , manquant de vivres , assaillie sans cesse par les paysans, laissa vingt-cinq mille hommes dans le désert qu'elle venait de parcourir. L'armée des Pays- Bas s'était également consumée devant Péronne , et celle d'Espagne avait été entièrement défaite dans le Languedoc. La France était sauvée (1536). Après des hostilités qui durèrent toute l'année suivante , l'épuisement des de- <x rivaux amena la trêve de Nice ; ils s'embrassèrent ''raternellement à Algues -Mortes.
Le chevaleresque François l^* ne voulut pas manquer à cette nouvelle amitié. Il se donna bien de garde de profiter de la révolte des troupes impériales dans le Milanais , du mécontentement des cortès de Castille , ou de U révolte des Gantois. Il laissa Charles-Quint traverser paisiblement la France pour aller châtier ses sujets des Pays-Bas. Celui-ci montra moins de scrupule. Quand il en eut fini avec les révoltés, il annonça au roi de France qu'il ne lui rendrait pas le Milanais et fît assassiner deux de ses envoyés pour précipiter une rupture. François s'était vu détacher une partie de ses alliés , il ne lui restait que les Turcs, le duc de Clèves et les rois de Suède et de Danemark qui ne pouvaient inflaer beaucoup sur les événements. Il leva cinq armées , envahit presque en même temps le Roussillon , le Piémont, le Luxembourg, le Brabant et la Flandre. Les chances se balançaient. Le Luxembourg fut pris , perdu et repris par le duc d'Orléans. Mais quand on apprit que la flotte du roi très-chrétien et la flotte des Turcs s'étaient unies pour bombarder Nice, il y eot un cri d'horreur dans tonte l'Europe chrétienne. Les
Allemands accordèrent une armée de vingt-huit mille hommes à Charles-Quiut. Il avait accablé le duc de Cléves; Henri VIII, qui s'était réconcilié avec lui, avait défait le roi d'Ecosse. Ils convinrent de pénétrer au cœur de la France sans perdre le temps à assiéger les villes de la frontière, de s'emparer de Paris par un coup hardi et de se partager leur conquête. Pendant que l'infanterie française gagnait dans le Piémont la brillante bataille de Cérisoles , les Impériaux envahissent la Champagne , et les Anglais attaquent Boulogne.
Mais la France est encore une fois sauvée au moment où elle semble n'avoir plus d'espérance. En Champagne l'armée de Charles-Quiut est affamée , décimée par les escarmouches, comme elle l'a été en Provence. Les Anglais perdent le temps devant Boulogne. Il faut que des intrigues de cour fassent encore la fortune de l'ennemi. Une maîtresse du rdî, la duchesse d'Etampes, est en lutte avec une maîtresse du dauphin, Diane de Poitiers. Pour mettre Charles-Quint de son cdté, elle lui livre Epernai et Château-Thierry, deux magasins abondamment pourvus de vivres. Les Espagnols ne sont plus qu'à deux journées de marche de Paris. Mais ils craignent que la famine ne revienne; les Turcs d'ailleurs rappellent l'empereur en Hongrie : il consent à signer le traité de Crespy, par le« quel François renonce à Naples, Charles à la Bourgogne et le doc d'Orléans doit être investi du Milanais (1544).
Les hostilités continuèrent encore quelque temps avec Henri VIII, qui avait réussi à s'emparer de Boulogne. Le traité d'Ardres mit fin à la guerre (1546).
Guerres d'Henri II. — Ainsi , tant de fautes, tant de trahisons , tant de dangers , tant de revers même semblaient n'avoir pu atteindre la fortune de la France. Après s'être armée pour la défense de son territoire , elle combattit pour la liberté de l'Europe. Charles-Quint aspirait a la monarchie universelle. Il venait de détruire la ligue de Smalkalde, dernier rempart de l'indépendance germanique. En Italie, déjà maître de Naples et du Milanais, c'est-à-dire du Midi et du Nord, il commençait la conquête du centre par l'introduction d'une garnison espagnole à Sienne , par l'invasion de Plaisance et l'attaque de Parme (1551). Henri II , qui succédait à François P', appelé à tous les conseils de son père , continua sa politique. Il commença par s'assurer l'alliance de l'Ecosse par les fiançailles de Marie Stuart avec le dauphin , chassa les Anglais des possessions qu'ils avaient encore sur le continent et jeta une armée en Italie. Les terres du nouveau pape, allié de Charles-Quint, furent ravagées, les Impériaux forcés de lever le siège de Parme , les progrès de l'empereur arrêtés dans l'Italie centrale (1551).
En même temps il se portait pour défenseur de la liberté de l'Allemagne , s'alliait avec Maurice de Saxe , envahissait la Lorraine et incorporait au royaume les Trois- Évêchés ( Verdun, Toul et Metz). Il se disposait à occuper l'Alsace et à donner le Rhin pour limite à la France, lorsque Charles-Quint accorda aux princes allemands, par la paix de Passau, le rétablissement de leurs libertés politiques et religieuses. Henri , abandonné de ses alliés, retira ses troupes (1552).
La gouvernante des Pays-Bas envoya une armée sur la frontière de la Picardie ; et l'empereur conduisit cent mille hommes devant Metz pour reprendre cette ville. L'intrépide défense du duc de Guise la sauva. Les soldats de l'empereur, mourants de faim, reçurent du pain des asiiégés. Moins généreux, ils saccagèrent en Picardie quatre villes, incendièrent trois cents villages , brûlèrent les femmes dans les églises. Henri II fut obligé de faire dilersion en ravageant les Pays-Bas. L'empereur eut une armée battue, deux escadres détruites (1555). La guerre rependant restait sans résultat. En Italie, les Français essayèrent inutilement de soulever Naples et de s'établir à Sienne. Plus heureux au Nord , ils prirent une partie
IXSTRLCTIOX POUR LE PELPLE.
da Piémont Charlef-Quint , las des jeni de U fortune , laissa Tempire à son frère ^ ses royaumes à son fils ( Philippe II) , signa nne trêve avec Henri U, et alla cacher ses derniers jours dans la solitude de Saint-Jnst (1556). '
L'ambition de Philippe II était aussi active et plus opiniâtre que celle de son père. Le roi de France eut à combattre ses projets d'envahissement comme il avait combattu ceux de Charles-Quint Mais les mêmes intrigues qui tant de fois avaient compromis le sort de la France, exercèrent une déplorable influence sur cette nouvelle guerre.
Henri II envoya deux armées: Tane en Flandre, sous le connétable de Montmorency; l'antre en Italie, sous les ordres du duc de Guise. Gomme il fallait s'y attendre, le pape ne Connut pas aux Français l'armée auxiliaire qa*il avait promise. Le doc de Guise pénétra dans l'Abnixie ; mais son impétuosité échoua contre la froide et savante temporisation du doc d'Albe, il ne put entamer le royaume de Naples. Au nord , Montmorency, accablé par des forces très-supérieures, essuya, près de Saint- Quentin , une épouvantable défaite. U s'était opposé aux projets.de Diane de Poitiers et du duc de Guise; la guerre s'était faite malgré lui. Il commit des fautes inexplicables et put être accusé d'avoir craint de favoriser par une victoire l'essor de la fortune des Guises , qui suivait celui de la fortune publique.
Philippe U , heureusement , ne sut pas profiter de sa victoire, et dooiuà la France le temps de se reconnaître. Le doc de Guise avait été rappelé d'Italie et investi d'un pouvoir absolu avec le litre de lieutenant-général du royaume.. Il résolut de mettre la défense dans l'attaque. An milieu même de l'hiver , il alla camper inopioémenl devant Calais , emporta d'assaut la citadelle et força la ville de se rendre. £lle était depuis deux cent treixe ans au pouvoir des Anglais (1 558).
Les Anglais n'avaient plus de point de débarquement en France , et n'étaient plus à craindre. Guise continua le cours de ses victoires, s'empara de Thionville, de Dunkerque , et reporta les hostilités sur le territoire ennemi. Malgré la défaite de Gravelines , la France pouvait faire nne paix glorieuse. Les intrigues de Montmorency amenèrent le misérable traité de Cateau-Cambrésis. Henri III céda d'un trait de plume ce que les armées espagnoles n'am-aient pn , après trente ans de succès , reprendre k la France. Quelque temps après il fut atteint d'un éclat de lance dans un tournoi et mourut de cette blessure (1559).
S S. Lt RentitMoec et It Réforme.
François I*' avait défendu au parlement de s'occuper d'affaires politiques; il avait supprimé les Etats-généraux, concentré tout le pouvoir entre ses mains. Il pouvait à bon droit se vanter d'avoir mis désormais les rois Aors de page. Le règne de son fils fut l'apogée du pouvoir royal avant Louis XIV. Mais les peuples avaient appris bien des choses dans les guerres d'Italie. La renaissance des lettres devait avoir des conséquences fécondes. L'imprimerie porta la lumière dans toutes les intelligences , l'examen et la réflexion se substituèrent à la foi et à l'habitude. L'esprit de liberté se réfugia , contre la tyrannie , au plus profond de la conscience de l'homme , et il éclata dans la religion, en attendant qu'il pût rentrer , avec une nouvelle force , dans les institutions politiques.
En 15£1, la Sorbonne avait condamné Luther, c'était assex pour attirer l'attention , en France , sur les opi^ nions du novateur. Plusieurs membres du clergé les embrassèrent aussitôt, et les prêchèrent dans le diocèse de Meanx , parmi les drapiers et les cardeurs de laine. C'est de ce moment que la persécution commença , implacable, acharnée, armée d'épouvantables supplices. Le
clergé et le parlement rivalisèrent de fureur. Frsnço» V essaya d'abord d'opposer quelque esprit de tolérsact. Il entendait chanter les psaumes de Marot , sur dei airs de romances , par les gentilshommes et les dames de n cour; les hommes qu'il aimait le plus, les savants, le déclaraient pour la nouvelle doctrine. Il protégea lo premiers prolestants de France, hésita longtemps, demanda à Melanchton un mémoire conciliatif , et faiona même la révolution de Genève qui devint le foscr do calvinisme (1535). Mais les réformés avaient oublié dès le premier jour que ce qui faisait leur droit et leur forte était la liberté de conscience. Déjà l'anabaptisme avait effrayé la France et l'Allemagne de son eDlbousiasnw (troce. Les images des saints étaient partout détruiles. l'ordre public était menacé; en 1528, nne statue deU Vierge, placée au coin de la me des Rosiers, àParij, foi mutilée et percée de coups de poignard. Ce fut le Âgmi d'un redoublement de fureur. L'adversaire de Charie»- Qnint avait besoin du pape, il l'allécha par le aang dei hérétiques. A Vienne, à Séei, i Toulouse, à Paria, iei exécutions se multiplient La Sorbonne, les porlenests, les conciles fulminent contre les réfonDCa. La wœar en roi essaie en vain d'arrêter les persécutioiia. Le roi k»même , pour racheter les peines de l'autre vie qu'il penK avoir encourues par ses excès, finit par assister aux (eus atroces qui ensanglantent les places de Paris. Aprri des processions expiatoires, on attache la vietiiDe i l'extrémité d'une balançoire qui s'abaiase et se rdèvi alternativement sur le biîcher, pour prolonger le fSfplice.
Vinstitutiom chrétienne de Calvin , écrite dans uo itjk clair , serré , pénétrant , vint à point ponr rallier cm qne révoltaient les abus du catholicisme et les furcvs et clergé, et à qui il ne manquait que de savoir se faire ose nouvelle foi (1535). Calvin rannra lea cooscieecail montra dans la réforme un retour à rXvaiigâc d non une excitation à la révolte. La nouvelle doebiac se répandit sans qu'on s'aperçût qu'elle n'était ni oMisi dure ni moins inexorable que l'ancienne. Elle se dn^ loppa en liberté dans la ville libre de Genève, gsgssh Navarre, la ville commerçante de La Rochelle, les dif< savantes de l'intérieur, Poitiers, Boniges, Oriésos, et pénétra jusqu'aux Pays-Bas, jusqu'en Angleterre, jsiqu'en Ecosse. Les tortures servirent ses progrès sstiB'. que les écrits de Calvin et les éeoUi Inùssommin». A fepouvantable destruction des derniers Vaadois, qui (»■ vertit en déiert l'un des pays les plus peuplés et les plss fertiles de la France méridionale , l'horreor fut ooirerselle, et la réforme s'étendit publiquemcnl dans Imitk royaume (1545). Deux ans après la mort de Henri II ils avaient plus de deux mille églises.
Jusque-là, l'enthousiasme des réformés est resté étiaeger aux passions politiques qui se sont mêlées asx foreurs religieuses de leurs ennemis. La législatiou de sasji dont ils sont frappés sons le successeur de François l'^ éveille leurs instincts de liberté et lenr conseille U nvolte. L'esprit républicain fait des progrès. Les nartjn conspirent contre leurs bourreaux. Pois vienoeot în chefs, les habiles qni se placent derrière les réfonse«. comme le roi , le clei^é , les magistrats se sont ééji m^ derrière le peuple des catholiques. Cest alois qne <«•* mencent ers guerres monstrueuses dont la religiea dt aussi souvent le prétexte que la causer
Des lettre» , de» »eienee» et de» art» sous Fraofoi* 1'^ et Henri IL — Les guerres d'Italie ont été nne itàùttion ponr la France. Elle se met i l'école de l'asti^siK et s'y forme. La pensée, devenue plus flexible el pte puissante, s'applique à tout, anx lettres, aux arts, iss arts mécaniques» aux manufactures, au commcroe. Lasa^ du linge étendu aux masses , la première pairede b» dr soie , portée par Henri II à son sacre , tisBDfnt d'aais
HISTOIRE DE FRAXCË.
>rès que les inspirations des poètes et des artistes à cette fraode émancipation de l'intelligence au xvi" siècle. La {loire dp François l^^ est d'avoir dirigé ce monvemenL 1 fonde le collège de France et l'imprimerie royale; il >âtit ou agrandit Fontainebleau , Saint-Germain, Chamwrd et commence le Louvre. Il attire en France le Prinatice et Léonard de Vinci Lui-même cultive les lettres ?t laisse des poésies badines et amoureuses; sa sœur, Jargoerite de Navarre, compose an recueil de contes en >rose, où La Fontaine a cherché plus d'une inspiration. I s'entoure de savants, de poètes, d'artistes. Les noms :élèbres se pressent en foule sous la plume de l'historien, ^e sont, parmi les littérateurs et les juristes, Ifarot, le Saiot-Gelais , Oesperriers, Dnprat, Mariliac, Lizet, 'oyet, Ifonlholon; dans la théologie, Calvin; parmi les crivains les plus distingués de ce temps , le médecin Lmbroise Paré, les jurisconsultes Dumoulin et Gujas; es érodits Huret, Guillaume Budé , Tumèbe, Henri Sstienne, célèbre imprimeur; Merlin, qui forma lapre- Bière collection des conciles; les frères du Bellay, négoiatenrs et historiens; Robert Estienne, Dolet, Meigret, [rammairieos ; Jean Cousin , sculpteur et peintre ; Geroain Pilon , Philibert de l'Orme , Jean Goujon, sculpeurs et architectes. Après François I^i", Ronsard brille au ailîeu de la pléiade des poètes ; l'école de Jodelle tente me révolution dans le théâtre ; Rabelais commence une haine de libres penseurs qui se continue par Montaigne t ses amis, la Boètie et Charron.