‹ Instruction pour le peuple: cent traités sur les connaissances les plus indispensablesChapitre 146 sur 291 · V. CUBRRBS DB RILIGIOM · texte numérisé non relu

V. CUBRRBS DB RILIGIOM

La France, ruinée par sa lutte avec TEspagne, ensan- [lantée par les persécutions religieuses , déchirée par les actions, dont chacune appelait l'étranger à sou secours , omba successivement aux mains de deux enfants. Le louvoir royal, relevé par Charles VII et par Louis XI , l'avait guère connu de limites sous leurs successeurs. Les ils de Henri II le laissèrent s'affaiblir dans les guerres le religion : les grands en prirent chacun leur part j« moyen ftge, an instant, sembla renaître : on put croire [ne l'unité nationale elle-même , opérée à peine par {uatre siècles de persévérants efforts , était au moment le se dissoudre.

François II avait seixe ans. Les oncles de sa femme, e duc de Guise et le cardinal de Lorraine , chefs du larti catholique, s'emparèrent du gouvernement. Ils ronvaient l'Etat endetté de quarante-deux millions , le wnple chargé de plus d'impôts qu il n'en pouvait porter. Is se virent obligés de reprendre les domaines aliénés , le supprimer une partie des grâces et des pensions , et le réduire l'impôt destiné à la solde des étrangers. Tétait exciter la révolte et se désarmer en l'attendant. La loblesse réclama, des milliers de solliciteurs assiégèrent l'ontainebleaa. Le cardinal de Lorraine fit afficher que 'on pendrait ceux qui n'auraient pas quitté la ville dans es vingt-quatre heures.

Conspiration d'Amboin, -r- La noblesse était mécontente, les réformés exaspérés par les persécutions. Les Bourbons (le roi de Navarre et le prince de Condé ) pro- Stèrent de l'irritation générale pour tenter un effort contre la maison de Lorraine. Ils entrèrent dans une conipîration dont le chef apparent était un gentilhomme protestant , La Renandie , et dont le prince de Condé Hait l'âme. Les conjurés marchèrent sur Amboise pour l'emparer de la personne du roi ; mais ils furent dénoncés aax Guise , massacrés sur les chemins. Ceux qui n'avaient pas péri les armes à la main furent décapités sans juge» ment. La Loire , pendant plusieurs jours , roula des cadavres : > Ce spectacle estonna le roi , ses frères et toutes les dames de la eour, qui , des plates-formes et fenêtres du château , y assistoient Mais surtout cette compagnie sdraira Villemongis Briqnemaut, qui, prest à mourir, em-

plit ses deux mains du sang de ses compagnons , qu'il jeta en Pair, puis , les eslevant sanglantes : ■ Voilà le sang innocent des tiens ; ô grand Dieu... et tu le vengeras! a ( D'Aubigné. )

Tant de cruautés avaient été comnjises en pure perte. Le prince de Condé poussa les huguenots à de nouvelles révoltes ; la reine-mère , Catherine de Médicis , qui se voyait négligée par les Guise , s'entendit avec lui : l'avénement du petit Charles IX (1560) fut le signal de nouvelles intrigues et de plus horribles luttes.

L'HotpitaL > — Catherine dtale pouvoir aux Guise, et, docile d'abord aux siges conseils du chancelier L'Hospital , elle voulut établir l'équilibre entre les partis. L'Hospital , noble image de la froide eagesu impuiuanU entre les passion* , essaya de consolider la paix publique en rétablissant l'ordre dans les finances , en allégeant les charges du peuple accablé , et en accordant la tolérance aux réformés. Dans les Etats-généraux, la noblesse prétendit garder ses privilèges intacts; le clergé offrit ses prières pour payer les dettes de l'Etat, menaçant le roi de damnation s'il osait toucher à ses biens. L'Hospital opposa au danger toute l'opiniâtreté de sa vertu. Il parvint k faire voter par les Etats de Saint-Germain une partie des réformes qu'il avait conçues. En même temps il gagnait les calvinistes en leur assurant la liberté de conscience. Ils furent admis , dans le colloque de Poissy, k une libre et solennelle discussion de leurs principes ; au mois de janvier suivant , ils obtinrent le premier édit de tolérance (1562).

Guerres civiles. — Les grands se hâtèrent d'arrêter les progrès de l'ordre public. Le duc de Guise, en passant à Vassy , en Champagne , fit massacrer les protestants qui étaient au prêche. Alors recommença le règne de la violence. Les calvinistes et les catholiques pensaient faire leur salut en* s' exterminant réciproquement Le sang inonda la France. Les deux partis, se préparant à la guerre civile avec un farouche enthousiasme , n'hésitèrent pas d'appeler l 'étranger. Les Guises méditent avec le roi d' i'* spa- «jne la mine de Genève et de la Navarre; les protestants de* mandent du secours a leurs frères d'Allemagne et livrent le Havre aux Anglais. La France devient bientôt un vaste champ de bataille couvert de ruines et de morts. Guise est d'abord vainqueur à Dreax ; il fait prisonnier Condé , lo général des protestants , avec qui il partage son lit Orléans, la place principale des religionnaires , n'est sauvée que par la mort do doc de Guise, qu'un protestant , Poltrot de Méré , assassine par-derrière d'an coup de pistolet (1563). La fortune se tourne alors du côté des huguenots ; Coligny va accabler la cour et se substituer aux chefs du parti catholique. Catherine de Médicis l'arrête en fusant signer au prince de Condé captif le traité d'Amboise (1563). Les protestants posent les armes ; ils ont obtenu une sorte de liberté de conscience qu'ils ne garderont pas longtemps : • On leur ôta pins , dit Pasquier , par des édits pendant la paix , que par la force pendant la guerre. • Condé et Coligny essaient de s'emparer du jeune roi; repoussés à Saint-Denis, ils reviennent avec treixe mille Allemands ponr affamer Paris. La cour accepte la paix de Longjumeau, boiteuseet nuUassise , qui confirme le traité d'Amboise (1568). Une tentative de cour pour saisir Condé et Coligny décide nne troisième guerre. Tonte modération sort des conseils du roi avec le chancelier L'Hospital. Les protestants prennent La Rochelle pour centre de leurs opérations. Vaincus i Jarnac, ils se renforcent des corps allemands que le prince d'Orange leur amène à travers toute la France. Ils ont perdu Condé, tué de sang-froid par le capitaine des gardes du duc d'Anjou ; le jeune prince de Béarn devient leur généralissime ; Coligny loi servira de conseil et de lieutenant Les avantages des deux partis se balancent Malgré la victoire de Mancontour, la cour désespère

r\STRLCTIOi\ POUR LE PELPLE.

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d'accabier les huguenots sur le champ de bataille, et résout dès ce moment de les surprendre et de les détruire pendant une paix perfide ; elle conclut avec eux le traité de Saint-Germain et leur accorde tout ce qu'ils demandent : leur culte doit être libre dans deux villes par province ; on leur laisse pour places de sûreté La Rochelle, Montanban , Cognac et La Charité. Le jeune roi de Navarre épouse la sœur de Charles IX , Marguerite de Valois (1570).

La Saint-Barthélémy. — Les calvinistes, appelés à Paris pour les noces du roi de Navarre, réveillent toutes les dcBances de leurs ennemis par leur nombre, par leni; altitude. On veut d'abord se débarrasser de Coligny ; un assassin , aux gages du jeune duc de Guise , tire sur lui au moment où il sort du Louvre : mais Tamiral est seulement blessé. Charles IX, agité par la honte et par la colère, jure de le venger ; il subit déjà son influence. Mais Catherine de Médicis et le duc d'Anjou raniment par la peur cette âme faible, où tout se tourne en fureur, et et lui font résoudre le massacre de tous les chefs protestants. Le 24 août 1572, sur les deux heures de la nuit, la cloche de Saint-Germain-l'Auxerrois donne le signal ; le jeune Henri de Guise commence le massacre en égorgeant Coligny ; les protestants sont surpris dans leurs lits ; on n'entend qu'un cri : tue ! tue ! Un catholique se vante d'avoir racheté des assassins plus de trente huguenots pour les torturer à plaisir. Le roi fait venir le roi de Navarre et son cousin de Coudé , et leur crie d'une voix furieuse : -Messe, mort on Bastille. <> Lui-même, d'une fenêtre du Louvre , il tire avec une longue arquebuse sur les protestants , qui fuient de l'autre côté de la Seine. » Douze cents gentilshommes, les chefs les plus vaillants des calvinistes , deux mille de ceux qui résident k Paris sont tombés sous le fer des assassins. An point du jour, les corps tombaient du haut des fenêtres, les portes enchères étaient bouchées de corps achevés ou languissants , et les rues de cadavres qu'on traînait sur le pavé à la rivière. > (D'Aub.) Cette boucherie dura trois jours et se répéta dans la plupart des provinces , selon l'ordre qui en avait été donné aux gouverneurs. La royauté triomphe, souillée du sang de milliers de citoyens , et l'Europe catholique l'applaudit : Philippe II félicite la cour de France ; à Rome , on frappe des médailles en l'honneur de ce grand événement.

Mais le crime sera inutile : pendant que le malheureux Charles IX languit et meurt dans les remords, troublé par des visions horribles, suant le sang, les protestants se jettent dans La Rochelle, dans Sancerre, et s'apprclcnt à une guerre désespérée (157 4). L'horreur de la Saint- Barlhélemy rapproche d'eux une partie des catholiques , ceux qu'on appelle les politique», c'est-à-dire les modérés. Trois princes du sang sont à la tête des confédérés : il faut que la cour cède et subisse le traité de Loches , par lequel les calvinistes obtiennent la liberté du culte dans tout le royaume, excepté Paris, une chambre mi-partie dans chaque parlement et plusieurs villes de sûreté (1576).

La Ligue, — Alors le parti catholique, humilié, cherche un chef hors de la famille royale. La souveraineté est au premier occupant ; le jeune duc de Guise se présente héritier de la gloire de son père , se disant la vraie postérité de Charlemagne. Il aspire an trône et, pour servir ses projets, la Ligue s'organise sons prétexte de défendre la religion. Déjà il possède toutes les prérogatives de la royauté, tandis que le roi perd son temps en ridicules dévotions et en débauches infâmes. La reine-mère croit que tout est sauvé , parce que son fils a signé la Ligue ; mais il n'a fait que sanctionner les factions et donner plus de force à la guerre civile. Les traités se succèdent sans résulut Cependant le roi a perdu son frère, il n a pas d'enfants ; la plupart des catholiques repoussent dn I

trône le prince hérétique Henri de Navarre, i qui revieai la couronne. Le duc de Guise se croit plu près dn trône, il traite avec Philippe II et avec le pape ; il lève docne mille hommes en Lorraine, soulève la Champagne et la Picardie. De son côté Henri de Béam s'appréle à défendre ses droits. Un tiers du royanone est an pouvoir des ligueurs , un tiers tombe aux mains des réformés ; U conseil des Seize s'est formé. Nouvelle Ligne an teia de la Ligue. Henri III perd la tête , s*hnmilie, se livre aux ligueurs , et , après la honteuse affaire de Contras, on son favori Joyeuse se fait battre et tuer par U Béarnais, il ne doit plus de garder sa cooronne qn'à Tir» résolution de ses ennemis, qui lui laissent le temps et prendre la fuite. L'andace des ligueurs, en effet, ne coenaît plus de bornes ; Henri de Guise , que le peuple appelle le nouveau Machabée, fait une entrée triomphak s Paris. Le pauvre roi envoie six mille Suisses contre loL Les bourgeois élèvent des barricade* dana les mes , assaillent les Suisses des fenêtres de leurs maisons et tiesnent le roi prisonnier dans le Louvre ; on parle déjà de le raser et de le jeter dans un couvent Mais , pendaat qu'Henri de Gnise s'amuse aux propositions de la rrisemère, Henri III échappe et se sauve à Chartres. Il espè^ encore désarmer les ligueurs en traitant avec enx ; il approuve tout ce qui s*est passé, accorde an dnc de Guae un grand nombre de villes, le commandement des annéH du royaume. Mais l'ambition dn dnc est insatiable, et. dans les Etats-généraux de Blois, ne cherche pins à se cacher : le faible roi le fait assassiner , ne sacfasnt pas k vaincre (1588).

Dès' que la nouvelle parvint à Paris, le penpie prit 1< deuil. Bussi-Leclerc, de maître d'armes devenu goair-rneur de la Bastille, y enferme la moitié dn pariemeat Le pape, la Sorbonne, le clergé, les Seize, sonfOent partout la fureur; l'insurrection s'étend de Paris à tootff les grandes villes du royaume. Henri III u*a d*antre ressource que de se jeter dans les bras du roi de Navarre Il s'avance avec deux armées jusqu'à Saiol-Clood poer assiéger Paris, lorsqu'un jeune moine, nommé Ciéfltest, le frappe d'uu coup de couteau dans le bas-rentre. L'image de l'assassin fut offerte, dans toutes les églises, s l'adoration du peuple (1580).

Henri de Navarre continua la guerre alors pour an compte. Il attendit Mayenne, devenu le chef de la Ligne, près d'Arqués, en Normandie, et, avec trois mille hoasa^s il en battit trente mille. L'année suivante, il dé£t àr nouveau Mayenne et les Espagnols dans la plaine d'Ini Xe perdez point de vue mon panache blanc, avait-il dit à ses soldats, vous le trouverez toujours au chemin de rh»amrw et de la victoire. Puis il vint bloquer Paris, dont les bdsIheureux habitants, réduits aux plus affreuses cxtréartes de la famine , ne trouvèrent de pitié qu'en lui.

Depuis l'assassinat d Henri III, la Ligne marcluit xen sa dissolution. Affaiblie par les dissensions inténeoiei. elle fut achevée par les défaites : elle perdit jnsqn'a kï dernier prétexte par l'abjuration et surtout par rahsdsîx^ de Henri IV. Alors elle ne fut plus que ridicule H !s Satire Mènippée en fit justice.

Edit de Nantes. — Henri IV, après son entrée à Pam (1594), pardonna à tout le monde et s'occnpa de reec»stituer l'autorité royale. La guerre civile fit place, er 1595, à la guerre étrangère : Philippe II, vaincu et rsisr. renonça à ses prétentions. L'édit de Nantes, en acradas: anx protestants la tolérance religiense et des ganolies politiques, rendit enfin la paix à la France (1598).

BELTREMIKUX.

JI«v«porlI. H. MARTIN.

PARIS. — TYPOCSAPIU tLOM FaiSBS, irt SB VSKCflUS». Si-

Pâui. —

DUBOCHBT, LECHKVALIER ir C-, 60, RUE RICHELIEU. —25 oMTniBf.

HISTOIRE DE FRANCE

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