DÉCOUVERTES MARITIMES ET CONTINENTALES
Daus cet temps recalés où les nalioni, isolées et dans 'enfance de la vie sociale , ne connaissaient d*aatre8 conréet que celle qu'elles habitaient , il est assez natorel |ae chacune d'elles se soit crue placée au centre du nonde. Comme l'histoire , la géographie a ses vanités. )n trouve partout cette conviction inspirée par un ignoant orgueil. L'Inde était le pays du milieu, aussi bien [ue la Scandinavie ; l'équateur et le pâle nord se dispuaient la place d'honneur; ici c'était le Midgard^ là le ifidJUana , deux dénominations identiques et qui signiient demeure du centre. Les Grecs n'ont pas été exempts le cette faiblesse : leur Olympe avait , comme le mont kléni des Indous , la prétention d'occuper le beau milieu lu globe. Les peuples primitifs se représentaient la terre omme un disque entouré par une mer mystérieuse et tieine de merveilles. Aux conGns du monde , l'imaginaioo des premiers géographes se plaisait à placer des pays iranges, des lies fortunées, des peuples de pygmées »u de géants. Quant i la voûte du ciel, elle était, rojait-on , soutenue par des montagnes énormes ou par les colonnes immenses.
La Bible nous offre l'ensemble des idées cosmoiogijoes et géographiques des Hébreux. La terre était , suisnt eux f une vaste plaine couverte par les nuages et ntourée de ténèbres épaisses. Le ciel , ou la montagne iq Seigneur, était dans le Nord. Rien de plus précis sur la Unctore du globe terrestre. Les limites de la géographie 'ê Uoîse furent : au N. , le Caucase ; â l'E. , nue sone •sex Tague, qui n allait probablement pas jusqu*aux fronières de l'Inde ; i l'O. , l'Archipel de Grèce ; au S. , embouchore de la mer Rouge ; an S. -0. , l'Egypte. Ce ernier pays et l'.Arabie étaient parfaitement connus des Icbreux. Mais telle était la confusion qui régnait dans » idées géographiques de ce peuple, que même plusieurs lècles après Moïse, les Mèdes et les Chaldéens, fixés iani les régions on l'Euphrate prend sa source , sont déignés par les écrivains hébreux comme habitant le paye fe la mi-nuit^ aux confins de la terre et du ciel.
D'après les livres saints , les Égyptiens , environ 1 9 itcies avant Jésus- Christ, ne connaissaient que leur «yi , les déserts qui l'avoisinent , l'Arabie , la Syrie , la 'erse occidentale , TAsie-Mineure , les tics de l'Archipel lia Grèce.
Les Grecs anciens n'en savaient pas autant. Homère,
qui écrivait ses poèmes 10 siècles avant l'ère chrétienne, paraît avoir connu en détail la Grèce , l'Archipel , l'Ile de Crète et la câte d'Asie que baigne la Méditerranée. Il avait beaucoup voyagé , mais ses œuvres attestent que , de son temps , les notions géographiques des Grecs étaient plus bornées que celles des Egyptiens au temps de Moïse. En effet , au S. , les Grecs , à l'époque en question , ne connaissaient que la vallée du Nil et la partie du littoral de l'Afrique qui s'étend à l'O. jusqu'au cap Bon , oiî meurt la chatue de l' Allas ; à l'E. , le monde n'allait pas , pour eux, au delà du désert situé entre la Syrie, l' Asie-Mineure, la Mésopotamie et la Perse. Enfin, ce qui semblera surprenant, les Grecs, au temps d'Homère, n'avaient qu'une idée très-confuse de la mer Adriatique , de la Sicile et de la partie S. de l'Italie. Le reste de la péninsule italique leur était entièrement inconnu.
Les Grecs des temps antérieurs admettaient l'existence de nations habitant les pays situés derrière les lieux où se lève le soleil et ceux où il se couche. Ils se figuraient ces peuples constamment plongés dans les ténèbres , et les nommaient Cimmirient. A mesure qu'ils arrivaient à connattre de nouvelles régions éclairés par le soleil , c*est-idire à mesure que les limites du monde connu reculaient, ils transportaient plus loin les Cimmériens et leur ténébreux séjour. On trouve dans l'antiquité des Cimmériens sur les bords de la mer Noire, près du Bosphore de Thrace et en Italie , au levant et au couchant , partout enfin où. le monde était supposé se terminer. Les dénominations d'Elhiopienê et i Hyperboriem servaient aussi à désigner les peuples connus les plus éloignés au N. et au S. Pour ceux qui croyaient l'Afrique et I Asie , on l'Ethiopie et l'Inde , réunies par une terre méridionale, les Ethiopiens étaient limitrophes des Indiens. C'est pourquoi Virgile et Lncain ont pu faire descendre le Nil des frontières de l'Inde.
La forme de disque attribuée i la terre était généralement acceptce par les Grecs de l'époque homérique. Ce disque était partagé, par le Pont-Euxin , la mer Egée et la Méditerranée , en deux parties , l'une septentrionale , l'autre méridionale, désignées plus tard par Anaximandrc sous les noms A' Europe et ^Atie , qu'on entendait auparavant dans un sens plus restreint Le Phasis et le détroit d'Hercule marquaient les limites des deux frontières de Vorhi» lerrarvm. Les Cimmériens, les Macrobiens, eu
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hommes à longue vie ; l'Klysée , heureux pap situé dans des parages fanlasUques ; les îles Fortunées, qui plus tard, sous le nom d^AtloH' lidc et de Miropide , Turent l'ohjet des Octions philosophiques de Platon et de Théopompe; les Arimaspcs, ces gens si clairvoyants, bien qu'ils n'eussent qu'un œil ; les Gryphons, qui gardaient les métaux précieux des monts Riphéens ; la Colchide , contrée magique , peuplée de monstres et de prodiges ; toutes ces fables ingénieuses, écloses dans l'imagination d'Homère, d'Hésiode, on, pour mieux dire , dans celle des peuples contemporains, se mêlaient alors aux notions parement géographiques , et faisaient du globe terrestre un monde merveilleux , plein de mystères ]jracieux ou redoutables.
Dans les âges historiques de la Grèce , les systèmes cosmologiques se multiplièrent à l'infini. Écoutes Thaïes : il vous dira que la terre est une sphère. Son disciple Anaximandre enseigne , au contraire , qu elle a la forme d'un cylindre. Si vous en croyez Leucippe , vous vous la représenteres sons la figure d'un tambour ; Héraclide vent qu'elle ait celle d'un bateau ; celui-ci affirme qu'elle n'est autre chose qu'une haute montagne éclairée par les étoiles, qui gravitent autour de son sommet ; celui-là en fait un cube et produit des arguments sans réplique à l'appui de son assertion.
Hérodote fît faire un grand pas à la géographie descriptive de certaines régions , et notamment à celle de l'Europe orientale. Cependant, et malgré ses voyages dans les trois parties de l'ancien monde , il surchargea set récits dé contes puérils et de détails mensongers. Il ne connaissait que d« nom l'Arabie, l'Ibérie, la Celtique ou la Gaule, les fies d'Albion et de Cassitérides (Iles Sorltngues). Il avait des notions asses nettes sur T.lfrique , et particulièrement sur l'Egypte ; mais la partie occidentale de ce continent Ini était inconnue au delà de .Tripoli. Ses détails sur l'Inde , outre leur inexactitude , sont entremêlés de fables empruntées aux légendes ou aux croyances populaires de l'extrême Orient, Au nombre de ces contes plus ou moins ingénieux, on n'a pas oublié celui des fourmis grosses comme des renards, et qui ramassent des tas d'or mêlés de sable. « Les Indiens , dit le naïf historien, vont, avec leurs chameaux les plus rapides , à la recherche de ces trésors ; mais si les fourmis les surprennent , il est difficile d'échapper sain et sauf. •
L'Europe occidentale s'était, à ce qn'il parait, dérobée aux investigations du sagace voyageur. C'est à peine s'il nomme llassilia (Marseille) , qne les Phocéens avaient, pourtant, fondée plus d'un siècle avant sa naissance. Rome , qni grandissait depuis trois cents ans , n*est même pas désignée par lui. De l'Italie, il ne connaissait que le S. de la grande Grèce.
L'extr«>me occident de l'Afrique était donc resté lettre close pour la société grecque. Cependant les Phéniciens a% aient fait des diTou vertes dans l'Océan Atlantique, et
MONDE d'uOMKRI.
I le périple de Hannon s'était exécuté bien avant Hérodote I Le voyage de l'amiral carthaginois, avec les trente mille individus qu'il portait t bord de ses navir».
estaccepté commeuthcntique ; seulement les opinions difThml sur le point où se termina sa course maritime : les uns veolent qu'après a;oir franchi les coionD<^ d'Hercule , il se soit avancé jusqu'au golfr de Guinée ; les antm bornent son exploration an Sénégal. G<jssellin Tarréte au csf Noun.
Nous avons pvk de UarseUle. Ln ntoyen de celle colonie, Pjlhéas, hamm intrépide et intelligent, exécnlA, à \ac époque qu'on suppose remonter an siècle qui précéda l'ax^ nemeni d* Alexandre.
un voyage marilio^ dans le Nord. Il reconnut Albion ou la Grande-Bretagne; et, suivant toujours une direction sepleatrioadf. il atteignit la mystérieuse Tkulè j qu'il vil coaverte d« glaces et de brouillards et comme plongée dans nn affresi chaos. Qu'était-ce que Tholé ? Difficile question , qai a exercé la sagacité des géographes et des bîstoriens d< tous les temps. Que cette terre du Nord , visitée par it navigateur marseillais, soit le Jutland ou les c^tes de U Noru ège appelées ThuUmark, ou bien l'Islande , toajoan est-il que Pythéas parcourut les mers Scandinaves et qot ses renseignements sur les cdtes de la Baltique ont iU reconnus exacts.
Ici un nom illustre se rencontre sons noire pluar c'est celui d'Aristote. Le philosophe grec déclara qae \* terre était de forme sphérique , et donna mènse la mtsure de sa circonférence, qn'il évalua a 400,000 stodes. On a cm reconnaître dans ses écrits rindicatm de Madagascar. Quant à Ceyian (Taprobane) , il la neonâ positivement, et cela longtemps avant Ptoléoiée. L^ limites de sa mappemonde sont : a l'E. Tlndus ; à FO le Guadalquivir (Tartessus) , au N. les monts Ripbêcst. au S. la Libye, dans laquelle il place le fleuve Chrés^ tes , quil fait sortir des mêmes montagnes que le \il . pour le conduire à l'Océan Atlantique , ce qai poerrui faire supposer qu'il a confondu le Nil avec le Niger.
Les conquêtes d'Alexandre donnèrent des notions piss positives et plus étendues sur l'ancien monde. Le fait géographique le plus saillant du règne de ce conqnérast est l'exploration de l'Indus. Une flotte de 800 nsrirei. commandée par Néarque , descendit ce flenve et leog» la côte d'Asie jusqu'au fond dn golfe Persiqne.
Peu à peu la géographie prenait les appareaoK d'ase science. Eratosthène, qni vivait 200 ans awnt Jéssf- Christ, composa nn traité véritd>le; Hippnrqne. qw naquit 60 ans plus tard , jeta les fondements de b fe<^ graphie astronomique. Eratosthène affirma la forme spkriqne de la terre , et l'immensité de TOcéui ne Ini par«(«sait pas devoir empêcher les navires d'aller dans flsdr en se dirigeant vers l'O. Agatharchide donna le preoûer U description à peu près exacte des régions sttnées as S. «If l'Egypte. Les voyages d'Eudoxe de Cysiquc ajonlèrcnt éf
DËCOIVKRTËS MARITIMES £T CONTINENTALES.
looveaaz renseîgneiiienU à ceux qne Too poMédait d^jà mr ceritinet ptrlies de rOricol. Cet audacieux aventurier, qui vifita TÉgypte tous le règne d'Évergète II, c'est-à-dire environ 130 ant avant Jétna-Chritt, fit deux fois le voyage de Tlnde, pnit t'embarqua de nouveau pour tenter de se rendre dans ce pays par l'Océan Âtlanliqoe. Postdonius raconte, d'après le récit qu'on lui fit des uenlures d'Eudoxe , qu'il accomplit le tour du continent ifricain.
Le goÂt des voyages maritimes, qui , sous l'aiguillon de a cupidité commerciale , commençait à se répandre , fut comprimé par les conquêtes des Romains. Mais ces cob« {actes , si elles ne reculèrent pas les limites du monde »nnu, enrichirent, du moins, le domaine delà géographie le faits nouveaux et plus exacts que ceux recueillis et u:ceptés par les écrivains des siècles antérieurs. Les trois (oerres puniques, celle d'Illyrie, les luttes contre les jaulois , les expéditions d'Espagne , cellea d'Aëlius Gaios en Arabie et en Ethiopie, contribuèrent singnliè- ■ement à donner à la science un caractère plus positif d plus varié. Grâce à ces pérégrinations militaires, Pojbe avait pu, 150 ans avant Hipparque, donner une lescription du monde qui , malgré de nombreuses erreurs, itlestait de remarquables progrès dans la connaissance du {lobe. Les nouvelles acquisitions des Romains et de ilithridate Eupator, les campagnes de Jules César dans es Gaules et dans la Eretagne permirent d'étudier des «Qtrées jusqu'alors ignorées on mal connues. On sut, >ar exemple, que l'Irlande n'était pas un pays fabuleux, .'omme l'avaient affirmé les géographes. Mais la cosmolope était toujours aussi arriérée : Posidonius, sachant |ae la terre n'était pas , ainsi qu'on l'avait dit avant lui , m quadrilatère, avança que le monde avait la forme l'one ellipse resserrée et pointue i ses deux extrémités, comparable, en un mot, à une fronde.
Quant à Strabon, quoique venu postérieurement, 'eiposé de ses connaissances géographiques prouve que rénormes erreurs prévalaient toujours dans la science. !«es limites de ses notions positives étaient au N. lerné , m l'Irlande , et l'embouchure de l'Elbe. Il déclarait ne las croire à l'existence de Thulé , par cette raison qne la erre était inhabitable i quatre mille stades au N. de a Bretagne. Vers l'E. , il arrêtait à Ceyian et à Thinœ es bornes du monde , et c'est tout au plus si ses notions >ositi vas allaient jusqu'aux bouches du Gange. Pour ce qui ïstde l'Afrique, lac6le occidentale ne lui était connue que usqu'an fleuve Nonn. Strabon partageait l'erreur de ceux ]ui représenlaient la mer Caspienne réunie à l'océan du Vord ; il rejetait donc les renseignements d'Hérodote sur )e point. Du reste, il professait peu de respect pour l'anorilé du vénérable historien , et son scepticisme à l'en- Irait des voyages de Pylhéas, d'Hannon et d'Eudoxe le sissait dans une fâcheuse ignorance sur plusieurs quesioos de géographie.
Strabon adoptait la division en climats admise par tous es écrivains antérieurs , romains ou grecs. Avant et bien onglemps après lui, on partageait le globe en cinq sones , iont deux glaciales et situées auprès des pôles , une brûée par le soleil et s'étendant le long de la ligue équiloxiale , les deux autres tempérées et occupant le reste lu monde , celles-ci , croyait-on, étaient les seules habi- :ables ; quant i lasone torride , non-seulement on la supposait condamnée , par suite de son climat embrasé , à une solitude étemelle, mais encore on se persuadait |u'elle était nn invincible obstacle à l'exploration des montrées situées au delà de l'équateur.
Quand on considère l'état avancé des arts et de la littérature dans le siècle d'Auguste , on ne peut se défen- Ire d'une grande surprise en voyant l'imperfection des connaissances géographiques dans le monde romain de cette période. Pour Horace, la Grande-Bretagne et le Ta-
nais étaient les confins du monde; Vii^ile, nous l'avons déjà dit , plaçait la source du Nil dans l'Inde.
PLANISPB&BB DU DOl'ZlàUE SliCLI.
Nous ne nous arrêterons pas aux écrits de Pomponius MéU et de Dyonisius Péri^tes, qui compilèrent sans profit pour la science géographique.
Lorsque, quarante-trois ans après Jésus-Christ, les légions de l'empereur Claude marchèrent i la conquête définitive de la Bretagne , ce pays était pour les Romains un monde nouveau. .35 ans plus tard, la flotte d'Agricola, en faisant le tour de la Calédonie et en explorant les mers voisines, reconnut la fameuse Thulé, sans qu'on puisse mieux savoir, après cette exploration , à quelle terre s'appliquait proprement ce nom énigmatique. Même, à cette époque, la Grande-Bretagne était une contrée à peu près mystérieuse ; Tacite la dit bornée à l'E. par la Germanie, au S. par la Gaule, i 1*0. par l'Espagne. Quant à l'Irlande , il la place i mi-chemin entre l'Espagne et la Grande-Bretagne. Il fallut , pour connaître l'intérieur de la Germanie , que la passion des dames romaines pour le succin, ou ambre jaune, donnât naissance à un commerce actif avec certaines parties septentrionales de l'Europe.
En Orient, une découverte des plus importantes activa les progrès de la navigation et de la géc^aphie : un demi -siècle environ après Jésus -Christ, Hippalus constata le phénomène périodique des moussons dans l'Océan indien , et dès lors se trouva régularisé le mouvement qui entraînait l'Occident vers l'Inde et vers les archipels asiatiques.
Au S. , l'expédition du consul Snétonius Paulinus dans le pays de Sedjelmaça (Sahara marocain) révéla la tone qui s'étend au delà du mont Atlas , au midi de la Mauritanie tingitane. La campagne de Cornélius Balbus dans une région voisine et parallèle eut des résultats encore plus intéressants. L'armée romaine , partie du territoire de Tripoli , traversa le désert, pénétra dans le Fessan et s'avança jusque dans la contrée visitée de nos jours par Denham et Clapperton , c'est-à-dire jusque dans le voi<* sinage du Bomou.
Toutes les richesses scientifiques produites par ces entreprises furent mises à profit par Pline, qui sut puiser avec discernement dans les écrits des Grecs , mais qui ne paratt pas avoir consulté l'ouvrage de Strabon. Nous sa*vons par lui que , de son temps , l'Europe formait un tiers du monde connu , l'Asie un quart et l'Afrique un cinquième.
Marin de Tyr fit encore mieux : non - seulement il s'aida de tons les documents anciens et contemporains pour composer une géographie complète et pour discu-
ter les hases de tes cartes , mais même il fit paraître de nouvems éditions de son livre corrigées et augmentées i mesin; qa il se procurait des renseignements plus exacts. Malr.3urensement ce livre fut perdu.
Enfin apparatt , vers le milieu du 2*^ siècle de l'ère chrétienne , Ptolémée , qui rectifie les erreurs de ses devanciers, et dote la société civilisée d'un magnifique ouvrage destiné , chose étrange ! i servir de guide aux géographes futurs pendant une période de plusieurs siècles.
Le principal mérite de Ptolémée , c'est d'avoir imaginé une théorie générale pour la détermination des lieux , d'avoir fait connaître les mesures de latitude et de longitude. Sa mappemonde, toute remarquable qu'elle est, présente une foule d'erreurs monstrueuses : ainsi il place l'embouchure du Gange à ifio à l'K. de sa situation réelto ; il supprime purement et simplement la péninsule de l'Inde , et la rcin^ilace par une ligne de côtes courant i ro. et A l'B. ; lui aussi nous montre l'extrémité de l'Asie réunie au continent africain.
Les travaux de Ptolémée prouvent que la géographie avait marché depuis Strabon , mais , si Ton considère que mille ans s'étaient écoulés depuis qu'Homère avait mêlé les fables de la mythologie païenne aux réalités géographiques, on s'étonnera que la' science eût cheminé d'un pas si lent et (ht encore si imparfaite. £n somme , et malgré les taches qui le déparent , l'ouvrage du savant d'Alexandrie est un monument géographique considérable à cause du grand nombre de lieux qu'il signale et des notions nouvelles qu'il enregistre.
L'invasion de l'empire romain par les peuples du Nord , l'anarchie générale qui s'ensuivit , l'établissement du christianisme , qui anathématisa tous les livres étrangers aux choses saintes , firent rétrograder tous les arts , toutes Ict sciences, el notamment la géographie. Pour juger de l'ignorance de ces temps relativfiment modernes, il suffit de jeter les yeux sur les mappemondes de cette période : dans toutes , sans exception , on voit la terre
MâPPBUONDB DU DIXiftxiB SiftcLR.
entourée circulairement par la mer et divisée en trois parties, dont une, l'Asie, aussi grande, à elle seule, que les deux autres ; l'Afrique est réunie à l'Asie , et l'Océan indien se trouve être ainsi une mer intérieure ; à l'E. on remarque un petit emplacement indiquant le paradis terrestre (hie utparaditui) ; l'Europe et l'Afrique sont séparée.» de l'Asie par un canal longitudinal que quelquesuns c. oient être le Nil , d'autres l'HeUespont , d'autres encore la mer des Indes. L'Afrique reste le pays des fables et du mystère ; on n'en indique que la partie septentrional) ; le reste est inabordable à cause des torrents de flammes qu'y verse le soleil. Après la découverte des Ca- I
naries et du cap Bojador, on voit les géographes dessioer dans une de ces tles des statues colossales brandissant des massues formidables pour avertir les navigateurs qu'on ne peut aller au delà.
Un rêve fantastique , peuplé de chimères et de vision» bicarrés, planait alors sur le monde. Un moine -évêpe égyptien, qui écrivait dans le 6* siècle, nous fournit nn échantillon des opinions qui prévalaient à cette tcnébreufe époque. Suivant Cosmas Indicopleustès , • le monde est une surface plane, un parallélogranune , nn coffre obloog divisé en deux parties : les hommes habitent la premièrr, qui s'étend depuis la terre jusqu'au firmament ; aa-detsas de ce dernier , les astres accomplissent leurs paisibles évolutions ; c'est le séjour des anges, qui ne s'élèvent pas audessus de cette sone éthérée ; — la seconde parti« du monde comprend l'espace qui se développe entre le firmament ei la voûte qui couronne la masse entière ; — les emmx émciei reposent sur le firmament, et, par delà cette nappr liquide, commence le royaume dëi cienx, «ni le divin J«sus attend les élus qui viendront s'asseoir à aa droite. * Puis vient l'explication des phénomènes célestca : «La terre est entonnée de hautes murailles et diviaée en trots compartiments , savoir : la terre habitable , placée ta centre; l'Océan , qui la ceint de tous côtés ; et une an^re terre , qui environne l'Océan et que bornent ces htnXn murailles qui soutiennent le firmament • • Selon Coemas . dit M. Letrenne , la terre habitable va tonjonn en êëtvant du M. an N. , de sorte que les contréea anstralci sont beaucoup plus basses que les boréales ; c'est peur cela, nous dit-il, que le Tigre et l'Euphrate, qui coulent du N. au S,, ont un cours plus rapide que le Nil , qai va dans le sens contraire ; — tout à fait au N. , il exutr une grande montagne conique derrière laquelle le cacbeot le soleil , la lune et tous les astres , qui exécutent leur course le long de la route céleste et en dedans de ces bauin montagnes qui circonscrivent la terre par leon douvcmenls obliques. Ces astres ne passent jamais an-deKOQ« de la terre ; ils ne font que tourner autour de la gnnét montagne qui les cache i notre vue ; selon qpie le soleil s'éloigne ou s'approche du N. , et selon qu'il a'abaiase oq s'élève dans le ciel, il disparaît derrière la mootagae en nn point plus ou moins éloigné de sa base et demeorv éclipsépluson moins de temps: de là l'inégalité des jeon et des nuits, elles vicissitudes des saisons. • Du reste Cmmas admet que , non seulement le soleil et la lune , mait tous les astres sont conduits chacun par des puMsancn spirituelles, par des anges, qu'il compare à des laspsdophores; en sorte que les mouvements de ces astres sool dus à une cause intelligente qui préside à cfancun dVei. Ce sont encore des puissances angéliques qui préparcal la pluie , rassemblent les nuages , et président aux vents. à la rosée , à la neige, à la chaleur, an froid , en n bo< à tous les phénomènes météorologiques.
On voit que les rêveries cosmologiqnes dn noyen âf^ ne valaient pas les gracieuses fantaisies d'Homère et ie l'antiquité païenne. Ces croyances excentriques se maistinrent pendant une longue période. En France, sens le règne de Charles V, c'est4-dire au 1 4« siècle, sa cosmographe dressait encore une mappemonde snivaat 1« anciennes idées , et se conformait à l'opinion dn voya^vcr MandeviUe, qui dit : «A l'extrémité dn monde conso. dans l'endroit le plus élevé de la terre entière , et entourée d'une forte muraille , est Fenoeinte coatiaec i» Paradis , couverte de feuillage. •
Un rayon de lumière parut à l'Orient L« Arabes, rrgénérés par une législation nouvelle et par lears hrillsoio conquêtes , se livrèrent à l'étude des sciences exactes et donnèrent une certaine impulsion à la géographie astr(vnomique. Mais leur système cosmograpkiqae n'étwt pci moins absurde que celui des anciena. Ils rfivissifBt l« monde en sept climats, et chaque climat en nn certaa