‹ Instruction pour le peuple: cent traités sur les connaissances les plus indispensablesChapitre 172 sur 291 · STATISTIQUE DK LA FRANCE · texte numérisé non relu

STATISTIQUE DK LA FRANCE

A DM jMU la ttaiiuipÊê n'etl point «ne da eei tciencet qai , heureuse émanation du génie , peuvent apprittreioadiio, comme Minerve lortit tout armée du cerveau de Jupiter; c'eit par eicellence une étnde expérimentale , kpoiUriori : elle narrive à la formule que par l'obierration dei phénomènes ; elle ne se confie point aux élans de riottgination , aux conceptions de la théorie. Aussi eroyooi-nous que la statistique est une science à {|ire , que le temps seul permettra d'en élever définitivement l'édifice, ma» que dès aojourd*hni nous pouvons eu poser les bsses , en tracer le dessin.

Jasqa à présent on n'a pn rédiger que deë chapitres d'un livre dont l'achèvement appartient à l'avenir. L'étude de la staâstiqne a fait de grands progrès, surtout parce qu'on a mieux compris les conditions de la science , parce qu'on a renoncé à des vues trop ambitieuses, pour l'en tenir anx notions qu'il nous est déjà permis d'acqoérir avec une certitude complète ou avec une probabilité luflSsAote.

Les éléments de la slaiiêiiquê ne sont pas autre chose que Yilat même de la société reproduit i des moments donnés ; la société est mobile : les travaux statistiques fixent la trace de cette mobilité et peratoUeat d'en conaaf Ire les ondulations. Les statistiques de tel ou tel pays , à telle ou telle époque , sont comme l'image fidèle des faits sociaux ; du moins tel est le but des efforts des statisticiens, l'idéal qu'ils poursuivent.

Mais un pareil tableau , quelles que fussent son exactitode et sa perfection , ne servirait guère qu'à satisfaire la curiosité s'il demeurait isolé , s'il n'y avait pas moyen de le rapprocher d'autres tableaux tracés à d'antres époques ou dans d'antres contrées : notre esprit ne saurait rien concevoir nettement sans des points de comparaison. Pour nous résumer sur ces idélss préliminaires , nous dirons que la tlatistique est l'étude de la vie sociale dans ses manifestations successives traduites en quantités analogues ; le rapprochement de ces quantités permet d'arriver par voie de calcul i la détermination de la loi qui domine l'existence humaine. Envisagée ainsi , la statistique forme la contre-partie de Véeonmmiê poUtique , appelée à déterminer par voie de déduction philosophique les rapports qui dérivent de la nature des choses. Quand la êiatiuique sera nue science complète, elle permettra de faire la preuve matérielle des investigations théoriques de l'économie politique ; il y aura entre ces deux études an point de rencontre inévitable, car elles constituent deux procédés , l'un métaphysique , l'autre pragmatique, pour arriver au même résultat

Voici , tel qu'il nous apparatt , le dernier mot d'une science dont il ne nous est encore permis que de coordonner les éléments.

Cenx-cî ont déjà une valeur propre ; déjà , sous dilers aspects , la série des faits étudiés , constatés , permet de poser , sinon leur loi définitive , du moins une règle approximative d'une justesse satisfaisante. Nous sommes à même , sinon de comparer exactement les divers âges de rhomanité, car les véritables travaux de statistique lont encore trop récents pour cela , du moins de mettre pn parallèle la position sociale des divers Etats : le jour i*n paa encore paru , mais ne dédaignons pas les lueurs le Tnarore.

Il aermit téméraire de songer maintenant à bâtir d'eu- «mble le monument régulier de la science statistique ; nain , pour qu'il soit bâti un jour, apportons chacun nore pierre à cet édifice de l'avenir.

Dana le langage usuel, on appelle natistique d'un pays e relevé namériqae de certains faits qui ont été constatés vec plua on moins d'exactitude à une certaine époque. ;'eat réduire de beaoeoup les proportions de la science tejle ue nouM la concevons ; c'est prendre la partie pour le tout Noua ne possédons pas encore de êUUUtipte véritable

parce que nous ne pouvons pas en posséder , parce que les éléments manquent; mais nous avons les membres épars de la science , disjteti membra poekt : ib se compléteront et se rapprocheront un jour. Ces membres épars, ces travaux de statistique locale t tpéeiaU, limitée dans l'espace et dans la durée , se multiplient au grand avantage des investigations sérieuses. Une méthode commune commence à présider à la collection des faits ; on les ramène à une valeur analogue au moyen d'un triage sentpuleux, de manière à les vendre comparables entre eux.

Les tableaux statistiques ont des rapports directs avec la géographie , avec l'histoire et avec l'économie politique, sans se confondre néanmoina avec aucune de ces études. An lien de donner simplement la desaripCion des diverses partiea du globe , des richesses que celles - ci recèlent, de la population qui les couvre, les tableaux statistiques relèvent les résultats de racCion de l'homme sur Ise choses ; ils constatent les maaifestationa du labeur auquel la Providence l'a associé. C'est l'homme , ce sont ses besoins, ses penc&aats, ses actions qui servent de pivot à la statistique , tandis que la géographie s'attache plus spécialement à la terre.

La statistique se distingue de l'histoire; elle ne décrit paa lea événementa accomplis, les luttes, les labeurs du paasé, elle se borne à constater par des chiffres leur influence sur le sort dcrhaamnité.

Elle se distingue de réd^nomio palîliqne, car, an lieu de poser des principes, elle vérifie, à l'aide des pbénomènes qu'elle est appelée à scruter , les résultats acqnis à l'application de certaines règles, de certaines idées. L'économie politique déduit les lob qui dérivent du rapport entre les choses ; la statbtique essaie de remonter d'une longue série de faits à la loi qui les engendre. L'économie politique ne peut point multiplier ses expériences, car elle n'opérenit point sur la matière inerte et le corps social saigne à chaque essai inhabile. Permis au chimiste, au naturaliste, au xoologue de multiplier les tentatives sur la matière morte ou sur des êtres impersonnels , l'administrateur est tenn à plus de réserve. Pour Ini TexpérMuce dn passé, l'étude des variations survenues sous l'empire de circonstances accidentelles ou permanentes, sont indispensables ; elle constitue nous dirons presque le laboratoire de l'homme d'Etat

Nous avions besoin de poser ces notions premières pour déterminer le véritable champ des explorations statbtiques, pour faire comprendro lea avantages de cette étude, soit dans l'avenir , soit dans le présent Elle ne possède encore que peu de ressources, elle est en voie d'élaboration , et cependant elle a prodoit déjà de grands résultats.

La statistique doit procéder avec beaucoup de scrupule et de modestie : nulle part la probité Mieotifique n'est plus nécessaire , nulle part on ne doit se ganter davantage de cet esprit de système qui discipline les données recueillies connne une armée , afin de monter à Tassant d'un principe on pour défendre une idée préconçue. L'art de grouper des chiffres a fait de notre temps d'affligeants progrès.

Est-ce à dire que la sUtistiqne est complice de ces véritables tours de prestidigitation scientifique, qu'un illustre orateur, M. de Lamartine, a si énergiquemeiit condamnés? Nullement; tout au contraire, nue étude attentive tend à dissiper les fausses lueurs; elle condamne les méthodes inexactes, partiales; sainement comprise, elle fournit les moyens de faire justice de tout ce vain clinquant , et ramène vers le culte de la vérité méconnue ou faussée. Le plus grand mérite de la statb^ tique sérbuse est de condamner les usurpations commises en son nom ; elle ramène les utopies sur le ter<« rain de la réalité, elle ne permet pûnt d'attribuer à la marche des institutions, aux réfbroiea acoompiies des

avantage» oa des écbect qui leur sont étraogert. La science se sabstitue i TaTeogle routine et i la téméraire hypothèse.

llelchior Gioja divise la philosophie de la statistique en deux parties : • L une , dit-il , révèle les symptâmes de l'existence des peuples ; l'antre en signale les causes, en déterminant la loi de leur mutabilité. •

La première sert de point de départ : elle signale les mowtetttt de l'humanité (tma positione temporanea, comme dit Romagnosi). Ces moments sont fugitifs; jamais la ttaiûiiqtte ne peut demeurer exacte k la longue.

liais les points d'arrêt de la société sont comme autant de jalons qui aboutissent à la connaissance potiiive des ressources, de l'activité et des destinées des peuples.

J.-B. Say révoque en doute les avantages de cette sdepce : • Qu'est-ce que ces énormes statistiques, qui en les supposant excellentes, c'est-i-dire vraies au moment où elles ont été dressées, ne le seront plus au moment où on les connaîtra?»

Sans doute la tâche du statisticien n'est jamais terminée, car celle de la société dont il reflète les mouvements ne l'est pas. Hais si les données qu'il relève sont pariobtes, elles n'en ont que plus d'intérêt ; elles exigent d'autant plus impérieusement qu'on s'en occupe.

Les études statistiques ont été poursuivies longtemps sans qu'on songeât à en faire un, corps de doctrine : les fûts précèdent toujours la science. On s'est toujours enqnis de la puissance militaire , de la population , des richesses, des matières métalliques, de l'étendue du territoire. Dans ce sens la statistique remonte à la plus haute antiquité, tous les peuples anciens l'ont pratiquée , tons ont procédé à des relevés de population , de revenus Gscanx, i des dénombrements militaires. Et cependant la science ou plutôt les bases de la science sont chose toute moderne , nous en avons dit la raison.

Il est curieux de suivre Tordre d'idées suivant lequel les investigations analogues i celles de la statistique moderne , se sont manifestées. Tout était d'abord sacrifié à la prédominance de la force , et Ton mesurait la puissance des nations d'après le nombre des hommes en état de porter les armes ; quand on s'est rois i supputer l'étendue du territoire sur lequel l'activité de chaque peuple devait se porter, ce calcul témoigna d'un progrès manifeste : l'homme commençait à comprendre que sa destinée était de subjuguer la nature et non de subjuguer les autres hommes.

Enfin l'attention se fixa sur l'existence des populations, sur la durée de la vie, sur les conditions de bien-être et de sociabilité , sur le sort de tous les citoyens. On se trouva invinciblement amené à reconnattre que les faits les plus considérables s'accomplissent dans un cercle d'intérêts trop négligés, trop oubliés jadis. Suivant une expression d'une pittoresque trivialité , on comprit que tout changement survenu dans la région des clous avait bien plus d'importance qu'un changement arrivé dans la région des diamants; car chaque particularité se multiplie par la masse qui en éprouve le contre-coup.

La double acception du mot état, qui signifie une agrégation politique, comme aussi l'ensemble des données relatives à une situation quelconque, a souvent causé une confusion dont les écrits des statisticiens conservent la trace.

Le premier écrivain qui ait aperçu le but social de la statistique, sans lui donner le nom qu'elle porte aujourd'hui, et qui l'ait nettement séparée de la géographie, de rhistoire et de la politique, c'est Hermann Gonring dans son ouvrage : Bxereitatio hittorieQ-poUtiea de notitia sinpdariê aUeujnt reipublicœ. Il donna l'exemple des recherches propres à faire obtenir le tableau de l'état social, car il s'attadia aux circonstances qui peuvent influer sur la proep^it^oa sur le malheur d'un pays , à celles dont la vie civile éprouve les effeU.

Quelque temps après, vers le milieu du 1 8* siède, oo professeur d'histoire de Gottingne, Achenvall, dêHvra définitivement l'acte de naissance de cette acîenee noavelle en lui donnant le nom qu'elle porte aojourd'hni, et en lui assignant pour objet la connaissance approlbadît de la situation (statue) de chaque Etat

Nous n'entendons pas dans ce rapide aperça mnltiplier les citations ; nous nous bornerons donc à dire que seivant le prisme à travers lequel les stattsUciens ontenvisa^ leurs recherches, celles-ci ont singulîèrenEMot varié de nature. C'est ainsi que le caractère politique de la sdcnce disparaît pour John Sinclair devant l'idée parement sociale; il s'attache à déterminer la source da bonhcDr dont jouit une population et les moyens de l'aagmenter Il indique en même temps la portée d'une philoeopbie de la statistique.

Suivant M. Schlœier, Thistoire est une statistique continue, et la statistique l'histoire à son point d'arr^ Cette définition est loin de nous satisfaire, malgré ce qa'cfle présente d'ingénieux an premier aspect Elle nous eemble à la fois trop restreindre et trop étendre le domaine de la statistique.

Elle le restreint trop, car, comme l'histoire, Isi statistique est progressive ; elle agglomère les données séparément recueillies à diverses époques, elle les confronte et conduit ainsi i d'importantes solutions. Elle Télend trop, car la statistique n'empiète point sur le récit des évésements , qui forme comme le tissu de l'histoire , elle n'analyse point les ressorts cachés de la politique, le caractère des hommes d'Etat, les mobiles qui les ont fait agir; elle étudie simplement les faits produits , elle s*attaichc à constater les phénomènes à mesure qu'ils apparalssenL

Noos admettrions moins encore la récents défioitioa donnée par M. Schnitsier : La statistique est rexpooé saccinct des intérêts divers d'une population orgaaieée es société politique. Ces paroles sont beauooap trop vagnes, elles ne limitent pas suffisamment l'objet de le statistîque : et cependant la première condition d'ane étude nomvelle pour se faire admettre dans la grande famille scientifique , c'est de circonscrire nettement le terraÎB de ses investigations.

Deux écoeils menaçaient la statistique: d*«]i e6tr. faute d'une limite précise , la statistique pouvait s'égarer sur le domaine encyclopédique , en se mettant en qoéle avec Schubert de la situation des peuples civilisés sons le rapport de leur vie intérieure et extéiieure , et de leert relations respectives ;

D'autre part, elle devait tomber dans des rainaties r^ dicules, servir d'instrument aux fantaisies les pins étrange» et ravaler la portée de ses investigations , en s*attaciHBt k des futilités. On a vu publier la Statietique des pomt» sur la beauté ekes Us dijférents peuples; on a vn snrgir des colonnes de chiffres consacrées à ds véritables cmnosites littéraires, plutôt qu'à des investigations ntilea. Ic>. plus peut-être qu'ailleurs , il est vrai de dire :

Qai ne set •« borner , n« int jamais écrire.

Il faut savoir choisùr les faits sur lesquels les investi^ tiens doivent porter, afin de ne s'occuper qne de eees qui ont une importance véritable pour récononùe eeciilf de ceux qui peuvent fournir des renseignemeols fécond» et des leçons profitables. On s'attachera donc aax iail« qui révèlent la marche graduelle des sociétés, parce qoe l'on doit se proposer d'en déduire les lois d'après lesquelles s'accomplissent les phénomènes de Texislence spciale; car la statistique, dans son exprcosàna la plss haute, est, ainsi que l'a définie M. Dnfau, ^rès M. Qoetelet, la science qui apprend à déduire de tums wmeoitriques analogues les lois delà snccessioadeafaiIssocianL

La publication des docnments statistiqncs, laksis snr une large échelle et élaborés avec on certain sein, rr-

Page 1