‹ Instruction pour le peuple: cent traités sur les connaissances les plus indispensablesChapitre 173 sur 291 · STATISTIQUE DE LA FRANGE · texte numérisé non relu

STATISTIQUE DE LA FRANGE

monte t nn« époque pen éloignée. Aoni jniqa'à prêtent cet Iravaox ont-ilt platAt terri à fournir det notions moini inexaetef sar l'eniemble det faite tocianz, qn i déterminer par det dédoctiônt d*ane rignenr en quelque sorte matiiématique let loit suivant lesquellet cet faitt te prodoitent et se développent Quand nous aurons réuni oae longue série d'observations satisfaisantes , groupées Autour éù certaines questions dont la solution importe au moralitte, à Téconomitte, à rbomme d'Etat, nous pourrons tirer du rapprocbement de ces données partielles des enseignements utiles et féconds.

Le passé bien scruté dans tous ses éléments, bien étudié dans ses variations, en apparence capricieuses et irrégulières, ne tarde pas à prendre des proportions fixes, k perdre le caractère d'une simple succession d'accidents fortuits. La répétition des événements qu'une observation superficielle fait regarder comme purement accidentels , fait disparaître ce qu'ils ont de variable; dans la série d'an nombre considérable de faits , il ne subsiste plus que des rapports constants et nécessaires déterminés par la nature des chotet. Let phénomènes moraux envisagés en masse , s'assimilent eux aussi aux phénomènes physiques, et, comme l'a dit avec jnstette M. Quetdet dant sa Phfiique êoeiaU : les pariieularités individueUet t'ejaeeml ietant tokêenatHm.

Le principe de la statistique positive est le même que celui sur lequel repose la théorie du calcul des probabilités; le hasard perd tet droits devant les investigations de la pensée, un ordre admirable et régulier succède k UD chaos incohérent.

Mais la condition première du problème, c'est de pouvoir étudier et analper de nombreuses séries de faitt analogues ; let longuet colonnet de chiffrée que les publications officielles mettent maintenant an jour, ont donc nue double importance : envitagéet itolément , ellet noot montrent l'état de la tociété dant un moment donné ; rapprochéet let unet det autret , en grand nombre , ellet nont conduiront à formuler les lois mêmes du monrement social, but suprême de la véritable statistique.

Ce n'est pas tout : en montrant les faits de l'ordre sorial soumis à un enchatnement constant, régulier, comme ceux de Tordre physique, la statistique les proclame tout le produit d'un invariable rapport de cause à effet. Or, du moment où la cause d'une série d'événements est connue , l'homme peut modifier les effets s'il a le pouloir de modifier le principe dont ils dérivent Les prinripes connus entraioent det effett nécessaires, mais tous ceux qui n'appartiennent point à l'ordre purement physique, qui n'obéissent point à l'impulsion invincible d'une rtnse première qui nous échappe , se déplacent , se modifient avec les progrès de la civilisation sous l'empire du génie de l'homme. La statistique , quand elle aura acquis tonte la maturité que lui promettent des efforts patiemment dirigés , provoquera donc des réformes salutaires dans les lois et dans les institutions. E.le fournira, pour ainsi dire, la matière première de l'élaboration nouvelle à laquelle devront concourir les lumières de la philosophie, de la jurisprudence et de l'économie politique.

> La sUtittiqne, dit H. Guerry , contiste dans Ténuméralion méthodique d'éléments vsriables, dont elle détermine la moyeiMie. • Ces paroles ont besoin d'explication.

Kl d'abord qu'est-ce qu'une moyemie , quelle est la valeur qu'il est permis de lui attribuer?

Ici nous retrouvons les mêmes distinctions et les mêmes dangers que dans l'appréciation générale det donnéet statistiques. On a souvent, et avec raison , proclamé le mensonge des moyennes , cependant celles-ci sont indispensables.

La moffenne d'une série d'observations s'obtient en divisant la somme des valeurs observées , par le nombre des observations. C'est le emtre de grariti des faits re-

cueillis ; il est d'autant plut préeit que let obtarvationt tont plut mnltipliéet : atnti te vérifie la loi det grands nombret (1).

Mait pour qu'une «oyeimt ait une tignification quelconque , il faut te garder de la confondre avec le quotieni obtimu par le rapprochement de quantitét dittemblablet, bien que d'une nature homogène. Il faut toigneusemeut analyser les chiffres primitifs , les décomposer quand ils sont complexes , arriver à des unités communes. Le-premier devoir du statisticien est de se garder de toute conjecture dans la classification méthodique, det faitt , d'être alort un narrateur tincère , impartial , tcrupnleuz , de se borner à l'exposition de ce qu'il croit savoir, en indiquant les sources où il a puisé ses renseignements , et le degré de confiance que ces tonrcet paraittent mériter. Saut cela let recherchée ttatittiquet ne mériteraient aucune confiance , ellet te perdraient dant de vainet hy pothètet.

Pour que let déductions élevées auxquelles la philo»o<^ phie de la statistique peut donner lieu, soient possibles, il est une condition première , c'est que les éléments qui entrent dans la compotition det tériet , et qui donnent lieu à la fixation det moffemnes , toient libret de toute incertitude. La ttatitliqne positive » 1* constatation tévère det faitt tignalét , d'époque en époque, peut tenle tervir de point de départ à la statittique trantcendentale. Cette étude doit donc réunir ce qu'il y a de plut fidèle , de plut préeit dant la méthode expérimentale , à ce qu'il y a de plus large dans l'appréciation des résultats constatés.

Mais pourquoi des moyennes ? Parce que l'observation d'une série de faits est nécessaice pour éliminer l'influence des causes purement accidentelles , et pour révéler la véritable situation des choses , i une époque donnée. Chacun , d'ailleurs , doit pouvoir remonter à la source du calcul produit , et en apprécier les qualités élémentaires.

Est-ce que le voile qui couvrait le mécanisme céleste, aurait été déchiré si on n'avait pas commencé par des observations attentives , répétées, des phénomènes attronomiquet? etl-ce que la magnifique découverte qui a immortalité le nom de Leverrier aurait été pottible ti let calculs de la pondération céleste avaient manqué de points de départ certains , fixés par la science ?

Un inventaire modeste, mais rationnel, des résultats ob< tenus conduit aux plus hautes conceptions de la philosophie sociale , il fournit le moyen d'étudier et d'analyser une nombreuse série de faits analogues. De ce vaste répertoire de faits numériques , variables , is<ilés , peut jaillir une vive lumière, pourvu que ces faits soient bien observés , soigneusement appréciés , étudiés avec sagacité et conscience, dans le but d'une détermination précise de leur valeur.

H. Morean de Jonnès , dont les efforts méritoires ont grandement contribué i l'avènement de la statistique /»o«i. tive, qui se substitue aujourd'hui aux chimères de la statistique eanjectwale^ recommande d'enregistrer, dans un ordre régulier , les faits numériques qui constituent les éléments du sujet , soumis i l'investigation. Il proscrit avec raison la méthode des inductions dont des hommes éminents ont été contraints de se servir en d'autres temps, faute de bases précises. Ils ont été forcés de conclure du particulier au général , et s'il est une preuve du génie de Vsnban et de Lavoisier, c'est qu'ils aient réussi è ne paa trop s'écarter de la vérité avec les faibles ressources mises à leur disposition.

La véritable base de la statistique , la seule admissible, ce sont les grandes opérations de cadastre et de recensement auxquelles on a procédé de nos jours. Bien peu de pays sont à même de connaître les ressources dont ils disposent ; mais nous sommes sur la voie d'nn classe-

(1) Cm notloBt ont été fort bien défrloppéei par U. Qwl«l«t, daat êriUUrfisur la théorif âen probaHlité» , appUqH^^QtHll^e* t nutraUt ft politiqMen.

nent complet et définitif, grâce m grand principe de la fubiUité.

La pubUeiti et la eemtraliêûtion des renteignements sont lei deni conditions premières des (ravanx statistiques ; ceni-ci ont nne origine récente, cela tient , comme nons Tavons dit, i ce qu'ils répondent à de nouvelles conceptions, i de nouvelles tendances de l'humanité. Mais ils auraient été impossibles si le principe qui présidait à l'administration des sociétés fenciennes n'avait pas été modifié « si les gouvernements n'avaient point absorbé les diversités locales dans l'unité nationale , en concentrant les notions utiles comme ils concentraient le pouvoir ; si, au lieu de se réfugier toujours dans les mystères de la bureaucratie , il n'avaient point compris que la publication des faits,' officiellement recueillis, était indispensable pour dominer les esprits par la conviction , pour assurer la perception facile , régulière de TimpÀt et pour asseoir le crédit public sur la base solide d'une confiance raisonnée.

Le compte-rendu de Necker en 1784 , donna le signal de cette grande révolution. Depuis lors les secrets soigneusement gardés dans les chancelleries , furent dévoilés au grand jour ; l'expérience prouva d'une manière éclatante qu'en fait d'administntion la plus grande finesse consistait à n'en avoir aucune , à dire la vérité , i la faire connaître par tons les moyens possibles.

Maintenant, ce principe est partout admis; les puissances absolues elles-mêmes , la Russie , l'Autriche , lui rendent hommage. Aussi les matériaux de la statistique se multiplient, en visant k nne désirable unité.

Le mauvais vouloir de la Restauration a interrompu l'ouvre commencée sous l'Empire ; par contre , depuis la révolution de Juillet , la France peut se glorifier d'avoir beaucoup fait pour l'avancement de la statistique officielle.

Si les études de ce genre sont partout nécessaires pour éclairer la marche du pouvoir, elles deviennent d'un usage bien plus universel dans les Etats qui pratiquent , d'une manière plus ou moins complète, le principe énBei/govenment. Tout citoyen a besoin d'être initié an mouvement social , car il participe k le diriger ; il importe donc que l'étude de la statistique devienne populaire.

Pour cela il faut limiter l'objet des recherches officielles , et écarter ce qui nuit à l'autorité des résultats obtenus. Souvent on a voulu remplacer la qualité des observations par la quantité des observations ; la profusion des tableaux numériques a encombré la marche de la science. Presque partout aussi , les diverses administrations publient des statistiques spéciales qui , au lien d'obéir à des classifications uniformes, déroutent Tobservateur par l'instabilité des procédés employés ; par l'absence d'unité, par f impossibilité des comparaisons.

En Belgique, le gouvernement a établi une commission centrale de statistique , sur les indications du célèbre Malthus. Cette commission , présidée par H. Qnetelet, a pour secrétaire M. Heuschling , dont les recherches sont marquées au coin d'une science de bon atoi , et d'une exactitude sévère. La Sardaigne est entrée dans la même voie, ainsi que la Prusse, dont le bureau central de statistique , dirigé par M. Dieterici , reçoit directement les communications de tous les ministères. Il faut espérer que la France ne restera pas plus longtemps en arrière.

Tout en approuvant les mesures prises dans les pays que nons venons de mentionner, l'honorable docteur Villermé pense qu'elles se naturaliseraient difficilement en France. Dans ce pays d'admirable unité administrative , les administrations sont , chacune dans leur sphère, très-jalouses de leurs prérogatives. M. Villermé conseille donc , avec tonte l'autorité que lui donne sa haute position scientifique, de confier, comme par le passé , aux divers ministères le soin de dresser des sUtistiqnes spéciales.

mais d'instituer une commiàsios oè eai MÉrdIs lervices pourraient conférer entre eux , et s'édairar mataellement sur les recherdiee à faire et sur le mode d'eiiécrtisit Ce serait là , sans contredît , une actllenle Bcamv ; éit contribuerait k substituer l'toitré du langage jcienlîfiqw k cette véritable tour de Babel statistique qui memttàt nons envahir.

M. Qnetelet signale comme les cinq diviaîolis esMitielles de la staiistique générale d'un Etat :

1<^ La population;

2^ Le territoire;

3« L'état politique ;

4^ L'état agricole , industriel et commercial ;

50 L'état intellectuel , moral et rel^ievz.

M. Moreau de Jonnès a adopté nœ ciawiicaliaa ptw morcelée ; il admet comme partie* prmcipalce :

Le territoire ; la population ; l'agricultiire ; rindusirie; le commerce; la navigation; les coloniee; l'ndwwmtr»» tion publique; les finances; les forces nûlitairce; la jaitice ; l'insdnction publique.

Dans le bref essai que nous publions en ee UBoatit. nous devons ne nous attacher qu'aux qucitiona ks pbc essentielles ; sauf k compléter, par des traitée apéoaai . les indications qui feraient défaut dana cet aperçu géaênJ

C'est ainsi que dans un traiid qui se raltaiclM é cchb-o. nous rechercherons, en profitant de l'cxcelleat moèik que nous a donné M. le baron (Siaries Dupia , les fercn productives de la France , c'est-à-dire les fores ceabnées de l'homme, des animaux et de la nature, appliqBén aux travaux de l'agriculture , de rextraction des maûém premières, des ateliers et du commerce.

• Ces forces ne sont pas ftatimmairea, dit M. Ch. Bspin : eUes croissent avec la prospérité dea pea|ries ; dki diminuent avec leur décadence. - Cea forées n'oat pas bm plus une activité purement matérielle et pbymqne ; ëk* ont pour régulateur , pour frein , pour moteur Pespril. la prudence de l'homme et l'énergie de sa volonté. Âb» les lumières des peuples , comme leurs DMears , eut èm rapports intimes , nécessaires avec le développement é» forces productives et commereialea.

C'est sous ce rapport que la staiistique bian exécutée n( appelée à rendre les services les plus aiguaiês : rassbieB d'erreurs ne se fondent que sur nne appréciation iacssaplète , fautive des faits ! a combien de dédamalMNis ar pourrait-on pas répondre par le simple tableau des lesultats obtenus sous l'empire des principes liont ou owteste le bienfait ou dont on dénature l'influenee!

L'application des sciences à l'industrie et la menéàleuse puissance des voies rapides de commanscatien esvrent à la staiistique une carrière nouvelle. Il serait &cile , dit avec raison M. Qnetelet , de prévoir dès à pitsesl les variations qui auront lien dans la popialation en villes , dans le prix des terres , dans les principaux si«^ des différentes industries, et, en général, dans leatM les transactions sociales. On aura peut-être peine à creû« nu jour qu'une simple accélération dans le transport èa voyageurs et des marchandises ait pu avoir de paraQn conséquences : la vie humaine s'est alloogée , le ffAe lui-même semble avoir changé ses dimensions , les vîOcs se sont rapprochées, la civilisation étend son aiviss d'une extrémité de TRurope à l'antre, les tocomoliT» font chaque jour de nouvelles brèches dans les bsnrinv* des douanes jusqu'à ce qu'elles les aient détruites ; la sta* tistique est en mesure d'enregistrer tous les faits ttbbli à cette grande transformation sociale.

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