AMcmblée contUtoMto (do 6 nui 1789 an 1*' octobre
Forwuaion de l'AêêembUe wUionaU. — Les EtaU-générmax s'oavrirent, àVerMillet, le 5 mai 1789, aux cris d^ealhooiiasme d'nne immense multitude. Rien n'avait été omis de l'étiqaette de 1614 ponr hamilier les dépa> tés des commanes , mais le temps était passé où ils devaient parler i genoux : quand le roi mit son chapeau , contrairement à l'usage établi ils se couvrirent avec les deux autres ordres. On attendait en silence les paroles du roL II protesta de son amour pour le peuple, donna des conseils à tout le monde , et montra plus d'inquiétude que de prévoyance. Le garde-des-sceaux Barentin lut une amplification sur les bienfaits de son mattre. Necker fit aju discours de trois heures pour avouer un déficit de 56 millions. Personne ne semblait avoir compris la grandeur des circonstances. Necker y voyait surtout une crise financière, et tenait prête une copie de la constitution anglaise. La cour comptait sur l'intrigue et au besoin aar la force.
Le premier conflit qui s'éleva fut au sujet de la vérification des pouvoirs : il contenait l'avenir même de la révolution ; la vérification séparée n'était pas moins que la reconnaissance de la distinction des ordres , tandis que , l'opération se faisant en assemblée générale , toute préromtive disparaissait dans la communauté des pouvoirs. Le liera montra autant de fermeté que de prudence pour obtenir la réunion ; il évita les pièges du clergé et brava les menaces de la noblesse. Cinq semaines se passèrent jL attendre et à parlementer. Enfin , sur la motion de Siejès , les députés des communes décrétèrent que les 4ieux ordres privilégiés étaient invités i assister à la vérification , pour laquelle on ne les attendrait pas davantage. Les députés du tiers représentaient les quatrevingt -seise centièmes de la nation; ils proclimèrent l'indivisibilité du corps législatif et se constituèrent eu Assemblée nationale. • L'Assemblée déclare , dit Sieyès , <|ae l'œuvre commune de la restauration nationale peut «t doit être commencée sans retard par les députés présenta, et qu'ils doivent la suivre sans interruption comme sans obstacle. >
Un acte de prévoyance suivit cet acte de souveraineté : l'Assemblée , reconnaissant que Timpât établi sans le consentement du peuple était illégal , . en autorisa la
perception provisoire , mais pour le temps seulement oà elle serait réunie ; elle prévint la banqueroute en consolidant la dette publique , et rassura le peuple en nommant un comité des subsistances (17 juin).
Serment du Jeu de paume. — La cour fut épouvantée de tant d'audace : les princes entourèrent le roi , l'arrachèrent à l'influence de Necker, et le décidèrent i se rendre à l'Assemblée pour casser ses arrêtés , ordonner la séparation des ordres comme essentielle i la monarchie , et fixer les réformes qu'il serait permis aux Etats d'opérer. Ce coup d'état fut ostensiblement préparé. La séance royale devait avoir lieu le S2 , et , dès le 20 , la salle des Etats était fermée sous prétexte de préparatifs i faire. Bailly, président de l'Assemblée, proteste ; l'Assemblée est décidée i ne pas interrompre ses séances. Une voix désigne le Jeu de paume ; on s'y rend en foule , et , dans cette salle dépouillée , les députés des communes, debout, les bru tendus vers Bailly qui a prononcé le premier ce serment solennel , jurent tous , hors un seul , de ne se séparer qu'après avoir donné une constitution à la France (20 juin).
Les princes croient élever un grand obstacle en faisant retenir la salle du jeu de paume. L'Assemblée se rend à l'église Saint-Louis , et c'est li que la majorité du clergé vient demander place dans ses rangs. Le jour de la séance royale arrive ; le roi , reçu dans un morne silence, prononce les sévères paroles qui lui ont été dictées et commande aux députés de se retirer sur-lechamp : ceux des communes ne quittèrent point leurs sièges ; le grand-mattre des cérémonies venant leur rappeler l'ordre du roi : « Allés dire i votre mattre , s'écria Mira* ■ beau , que nous sommes ici par la volonté du peuple et » que nous n'en sortirons que par la puissance des baion- * nettes ! • L'Assemblée, calme et majestueuse, se mit i délibérer ; elle persista dans tous ses arrêts et décréta l'inviolabilité de ses membres. De ce moment la royauté fut vaincue. Ceux qui par leurs conseils avaient provoqué la résistance n'osèrent la punir. La cour supplia Necker de ne pas lui retirer l'appui de sa popularité. Le roi annula sa propre déclaration et donna l'ordre à la noblesse de cesser une dissidence désormais inutile. La délibération devint générale, et toute distinction s'effaça entre les ordres. Des adresses arrivèrent de toutes parts à l'Assemblée pour témoigner de la joie et.deB esD^rancM de la France entière (27 juin).Digitized by ^^OtJ^ l<.
Prite de la BattiUe. — Cependant la cour , déjoaée , avait rétola d'employer la violence an lieu de l'intrigue. Vertaillei fut encombrée de troupes ; les corps d'armée s'approchèrent de Paris. Deax fois l'Assemblée supplia en vain le roi de dissiper cet appareil militaire et de s'en remettre i la milice bourgeoise. Paris était dans une eitréme agitation : on y débattait en tumulte, sur les places publiques, les questions que discutait l'Assemblée ; on parlait des dangers de la patrie et on s'excitait à la résistance. Tout à coup arrive la nouvelle de l'etil de Necker : des rassemblements se forment; dix mille personnes envahissent le Palais-Royal. Un jeune homme, nn des haran^enrs habituels de la foale, Camille Oesmoulins , monte sur une table le pistolet à la main : • Ci-
• toyens, s'écrie-l-il, il n'y a point nn moment à perdre:
• le renvoi de Necker est le tocsin d'une Saint -Barthé- > lemy de patriotes ! Ce soir même iM Jbatailioiit snÎBses
• et allemands sortiront du Cbamp-de-llars pour nous » égorger : il ne nous reste qu'a courir aux armes ! • Il arrache une feuille d'arbre et s'en fait une cocarde; tout le monde l'imite : les marronniers du Palais-Royal sont dépouillés. La foule se rend en tumulte ches un sculpteur, prend les bustes de Necker et du duc d'Orléans, qu'on croyait aussi destiné à l'exil, et les porte en triomphe. Le prince de Lambesc charge à la tête de ses dragons ; les gardes-françaises , prenant parti pour le peuple, les reçoivent i coups de fusil : la foule se répand dans la ville en criant aux arme* I les barrières sont incendiées pour rendre les entrées libres ; des patrouilles bourgeoises parcourent les mes. Un comité d'éleclenrs s'inelalle i l'hÀtel-de-ville et organise l'insnrrectiou ; en moins de quatre heures un plan d'armement pour les milices est rédigé, imprimé et affiché; c'est l'origine de la garde nationale. Tout ce qu'il y a de citoyens prend la cocarde parisienne , rouge et bleu (on y ajouta l'ancienne couleur française , le blanc) , et demande des armes ; les boutiques d'armuriers ont été pillées ; les serniriers forgent des piques , les fondeurs coulent des balles, mais on manque de fusils. Le prévôt FlesieHes s'efforce de calmer l'impatience du peuple ..des caisses d'artillerie arrivent, on les ouvre : elles sont pleines de vieux linge! Le peuple crie à la trahison , dépave les rues , fait arme de tout : le matin du 14 il court aux Invalides, enlève trente mille fusils , six pièces de canon ; ce n'est qu'un cri dans tout Paris : à la BattiUe! Depuis neuf heures le tocsin sonne à toutes les églises ; le flot de la multitude armée grossit autour de ce sombre amas de tours dont les canons sont braqués sur la ville. Le gouverneur, Oelaunay, refusa trois fois de se rendre et voulut faire sauter la place : au bout de cinq heures d'efforts , le peuple voit enfin tomber en son pouvoir la forteresse du despotisme (14 juillet).
Cependant depuis deux jours l'Assemblée siégeait en permanence au milieu des plus terribles alarmes; elle avait adressé an roi plusieurs députations pour obtenir le renvoi des troupes. Tout à coup on apprend une chose impossible , la prise de la Bastille. Le doc de Liancourt pénètre jusqu'au roi et lui porte la nouvelle que ses conseillers lui avaient cachée. • C'est une révolte? • dit le roi étonné. — • Non , sire , c'est une révolution. •
Il fallait céder. Louis XVI se rendit i l'Assemblée, seulement accompagné de ses frères. Il fut reçu dans un morne silence, ce silence des peuplée, venait de dire Mirabeau , gui eet la leçon des rote; mais à peine eut-il promis l'éloignement des troupes , que sa voix fut couverte par les applaudissements. Necier fut rappelé, et revint en triomphe pour s'évanouir quelques mois plus tard impuissant et inaperçu. Le roi, précédé d'une nombreuse députation de l'Assemblée, se rendit i Paris pour rassurer le peuple. Deux membres de la députation, Bailly et Lafayctle, qui venaient d'être élus, l'un
de Paris, l'autre commandant de la milice bourgeoise, allèrent au-devant de lui à la tête de la municipalité et de la garde parisienne. Les visages étaient sombres ; mab quand on vit le roi prendre des mains de BaîUy Im cocarde tricolore , ils s'éclaircirent soudainement, et les cris de vive le roi! éclatèrent (S7 juillet).
Abolition det privilégee. — Un ettthousiasme général salua l'écroulement de la Bastille. Le mouvement de Paris se communiqua aux prorinces. La Franee enliète s'organisa en municipalités pour se régir, et eo gardes nationales pour se défendre. Elle sentait Tapprochc de nouveaux périls. L'émigration venait de coomieooer : le comte d'Artois, le prince de Condé avec one suite nombreuse étaient sortis du royaume pour ameuter contre la nation les puissances de l'Europe. Les proviaeei étaient profondément agitées, les habitaota des campagnes pillaient et incendiaient les châtaan» *ét Um% anciens maîtres. C'était nn de ces moments da tnmaltuenses et sanglantes représailles oà les ^o^venuBuatr moieeoanent les fruits de leurs propree imigwUiie. Après le meurtre de Foulon et de Bertier, accusée d'avoir été les agents du pacte de famine, l'Assemblée lança une vaiat proclamation contre des désordres qui ne poovaieBt être apaisés tant que la justice ne serait pas aatisfaite ; die le fut enfin dans la mémorable nuit du 4 août Lee privilégiés se dépouillèrent à l'envi de titres qu'ils ne poovaient plus garder sans péril. Ce fut une incroyable émnlatioa de sacrifices ; en quelques heures , l'Assemblée vota l'sffranchissement de quinte cent mille serfs , le mchat des dîmes , la suppression do privilège de chasse , raboliiiea des justices seigneuriales, de la vénalité des chaires de la magistrature , des jurandes et maîtrises qui avaient été rétablies depuis Turgot, des annatea et de la pfav»lité des bénéfices , enfin de l'inégalité de Fiap^t. Aiasi étaient déblayés les derniers décombres de U feodalîtc , le niveau du droit venait de passer sur la Frasoe : ki préliminaires de la constitution étaient poeée.
Travaux eonetiiutiamule de lAesembtèa, — C'était Imor vre de la philosophie que devait achever l'Aseemèlce constituante. Elle résolut de fixer l'espril de U législanee nouvelle par une solennelle déclaration des iraàe de l'homme. C'était la prise de possession de U loi au aaa de rbomanité. La souveraineté de la nalioa était établie, il s'agissait d'eu régler l'exerdoe. La loi devait Mrt fcipression de la volonté générale. L'Assemblée décrets è une immense majorité que les représentante de la natiee formeraient le corps législatif permanent et indinsabîc. Le pouvoir exécutif sans responsabilité fut remia à as fantôme de royauté. Là le rigide esprit de Siefês pfa lui-même devant l'habitude. L'Âasemblée diecnta la psrt d'autorité qui serait faite au roi , nais les mnesfs ae rirent dans tout partage entre la nation et ma borna» qu'un démenti au principe même de la eoaetitntion. U question du veio remua la population de Paria pins pnfondement que l'Assemblée elle-même. Lea partiasBs k la oonstittttion anglaise étaient d'aecord avec la tms pour donner an roi le droit d'opposition abeolnc lai décrets de la chambre des représentanla. Le Yeim- Royal j vit un retour à l'ancien régime et ae lepeadi en délibérations et en menaces. La <io—mnne vennt d'être réorgsnisée et elle tenait dana aa nain la gsrdr nationale, d'où la multitude, enrôlée an 14 j^kt. commençait à être éconduite. Elle u'épatgoa rin pear empêcher les attroupements populairea et calmer crctr effervescence. L'Assemblée obligea le roi i ae du veto 'euepèneif, et limita l'effet de la deux législatures.
Le peuple à l/ersailles. — La cour ne e*était pai Régnée encore aux évéuementa: Elle essayait de repivtealv le roi, même à ses propres yeux, omnaBe opprine fst l'Assemblée ; elle l'amena peu à peu à ne voir de releft
HISTOIRE 1)Ë FRANCK
qa*sa milien d'une armée de soldats étrangers commandée par des nobles. Son espoir était dans la gaerre civile. Le peuple devina encore une fois les projets des ennemis de la révolution. De nouvelles troupes avaient été appelées à Versailles. Reçues avec inquiétude par les habitADts , elles forent magnifiquement fêtées , dans la grande salle du spectacle , par les gardes dn corps. Au milien dn repas , l'entrée du roi et de la reine eicita des transports furieux d'enthonsiume. L'épée nue à la main , les convives burent à la santé de la famille royale. La charge soona, ils se ruèrent i Tescalade des loges. Les dames distribuèrent des cocardes blanches, et la cocarde tricolore fut fonlée aux pieds. On était au 1*' octobre. Celle scène de provocation fut renouvelée le surlendemain. L'indignation fut au comble dans Paris. On manquait de pain et on se sentait soos le coup de complots contre-révolotionnaires. L'insurrection éclata le 5.
La belle Liégeoise, une jeune fille séduite et délaissée , dont l'histoire avait été celle de tant de filles dn peaple, entra dans un corps-de-garde près de la halle , s'empara d'un tambonr et parcourut les rues en battant la générale et en criant . Du pain! dm pain! Elle fut bientÂl entourée d'qne multitude de femmes. Cette foule avança vers l'hAtel-de-ville en grossissant toujours, elle enfonça les portes, s'empara des armes et sonna le tocsin. Le peuple en masse accourut armé de piques , de haches et de bltons, et l'on n'entendit qu'un cri : A VerêAîlUê! La Fayette s'opposa longtemps au départ Les fenames étaient parties les premières ; tout le peuple finit par les suivre, avee La Fayette même en tête. L'épouvante se répandit au château. Ces femmes qui arrivaient en suppliantes, et dont quelques-unes, accompagnées d'ane députation de l'Assemblée, avaient pu pénétrer jasqn'au roi, furent repoussées par les gardes dn corps. Quelques gardes furent massacrés. La nuit froide et pluviease rétablit l'ordre sans calmer les ressentiments. Dès le point du jour, le peuple se précipite en tumulte par une des grilles et envahit les appuiements. La Fayette intervient et dégage le château. Mais la foule demande i grands cris que le roi paraisse et se rende à Paris avec sa Tamille. Louis XVI ému, pouvant parler à peine, se montre an balcon et promet ce qu'on vent au milien d'applaudissements unanimes. La reine inspirait encore de justes défiances. Il suffit que La Fayette l'amenât à la fenêtre et lui baisât la main pour la réconcilier avec la multitude. Les pauvres gens attendris finirent par oublier leurs dernières rancunes et crier Vivaa Us garde» du corp» ! lit même jour, la famille royale partit pour Paris, escortée d'un formidable cortège. La cour allait se trouver enfin dans la capitale de la révolution et sons la surveillance du peuple.
SuiU dês travaux de F Assemblée; réaction bourgeoise; seieeioH du clergé. — L'Assemblée, à la suite dn roi, s'était transportée à Paris ; elle continua ses travaux, é^êhoré à l'archevêché , puis dans la salle du manège des Tuileries. Une nouvelle organisation administrative et judiciaire effaça les derniers restes de l'ancien régime. La diviaion du territoire en départements fut substituée aux anciennes circonscriptions provinciales, et tentes lei parlies dn royaume , isolées jusque-là , se trouvèrent rattachées an centre par la hiérarchie des pouvoirs. Le déparlement fut divisé en districts , et le district en mnnicî paillés. L'administration à chaque degré était confiée i un conseil délibérant et i un directoire exécutif. Ces pouvoirs superposés relevaient les uns des autres et avalent dans l'étendue de leurs ressorts les mêmes attributions. Le département faisait la répartition de l'impôt entre les districts , le district entré les communes , et la couimune entre les individus. Le corps judiciaire fut également reconstitué en entier. Les tribunaux furent distribués, comme les conseils administratifs, par dépar-
tements et par districts ; c'est de ce moment que date l'insiitution du jury • des tribunaux civils et des justices de paix ; rétablissement de deux degrés de juridiction et d'une cour de cassation compléta la nouvelle organisation judiciaire. Enfin, dans l'armée, la vénalité des emplois fut abolie , tout citoyen fut déclaré admissible i tons les grades, et les troupes étrangères ne purent servir la France qu'en vertu d'une loi.
Assemblée nationale, conseils délibérants et exécutifs, municipalités , magistrature , tout était soumis à l'élection. Le principe de toute U légisIaMon était la souveraineté du peuple ; mais le système électoral adopté avait apporté des distinctions entre les citoyens. L'élection est i deux degrés. 11 faut payer une contribution directe de la valeur de trois journées de travail pour faire partie des assemblées primaires, dix Journées pour l'éligibilité comme électeur, et pour l'éligibilité comme député cinquante journées ou un marc d'argent. Ainsi , il y a trois classes de citoyens actifs concourant à la formation de la loi dans la proportion de leur fortune ; et , aa-dessons , des citoyens passifs qui ne comptent pas dans l'Etat Le marc d'argent fut plus tard supprimé.
Une nouvelle aristocratie tend i se former , pendant que l'ancienne émigré ou se dépouille de ses titres. La bourgeoisie s'efforce d'arrêter i elle le mouvement révolutionnaire. Cest elle qui délibère à la commune de P»ris et, par la garde nationale, dispose de la force publique. Le meurtre d'un boulanger lui sert d'occasion pour demander à rAssemblée une loi martiale rigoureuse. Las officiers municipaux eurent le droit , en déployant le drapeau rouge, de disperser les attroupements par la force, après trois sommations en ces termes * On va/aire/eu, que les bonseitoyens se retirent I La cour continuait ses intrigues, «lie correspondait avec les émigrés que le comte d'Artois réunissait autour de lui à Turin. Dans l'Assemblée elle marchandait les consciences , et Mirabeau , i qui il ne manquait que l'honnêteté pour être un vrai grand homme, vendait à prix d'argent la puissance de sa parole. Les journalistes allaient être également entourés de menaces et de promesses, et l'autorité municipale devait se trouver d'accord avec les ennemis de la presse révolutionnaire. Fréron fut emprisonné , Loustalot poursuivi , Camille DesoMulins eut à se défendre à la fois de trois nulle francs d'appointements et de dix mille francs d'amende ; Marat , la sentinelle perdue de toutes les défiances populaires, l'instigateur de toutes les violences, traqué comme une bête fauve , ne trouva d'asile que dans une cave de l'ancien couvent des Cordeliers.
Cependant l'Assemblée avait interrompu plus d'une fois ses discussions législatives pour satisfaire aux besoins les plus pressants du Trésor. Ni les emprunts , ni les dons patriotiques, ni la contribution extraordinaire dn quart du revenu n'avaient suffi à combler le déficit. Les biens dn clergé s'élevaient à plusieurs milliards. Après une discussion très-vive l'Assemblée déclara que le clergé n'était pas propriétaire, mais simple dépositaire des richesses consacrées aux autels par la piété , que la nation pouvait les reprendre , et se chargerait de pourvoir à l'entretien des ministres dn culte. Les dépenses publiques exigeaient quatre cents millions pour cette première année , on créa pour une valeur égale de billets d'Etat auxquels on donna un cours forcé, avec hypothèques sur les nouveaux hitns nationaux. Ce fut l'origine des assignats qui , d'abord émis avec prudence , facilitèrent à la révolution l'accomplissement de si grandes choses, et dont l'abus causa plus tard le discrédit. C'est de ce moment que date la haine du clergé contre la Révolution. Il ne lui fallait plus qu'une raison avouable d'éclater. L'Assemblée ne tarda pas à la lui fournir en s'occupant de son organisation intérieure. La constitution civile du clergé tendait à reconstituer l'Eglise sur ses an-
(iqnei bases et ne portait aucune atteinte directe à la foi. Elle mettait les ministres du culte sur le même pied que les autres fonctionnaires de TEtat. Elle établissait le siège d'un évéché dans chaque département , accordait au peupie l'élection des évéques et des curés, supprimait les ¥œux monutiqnes, allouait i tous les membres du clergé un salaire en rapport avec leurs fonctions, et leur imposait , comme à tous les magistrats , le serment de fidélité i la constitution nationale. Au moment où le décret allait être mis aux voix (12 juillet 1790), les évéques sortirent de la salle. Ils suscitèrent des troubles dans lés départements , entravèrent partout les opérations des municipalités , et alarmèrent les consciences pour détruire l'œuvre^ de la révolution. Le pape refusa son adhésion à la conititution civile comme établie par un pouvoir incompétent,^ Il y eut deux clergés en France , l'un constitutionnel et l'autre réfractaire. Les prêtres qui avaient refusé le serment firent retentir la chaire d'anathèmes contre les prêtres auenHemés. Une lutte furieuse se prépara sur plusieurs points du royaume. EUle devait être d'autant plus redoutable qu'il y avait là , non pas seulement des intérêts , mais des passions sincères.
Fite de la Fidiration. — L'anniversaire de la prise de la Bastille approchait ; c'était de ce jour mémorable que la nation faisait dater sa délivrance. On résolut de le célébrer avec un éclat extraordinaire. Pour préluder à cette fête patriotique , les membres populaires de la noblesse proposèrent l'abolition des titres : livrées, armoiries , ordres , tons les privilèges de la vanité s'évanonirent comme s'étaient évanouis ceux du pouvoir. Il sembla que ce fût pour la noblesse un coup plus terrible encore que le premier. L'émigration redoubla. Cependant toute la population de Paris , maniant la pioche et roulant la brouette, venait d'achever les préparatifs de la fête dans le vaste emplacement du Ghamp-de-Mars. C'est là que les citoyens venus de tous les points de la France devaient s'unir dans un même serment , que la France allait reconnaître solennellement son indivisibilité. Le 14 juillet arriva; quatre cent mille spectateurs occupaient les gradins de gason qui entourent le Champ-de-Mars. Au milieu s'élevait un autel à la manière antique. Sur un vaste amphithéâtre , on voyait le roi , sa famille , l'Assemblée et la municipalité de Paris. Les fédérés des quatre-vingt-trois départements étaient placés par ordre sous leurs bannières ; les députés de l'armée et la garde nationale étaient i lenrs rangs et sous leurs drapeaux. L'évêque d'Autun , Talleyrand, monta à l'autel en habits pontificaux. Quatre cents prêtres revêtus d'aubes blanches et décorés de ceintures tricolores l'entouraient. Il célébra la messe au bruit des instruments militaires et bénit l'oriflamme et les 83 bannières. Il se fit alors un grand silence. La Fayette, nommé commandant général de toutes les gardes nationales du royaume , s'avança pour prêter le serment civique. Tous les députés le répétèrent au bruit des salves d'artillerie , de la musique et des acclamations du peuple. Louis XVI i son tour jura de maintenir la eonëtitntion nationale décrétée par r Assemblée et acceptée par lui. La reine prit le dauphin dans ses bras et le monû>a à la foule en disant : • Voili mon fils , il s'unit à moi dans les mêmes sentiments. > Les acclamations du peuple redoublèrent, il crut à la sincérité du monarque qui crut i l'attachement de ses sujets. Et cette magnifique journée se termina par un cantique d'actions de grâces (14 juillet 1790).
Fuite et arrestation du roi; pétition du Champ'de-Mars. — Pendant que le peuple oubliait un instant ses défiances, les intrigues contre-révolutionnaires allaient leur train. Les ennemis de la révolution préparaient à la fois la guerre civile et la guerre étrangère. La pinpart des officiers de l'armée étaient attachés à l'ancien régime. Ceux qui ne désertèrent pas leurs rangs pour se joindre aux émigrés , cherchaient à gagner les soldats à leur cause.
L'esprit aristocratique d'un côté, l'esprit d'insubordination de l'autre , amenèrent des désordres dans beaucoup de corps. Trois régiments à Nancy s'étant insurgés coolre leurs chefs , le général Bouille marcha sur eux i la tête de la garnison et des gardes nationales de Mets. Le régiment de Ghâteanvieux fut mitraillé (août 1790). L'Assemblée, qui ne voyait que l'anarchie , avait été saos pitié. Le peuple vit la contre - révolution et s'alarma d'une si dure répression. On savait que Bouille n'avait cooseoti i prêter le serment civique que pour favoriser les projets de la cour. Il était i la tête d'une armée formidable et tenait toute la frontière du Nord ouverte aux entrepriaes des émigrés. Les projets de l'émigration commençaient i s'a^ vouer, l'attitude des cabinets de l'Europe était menaçante. Tout i coup la nouvelle se répand de la fuite du roi Le peuple seul l'avait prévue et avait plusieurs foii tenté de la prévenir ; tout Paris fut dans la stupeur. Le plan d'évasion avait été combiné de loin avec le général BooiHé. Des détachements placés de distance en distance sur la route de )f ootmédy attendaient la voiture du roi pour lui servir d'escorte ; un camp était établi sur la fronlièif: Dans la nuit du 20 juin, les personnes de la famille royale quittèrent le château une à une et déguisées. Dcnx voitures bourgeoises les emportèrent dans la directioo de Châlons. Au milieu de l'inquiétude des popnlationa, le roi voyait avec confiance approcher la fronlièvv. Mais le jeune Drouet , le fils du maître de poste de Sainte-Menehould , l'a reconnu et part au galop pour dénoncer sa soupçons i la municipalité de Varennes. Il éveflle les patriotes, barre la route. Le roi est arrêté. Cependant l'Assemblée s'était emparée du pouvoir exécnti/ et avait pris toutes les mesures propres à rassurer les esprits et i maintenir la tranquillité. Le roi fut ramené à Parts sem l'escorte des gardes nationales. L'indignation pabGqne Fj accueillit
Le club des Gordeliers rédigea un projet d'adresse à l'Assemblée nationale où la situation était résamée dès la
première phrase : «Nous voilà libres et sans roi
a reste à savoir s'il est avantageux d'en nomaner vn aa- • tre. » L'Assemblée, avant l'événement da 20 juin, avait déclaré que la fuite du roi hors du royaonae cstnlnerait sa déchéance. Le cas n'était pas réalisé i U lettre, le roi ayant été arrêté dans le royaume. La famille rojik avait gagné Bamave, un des trois commisuîres envofés par l'Assemblée à sa rencontre. Il s'entendît avec ks principaux membres du centre , défendit contre Robespierre le principe de V inviolabilité , et enleva à F Ame» blée un décret d'absolution. Bouille et ses complicea restèrent seuls en cause ; et Louis XVI reprit aea fonctifls royales, dont il avait été provisoirement snapenda (15 juillet 1791 ).
Cependant les pétitions se préparaient de tosles parts, demandant lé jugement du roi et sa déchéance. Ue pe«f4c ne voulait plus d'un roi fugitif et qu'on forçait à régner. Un instinct spontané et unanime lui disaii que tAwsfmhUr manquait Vkeure des grandes résobuions. Le 17, il «e porta en foule ay Champ-de-Mars pour signer aiw péëlion sur l'autel de la patrie. Elle fut couverte en quelques heures de plus de six mille signatures. Tooft à coup le drapeau rouge se déploie, la loi martiale eat proclamée. La Fayette et Bailly débouchent avec dix mille hommes de gardes nationales et des canona. Accoeiffii par des imprécations , ils firent évacuer le Cbamp-d»- Mars en un clin d'œil. Il n'y resta que des cadarra dant le nombre est demeuré inconnu.
Traité de Pilnitz. — Cette exécution sanglaate exaspéra le peuple sans raffermir la royauté. Les énigrés cependant armaient. Ils foVmaient deux corps : Ton, er^ oisé sous Condé, i Worms; l'autre, sons le comlr d'Artois, i Coblents. Déjà le comte d*i\rtois avait signé avec l'empereur Léopold la déclaration secrète de ~~
HISTOIRE DE FRANGE
qui promettait à Lonit XVI les Mcoon «f nne cotliUoD où devaient entrer rAnlricbe , les cercles d'Allemagne , la Suisse et les rois de Sardaigne, d'Espagne et de Prusse (10 mai 1791). Après Tarrestation du roi, Hpnsieur, qui venait d'atteindre Bmzelles, prit le titre de régent. Le comte d* Artois , l'empereur et le roi de Prusse se réunirent a Pilniti et signèrent un traité où , considérant la cause de Louis XVI comme la leur, ils menaçaient ta France des plus effrofables calamités s'il n'était immédiatement remis sur son tràne , l'Assemblée dissoute , et les princes de l'empire, possessionnés en Alsace, rétablis dans leurs droits féodaux. L'Assemblée répondit i ces menaces en ordonnant l'armement des frontières et une levée de cent mille hommes. Puis elle acheva à la hâte la constitution , qui fut acceptée par le roi. Après avoir proclamé les principes de la Révolution, elle avait essayé d*en arrêter le développement Elle sentait elle-même qne son râle était fini. Ayant décrété qu'aucun de ses membres ne pourrait être réélu, elle se sépara le 29 septembre pour laisser le champ libre aux événements.
2. AisembUa légitlaUre (do 1" octobra 1791 m 80 wpttmbn 1792).
Etat des partis. — La nouvelle Assemblée ouvrit ses séances le 1*^ octobre 1791; elle se déclara Assemblée nationale législative, et prêta sur l'acte constitutionnel, aux applaudissements des tribunes , le serment de vivre libre ou de mourir. C'était une nouvelle génération de législateurs sans tradition, jeune et impatiente, en même temps timide et indécise. Les anciens partis avaient disparu. La noblesse , la cour et le clergé n'avaient eu auenn pouvoir dans les nouvelles élections ; elles s'étaient faites sous une influence toute populaire. L'Assemblée se composait de trois éléments : les constitutionnels, partisans do régime établi en 91 ; les Girondins, plus brillants que conséquents , tendant i la république sans vouloir l'égalité^; les Jacobins , parti on se trouvaient réunis les pins violents démagogues et les graves disciples de la philosophie égalitaire de Rousseau. C'était en dehors de l'Assemblée que les uns et les autres avaient leurs racines et leur force. Les constitutionnels, soutenus par La Fayette et une partie de la garde nationale, s'entendaient avec le club des FemUatitSi refuge de tout Us repentirs et de Unaes le» terreurs. Les Girondins, parmi lesquels brillaient en première ligne les orateurs de la Gironde, Vergnîand, Guadet, Gensonné, et avec eux le philosophe Gondorcet, Isnird, Brissot, l'inspirateur du parti, cherchaient un appui dans la multitude. Les premiers ils avaient prononcé le mot de république. Des hommes animés de convictions plus logiques le recueillirent. Les sociétés populaires appartenaient à ceux-là et faisaient la force dn parti peu nombreux des Jacobins de l'Assemblée. Mirabeau avait dit de Robespierre : • Cet homme ira loin » parce qu'il croit tout ce qu'il dit • Le clob des Jacobins applaudissait chaque soir avec enthousiasme la parole de Robespierre. Danton, Camille Desmoulini, Fabre ci*églantine dominaient le club des Cordeliers. Cest là qoe se formait et se manifestait l'opinion. Plus de six cents sociétés des départements s'étaient ralliées autour dee Jacobins , le club des théories radicales , comme les Cordeliers étaient celui des coups de main.
Ministère girondin. — Les partis se divisèrent , dès qn*ils forent en présence, sur une affaire d'étiquette : le titre à donner au roi. Au fond ce n'était pas moins qne la question de la monarchie et de la république. Le danger était devenu pressant, et, loin de réunir les esprits, il était pour eux une nouvelle source de divisions. Les prêtres réfractaires à l'intérieur, les émigrés au dehors préparaient à la France une double goerre implacable. L'Assemblée lança deux décrets qui les menaçaient, comme conspirateurs , de tontes les rigneors des lois. Louis XVI opposa son veto aux décrets. Il désavoua l'é-
migration sans cesser de correspondre avec elle. Un premier décret, sanctionné par lui , avait déclaré Monsieur déchu de ses droits à la régence s'il ne rentrait en France dans deux mois. L'Assemblée irritée prononça la déchéance de Monsieur, décréta d'accusation les princes émigrés et déclara à l'unanimité, sur la motion d'Isnard, qne ^ si les cabinets engageaient les rois dans une guerre
• contre les peuples , elle engagerait les peuples à une
• guerre à mort contre les rois. • 20 millions furent votés pour les préparatifs de la guerre; 150,000 hommes mis en réquisition ; on forma trois armées sur les frontières du nord et de l'est. Le ministère était justement suspecté d'incapacité et de mauvais vouloir. Le ministre des affaires étrangères , 11. de Lessart , fut renvoyé devant la haute cour d'Orléans, et le roi, pressé par les circonstances , forma un ministère girondin. Le général Dumouriei , le héros de l'occasion , n'ayant d'antre foi qu'en sa fortune , fut mis aux affaires étrangères ; l'intérieur fut confié à l'austère Roland, dont la ffmme était l'Ame et le conseil de la Gironde. Ainsi les Girondins obtenaient le pouvoir. La cour elle-même avait favorisé leur avènement aux dépens des constitutionnels , dont elle avait rejeté l'appui. C'était sous ses auspices que l'honnête et médiocre Pétion avait remplacé Bailly à la commune. Avec lui le peuple était entré aux affaires ; la bourgeoisie en était sortie avec La Fayette.
L'empereur Léopold, en mourant, avait emporté tonte espérance de conciliation. A l'ultimatum de l'Autriche , l'Assemblée répondit par une déclaration de guerre. La France entière se leva et s'arma dans un élan d'enthousiasme. L'invasion de la Belgique avait été résolue. Les deux premières colonnes d'invasion furent saisies d'une terreur panique à l'aspect de l'armée prussienne et prirent la fuite. L'irritation fut au comble dans Paris. La joie des contre-révolutionnaires confirmait les défiances des patriotes. La cour fut accusée de complicité avec l'ennemi, et l'Assemblée se déclara en permanence. Elle ordonna le licenciement de la garde constitutionnelle du roi, rendit un décret d'exil contre les prêtres réfractaires, et vota l'établissement d'un camp sous les murs de Paris. Louis XVI élevait des obstacles , ne sanctionnait pu les mesures prises par l'Assemblée. Roland Ini adressa une lettre sévère sur ses devoirs constitutionnels et le pressa de se faire franchement le roi de la Révolution. C'est alors que le faible roi se décide à rompre avec les Girondins. Il rejette les décrets, dissout le ministère pour se jeter dans les bras des Feuillants. L'Assemblée déclare que Roland et deux de ses collègues emportent les regrets de la nation.
Insurrection du 20 juin ; la patrie en danger; chute de la monarchie. — Les Feuillants n'avaient pas plus la confiance dn roi que celle du peuple. La cour négociait secrètement avec les coalisés. Le danger croissait d'heure en heure. La Gironde recourut , pour le conjurer , à la toute-puissante intervention du peuple. L'anniversaire du Jeu de paume approche; Danton, Ifarat, Camille Decmoulins , Santerre font le plan de l'insurrection. Le 20, à onse heures du matin, vingt mille hommes se mettent en mouvement de la place de la Bastille vers le quartier des Tuileries. Santerre conduit les bataillons des faubourgs ; un second corps , formé d'hommes du peuple armés de piques et de bâtons , s'avance sons «les ordres de Saint- Hnruge ; enfin la belle Liégeoise ^véUie en amasone, mène pêle-mêle une horde déguenillée d'hommes, de femmes et d'enfants. Cette multitude défile dans la salle de l'Assemblée en chantant : Ça ira, et se porte ensoite vers les Tuileries, dont elle trouve les portes ouvertes. Le château est envahi par cette marée montante , qui porte une pièce de canon jusqu'au premier étage. Au milieu du tumulte , les cris A bas le veto ! témoignent do la volonté do peuple. Louis XVI se présente à loi , à
peine accompagné de qneiqMi peraonnei; placé dana I embrasore d*ane fenêtre aar ane lianqnetle d'où il domine la fonte , il garde nne contenance calme et ferme. Le boucher Legeodre Ini demande la aanction des décrets. « Ce n'est, répond-il , ni le lien, ni le moment • La fonle applaudit et crie : l/he la nation I Lonis XVI se laisse coiffer du bonnet rouge. Les applaudissements redooblent Pétion arrive, harangue le peuple, et le peuple se retire. Il n a rien obtenu, mais il a touché à la royauté ; il sentble en avoir pris la mesure pour le moment de rabattre.
Les constitutionnels indignés supplièrent le rot de letr accorder sa confiance. La Fayette lui proposa de l'enlever de Paris et de le mettre à la tête de l'armée. Luimême vint i Paria demander i l'Assemblée la punition des antenctf de l'inaurrection. L'Assemblée commença à délibérer si elle ne le traduirait pas en jugement comme déserteur de son poste. Il comptait sur la garde nationale pour fermer les clubs ; quelques hommes à peine répondirent à son appel. La eour aveuglée par ses haines faisait échouer elle-même les projets des constitutionnels. Elle marchandait Danton et croyait acheter le peuple en même temps que cet athlétique orateur des clubs. Elle tendait à arrêter l'élan national pour livrer la France à la coalition. Vergniaud dénonça à TAssemblée cette criminelle politique. Les princes accumulaient des masses formidables sur les frontières. Le 5 juiUet l'Assemblée déclara solennellement hpoirit en danger. Tons les citoyens en état ide porter les armes sont aussitôt mie en activité , on distribue des piques i ceux qu'on ne peut pas armer de fusils , on enrêle des bataillons de volontairea sur les places publiques ; un camp se forme à Soissons. L'exaltation s'accrott encore par l'arrivée des fédérés marseillais. Pétion, qui avait été destitué après l'affaire du 20 juin par le directoire du département , devint l'objet de l'adoration du peuple. On ferme le club des Feuillants, on casse les compagnies de grenadiers et de chasseurs de la garde nationale , qui font la force de la haute bourgeoisie. Tout se prépare pour un grand événement
L'Assemblée renfermait plus d'orateurs que d'hommes d*Etat Elle manqua de résolution, le peuple en eut pour die. Le duc de Brunswick s'avançait i la tête de soixante* dix mille Prussiens et soixante-huit mille Autrichiens, Hessois on émigrés. Il lance nu manifeste qui renferme d'effroyables menaces contre Paris et contre toutes les villes qui auraient l'audace de se défendre. Toute la France se soulève d'indignation. On demande la déchéance du roi; et pendant que l'Assemblée hésite et renvoie i une commission nne pétition pour la déchéance, présentée par Pétion au nom des sections et de la commune, Danton, Westermann, Camille Desmoulins, Ifartt, Fabre d'Eglanttne agitent le peuple et préparent une nouvelle insurrection. Toute la nuit du 9 au 10 août le t6csin sonna, le peuple des faubourgs, les fédérés marseillais et bretons se rallièrent en armes et prirent le chemin des Tuileries. Les agitateurs , réunis à la commune, avaient formé une municipalité insurrectionnelle et pris entre leurs mains le gouvernement qui tombait des mains des législateurs. Cependant la cour mettait le château en état de défense. L'intérieur était gardé par les Suisses et par une troupe de gentilshommes armés d'épées et de pistolets ; plusieurs bataillons de garde nationale occupaient les cours et les portes extérieures, en tout i[uatT€ ou cinq mille hommet, guelquet-mu diwmis, beaucoup indiffirenii , la plupart hottilee. Le roi passe tristement en revue ses défenseurs. Dans les rangs de la garde nationale, les cris de Vive le roi! sont couverts par ceux de Vive Pétion! à bat le veto ! àbaalet traitree! II. de Ifandat, commandant de la garde nationale, a été appelé dewant le nouveau conseil de la commune pour rendre compte de sa conduite, et tué sur les degrés de
rHêtel-de-Ville. C'est k Sanlerre qu*est eoàU le commandement de la garde nationale. Déjà ravant-girdfe des faubourgs avait débouché par la rue Saint-Hoooré, se mettait en bataille sur le Carrousel et tournait ses canons contre le château. Le procureur du département , Rsderer, déclare à la famille royale qu'il n'y a pins de sûreté pour elle que dana le sein de l'Aasemblée législative. Elle s'y rend par le jardin à travere les vociférstions de la foule. Cependant une lutte furieuse a'engs^e aux portée du château : les Suisses, qu'une première décharge rend maîtres du Carrousel , sont refoulés par le peuple et massacrés; les Tuileries sont prises d'assiîut et encombrées de cadavres. Lee premiers coups de canon avaient répandu la consternation dans TAsacmblée ; les cris de victoire arrivent jusqu'au roi , réfugié avec sa famille dans la loge du logograpbe ; il assistait à la chute de la monarchie. La nouvelle municipalité est venue faire reconnaître ses pouvoirs dans l'Assemblée : elle demande la déchéance du roi et une convention nationale. Sur la proposition de Vergniand , la déchéanee est prononcée à l'unanimité. La famille royale est conduite au Temple. Le peuple abat partout les statues des rois et efface les emblèmes de la monarchie.
Invasion étrangère , wuutacre dtt prieone , rebraiu â* V armée pnusienne, — ' Le parti vainqueur n'était pas U Gironde. Sur l'une des bannières de la nouvelle mouiripalité était écrit le mot égalité. C'était le dernier mol Se la révolution. L'avènement du peuple devait aaivre eeini de la bourgeoisie. Les conditions exigées par U loi pour devenir citoyen actif furent abolies. La Fayette tenu d'opposer une insurrection militaire à TiÉtsurrectioa de la multitude. Ses elTorts furent inutiles. Résolu de demeurer fidèle à une constitution qui n'existait plus, il passa la frontière et tomba aux mains des AntricfaicBs . qu Je retinrent quatre ans dans une forteresse. Les Prussiens cependant s'avançaient rapidement Longvy capitula, Verdun fut bombardé. Le chemin était ouvert jatqu'à Paris. L'efTroi régnait dana la capitale , et déjà , daoi le conseil exécutif, il était question de se replier dcrrièrv la Loire, liais Danton soutient que la France est dans Paris, qu'à tout prix il faut s'y maintenir. Mon aru. dit-il , e$t que pour arrêter l'ennemi il /enU faire pewr aux rogalittes. Des visites domiciliaires furent faitm aussitôt ; on encombra les prisons de suspects. Une partir de la commune méditait une épouvantable exécutioe pour ne laisser à la révolution d'antre refa^ qee la victoire. Dans la nuit du l*'* au 2 septembre, on apprit la prise de Verdun. Le matin le tocsin eoiwa , le» barrières furent fermées et le massacre eomnaença dini les prisons. Pendant trois jours, à l'Abbaye, à û Conciergerie , aux Carmes , à la Force , quelques *^fnftfî-— d'égorgeurs soudoyés firent une monstrueuse boacbene. Les Prussiens avançaient toujoun, lorsque Dvommitwi. nommé au commandement de l'armée sur la Moedle, m jeta par une inspiration de génie dans la forêt d'Argonne : il occupait , comme il l'écririt à rAssembiéc, le* Tkerwtopgles de la France, Les Prassiens s'arrétèiwit Une faute commise par Dumouries le força d'abeodonotr sa position. Mais Kellermann , attaqué par les PinaiiiB' à Valmy, les repoussa aux cris de Vive ia natiom ! L'ennemi , à qui les émigrés avaient parlé de cette csaipiqpr comme d'une promenade militaire , comncnç* aussitôt à battre en retraite. Les Français rentrèrent dans Verdea et dans Longvy, et l'ennemi repassa le Rhin à Coblentr Sur le Rhin , en Savoie , dans le comté de \ic« , la eeelition reculait ; nos armées reprenaient partout TofliBBaiic. la révolution était victorieuse (septembre 1792).