PHILOSOPHIE PRATIQUE. —MORALE USUELLE
1. Ce n'est pai aoe petite entrepriie que de réiamer en quelques pages, snbsl&ntielles sans être de laborieuse digestion , ce qui fait la matière de volumineux traités. Si l'on reculait devant tous les obetacles, si l'on s'effrayait de toutes les difficultés, on ne ferait jamais rien. Il semble d'ailleurs que lorsque chacun de nous est si curieux aujourd'hui de ce qu'il appelle ses droits, il n'est pas absolument impossible d'arrêter l'attention sur ce qui fait la [>ase de ceux de ces droits les plus attentivement réclanés, et défendus avec le plus de jalousie.
N0T10X8 PRiLUUNAIBU.
II. L'univers est l'œuvre d'une intelligence. Une Inteli^ence ne produit rien sans une intention , sans un but, :'est-à-dire sans une vue d'utilité. Chaque être créé a lonc pour motif de son existence l'utilité plus on moins ensible, mais toujours réelle, dont il est pour quelqu'un les autres êtres, et par suite pour l'ensemble des êtres. ;ette utilité est ce qui constitue ce qu'on appelle la desinée.
L'existence est un fait limple : elle est ou elle n'est as. La destinée est un fait complexe : on y distingue un cconiplissement et une fin. L'accomplissement est la uccetsion des diverses circonstances qui accidentent existence ; la fin est le motif, le but de cette existence, a fia est immuable, l'accomplissement est au contraire ariable. Si les circonstances qui affectent l'être sont con- >rme8 â la fin de cet être, celui-ci éprouve le bien; si les n*y sont pas conformes, il éprouve le mal.
C'est pour rendre ici la pensée plus facile à saisir u*oa prclc k l'être en général la faculté 6! éprouver.
Tous les êtres sont loin d'avoir le sentiment de leur isteuce. L'homme seul, doué d'une âme qui participe de
suprême intelligence, a non-seulement le sentiment, ais encore la conscience et de son existence et de sa desnéc. L'homme seul éprouve donc le bien et le mal dans ulo leur plénitude, et comme il est libre de chercher i -oduire soit l'un, soit l'autre, il en résulte que tandis que 8 antres êtres accomplissent aveuglément leur destinée, il , lui , le devoir de surveiller l'accomplissement de la E*nne.
On présente le devoir comme étant la conséquence rcessaire du pouvoir , parce qu*il semblerait contradicire que Dieu nous eût donné l'intelligence du bien et
la possibilité de le produire , et ne nous eût pas fait nu devoir de cette production.
m. Le devoir ne peut , d'ailleurs avoir que le bien pour objet Dieu aurait été illogique s'il nous eût fait un égal devoir du bien et du mal. Il a, sur ce point, accordé la liberté i notre âme afin qu'elle put exercer toute sa puissance ; mais , bon père autant que sublime ordon* nateur, il a prévu, il a craint les dangers de cette liherté, et il lui a pour frein imposé le devoir.
IV. Ce râle de frein , rôle plus senti que compris , est cause que la plupart des hommes se méprennent singulièrement sur la véritable nature du devoir. Il ne leur apparaît pas précisément sous la forme du mal , mais il réveille en eux le souvenir de la désagréable impression que fit sur leur jeune imagination l'aspect du précepteur i qui échut jadis la mission de donner d'indispensables démentis aux flatteries de la faiblesse maternelle.
Il est évident é^ne si nous nous gênons pour être utiles aux autres, les autres, tout naturellement, se gênent pour nous être utiles , et que si ce que nous avons i attendre d'eux constitue ce que nous appelons notre droit, la gêne que nous nous imposons est tout i la fois le principe et la mesure de ce droit.
Ainsi donc, au lieu de dire du devoir qu'il est le frein de la liberté, il vaudrait mieux le définir ainsi : Le devoir est T origine du droit , et mieux encore : Le devoir est l'exécution delà loi de réciprocité qui unit chaque homme à tous les homnus et tous les hommes à Dieu.
Une loi de réciprocité ne peut être une loi d'hostilité ni même d'indifférence. On finit toujours par aimer ceux à qui l'on se rend utile. Si aujourd'hui les hommes ne s'aiment pas encore tons également entre eux , c'est que tous ne sont pas encore paiement frappés de la réciprocité dont tous , pourtant , ressentent les effets. Il faut tenir compte aussi , i beaucoup, des souffrances extrêmes qu'ils endurent et qui ne leur laissent pas assez de calme pour regarder hors d'eux-mêmes. Mais, il est impossible d'en douter, un jour brillant se prépare, bientôt l'humanité se touchera par tous les points , la réciprocité sera complète , reconnue par tous , et le devoir sera enfin une loi d'amour et de bonheur.
V. En attendant , et comme rien ne se prodjnit de soi-même , ne nous endormons pas dans une oisive confiance, examinons les diverses circonstances dans les-
uii
quelles rhomme est appelé à exercer ta liberté , le bat en Toe doqnel il a le devoir de diriger cet exercice et le leiu daot lequel il a constamment le devoir de le restreindre. Voyons, en même temps, quelle pentélre la masure de cette restriction, car l'exagération du devoir, comme l'exagération du droit, a pour conséquence la destruction de Tutilité. {1 n'y a rien de meilleur à att^dre de l'homme servile que du despote entêté. Ni d'une part ni de l'autre il n'y a une volonté agissant en liberté : elle est , dans les deux cas , maîtrisée par une passion.
Etudions surtout les effets produits par le devoir noblement compris et rempli, et tâchons de surprendre ainsi dans leur cause première les merveilles enfantées de nos jours par l'amour du prochain.
VI. Nous observerons d'abord Thomme en tant qu*individu, puis l'homme membre d'une famille particulière, et nous remonterons ensuite de la grande famille, ou patrie , jusqu'à la grande famUle universelle , on humanité.
Au surplus , le devoir est constamment une seule et même chose dans toutes ces positions. C'est uniquement pour le besoin d'une plus grande précision dans le langage ordinaire qu'on l'a distingué en autant de sortes qu'il est de positions différentes qui font varier, non point ses prescriptions, mais leur mode d'application. En vain dit-on :
Devoirs privés,
Devoirs sociaux.
Devoirs publics.
Tout cela n'est jamais que le devoir tel qu'il yient d'être défini.