Maitrin
Louii XIV, — La mort de Richelieu avait éié presqaf p^tout accueillie comme une délivrance. Le peuple se crut quitte de l'impôt et fit des chsnsons; la noblesse revint en foule réclamer ses privilèges ; le parletneat , qui s'était vu dépouiller même de ses attributions jndictaim. s'arrogea l'énorme pouvoir de casser le testament d'un r«> et de décerner une seconde fois la régence. La résilier était partout Ce fut Anne d'Autriche, régente an nos du petit Louis XIV, qui sauva de la destruction Tediâo ébranlé de Richelieu. Elle oublia ses affections aristocratiques, ses penchants espagnols, pour mettre à la trie du ministère ce Masarin de qui le grand cardinal att;t dit , après leur première entrevue , qu'il n ajait jama» rencontré déplia beau g^iepour Ut tjfairts. Cet Italiec, moins grand que Richelieu, continua pourtant sa pol»tique au dehors. Tout en pillant la France , il éûblti définitivement sa prépondérance sur l'.^utriche , et , nulgré le désordre des finances et le tumulte des factions . termina vingt-cinq yis de guerres sanglantes par es traités qui ont rendu à la France sa frontière d'Alsace, ont consolidé son influence jusqu'au fond da Kord, et sont restés la charte diplomatique de TEurope jnsqa'« la révolution française.
SuiU de la guerre de Trente- An», — La France coatinnait à triompher sur toutes ses frontières. L» Espagnols , sous la conduite d'un générsl blanchi par Pexperieuce, se jetèrent en Champagne; la faiblesse d'aa« minorité relevait leurs espérances ; ils se crurent cacert une fois sur le chemin de Paris. L'armée qu*ib avatfct devant eux était commandée par un jeune homme et vingt ans , qui avait reçu l'ordre de ne point hasarder de bataille ; mais ce jeune homme était le grand Cood». Malgré la cour et les vieux conseillers qu'on avait a» autour de lui , il força à Rocroj les lignes espagnoles . et . par un coup d'œil gui voyait à la fois le imm§er ei U msource, gagna la bstaille. Le vieil honneur des
HISTOIRE DE FRANGE
ispagnoles fut perda ; le respect qn*on avail en Europe )ODr les soldats de l'Espagne se tourna ver3 les soldais le la France. Condé sut vaincre et profiter de la victoire. ] s'tvança à travers le pajs ennemi, prit Thionville '1643) , fit repasser le Rhin anx Allemands et le passa iprèi eox. Avec Grammont et Tnrenne , il attaqna le '.amp du vieux Mercy , retranché près de Fribonrg sur leox éminences. Le combat recommença trois fois à rois jours difîérents. Coudé jeta son bâton dans les reranchements ennemis , toute Tannée conrnt le ramasser, klercf sauva les débris de ses troupes par une retraite à narche forcée, et laissa son artillerie et son bagage. Spire, ^aodan , Philipsbourg , Worms , Mayence se rendirent. !. 'année suivante, l'armée française vengea les Suédois, lans les champs de Nordlingen , de la défaite qu'ils y ivaient naguère essuyée (1645).
Les armes françaises étaient victorieuses en Flandre ;onmie en Allemagne. Gravelines capitula. Après bien faatres places fortes, Courtray ouvrit ses portes sons les eux de l'armée ennemie. Sur mer, mêmes succès. Vingt [Bières battirent la flotte espagnole sur les côles d'Italie. ^8 même année , Condé , secondé par l'amiral hoUanlais , enleva Dunkerque , la clef de la Flandre. La forone de la France ne se démentit qu'en Espagne, on le mauvaises troupes, mal payées, échouèrent devant liérida , et en Italie , oîi M azarin laissa retomber Naples, loulevé par le pécheur M azaniello , sons le joug détesté le l'Espagne (1646). Mais tant de revers accablaient la naisoo d'Autriche, qu'elle ne pouvait plus profiter d'anrun avantage. Tnrenne , après sa jonction dans les pays l'outre 'Rhin avec une armée suédoue, avait lancé sa aralerie jusqu'aux portes de Munich et forcé le duc de lavière à abandonner l'alliance autrichienne. Il tenait Autriche. Le gouvernement craignit de travailler pour ei Suédois et de rompre l'équilibre de l'Allemagne au irofil des protestants ; Torenne fut rappelé (1646). Mais année suivante . le duc de Bavière ayant violé son traité le neutralité , Tnrenne revint en Allemagne , rallia les suédois pressés par les impériaux , et les aida à gagner 1 bataille de Sommersbausen , près d'Augsbourg. Le lue de Bavière, presque octogénaire, fut forcé de s'enuir, laissant son Etat en proie ans vainqueurs. Ils allaient «nétrer au cœur de l'Autriche , lorsqu'une grande nonelle leur fit tomber les armes des mains. L'empereur obissait la loi de la nécessité, la guerre de Trente-Ans tait finie (1648).
Paix de WeetphaUe, — Les négociations , entamées presque depuis le commencement de la guerre , ne deaient pat se lerminer par la paix universelle. De grands ésultats toutefois étaient obtenus. II y eut trois traités lifférenta. Le premier, entre l'Espagne et les Provinces- /nies , proclama l'indépendance de la Hollande. Le seond , entre la France et l'Autriche , établit le triomphe lu fédéralisme sur l'unité despotique , que la maison TAutriche avait voulu imposer à TAllemsgne II stfpula a liberté de conscience pour les protestants , régla les Iroita et les rapports des Etats germaniques , donna l'Alace à la France, moins la grande cité impériale de Strasbourg , lui confirma la possession des Trois-Evéchés !t décréta une paix perpétuelle entre le royaume de 'rance et le Saint-Empire romain. Le troisième traité 'alnt aux Suédois , ces infatigables alliés de la France , a Poméranie , beaucoup de places et de l'argent. L' Auriche était vaincue ; et les Français , enrichis d'une belle »rovince , devenus les législateurs de l'Empire , avaient issnré l'indépendance et la sécurité des divers Etats de 'Europe (1648).
L'Espagne seule n'était point entrée dans cette paix. 'Jle y avait résisté, malgré la sanglante bataille de Lens, lont les vieilles bandes castillanes ne devaient pas se reever. L'Espsgne comptait sur les germes de discorde
civile qui avaient grandi au sein de la France pendant ces cinq années de victoires.
La Fronde. — Mazarin soulevait contre lui une réprobation générale. Le premier tort do nouveau ministre était d'être Italien et de parler mal le français : on se moqua de lui an lieu de le craindre. Mais i ce tort là il en ajouta bien d'autres. Tandis que Richelieu maintenait par la terreur ses ennemis dans l'obéissance, Matarin, dans l'âme des siens , ajoutait le mépris i la haine par l'emploi perpétuel du mensonge. Et ses ennemis n'étaient pas seulement les grands ; le peuple avait payé cher les victoires de la France. Richelieu n'avait pas eu le loisir de rétablir les finances. La folle administration de Masarin n'eut pas de peine à accroître le désordre des finances et la misère du peuple. Il renchérit sur les expédients irréguliers dont Richelieu avait vécu. Il laissait prendre , il prenait lui-même : à sa mort il laissa cent millions de bien à ses nièces. Le parlement prétendit défendre les intérêts du peuple. A mesure que s'était affaiblie l'aristocratie d'épée , l'aristocratie de robe avait étendu son influence en cherchant à substituer son contrôle régulier aux résistances tumultueuses des seigneurs. Le parlement de Paris , émané de la royauté dont il avait été longtemps l'instrument et l'appui , s'était approprié l'héritage des Etats- généraux. >Par l'usage d'enregistrer • l'impdt , dit Pasquier, il acquit le droit de vérifier les » volontés de nos princes. » C'est en vain que Richelieu avait épuisé ses rigueurs contre les parlementaire» , il n'avait fait que les aigrir et les décider à la lutte. Maïarin commença par les flatter, et ce manège réussit quelques mois. Mais leurs complaisances forent bientôt i bout, ils jugèrent l'occasion venue de s'immiscer dans les affaires publiques. Vidit d'union établit la solidarité de la chambre des comptes , de la cour des aides et du grand conseil avec le parlement (1648). Une immense clientèle de cinquante mille familles appartenait à ces cours souveraines, d'où relevait la foule des officiers de justice et de finance. Le peuple entier les salua avec enthousiasme , dès qu'elles parlèrent de remédier par de bonnes lois aux désordres de l'arbitraire. Leurs députés, réunis au Palais-de-Justice , votèrent vingt-sept articles qui devaient être proposés i l'approbation du parlement et i la sanction de la régente. Défense de détenir aucun sujet du roi plus de vingt-quatre heures sans l'interroger et le remettre à son juge naturel , garanties d'indépendance pour la magistrature, interdiction de créer à l'avenir des commissions extraordinaires, et d'établir ni office ni impôt qu'en vertu d'édits vérifiés avec liberté de suffrage , répartition et perception des taxes faites par les provinces elles-mêmes, et non plus par les fermiers et les partisans , création d'une chambre de justice formée an sein des quatre cours pour juger les malversations commises dans le maniement des finances, consolidation des rentes sur l'Hôtel-de- Ville, destruction des monopoles commerciaux, réduction d'un quart de l'impôt accablant de la taille, qui ne pesait que sur les roturiers ; ce n'était pas moins qu'un essai de constitution nationale.
Dans ce temps où le parlement d'Angleterre coupait la tête à son roi , celui de France crut pouvoir au moins se passer de la sanction royale. Il commença à décréter les réformes. Maxarin, à bout de ruses et de moyens dilatoires , profita de la victoire de Lens pour essayer un grand coup : deux conseillers des plus remuants furent arrêtés pendant le Te Dettm. Ce fut le signal de l'insurrection. Le peuple tendit des chaînes dans les rues et dressa des bamcades : il y en eut plus de deux cents en moins de deux heures. La reine fut obligée de sortir de Paris avec ses deux fils et son ministre. La France se trouva divisée en deux partis : les Matarins et les Frondeurs. Les princes , les grands ne manquèrent pss de se joindre au menn peuple , sans lui épargner leur
lias
méprif ; ils D*avtieot qui gagner an détordre. Ce fnt le prince de Conli , petit et twun , • nn xéro , dit le c^r-
• dinal de Retx , qui ne multipliait que parce qn*il était
• priDce da lang • , qne les Pariiient élurent ponr généralissime. Les antres chefs dn parti étaient nn petit-fils de Henri IV, le duc de Beanfort, le roi des halUi, le duc de Bouillon , Tnrenne, qui se laissa entraîner par sa pauion pour madame de Longuevilie , les dacs de Vendôme, de Nemours, de La Rochefoucauld, et ce spirituel ' et turbulent abbé de Gondi , cardinal de Retx , qui aimait à s*entendre appeler le petit Catilina , et ,' de son aveu , aiKii< Véme peut'étre la vtoing eeelitiaUûiue ^i/Atdmu tvnivert. C'était une armée sans soldats. Le parlement ordonna des levées de troupes et établit de nouvelles taxes pour pourvoir aux frais de la guerre.
Bien que le sang ait été versé plus d'une fois , Tintrigue et la chanson furent les principales armes de la guerre. Gondé , qui commandait l'armée royale , coupa les vivres aux Parisiens. Les Espagnols , entrant tout à coup en France, réconcilièrent un moment les deux partis par la crainte. Un accommodement fut signé , et les grands en saisirent l'occasion d'arracher quelque lambeau deê libéralité* royales. Coudé se jugea indispensable ; il eut d'insupportables exigences , et se fit marchander par les deux partis. L'habile Masarin le brouilla avec les Frondeurs , et , l'ayant isolé , le fit arrêter avec Conti. Tnrenne était passé chex les Espagnols , et déclara combattre pour la délivrance des princes. Le parti des princes, eeini des Frondeurs, se trouvèrent unis et soutenus par les Espagnols. Masarin dut céder. Banni par le parlement , il se retira chex l'électeur de Cologne à Bmhl , d'où il continua de gonvemer le royaume. Ses ennemis cessèrent bientôt de s'entendre. Il revint avec une armée i sa solde et qui portait ses couleurs. Les partis ne se reconnaissaient plus eux-mêmes au milieu de ces péripéties bizarres. Pendant que Tnrenne fait sa paix avec la cour, Condé à son toar passe aux Espagnols. Le parlement, qui a an moins à cœur de repousser tout reproche d'intelligence avec les ennemis de l'Elat, ne montre qu'irrésolution et faiblesse. La guerre civile recommence avec plus d'ardeur. Le jeune roi, poursuivi par les rebelles , est traîné de province en province par sa mère. Condé triomphe à Bleneau, arrive aux portes de Paris , et soutient dans le faubourg Saint-Antoine l'effort de l'armée royale , sur laquelle Mademoiselle fait tirer le canon de la Bastille. La terreur se répand dans Paris ; l'anarchie y est an comble : le parlement ne sait plus maintenir sa position et nomme par penr le prince de Condé généralissime des armées et Gaston d*Orléans régent dn royaume. Le roi casse ses arrêts et le transfère à Pontoise. Voilà les affaires compliquées de deux parlements donnant des arrêts contraires; toutefois ils s'accordent à demander l'expulsion de Mazarin. Le ministre , sortant une seconde fois de la France, écrit an roi : r II ne me reste pas un asile dans un • royaume dont j'ai reculé toutes les frontières ! « Ceux qui l'en avaient chassé devaient aller bientôt au-devant de lui. La lassitude des partis était extrême : les parlementaires étaient divisés , les princes ne s'entendaient pas , le peuple était dégoûté des uns et des autres. Enfin le prévôt des marchands alla de la part de la ville supplier le i^i d'y revenir ; Mazarin ne tarda pas à y joindre la cour ; les frondeurs s'étouffèrent dans ses antichambres (1653).
Ainsi s'éteignit misérablement cette singulière guerre de la Fronde, justement nommée dn nom d'un jeu d'enfant; les traces en furent effacées bien plus promptement que ne l'avaient été jadis celles de la Ligne. Le principe en avait été sérieux : si le tiers-état eût eu à ce moment plus de consistance, elle aurait pu être antre chose qu'une
3oerelle de gens de robe et une dernière échanffourée M f^rands et des princes, jugée par les couplets dont s'é-
gayaient réciproquement les partis ; elle fut le signe de l'impuissance commune et ne profila qu'à la royauté.
Traité des Pyrénées, — La discorde civile avait eo de funestes conséquences an dehors : tontes les cooqoftef des armes françaises en Flandre étaient retombées potrt les mains de l'archiduc; les Espagnols avaient reprit plusieurs places en Italie et ressaisi une partie de U Catalogne. Dès que la France fut rendoe à eUe-meme. il leur fallut reprendre l'habitude des défaites. Coodé fut battu dès qu'il ne commanda plus à des Françaii Tnrenne repoussa les ennemis de la frontière dn norid et leur fil lever le siège d'Arrêt. Masarin , ayant enlevé par la promesse de Dunkerqne l'alliance de rÂngleterre , accabla les Espagnols. Turenne investit Dunkerqne. Qaand l'ennemi approcha pour secourir la ville, l'armée française l'attaqua à l'arme blanche sur les dunee et le mit en camplète déront^. La journée des Dûmes fut décitive. Daiikerqne se rendit, mais pour être remise aux Anglaii: Bergnes, Fume, Dixmude, Gravelines, Andenarde. Meoin et Ypres furent emportées. Tnrenne dissipa tosta les troupes ennemies qui essayèrent de tenir la campagne. L'Espagne se vil réduite enfin à demander la paiL 1/ traité de Westphalie fnt complété par celui des Pptoéei. et l'œuvre de Richelieu fut définitivement achevée aprèi vingt-cinq ans de guerre. Les deux branches de la maisoa d'Antriche étaient abaissées et rien ne balançait plnsFi»cendant de la France en Europe. La France obtint en eatra une partie de l'Artois «t de la Flandre. Condé fit • soumission , et le jeune roi de France éponsa la fille de Philippe IV ; l'infante, i la vérité , renonçait i tonte necession aux Etats d'Espagne. Masarin laissa faire. Il bk»tra i Louis XIV, dans le temps même qu'on négociait, cv que pourraient valoir prochainement les renoaetatieai (1659).
Henri IV, Richelieu et Masarin semblaient n'avoir aployé leurs laborieuses carrières qu'à aplanir les voêee de Louis XIV : la France avait vaincu an dehors lootseï finemis ; au dedans le pouvoir royal restait tans eoetre poids; le roi seul restait debout, également paimst pour le bien et pour le mal. • Quand Louis XIV dit : ■ — l'Etat c'est moi , — il n'y eut dans cette parole m * enflure ni vanterie, mais la simple énonciatien d^sa > fait »
IIL LOUIS xiv.